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  • “Judy, Lola, Sofia et moi” de Robin D’Angelo

    Un livre-enquête sur les films pornographiques pro-am (professionnel-amateur) français. On pourrait croire qu'il s'agit d'un style artistique (peu de lumière, intimiste, etc.) ou que des amateurs tournent dans un milieu professionnel, mais il s'agit surtout d'un porno qui répond à une demande commerciale (d'où « pro »), mais dont les moyens de production sont très limités (d'où « am »). Ce modèle économique a émergé au début des années 2000.

    Alors, forcément, on n'est pas surpris d'avoir confirmation de l'absence de contrats de taff, de l'existence de contrats de cession de droits signés avec des autoentreprises à la fin du tournage (utile pour marchander, a posteriori, le consentement des actrices. Tu ne voulais pas les 4 gaillards sur toi ? Allez, 100 € de rabe et on n'en parle plus), des acteurs qui absorbent du Kamagra (Viagra pas cher) ou qui se piquent à l'Edex, au Caverjet et au Bi-Mix pour maintenir leur érection, le non-respect fréquent du consentement féminin (un acteur initialement prévu pour une scène, quatre acteurs au final, une promesse de scène sans rapport anal est rompue par le producteur, actrices fragiles psychologiquement et financièrement, etc.), des blessures infligées souvent aux femmes (elle s'évanouit pendant un fist vaginal ? C'est l'effet d'un orgasme intense dit le producteur… ou d'une plaie de 6 cm dira le docteur. Mais, ce que ne précise pas le livre, c'est que si le diffuseur ajoute le tag « painful », la vidéo se vendra niquel…), la reticence des producteurs à retirer une scène de leurs sites web suite à la demande d'une actrice (au motif des contrats de diffusion ‒ voir ci-dessous ‒ et que des gens lambda la mettront à disposition sur les sites web gratuit ?), la prépondérance des marchés de niches standardisés - les fameux mots-clés - qui tuent l'imaginaire, etc.

    On est toujours aussi peu surpris d'avoir la confirmation de l'existence d'inégalités et de clichés genrés et racistes. L'espérance de vie d'une actrice est de 6 mois à 2 ans, car elle perd de sa valeur marchande après dix tournages environ (le public veut de la nouveauté). Un mec peut tenir 15 ans. Un acteur peine à percer, car il y a trop d'offre tandis qu'une actrice peine à perdurer à cause de la demande du public. Les hommes sont moins rémunérés que les femmes, voire pas du tout quand les producteurs envoient des messages à leurs fans pour mater un tournage et y participer. Le salaire de l'homme est conçu comme un complément au plaisir qu'il tire du tournage. Pour la femme, on achète la marchandise prisée par le marché, son honneur, sa transgression des normes de la sexualité féminine et sa sexualité qui ne se donne pas, mais s'échange. Parfois, les actrices ne sont pas rémunérées non plus en échange d'une mise en avant de la vidéo sur le site web du producteur… Un Noir jouera très rarement un statut social supérieur (médecin, par exemple) et il embrassera moins sa partenaire, cela afin de conforter le cliché de la bestialité du Noir. Les actrices US sont payées plus cher pour une scène avec un Noir car cela détruirait leur carrière. Le Noir est dans le porno pour punir la femme blanche de sa sexualité jugée débridée. La réception sociale sera également différente : l'acteur est perçu comme le héros du quartier, il serre des paluches, l'actrice est drapée d'une mauvaise réputations et reçoit des sourires carnassiers.

    On est un peu plus surpris de découvrir l'existence de réseaux et d'une division horizontale du travail. Des rabatteurs dénichent les potentielles actrices, notamment via les réseaux sociaux (celles qui participent à des shooting, celles qui font des cams, toutes ont des fans… futurs clients potentiels). Les acteurs amènent également de la chaire fraîche en échange de garanties de tournage. Des producteurs dans la dèche produisent les vidéos. Lui est chômeur, tel autre vit des revenus de sa concubine, tel autre vit avec l'aide de sa maman, d'autres exercent leur art en plus d'un métier conventionnel (agent d'accueil, vigile, etc.). Revenus en berne, loyers en retard. Une vraie guerre commerciale doublée d'une politique de la terre brûlée a lieu entre producteurs qui s'échangent parfois des tuyaux et des actrices pour survivre : les gros signent des actrices pour les dix tournages fatidiques, empêchant ainsi les petits producteurs de tourner avec elles (car elle est "périmée", voir paragraphe précédent). Notons que les mœurs des producteurs pro-am différent de celles de ceux du porno-chic qui les ont précédé : mouvement libertaire, contre-culturel et émancipateur pour les ancêtres contre milieu réactionnaire / blasé du monde, pro-FN, homophobe et misogyne pour le pro-am. Les scènes sont découpées, compilées, et revendues à prix cassé à quelques diffuseurs dont le leader actuel est Jacquie et Michel (ne cherchez pas Jacquie, le business est principalement tenu par Michel, ex de l'éducation nationale et son fils ; Jacquie, c'est la première personne qui a envoyé ses photos à Michel quand celui-ci voulait créer un site web après sa formation de webmaster financée par son droit à la formation). Sans originalité, ceux-ci déclinent toute responsabilité pour les illégalités commises sur les tournages, mais ils mettent en place des chartes, cessent de publier des vidéos directement produites par des réalisateurs trop critiqués négativement (pas de panique, ces réalisteurs bosseront en sous-main pour d'autres contractuels de J&M) et tout le baratin habituel. J&M procède par avance sur contrat (1 250 €) et partage du revenu des ventes durant quatre ans (la vidéo ne peut être retirée avant). À cause du jeu de revente de scènes à la découpe, il est difficile d'éviter du porno pro-am qui ne respecte pas le consentement ou le droit du travail… Même Dorcel, le porno-chic à la française revend du pro-am "crade"… J'imagine qu'il doit y avoir moyen de s'en sortir en prêtant attention aux labels et aux gammes, mais bon… Les « tubes », les sites web gratuits comme le réseau MindGeek (PornHub, Youporn, etc.), xHamster, etc., ont pris une place considérable : des producteurs pro-am déclarent que lorsqu'un de ces sites est en maintenance, la fréquentation de leurs sites web chute de 1 300 à 100 visiteurs/jour (j'en doute un peu : seul un léger logo permet parfois d'identifier l'origine des vidéos, je doute que les consommateurs de ces fast-food cherchent aussi massivement à remonter à la source). Les petits producteurs d'aujourd'hui, puissants d'hier n'ont pas vu les tubes débarquer alors qu'ils avaient eux-mêmes contraints la profession à s'adapter une décennie auparavant.

    Les profils des actrices et des acteurs sont ceux que la presse nous a toujours présenté. Une minorité de femmes maîtrise la situation et tourne pour gagner rapidement un fric d'appoint pour des vacs ou autre. Une écrasante majorité est composée de femmes précaires qui dépendent des producteurs pour vivre, au point parfois de """"racoler"""". Certaines viennent de ZUP, sont des oubliées sociales, ont été violées, battues, ont des parents internés en hôpital psychiatrique, etc. D'autres ont un trouble dissociatif de l'identité ou une irrationalité chronique médicalement reconnues. Les producteurs ne vérifient pas, car ça les obligeraient à changer de modèle de """"recrutement"""". Elles débarquent dans ce milieu via des rencontres fortuites. Une majorité d'hommes revendique un choix conscient « pour se vider les couilles », mais derrière, on trouve minoritairement une misère sexuelle dans l'adolescence / début de la vie active, des moqueries, etc. Pour les femmes, le porno est un moyen de chercher son identité / découvrir des trucs, d'acquérir une célébrité pour exister / qu'on s'occupe d'elles (240 fans Twitter qui encouragent), de se venger ("t'as dit que je suis une salope ?! Ouais, je serai la meilleure des salopes !") voire de s'auto-détruire. Certaines jouent les femmes fortes qui maîtrisent, disent refuser les rapports anaux qu'elles détestent à cause de la douleur ou les bukkakes qui leur brûlent les yeux / peau… mais renoncent finalement à faire valoir leur choix face au producteur. Mêmes celles qui prétendent assumer grave ont des idées morbides. Au début, j'étais sceptique face à ces témoignages, car l'auteur à très bien pu les sélectionner afin d'être conforme à l'attente sociale qu'une femme qui tourne dans des pornos est une femme fragile exploitée. Mais, au final, je trouve tout cela crédible : il y a tellement de gens malheureux dans leur taff, qui s'auto-détruisent (burn-out, bore-out, etc.), qui subissent des accidents prévisibles, qui n'ont pas de contrat de taff, qui sont sous-payés, etc. qu'il est statiquement normal de retrouver cela dans le monde du porno bas de gamme… L'auteur explique d'ailleurs que la connaissance des coulisses ne change pas le comportement des fans de pro-am, car le plaisir passe avant l'éthique… comme un consommateur lambda, en fait ? La différence, c'est que les réseaux de la grande distribution (par exemple) sont socialement admis, pas le porno.

    Je ne résiste pas à l'envie de recopier cette phrase tirée de l'entretien téléphonique avec Thibault, le fils de Michel et directeur général du site web Jacquie et Michel : « Mais, du coup, dans ton bouquin, ça va être dur de dépeindre le truc sans que ça soit trop sordide ? »

    Je recommande la lecture de ce livre, car il est pédagogique, même si, plutôt souvent, le ton qui y est employé est gonflant. Tantôt l'auteur en fait des tonnes pour exposer qu'il a fait de nombreuses démarches, qu'il a donné de sa personne sur des tournages (en restant derrière la caméra, faut pas charrier), bref qu'il a tout donné. Tantôt l'auteur devient moralisateur : telle pratique sexuelle est pas cool selon ses critères donc les actrices ne peuvent pas être consentantes et celles qui lui répondent qu'elles le sont, sont des exploitées qui ne peuvent pas répondre autre chose si elles veulent continuer à tourner, donc à bouffer…

    Wed Aug 7 20:46:20 2019 - permalink -
    - https://www.editionsgouttedor.com/single-post/2018/09/10/%E2%80%9CJudy-Lola-Sofia-et-moi%E2%80%9D-de-Robin-D%E2%80%99Angelo
    fiche-lecture
  • Futuropolis >> Fiche titre : Cher pays de notre enfance

    J'ai déjà évoqué ici-même les années de plomb, c'est-à-dire ces dizaines d'années de violence politique dans toute l'Europe de l'Ouest. J'ai pointé des ressources audiovisuelles concernant quelques groupes militants d'extrême-gauche qui, constatant l'échec des méthodes de contestation politique traditionnelles, avaient fait le choix de commettre des attentats politiques ciblés (séquestration de PDG et de politiciens, assassinat de politiciens, de juges, de membres de cabinets ministériels, braquages, bombes, etc.) : Action Directe (France), la Fraction Armée Rouge (Allemagne), et les Brigades Rouges (Italie).

    Ce que je n'ai pas encore écrit, c'est qu'à cette époque, la violence politique émanait d'un peu partout, y compris de la droite et de l'extrême-droite (attentats à la bombe de 1969 en Italie). On sortait de la deuxième guerre mondiale (donc il y avait des gros bras à canaliser / réintégrer dans le civil) et de la guerre d'indépendance de l'Algérie (l'arrivée de De Gaulle est un quasi coup d'État pour empêcher celui des militaires pro-Algérie française), on était en pleine guerre froide avec une peur des communistes (par ailleurs, le service d'ordre du Parti Communiste n'était pas tendre), sans compter les attentats d'extrême-gauche sus-cités et les attentats dits islamistes à la fin de cette période des années de plomb (1985-1990). Bref, pour beaucoup, la nation était en péril.

    Cette bande dessinée, réalisée par un journaliste et un dessinateur se penche sur le Service d'Action Civique (SAC). Il s'agit d'une association crée en 1960 pour, en façade, soutenir et promouvoir De Gaulle et sa politique dans le contexte explosif sus-mentionné. En réalité, il s'agissait plutôt d'une milice privée qui assurait la sécurité des meetings du parti gaulliste, qui veillait sur les militants gaullistes qui distribuaient des tracts ou qui collaient des affiches (à cette époque, cela se faisait avec des flingues…), qui brisait les grèves des ouvriers, etc. Les membres avaient diverses origines : grand banditisme, anciens de la guerre d'Algérie, politiciens, services secrets, etc. Des membres du SAC ou des correspondants étaient "infiltrés" un peu partout : police, justice, syndicalisme, gouvernement, ORTF, etc., ce qui constituait un puissant réseau d'influence. Le financement du SAC provenait des cotisations des membres (5 francs ;) ), du budget des frais de police du ministère de l'Intérieur (qui sert aussi à rémunérer les indics), de la rémunération pour pose d'affiches électorales pour le compte du RPR, de la Françafrique, du monde des jeux, de la filière belge d'armes et de drogue, etc. Le SAC disposait d'un atelier de fausse monnaie à Seyne-sur-Mer qui profitait aux services secrets (financement de leurs opérations). La pègre aidait l'OAS en échange d'une impunité procurée par le SAC et son fameux macaron bleu-blanc-rouge. Suite à la tuerie d'Auriol en 1982 (Jacques Massié, membre du SAC semble en pincer pour Mitterrand, le SAC veut récupérer des documents, Massié et sa famille sont assassinés par le SAC), l'association est dissoute par le gouvernement Mitterrand et une commission d'enquête de l'Assemblée nationale tente de faire la lumière sur le SAC… sans trop de succès, car les membres du SAC refusent de parler, prétendent que c'est une petite association inactive sans histoire ou s'énervent "vous ne me faites pas peur !". Le SAC, et notamment sa partie Françafrique, survivront longtemps à l'alternance. Lors de son meeting de campagne du 26 janvier 2007, Sarkozy évoque Boulin… pour marquer son appartenance (il s'agissait d'un discours sur la droite en général) ou signifier qu'il détient des informations et qu'il veut mieux ne pas venir le provoquer ? En 2015, la fondation De Gaulle se trouve dans d'anciens locaux du SAC et son président en est Jacques Godfrain, un membre du SAC. Ça en dit long.

    Ce livre se consacre à 3 dossiers liés au SAC (j'exclu l'inintéressante tuerie d'Auriol sus-mentionnée) : les milices patronales, l'assassinat du juge Renaud et l'assassinat du ministre du travail Boulin.

    Commençons par les milices patronales post 1968. La Confédération Française du Travail, qui s'est renommée Confédération des Syndicats Libres après l'assassinat d'un syndiqué salarié, et les sociétés d'intérim Nota et Siter, entre autres, servaient à maîtriser les syndicats salariés, notamment la CGT et la CFDT (jugée très gauchiste à l'époque, les temps changent). Ces milices patronales n'étaient pas constituées uniquement de membre du SAC, mais aussi d'anciens de l'OAS, des truands, etc., tous les milieux où il y avait des gros bras, en fait, mais le SAC en était le noyau dur. Que faisait-elles ? Elles « aidaient les syndiqués [ salariés ] à avoir des malaises » (citation issue de la commission d'enquête de l'Assemblée sur le SAC), elles surveillaient les usines (faux ouvriers qui ne travaillaient pas mais qui rodaient et discutaient en permanence) et les syndiqués (avec des enquêtes d'environnement dans les quartiers d'habitation), elles tabassaient les membres de syndicats salariés (sutout lors de la distribution de tracts à la sortie des usines), elles essayaient de les faire licencier (en leur vendant de l'alcool, interdite sur le lieu de travail, ou en cachant des outils de travail, des forets, par exemple, dans leurs habits civils), elles sabotaient leur voiture (freins…). Il y avait aussi les nervis qui, eux, travaillaient mais qui pouvaient s'absenter à tout moment pour poser des affiches pour les campagnes électorales du RPR, pour escorter des personnalités politiciennes ou pour bastonner des syndicats salariés avec des chaînes de vélo et des matraques. Des policiers membres du SAC fouillaient les poubelles de la CFDT.

    Assassinat du juge Renaud en 1975. Décontracté et incorruptible, il aurait été assassiné par le gang des Lyonnais, car il aurait été en train de prouver qu'une partie de l'argent dérobé lors d'un des braquages du gang, celui de l'hôtel des postes de Strasbourg, aurait servi à financer l'UDR (ex-RPR-UMP-LR), le parti gaulliste. Un proche du gang des Lyonnais donne des détails sur le déroulé de l'assassinat… détails non publiés par la police. Le chef du gang, Edmond Vidal, laisse entendre, lors de son audition, que c'est un acte politique. Comme beaucoup de truands Lyonnais, Vidal dispose de la carte bleu/blanc/rouge passe-droit du SAC. En 2014, il confirme à des journalistes qu'une partie de l'argent du braquage de Strasbourg a financé l'UDR. Le gang échappe aux barrages de police dressés dans toutes la France (grâce au macaron du SAC ?). Quelques jours avant sa mort, le juge Renaud reçoit deux membres du SAC qui l'incitent à la plus grande prudence sur ce dossier, et, le juge souhaite voir en présentiel une amie d'enfance. Le bureau de l'avocat de la famille du juge est incendié après la déclaration de l'avocat dans la presse selon laquelle il est nécessaire de suivre les flux financiers pour comprendre l'affaire. Je note que la greffière du juge Renaud, une amie d'enfance du juge, et un commissaire proche du juge divergent : elles croient au financement de l'UDR via le SAC, lui non.

    Assassinat du ministre Boulin en 1979. Il aurait eu l'intention de balancer le financement du RPR par la Françafrique. À cette époque, la presse, prévenue par le RPR, semble-t-il, se déchaîne sur lui pour un terrain acquis avantageusement auprès d'Henri Tournet, un proche de Foccart (co-fondateur du SAC), ce qui laisse penser à un suicide. Tournet avait sollicité l'aide de Boulin pour construire un lotissement, demande refusée par Boulin. Avant le jour J, Boulin et ses proches ont reçu des menaces et les alertes habituelles. Le jour J, proche du lieu, une témoin le voit dans une voiture en compagnie de mecs à l'expression faciale pas sympa. Dans sa voiture, un mot indique que les clés sont dans sa poche (quel suicidé fait ça ?). Il y a des traces de pas bidirectionnelles entre la voiture et la rive (quel suicidé revient sur ses pas ?). Le procureur Louis-Bruno Chalret, proche du SAC (il connaît également la personne qui menaça le juge Renaud), informé en pleine nuit, dessaisi les gendarmes qui étaient déjà sur place. L'autopsie est bizarre… Le visage en est exclu alors que plusieurs témoins de la famille, dont le kiné de Boulin, l'ont vu dans un sale état lors de la remise du corps post-autopsie. Elle ne cherche pas la présence d'eau dans ses poumons (ça peut être intéressant pour prouver un suicide par noyade, non ?). Elle ne cherche pas d'éventuelles fractures. Les lividités cadavériques (le sang "descend" par gravité et laisse des marques sur la peau) se trouvent sur le dos, alors que Boulin est retrouvé """"en levrette"""" dans l'eau (donc les lividités cadavériques auraient dû se situer dans les jambes, le ventre, le visage, etc.). Il n'a pas absorber une quantité dangereuse de médocs. Des proches de Boulin, le procueur Chalret, Pasqua, etc. sont prévenus avant la découverte officielle du corps par la police. La nuit du meurtre, Achille Peretti, proche de Foccart et de Pasqua, qui lancera Sarko en politique, débarque en pleine nuit chez la famille Boulin et conseille de rendre les dossiers sinon « on va tous y passer ». Le même relayera, à la femme de Boulin, une proposition financière en échange de son silence (cette conversation fut enregistrée).

    Quelques notes :

    • Les affiches électorales du RPR du secteur étaient imprimées à l'usine Peugeot de Poissy, qui fournissait aussi les voitures aux convois gaullistes ;

    • Le SAC milite contre Giscard et pour le compte de Chirac, pendant que ce dernier affiche, en public, son soutien à Giscard ;

    • Le cambrioleur emprisonné Pierre Blaise bénéficie d'une remise de peine après avoir ouvert le coffre-fort du ministère de l'Intérieur (tenu alors par Marcellin) ;

    • Jacques Toubon, aujourd'hui défenseur des droits, défend le SAC en exposant que, quand on refuse l'existence d'une association divergente comme le SAC, on est dans un État totalitaire ;

    Pour faciliter des recherches ultérieures, je note l'identité de quelques membres du SAC : Charles Pasqua, Jacques Foccart (monsieur Françafrique de De Gaulle), Alexandre Sanguinetti, Pierre Debizet, Jacques Godfrain (son nom est aussi donné à la première loi qui criminalise le piratage informatique), Roger Frey, Robert Galley, René Tomasini, Marcel Francisci, Maurice Boucart (filière financière belge du SAC), Paul Comiti, Jean Augé, Jean Schnaebelé.

    En bref, je recommande la lecture de cette bande dessinée, car elle est très pédagogique. Tout comme la dernière bande dessinée d'enquête que j'ai lue, [Grandes oreilles et bras cassés)(/?YNeekw), je n'arrive pas à percevoir l'intérêt de ce format, car je trouve que l'image exprime rien, qu'elle apporte pas d'informations par rapport à du texte, à l'inverse des bandes dessinées de la blogueuse Emma où l'image illustre des émotions.

    Wed Aug 7 12:39:37 2019 - permalink -
    - http://www.futuropolis.fr/fiche_titre.php?id_article=790389
    fiche-lecture
  • L'homme qui voulait être heureux | Lisez!

    Un livre de développement personnel écrit sous la forme d'un roman. Original.

    Ce livre traite deux grandes thématiques : les croyances limitantes et l'inépuisable « réussir sa vie ».

    La première partie a rien d'original pour qui a lu les accords Toltèques : toute notre vision des choses, toute notre vie est basée sur l'interprétation que nous faisons du monde qui nous entoure. Nous filtrons la réalité car il y a trop d'informations à assimiler par nos cinq sens. Ce que nous retenons dépend des filtres que nous appliquons et donc de nos croyances : si l'on est convaincu que le monde qui nous entoure est hostile, nous retiendront que ce chien semble dangereux, que cet homme a une démarche dangereuse, que ce plancher qui grince est dangereux, etc. Nous croyons en permanence et nous agissons de manière à confirmer nos croyances. Quelqu'un qui se pense inintéressant aura des prises de parole hésitantes, confuses, monotones, etc., ce qui le rendra inintéressant et fera que quelqu'un lui coupera la parole, ce qui confortera sa croyance : il est inintéressant. Prophétie autoréalisatrice et croyance renforcée. Nos croyances ont des effets négatifs et positifs. Même croire que tout le monde est méchant a un aspect positif : l'absence de naïveté et la protection que l'on construit autour de soi nous protégeront, alors que la personne qui pense que tout le monde est tout le temps gentil aura développé aucune protection et sera donc plus vulnérable. Nos croyances viennent de l'enfance, d'autrui, et de la conclusion que nous tirons de nos expériences. Ces conclusions peuvent être inconscientes ou être des généralisations au lieu d'être circonscrites : c'est un échec à un instant T (instant de fatigue ?), dans un lieu donné (était-il propice à cette activité ?), dans un contexte donné, avec un niveau d'expérience donné, etc. Aucune raison de ne pas réessayer après avoir corrigé ce qui fait défaut.

    La deuxième partie est tout aussi classique dans le monde du développement personnel. Qu'est-ce qu'une vie réussie ? Se conformer à ses souhaits. Exprimer ses compétences. Respecter ses valeurs. Donner le meilleur de soi (l'humain s'épanouit dans l'exigence de soi et se complaît dans le laisser-aller). Rester en harmonie avec qui on est. Se consacrer à autre chose qu'à nous-même, même si c'est infime et indirect, comme un sourire pour les autres. Si l'on ne respecte pas nos valeurs, on ressent une gêne, un léger malaise, un sentiment de culpabilité. Comment savoir si l'on est en harmonie avec soi-même ? Si tu te sais mourant, quels moments de la semaine passée conserves-tu ? Si tu gardes seulement 30 % de tes activités, c'est que tu n'es pas en harmonie avec toi-même. Il faut découper ses souhaits en tâches et, pour chaque, associer les compétences requises avant de se demander si l'on les possède, si quelqu'un qui les possède peut nous aider ou si nous pouvons les acquérir. Ressentir qu'on n'arrivera pas à mener une action à bien, c'est l'affirmation consciente qu'il manque une réponse à la question inconsciente « comment puis-je réaliser cela ? ». Il faut s'entourer de gens qui te croient capable de faire ce que tu souhaites. Il ne faut pas se laisser déstabiliser par des gens qui se réconfortent en te rabaissant ou qui ont besoin que tu sois une victime afin d'être ton sauveur ou à qui ton courage leur rappelle leur absence de courage. Les choix qui nous font avancer et nous satisfont sont ceux qui nous coûtent, mais on a toujours le choix, même pour un boulot moins bien payé mais plus épanouissant qui entraîne un logement plus petit, qui, si on quitte son logement actuel, entraîne un éloignement de la famille et des amis. On ne peut pas être heureux si l'on se croit être une victime permanente des événements et d'autrui.

    Quelques notes :

    • Si la forme d'un propos est correcte, il ne peut pas blesser. S'il blesse, c'est que l'interlocuteur est susceptible et c'est son problème ;

    • Nous avons peur de demander des choses à autrui, car nous avons peur du rejet. Celle-ci naît d'une confusion entre le rejet d'une requête (à un instant T, dans un contexte précis, etc.) et celui qu'une personne par absence de considération ;

    • Parfois, il faut renoncer. Ne pas vouloir renoncer, c'est se priver de choisir ;

    • Les gens se voient comme on les voit et ils se conforment à ce que l'on attend d'eux (cf l'étude qui montre que les élèves d'une classe enseignée par un prof à qui l'on a dit qu'ils sont des cancres ont des notes inférieures à une classe témoin dans laquelle le prof a reçu aucune indication concernant ses élèves). Chacun croit que ce qu'il a fait était la meilleure chose à faire, voire la seule possibilité qui s'offrait à lui. Ça ne sert à rien de le lui reprocher, car, se sentant rejeté, il rejetera les arguments et les pistes d'amélioration. Il faut rechercher sa motivation et lui dire qu'il est une bonne personne et que son intention était bonne ;

    • L'argent n'est pas le mal incarné. Il est une amélioration du troc qui permet aux humains de communiquer, d'échanger et de se connecter aux autres. Si l'on gagne de l'argent en mettant en œuvre nos compétences, en respectant nos valeurs et en n'abusant par nos clients / collèges / autre et que l'on dépense cet argent pour permettre à autrui d'en faire de même, alors tout va bien. Si on l'accumule sans raison, cela va moins bien.

    Je suis mitigé voire en désaccord sur les points suivants :

    • Notre vue de l'esprit sur le monde qui nous entoure est construite, en partie, sur l'avis d'autrui. Je ne pense pas qu'il faille ignorer l'avis des autres, même le venin, car l'humain est opaque avec lui-même et il a besoin d'autrui afin d'accéder à son soi profond et savoir qui il est ;

    • Comment savoir si la vie dont on rêve nous rendra heureux ? Après tout, ce rêve est un désir, qui, une fois assouvi, sera remplacé par un autre. Ce rêve est un appât à récompense pour notre cerveau qui en est friand. Il peut donc être un leurre ;

    • Il ne faudrait pas hésiter à demander de l'aide, des conseils, du réconfort, car les gens disent rarement non. Mouaaaaaiiis. Il y a un seuil d'acceptation : les gens acceptent tant que ça ne leur coûte pas trop. De plus, ils proposent souvent des solutions inadaptées (qui ne leur coûtent pas trop). Il est vain de demander des choses situées au-delà de ce seuil d'acceptation ;

    • Pour éviter les oiseaux de mauvaise augure, il faudrait demander conseil et avis sur sa vie rêvée uniquement à des connaisseurs du domaine… Mouaaaais. Ça fait très argument d'autorité. Les connaisseurs n'ont peut-être pas envie d'un concurrent supplémentaire ou, à l'inverse, parce que ce connaisseur est passionné, il peut vendre du rêve inapplicable. Et quid s'il n'y a pas de connaisseurs car le domaine est vaste et personnel ?

    Évidemment, comme tout bouquin de dév' personnel, celui-ci aussi contient son petit lot de propos charlatans qui peuvent être dangereux : un placebo guérirait le cancer, « envoyer de l'amour » (ce n'est pas défini) permettrait de guérir des cellules cancéreuses dans une boîte de Petri.

    Pour conclure, je ne résiste pas à l'envie de recopier cette petite blague : pourquoi un homme éjacule par saccades ? Parce qu'une femme avale par gorgées.

    En bref, ce livre est agréable à lire. Il condense, sous forme de roman, des idées clés du mouvement de dév' personnel. Je ne pense pas que la méthode proposée (découper ses souhaits en actions, etc.) est efficace, entre autres car le narrateur-auteur va trop vite pour suivre la recette et acter ses choix décisifs d'où j'ai du mal à m'identifier à lui, mais, au moins, ce livre ne présente pas les fumeuses tirades vide de sens destinées à s'encourager et à résoudre tous nos problèmes, tirades habituelles dans le milieu.

    Tue Aug 6 13:18:37 2019 - permalink -
    - https://www.lisez.com/livre-de-poche/lhomme-qui-voulait-etre-heureux/9782266186674
    fiche-lecture
  • Ce pays que tu ne connais pas - Fakir Shop

    Ce livre du député-journaliste Ruffin se présente comme une lettre adressée au Président Macron pour lui présenter les gilets jaunes, et plus largement, la France du bas avec laquelle il a construit zéro lien.

    Ce livre a rien d'original. Ruffin décortique le CV de Macron afin d'illustrer la déconnexion des élites. Cette partie est bigrement pertinente, je vais y revenir. Néanmoins, comme dans Fakir, le style de Ruffin est lourd. Des pages et des pages pour introduire une ouvrière. Une négation du vécu de Macron qui apporte rien (exemple : "t'es resté peinard derrière les murs protecteurs des différentes écoles que t'as fréquenté pendant que moi je me suis ouvert aux autres"). Le « moi, je » habituel de Ruffin. Parfois, je crois percevoir de la jalousie quand Ruffin évoque la belle gueule et le charme de Macron qui lui rendent la vie plus facile au lycée, ainsi que la prétendue « pauvreté » de son style littéraire. Je ne comprends pas en quoi tout cela aide la critique. En revanche, je mesure combien ça alourdit le bouquin.

    Le nombre des interconnexions entre Macron et les politiciens, les médias et les industriels est impressionnant et le rappel de Ruffin est salvateur. Avec ça, Macron peut toujours prétendre, comme d'autres, qu'il s'est fait tout seul…

    • Lors de son stage à la préfecture de l'Oise dans le cadre de ses études à l'ENA, il rencontre Henry Hermand, l'homme d'affaires à la trentaine de zones commerciales. Il lui ouvre son carnet d'adresses de la social-démocratie. Il accordera un prêt de 550 k€ à Macron pour financer l’achat de son premier appartement parisien. Il financera le mariage des Macron et en sera l'un des témoins :

    • Macron fréquente le Bilderberg, où il y rencontre tout le gratin mais surtout le président Henri de Castries (président d'Axa par ailleurs) qui traîne aussi aux Bernardins, également fréquenté par Jean-Pierre Jouyet. C'est lui qui introduira Macron dans la campagne d'Hollande, lui qui suggérera son nom comme secrétaire adjoint de l'Élysée, lui qui poussera sa nomination au ministère de l'économie (il annoncera même sa nomination à Macron) ;

    • Parisot a dit de Macron qu'il était un « précieux relais de la voix des entreprises » lors de son séjour à l'Élysée sous Hollande. Contre Delphine Batho, il relayait la parole de Spitz, le patron de la fédération des assureurs. Il s'obstinait déjà à réformer les prudhommes (il est l'artisan des parties les plus contestées de la loi Travail El-Khomri). Il est « architecte », « moteur » et « porteur » du CICE… alors que Gataz ne tiendra pas parole (la promesse de création d'un million d'emplois est vite passée à la trappe) ;

    • Pascal Houzelot (TF1, Pink TV, Numero 23 - qu'il revendra à Drahi 8 mois plus tard avec une plus-value… Est-ce une spoliation d'une fréquence publique qui n'a pas été utilisée conformément au cahier des charges qui prévoyait un apport de pluralité, pas la diffusion de vieux documentaires et émissions) a organisé des dîners pour la promotion de Macron. Il a également présenté Macron à Xavier Niel… qui fait l'éloge de sa politique dans les médias ;

    • La découpe d'Alstom et la revente de bouts à General Electric sous l'impulsion du ministre Macron a été lucrative pour Bouygues ;

    • Une fois ministre de l'économie et à l'approche de la candidature de Macron, le couple sera invité à dîner, presque chaque semaine chez les Arnault (dont la fille est en couple avec Niel) ;

    • Macron fera fleurir les affaires de Lagardère… Aussi bien depuis chez Rothschild que depuis le ministère de l'économie (vente des parts d'EADS détenues par Lagardère) ;

    • À ses débuts, En Marche ! est financé dans le secret par Hermand (encore lui), le banquier Peyrelevade et l'avocat d'affaires Moulard ;

    • On peut aussi voir une mise en orbite de Macron par Bolloré… Le même qui a profité des appels d'offres probablement arrangés (la justice bosse toujours dessus) avec Havas, dans laquelle Bolloré est actionnaire à 60 % et la garantie d'achat, avant publication de l'appel d'offres, des Bluebus de Bolloré par la RATP ;

    • Bernard Mourad, banquier à la tête de la holding de Drahi, organise, entre autres, l'entretien avec Barbier « ce que je veux pour 2017 » ;

    • Lors de la passation de pouvoir, Macron fend la foule pour saluer une seule personne : Serge Weinberg, président de Sanofi, qu'il a connu, comme d'autres, à la commission Attali (relance de la croissance française en 2007-2008).

    Quelques notes :

    • Bien sûr que les revendications des gilets jaunes ne sont pas nouvelles. Mais, le bas de la classe moyenne qui s'exprime aussi massivement fait disparaître la honte, ce qui libère la parole. Voilà la nouveauté. Ces gens-là se lèvent contre la suffisance de Macron qui n'a cessé de blesser leur égo et leur fierté ("c'est facile de trouver du travail, si vous n'y parvenez pas, c'est que vous êtes rien") ;

    • Sous Hollande, Macron occupait, à l'Élysée, le même bureau que François Perol du temps de Sarko. Perol et Macron, tous deux inspecteurs des finances passés chez Rothschild. Alternance de façade ? Laurence Boone, passée par les banques Barclays et Bank of America remplace Macron. Son collègue Barbéris part pour Amundi, qui gère des actifs pour la Société Générale et le Crédit Agricole. À Matignon, Jérôme Pellet ira chez BNP ;

    • Macron aime la mise en scène contre le réel. Cours de théâtre. Le président de la formation à l'ENS fera de Macron un normalien d'honneur au motif que la presse relaie qu'il a suivi quelques cours là-bas. Bruits évidemment saupoudrés par Macron et son entourage. Macron se vante, notamment dans le journal de Sciences Po de sa formation philosophique à Paris X. Balibar et autres personnes impliquées démentent l'ampleur de son apprentissage. Il a été archiviste, tout au plus, de Ricœur et sa pensée l'a tellement inspiré qu'il ne semble pas en retenir le concept de solidarité… Cela continuera pendant la campagne présidentielle (visite de l'usine Whirlpool d'Amiens sous la pression télévisée de Ruffin) puis durant la présidence (grand débat national, visite en sauveur aux Antilles, etc.) ;

    • Quand les politiciens disent qu'ils vont au contact du Peuple, ils ont raison : ils restent dans la superficialité, la brièveté d'un contact. Ils ne se nourrissent pas du vécu et des problématiques des gens du Peuple. Dans Le petite prince, on lit qu'apprivoiser, c'est créer des liens, c'est faire en sorte qu'une personne ne soit plus semblable à 1000 autres, mais qu'elle soit unique. Mais un politicien ne connaît pas le Peuple, pas plus que le PDG connaît ses salariés. Cette méconnaissance évite l'affect. Mais ce détachement, c'est ce qui rend l'autre inexistant selon la philosophe Arendt. Cette négation de l’humanité de quelqu’un est dangereuse (Arendt a écrit sur la montée des totalitarismes…) ;

    • La social-démocratie, ce n'est pas si mal. Marx a écrit la première déclaration du SPD allemand qui pousse à un vaste plan de sécurité sociale et à l'égalité (chez nous et au nord de l'Europe). Mais c'est un terme galvaudé ;

    • Ado, Ruffin se cherche et peine à trouver sa voie. Il trouve médiocres ses écrits. Il s'apitoyait sur son sort et celui des autres. Aujourd'hui encore, il lit les blessures des autres dans ses blessures.

    Bref, c'est un livre que l'on peut lire, mais sans plus. À mes yeux, seul le travail journalistique de rappel minutieux du CV de Macron est intéressant.

    Sun Aug 4 17:24:43 2019 - permalink -
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  • Michel LAFON - Eric Dupond-Moretti à la barre, ÉRIC DUPOND-MORETTI

    Ce livre contient les paroles de la pièce de théâtre interprétée par le célèbre avocat pénaliste (entre autres). Je n'ai pas assisté à une quelconque représentation.

    Cette pièce relate son enfance, le début de sa carrière, ses expériences professionnelles et surtout ses coups de gueule.

    La partie sur son enfance est courte : petit fils d'immigrés italiens qui vit la xénophobie de la France des années 60, l'assassinat de son grand-père et la mort de son père cancéreux. Autant d'injustices qui le motiveront, comme l'annonce de l'exécution de Ranucci et son intention de séduire les femmes par les mots, car il ne pense pas être capable de « pécho en teboi ». Le début de sa vie pro est résumée aux galères pour obtenir du travail d'un avocat qui veut se consacrer exclusivement au pénal (il échouera) et la prise sous son aile par l'avocat toulousain Alain Furbury.

    Concernant son expérience professionnelle et ses coups de gueule, les thématiques abordées sont le rôle de l'avocat défenseur, le blâme du rôle institutionnalisé de victime, le tribunal médiatique, la liberté d'expression et la délation, ainsi que la moralisation rampante de notre société (sur des œuvres, la cigarette est effacée du bec de fumeurs notoires comme Malraux ou Gainsbourg ; être vegan ou un gros crevard ; faire du sport, etc.).

    Je regrette que les définitions soient uniquement dégrossies par des exemples et que les prises de position soient aussi peu argumentées et aussi peu nuancées en mode "c'est comme ça et pis c'est tout". Comment convaincre quiconque que les déjà convaincus ?

    • Les lanceurs d'alerte sont assimilés, sans nuance, à la délation ;

    • Élise Lucet est uniquement présentée comme une grande méchante qui force les gens à parler contre leur gré, ce qui nuirait à la présomption d'innocence (que faire d'autre quand les autorités de contrôle sont inefficaces ?) ;

    • Il paraîtrait que, dans les bars populaires du 20e siècle, contrairement aux réseaux sociaux du 21e siècle, on faisait immédiatement taire les imbéciles. Sur la même période, je constate une propagation de l'antisémitisme partout en Europe et l'organisation des ouvriers pour tenir tête à leur patron… :

    • Le tribunal médiatique n'est pas vraiment défini et l'on mélange des pratiques saines comme la mise sous pression d'un procès (que l'auteur nomme procès combat) qui a pourtant permis d'éviter des dérives (Tarnac, libération de militants chopés en manifs), au mouvement #balancetonporc dont le manque de moyens et de considération de la justice ont été le lit, aux mises en scènes par les médias de coupables idéaux, qui, elles, me semblent scandaleuses.

    Quelques notes intéressantes sur le rôle de l'avocat, de la victime et du juge :

    • L'avocat doit être impertinent et insolent. Rectifier un juge ou dénoncer l'agissement d'un flic, ce n'est pas du courage, c'est inclus dans la profession d'avocat ;

    • L'acquittement, ça ne veut pas dire innocent, ça veut dire pas coupable par absence de preuves (ou par présence du doute). C'est le prix de la paix sociale. C'est le prix à payer pour ne pas sanctionner des innocents ;

    • Comment peut-on défendre un assassin d'enfants ou un terroriste ? « Rien n'est plus facile que de dénoncer un être abject. Rien n'est plus difficile que d'essayer de le comprendre » a écrit Dostoïevski. L'accusé a besoin d'une défense car, au tribunal, il devient le faible, tout est bon pour l'accabler, le lyncher ;

    • Le juge rend la justice en fonction de sa morale, alors que c'est celle de l'accusé qui compte. Exemple: pour démontrer que DSK est un proxénète, le juge explique qu'une sodomie sur une femme est forcément un acte payant. Autre exemple : le juge qui refuse sa remise en liberté à un assassin qui a tué l'amant de sa femme au motif que son acte est caractérisé, car il est lui-même infidèle… Quelques mois après, l'avocat appris l'infidélité du juge… et obtient la remise en liberté ;

    • Exiger de lourdes peines comme condition nécessaire pour être en mesure de faire son deuil revient à créer une nouvelle injustice pour soi-disant "réparer" l'acte fautif : la sanction doit être proportionnée, pas être modulée comme la dose d'un médoc administré au plaignant. L'avocat et l'institution ne doivent pas encourager la haine légitime de l'accusé par la victime. Exister en tant que ZE victime n'aide pas à faire le deuil ;

    • Il faut aimer les hommes pour les juger. Il ne faut pas vouloir régler des comptes. Il faut savoir qui l'on est, ne pas détester plus beau ou plus laid que soit, plus cultivé ou plus ignorant, etc. ;

    • Une décision prise à l'unanimité est-elle sage ? L'absence de voix discordantes ne signifie-t-elle pas que l'on est passé à côté de quelque chose ?

    Bref, c'est un livre que l'on peut lire, mais sans plus. Les non-initiés sont très peu pris en main dans la définition du rôle de l'avocat, de la victime et de l'institution judiciaire. Le reste n'est qu'une compilation de coups de gueule sans nuance enchaînés au débit d'une mitraillette. On est content quand ça s'arrête. Je recommande plutôt la lecture du recueil de trois plaidoiries de François Sureau orientées sur la question des libertés.

    Sun Aug 4 11:55:04 2019 - permalink -
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  • Salariés accrochés au plafond

    Suite de Les Prud'hommes virent les ordonnances Macron concernant le "barème Macron".

    C'est fait, la Cour de cassation a sifflé la fin de la rébellion d’une quinzaine de conseils de prud’hommes s’opposant au plafonnement des indemnités dues aux salariés en cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse.

    Concoctée par le gouvernement Macron, cette mesure est censée favoriser l’emploi en simplifiant le licenciement… Eh oui, les employeurs seraient bien plus enclins à embaucher s’ils n’avaient pas si peur de devoir payer cher pour virer. Hardi et hasardeux !

    Jusqu’ici, les juges appréciaient chaque situation au cas par cas. Aujourd’hui, la loi restreint énormément les indemnités des licenciements abusifs, désormais fixées à un mois de salaire par année d’ancienneté et à vingt mois pour une présence de vingt-neuf ans.

    Dans la majorité des cas, ce plafonnement change environ rien. L'écart apparaît dans les TPE et pour les salariés ayant plus de 10 ans d'expérience. Le plus grave, à mon avis, est que cela empêche les tribunaux de sanctionner fortement les licenciements indignes, plus rares. Or, la proportionnalité de la sanction en fonction de la gravité de l'acte me semble très important si l'on veut pouvoir parler de justice.


    Cela n’a pas empêché les plus hauts magistrats du pays d’estimer cette disposition « compatible avec la convention de l’Organisation internationale du travail ».

    Même si leur « avis » n’est pas contraignant, il dessine l’horizon juridique. À l'humiliation d’être congédié — sans raison, faut-il le rappeler ? — et de pointer au chômage s’ajoutera une compensation limitée. Premier « succès » : sans même attendre la Cour de cassation, les procédures prud’homales ont déjà bien chuté ! Mieux vaut s’écraser et transiger au plus bas plutôt que se lancer dans une interminable et coûteuse procédure, pour zéro bénéfice…

    En période de fort chômage, tout cela serait excellent pour l’emploi !

    Dans le Canard enchaîné du 24 juillet 2019.

    Sat Aug 3 15:40:33 2019 - permalink -
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  • Ça vole, au sommet

    Vols d'œuvres d'art et de vaisselle dans les ministères, à l'Élysée, dans les mairies, dans les ambassades, etc. durant des décennies Moi qui pensais qu'il y'a que les sales pauvres, les bougnoules, les arabes et les allocataires de minimums sociaux qui piquent dans les caisses de l'État. On m'aurait menti ? :O

    Tout de même : 50 000 œuvres disparues, 2 300 plaintes déposées ! C’est le beau bilan, dressé par la Commission de récolement des dépôts d’œuvres d’art, de quelques décennies de vie agitée dans les palais de la République, les ministères, les musées, les mairies et autres ambassades (« Le Parisien », 6/7). L’Etat prête des biens mais ne les revoit pas toujours. Tableaux, meubles, vaisselle, statues, décorations… Envolés, piqués, revendus à l’occasion sur Le Bon Coin. Le haut personnel n’est plus ce qu’il était !

    Rien qu’à Matignon, une soixantaine de plaintes ont été déposées. Mais les dernières « disparitions » concernent l’Elysée : sept vols au total, qui font l’objet de recherches actives des flics de l’art. La découverte de ces larcins date de décembre 2012. Voilà qui innocente d’emblée Macron et son entourage. Et laisse peu d’espoir de retrouver des œuvres chez François Hollande : Pépère n’allait quand même pas jouer le piqueur six mois seulement après son élection !

    Dans ce Cluedo élyséen, il reste de sérieux suspects. Comme le résume le dénommé Jean-Philippe Vachia, patron de la fameuse Commission de récolement : « Jusque dans les années 2000, il faut le reconnaître, nous avions beaucoup de salariés de grandes institutions qui prenaient un souvenir en quittant les lieux. »

    Sarkozy dans le salon Doré avec la clé à molette ? Chirac dans le salon Napoléon-III avec la corde ? A l’Elysée, un « buste en bronze » a notamment été volé, paraît-il. S’il s’agit d’une statue de Kadhafi, ça, c’est du Sarko tout craché ! Parmi les objets disparus, il y a également des « statuettes en bois et en terre cuite ». Holà, ça sent le Chirac à plein nez !

    Gare au Macron : en quittant l’Elysée, il est capable d’embarquer la statue de Jupiter…

    Dans le Canard enchaîné du 24 juillet 2019.

    Sat Aug 3 15:25:43 2019 - permalink -
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  • Jugements illégaux rendus par de ”faux" magistrats

    La cour d'un tribunal doit être majoritairement composée de magistrats en poste (titulaires, non retraités). Or, face à la pénurie (250 magistrats et 484 greffiers font défaut), de plus en plus de jugements sont rendant par des tribunaux incorrectement constitués, sans que l'on sache (ou qu'on le veuille ?) les quantifier…

    En annulant, le 8 juillet, un jugement du tribunal de Cusset (Allier), la cour d’appel de Riom a déclenché un fameux bazar. Un prévenu avait été condamné, le 24 janvier, à 5 ans de prison — dont 1 an avec sursis — pour agression sexuelle. Mais son avocat, Yves Levano, a découvert que, sur les trois juges ayant siégé le 24 janvier, seul le président était un « vrai » magistrat. Les deux autres étaient des retraités, l’un magistrat honoraire, l’autre à titre temporaire.

    Une justice pleine de trous

    Problème : plus de deux retraités au sein d’une « formation collégiale », c’est interdit depuis une décision du Conseil constitutionnel, suivie par la loi Belloubet de mars.

    Si l’un des jugements du 24 janvier à Cusset est « illégal », tous ceux rendus ce jour-là par le même tribunal auraient logiquement dû être annulés aussi. Pourtant, ils ne le seront pas, le délai d’appel ayant expiré… Question : combien d’autres jugements « illégaux » ont ainsi été rendus, en France, par des tribunaux « illégaux » ?

    « Ces irrégularités sont rares », assure-t-on à la Chancellerie, en se fondant sur celles qui sont « constatées ». Et celles qui passent à l’as ? Tout le monde n’est pas doté d’un avocat vigilant. La preuve : à Cusset, un seul a fait appel…

    Or les postes vacants sont nombreux, Fin 2018, 250 magistrats et 484 greffiers faisaient défaut. Selon le rapport sénatorial sur la loi de finances 2019, on arrive même, en comptant les arrêts maladie ou maternité, à « plus de 30 % d’effectifs manquants ». Pour combler ces trous béants, 167 juges honoraires et 508 « à titre temporaire » officient dans les tribunaux de France aux côtés des 8 537 magistrats professionnels.

    Vu les contestations qui s’annoncent, il va falloir recruter dans les cours d’appel !

    Dans le Canard enchaîné du 24 juillet 2019.

    Sat Aug 3 15:17:33 2019 - permalink -
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  • Ces drôles de “travailleurs détachés” qui triment dans les entrepôts des grandes boîtes

    Comment contourner massivement les contraintes de l'interim ? Créer des associations sans but lucratif nommés Groupement d'Employeurs qui emploient et facturent des heures travaillées aux membres de telles assos (Carrefour, La Poste, Geodis, Auchan, Casino, Intermarché, Vente privée, Danone, Nestlé, Cdiscount, etc.). Ainsi, les employés peuvent facilement bouger d'un client à un autre et ils ont des droits (pas de formation pro, pas de comité d'entreprise, etc.) et une paie au rabais (primes inférieures, pas d'intéressement, etc.). La gestion de ces groupement d'employeurs est déléguée à des sociétés commerciales spécialisées comme D2L dont l'effectivité des prestations semble ne pas être démontrée. Évidemment, les GE perçoivent des subventions (56 000 € par la région Île-de-France) et le CICE.

    Ils turbinent pour Carrefour, La Poste, Geodis, etc. Mais sont payés par des “groupements d’employeurs” qui contournent l’intérim. Et engraissent une curieuse officine.

    En condamnant, le 8 juillet, La Poste et l’un de ses prestataires (deux responsables ont écopé chacun de 120 000 euros et 6 mois de prison avec sursis) pour recours abusif à la sous-traitance, le tribunal de Nanterre risque de gâcher les vacances de plusieurs patrons de la grande distribution et de la logistique (transport). Leurs méthodes, proches de celles des postiers, ont en elfet alerté l’Inspection du travail et la justice, laquelle a mobilisé l’Office central de lutte contre le travail illégal (OCLTI).

    Chaque jour, des centaines d’employés turbinent dans les entrepôts d’Auchan, Casino, Carrefour, Intermarché, Vente privée, Geodis ou ID Logistics sans y être salariés ni même intérimaires. Ils sont préparateurs de commandes ou conduisent des chariots avec les mêmes horaires et dans les mêmes conditions que leurs collègues, mais leurs droits sont bien inférieurs, et leurs paies au ras des pâquerettes.

    Bien que travaillant à temps plein, depuis plusieurs années parfois, ils ne perçoivent ni intéressement ni participation. Leurs éventuelles primes — contrairement à ce que prévoit la loi — sont inférieures à celles de leurs collègues, et ils n’ont accès ni aux prestations du comité d’entreprise ni à la formation professionnelle.

    Pour pouvoir disposer de ces salariés low cost, les majors de la logistique, de la grande distribution et du commerce en ligne ont recours à un astucieux stratagème : il leur suffit de devenir membres d’un groupement d’employeurs (GE) — un dispositif initialement réservé aux boîtes de moins de dix salariés mais élargi, en 2011, à toutes les entreprises, quelle que soit leur taille.

    CDI ? Non merci !

    Ces associations loi 1901 à but non lucratif embauchent des salariés pour les mettra à la disposition de leurs adhérents en leur facturant les heures effectuées. Abracadabra ! les boîtes recrutant ces travailleurs bénéficient de tous les avantages du recours à l’intérim, sans en subir les contraintes.

    Exemple : il est interdit d’embaucher un intérimaire pour un emploi lié à l’activité normale et permanente de l’entreprise. Dans certains cas, le travailleur lésé peut même voir son job requalifié en CDI par les prud’hommes. Pas de risques de ce genre avec un salarié de GE.

    Parmi les premiers fans de ces groupements d’employeurs ? La Poste, qui — selon des documents consultés par « Le Canard » — a recours depuis des années à des centaines de ces « travailleurs détachés ».

    Soucieuses de s’épargner l’administration fastidieuse d’un GE, les entreprises s’adressent au groupe lyonnais D2L, spécialisé dans « le conseil pour les affaires et autres conseils de gestion », et plus particulièrement dans… la création et la gestion de groupements d’employeurs.

    Entre autres services, D2L gomme — au moins en partie — les profits des GE, théoriquement « à but non lucratif ». Utile, car un salarié mis à disposition et payé 1 200 euros mensuels par le groupement sera facturé près de 2 200 euros à l’entreprise utilisatrice.

    De plus, les GE empochent chaque année plusieurs millions d’euros versés par l’Etat au titre du CICE, voire des subventions. La région Ile-de-France leur a ainsi alloué 56 000 euros à ce jour.

    Introuvables conseils

    Tout ou partie des bénefs remontent discrètement vers D2L, en vertu de conventions de « conseil en ressources humaines » passées entre les groupements d’employeurs et diverses sociétés du groupe. Or des inspecteurs du Travail ont relevé que, « lors des contrôles réalisés [chez D2L], il est apparu de façon concordante que la prestation de conseils en ressources humaines n’était pas réalisée ». Pisse-froid !

    Pour l’Inspection, c’est tout le système mis en place avec GE et grandes boîtes qui relève du « prêt illicite de main-d’œuvre » et du « marchandage » — deux pratiques qui constituent un délit et sortent du cadre légal de l’intérim. Saisi du dossier, le parquet de Bourg-en-Bresse a confié l’enquête aux limiers de l’OCLTI, et les services fiscaux sont entrés dans la danse.

    De l’aveu même du PDG de D2L, Guilhem Dufaure de Lajarte, « en permanence, 2 000 personnes travaillent en CDI temps plein, en tant que détachés dans les groupements d’employeurs ». Un business qui lui a permis de s’offrir un hélicoptère, un haras avec ses pur-sang… et d’introduire son groupe en Bourse fin 2014. En voilà un qui gère son compte en banque sans aucun « détachement ».


    D’une logistique implacable…

    Parmi les gros clients de D2L, la société ID Logistics, qui, avec ses 20 000 salariés, gère clés en main plus de 300 entrepôts, notamment pour Danone, Nestlé, Cdiscount ou la grande distribution.

    Ça tombe bien : le pédégé d’ID Logistics, président du syndicat patronal, est chargé, par les ministres de l’Economie et des Transports, d’une mission pour « améliorer la compétitivité de la filière logistique ». Initialement prévue pour la fin de mai, la publication de son rapport serait imminente. Encore un retard de livraison…

    Dans le Canard enchaîné du 24 juillet 2019.

    Sat Aug 3 15:07:14 2019 - permalink -
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  • Contre la France, la Chine gagne à la faim

    La Chine a pris la tête de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture qui défini, entre autres, les normes sanitaires et les rapports Nord-Sud (intéressant pour une Chine qui investit toujours plus en Afrique). La coutume semble être d'acheter des voix. La Chine y aurait consacré environ 150 millions d'euros, notamment à destination des pays africains. Elle aurait saupoudré le tout d'un espionnage des représentants des États membres de la FAO.

    Trop occupé à célébrer Emmanuel Macron en faiseur de reines européennes, l’Elysée s’est abstenu de tout commentaire après la raclée encaissée par la candidature française a la direction générale de la FAO — l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. Le 23 juin, contre toute attente, Qu Dongyu, le vice-ministre chinois de l’Agriculture, a pulvérisé par 104 voix contre 71 la favorite, Catherine Geslain-Lanéelle, tandis que le candidat géorgien soutenu par Trump n’a obtenu que 12 voix. Malgré un budget limité — 2,2 milliards d’euros —, la FAO joue un rôle central dans la lutte contre la malnutrition (2 milliards d’humains dénutris et 820 millions mal nourris) et dans la définition des normes sanitaires. Son influence est aussi déterminante dans les rapports Nord-Sud. Un bel enjeu pour la Chine.

    Une Chine pompe-Afrique

    Catherine Geslain-Lanéelle s’est alignée, au départ, avec 4 millions d’euros, destinés à être saupoudrés sous forme d’aides aux pays électeurs — comme au bon vieux temps. Une misère, comparé au budget de son adversaire Qu Dongyu, qui a bénéficié du soutien actif de Xi dinping. Ce dernier n’a pas hésité, chéquier en main, a faire le tour des capitales pour assurer la promo de son champion. Ainsi, le Cameroun prévoyait de présenter un candidat au nom de l’Afrique. L’oncle Xi l’en dissuada en effaçant, à hauteur de 70 millions d’euros, une partie de sa dette.

    Selon le témoignage de diplomates français, la manne chinoise a coulé, avec le débit du fleuve Amour : 30 millions (en euros) pour la Côte d’Ivoire, 38 pour le Tchad, 24 pour la Centrafrique, 18 pour le Congo, etc. Au total, estiment ces jaloux de Français, la Chine a déboursé 150 millions.

    L‘ingénieux plan Qu

    Les sommes ont majoritairement été débloquées après une menus formalité : selon « L’Opinion » (ZB/7), les Chinois auraient obligé les délégués des pays bénéficiaires à photographier leur bulletin de vote dans l’isoloir. Quasiment tous les pays de l’Afrique francophone ont coché le nom de M. Qu sur leurs bulletins. Après la Françafrique, vive la Chinafrique !

    D’autres astuces, plus discrètes, ont été découvertes. Ainsi, consultant la géolocalisation de leurs téléphones portables après une visite au siège de la FAO, à Rome, des membres de la délégation française (qui l’ont raconté au « Canard ») ont lu qu’ils se trouvaient à Shanghai. Le diagnostic des services français est sans appel : leurs conversations étaient « dérivées » vers la Chine.

    Interrogée par « Le Canard » sur ces facéties, l’ambassade de Chine à Paris lui a adressé un très long laius… qui ne dément aucune de ses informations.

    Pour l’empire du Milieu, qui a l’impérieux besoin d’importer une partie de ses denrées alimentaires, la « signature » d’une structure de l’ONU constitue un atout majeur. L’Australie et la Nouvelle-Zélande, qui ont glissé un bulletin pour M. Qu, ont, par exemple, bien compris le profit qu’elles pouvaient tirer de l’exportation de leurs viandes vers le Mékong [ NDLR : dans son numéro du 31 juillet 2019, le Canard reconnaît que cette expression est bancale puisque si le Mékong est de source chinoise, il circule dans d'autres pays, qui ne sont pas l'objet d'un éventuel accord ].

    Quant aux States, ils sont soupçonnés d’une belle fourberie contre notre candidate. Trois semaines avant le scrutin, le quotidien londonien « The Guardian » publiait un mémo de l’administration américaine indiquant que Catherine Geslain-Lanéelle se serait engagée, lors de discussions bilatérales, à « ne pas defendre les positions européennes sur la question des biotechnologies et des OGM ».

    Cette bévue a entraîné une levée de boucliers chez les écolos européens, qui n’ont pas oublié les formules de la candidate française sur l’utilité des pesticides en Afrique et des OGM pour la planète. Les Chinois ont dû regretter d’avoir déboursé tant d’argent pour battre une adversaire légèrement dévaluée…

    Dans le Canard enchaîné du 24 juillet 2019.

    Sat Aug 3 14:44:48 2019 - permalink -
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  • Le homard de Rugy n‘est pas seul dans son casier

    Rappel de quelques magouilles de nos parlementaires avec leur avance de frais de mandat (anciennement indemnité de frais de mandat). Prêt par l'Assemblée, achat d'habitations, spéculation immobilière, etc. Rien de neuf, ça s'ajoute aux autres usages irréguliers de l'IRFM dont on a connaissance : achat de voyages, d'une TV, de places de cinéma, de vins, etc., offrir des cadeaux, s'offrir un complément de salaire, payer les honoraires d'avocats dans des désaccords avec leurs assistants, etc.

    Mis à part le homard et les bons pinards, la vraie vedette de l’affaire Rugy, c’est la désormais fameuse IRFM. Cette indemnité représentative de frais de mandat d’un montant mensuel de 5 573 enros est allouée à tous les deputés en plus de leur traitement. En 2013 et en 2014, Rugy a puisé dans cette cassette pour régler sa cotise aux écolos et a profité, du même coup, d’une sympathique ristourne fiscale (6 000 euros) au titre des dons aux partis. Une pratique interdite depuis la loi du 11 mars 1988 relative à la transparence financière de la vie politique — ce que rappelle chaque année la Commission nationale des comptes de campagne. Or, non seulement l’infraction est couverte par la prescription fiscale, mais en plus Rugy a réalisé une banale opération de trésorerie (lire p. 2) entre son compte IRFM et son compte courant.

    À saisir très vite

    Tel n’est pas le cas pour une quinzaine de parlementaires, actuellement poursuivis par le Parquet national financier. Plus d’une trentaine d’autres ont également joué avec le feu — et la loi — en se servant de leur IRFM pour obtenir de la trésorerie de l’Assemblée des prêts immobiliers à taux zéro afin d’acheter une permanence, parfois transformée en lieu d’habitation. Cette pratique limite a été interdite en 2010.

    Cette année-là, François Sauvadet (UDI), actuellement président du conseil départemental de la Côte-d’Or, a fini de rembourser un prêt qui lui avait permis d’acquérir, en 1994, une sympathique bâtisse avec piscine pour 124 000 euros ; il en est toujours le proprio. L’ancien ministre de l’éducation de Sarko Luc Chatel, lui, a acheté sa permanence de Chaumont (Haute-Marne) en 2008 pour 211 000 euros et l’a revendue en 2014 pour 280 000 euros. Petit joueur…

    Pour les élus du Palais-Bourbon ayant manqué le coche, une dernière occase est à saisir. Mais, attention ! avant le 1er janvier prochain. Les députés peuvent obtenir un « prêt sur l’honneur » de 18 000 euros au maximum, remboursable soit sur leur indemnité parlementaire, soit sur leur indemnité de frais de mandat (devenue, en 2017, « avance de frais de mandat »). « On ne peut contrôler ce que va faire le député de cet argent, déplore un haut fonctionnaire de l’Assemblée. Il peut s’en servir pour des dépenses personelles », sans rapport avec l'exercice de son mandat.

    Une vraie incitation à la debauche…

    Dans le Canard enchaîné du 24 juillet 2019.

    Sat Aug 3 14:26:03 2019 - permalink -
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  • Faire mumuse dans le détroit d’Ormuz

    Dans le fameux détroit d’Ormuz, par lequel transite une bonne part du pétrole mondial, un drone américain détruit par les Iraniens. Puis un drone iranien détruit par les Américains. Puis un pétrolier britannique arraisonné par les Iraniens. Puis l’annonce par l’Arabie saoudite qu’elle va accueillir des troupes américaines sur son sol. De part et d’autre, des escarmouches, des mouvements de menton, des intimidations. Le tout fort médiatisé, à coups d’images, de communiqués, de démentis. La tension monte, comme on dit. On joue à la guéguerre. Trump y joue à sa manière habituelle : j’suis capable de tout, je suis imprévisible, mes gesticulations sont illisibles, tremblez !

    Sans compter l'envoi (avorté) de bombardiers ricains, les sanctions économiques pesant sur l'Iran, des piratages des systèmes informatiques iraniens et la préparation de 120 000 militaires ricains pour intervenir au Moyen-Orient.


    Les Iraniens, eux aussi, jouent leur jeu habituel : le grand Satan américain n’est qu’un gamin, il ne veut surtout pas la guerre, mais, comme il nous a plongés dans une terrible récession, on va lui montrer de quel bois on se chauffe. Et l’Europe, gênée aux entournures depuis que Trump est sorti de l’accord sur le nucléaire, navigue entre deux eaux. Le ministère français des Affaires étrangères a poliment compté les points, appelant « les autorités iraniennes à libérer dans les meilleurs délais le bâtiment et son équipage, et à respecter les principes de liberté de navigation dans le Golfe ».

    La France, éternelle vassale des ricains. :)


    C’est l’été, on touche du bois pour que cela n’aille pas plus loin et on reprend un sirop d’orgeat.

    Dans le Canard enchaîné du 24 juillet 2019.

    Sat Aug 3 14:09:49 2019 - permalink -
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  • Rendez-nous le Tour !

    Bienvenue dans le monde du micro-dopage. J'en comprends toujours pas l'intérêt à part pour faire vivre des événements sportifs qui rapportent des centaines de millions d'euros voire des milliards… Le sport, un business comme un autre. Le dopage, un moyen comme un autre de faire prospérer ce business.

    Le cyclisme n’est décidément plus ce qu’il était : désormais, deux Français — Pinot et Alaphilippe — sont en mesure de remporter le Tour, et, plus incroyable encore, aucune affaire de dopage n’est venue entacher l’édition 2019, du moins pour l’instant.

    Ah ! comme il paraît loin, le bon temps de l’EPO, du gouleyant pot belge, des seringues retrouvées dans les poubelles, des coureurs faisant des pompes la nuit dans les couloirs d’hôtel afin de se calmer un peu, des vedettes obligées de freiner dans les virages en montant. Comme elle était savoureuse, cette affaire Festina, avec son soigneur dévoué, Willy Voet, il y a vingt et un ans. On savait se marrer, à l'époque !

    Désormais, tout fout le camp. Nos champions marchent à l’eau claire, ou presque, et ne dépassent même plus les motos. Tout juste l’équipe Jumbo-Visma a-t-elle admis — même pas à l’insu de son plein gré — consommer des corps cétoniques, parfaitement autorisés par l’Agence mondiale antidopage (AMA), et dont l’efficacité paraît pourtant aléatoire.

    « Selon les experts, les tricheurs sont en minorité dans le peloton et recourent à des microdoses, indétectables mais aux effets incertains », écrit « Le Monde » (17/7). Un coup à arriver sur les Champs-Elysées seulement mardi ou mercredi ! « Les choses se sont considérablement améliorées (…), il n’y a plus de mise en danger de la santé. On est davantage dans le microdosage », assure l’Agence française de lutte contre le dopage. « Le Monde » résume : « Se doper exige plus d’astuce et d’encadrement, mais c’est encore possible. » Ouf !

    La France retient son souffle. Une victoire tricolore dimanche prochain gâchée par une micro-affaire de dopage, c’est encore possible ?

    Dans le Canard enchaîné du 24 juillet 2019.

    Sat Aug 3 14:02:37 2019 - permalink -
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  • [ Un autre regard sur le climat ] - librairies indépendantes

    Dans ce recueil de trois bandes dessinées inédites, la blogueuse Emma traite du réchauffement climatique sous trois angles : 1) comment en sommes-nous arrivés là ? 2) Flinguer les fausses solutions ; 3) Solutions. Il s'agit d'une compilation de ses lectures, donc il ne faut pas s'attendre à de l'original. Néanmoins, cela remet les idées en place, d'où j'en recommande la lecture.



    J'aime assez l'analyse sur l'origine du problème. La machine à vapeur fut d'abord rejetée par les industriels : pourquoi payer du charbon alors que nos machines hydrauliques actuelles nous coûtent rien en énergie ? Selon moi, il y a deux biais : la puissance motrice limitée de l'eau et l'espace géographique limité où un courant suffisant permet d'actionner les machines désirées. Les usines étaient donc proches des cours d’eau, à la campagne. Mais, il était difficile de trouver de la main d'œuvre docile. Les hommes préféraient s'occuper librement de leurs terres. Les femmes commençaient à comprendre leur exploitation. On inventera l'école moderne pour les calmer et les contrôler. Les campagnes de recrutement régulières, la construction de villages ouvriers et tout ce qu'il faut pour attirer le chaland coûtent cher. Les propriétaires d'usines décident de déménager dans les villes en expansion où la main d'œuvre ne manque pas et d'utiliser la machine à vapeur qui fonctionne partout, elle. Le coût du charbon est compensé par la docilité et la productivité du personnel.



    J'aime ce rappel des analyses du GIEC :

    • Si l'on dépasse une hausse de 2 degrés Celsius de la température moyenne sur la Terre d'ici la fin du siècle, la destruction des écosystèmes est irréversible et les conséquences, notamment la fonte des glaciers et la hausse du niveau des océans, sont ingérables ;

    • Si l'on contient la hausse des températures à 1,5 degrés Celsius, alors on pourra s'adapter aux inévitables changements et la probabilité d'un désastre sur les glaciers et sur les récoltes est limitée ;

    • Sauf que c'est 1,5 degrés Celsius depuis le début des mesures modernes de la température… Entre-temps, la température moyenne du globe a déjà augmenté de 1,1 degrés Celsius ;

    • Si les pays signataires de l'accord de Paris (avant le départ de tonton Trump) respectent leurs engagements (c'est mort puisque Trump est parti), le GIEC prévoit une hausse de 2,8 degrés Celsius. Perdu.



    J'aime bien le dézingage des solutions dites du capitalisme vert :

    • Le recyclage / l'économie circulaire, c'est mignon mais le tri est compliqué (il faut retirer les étiquettes, le gras, etc.) donc peu de plastique (6 %) est recyclé. Mais j'imagine que la science, avec son intelligence artificielle va résoudre ce problème, lol ;

    • La science arrive avec ses arbres artificiels, la capture du Co2 puis son immersion dans les océans et les énergies renouvelables. Sauf que l'on ne pourra matériellement pas capturer suffisamment de Co2. Les énergies renouvelables ne font que déporter le problème de la rareté des énergies fossiles vers la rareté des métaux nécessaires à leur fabrication ;

    • La responsabilisation du citoyen et les gestes du quotidien. C'est cool car ça titille notre égo, notre envie de faire, c'est gratifiant d'être un sauveur. En psychologie, ça se nomme le triangle dramatique. Les gestes quotidiens sont inefficaces face aux crises de surproduction qui entraînent la destruction d'invendus, à la construction d'infrastructures en double (réseaux de téléphonie mobile, réseaux fibre optique) et aux choix politiques comme celui d'utiliser du charbon plutôt que de respecter les travailleurs ou comme celui d'imposer la voiture sur le rail comme ce fut le cas aux USA (General Motors a été condamné en 1949 pour avoir démantelé le rail californien dans les années 40). Le boycott est utile pour récompenser un acteur vertueux et forcer les autres acteurs à l'imiter, mais c'est inutile quand tous les acteurs vont dans le mauvais sens ;



    Les solutions envisagées par l'auteure sont assez classiques : changer nos modes de vie (suppression de la publicité commerciale et de la mode vestimentaire, interdiction de l'obsolescence programmée, consommer moins, etc.) via des prises de décision collectives et solidaires (pour accompagner les destructions d'emplois…), refuser de marchander avec toutes les sociétés commerciales qui réclament un subventionnement avant de se mettre au vert (à quel niveau de résignation faut-il être pour accepter de payer pour que des millions de vie soient menacées ?) et manifester / faire grève / bloquer l'économie, même si l'auteure reconnaît que ça ne fonctionne pas en citant Ségolène Royal qui, quand on l'interroge sur les 2,8 degrés Celsius de hausse de la température moyenne du globe induite par le respect des accords de Paris, répond que la COP21, c'était quand même un « moment historique extraordinaire », comme si le but avait été de passer un bon moment entre potes…

    Fri Aug 2 16:49:28 2019 - permalink -
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  • [ La charge émotionnelle et autres trucs invisibles ] - librairies indépendantes

    Dans ce livre de la série « un autre regard » de la blogueuse féministe Emma, je retiens deux bandes dessinées inédites que j'ai envie de résumer ici. L'une porte sur la charge émotionnelle, la suite de la charge mentale ménagère. L'autre porte sur le complexe partage du travail domestique gratuit et invisible.



    Charge émotionnelle (lien vers la B.D. : Le pouvoir de l'amour):

    • Travail émotionnel : moduler nos sentiments, nos attentes, notre emploi du temps en fonction de l'attente d'autrui. Exemple : tous les emplois au contact du public dans lesquels il faut rester calme et courtois quoi qu'il advienne ;

    • Emma cite de nombreux exemples de travail émotionnel dans la vie quotidienne : s'intéresser aux autres ("t'as l'air soucieux" / "tiens, il faudrait que je prenne des nouvelles de X") ; se retenir de parler afin de ne pas vexer ; ne plus assister à des cours de danse afin de s'occuper des enfants, car quand c'est le conjoint qui s'en occupe, il est de mauvais poil ; apprendre l'existence d'un bien / service et penser à l'offrir à quelqu'un ; penser son emploi du temps en fonction de l'autre ("non, je ne viens pas picoler ce soir, mon mec avait l'air crevé, je vais rentrer pour l'aider à gérer le gamin) ; penser à l'enveloppe de départ d'un collègue ; penser à la décoration, y compris aux huiles essentielles qui réduisent les allergies ;

    • Le but de tout cela est d'huiler les interactions sociales. Répondre négativement à une invitation ou penser à un cadeau de naissance même si la personne prétend avoir besoin de rien ou… Ce n'est pas le geste qui compte, mais l'intention (y avoir pensé) qui signifie que je compte pour toi, que nous ne sommes pas n'importe qui, ce qui nous insère et nous maintient dans un groupe social restreint, ce qui procure un sentiment de sécurité et de stabilité (bulle de confort) ;

    • Quand le travail émotionnel est à sens unique, il devient une charge. Le temps qui y est consacré n'est pas consacré à autre chose. La personne donne sans recevoir, donc elle s'épuise ;

    • Dans la grande majorité des couples hétéro, la femme prend soin de l'homme en sacrifiant ses besoins. L'homme s'en nourrit pour prendre sa place dans le monde extérieur au lieu de retourner les soins à sa femme. On pense aux "grands hommes" récompensés pendant que leur femme repiquait leurs fringues. Les femmes payent pour obtenir de petites attentions : esthéticienne, coiffeuse, etc. Il est vain de rétorquer qu'on a rien demandé aux femmes, qu'elles ont qu'à ne plus le faire, car ce travail émotionnel est nécessaire en cela qu'il permet aux humains de se sentir exister et d'avoir la motivation pour faire des choses ;

    • La solution est un meilleur partage de ce travail émotionnel qui profite à tous ;

    • J'ai du mal avec certains exemples présentés par Emma. La femme qui envoie des SMS à son homme dans la journée afin de prendre de ses nouvelles ou de lui demander conseil pour une robe, ça serait pour maintenir maladroitement la communication au-delà de la soirée TV ou de la logistique parentale. Perso, je trouve ça excessif et proche de la possessivité. Ne vaudrait-il mieux pas se créer des moments communs en dehors de la TV et des enfants ? Préparer un repas qui tient compte des ennuis de santé du moment (léger car il a trop mangé à midi, fenouil car problèmes digestifs, etc.), rappeler de prendre rendez-vous chez le dermato, renouveler la lingerie car l'actuelle à des trous, etc., c'est prendre soin à la place de la personne, ce qui transforme la femme en mère et l'homme en enfant. Emma l'écrit.



    Répartition du travail productif et du travail reproductif (ÉDIT DU 06/10/2019 À 12 H 10 : lien vers la B.D. : Michelle. FIN DE L'ÉDIT.) :

    • Travail productif : travailler en dehors du foyer, en dehors des tâches ménagères. Salaire + statut social (ça dépend quand même du boulot…) + retraite/chômage. Travail reproductif : tâches ménagères et soins à la famille. Gratuit + invisible. Il y a donc un déséquilibre ;

    • La répartition de ces types de travail est genrée : les femmes sont assignées au travail reproductif, les hommes au travail productif. Pourtant, c'est bizarre, quand ils sont célibataires, les hommes trouvent le temps de s'occuper de leurs tâches ménagères… ;

    • Selon l'INSEE, en 2010, les femmes séparées (divorcées, rupture d'un pacse, etc.) voient leurs revenus diminuer de 14,5 %. Ceux des hommes séparés augmentent de 3 %. Pensions incluses. La retraite moyenne des femmes est 26 % inférieure à celle des hommes ;

    • Ainsi, des femmes sont en couple par nécessité, par dépendance, pas tellement par amour ;

    • Solutions ?

      • Réponse du féminisme de droite : la femme travaille en dehors du foyer et acquière ainsi son indépendance (et élargie ainsi la base des personnes exploitées par les patrons). Problèmes : plus (+) de femmes sur le marché = pas d'emplois pour tout le monde = précarité. De plus, elles doivent se farcir la charge mentale en sus de leur emploi… ou la déléguer à des personnes encore plus précaires (nounous, femmes de ménage, etc.). L'emploi n'est pas émancipateur pour toutes les classes sociales ;

      • Les femmes doivent réclamer un salaire (payé par l'État) pour le travail domestique qu'elles effectuent déjà et espérer ainsi que le coût induit réveille les hommes. Problèmes : cela aliénera encore plus les femmes car l'ennui demeurera, on leur demandera plus de boulot puisque, désormais, elles seront payées, tout en les confinant encore plus dans une répartition genrée du travail. Elles seront isolées, chacune chez elle, sans possibilité de se grouper pour réclamer des avancées ;

      • Salaire à vie ;

      • Meilleur partage du temps de travail, qu'il soit productif ou reproductif, entre les hommes et les femmes ;
    • Je suis en désaccord avec quelques-uns des exemples d'Emma, notamment celui sur son amie Michelle, qui s'est occupée, pendant 20 ans, du foyer, de son homme et de la comptabilité et de la paperasse de la société commerciale initiée par son mari alors qu'ils étaient ensemble, et qui se retrouve sans rien après le divorce. Le mariage civil est plus qu'une promesse bidon d'un soutien mutuel. Ce soutien est inscrit dans la loi et, s'il y a autant de paperasse lors d'un divorce, c'est justement parce qu'on est censé faire les comptes pour s'assurer qu'un des époux n'a pas trop profité de la relation au détriment de l'autre (exemple : il s'est enrichi avec le soutien de sa femme). Et si à cette occasion, l'on entend souvent les hommes rager "elle va me prendre tout mon pognon, c'te salope", c'est peut-être parce que les hommes ont conscience qu'ils ont bénéficié d'une relation déséquilibrée à leur avantage et que cela risque d'être remis en cause. Les types de mariage "protecteurs" comme la séparation des biens ne changent pas cet état de fait puisqu'ils portent sur les possessions acquises avant le mariage. Non, le mariage ce n'est pas uniquement la coûteuse cérémonie et la possibilité, pour les deux époux de prendre le nom de l'autre (si, si, l'homme peut prendre le nom de famille de la femme), c'est aussi un engagement dans le temps. J'aimerais donc avoir plus d'infos à propos des exemples donnés par Emma car je pense que les femmes citées auraient pu s'en sortir à meilleur compte sans aller pinailler 10 ans dans un procès aléatoire.
    Fri Aug 2 12:59:29 2019 - permalink -
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  • Ils étaient les brigades rouges - CinéMutins par Les Mutins de Pangée

    Également en vente chez Arte si tu acceptes les odieux DRM et le logiciel maison d'Arte.tv…

    J'ai déjà évoqué ici-même les années de plomb, c'est-à-dire ces dizaines d'années de violence politique dans toute l'Europe de l'Ouest. J'ai pointé des ressources audiovisuelles concernant quelques groupes militants d'extrême-gauche qui, constatant l'échec des méthodes de contestation politique traditionnelles, avaient fait le choix de commettre des attentats politiques ciblés : Action Directe, et la Fraction Armée Rouge. À présent, voici un documentaire sur l'organisation italienne du même acabit, les Brigades Rouges (BR).

    Ce documentaire est plein d'images d'archive et de témoignages de principaux membres actifs des Brigades Rouges qui expliquent en détail leurs stratégies politiques et militaires. C'est très intéressant, même si la deuxième partie de ce film est excessivement centrée sur l'assassinat du politicien Aldo Moro.

    Ce film met en exergue plusieurs points communs entre les BR et les autres groupes européens de lutte armée. La doctrine bien entendu (antifascisme, communisme, autogestion, radicalité, lutte armée ciblée et réfléchie avec minimisation des dommages collatéraux, etc.), mais aussi le fonctionnement par vague / génération qui se succèdent quand l'une est démantelée par la police, ainsi que le choix des cibles (politiciens, patrons, presse) et le retournement de l'opinion publique. Je note aussi des différences Exemples : les Brigades Rouges étaient composées de groupes locaux décentralisés. Ils ont séquestré et assassinés des magistrats, des avocats et des gardiens de prison, ce qui n'est pas le cas des autres groupes. Leur mode d'action favori, la jambisation consiste à tirer plusieurs balles dans les jambes d'une victime, ce qui diffère de l'assassinat "propre" habituel.

    Mes notes :

    • Dans les années 60, l'Italie subie une fracture nord/sud : les emplois sont au nord, la vie agréable au sud. Les ouvriers qui se déplacent du nord au sud pour survivre sont rejetés, y compris par les propriétaires de logements ;

    • Depuis la fin de la 2e guerre mondiale, l'Italie était gouvernée par le parti centriste Démocratie chrétienne ;

    • Au milieu des années 60, les premiers ouvriers contestataires apparaissent. Leur critique du capitalisme est basé sur leur vie, le concret ;

    • En 1968/1969, sous l'influence de la révolte de la jeunesse, ce mouvement ouvrier se durcit. Ils sont jeunes, virulents et ils forment des groupes contestataires autonomes dans les usines. Contrairement aux syndicats auxquels ils s'opposent par le refus de leurs méthodes (médiation avec le patronat), ils réclament plus que l'augmentation annuelle du salaire. Ils veulent changer d'horizon, mettre un terme aux hommes gris en costard (patrons et politiciens) et à la tristesse de ce monde. Les violences policières embrasent le mouvement. Le Parti Communiste demeure inactif ;

    • En décembre 1969, des explosions de bombes, posées par des fascistes (on suppose, le procès ayant eu lieu 30 ans plus tard demeure flou) seront instrumentalisées par le pouvoir et les médias afin de brider le mouvement contestataire et discréditer les syndicats. C'est le point de rupture, la reconnaissance gouvernementale que le dialogue social n'est plus possible, car le gouvernement n'en respecte plus les règles du jeu établies ;

    • En 1970, la formation politique « gauche prolétarienne » fait le choix de la lutte armée pour soutenir les luttes syndicales et d'utiliser une stratégie offensive plutôt que défensive (se contenter de survivre aux assauts des patrons et du gouvernement). L'organisation Brigades Rouges naît. Son cœur est composé d'environ 5-10 personnes pour plus de 1 000 militants. Elle se voit comme une milice au service des ouvriers, comme la police est celle des patrons. Elle vise un certain professionnalisme afin d'être crédible : stratégie, organisation militaire, utilisation de bombes artisanales soignées plutôt que de déclencher des incendies comme tout le monde peut le faire, avec de l'essence et un briquet ;

    • Les Brigades Rouges sont composées d'artisans, d'étudiants, d'ouvriers, d'intérimaires, d'employés de bureau, d'universitaires tous choqués par les conditions de travail. Ils ont une famille, une vie sociale. Les membres principaux ont un passé chargé. Le père d'un a connu les guerres, les fascistes, les camps de prisonniers, d'où une profonde désillusion. Plusieurs ont été déscolarisés afin d'aider financièrement leur famille. Un autre a grandit dans une ferme avec une relation de maître/esclave riches/pauvres avec les propriétaires ;

    • Les premières actions (incendier les voitures des contremaîtres d'usine, séquestrer les patrons) se déroulent jusqu'en 1972 où la police découvre des caches et arrête des membres. Le réseau semi-clandestin s'effondre (le noyau dur compte environ 5 personnes). Le choix d'une clandestinité totale et d'un essaimage en groupes locaux (Turin et Milan pour commencer) est fait. La séparation donne l'illusion d'un mouvement en expansion. La clandestinité, c'est renoncer à une identité, aux relations sociales, y compris affectives, c'est un sacrifice, c'est renoncer aux discussions sur des souvenirs passés (moins les autres clandestins en savent sur toi, mieux ça vaut quand la police débarque). Chaque groupe local est composé de 20 à 30 clandestins autour desquels gravitent des militants à visages découverts ;

    • En 1973, le coup d'État militaire au Chili tue les espoirs d'une révolution par les urnes, car Allende était perçu comme un modèle à suivre. Le Parti Communiste lui-même commence à théoriser qu'il ne pourra pas obtenir le pouvoir, même avec 51 % des voix et qu'il lui faut construire une alliance avec le parti démocrate chrétien. C'est le tout début de la politique du compromis historique. Alliance patrons / ouvriers. Les patrons demandent une trêve dans les conflits sociaux… mais en profitent pour licencier (Fiat, par exemple) ;

    • En 1974, les Brigades Rouges décident de sortir du contexte des usines en séquestrant le magistrat Sossi qu'ils accusent d'être un fasciste car il ferait condamner tout ce qui bouge à Gênes (un étudiant qui ne paye pas le restaurant universitaire, les grévistes d'un hôpital, etc.). Ils réclament la libération des membres du mouvement anti-néofascistes du 22 octobre et leur extradition vers Cuba. Le Parti Communiste et le gouvernement s'y opposent. La magistrature est prête à accepter… sauf le procureur général Coco qui exige la libération de Sossi comme prérequis de la signature de l'acte de libération… et qui trahira cet accord sitôt Sossi relâché ;

    • Les principales têtes des Brigades Rouges sont arrêtées, y compris de façon stupide (ils se garent près d'une banque au volant d'une voiture volée…). Le procès se déroule en 1976/1977. Les brigadistes ne veulent pas se faire juger. Ils organisent un procès guérilla visant à désarticuler leur procès et à renverser l'ordre des choses : ils révoquent leurs avocats, ils inculpent l'État, et ils indiquent que le vrai procès se tiendra dans la rue. Les brigadistes libres assassinent le procureur Coco. Le procès est suspendu 1 an. À sa réouverture, le président de la faculté de droit est enlevé et le président de l'ordre des avocats est assassiné au motif qu'il devait désigner les avocats commis d'office d'où les brigadistes ne voulaient pas. Les brigadistes sont condamnés à 18 ans de prison. Certains, comme Prospero Gallinari s'évadent avec l'aide de détenus de droit commun ;

    • La deuxième génération des Brigades Rouges continue à agresser des magistrats, des chefs de rédactions de journaux, des gardiens de prison ;

    • En 1977, un mouvement contestataire étudiant reprend du service. En 1976, le Parti Communiste avait obtenu un très bon score aux législatives. Une alliance entre la Démocratie Chrétienne et le PC semblait inévitable, mais elle n'était pas désirée par la base du PC ;

    • En 1978, les Brigades Rouges décident de séquestrer Aldo Moro, le président du parti de la Démocratie Chrétienne, le jour où Andreotti, le président du Conseil, devait présenter le compromis historique (alliance avec le PC, patrons et ouvriers main dans la main, etc.) au Parlement. Les Brigades Rouges trouvent cette alliance bourgeoise et impérialiste. Andreotti était aussi une cible des BR, mais il fût jugé plus compliqué à atteindre. Le prétendu Tribunal du Peuple est uniquement composé du leader des BR. Après l'arrestation de Moro, les principaux syndicats déclarent une grève générale pour dire non à la terreur. Le pape intervient également en faveur de la libération de Moro. Ce dernier ne révèle pas aux BR les magouilles de la Démocratie Chrétienne dont il a connaissance. Dans ses lettres, il condamne son parti, la Démocratie chrétienne. Le gouvernement se trouve face à un choix : sauver la vie d'un homme en négociant avec des terroristes ou sauver la dignité d'un État qui ne s'est pas toujours montré digne ? L'absence de négociations met les BR face à un choix : tuer Moro et perdre le combat par absence de gain, perdre en crédibilité en libérant une fois de plus un prisonnier sans aucun résultat ou maintenir une force inutile (car elle obtient rien) en gardant en vie Moro ? Après 55 jours de séquestration, Moro est assassiné ;

    • Les Brigades Rouges continuèrent leurs actions jusqu'à la fin des années 80, environ. Au total, environ 5 000 militants furent condamnés.
    Thu Aug 1 15:29:40 2019 - permalink -
    - https://www.cinemutins.com/ils-etaient-les-brigades-rouges
  • Linky : et si nous utilisions les bons arguments contre lui ? Réduction des coûts, chômage, risques pour la vie privée et guerre de l'énergie entre riches et pauvres

    Depuis la décision du 30/07/2019 du tribunal de Tours d'ordonner le retrait de 13 compteurs Linky afin de ménager des occupants électrosensibles, je vois circuler des propos incorrects à propos du Linky.

    Évidemment, je pense que le tribunal de Tours se trompe sur le fond et la forme. Sur le fond, je ne crois pas à l'électrosensibilité, même si je crois à la nécessité de ne pas s'en moquer, de continuer les recherches et de traiter le mal-être psychologique qui, lui, est bien réel. Sur la forme, il y a plus pertinent pour descendre en flammes le Linky, comme son impact sur la vie privée, les méthodes brutales des sous-traitants d'Enedis (ex-ErDF) pour l'installer, etc. Cette décision est celle d'un tribunal de première instance, donc précaire. Enedis va probablement former un appel et la discussion reprendra. ÉDIT DU 16/08/2019 À 21 H 20 : D'autant que, d'après le Canard enchaîné du 07/08/2019, le 2 août, le tribunal de Nanterre a rejeté la notion de danger imminent (référé) des plaintes de 457 justiciables dont plusieurs dizaines rendaient le Linky responsable de leur hyperthyroïdie, de leur diabète ou de leur épilepsies. FIN DE L'ÉDIT.

    À côté de ça, je vois passer des choses du genre "les écolos veulent la transition énergétique, le Linky est installé dans ce cadre-là, donc les écolos devraient vouloir le Linky, il faudrait qu'ils assument leurs idéaux !" (exemple).

    En effet, le Linky permet de connaître précisément la consommation électrique d'un territoire à un instant T, donc la quantité de courant qu'il faut injecter dans le réseau à cet instant T. Comme la quantité d'énergie renouvelable produite est fluctuante par essence (l'éolien dépend de la puissance du vent, le solaire de l'intensité lumineuse, etc.), Linky permet de savoir si l'énergie renouvelable produite à un instant T suffit à satisfaire les besoins et donc, à encourager une injection plus fréquente des énergies renouvelables dans le réseau. À titre personnel, je ne crois pas au lien "Linky rend l'injection d'énergies renouvelables plus facile donc cela sera fait". À titre d'exemple, même si leur flexibilité est moins ample, on sait moduler la production d'une centrale nucléaire ou à gaz. Les données de consommation émanant des Linky permettent tout autant d'affiner les programmes de charge des centrales nucléaires ou des centrales à gaz ou… que d'injecter de l'énergie verte dans le réseau. Rien permet d'affirmer que le choix penchera en faveur des énergies renouvelables. ÉDIT DU 11/11/2019 À 13 H 00 : une nouvelle vague de nucléaire, dite EPR 2, est d'ailleurs en cours de construction… FIN DE L'ÉDIT.

    Le Linky permet également au consommateur de prendre conscience de sa consommation électrique. Ainsi, ils espèrent que ce même consommateur cherchera à la réduire, ce qui permet de favoriser les énergies renouvelables. Ils l'aideront avec une incitation tarifaire, ce qui, comme d'habitude, réduira uniquement la consommation des pauvres, les riches en ayant que faire. Là-encore, j'émets une réserve entre la faisabilité technique et le choix qui sera fait.

    Un rapport de la Cour des comptes de février 2018 expose que cet objectif, la « maîtrise de la demande d'énergie », smart grid ou autre terminologie bullshit sous laquelle on le désigne, ne sera pas tenu : « en l’état actuel des travaux, le système n’apportera pas les bénéfices annoncés en ce qui concerne la maîtrise de la demande d’énergie ». Il expose également que le déploiement du Linky n'est pas justifiable économiquement parlant au regard des bénéfices apportés à la distribution en énergie électrique, mais ce n'est pas le sujet.

    Selon moi (je me base quand même sur le rapport de la Cour des comptes, sur ce que j'ai entendu dans le réseau militant Enercoop et sur un reportage d'Envoyé spécial), le Linky sert d'autres intérêts que ceux du citoyen-consommateur de base :

    • Réduction des coûts de personnel pour les opérations courantes (relevés manuels annuels, changement de puissance, etc.), réduction du risque d'impayé induit par une facturation annuelle (qui est assimilable à un prêt de trésorerie), achat et vente en flux tendu (donc au meilleur prix) de l'énergie manquante (ou, au contraire, du trop produit), et réduction du coût des fuites sur le réseau par une détection plus rapide. Bien entendu, ce n'est pas mal en soi de vouloir réduire les dépenses, mais encore faut-il penser aux humains mis au chômage, à la répercussion du gain sur la facture des abonnés et à la balance bénéfices-risques pour les abonnés. Or, je pense justement que la balance est déséquilibrée et que le bénéfice de la réduction des coûts ira majoritairement dans la poche des actionnaires, comme d'habitude ;

    • Analyse, traitement et revente des données de consommation. Linky relève la consommation une fois par heure depuis juillet 2018 et il peut descendre jusqu'à une granularité d'une fois par tranche de dix minutes. Le traitement de nos données personnelles n'est pas un délire éventuel ou probable : depuis 2015, Enedis dispose de sa « Fabrique numérique » afin d'analyser les données et de créer les nouveaux services qui en découlent. À l'ère du numérique, ces données de consommation valent de l'or, donc elles seront utilisées et revendues. Comme d'habitude, l'éthique n'entrera pas dans l'équation des décideurs. Ces activités génèrent des risques pour la vie privée des citoyens-consommateurs : publicité ciblée, identification des comportements et des pratiques intimes, mouchardage (auprès de la CPAM durant un arrêt maladie, aux flics durant une crise migratoire, etc.), etc. ;

    • « L'effacement » préfigure la guerre énergétique riches / pauvres à l'instar de ce qui se pratique avec les quartiers riches sécurisés et isolés des salauds de pauvres. L'effacement ? La « mise hors tension à distance d’équipements électriques, avec l’accord des usagers concernés, afin de limiter la consommation lorsque celle-ci est trop élevée […] afin d’éviter de construire des capacités de production qui ne seraient utilisées que quelques heures par an, aux périodes de pointe » (source : le rapport de la Cour des comptes sus-cité). Qui seront les consommateurs visés par le mécanisme d'effacement, mécanisme qui cessera un jour d'être du volontariat ? Est-ce que les riches seront autant visés que les pauvres, alors même que l'on peut considérer que ces derniers ont une probabilité plus élevée de posséder des équipements vieillots qui consomment à mort ? Existera-t-il un abonnement premium garantissant une absence d'effacement moyennant finances ? Notons que l'effacement / délestage / interruption contractualisé se pratique déjà dans l'industrie (témoignage ici).

    En résumé : oui, on peut s'intéresser à l'électrosensibilité titillée par le Linky, aux prétendues vertus vertes de ce compteur (utilisation plus fréquente des énergies vertes, non construction de sources de production polluantes inutiles) qu'il faudrait d'ailleurs nuancer avec l'empreinte écologique de sa fabrication et de sa pose, ainsi qu'aux prétendus gains pour les fournisseurs d'énergie alternatifs (plus besoin de conserver une provision budgétaire annuelle), mais je pense que c'est mal poser le débat et se concentrer sur l'arbre qui cache la forêt. Pour moi, le Linky c'est business as usual, cela bénéficiera uniquement au business, au commerce et donc aux Puissants de ce monde. C'est sur cela que j'aimerais que nous portions notre attention.

    Wed Jul 31 23:54:43 2019 - permalink -
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  • Halte à la montre, au réveil-matin et aux prévisions météo

    Voilà bien trois instruments qui me gonflent et dont j'essaye de me défaire depuis quelques années. Je documente cela en espérant que ça t'inspire.


    Montre

    Ma détestation des montres vient d'un constat pratique : dans les moments de creux (comprendre : d'ennui), comme dans les transports en commun ou les files d'attente (ou à l'école), je la regardais de manière compulsive (plusieurs fois par tranche de 2 minutes). Bien entendu, à part rendre ce moment encore plus long et ennuyeux, ça ne servait à rien.

    Celui qui contrôle l'emploi du temps contrôle l'individu. C'est en partie pour cela qu'un travailleur (salarié ou indépendant) consent à réduire sa liberté : il doit respecter des horaires et des contraintes d'agenda (réunions, déplacements, etc.) indépendantes de sa volonté. Dans un autre registre, quand on constate que la majorité des textes débattus au Parlement français sont des projets de loi (émanant du gouvernement) et que le gouvernement peut moduler le temps des députés (activation de l'examen accéléré d'un texte, possibilité de s'auto-attribuer des créneaux horaires pour ses textes), on comprend bien que le gouvernement est le patron du Parlement qui est un simple bureau d'enregistrement des désidératas du gouvernement.

    Cela est sans compter les injonctions multiples à bien utiliser notre temps. Les loisirs sont l'incarnation de cela : il faut consommer notre temps dans des activités que l'on estime être pertinentes. Cela va à l'encontre de la liberté de perdre notre temps, de le dépenser en pure perte. Le temps est fait pour être perdu, sans calcul, sans chercher à le gagner ou à l'échanger (contre du plaisir, de la connaissance, de l'argent, etc.). Tel un bovin dans un champ qui se moque bien du temps qui passe. Nous considérons même que nous gagnons notre temps libre. Nous gagnons nos soirs, nos fins de semaine et nos vacances à la force de notre emploi. Ainsi, notre temps libre se définit comme une propriété privée immatérielle opposée à notre temps contraint (emploi, tâches ménagères, soins aux enfants, etc.). Pourtant, nous naissons avec du temps libre… que nous choisissons plus ou moins de rentabiliser par un emploi ou des loisirs. Je paraphrase grandement Jean Baudrillard (avant-dernière citation).

    Durant toute sa retraite, la montre de ma grand-mère demeura sur son buffet. Elle n'était pas femme de discours, donc il est inenvisageable qu'elle ait tenu les propos que je viens d'énoncer. Néanmoins, dans sa réponse à mon interrogation sur cette curiosité (montre sur le buffet), autant dans ses mots que dans ses expressions non verbales, on pouvait lire que la montre symbolisait pour elle toute l'aliénation qu'elle avait subie tout au long de sa vie. Une vie passée à se presser pour le compte d'autrui. C'est cela qui m'a poussé à m'interroger sur ce simple objet qu'est la montre.

    Cela fait plus de 7 ans que je ne porte plus de montre (tiens, un calcul du temps qui passe). Au début, j'ai remplacé l'addiction à la montre par l'addiction au téléphone mobile. Mais cela fait bientôt 2 ans que je n'ai plus d'ordiphone.

    Bien sûr, sur mon poste de travail, j'ai un agenda numérique qui me rappelle mes contraintes. Oui, j'ai du mal à ne pas regarder l'horloge affichée par mon ordinateur. Oui, j'ai un environnement de vie qui fait que relâcher ma vigilance aura peu d'impact négatif, à commencer par le fait que je ne dépends plus des transports en commun. Oui, je pense qu'on ne peut pas échapper au calcul du temps qui passe par des moyens dérivés comme la luminosité d'une pièce, le départ de collègues, et, bien sûr, l'alternance du jour et de la nuit. Oui, mes actions sont encore excessivement liées à l'heure : s'il n'est pas 13 h ou 20 h, je me retiens de manger. Pourquoi se retenir si l'on a faim ?


    Réveil-matin

    Je pense que le réveil-matin n'est pas la chose la plus saine qui soit. Il casse nos rêves et nos phases de sommeil (parfois profond). À cause de lui, on se réveille grincheux. Les rêves sont importants pour notre plaisir, la construction de nos désirs et pour imaginer notre possible futur. Oui, je sais qu'il existe des applications mobiles et des gadgets pour calculer l'heure idéale du réveil en fonction de notre cycle de sommeil. Je ne veux pas de cela, car il s'agit encore d'un piètre palliatif pondu par notre société industrielle pour réparer la merde qu'elle a générée (jour permanent avec les ampoules et l'électricité, écrans, emploi à heure fixe, etc.). Je préfère être plus radical (au sens propre, me concentrer sur la racine du problème) et me passer de réveil-matin. C'est Johndescs qui, en praticien, m'a inspiré cette démarche.

    Évidemment, un réveil sans réveil est possible seulement si nous avons l'espoir que des activités que nous estimons être positives nous attendent. Si tu estimes que ton boulot est inutile ou inintéressant ou pénible ou… alors tu n'arriveras pas à te lever sans réveil. Quand j'étais dans cette situation, même un réveil ne suffisait pas. Oui, avoir un emploi sans contact avec le public (donc sans horaires contraintes pour une raison valable) permet de traverser plus facilement la phase d'apprentissage du sans réveil. Bien sûr, un lever sans réveil repose sur la construction d'habitudes, donc, entre autres, sur une régularité dans l'heure du coucher. J'avoue programmer un réveil-matin pour les lendemains de cuite et autres nuits courtes.

    Cela fait bientôt 2 ans que je n'utilise plus de réveil-matin sauf exceptions présentées ci-dessus.

    L'apprentissage m'a paru compliqué. Il faut apprendre à se faire confiance. Dans l'attente, ayant peur de rater le coche, on se réveille souvent trop tôt. Ce n'est pas grave en soi : il suffit d'arriver plus tôt à son emploi (si celui-ci, ainsi que le moyen de transport le permettent…), d'en sortir plus tôt (même remarque) et de se coucher plus tôt. J'imagine que vivre à la campagne (chant du coq, oiseaux, etc.) et/ou en compagnie d'un autre être humain doit simplifier cet apprentissage.


    Météo

    J'écris sur les prévisions météo courantes. Je n'écris pas sur la vigilance météo (ni sur l'étude du climat), c'est-à-dire la prévision et l'annonce massive de situations dangereuses pour l'être humain. Je trouve que c'est utile d'anticiper les galères qui vont nous tomber sur le coin du museau, même si l'on pourrait m'objecter que la nature a toujours fait le tri parmi les animaux et que vouloir échapper à une catastrophe naturelle avec notre prétendue technologie est d'une prétention sans nom.

    Depuis mon plus jeune âge, j'ai constaté que les prévisions météorologiques sont souvent fausses malgré des modèles mathématiques toujours plus sophistiqués. Même quelques heures auparavant. C'est particulièrement vrai en ce qui concerne les petites averses et les températures réelles. J'ai vécu, littéralement, aux quatre coins de la France, ce qui exclu une anomalie locale. J'accorde donc, aux prévisions météo, une crédibilité extrêmement limitée.

    Ces prévisions, malgré leur lucidité relative, provoquent de la tristesse voire des angoisses à l'avance. Ho non, il va pleuvoir toute la semaine prochaine, c'est triste ! Ho non, chaleurs élevées toute la semaine prochaine ! À quoi cela sert-il ? Demain sera ce qu'il sera, point. On verra bien. Remplacer la peur de l'inconnu par une peur de l'incertain, quelle idiotie ! Je me souviens d'un proche totalement angoissé par l'annonce d'une pluie (pas d'une averse) le jour de son déménagement (ouais, parce que les biens que l'on possède finissent par nous posséder, big up Fight Club, mais c’est un autre problème). Au final, il s'est agit d'une averse de faible intensité et de courte durée que quelques morceaux de tissu ont permis de tenir éloignée des précieux biens de ce proche. Tout cette angoisse et ce mal-être pour quelque chose qui n'est pas arrivé !

    Je suis un animal d'intérieur qui doit parfois se déplacer dans les rues. Je ne pratique pas d'activités de plein-air sensibles aux conditions météo. Cela me permet d'être plus détendu, c'est sûr. On constate que cette obsession pour les conditions météo provient, comme celle pour la montre, à notre rapport au temps qui passe : c'est parce que nous avons des activités contraintes par autrui (école, emploi, courses, loisirs) que nous avons cette nécessité de prévoir les conditions météo au moment de les réaliser. Un certain désir de confort dans la réalisation de nos contraintes, aussi, sans doute.

    Néanmoins, je dois reconnaître qu'il s'agit d'un sujet de discussion facile et sans risque… … … Peut-être est-ce pour cela qu'il est si répandu ? Et j'avoue que je pratique la causerie météo, ne serait-ce que pour faire remarquer à mon interlocuteur que sa prédiction était fausse. Ça m'amuse.

    J'ai beaucoup de mal à ne pas aller vérifier, sur les sites web météo, la température affichée par mon thermomètre. C'est totalement stupide puisque mon thermomètre est plus proche de moi que n'importe quel autre, mais c'est ainsi… Sans surprise, j'ai encore des progrès à faire.

    Mon Jul 29 15:41:10 2019 - permalink -
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  • Maintenant que l'on a bien rigolé avec l'affaire de Rugy…

    Si l'on s'intéressait à Laura Fessel, l'ancienne ministre des sports que la Commission des infractions fiscales de Bercy a décidé de ne pas poursuivre en justice pour les ponctions non déclarées au fisc dans la caisse de sa société commerciale de perception de ses droits à l'image en tant que sportive de haut niveau ? Après tout, c'est une potentielle fraude fiscale et un potentiel abus de bien social.

    On pourrait aussi s'intéresser à Marlène Schiappa, secrétaire d'État à l'égalité entre les femmes et les hommes et de lutte contre les discriminations, qui a utilisé le secrétariat de son sinistère (ainsi que le fichier d'adresses emails de celui-ci) pour faire la publicité de son livre présenté comme étant personnel, sans lien avec son sinistère ? La CNIL et le Premier sinistre ont décidé que c'était pas grave.

    On pourrait également se souvenir des travaux illégaux, à Paris et à Arles, de Françoise Nyssen, l'ancienne sinistre de la culture. La justice planche toujours sur ce sujet. Selon le Canard enchaîné, cela ne l'affecte pas : lorsque sa maison d'édition, Actes Sud, a remporté un prix Goncourt, elle a accueilli ses invités à une petite fiesta avec une affichette « Ici, les mezzanines ». L'abus du pouvoir, c'est être en capacité de te moquer des investigations judiciaires en cours contre toi comme si tu y étais immunisé.

    On pourrait aussi s'intéresser aux réceptions des Macron qui réunissaient, à Bercy, midi et soir, le Tout-Paris au temps où notre président était sinistre de l'économie. On parle de dizaines de réceptions, de 80 % de l'enveloppe budgétaire 2016 du sinistère consommée par et pour un seul homme. C'était pour expliquer ses réformes aux puissants… Moquez-vous de nous ! Ces réceptions ont permis à Macron de tisser et d'entretenir des liens avec les gens qui ont fait son ascension. Rien à voir avec sa fonction de ministre. Ces faits sont connus depuis janvier 2017, confirmés en mai 2018 par Christian Eckert et vérifiés par plusieurs journaux depuis et… pas de réactions exceptée une nomination à la tête de l'État ! Deux poids, deux mesures ? Il faut dire que l'impunité du chef de l'État, ça aide, ça réduit le nombre de belliqueux potentiels.

    On pourrait également s'intéresser à la probité de tellement d'autres élus et nommés, locaux comme nationaux…

    Sat Jul 27 15:13:39 2019 - permalink -
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  • Les immigrés se reproduisent comme des lapins ?

    Le très officiel Institut national d’études démographiques vient de publier un rapport qui explique pourquoi « la France a la plus forte fécondité d’Europe ». Réponse des auteurs : « Beaucoup de gens pensent que c’est (…) parce que les immigrées font beaucoup d’enfants. Les statistiques racontent une autre histoire. » « Le Monde » (11/7) précise : « Si un nouveau-né sur cinq a une mère issue de l’immigration, la contribution de ces femmes ajoute seulement 0,1 enfant à la moyenne nationale », laquelle est de 1,9.

    Pas de quoi sonner le tocsin.

    Dans le Canard enchaîné du 17 juillet 2019.

    Sat Jul 27 14:25:52 2019 - permalink -
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