Benoît Muracciole, de l’association Action sécurité éthique républicaines, poursuit l'État en justice au sujet des armes françaises exportées aux pays du Golfe et qui sont utilisées, entre autres, au Yémen. Pour démontrer ses dires, il fournit une note de la DRM (service français de renseignement militaire). Il est convoqué à la DGSI (service de renseignement intérieur), comme les journalistes de Disclose et de Radio France qui ont rendu publique cette note. La note est retirée du dossier judiciaire par le président du tribunal, ce qui permettra, à mon avis, de classer la plainte pour absence de preuve… En tout cas, notre gouvernement a menti une fois de plus : il ne pouvait pas ignorer que nos armes sont utilisées au Yémen, et encore moins après la publication de la note, sauf à démontrer qu'il s'agit d'un faux, ce qu'il n'a pas fait.
Le 2 octobre, la DGSI a convoqué, pour « atteintes au secret de la défense nationale », Benoît Muracciole, ancien d’Amnesty International spécialisé dans le contrôle des ventes d’armes et président de l’association Action sécurité éthique républicaines (Aser).
Son crime : avoir persisté à citer, dans une procédure en appel contre les exportations d’armes françaises à destination des pays du Golfe, une note secret-défense de septembre 2018 émanant de la Direction du renseignement militaire. Laquelle établit noir sur blanc, malgré les dénégations indignées de Macron, Le Drian et Parly, que des armements français sont utilisés dans la guerre sanglante menée par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis au Yémen.
C’est précisément la divulgation de cette note, détaillant l’usage de canons Caesar, de chars Leclerc ou de Mirage 2000-9 au Yémen, qui avait valu à trois journalistes de Disclose et de Radio France d’être convoqués par la DGSI les 14 et 15 mai. Dans la foulée, le président du tribunal administratif de Paris a retiré d’autorité, le 27 mai, sur demande expresse de la secrétaire générale de la défense et de la sécurité nationale, cette note de la procédure. Circulez, y a rien à juger !
La France portée ONU
Depuis, un comité d’experts de l’ONU a souligné, le 3 septembre, la « responsabilité » de la France et des autres Etats pourvoyeurs d’armes dans la « multitude de crimes de guerre » commis au Yémen. Paris ayant ratifié en 2014 le traité sur le commerce des armes, qui interdit leur vente si elles risquent d’être utilisées pour commettre des crimes de guerre, « la légalité des transferts d’armes par la France (…) reste discutable et fait l’objet de procédures internes », écrivent les experts onusiens. Et de prier instamment le gouvernement français et les autres vendeurs complices de « s’abstenir de fournir des armes susceptibles d’être utilisées dans le conflit ».
Or les chantiers navals de Cherbourg viennent de livrer un nouvel intercepteur à la marine de guerre saoudienne, alors qu’un reportage d’Arte, diffusé le 17 septembre, a montré qu’une frégate saoudienne et une corvette émiratie de conception française avaient été mobilisées dans le blocus maritime du pays.
Mais ça ne mange pas de pain, et les Yéménites non plus.
Dans le Canard enchaîné du 25 septembre 2019.
La Ligue Islamique Mondiale, visage religieux du régime saoudien, organisait, à Paris (comme ailleurs), une conférence pour « la paix, la fraternité entre les peuples et la promotion d’un islam tolérant et humaniste » parainée par la Fondation de l'Islam de France fondée par Cazeneuve pour lutter contre le salafisme. La LIM, wahhabiste / salafiste (retour aux pratiques religieuses originelles), dont le patron a fait condamner le blogeur Raif Badawi, avait porté plainte contre Charlie. C'est mignon (positionnement et indignation variables de la France, tout ça).
Un après le dépeçage du journaliste Jamal Khashoggi, et alors que les bombardements au Yémen se poursuivent, l’Arabie saoudite est en pleine tournée mondiale… de réhabilitation. Elle régale à tout-va. Des représentants de la Ligue islamique mondiale (LIM), bras religieux du régime, se sont rendus au Vatican, au Sri Lanka et en Russie. L’an prochain, ils visiteront Auschwitz.
Le 17 septembre, leur « croisade pour la paix, la fraternité entre les peuples et la promotion d’un islam tolérant et humaniste » a fait escale à Paris. Sous les dorures du palais Brongniart se tenait une très ronflante « conférence internationale ». Son « excellence » Mohammed al-Issa, secrétaire général de la LIM, recevait Haïm Korsia, le grand rabbin de France, Mgr Defois, évêque émérite de Lille, et François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France — tous spécialement dépêchés pour une grande cause : la signature d’un « mémorandum d’entente et d’amitié » entre toutes ces religions. Le dialogue interreligieux à l’initiative d’un salafisme qui prétend aujourd’hui condamner le terrorisme et tout acte de violence perpétré au nom de Dieu ? On rêve, sûrement…
Idéo-jolie
La présence d’Emmanuel Macron et d’Edouard Philippe avait même été annoncée pour couronner le placement en Bourse des Saoudiens, mais ces sommités, de même que le bouddhiste Matthieu Ricard et quelques universitaires, ont brillé par leur absence. Jack Lang, lui, était là.
Il faut dire que la puissance invitante a quelques « malentendus » à lever. Fondée en 1962 par le prince Fayçal, la LIM — organisation phare de financement du wahhabisme et de sa vision si tolérante de l’islam — avait porté plainte en 2006 contre « Charlie Hebdo » à la suite de la publication de caricatures de Mahomet. Son patron, Al-Issa, ancien ministre de la Justice de la monarchie saoudienne, a, quant à lui, fait condamner en 2014 le blogueur Raif Badawi à 1 000 coups de fouet et à 10 ans de prison. L’homme est toujours incarcéré.
Avancer mosquée
Al-Issa est donc aujourd’hui le meilleur ami de la liberté de penser, et il est parrainé par la Fondation de l’islam de France (FIF), organisation laïque créée en 2016 par Bernard Cazeneuve avec l’idée de… « contrecarrer l’idéologie salafiste qui nourrit la violence des extrémistes djihadistes » ! « Pas étonnant que cela ait suscité une gêne au sein de la fondation », déplore l’imam d’une grande mosquée française. « Ça s’est fait dans notre dos !» s’insurge un membre des instances. Patron de la Fondation, l’islamologue Ghaleb Bencheikh se défend de jouer les « porte-parole » de la LIM. Juste son témoin de moralité, avec l’assentiment de l’Elysée ?
La Fondation n’a pas sorti un sou — elle dit d’ailleurs ne pas connaître le montant du show parisien —, les Saoudiens ont tout réglé : la location du palais Brongniart, le cocktail et le dîner au pavillon Gabriel, non loin des Champs-Elysées, où se pressaient une centaine de personnalités, dont quelques députés LRM. « La France est engagée auprès de l’Arabie saoudite. On ne peut pas profiter du pétrole saoudien quand ça arrange et ne pas les recevoir quand ils veulent organiser un événement », assume un participant. Surtout quand « ils » arrosent.
Deux jours plus tard, Al-Issa se trouvait a Lyon pour inaugurer, avec Christophe Castaner et Gérard Collomb, respectivement actuel et ex-ministre des Cultes, le nouvel Institut français de civilisation musulmane, jouxtant la mosquée de la capitale des Gaules. La LIM le finance à hauteur de 1,5 million d’euros. « Sans condition », selon son président, Kamel Kabtane.
Il ne manquerait plus que les Saoudiens réclament une ristourne sur leurs achats d’armes françaises…
Dans le Canard enchaîné du 25 septembre 2019.
Le fisc réévalue à distance les éléments de confort (WC, SdB, chauffage fixe, etc.) de 130 000 logements à partir de données fournies par les mairies et la détection de différences entre les déclarations portant sur des logements d'un même immeubles. Ce qui me choque, c'est l'aspect suspicion généralisée : le contribuable a forcément blousé le fisc, donc on va rectifier le tir sans vérifier sur place et sans en informer le contribuable. Alors, oui, cette manière de faire, sur si peu de logements, est sûrement plus économique que de payer des inspecteurs qui se déplaceraient, mais je n'aime pas ce monde de la suspicion.
Le calcul des impôts locaux était très compliqué ? Il peut même devenir inextricable ! Les avis de taxe foncière (TF) et de taxe d’habitation (TH), qui arrivent ces jours-ci chez les contribuables, montrent que le fisc calcule parfois au doigt mouillé. Mais, rassurons-nous, toujours à la hausse !
Dans l’Isère, plusieurs milliers de contribuables viennent de découvrir une lettre de la Direction générale des finances publiques (DGFiP) les avisant que, à la suite de la « mise à jour des bases des impôts locaux », l’augmentation de leur écot allait excéder celle, générale, de 2,2 %. Pourquoi ? Pas de réponse.
« Nous avons reçu plus de 400 lettres de contribuables du département informés de cette augmentation, indique Pierre Hautus, président de l’Union nationale des propriétaires immobiliers. Pourtant, aucun n’avait déclaré la moindre amélioration de son logement pouvant justifier cette rallonge. » Et l’administration ne leur avait adressé nulle « vérification sélective des logements », base obligatoire de tout changement de la valeur d’un local — et donc des TH et TF que doit acquitter son propriétaire.
Sévices fiscaux
A l’origine de ces mystères, une opération répondant au joli nom d’« optimisation » de la fiscalité locale. Sollicitée par des élus locaux, la DGFiP a signé des partenariats avec quelque 130 collectivités pour mettre leurs données en commun. Une façon politiquement indolore d’augmenter le produit des impôts locaux : un maire en fin de mandat pourra toujours expliquer à ses administrés que, si leur ponction a augmenté, ce n’est pas à cause d’une hausse des taux décidée par son conseil municipal, mais de l’augmentation des valeurs locatives mise en œuvre par l’Etat.
Un logiciel de Bercy — VisuDGFiP — permet de mouliner les données physiques et fiscales des logements afin d’« identifier [ceux apparemment] dénués de certains éléments de confort » et de les taxer d’office en supposant que leurs proprios n’ont pas déclaré ces éléments. Tordu… « L’administration ne se déplace pas, reconnaît un expert de Bercy. Quand un logement a, par exemple, une salle de bains, on en ajoute une à tous les appartements de l’immeuble. » Avec un risque d’erreur manifeste, comme dans cet immeuble du Xe arrondissement de Paris dont seul le bâtiment principal, sur rue, avait été rénové : le bâtiment sur cour s’est trouvé gratifié des mêmes améliorations alors qu’il était resté dans son jus.
Pourquoi n’avoir pas indiqué aux contribuables isérois les critères précis justifiant leur augmentation de taxe ? « Les courriers qui leur sont envoyés, précise cet expert, sont des lettres types qui ne sont pas personnalisées. » C’est justement le problème !
Au moins les contribuables isérois auront-ils la « chance » d’avoir été avertis — même imparfaitement — de la rallonge qui leur tombe dessus. Ce n’est pas le cas des quelque 22 000 contribuables des arrondissements du centre et de l’ouest de Paris. La DGFiP ayant décidé que les appartements d’un standing moyen étaient obligatoirement dotés d’un chauffage fixe, leur valeur fiscale a été augmentée d’autant en 2019.
WC clandestins
Rebelote pour l’année prochaine : cet été, certains logements ont été déclarés a priori dotés d’une salle d’eau et de WC intérieurs. Sans aucune question aux propriétaires ni vérification sur place, ils ont ainsi été « optimisés ». Tout comme les taxes qu’il s’agira d’acquitter en 2020 (et, cette fois, sans que le moindre courrier soit envoyé aux intéressés pour leur annoncer cette hausse).
Fin 2018, des agents du fisc ont fait part à leur hiérarchie, par écrit, de leurs « doutes et interrogations sur la légalité (…) d’une réévaluation systématique des éléments de confort des locaux sans en vérifier au préalable la réalité ».
A Bercy, on n’en fait pas un drame : « Ces opérations sont marginales. Sur 48 millions de feuilles d’impôts locaux, seuls 130 000 logements sont concernés chaque année. »
Savoir qu’ils sont très minoritaires va sûrement consoler les intéressés.
Dans le Canard enchaîné du 25 septembre 2019.
La CMU-C, la mutuelle pour les pauvres (et pas que pour les étrangers) est dans le viseur de la majorité quand bien même celle-ci est incapable de démontrer qu’il y a des abus et quelle proportion cela représente !
Je note également les discours contradictoires des uns et des autres : d'un côté, les étrangers voudraient nous grand-remplacer, et d'un autre côté, ils voudraient juste se soigner puis repartir. Gné ? D'un côté, ils voleraient nos emplois, et, d'un autre côté, ils pilleraient notre assurance-chômage. Gnéééé ? C'est pas fini de nous prendre pour des abrutis ?!
Notons que, contrairement aux imbécilités qu'on trouve parfois sur le web, l'Aide Médicale d'État (AME) ne couvre pas la PMA ni les cures thermales. L'optique et le dentaire sont pris en charge au tarif Sécu, soit peanuts !
La CMU-C, dont bénéficient immédiatement tous les étrangers (à la différence de l’AME, pour laquelle il faut attendre trois mois), est la première cible de Macron, qui veut la rendre moins attrayante.
Explication du rapporteur LRM du budget de la Sécu, Olivier Véran :
« C’est le cas des pays d’Europe de l’Est qui pose question. La France serait recherchée pour son excellent accès aux soins par des personnes qui détournent le droit d’asile pour avoir l’opportunité de soins gratuits avant de repartir. »
Mais le député reconnaît dans la foulée qu’il ne dispose d’« aucune donnée permettant de savoir si c’est une situation fréquente ou anecdotique ».
Après tout, ce serait pas mal, comme dit Philippe, d’y voir clair avant de prendre des décisions !
Dans le Canard enchaîné du 25 septembre 2019.
Les futurs anciens premiers sinistres n'auront plus un secrétariat à vie payé par l'État, ça sera 10 ans max. Ils conservent voiture et chauffeur à vie. Les anciens premiers ministres ne sont pas concernés. Pour les coûts des anciens présidents, des anciens premiers ministres et des anciens ministres de l'Intérieur, c'est par là.
Paru le 22 septembre au « Journal officiel », le décret qui réduit (à la marge) les avantages accordés aux anciens Premiers ministres ne va d’abord en concerner… aucun ! Il ne commencera à s’appliquer qu’en 2029.
Si l’article 2 du décret leur permet de garder voiture et chauffeur à perpétuité, l’article 1 sonne l’heure d’une certaine austérité. Il prévoit que les ex-locataires de Matignon n’auront plus droit toute leur vie durant à un agent payé par l’Etat pour assurer leur secrétariat particulier : ils ne le conserveront que pendant dix ans après leur cessation de fonctions. Et cette aide cessera dès que les bénéficiaires atteindront l’âge de 67 ans.
Mais l’article 4 rouvre le robinet. Il précise que « les anciens Premiers ministres dont les fonctions ont cessé avant la publication du présent décret » échappent à cette règle. Quels que soient leur âge et l’ancienneté de leur séjour à Matignon, ils continueront donc d’avoir droit à un se- crétariat particulier durant les dix prochaines années.
Onze ex sont concernés. Comme le nonagénaire Edouard Balladur (qui a quitté son poste en 1995) ou les octogénaires Edith Cresson (en 1992) et Lionel Jospin (en 2002). Mais aussi des petits jeunots tels Laurent Fabius (parti de Matignon en… 1986), Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin, Dominique de Villepin, François Fillon, Jean-Marc Ayrault ou Bernard Cazeneuve. Même Manuel Valls, qui a pourtant décidé de refaire sa vie politique en Espagne, aura droit, comme les autres, à son secrétariat jusqu’en 2029. Olé !
Dans le Canard enchaîné du 25 septembre 2019.
Le conseil des ministres franco-allemand s'est tenu à Toulouse afin de draguer le maire LR en vue des municipales. De vrais gamins… "Je t'ai amené Angela, alors tu rejoins mon mouvement pour les municipales, hein"… Affligeant…
Ce sera la surprise du chef. A trois semaines du Conseil des ministres franco-allemand, le 16 octobre, personne encore ne sait où il se tiendra ! Emmanuel Macron avait pourtant choisi Strasbourg pour soutenir le statut, de plus en plus contesté, de la « capitale parlementaire de l’Europe ». Une belle occasion de moucher au passage l’héritière désignée d’Angela Merkel, l’impudente Annegret Kramp-Karrenbauer, qui a osé réclamer un regroupement à Bruxelles des institutions européennes.
Le chef de l’Etat français a aujourd’hui d’autres priorités stratégiques, et il louche sur Toulouse, idéal à ses yeux pour positionner le rendez-vous binational. Evidemment, ce serait un peu loin du Rhin, mais si près du cœur du maire LR de la ville, Jean-Luc Moudenc, que LRM espère bien récupérer aux municipales…
« Pour la com’, il n’y aurait plus qu’à emballer ce joli cadeau dans l’éroffe étoilée d’Airbus, préconise déjà un dirigeant d’En marche !. Le berceau du partenariat industriel franco-allemand, c’est un symbole kolossal, non ? »
Et puis, à Toulouse, il y a aussi de la saucisse…
Dans le Canard enchaîné du 25 septembre 2019.
Le rapport de force pour la réforme des retraites semble se dessiner. Macron est sûr de lui : les gilets jaunes sont du passé, donc, si le gouvernement communique sur "réforme des retraites = fin des privilèges", la réforme passera tranquille, l'opinion se retournera contre les grévistes. Mais, en même temps, il semble avoir peur des blacks blocs et d'une convergence des luttes (urgences, pompiers, etc.). Donc, la stratégie à adopter me semble limpide : faire converger les luttes sectorielles, soutenir les grévistes plutôt que de penser à sa gueule à court terme, et soutenir une montée de la violence émancipatrice (la non-violence peut être un mirage).
La réforme des retraites, c'est :
Après le 45e samedi de mobilisation des gilets jaunes, au sujet duquel l’exécutif avait assuré redouter le pire — surtout en pleines Journées du patrimoine -, Emmanuel Macron n’a pas caché son soulagement. Les « gilets » ont peu mebiiisé, et les incidents provoqués par les Black Blocs ont été circonscrits, même s’ils ont contrarié la Marche pour le climat.
Devant ses collaborateurs, le 21 septembre, le chef de l’Etat a fait le point.
« La rentrée n’est pas chaude, a-t-il affirmé, mais délicate. Indiscutablement, il y a une multiplication d’exigences catégorielles. Après les gilets jaunes, beaucoup ont le sentiment qu’on n’est pas à 1 milliard près. Ça, c’est le point noir. Le point positif, c’est l’échec de la relance du mouvement des gilets jaunes. »
Et de préciser, d’un ton tranchant :
« Les problèmes structurels demeurent et doivent être traités, mais chacun de nous voit bien que ces manifs ne servent à rien ni à personne, sauf aux casseurs. »
Là-dessus, Macron a repris sa tirade favorite :
« Rien ne serait pire pour nous que de nous mettre aux abris et d’arrêter les réformes. » Avant d’aborder le sujet le plus brûlant du moment, la remise en question des régimes spéciaux : « Les Français comprennent parfaitement qu’ils n’ont pas à payer par les impôts un système archaïque de maintien des privilèges. C’est pourquoi la CGT peut bloquer les transports pendant un an si elle le veut, ça n’empêchera pas la réforme des retraites. »
Transmis aux usagers !
Si Macron paie d’emblée de sa personne pour cette réforme des retraites, c’est parce qu’il craint (lire plus haut) les débordements lors des mouvements sociaux. Et qu’il prône à tout-va pédagogie et concertation.
Ainsi a-t-il demandé à ses ministres, lors du Conseil du 18 septembre. d’être « attentifs », d’« anticiper les mouvements catégoriels » et de « poser rapidement les cadres de la discussion ».
« Il faut, a-t-il ajouté, expliquer les principes de la réforme, ses invariants et les points sur lesquels on entame des discussions. »
Moyennant quoi il a demandé après les premières manifs à Nicole Belloubet de rencontrer les avocats, à Blanquer de voir les profs et autres personnels de l’Education, et à Buzyn de se réunir avec les professionnels de la santé.
Et, attention, il va surveiller ces rendez-vous sur son application spéciale…
Dans le Canard enchaîné du 25 septembre 2019.
L'affaire Karachi arrive devant la Cour de Justice de la République. Le ministère public n'est pas convaincu que les retrocommissions du contrat d'armement auraient alimenté le compte de campagne de Balladur. Pour l'instant, les prévenus nient en bloc. L'intermédiaire Takieddine, que l'on retrouve dans le supposé financement de la campagne de Sarkozy par Kadhafi et dans la fourniture de matos de surveillance des communications de tout un pays au même Kadhafi, revient sur ses aveux.
Il y a vingt-cinq ans, la France vendait trois sous-marins « Agosta » au Pakistan. Il faudra attendre quatorze ans pour que la justice ouvre une information judiciaire, soupçonnant — comme la presse l’écrit déjà depuis des années — que ce contrat avait donné lieu à de juteuses rétrocommissions.
Il faudra encore cinq ans de plus pour qu’Edouard Balladur, alors Premier ministre, 90 ans aujourd’hui, et son ministre de la Défense, François Léotard, 77 ans, soient renvoyés devant la Cour de justice de la République (CJR), soupçonnés d’abus de biens sociaux. Et la CJR a encore mis deux ans pour que sa commission de l’instruction décide enfin de se pencher sur le dossier. Aujourd’hui, c’est le procureur général de Paris, François Molins, qui fournit un nouvel épisode à ce feuilleton qui dure depuis une génération
Molins, comme l’a révélé « L’Express », a en effet adressé, le 12 juillet, son réquisitoire à la CJR. Lequel, s’il charge lourdement Léotard, décharge Ballamou sur un point central. Selon l’accusation, les 10 millions de francs qui ont miraculeusement abondé son compte de campagne provenaient de rétrocommissions versées à la suite de la vente des sous-marins. Le procureur général balaie cette accusation, qui repose « sur une construction intellectuelle et non sur des preuves matérielles ». Mais Balla n’est pas tiré d’affaire pour autant : son explication, selon laquelle les sous « proviendraient de la vente de gadgets et de dons (lors de ses meetings) ne saurait emporter la conviction ». Et Molins de conclure : « Les remises d’espèces ont une origine frauduleuse, mais il reste à déterminer laquelle. »
Ça risque d’être difficile : aurait-il abusé de la faiblesse d’une Liliane Bettencourt ? Aurait-il eu un compte secret en Suisse et à Singapour ? Voilà qui promet à la CJR encore quelques belles décennies de travail devant elle.
L’essentiel est que les accusés aient — on le leur souhaite — la longévité de Jeanne Calment. Et que ladite Cour — dont la mort est régulièrement programmée depuis 2012 — tienne jusque-là !
Dans le Canard enchaîné du 25 septembre 2019.
L'humanité est toujours à la recherche de l'énergie miraculeuse, celle qui lui permettra de préserver le mode de vie occidental alors qu'il est au-dessus des capacités de la planète. Aujourd'hui : le GNL. Autant de particules et 5 fois plus de NO² que les diesels. Y'a vraiment des gens qui espéraient que cramer du méthane allait produire un résultat positif (autre que financier) ?! L'humanité poursuit sa quête. C'pas possible d'être une espèce animale aussi idiote…
C'était l’énergie propre du futur et la grande revanche des pétroliers : le recours au gaz naturel liquéfié (GNL) devait rendre plus écolos les moteurs de tous les camions européens. Las ! une étude de l’ONG européenne Transport et Environnement vient de torpiller ce doux rêve (« Le Monde », 20/9).
Les poids lourds qui carburent au GNL étaient censés émettre 95 % de particules en moins que les diesels. A l’arrivée, ils en émettent autant ! Ils étaient également présumés produire un tiers de moins des très toxiques oxydes d’azote. En fait, c’est cinq fois plus.
Autre tuile pour la lutte antipollution : sur les quais du métro parisien, l’air est encore plus irrespirable qu’on ne le pensait. Une autre enquête, menée cette fois par le CNRS et l’association Respire, montre que l’atmosphère y est saturée de particules fines. A certains endroits, comme le quai du RER A à la station Gare-de-Lyon, les enquêteurs en ont dénombré jusqu’à 800 millions par mètre cube. Une vraie soupe !
La faute en revient d’abord au freinage des rames, qui soulève des nuages de poussière de métal ou d’autres composants nauséabonds. Un casse-tête de plus à résoudre pour les experts de la RATP. Ils peuvent toujours tenter de faire rouler le métro au GNL.
Dans le Canard enchaîné du 25 septembre 2019.
Après son programme de chasse des fake news (qui a rapporté 245 000 € à Libération pour 49 articles vérifiés) et son programme de production de vidéos destinées à Facebook Live / Watch, Facebook va financer et former la presse locale et régionale afin qu'elle alimente la section "actualité locale" du réseau d'asociaux.
Quelle bonne idée ! Facebook se renforce en devenant toujours plus l'interface par laquelle les gens accident à tout, ce qui lui permet de trier, hiérarchiser et censurer les contenus tout en augmentant son audience donc ses revenus publicitaires pendant que la presse augmente sa dépendance à Facebook, financièrement et structurellement (ils adaptent leurs pratiques, leur "mode de production", à Facebook, ce qui les rend captifs et les éloignent d'une partie de leur lectorat). Le citoyen, lui, continue de se faire fliquer durant ses lectures (oui, parce que quand tu vois le nombre de mouchards sur les sites web des grands journaux…).
Facebook lance un programme d’accélération de 2 millions d’euros à destination de la presse locale et régionale française. L’objectif est « d’aider les éditeurs de la presse locale et régionale française à identifier et développer des modèles économiques qui reposent sur les abonnements », peut-on lire sur le communiqué de presse publié le 16 septembre 2019.
[…]
Parmi tous éditeurs de presse locale et régionale en France, les 11 sélectionnés pour participer au programme sont : Ouest France, Sud Ouest, La Dépêche du Midi, La Voix du Nord, La Provence, Groupe EBRA, Paris-Normandie, La Nouvelle République du Centre, Centre France, Le Courrier Picard, Sud Presse.
« Pendant 12 semaines, les médias et groupes de presse participants se rencontreront une fois par mois et recevront des conseils d’experts en abonnements numériques. Ils participeront également à des séances de formation hebdomadaires sur une sélection de sujets imaginés pour les aider à augmenter le nombre de leurs abonnements numériques, y compris via l’utilisation de Facebook et d’autres réseaux sociaux », détaille Facebook.
[…]
Cet investissement s’inscrit dans le cadre d’un plan de 300 millions de dollars de soutien de nouvelles initiatives d’éditeurs de presse du monde entier jusqu'en 2022. Le Facebook Journalism Project (FJP) est piloté par Tim Griggs, ancien dirigeant du New York Times et du Texas Tribune.
Via le Canard enchaîné du 18 septembre 2019.
Suite de faire mumuse dans le détroit d’Ormuz. Cette fois-ci, l'Arabie Saoudite s'est fait poignarder deux sites de production de pétrole par on ne sait trop qui. On notera que, contrairement à ce qu'en dit la croyance populaire, les attaques prétendument anonymes ne se déroulent pas exclusivement sur Internet. ;) Le système pétrolier de l'Arabie Saoudite est aussi sensible et exposé que nos centrales nucléaires françaises, pas de jaloux. Trump, à défaut d'être contraint de la boucler est contraint à la modération dans son expression, et ça, c'est pas mal.
Le jour J, l'info en continu (on devrait plutôt dire l'intox en continu) annonçait la paralysie de l'économie mondiale à cause du manque d'énergie fossile… alors que des réserves de pétrole brut déjà extrait existent, que le Canada et les USA disposent eux-aussi de pétrole et auraient été ravis d'en distribuer au prix fort et que l'Arabie Saoudite a mis tout le monde sur le pont pour tout réparer en moins de deux semaines. Le cours du pétrole est revenu à la normale, pas de fin du monde, merci.
Un nuage de drones ou une dizaine de missiles de croisière ? Tirés depuis le nord du Yémen par les rebelles houthis, soutenus par Téhéran, ou par une milice chiite pro-iranienne depuis le sud de l’Irak, peut-être en représailles indirectes à un bombardement israélien ? Difficile de faire la lumière sur la mystérieuse attaque-éclair qui a frappé, le 14 septembre, l’Arabie saoudite au cœur et au coffre, paralysant deux sites clés du système d’exploitation pétrolier saoudien, qui s’est révélé très fragile. La production quotidienne de barils du royaume a baissé de moitié (soit 5 % de la production mondiale) et a provoqué une flambée de 10 à 15 % des cours du brut…
C’est une humiliation pour le royaume saoudien, dont la défense aérienne a été percée comme du gruyère, alors qu’il est le premier acheteur d’armes — notamment en provenance des Etats-Unis — du monde. Et un choc en retour au visage de Trump, dont les rodomontades guerrières vis-à-vis de l’Iran semblent avoir attisé le feu. Renaud Girard, dans « Le Figaro » (17/9), souligne le paradoxe d’« une guerre asymétrique » menée de façon anonyme et intraçable : tout indique que l’Iran, via ses conseillers militaires, est derrière cette attaque sans doute partie d’un autre territoire. Mais, comme il est difficile de l’établir formellement, il est risqué pour Trump de décider de sanctions ou de représailles devant l’opinion américaine, échaudée par les fausses preuves présentées à l’ONU en 2003 pour déclencher la guerre en Irak. D’autant que le président américain a envie de tout sauf d’ouvrir un nouveau front au Moyen-Orient.
Malgré cet acte de guerre délibéré, Trump se retrouve donc en position de faiblesse, comme pris dans un piège où il se débat. Et il tweete des messages toujours plus contradictoires. Le 15 septembre, au lendemain de l’attaque : « Nos armes sont chargées et prêtes à tirer, mais nous attendons que le royaume nous dise qui, selon eux, est derrière cette attaque. » Et de se défausser de la décision sur les Saoudiens, eux-mêmes affaiblis ! Puis il se déclare toujours prêt à rencontrer le président iranien, Rohani, qui, lui, refuse. Le 16, il rappelle dans un tweet que l’Iran, en juillet, avait menti sur le drone américain abattu « soi-disant dans leur espace aérien » : « A présent, ils disent qu’ils n’ont rien à voir avec l’attaque en Arabie saoudite. On verra ? » Voilà qui sonne comme un aveu d’indécision.
Résumé de Ben Rhodes, ex-conseiller adjoint à la Sécurité nationale d’Obama, sur Twitter : « La politique catastrophique de Trump nous a placés, de manière prévisible, au bord d’une guerre encore plus vaste. »
Les indécisions de Trump c’est un peu comme le pétrole : c’est volatil, mais ça peut aussi se révéler inflammable !
Dans le Canard enchaîné du 18 septembre 2019.
Le 28 août 2019, le nouveau patron du Medef pavoise : l'INSEE annonce 933 000 emplois créés depuis 2014, et c'est grâce aux mesures de compétitivité prises sous Hollande, comme l'avait promis l'ancien patron du Medef. Formidable ! Sauf que…
Bref, les patrons du Medef peuvent continuer de promettre puis de pavoiser : les faits demeurent et les contredisent. Dommage que ce soit avec notre pognon et qu'on risque de repartir pour un tour vu l'incantation, reportée ci-dessous, de Gattaz à l'attention de Bézieux. :(
Il avait fait bien rigoler Pierre Gattaz, alors patron du Medef, quand il avait promis, en septembre 2014, « petit livre jaune » et pin’s à l’appui, de créer 1 million d’emplois en cinq ans ! Eh bien, c’est chose faite, à en croire l’Insee, qui a publié le 10 septembre le chiffre des créations d’emplois au deuxième trimestre 2019. Il en ressort que 933 000 postes ont vu le jour depuis la promesse de Gattaz. Et ça continue au rythme de 65 000 emplois nouveaux par trimestre. Fin septembre, on devrait donc en être à 1 million tout rond.
« La recette était simple », a déclaré modestement Gattaz au « Figaro » (11/9) : réduire les prélèvements sur les entreprises et assouplir le Code du travail. Comprenez CICE-Pacte de responsabilité et loi El Khomri. Et Hollande qui n’est même plus à l’Elysée pour goûter pleinement cet hommage…
Gattaz en remet donc une couche et exhorte son successeur, Geoffroy Roux de Bézieux, à viser 2 millions de nouveaux emplois au cours des cinq ans à venir.
Et l’extinction totale du chômage vers 2027 ? Ah non, on ne va pas recommencer à se moquer de Gattaz !
Dans le Canard enchaîné du 18 septembre 2019.
Fusion cellulaire : coupler deux plantes d'espèces sexuellement incompatibles. Le résultat doit être déclaré comme un OGM. En pratique, les endives qui sont couplées avec du tournesol ne sont pas déclarées comme OGM. Le comité en charge de conseiller le gouvernement à ce sujet serait noyauté par les semenciers, qui n'auraient pas intérêt à déclarer les endives OGM.
Qui l'eût cru ? Chaque ménage français avale en moyenne 5 kilos d'endives par an. Ce qui fait du chicon comme on l'appelle dans le Nord, le sixième légume le plus consommé chez nous. Il faut dire que, avec 528 000 tonnes récoltées année après année, notre pays est le champion mondial de l'endive. Une performance que l'on doit en grande partie à la fusion cellulaire. Quèsaco ? Une technique très répandue qui permet aux semenciers d'améliorer les rendements agronomiques d’une plante en la « fusionnant » avec une autre espèce pour former un hybride.
Lorsque les deux végétaux fusionnés proviennent d'espèces sexuellement compatibles, la manip n'a pas besoin d'être homologuée par les autorités sanitaires, elle est iuste protégée par un brevet commercial. Mais, si la fusion cellulaire est réalisée entre des espèces « incompatibles », alors la semence obtenue est considérée par Bruxelles comme un organisme génétiquement modifié. Autrement dit, elle doit taire l'objet d’une autorisation de mise sur le marché après une évaluation scientifique, et toute la récolte doit être dûment étiquetée « OGM ». Là où ça pèche, c'est qu'une grosse partie des endives que l'on trouve dans les étals sont issues d'une fusion cellulaire avec du tournesol, un partenaire qui, dans la nature, ne mélange pas ses gènes avec l'endive. Un caractère transgénique que les semenciers se sont bien gardés de déclarer aux autorités.
Résultat : depuis des années, le consommateur croque de l’OGM sans le savoir. Un oubli dénoncé par un syndicat agricole, la Confédération paysanne, qui défend les producteurs d'endives non hybridées et alerte depuis des mois le ministère de l'Agriculture. Celui-ci, avant de mettre un coup de tampon sur toute nouvelle semence, recueille l'avis du Comité technique permanent de la sélection (CTPS), une instance qui, selon la Confédération paysanne, n'a jamais cherché de noises à la fusion cellulaire parce qu'elle serait « noyautée » par les semenciers. « La moitié des membres sont des représentants des tabricants de semences, et son vice-président est le patron de l’interprofession des semenciers », s'insurge Guy Kastler, qui siège au nom de la Confédération paysanne au CTPS. Et de déplorer le même manque de curiosité à la Répression des fraudes, pourtant chargée de traquer dans les étals les OGM cachés.
C'est à vous rendre amer… comme une endive ?
Dans le Canard enchaîné du 18 septembre 2019.
Le Qatar semble faire pression pour limiter la diffusion d'un reportage sur les financements qataris de mosquées europénnes éventuellement destinées aux Frères musulmans (islam radical, port du voile obligatoire, conflits ouverts avec des États laïcs arabes, etc.).
Programmé sur Arte en première partie de soirée le 24 septembre, le documentaire « Qatar, guerre d’influence sur l’islam d’Europe », dû au tandem de journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot, montre comment la fondation Qatar Charity, dirigée par un cousin de l’émir, finance en sous-main la construction de dizaines de mosquées de prestige à travers l’Europe. Dont une à 25 millions d’euros, qui pourra rassembler 1 500 fidèles, à Mulhouse. Ou une autre, tout aussi vaste et design, à Poitiers, dont le petit nom est « Pavé des martyrs », du nom donné en arabe à la bataille perdue face à Charles Martel en 732…
Le faux nez des vrais Frères
Le Qatar servirait-il de bras financier aux Frères musulmans cherchant à s’implanter en Europe ? Les imams ou recteurs des mosquées en question commencent toujours, face caméra, par nier ou minimiser le financement qatari, avant de le reconnaître, confrontés aux factures. Et de lâcher : « Nous, les musulmans, nous sommes tous frères ! » Ce doc, qui donne la parole aux officiels qataris, rappelle aussi le rôle joué par le prédicateur égyptien Al— Qardaoui, réfugié à Doha et très proche de la famille régnante, dont les talk-shows sur Al-Jazira à destination des pays arabes répandent la bonne parole sur tout sujet, y compris le « châtiment » divin appliqué par Hitler aux Juifs…
Les autorités qataries se montrent vivement préoccupées par ce documentaire, déjà diffusé en Suisse et en Belgique. Le 25 août, l’ancienne policière Sihem Souid, devenue la communicante officielle du Qatar en France, envoie un mail à Fabrice Puchault, responsable des documentaires d’Arte. Glosant sur la « malhonnêteté » des journalistes, elle met clairement en garde contre ce film nocif : « Sa diffusion ferait de fait participer la chaîne Arte aux déstabilisations du Qatar orchestrées par les Emiratis et, par là même, porterait atteinte à la crédibilité de la chaîne. » Un plaidoyer en termes déjà quasi juridiques et un rien menaçants, auquel Arte n’a pas donné suite.
Quant à la chaîne Al-Jazira, appartenant à l’émir du Qatar, elle cherche avec insistance à acquérir les droits de diffusion internationaux du documentaire. Sûrement pour mieux en faire la promo !
Dans le Canard enchaîné du 18 septembre 2019.
Richard Ferrand est mis en examen dans l'affaires des locaux brestois des Mutuelles de Bretagne. Pour s'en défaire, Ferrand va user de deux arguments, semble-t-il : prescription des faits et qualification juridique des faits erronée. Le premier semble être du bluff (j'ai suivi attentivement le débat parlementaire de 2016-2017 qui a changé le délai de prescription en matière de délits financiers cachés). Je n'ai pas d'avis sur le deuxième. Je me suis toujours demandé pourquoi l'affaire est dans la juridiction de Lille. J'ai la réponse.
Depuis sa mise en examen, le président de l’Assemblée, Richard Ferrand, assure qu’il n’a aucune raison de démissionner tant qu’un tribunal ne l’aura pas déclaré coupable. Ce n’est pas demain la veille : même dans l’hypothèse la plus sombre — celle d’une condamnation —, Ferrend devrait pouvoir rester au perchoir au moins jusqu'aux législatives de juin 2022.
Comme l’avait révélé « Le Canard » en mai 2017, l’élu est soupçonné d’avoir utilisé ses anciennes fonctions de directeur général des Mutuelles de Bretagne pour permettre a sa compagne, Sandrine Doucen de se constituer un patrimoine immobilier. Il s’agissait, en l’occurrence, d’un local commercial de 378 m2, situé dans le centre de Brest. Son achat, en 2011 — pour 420 000 euros —. avait été financé à 100 % par un crédit bancaire dont les mensualités etaient couvertes a l’euro près par le loyer que les Mutuelles s’étaient engagées à régler.
Calendrier élastique
Avant d’être jugé sur le fond, le dossier doit encore en passer par de nombreuses étapes. A commencer par la clôture de l’enquête. Les trois juges d’instruction de Lille ont indiqué à la défense que celle-ci ne pourrait intervenir avant la fin de 2020. Dans plus d’un an. Les avocats de Ferrand auront alors tout loisir de déposer des demandes d’actes supplémentaires et de saisir la chambre de l’instruction, puis la Cour de cassation. Vu l’embouteillage constaté dans ces juridictions, l’affaire devrait encore traîner jusqu’aux derniers mois de 2021. Dans deux ans.
Une fois ces recours purgés, la rédaction des réquisitions du parquet et d’une éventuelle ordonnance de renvoi en correctionnelle s’étaleront encore sur de nombreux mois. En pratique, aucun procès ne pourra se tenir avant la fin de 2022. Dans trois ans.
Le dossier, il est vrai, s’est baladé de tribunal en tribunal par la faute de certains magistrats. Le 13 octobre 2017, déjà, le procureur de Brest avait décidé de le refermer après un examen express qui lui avait valu d’être qualifié de « procureur qui classe plus vite que son ombre ».
Gaffe magistrale
L’affaire avait ensuite atterri au parquet parisien, après le dépôt d’une plainte par Anticor, association anti-corruption dont l’un des dirigeants était lui-même… vice-président du tribunal de Paris ! Cette incongruité avait permis à la défense d’obtenir le dessaisissement de cette juridiction. Finalement, l’instruction a été dépaysée à Lille et a pris deux années de retard… Richard Ferrand dispose aujourd’hui de deux arguments pour tenter d’obtenir l’annulation pure et simple de l’enquête et de sa mise en examen. Primo : les faits seraient prescrits. Les juges d’instruction lillois n’ont pas repris cette thèse à leur compte, estimant, en l’état qu’il pourrait s’agir d’un « délit caché », lequel annule les règles habituelles de la prescription.
Deuzio : la qualification de prise illégale d’intérêts ne tiendrait pas, car elle ne s’applique qu’aux institutions exerçant une mission de service public. Les avocats soutiennent que les mutuelles n’entrent pas dans ce cadre et que, faute d’autres qualifications possibles, toute poursuite serait, de fait, impossible.
Une remarquable stratégie de défense…
ÉDIT DU 09/09/2023 : en octobre 2022, la Cour de cassation a confirmé la prescription de l'action publique. L'avis de l'avocat général retrace le parcours : Ferrand présente une requête (82-3 CPP), le juge d'instruction la rejette car il veut enquêter sur une éventuelle dissimulation, Ferrand ont fait appel de cette décision, la chambre de l'instruction a validé la prescription, Anticor s'est pourvue en cassation. FIN DE L'ÉDIT.
Dans le Canard enchaîné du 18 septembre 2019.
Exemples de sociétés commerciales qui tirent profit des mesures écolos au lieu d'en répercuter le gain (soit en baissant les prix, soit en améliorant le service, soit en rémunérant mieux leurs salariés). L'éventuelle écotaxe sur les bouteilles en plastique, payée par les consommateurs, permettra d'exempter les industriels de la taxe qu'ils payent déjà. Demander à ne pas nettoyer sa chambre permet aux hôtels d'encaisser sur la facture d'eau, celle de renouvellement du linge et les salaires des employées de ménage déjà pas ouf. Les sacs d'une épaisseur suffisante ne sont pas interdits (contrairement aux plus fins) et peuvent être vendus aux caisses. Les banques économisent sur le papier, les frais d'expédition, les guichets et les distributeurs automatiques (leur nombre diminue de 2 % chaque année, ce qui simplifie le flicage).
A bas l’écologie punitive, vive l’écologie lucrative ! Nombre d’entreprises tirent habilement parti des mesures en faveur de la transition énergétique pour arrondir leurs bénéfices. Sans que leurs clients
en profitent… Mais qui se plaint, quand l’environnement est en jeu ?L’exemple vient d’en haut. Les débats liés à la crise des gilets jaunes, l’hiver dernier, ont révélé que l’essentiel de la prétendue fiscalité verte perçue par l’Etat servait en réalité à financer tout autre chose. Le CICE de Hollande, par exemple - et ses 20 milliards de baisse fiscale pour les entreprises —, a été en partie alimenté par la hausse des taxes sur l’essence.
Voir : Le hold-up de l'État sur la fiscalité ”verte”. La magouille avec le CICE est connue depuis janvier 2018, au bas mot.
Quelques exemples de cette lucrative protection de la planète…
Consigne des bouteilles : santé !
Le projet de loi sur l’économie circulaire, examiné à partir du 24 septembre par le Sénat, prévoit d’intégrer au prix des bouteilles en plastique et des canettes une « éco-taxe » payée par le consommateur, afin de financer leur recyclage : 15 centimes de plus à partir de 2021. Le client qui rapportera ses contenants vides au magasin se verra rembourser autant de fois ses 15 centimes. Les industriels, eux, y gagneront dès le départ : fini le « point vert », cette taxe de 1 centime destinée à payer le recyclage de chacune des 16 milliards de bouteilles ou canettes qu’ils mettent annuellement en rayon. Gain pour eux : 160 millions par an. Mais ils peuvent espérer davantage encore.
Si, comme en Allemagne, 10 % des acheteurs ne rapportent pas leurs bouteilles, ce sont 240 millions par an qui ne seront pas remboursés. Qui récupérera ce pactole ? Le gouvernement évoque la mise en place d’un éco-organisme qui gérerait les consignes non-remboursées. Le Collectif boissons (Coca, Danone, Nestlé, etc.) cherche a en obtenir la gestion.
Ses membres transformeraient ainsi la taxe de 160 millions qu’ils règlent aujourd’hui en une redevance de 240 millions… payée par les consommateurs : des profits jusqu’à plus soif !
L'hôtellerie dans de beaux draps
Pour contribuer au développement durable, le groupe Accor (5 000 hôtels dans le monde) multiplie, comme bien d’autres, les « bonnes pratiques ». La plaquette « Inutile de faire ma chambre » que le client est invité à accrocher à la poignée extérieure de celle-ci permet, souligne Accor, d’« économiser l’eau et de diminuer l’empreinte carbone. »
Petite compensation pour le client qui accepte ce « ménage allégé » : 100 « points de récompense » donnant droit chaque jour à une réduction de 2 euros sur la future location d’une chambre.
Mais, pour Accor, la « récompense » est bien supérieure : selon l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih), l’économie sur le renouvellement du linge s’élève à 30 % et la consommation d’eau est (grâce, aussi, aux réducteurs de pression) divisée par deux… Quant aux femmes de ménage, leur salaire est évidemnment diminué à proportion des chambres non faites.
En route vers le développement durable des profits !
Plus d'un tour dans le sac
La loi de 2015 pour la croissance verte interdit la distribution gratuite de sacs en plastique par les magasins. Selon la Commission européenne, ce sont 850 tonnes de pétrole et 150 millions de tonnes de COZ en moins chaque année.
Sauf que seuls sont concernés les sacs fins « à usage unique ». Les sacs d’une épaisseur supérieure à 50 microns (0,05 millimètre), eux, restent pour l’heure en libre distribution. A condition, précise le ministère de la Transition écologique, de « porter un marquage indiquant qu’ils peuvent être réutilisée et ne doivent pas être abandonnés dans la nature (…). Avant l’interdiction, 5 milliards de sacs en plastique fin étaient donnés chaque année (…). Aujourd’hui, la grande distribution met en circulation environ 1 milliard de sacs réutilisables ». Lesquels sont évidemment payants et rapportent environ 300 millions d’euros aux commerçants. De vrais sacs à malice.
Gras papiers
Avec le développement du numérique, c’est désormais le client qui imprime (ou stocke sur son ordinateur) les documents que lui délivraient naguère l’administration, les banques ou les compagnies d’assurances. L’exemple des banques montre que l’opération est rentable. A en croire un document de la Fédération bancaire française datant de la fin de 2017, la « priorité du digital » (téléchargement des relevés de compte, opérations en ligne, etc.) a permis aux banques d’ « économiser de 15 % à 25 % de leur consommation de papier ».
En tête du classement, la BNP a réduit cette dernière de 41 % entre 2012 et 2018. Quelque 4 000 tonnes de moins, pour une économie de plus de 6 millions par an.
Encore plus lucrative, la baisse des frais d’expédition et de traitement manuel de ces opérations. En dix ans, la numérisation a ainsi provoqué la fermeture de 2 000 agences bancaires (sur 87 000), et le mouvement s’accélère. De même, le nombre de distributeurs de billets, concurrencés par les paiements électroniques, diminue de 2 % par an. Autant d’économies dont les clients ne voient pas la couleur : selon la Banque de France, les frais bancaires ont augmenté de… 166 % entre 2012 et 2017.
Il ne peut pas y avoir que des gagnants…
Dans le Canard enchaîné du 18 septembre 2019.
La Pologne, qui achète des armes US à tour de bras, veut aussi héberger une base américaine.
La Pologne a été ainsi surnommée par des officiers français chargés des relations internationales et stratégiques à l’état-major des armées. C’est, en effet, le pays européen qui reçoit le plus d’assistance militaire de Washington, celui qui achète énormément d’armes aux Etats-Unis et prévoit de dépenser 47 milliards de dollars, d’ici à 2026, pour ce genre d’emplettes. Autre dépense envisagée : le Premier ministre polonais a annoncé que son gouvernement pourrait investir 2 milliards de dollars dans le but d’aménager une base où 4 500 Américains viendraient camper en permanence et disposeraient d’un terrain d’entraînement, d’équipements tout confort et de dépôts d’armes.
Mais cela ne saurait suffire, comme l’ont appris les services français de renseignement : un financement de l’Otan, s’élevant à 230 millions d’euros, pourrait s’ajouter à ces 2 milliards de dollars investis par la Pologne. La France, qui contribue naturellement au budget de l’Otan, serait donc impliquée, sans vraiment l’avoir voulu, dans cette installation d’une base américaine non loin de la Sainte Russie. Reste un souci diplomatique pour Washington : Poutine tolère sans trop grogner la présence par intermittence de militaires US non loin de chez lui, mais pas plus…
A Paris, la Pologne est désormais considérée comme un client « captif » des Etats—Unis, et les vendeurs d’armes l’ont d’autant plus mauvaise que les généraux de Varsovie sont insatiables, comme le prouvent les informations recueillies par la Direction du renseignement militaire. Quelques exemples : leur intention est d’acheter 32 F-35, l’avion de combat US le plus cher sur le marché mondial, car il a été conçu pour échapper, en principe, aux radars adverses. Le contrat en discussion prévoit que l’industrie aéro-nautique polonaise fournirait certaines pièces détachées au constructeur de ces F-35, le groupe Lockheed Martin. Mais,à Varsovie comme à Washington, d’aucuns suggèrent plutôt un achat moins onéreux au même fabricant : 32 avions F-16, qui s’ajouteraient aux 46 appareils du même type que possède déjà l’armée polonaise.
Emplettes au Pentagone
Le 3 septembre, toujours selon les services français, des responsables polonaisse se sont rendus au Pentagone afin de faire connaître leurs besoins. Parmi la liste des achats envisagés : deux batteries antiaériennes et antimissiles Patriot, 185 missiles antichars Javelin avec 60 postes de tir, 5 avions-cargos C-180 Hercules, des hélicoptères, des sous-marins et des drones. Si, une fois qu’ils disposeront de cet arsenal, les Polonais ne sont pas rassurés et les Russes pas terrorisés, c’est à douter de l’intérêt qu’il y a de posséder une pareille quincaillerie militaire.
Face à cette gourmandise en armes de Varsovie, les industriels européens et français n’en finissent pas de se lamenter. Le groupe italien Leonardo est en pourparlers pour la vente d’une trentaine d’hélicoptères de combat. Quant à la firme européenne MBDA (dont l’Etat français est actionnaire à 37 %), elle espère pouvoir fournir aux Polonais des véhicules à chenilles dits « tueurs de chars » et armés de missiles sol-air. Quelques miettes que les Américains n’ont peut-être aucune envie d’abandonner à leurs concurrents.
Mais pourquoi Macron se désolerait-il de voir ses vendeurs d’armes éconduits dans cette Pologne qui craint et déteste Poutine, collectionne les armes US et veut accueillir bientôt une base américaine ? Il devrait plutôt se réjouir de n’être en rien associé à ce « Fort Trump », au moment où il entame son « virage russe » avec l’espoir de parvenir à un rapprochement diplomatique et politique avec Moscou.
Dans le Canard enchaîné du 18 septembre 2019.
Un tableau de bord, c'est-à-dire des chiffres, mutualisé entre le gouvernement et le président, afin de suivre l'avancement des réformes. Évidemment, le président n'est pas suivi. Les membres du gouvernement peuvent embaucher un collaborateur supplémentaire pour suivre ces indicateurs…
Les indicateurs sont une hérésie, je l'ai déjà exposé. La vie ne se résume pas à des chiffres. C'est des actions, des expériences, des ratés, des retards, des accélérations brusques, des retournements, etc. Les chiffres sont réducteurs : ceux du chômage (prétendument en baisse pour la catégorie A) ne disent rien de la précarité, par exemple. Ces chiffres ont pour effet de décharger les décideurs de leurs responsabilités, de ne plus faire de politique, c'est-à-dire d'effectuer des choix, pas toujours faciles ni agréables, pour la vie en commun. La politique, ce sont des choix difficiles, quand il n'y a pas de réponse toute-faite à une problématique, quand aucun choix est évident. Baisser les chiffres du chômage, ça ne devrait pas être synonyme de trouver un boulot de merde à chacun. L'utilité sociale, la qualité du service rendu, etc. disparaissent derrière des chiffres.
Vouloir stimuler les personnes, fut-elles ministres, à faire des choses, c'est le mirage de la ludification. Non, toute activité n'est pas attrayante, mais il faut la pratiquer (ou quitter ton poste), surtout si t'as pris un engagement. Transformer des tâches en jeux est un échec moral qui déresponsabilise l'être humain, qui met de côté la réflexion au profit des bas instincts (comme la compétition), et qui retire une partie de la liberté de l'humain à travers une coercition douce. Il nous faut rester capable de résoudre des problématiques sans qu'elles aient été transformées en jeux au préalable. L'humanité n'a pas avancé (en sciences, en arts, en littérature, en sport, etc.) en contemplant des chiffres.
Voir les indicateurs et la ludification arriver au sommet de l'État m'inquiète au plus haut point, car c'est annonciateur du pire. :(
On n'arrête pas le progrès dans la « start-up nation » ! Le professeur Macron tient à le claironner : il vient de se doter d’un joujou informatique pour contrôler le travail de ses ministres (lire aussi p. 2). Un « tableau de bord de la transformation publique », qui suit l’avancée des belles réformes macronistes, faisant remonter les infos de chaque administration et établissant des statistiques, ministère par ministère. Attention, Macron consulte régulièrement cette comptabilité depuis son téléphone portable !
Alors, il en est où, l’élève Blanquer ? Il a fait 53 % de ce qu’il avait promis ? Pas mal, tableau d’honneur ! Et Buzyn ? Elle se réveille, aux urgences ? Allez, peut mieux faire. Et le Riester ? Sa grande réforme de l’audiovisuel, c’est pour Noël ou pour Pâques ? Avertissement ! Et Brigitte ? Combien de couvertures de magazines pipoles cette semaine ? Ah non, pardon, les performances de la première dame ne sont pas contrôlées…
On ne contrôle pas les perfs du Président, non plus ? Ça aurait été cool, de surveiller le surveillant.
« Le Figaro » (16/9) raconte que ce sont trois zélés de la République qui sont à l’origine du nouvel outil numérique : le secrétaire général de l’Elysée, Alexis Kohler, le dircab de Matignon, Benoît Ribadeau-Dumas, et Thomas Cazenave, délégué interministériel à la transformation publique, dont les services sont chargés d’alimenter chaque jour le tableau de bord du chef de l’Etat. Aucun doute, ces trois-là auront droit à un exemplaire dédicacé de « Révolution », le bouquin de Macron, le jour de la remise des prix…
Dans les rangs des fliqués contents de l’être, certains devraient également être récompensés, à l’image du jeune ministre de la Ville, Julien Denormandie, qui a eu ce commentaire courageux (RMC, 16/9) : « Je crois que c’est une très bonne politique que d’avoir un président qui soit orienté sur les résultats et qui soit le pied sur le ballon pour voir si les résultats sont bons. »
C’est bien, mon petit, deux bons points et une image du Président pour toi. Au bout de cinq images, tu auras le droit de rester au gouvernement…
Gros +1 avec cette dernière phrase, c'est tellement ça. Il s'agit d'une approche tellement scolaire, comme si ça avait fait ses preuves…
Les ministres ont reçu, lors du séminaire gouvernemental du 11 septembre, une bien curieuse plaquette : un « tableau de bord de la transformation publique », avec des OVQ de toutes les couleurs…
Les OVQ, ce sont, en langage macronien, les « objets de la vie quotidienne des Français », qui permettront de mesurer l’état d’avancement des réformes : une couleur verte pour dire qu’elles sont appliquées , une couleur orange pour signifier que des améliorations sont à apporter. Un tableau accessible via une application mobile, qui est censée stimuler les ministres et les inciter à faire passer tous les voyants au vert.
La ludification arrive au gouvernement… On arrive au point où il faut motiver les ministres pour qu'ils fassent ce qu'ils sont censés faire… La régression intellectuelle intégrale…
« Beaucoup de réformes ont été lancées, depuis deux ans et demi, a expliqué Macron. Il faut maintenant qu’elles soient bien exécutées et perceptibles dans le quotidien des Français. »
Surprise, le chef de l’Etat a annoncé dans le même élan que, pour assurer le suivi des OVQ, chaque ministre et secrétaire d’Etat avait le droit d’embaucher un collaborateur de plus. Onze au lieu de dix pour les ministres, six au lieu de cinq pour les secrétaires d’Etat.
« C’est Noël avec trois mois d’avance ! » s’est exclamé un membre du gouvernement.
Sans que ses collègues sachent vraiment s’il se moquait ou pas…
Dans le Canard enchaîné du 18 septembre 2019.
Afin de baisser artificiellement son taux d'endettement, Paris confie plusieurs milliers d'appartements à des bailleurs sociaux en exigeant qu'ils lui règlent d'avance l'intégralité de l'ardoise. Ainsi, les bailleurs sociaux s'endettent, ils seront plus exigeants dans le choix des locataires (car un nombre significatif de retards de loyer les rend vulnérables face à leur banque) et la mairie se prive de leviers d'action en matière de logement social (comment sanctionner quelqu'un qui t'a rendu service ?). Une opération géniale…
Pour une fois, Anne Hidalgo et ses opposants sont d’accord sur un constat : la dette de la Ville de Paris a augmenté d’au moins 50 % depuis les dernières élections municipales. Elle est ainsi passée de près de 4 milliards à environ 6 milliards d’euros entre mars 2014 et fin 2018. Après cette grosse flambée, l’ardoise représente 2 835 euros par Parisien et devrait encore grimper cette année.
Mais ce chiffre ne représente pas la totalité de la dette, car la Mairie a utilisé une savante astuce pour mettre sous le tapis environ 1 milliard supplémentaire. Hidalgo et ses adjoints ont utilisé la filière HLM. En 2015, plusieurs milliers d’appartements propriétés de la Ville ont été reclassés comme logements sociaux et confiés en location de très longue durée (de 55 à 65 ans) à des bailleurs municipaux.
Les organismes HLM ont ensuite été priés de régler d’avance l’intégralité des loyers ! Leur trésorerie étant insuffisante pour assurer le paiement de ce milliard (étalé sur cinq ans), ils ont dû tous souscrire des emprunts.
Ce petit jeu de bonneteau, autorisé par Bercy à l’époque de Hollande, a permis à l’équipe Hidalgo de faire baisser artificiellement le taux d’endettement municipal et de ne pas fâcher les agences de notation, qui font la pluie et le beau temps sur les marchés financiers. Mais de là à passer entre les gouttes…
Dans le Canard enchaîné du 11 septembre 2019.
Une étude conduite par le Muséum national d’histoire naturelle met en lumière l'inefficacité connue de la compensation en matière de travaux. 1/4 de la surface est compensée grâce à des astuces et des dérogations. La compensation se fait sur des terrains éclatés, ce qui ne favorise pas la biodiversité. Aucun travail de restauration n'est effectué. Le suivi des compensations est anecdotique et on compense parfois une surface qui compense elle-même une autre surface…
Quand on bétonne un espace vert, on doit compenser les dégâts. En théorie.
Chez les bétonneurs, les amis des espèces protégées et les fonctionnaires spécialisés, c’était un secret de polichinelle : que la compensation, c’est-à-dire l’obligation pour un maître d’ouvrage de compenser la destruction d’un espace vert où vivent moult animaux et végétaux par la restauration d’un autre site, relève de l’enfumage caractérisé, voilà qui leur sautait aux yeux (« Le Canard », 24/7). Encore fallait-il que cela fût scientifiquement établi. Depuis l’étude menée par l’équipe de Fanny Guillet, du Muséum national d’histoire naturelle, et que vient de publier la revue spécialisée « Biological Conservation », c’est chose faite.
Les chercheurs ont étudié à la loupe 25 projets d’aménagement (des routes et des autoroutes, une voie ferrée, des lignes électriques). Lesquels ont artificialisé, bétonné, stérilisé un total de 2 451 ha (dans deux régions, l’Occitanie et les Hauts-de-France). Question : ces destructions ont-elles occasionné, comme la loi l’y oblige, « zéro perte nette, voire un gain de biodiversité » ?
Premier constat : la superficie totale des terrains (garrigues, forêts, champs cultivés, prairies, etc.) qu’ils ont pris en charge pour compenser leurs dégâts n’est que de 577 ha. Ils n’ont protégé que le quart de ce qu’ils ont détruit ! « La logique est celle-ci, dit Fanny Guillet. Si un terrain de 50 ha abrite 300 espèces dûment inventoriées, dont 40 sont protégées, et dont 12 sont menacées ou emblématiques, on ne prend en considération que ces dernières. Comme leur habitat ne s’étend pas sur la totalité des 50 ha, mais seulement une petite partie, on ne compense que cette partie. »
Deuxième constat : ces surfaces de compensation sont souvent éclatées en plusieurs parcelles, ce qui ne favorise pas la biodiversité. Les 25 projets ont été compensés sur 89 sites, une moyenne de 3,88 sites par projet…
Troisième constat : en théorie, le maître d’ouvrage doit proposer de vrais travaux de restauration dans la surface compensatoire : dépolluer, aménager des habitats spécialisés et des corridors biologiques, éliminer les espèces invasives, planter une végétation adaptée aux espèces menacées, etc. Dans la pratique, il se contente d’acheter un espace naturel ou semi-naturel (garrigues, forêts, prairies) et de le faire entretenir quelques années. Seulement 3 % des surfaces de compensation, vraiment dégradées (terrains vagues, friches industrielles, canaux), ont exigé une véritable remise en état. Et 20 % d’entre elles ont nécessité une légère restauration (anciens champs cultivés, prairies, vignes). Pour les 80 % restants, le maître d’ouvrage s’est tourné les pouces ! *il n’y a donc tout simplement aucune compensation dans 80 % des cas**. Bref, sur le papier, la pipistrelle chassée d’ici est contente de savoir qu’ailleurs l’œdicnème criard a trouvé un nouveau gîte. En réalité, tous deux peuvent aller se rhabiller.
Petit rappel : chaque année, 60 000 ha sont bétonnés. En août, le Conseil national de la protection de la nature a été saisi de 30 demandes de compensation. Et 32 en juillet, 85 en juin, 31 en mai… Une par jour.
Ça n’arrête pas !
Dans le Canard enchaîné du 11 septembre 2019.