Les nouveaux services alternatifs proposés par Framasoft :
- Framalistes (lundi 03 octobre, aujourd’hui !) : cet outil qui repose sur le logiciel Sympa vous permettra de créer vos listes de diffusions, d’échanger des emails et de quitter Google Groups !
- Framanotes (mar 04 octobre) : installez les applications Turtl, connectez-les à notre serveur pour créer, conserver et chiffrer vos notes, images, fichiers, marque-pages sur des tableaux… voire les partager avec d’autres ; et ainsi quitter en groupe Evernote !
- Framaforms (mercredi 05 octobre) : basé sur Drupal et Webforms, il vous permettra de créer rapidement des formulaires pour votre doctorat, vos contributeurs ou votre site Web sans livrer les réponses des participants à Google Forms.
- Framatalk (jeudi 06 Octobre) : avec Jitsi Meet installé sur nos serveurs, vous pourrez créer en deux clics une conversation audio ou vidéo, voire une conférence (si votre connexion le permet) et vous défaire peu à peu de Discord ou du Skype de Microsoft. L’affreux verbe « skaïper » deviendra enfin un mauvais souvenir.
- Framagenda (vendredi 07 octobre) : nous avons amélioré pour vous le code de l’application « calendar » de ownCloud/Nextcloud, afin que vos agendas, contacts, rendez-vous, et plannings puissent être affichés, devenir publics, semi-publics ou complètement privés… Fini l’espionnage par Google/Apple/Microsoft Agenda.
- MyFrama, c’est notre réponse au framabazar. Elle vous sera proposée le lundi 10 octobre. Basé sur Shaarli, il s’agit d’un récolteur/trieur d’adresses Web (à la Del.icio.us) [...]
Et puis le mercredi 12 octobre marquera l’acte de naissance officiel du Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires : les CHATONS ! Annoncé en février dernier, c’est un nouveau travail sur le long terme que nous avons appelé de nos vœux, pour que vous puissiez trouver aisément un hébergement de services libres (dont du mail, oui oui) partageant la même éthique et proche de chez vous.
Yahoo! a conçu et mis en place en 2015 un programme informatique pour surveiller en temps réel les boîtes e-mail de tous ses utilisateurs, afin d’y détecter des mots-clés : c’est ce qu’affirme une enquête de l’agence Reuters, s’appuyant sur les témoignages de deux anciens employés. Selon Reuters, ce programme a été conçu pour répondre à une directive américaine, restée secrète, qui pourrait émaner d’une demande de la NSA (les services de renseignement) ou du FBI (la police fédérale).
Yahoo! n’a démenti que très partiellement les accusations, se bornant à assurer que l’entreprise respectait les lois américaines.
Sauf que la loi (Patrioct Act) dit précisément que c'est open-bar pour les services de renseignement pour surveiller un-e non-américain-e (et que pour savoir qui est américain ou non, ils jouent aux probabilités). Et quand je vois que Verizon avait filé toutes les données de connexion, même de citoyen-ne-s américain-e-s, je me dit que ça doit être toout autant open-bar pour les américain-e-s.
Les détails de ce programme sont encore largement inconnus – tout juste sait-on que son but était d’identifier, en temps réel, des « sélecteurs », des mots-clés dans le jargon des services de renseignement, qui peuvent être aussi bien un mot qu’une adresse e-mail ou l’adresse IP d’une machine.
[...]
Pour Amnesty International comme pour le lanceur d’alerte Edward Snowden, qui a révélé l’existence du système de surveillance d’Internet mis en place par la NSA américaine, cette nouvelle affaire Yahoo! démontre dans tous les cas que les réformes du renseignement entreprises depuis 2013 n’ont été qu’une illusion. « Souvenez-vous, pendant les négociations sur l’accord sur les transferts de données entre l’Europe et les Etats-Unis, le gouvernement américain disait que ce type de choses n’arriverait jamais », écrit Edward Snowden sur Twitter.
Ici, on parle du Privacy Shield, remplaçant du Safe Harbor (voir http://shaarli.guiguishow.info/?2QNnaA ). L'argument de la CJUE pour casser le Safe Harbor a été de dire, en gros, que la surveillance de masse opérée aux USA est incompatible avec le régime européen de traitement des données persos d'où il n'y a plus la possibilité d'un échange automatique de ces données. Et lors des discussions autour du Privacy Shield, on a en effet entendu de belles promesses des USA que la surveillance de masse avait cessée et tout et que donc un nouvel accord de libre échange des données persos est compatible avec le droit de l'Union. Trolololololololo.
Sollicités ce 4 octobre par la presse américaine, Apple, Facebook, Microsoft et Google ont toutes nié avoir reçu une demande similaire à celle faite à Yahoo!.
Là aussi, c'est du bullshit complet : la loi impose à ces sociétés commerciales de se taire. Point.
Sometimes I get overwhelmed thinking about the amount of work that went into the ordinary objects around me
+
9 hours of meetings [...] 4 hours of meetings [...] years-long negotiation.
Tellement ça. :/
En 2013, l’excellent rapport Trojette sur l’ouverture des données publiques alertait le Premier Ministre sur les risques juridiques et constitutionnels des redevances mises en place par l’administration pour manipuler certaines données publiques.
Trois ans plus tard, et malgré l’adoption de deux lois sur l’Open Data, ni la Loi Valter, ni la Loi pour une République Numérique n’ont permis de lever les doutes formulés sur les redevances. Pire, aucune étude n’a été conduite sur la question.
Profitant de la parution au Journal Officiel du 30 juillet du décret Placé d’application de la loi Valter, l’association Regards Citoyens s’essaie à une nouvelle forme d’hacktivisme pour défendre l’ouverture des données publiques. Elle a déposé vendredi dernier un recours devant le Conseil d’État contre ce décret, soulevant notamment une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) à propos des redevances sur la base, entre autres, des arguments avancés par M. Trojette dans son rapport.
Le recours déposé par Regards Citoyens le 30 septembre 2016 prend la forme d’une requête introductive d’instance, à compléter sous trois mois d’un mémoire complémentaire. Il sera également nécessaire, si le Conseil d’État accède à la demande de QPC, de rédiger un mémoire pour le Conseil constitutionnel. Les ressources humaines de Regards Citoyens étant plus geek que juridiques, nous en appelons à l’aide de toute personne acquise à la cause de l’ouverture des données publiques, et qui aurait des compétences en droit, pour nous aider dans la rédaction de ces documents.
Via #tetaneutral.net
Petite réflexion : les parlementaires bossent souvent ensemble. Soit il-elle-s s'alignent sur la position du groupe voire vote en groupe ( voir http://www.regardscitoyens.org/delegation-de-vote/ ). Soit il-elle-s délèguent certains dossiers genre A s'occupe de la déchéance de nationalité, B de la loi Renseignement. Soit ils co-payent le salaire d'assistant-e parlementaire, ce qui fait que c'est l'assistant-e parlementaire de A qui bosse tel projet/proposition de loi pour A et B.
Du coup, on sent bien que téléphoner aux X député-e-s / sénateur-rice-s du même groupe politique dans une même circonscription, ça peut ne pas avoir d'intérêt : on peut voir que vous forcez l'entrée. Ça peut aussi montrer que vous êtes réellement impliqué et que le projet/proposition de loi vous touche vraiment mais honnêtement, je pense plutôt qu'on vous colle l'étiquette "lobbyiste masqué" ou "mec floodeur pas sérieux".
Du coup, lors de mes prochaines actions contre un projet de loi ou une proposition de loi, il faut que je pense à demander : 1) qui traite ce projet/proposition de loi dans le groupe ? ; 2) Est-ce que vous bossez en partenariat avec un-e élu-e de la circonscription et si oui, qui s'occupe le plus du texte de loi qui m'intéresse ?
Après, je ne cesse de me demander : est-ce que faire infléchir la position du groupe suffit à faire voter des textes moins stupides, moins dangereux, moins liberticides ? Est-ce qu'à moment donné, tenter de convaincre un-e par un-e les député-e-s et sénateur-rice-s, ça ne peut pas être plus productif ? :/
[...]
Adopté à une large majorité cette semaine en commission, il prévoit qu’une personne victime d’une infraction prévue par la loi de 1881 (injure, diffamation…) pourra demander une réparation en droit de la presse (droit de réponse par exemple) mais aussi, séparément, sur le fondement des articles 1382 et suivants du Code civil. Or, aujourd’hui, la jurisprudence (Cour de Cassation 12 juillet 2000) a prévu justement que « les abus de la liberté d’expression prévus et réprimés par la loi du 29 juillet 1881 ne peuvent être réparés sur le fondement de l’article 1382 du Code civil ».
« Cela ne va pas à l’encontre du droit de la presse », estime le socialiste Alain Richard, co-signataire de l’amendement, qui ajoute : « C’est une plaisanterie ! Ce régime pose un vrai problème d’inégalité des victimes. On parle d’atteintes à la vie privée, à l’intégrité, qui peuvent être très graves pour les personnes et elles ne pourraient pas obtenir de réparation au civil sous prétexte que cela relèverait du droit de la presse ? Les éditeurs vont devoir s'y faire ».
Heeeeeeeu sauf qu'un procès pour un délit de presse comporte un volet dommages et intérêts, hein.
[...]
En clair, certains dans la presse, craignent que les contenus litigieux ne soient plus appréciés à l’aune de la loi de 1881 qui contient une liste d’infractions très précises, mais soient laissés à « l’appréciation du juge et à sa subjectivité ». Conséquence : les journalistes pourraient alors s’auto-censurer car ils ne sauraient pas de façon précise à quoi ils s’exposent.
[...]
Autre proposition adoptée très majoritairement par la commission, la modification du délai de prescription pour la presse en ligne. [...] Pour les sénateurs, il faut plus de temps pour porter plainte car les contenus sur Internet peuvent avoir un retentissement gigantesque et parce qu’il peut être très difficile de retrouver l’auteur. Concrètement, cela pourrait donc être infini puisque de nombreux journaux conservent l’intégralité de leurs archives en ligne. Mais un compromis vient d’être trouvé avec le gouvernement, explique Alain Richard : « Nous pourrions fixer une date butoir dans le temps : l’auteur du contenu pourrait être attaqué dans les 3 mois qui suivent le retrait de l’article et dans une limite de 3 ans après la première publication sur Internet. »
Le retentissement peut être gigantesque donc les plaignants ont laaaaargement assez de 3 mois pour porter plainte puisqu'ils voient passer les propos, CQFD ! La LCEN impose un temps de réponse court à l'éditeur avant de pouvoir demander l'identité de celui-ci à l'hébergeur. Si tout cela est en dehors du territoire national, c'est potentiellement perdu mais ça l'est même sans cette modification ! Dans tous les cas, c'est bien à la police de retrouver les auteurs, pas aux plaignants donc il faut porter plainte donc dans les 3 mois, CQFD.
C’est un projet de loi qui ratisse large, de la réserve citoyenne de la police à l’abolition d’une ordonnance de Charles X. Un texte minutieux aussi, qui entend remplacer dans le code du commerce « l’appel à la générosité publique » par « l’appel public à la générosité », et sera examiné par le Sénat à partir de mardi 4 octobre. Le projet de loi « égalité et citoyenneté » pourrait vider discrètement de son contenu la vénérable loi du 29 juillet 1881 qui régit le droit de la presse.
L’initiative est née en juillet d’un rapport de deux sénateurs, François Pillet (Les Républicains, Cher) et Thani Mohamed-Soilihi (Parti socialiste, Mayotte), sur les abus d’Internet. [...] Pour Me Basile Ader, spécialiste du droit de la presse, « dès les premières pages du rapport, on est frappé par la méconnaissance de la réalité du contentieux ». Les élus n’ont en tout cas pas jugé bon d’interroger un seul responsable de médias. [...]
« La loi sur la presse consacre un principe de liberté, résume Me Christophe Bigot, également spécialiste du droit de la presse, elle décrit des comportements très précis, les infractions. Le projet du Sénat s’attaque à ces piliers, et fait tomber toute la loi de 1881. »
[...] Le Sénat entend aujourd’hui faire commencer la prescription sur Internet trois mois « à compter de la date à laquelle cesse la mise à disposition du public du message ». Or les articles ne sont (quasiment) jamais retirés des sites d’information. « Les infractions de presse deviendraient de fait imprescriptibles », résume Me Bigot. Le Conseil constitutionnel a pourtant déjà tranché en 2004 : il ne peut pas y avoir de différence de régime entre presse écrite et numérique.
Deuxième pilier : les garanties de procédures. C’est à celui qui s’estime diffamé ou injurié de dire exactement par quel passage, et de qualifier le délit, sans cela la procédure est nulle – le Conseil constitutionnel l’a confirmé en 2013. Le Sénat entend aujourd’hui supprimer la sanction (la nullité de la procédure) et laisser au juge le soin de choisir et de qualifier lui-même les passages contestés.
Enfin, les sénateurs autorisent simplement le contournement de la loi de 1881, en permettant les actions en justice sur une faute civile. « N’importe quel particulier ou quelle entreprise pourra poursuivre un article qui lui déplaira, dit Me Bigot. En s’affranchissant de toutes les contraintes de la loi sur la presse. »
« Toutes ces règles, posées depuis près de deux siècles, ne sont pas une lubie, a souligné Me Renaud Le Gunehec dans Le Point du 29 septembre. Elles sont le moyen voulu par le législateur d’encadrer strictement les procédures touchant à la liberté d’expression. On ne débat pas ainsi d’une des lois fondatrices de la République. »
Gros +1.
Rappel : l'équilibre de la liberté de la presse et de la liberté d'expression est sur la sellette du Sénat. Y'a-t-il des citoyen-ne-s dans la salle pour se bouger auprès des élu-e-s pour éviter cette atrocité ? Il reste jusqu'à mardi.
Le projet de loi sur l’égalité et la citoyenneté sera discuté en séance publique à partir du 4 octobre au Sénat. Retour sur les dispositions relatives à la liberté d’expression et leurs effets sur les publications en ligne, professionnelles ou non.
À l’occasion des débats autour de ce texte d’origine gouvernementale, les parlementaires ont eu pour riche initiative de modifier des pans entiers du droit de la presse. Derrière le vocable, pas de confusion : ce ne sont pas des règles réservées aux seuls journaux, mais bien tout l’arsenal qui permet à une prétendue victime de trainer une personne pour abus de la liberté d’expression, notamment sur les réseaux. [...]
L’arrêt d’un site aux contenus discriminatoires
Depuis 2007, l'article 50-1 de la loi du 29 juillet 1881 permet au ministère public et à toute personne ayant intérêt à agir de demander au juge des référés d'ordonner l'arrêt d'un site Internet. Il suffit que celui-ci contienne des messages de provocation publique à la discrimination, à la haine ou à la violence raciale et de contestation des crimes contre l'humanité. Et que ces messages constituent « un trouble manifestement illicite ».
Avec ce projet de loi, le gouvernement et les parlementaires ont étendu ce mécanisme à la diffamation ou l’injure envers une personne ou un groupe de personnes « à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée ». Mais aussi à raison de leur sexe, de leur orientation ou identité sexuelle ou de leur handicap.
Un juge pourra ainsi ordonner l’interruption d’un site à raison de ces contenus à caractère discriminatoire. Et puisque le ministère public pourra être à l’origine de cette procédure, il ne sera pas nécessaire d’identifier l’auteur des propos incriminés.
Fermeture d'un site web pour diffamation/injure alors que l'attaque en diffamation est l'instrument de défense utilisé à tout bout de champ même quand l'info est véridique et rapportée en bonne et due forme, est-ce bien sérieux ? Est-ce que la peine n'est pas disproportionnée ?
La requalification s’invite dans la loi de 1881
Il sera donc possible pour un juge de requalifier les faits dont il est saisi. Ainsi, une procédure en diffamation pourra déboucher sur une sanction pour injure, et inversement.
Et il est beaucoup plus difficile de se défendre d'injure alors que la diffamation est plutôt bien encadrée : aspect "c'est la vérité", bonne foi, etc. ;) L'idée est également que cela supprime une contrainte sur le plaignant puisqu'à l'heure actuelle, celui-ci est obligé de qualifier précisément les propos et s'il se trompe, vlam, nullité de la procédure.
Aujourd’hui, en cas d’erreur d’aiguillage, le magistrat est lié par la qualification du réquisitoire ou de la plainte avec constitution de partie civile. Demain, si la disposition survit, alors le prévenu ne pourra plus être relaxé, la requalification étant possible à l’audience.
Le point de départ de la prescription
Les trois mois (délai de droit commun) ou un an (pour certaines infractions) débuteraient non à la date de publication, mais à celle à laquelle cesse la mise à disposition au public d’un contenu en ligne (que soit un journal en ligne, un post sur Facebook, un tweet, un blog, etc.). Pour la presse papier, par contre, on en resterait aux règles actuelles.
Cette disposition a été soufflée par le rapport d'information « L'équilibre de la loi du 29 juillet 1881 à l'épreuve d'Internet », présenté l’été dernier par ses auteurs, François Pillet (LR) et Thani Mohamed Soilihi (PS)
Ok donc droite comme gauche sont d'accord sur ce point, intéressant à noter.
Se souvenant que le Conseil constitutionnel avait épinglé une telle réforme en 2004, le gouvernement refuse une telle réforme : voilà des dispositions « excessives », qui « portent une atteinte disproportionnée à la liberté d’expression ». Et pour cause, il sera possible de poursuivre indéfiniment une personne pour peu qu’un message posté des années avant reste accessible quelque part en ligne.
Sans compter que, de fait, il n'y a plus de prescription qui est l'un des aspects fondamentaux de notre droit : le pardon au bout d'un certain temps ! De plus, une personne physique ou morale peut très bien porter plainte des années et des années après la publication d'un contenu. Exemple ? Les sociétés commerciales non cotées qui essayent de s'acheter une virginité avant d'entrer en bourse. Cas concret : http://www.nextinpact.com/archive/64648-cgu-sebsauvage-tuto4pc-eorezo-adware.htm .
Que les contenus restent en ligne ad vitam æternam n'est pas un problème : la prescription des délits de la presse n'empêche pas d'attaquer pour d'autres motifs et d'utiliser, par exemple, la LCEN pour exiger le retrait de contenus. Illustration : https://framablog.org/2014/03/14/getty-images-vie-privee/
Extension des possibilités de réparation
« permettre une réparation des préjudices nés des abus de la liberté d’expression sur le fondement de la responsabilité civile de droit commun »
Quelles conséquences ? La mesure, qui vient renverser une jurisprudence de la Cour de cassation, va rendre possible « d’autres réparations que celle associée à la condamnation pour une infraction de presse », explique le rapport de la commission des lois. Cela implique également la possibilité de jouer sur des délais de prescriptions plus longs, sans avoir à s’embastiller dans les trois mois actuels.
En gros, ça signifie qu'un plaignant pourra obtenir des réparations au civil pour des faits dont il aura été jugé qu'ils ne sont pas un abus de la liberté de la presse et de la liberté d'expression. Cela permettra de faire dégager des articles, des contenus, qui peuvent gêner par leur négativité mais ne pas être pour autant un délit de presse. À quoi je pense ? Aux grands patrons & co qui attaquent en diffamation (qui est un des délits de presse) tout article légèrement négatif au sujet de leur société commerciale. Genre Xavier Niel, patron de Free, est un spécialiste du domaine. On accentue d'autant plus la pression sur la presse et les citoyen-ne-s.
Plus d’automaticité de la fin des poursuites
Aujourd’hui, en cas de désistement du plaignant, les procédures engagées s'arrêtent. Le rapport précité plaide pour la fin de cette règle. Le texte examiné au Sénat passe des écrits aux actes.
Selon les auteurs de l’amendement (le trio Thani Mohamed Soihili, Alain Richard et François Pillet), le régime actuel permet à une prétendue victime d’instrumentaliser ce levier : j’engage une poursuite puis je me retire, avec, entre ces deux moments, l’assurance d’une sale période pour le prévenu.
En supprimant la fin de l’automaticité, les sénateurs savent aussi que toute action engagée va permettre de continuer son bonhomme de chemin jusqu’à l’éventuelle condamnation.
Le prétexte est bien formulé mais je pense que la motivation est toute autre, quelque chose qui me rappelle l'affaire Bluetouff/ANSES : le plaignant se retire en première instance, le parquet fait appel, condamnation alors que l'ANSES elle-même ne savait plus où se mettre dans cette affaire.
[...]
Au Sénat, il sera néanmoins difficile de freiner l’ardeur des parlementaires. Il suffit en effet de relire quelques échanges relevés par nos soins lors de la présentation du rapport Thani Mohamed Soihili et François Pillet
Ok, toujours des propos aussi fleuris et à côté de la plaque. Avoir du verbe, c'est bien, comprendre un monde qui change, c'est mieux.
Un bon résumé historique de LQDN à propos de la neutralité des réseaux. À lire.
La Quadrature du Net a défendu, dès 2009 et les premières annonces de travaux européens sur la neutralité du Net, une approche de la question résolument tournée vers les questions de droits fondamentaux : sécuriser la neutralité du Net, c'est défendre l'accès de tous à tout le réseau Internet, c'est permettre de recevoir et d'émettre de l'information avec les mêmes conditions pour tous, c'est donc garantir les conditions techniques d'un exercice libre et équitable de la liberté d'expression et d'information.
Cela n'allait pas de soi : dès que le sujet a commencé à être présent dans les discours des opérateurs Télécoms et des grandes entreprises numériques, tout a été fait pour que l'on envisage la neutralité du Net uniquement sous l'angle du financement du trafic Internet et non comme un enjeu majeur d'équilibre du réseau, qui détermine par conséquent la qualité d'accès et de circulation de l'information et des services pour l'ensemble des utilisateurs.
[...]
Au fur et à mesure des années, le dossier de la neutralité du Net a oscillé entre espoir et douche froide. En 2009, après les propositions d'amendement de l'opérateur américain AT&T visant à légaliser les pratiques de gestion de trafic discriminatoire, La Quadrature avait été la première association européenne a s'y opposer. En dépit d'un réel effort d'information des élus et des citoyens sur ce sujet complexe, nous n'étions alors pas parvenu à contraindre le Parlement et les États membres à inscrire dans le Paquet Télécom alors en cours de révision une disposition protégeant ce principe. Néanmoins, la Commission européenne s'était engagée à l'issue du processus législatif à étudier le sujet et à intervenir s'il en établissait le besoin (voir l'annexe 2 au communiqué de novembre 2009 saluant l'adoption du Paquet Télécom).
S'ensuivirent près de quatre années de louvoiements divers et variés. Alors qu'en France, l'Arcep et certains parlementaires montaient en compétence à force de colloques, d'auditions et de rapports consacrés au sujet, la Commission européenne — et en particulier Neelie Kroes, chargée de l'Agenda numérique — faisait le dos rond. En 2011, face au refus persistant des autorités européennes de prendre conscience de l'ampleur du problème, La Quadrature fut à initiative du projet RespectMyNet, une plateforme permettant aux internautes européens de documenter les atteintes à la neutralité du Net.
Malgré les rapports parlementaires appelant à l'adoption d'une législation en la matière, Neelie Kroes s'y refusait. Pire, entre 2011 et 2013, elle ne cessa de s'afficher toujours plus proche des positions défendues par les grands opérateurs télécoms européens, lesquels embrayaient un nouveau cycle de concentration dans le secteur. Dans ce contexte, Neelie Kroes prit la société civile de cours en annonçant, à l'été 2013, son projet de règlement sur les télécommunications, qui, bien que présenté comme un outil de défense de la neutralité du Net, reprenait en fait très clairement les propositions des géants des télécommunications. Depuis trois ans, un consortium de grands industriels de télécoms et d'université venait alors de « démontrer » - à grands renforts de financements provenant de l'Union européenne - que la seule voie possible pour l'avenir consistait en une priorisation du trafic sur Internet afin de financer la modernisation du réseau--, ignorant bien entendu les arguments des partisans de la neutralité du Net.
L'équilibre du projet de Neelie Kroes était le suivant :
- priorisation du trafic pour permettre aux télécoms de conclure des accords avec les gros fournisseurs de contenu, réseaux sociaux, etc. (Google, Facebook...) afin que ces contenus soient acheminés en priorité - discriminant ainsi tous les petits fournisseurs de contenus, PME, TPE, personnes privées, organisations citoyennes qui n'auraient pas les moyens ou refuseraient de payer.
- création d'un statut de services spécialisés bénéficiant d'un trafic priorisé, alors que des services équivalents - mais ne payant pas ou pas suffisamment - seraient de facto plus difficiles d'accès.
- mise en place d'offres de type zero rating et autres systèmes de tarification en fonction du volume et des accords commerciaux, priorisant encore une poignée de fournisseurs de contenu.
Le Parlement européen s'est ensuite emparé du texte en débutant de façon désastreuse par le choix de Pilar del Castillo Vera (PPE, ES) comme rapporteur, qui s'est empressée de suivre la voie tracée par la Commission européenne et des télécoms.
Voici en novembre 2013 le tableau noir de la neutralité du Net qui a conduit quelques organisations citoyennes dont La Quadrature du Net à s'organiser autour de la campagne SaveTheInternet.eu. Et c'est à l'issue de quelques mois de négociations houleuses que le Parlement a voté in extremis le 3 avril 2014 un texte très favorable à la neutralité du Net, une grande victoire, mais précaire, pour la coalition SaveTheInternet.eu et la poignée de parlementaires qui ont dès le début cherché à défendre les droits et libertés.
Précaire, car le Conseil de l'Union européenne, en charge de transmettre ensuite sa position sur le texte, s'avère moins sensible aux voix citoyennes qu'au pouvoir des grosses entreprises de télécommunications avec lesquels les États membres entretiennent souvent des relations incestueuses. Et il a fallu maintenir pendant près d'un an et demi la pression sur le Parlement européen pour obtenir en octobre 2015 un vote sur un texte ambigu et qui laissait une grosse marge d'interprétation pour l'ORECE, en charge dans un délai de neuf mois de définir les lignes directrices d'application du règlement.
Après une consultation qui a recueilli près de 500 000 réponses provenant de particuliers, d'associations et de professionnels des télécoms, l'Organe des régulateurs européens des communications électroniques a ainsi publié et présenté publiquement le 30 août dernier ses lignes directrices, précisant notamment les principes retenus pour coordonner la mise en application d'un Internet ouvert. L'ORECE a joué son rôle en restant ferme face aux industries des télécoms et en encadrant notamment certaines pratiques qui avaient été pointées du doigt par la coalition SaveTheInternet.eu, comme les services spécialisés et les mesures de gestion de trafic. En outre, si le « zero rating » n'est pas nommément interdit, l'interprétation des lignes directrices ne devraient pas permettre de mettre en pratique ce type d'offres.
Je suis plutôt en désaccord sur ce point. La seule certitude que l'on a, c'est que toute application (ou service ou types d'applications) devra être traité pareil lorsque le quota de data mobile est atteint, même les offres zéro-rating. Le reste, ça dépendra du bon vouloir des régulateurs nationaux des télécoms (se bougeront-ils ? Avec quelle vigueur ? Comment la décision d'un régulateur sera-t-elle propagée dans l'EU si l'atteinte se produit dans plusieurs États membres ? Les lignes directrices ne disent rien sur tout cela) mais l'arsenal, les critères pour évaluer si une pratique de zéro-rating limite les droits des utilisateur-rice-s sont plutôt flous (c'est globalement orienté sur des atteintes au Saint-Marché donc au droit de la concurrence) et l'atteinte à la liberté d'expression et au pluralisme des médias a été relégué en note de bas de page du document final, pour donner une idée certes en échange d'un paragraphe protecteur qui se veut de portée générale.
Quelques limites importantes sont notamment à noter, concernant les offres commerciales des opérateurs, pourtant susceptibles pour certaines de limiter drastiquement la liberté d'accès à l'information et la liberté d'expression. Ces offres restent dans une zone de gris et seront à évaluer au cas par cas par les autorités de régulation nationales (ARN, l'ARCEP en France), le temps que les régulateurs européens se coordonnent et élaborent une forme de jurisprudence dans le temps, au fil de leurs contrôles.
Là, on est d'accord. :)
D'autre part, dans notre réponse commune avec la Fédération FDN à la consultation [Lien], nous avons soulevé quelques points malheureusement non pris en compte par l'ORECE :
- Les lignes directrices (paragraphe 16) prévoient d'autoriser la fourniture d'une seule adresse IP (soit IPv4, soit IPv6). Or actuellement les adresses IPv4 sont épuisées et de nombreux FAI tardent à déployer IPv6, sans toutefois être en mesure de fournir une IPv4, comme c'est le cas dans la plupart des offres d'accès à Internet via mobile. Sans le déploiement rapide d'IPv6, les utilisateurs sans IP publique, voire fixe, seront de plus en restreints dans leurs droits de fournir du contenu et des applications. Ainsi, les atteintes à la neutralité du Net opérées par les fournisseurs d'accès à Internet mobile pourraient rapidement s'étendre si les autorités nationales de régulations (ARNs) ne mettent pas un terme à ces pratiques.
- Au paragraphe 50 (anciennement 47 2), il est prévu que tout le trafic doit être traité de façon égale, à l'exclusion des pratiques d'interconnexion entre opérateurs. Or une mauvaise interconnexion, par exemple avec un service concurrent à celui de l'opérateur, peut engendrer une discrimination d'accès à certains contenus, comme cela a été le cas un temps en France avec les vidéos YouTube discriminées depuis un accès à Internet fourni par Free ou par Orange.
Oui, ça fait partie des problèmes qui restent, avec une définition plutôt molle de la liberté de choix du terminal par l'utilisateur final. Or, on peut craindre que les futures atteintes se dérouleront sur les terminaux d'accès.
[...]
Après plus de sept années passées à tenter de faire inscrire la neutralité du Net dans la législation européenne, La Quadrature du Net ne peut que constater, soulagée, que les pires menaces ont été repoussées, et que les plus graves pratiques de blocage ou de ralentissements de certains flux, encore observées il y a quelques années, sont largement sur le déclin.
Pour autant, nous devrons rester extrêmement vigilants lors de la mise en application concrète du règlement et à l'activité future des régulateurs européens.
Gros +1. Les régulateurs peuvent décider de prendre des années avant de contraindre un opérateur à cesser une atteinte. Les régulateurs peuvent évaluer de manière molle les pratiques de zero-rating et services spécialisés qui posent problèmes de manière à n'y voir aucune atteinte à la neutralité. Tout reste à jouer.
La Commission européenne vient d'annoncer une codification du droit européen des télécoms qui pourrait s'accompagner d'une remise en cause des quelques avancées législatives obtenues ces dernières années. Les opérateurs télécoms, lancés dans des stratégie de convergence avec les grands groupes médias, sont des acteurs politiques extrêmement influents qui continueront à mener bataille pour renforcer leur contrôle des réseaux et de l'économie numérique. Plus que jamais, l'implication des citoyens européens dans le contrôle de l'effectivité des mesures adoptées doit se faire au quotidien, afin que les régulateurs sachent et sentent qu'ils ont derrière eux des utilisateurs attentifs et attachés au principe d'un Internet libre, ouvert et neutre.
Gros +1.
Le 11 janvier 2016, Axelle Lemaire a saisi l'Arcep d'une demande d'avis sur l'état de déploiement du protocole d'adressage IPv6. L'Autorité rend aujourd'hui public son rapport au Gouvernement.
[...]
La gestion actuelle de la pénurie d'adresses IPv4 conduit à brider certaines applications ou certains usages, limitant le caractère pleinement ouvert d'internet et la liberté des utilisateurs. Pour autant, la migration vers IPv6 est une opération complexe, qui implique la mobilisation de l'ensemble des acteurs de la chaîne d'internet : fournisseurs d'accès à internet, hébergeurs, fournisseurs d'applications, fabricants de terminaux, etc.
[...]
Derrière la question de la migration vers IPv6 se cache un enjeu de compétitivité. Les pays qui sauront accélérer vers IPv6 pourront développer une expertise et un savoir-faire qui contribueront à leur rayonnement international. L'enjeu est donc aussi l'attractivité de la France sur la scène numérique mondiale.
Comme l'y invitait la ministre, l'Arcep entend mettre en place un observatoire de la transition IPv6 en France (dans le cadre de l'action n° 4). Cet observatoire permettra, de manière récurrente, de dresser l'état des lieux des déploiements, de contribuer à la transparence sur les intentions des acteurs majeurs et d'identifier d'éventuelles sources de blocages. Une version bêta de cet observatoire sera mise à disposition du public fin 2016.
J'ai lu le rapport de l'ARCEP.
L'ARCEP a très bien identifié les enjeux non-techniques d'IPv6 et exprime très clairement une vision politique :
L'ARCEP a bien identifié les freins à l'adoption d'IPv6 :
Encore une fois, l'ARCEP se concentre assez peu sur l'utilisateur final : peut-il accéder à tous les services sur Internet aujourd'hui ? J'aimerais savoir si de tels indicateurs existent. Peut-il fournir des services et des applications comme le règlement européen sur la neutralité des réseaux le lui octroie ?
Y'a tout un aspect qualitatif que l'ARCEP n'a pas encore vu / pris en compte. Exemple flagrant : 70 % des réseaux de transit auxquels les FAI et FSI français ont recours sont compatibles IPv6. Ouiiii, sauf que la qualité de la prestation IPv6 en terme de latence, en terme d'accès à tout l'Internet v6 et parfois en terme de débit est parfois largement en dessous de la prestation IPv4. Prenez Cogent (interrogé par l'ARCEP pour produire ce rapport) : HE et Google sont inaccessibles en IPv6, voir http://shaarli.guiguishow.info/?aNpSPQ . Prenez Interoute : le taux de paquets perdus dépasse 50 % dans la plupart des cas, voir http://shaarli.guiguishow.info/?nNMTjQ .
Plusieurs points du plan d'action prêtent à sourire :
Suite à une énième horreur dans le projet de loi égalité et citoyenneté dont j'entends parler, la modification du droit de la presse, j'ai décidé de téléphoner à mes sénateur-trice-s pour leur faire part de mes inquiétudes et de ma volonté que le bullshit s'arrête dès maintenant.
Le projet de loi sera examiné en plénière du Sénat dès mardi prochain (le 4 octobre) pour un vote sur l'ensemble du texte le 18 octobre. Il n'y avait donc pas assez de temps pour envoyer des mails. Sachant que, de toute façon, la limite pour poser des amendements est dépassée. On est en procédure accélérée (une seule lecture par chambre puis CMP).
En commission spéciale du Sénat, nos élu-e-s ont ajouté :
Ce que j'en comprends :
Il faut bien comprendre que la diffamation est devenue la meilleure arme de défense, y compris quand les faits relatés en bonne et due forme sont avérés ! Les journaux ont autre chose à faire que d'aller en justice en permanence ! Cela a aussi un effet de concentration de la presse : ne peuvent exister que les grands groupes qui ont les moyens de payer des avocats. Ce n'est pas acceptable.
C'est pour ça que je pense qu'il ne faut pas modifier l'équilibre apporté par la loi de 1881.
Ce que mes interlocuteur-rice-s m'ont dit :
Le gouvernement a proposé :
Ce que j'en comprends :
Ce que mes interlocuteur-rice-s m'ont dit :
En gros, selon moi : pour l'instruction en famille et les écoles privées hors contrat, les dés sont déjà lancés. Même chose pour le droit à la cantine et l'expérimentation du service obligatoire. Des amendements défendant la liberté de la presse ont été déposés par… le gouvernement. Les logements sociaux vont couler beaucoup d'encre semble-t-il genre le gouvernement ne semble pas vouloir lâcher. Le dernier mot irait donc à l'Assemblée après une CMP échouée ?
Communiqué commun du Syndicat de la presse quotidienne nationale (SPQN), du Syndicat de la presse quotidienne régionale (SPQR), du Syndicat de la presse quotidienne départementale (SPQD), du Syndicat des éditeurs de la presse magazine (SEPM), de la Fédération nationale de la presse spécialisée (FNPS), de la Fédération de la presse périodique régionale (FPPR), du Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (Spiil) et du Groupement des éditeurs de contenus et de services en ligne (GESTE)
Paris, le 30 septembre 2016. - Le projet de loi relatif à l'égalité et à la citoyenneté, tel qu'issu de la commission spéciale du Sénat, comporte plusieurs dispositions qui mettent en danger la loi de 1881 sur la liberté de la presse. [...]
Comme l'ensemble des syndicats d'éditeurs de presse l'ont encore souligné l'année dernière, la loi de 1881 est régulièrement menacée, dans une inspiration qui traduit une certaine méfiance à l'égard de l'information en ligne. Ses dispositions en matière de défense de la liberté d'expression comme d'engagement de la responsabilité des médias sont pourtant essentielles à notre vie démocratique. Son équilibre complexe, validé par une abondante jurisprudence, doit être pleinement préservé, comme le Conseil Constitutionnel et la Cour européenne des droits de l’homme le rappellent régulièrement.
[...]
Le texte en discussion prévoit de permettre au juge civil de requalifier un délit de presse. Le Sénat y ajoute la possibilité d'une réparation des préjudices nés des abus de la liberté d'expression sur le fondement de la responsabilité civile de droit commun (article 1382 du Code civil), alignant de ce fait les délais de prescription.
Ainsi pourraient être attaqués tous les propos ou articles estimés négatifs ou péjoratifs qui ne constitueraient pas une infraction à la loi sur la presse.
La nature pénale et la philosophie de la loi de 1881, basée sur une énumération d’infractions très précises, seraient ainsi entamées. [...]
[...]
Aujourd'hui, le délai de prescription en matière de délit de presse (papier ou numérique) court à compter du premier jour suivant la mise à disposition des utilisateurs du message.
Le projet de loi relatif à l'égalité et à la citoyenneté issu de la commission spéciale repousse, pour la presse numérique uniquement, le point de départ du délai de prescription au jour où cesse la mise à disposition du public du contenu mis en cause.
[...]
Dans les faits, elle supprime la prescription, puisqu’une publication en ligne a vocation à rester accessible sans limite de temps. Ce faisant, elle porte gravement atteinte aux équilibres du droit de la presse, sans atteindre le cœur du problème : les abus sous couvert d’anonymat.
Dit autrement : l'auteur-e d'un contenu qui n'a pas posé de problèmes pendant 15 ans pourra être attaqué du jour au lendemain parce que d'un coup, quelqu'un considère que ce contenu lui porte désormais préjudice ou préjudice à son business. C'est extrêmement dangereux.
Je rappelle également que la loi de 1881 est le seul bout de texte qui définisse un peu la liberté d'expression dans notre corpus législatif. C'est pour ça qu'elle est importante et c'est pour cela qu'il ne fait pas la modifier à la légère.
Via https://twitter.com/bearstech/status/781844622213541889 via https://twitter.com/bluetouff
Le Frido est un livre de mathématique libre du niveau de l’agrégation. Fort d’un peu plus de 1 600 pages, il couvre la quasi entièreté du programme. Ce cours de mathématique est libre au sens de la licence FDL, et ses sources LaTeX sont sur GitHub depuis le début du projet.
Sur le site web de l'auteur ( http://laurent.claessens-donadello.eu/feed/frido_vente.html ) :
Au départ le règlement de l'agrégation demandait aux ouvrages d'avoir un ISBN datant d'au moins 6 mois avant les oraux pour pouvoir être utilisés par les candidats. Le but de la règle des 6 mois étant évidemment que tous les candidats aient le temps de prendre connaissance de l'ouvrage avant les oraux. J'avais donc demandé à l'AFNIL à avoir des numéros d'ISBN et c'est ainsi que pour les sessions 2013 et 2014, le Frido était disponible dans la bibliothèque de l'agrégation. C'était une version d'environ 600 pages.
Ce sont alors passées deux choses :
- Des gens m'ont pratiquement accusé d'avoir triché en utilisant mon propre livre lors des oraux 2013 (où j'ai été admis, effectivement en grande partie grace au fait que j'aie eu mon livre avec moi). Peu de ces personnes ne se sont posé la question piège : est-ce que ça prend plus de temps de taper 600 pages en LaTeX ou bien d'étudier une cinquantaine de développements ? Ces personnes n'ont probablement pas non plus pensé au fait que mon livre était disponible pour tout le monde, qu'il avait été publié, avec les sources LaTeX, sous une licence libre, des années plus tôt.
- Il semblerait que l'année suivante (suivant mon exemple ?) de nombreux candidats ont obtenu des ISBN pour des textes nettement moins reluisants que le mien. Des abus dit-on ...
Pour l'une ou l'autre de ces deux raisons, ou pour une troisième allez savoir, le jury a décidé de changer le règlement pour la cession 2015, et a donc envoyé le Frido au pilon. Maintenant un livre peut être utilisé sans permission si
- il est commercialisé,
- il est suffisamment diffusé.
LALA :'(
Afin de respecter le nouveau règlement, j’ai décidé de mettre mon livre en vente, tout en laissant la licence FDL. Pour cela, j’ai opté pour l’auto‐édition chez TheBookEdition.com, qui me permet de vendre le livre tout en gardant mes droits d’auteurs.
The browser-trusted WoSign authority intentionally back-dated certificates it has issued over the past nine months to avoid an industry-mandated ban on the use of the SHA-1 hashing algorithm
[...]
hey also accused WoSign of improperly concealing its acquisition of Israeli certificate authority StartCom, which was used to issue at least one of the improperly issued certificates.
[...]
"Taking into account all the issues listed above, Mozilla's CA team has lost confidence in the ability of WoSign/StartCom to faithfully and competently discharge the functions of a CA," Monday's report stated. "Therefore we propose that, starting on a date to be determined in the near future, Mozilla products will no longer trust newly issued certificates issued by either of these two CA brands."
WoSign's practices came under scrutiny after an IT administrator for the University of Central Florida used the service to obtain a certificate for med.ucf.edu. He soon discovered that he mistakenly got one for www.ucf.edu. To verify that the error wasn't isolated, the admin then used his control over the github subdomains schrauger.github.com and schrauger.github.io to get certificates for github.com, github.io, and www.github.io. When the admin finally succeeded in alerting WoSign to the improperly issued Github certificates, WoSign still didn't catch the improperly issued www.ucf.edu certificate and allowed it to remain valid for more than a year. For reasons that aren't clear, Mozilla's final report makes no explicit mention the certificates involving the Github or UCF domains, which were documented here in August.
[...]
WoSign built a system where applicants could add extra arbitrary domains to their certificates before issuance. Even when mis-issuances happened they did not determine the root cause and eliminated the flaw only in an unrelated system upgrade.
[...]
WoSign has an “issue first, validate later” process where it is acceptable to detect mis-issued certificates during validation the next working day and revoke them at that point.
[...]
The level of understanding of the certificate system by their engineers, and the level of quality control and testing exercised over changes to their systems, leaves a great deal to be desired. It does not seem they have the appropriate cultural practices to develop secure and robust software.
[...]
For reasons which still remain unclear, WoSign appeared determined to hide the fact that they had purchased StartCom, actively misleading Mozilla and the public about the situation.
[...]
WoSign’s auditors, Ernst & Young (Hong Kong), have failed to detect multiple issues they should have detected. (Issue J, Issue X)
Mozilla envisage de ne plus faire confiance aux nouveaux certificats émis par l'AC chinoise WoSign (qui a racheté StartCom) au-delà d'une date qui n'est pas encore fixée. La mesure vaudra pour un an minimum avant que cette AC soit autorisée à repasser la certification de Mozilla si elle a procédé à des changements drastiques dans ses process.
Le monde des autorités de certification x509 est toujours aussi sérieux… :'( Certificats x509 auto-signés + DNSSEC + DANE partout et basta.
Via FRsAG.
Cela fait un peu plus de 3 ans que j'autohéberge mes mails et ma messagerie instantanée chez moi, principalement. J'avais envie de faire un retour des bonnes et des mauvaises idées. Si ça peut guider des gens…
Bon, j'dois avouer que l'expérience auto-hébergement s'est interrompue temporairement depuis juillet 2016 puisque les deux ordinateurs monocarte dans lesquels j'avais investi au départ sont HS : un des circuits de l'OLinuXino a cramé en pleine nuit. Le RPi a terminé en miettes après un bon gros coup de sang bien stupide. :S Je voudrais refaire un comparatif des cartes existantes mais je ne veux pas prendre le temps de faire ça maintenant, on verra plus tard.
Le choix dépend vraiment de votre profil.
En faveur des ordinateurs monocartes, on a les arguments suivants (liste non ordonnée) :
En faveur d'un ordinateur de bureau, on a les arguments suivants (liste non ordonnée) :
Le concept de la Brique Internet est génial et les efforts accomplis sont colossaux mais, pour en avoir debug 2-3 fin 2015, je pense que ce n'est pas encore utilisable par tout le monde et qu'il y a encore plein de bugs parfois bloquants à résoudre. Du coup, je ne la recommande pas encore à des novices. Si tu t'y connais et que t'as le temps de debug : juste go et contribue à l'améliorer. Si tu t'y connais mais que t'as pas le temps, installe ton propre serveur, t'iras plus vite.
Pensez à vérifier que les logiciels qui vous intéressent sont bien disponibles dans YunoHost (l'interface au-dessus de Debian pour administrer facilement la Brique). Dans le cas contraire, ce n'est pas bloquant, y'a moyen de les installer à la main mais ça perd de son charme "plug and forget".
Un VPN avec une IP publique statique et aucun port bloqué, genre ceux fournis par les membres de la FFDN, dédié à votre serveur, c'est juste royal pour l'autohébergement (liste non ordonnée) :
Bref, je n'envisage pas l'auto-hébergement sans VPN tellement ça simplifie la vie.
Quand on débute, on se dit qu'on doit avoir une autre machine quelque part, qui tourne en permanence et qui agit en secondaire de notre serveur. Pour quand on a plus d'Internet. Pour quand on n'a plus d'électricité. Pour les orages qui nous obligent à débrancher le matos.
La redondance a un coût : il faut synchroniser la base de données ou les fichiers statiques qui alimentent votre site web entre vos deux serveurs, il faut synchroniser votre roster Jabber, il faut synchroniser vos mails et tout ce qui va avec (états du logiciel de greylisting, états de l'antispam, etc.), etc. Tout cela entraîne de la maintenance humaine et créer de la conf pas forcément triviale à mettre en production et à entretenir dans le temps.
Tout ça pour quoi ? On a quand même de l'électricité 99,9999 % du temps et de l'Internet 95 % du temps. Il n'y a pas non plus un orage par jour. Bref, les interruptions de service se produisent beaucoup moins souvent que ce que l'on psychotise quand on débute. Vraiment. De plus, durant un orage ou une coupure de courant ou d'Internet, vous n'utiliserez pas votre serveur secondaire… Quel intérêt d'en avoir un ?
Sans compter que les serveurs de courrier électronique doivent garder les mails qui vous sont destinés. La durée standard est de 5 jours. Bien sûr, il y a des gens qui ne respectent pas l'esprit des normes (le mail n'est pas synchrone !) mais c'est quand même rare. C'est généralement des marchands genre agence de voyage & co avec qui vous ne communiquez pas en permanence donc la probabilité de perdre un mail est faible. Les personnes qui visitent votre site web perso et qui vous causent sur Jabber peuvent bien tolérer quelques heures d'indisponibilité, non ?
Bref, monter un MX secondaire, un NS secondaire, un HTTPd secondaire, etc. m'apparaît très clairement overkill. Je n'ai pas de temps à consacrer à cela par rapport aux faibles avantages que cela va m'apporter. Je préfère réagir en cas de panne et m'adapter plutôt que d'essayer de prévoir toutes les pannes qui, au final, n'arriveront pas et laisseront place à une panne imprévue.
En revanche, je m'assurais d'avoir du matos de rechange à la maison. Genre des supports de stockage neufs (carte SD pour ordi monocarte, disque dur / SSD pour ordinateur de bureau). Genre un ordinateur monocarte de secours (et encore… ça se commande & livre vite, ces bestioles) Genre un adaptateur secteur <-> USB de secours dans le cas d'un ordi monocarte (voir http://shaarli.guiguishow.info/?gEtikA ). Pas la peine d'avoir des pièces de rechange pour un ordi de bureau sauf si votre ville et alentours n'a pas un vendeur de matos informatique.
Stéphane Bortzmeyer a aussi écrit un article centré sur l'absence de besoin vital de redonder le mail.
Ça dépend. Si l'asso héberge toute son infra chez un gros hébergeur style OVH ou Online ou derrière une ligne xDSL style Completel ou Orange, boarf, on ne gagne pas grand'chose, on n'a pas acentré les usages d'Internet, le contenu est toujours centralisé chez de gros prestataires. Certes, ce n'est plus Google et Facebook mais still. Si l'asso locale dispose de sa propre infrastructure Internet ou dépend d'un FAI ou d'un hébergeur associatif, alors là, l'autohébergement peut être avantageusement remplacé par une machine virtuelle dans cette asso.
Il y a aussi une question de confiance que l'on accorde mais c'est bien pareil pour votre FAI.
L'asso du coin a quand même des avantages : une machine virtuelle louée évite d'avoir à s'occuper des problématiques de pannes matérielles. L'asso du coin peut parfois gérer toute la partie technique, vous laissant ainsi l'opportunité de vous former petit à petit.
Je me concentre sur le DNS car une fois que votre nom pointe sur votre serveur, tous les services fonctionnent d'eux-mêmes et il n'y a pas de délais auxquels il faut prêter attention.
Pour migrer votre serveur en panne : soit vous utilisez un VPN avec une IP statique et il n'y a rien à faire. Soit vous changez d'IP et il faut modifier cette information dans votre zone parente via votre bureau d'enregistrement et ça prend du temps (la garantie que la migration sera totalement effective, pour tout le monde vient du TTL de la zone parente). Soit vous avez la main sur votre serveur de noms secondaire (parce que vous l'hébergez ou parce qu'il est hébergé chez un-e ami-e) et vous pouvez le passer temporairement en master sur votre zone et ainsi modifier et diffuser un nouveau fichier de zone. Le délai avant que la migration soit totalement effective dépend du TTL de votre zone, je vais y revenir.
Pensez bien à configurer le délai d'expiration de votre zone DNS. En effet, en l'absence de contact avec le serveur primaire, le secondaire conservera votre zone uniquement durant un certain temps, celui défini dans le champ « expire » du SOA de votre zone. Adaptez ce délai à vos prévisions. Genre des vacances durent en moyenne 2-3 semaines. Un retour SAV d'un PC, c'est 2-4 semaines. Même chose pour une ouverture de ligne ADSL / câble. Si c'est cas vous concernent, prévoir un délai d'expiration d'un mois soit 2592000 secondes n'est pas idiot.
Pour les mails, si vous ne synchronisez pas vos mails (avec Dovecot, par exemple, voir http://jonathan.michalon.eu/shaarli/?76Smjg), mais que votre secondaire se contente simplement de les mettre en queue, pensez à augmenter la durée de rétention de votre secondaire. Voir https://wiki.arn-fai.net/technique:emails#configurer_un_serveur_de_mails_secondaire_simpliste
Mettez des TTL courts dans vos zones. Genre 30 minutes (1800 secondes) ou 1 heure (3600 secondes). Ainsi, les caches seront vidés automatiquement après cet intervalle, vous apportant de la flexibilité : ajouter une info de votre zone et en supprimer une se devient rapidement effectif pour tout le monde. Attention également à changer le TTL négatif aka le dernier champ du SOA. Ce TTL indique combien de temps un récursif gardera en mémoire le fait qu'une information n'existe pas dans votre zone avant de reposer la question. Des TTL courts ne sont clairement pas un problème sur les réseaux et machines d'aujourd'hui, surtout pour un domaine peu fréquenté ce qui est le cas de l'autohébergement, normalement.
Soyez quand même conscients que cela apporte de la flexibilité uniquement tant que vous restez dans votre zone. Exemple : si vous voulez changer l'IP de votre serveur de noms, vous dépendez forcément des TTL de votre zone parente pour changer les glue records genre 172800 secondes (2 jours) dans fr. Si pas de glue record parce que vos NS ont des noms d'une autre zone, vous dépendez bien entendu du TTL de cette autre zone.
Si vous utilisez DNSSEC, n'oubliez pas que les clés n'ont pas de durée de vie (donc on peut manquer une rotation sans problèmes) mais que les signatures ont une durée de vie. Autrement dit : choisissez bien la durée de vie de vos signatures car votre signeur devra être en état de marche avant l'expiration de vos signatures. Là encore, les vacs c'est 2-3 semaines, un retour SAV c'est 2-4 semaines, etc. donc partir sur une durée de vie d'un mois pour les signatures, c'est tout sauf idiot. :)
Tellement vrai : un fix en entraîne toujours un autre. :)
J'ai déjà parlé des tracas et des changements induits par le passage de Debian Wheezy à Jessie, voir http://shaarli.guiguishow.info/?fMCWbQ , mais je n'ai pas encore parlé de toutes les nouvelles fonctionnalités apportées par les nouvelles versions de logiciels packagés que j'ai remarquées. Liste non exhaustive, forcément.
J'ai déjà commencé ma liste de ce que la prochaine version stable de Debian, nommée Stretch, devrait apporter :
Dans la partie informelle de l'AG 2015 de FDN, il s'est dit des choses extrêmement intéressantes sur l'action juridique de l'asso. J'avais pris des notes mais je ne les ai pas publiées. Je les publie aujourd'hui car je pense qu'il y a des bouts intéressants qui n'ont pas été repris dans des interventions publiques plus récentes comme celle à PSSES 2015. J'ai essayé de ne pas spoiler les avancements des procédures qui n'étaient pas connus lors de cette AG.
L'équipe juridique commune à LQDN, FDN et FFDN, qui allait devenir les exégètes amateurs bossait sur 3 dossiers à ce moment-là :
Rétention des données de connexion.
Il faut un prétexte ("la loi est pourrie" c'est un pseudo-argument, par un prétexte) pour aller toquer au Conseil d'État, cour de première instance dans le cadre d'un décret puisque celui-ci à une portée nationale, aucun tribunal administratif local n'est plus compétent qu'un autre. Or, le 24 décembre 2014, le gouvernement a publié le décret d'application de l'article 20 de la loi de programmation miliaire (LPM) qui prévoit qu'un nombre considérable de services administratifs peuvent accéder aux données de connexion (qui ne sont pas vraiment définies, « informations et documents ») sans passer par un juge et sans l'ombre d'un contrôle. On peut donc attaquer le décret et amener le CE à constater que tous les textes qui causent de data retention sont contraire au droit européen et espérer faire tomber tout le tas de merde.
Arguments principaux :
Les décrets d'application de la loi de renforcement des mesures antiterrorisme de 2014 (dite loi Cazeneuve) sont sortis début 2015, à la suite de l'attentat de Charlie Hebdo. Cette loi instaure notamment le blocage administratif secret (le motif n'est connu de personne, pas même de l'éditeur) de sites web terroristes et faisant l'apologie du terro, par les FAI, sur décision de la police (sans juge, donc). Cette loi instaure aussi le déréférencement des mêmes sites web, dans la même absence de cadre.
Arguments principaux :
Mes notes concernant la conférence « Big Brother, entre réalité et science-fiction » qui a eu lieu à Strasbourg le 10 décembre 2015 dans le cadre du cycle de conférences et d'ateliers « Avenirs d'Internet ».
Il n'y avait pas de slides. L'enregistrement audio est disponible ici : https://hackstub.netlib.re/docs/avenirsdinternet/enregistrements/montageSonConf1/confavenirsdinternet-zimmermann-henryQ4.ogg .
Les sujets autour des libertés à l'heure du numérique sont tellement complexes qu'il faut prendre des symboles pour y attacher nos idées politiques. Exemple : « neutralité du Net », ça ne parle à personne. « Discrimination des communications sur Internet », c'est déjà plus parlant. Il y a une rhétorique à construire pour faire passer nos messages.
La réalité a déjà dépassé la fiction. Est-ce que la fiction c'est pour nous habituer ou pour nous faire réfléchir ?
Lecture de deux nouvelles d'anticipation écrites par un collectif d'auteurs.
Je n'ai pas pris de notes de la session de questions-réponses.
Sur un plan perso, c'était ma première rencontre avec jz. Son côté humaniste m'avait soufflé et remonté le moral alors que je n'étais que rage et désespoir à ce moment-là (loi Renseignement, sortie des décrets "filtrage" de la loi anti-terro de 2014, état d'urgence, déchéance de nationalité, exclusion et rejet de l'autre évoqués en permanence dans les infos, etc.). Bref, je garde un excellent souvenir de notre longue conversation. < 3
A six mois de la présidentielle, l’ambiance en France est très particulière. Médiatiquement, politiquement et socialement, les discours les plus primaires et les plus réactionnaires ont recouvert la plupart des réflexions. L’espace politique français — au sens large — est passé des débats de société de fond aux polémiques les plus puantes. Ce constat est possible non pas par la seule observation des chaînes de télévision ou de radio les plus plébiscitées, mais aussi par les titres de la presse papier et internet, ainsi — et surtout — que les échanges sur les « grands » réseaux sociaux. Le chaudron commence à bien bouillir, rempli d’ordures, et son odeur se répand de plus en plus fortement, recouvrant la plupart des paroles, actes ou initiatives « progressistes ».
Oui, alors les côtés « scoop » et le côté « c'était mieux avant » qui transparaissent dans cet article, pleeeaase quoi. Surtout que l'article cite bien des illustrations du Chirac du début des 90's qui disait déjà de la merde. La déchéance de nationalité ne date pas non plus des élections à venir. Frontex non plus. Le bullshit servi au moment des élections régionales était le même qu'en 2002. « Les Français sont des veaux » (donc incultes, qui suivront le mouvement impulsé par le chef) c'est du De Gaulle.
C'est le même boxon à chaque présidentielle, au moins sur les 3 dernières. Le débat d'entre-deux tours entre Sarko et Ségo était déjà du grand n'importe quoi rempli de trucs faux. Non mais sérieux, deux gens tout à fait normaux sont priés d'être experts sur tous les sujets et d'en débattre, comme ça, taktak. Ça ne peut pas fonctionner. La personnification des élections est un problème.
Sans compter que le poste est prestigieux et exclusif donc forcément que tu vas raconter nawak et jouer sur les peurs des uns et des autres pour y parvenir.
Au-delà de ça, je n'ai jamais entendu un débat intéressant, ça part toujours en règlement de compte ("vous avez fait ça dans le passé et c'était de la merde qui nous plombe aujourd'hui) et en clivage, ça part en "je te coupe la parole sans arrêt", ça part toujours en débat dans des sous-sous-sous-sujets, ça part toujours en noyage de poisson. Le temps vient à manquer (et même si on organisait des débats de 12 ou 24h ou 36h, ça ne changerait rien, c'est un problème de mentalité). Il n'y a jamais rien de constructif, rien à en tirer. C'est inaudible et le débit mitraillette est impossible à suivre. Je pense par exemple à l'échange entre Copé et Duflot sur BFMTV la semaine passée mais c'est clairement général et depuis aussi longtemps que je m'en souvienne.
[...]
Désormais, le populisme se déclare comme un mode politique de proximité du peuple, de parler vrai [au peuple], de se préoccuper des problèmes du peuple, de vouloir le bien du peuple, etc… La réalité du populisme est pourtant toute autre, puisqu’il est à la fois historiquement et politiquement le ferment du fascisme. Le plus grand populiste de l’histoire contemporaine est Mussolini. Ses discours, son comportement, toute sa sinistre carrière politique sont basés sur ce concept de populisme. Le Duce a été copié de nombreuses fois, et peut-être jamais égalé, encore que…
Nationalisme, patriotisme, racines [des origines], grandeur [perdue] à restaurer, analyses et solutions simples, à la portée de tous, gouvernance de « bon père de famille », paternalisme donc, et déclaration des « ennemis » à abattre, ou des minorités à contraindre sont les principaux ingrédients qui nourrissent la recette du populisme dans ce chaudron pestilentiel.
[...]
Pour résumer le populisme français : il se situe dans la croyance qu’une majorité d’électeurs sont mécontents, qu’ils sont plutôt incultes, qu’on peut leur faire croire que leurs problèmes sont avant tout causés par une partie de la population étrangère à la « patrie originelle » (gauloise ?), ou cause de blocages créés par des groupes d’intérêts qui prennent tout le monde en otage (les syndicats en général) et que le bons sens, l’évidence dans les décisions à prendre, sont celles que prendraient n’importe quel « bon père de famille ».
Dans ce registre, le populisme résume chaque cause d’un problème à un unique facteur. Pour le concept du chômage et de « l’emploi » : c’est à cause des « charges » sur les salaires (qui sont en réalité, les cotisations sociales pour abonder les recettes publiques et maintenir le système de répartition collectif) qui empêchent la compétitivité. Pour l’insécurité, c’est le communautarisme, le refus de l’intégration et le radicalisme religieux.
Bonne définition du populisme, je me garde ça.
[...] Le débat sur la énième réforme de l’éducation nationale s’est effectué sur les horaires, l’apprentissage pur des fondamentaux ou l’éveil des enfants en groupe, le rétablissement de l’uniforme pour certains, la sécurité scolaire et introduire des tablettes informatiques pour faire rentrer le numérique dans l’éducation nationale…
Ben… comment dire… je vais faire dans le populisme mais il suffit d'écouter les parents (et ça ne date pas d'hier) : ça cause de choses extrêmement matérielles donc horaires, menus de la cantine (histoire de pas refaire des frites le soir si y'en a eu le midi, lol), poids du cartable, sécurité de l'école, etc. À moment donné, nier que les débats sont à l'image du monde, c'est se voiler la face et c'est dangereux. Il faut bien se dire que les grands idéaux comme apprendre à apprendre, l'école décentralisée (à la maison, distance, tout ça), ça ne sort pas de terre comme ça, faut attendre que ça germe donc en attendant, il faut bien gérer la situation concrète, matérielle. Ce n'est pas contradictoire, c'est une question de proportion. Et c'est comme ça dans tous les domaines de la vie.
[...)
En fait dans l’esprit de la fachosphère IRL ou sur le réseau, il existerait une société immuable, figée, depuis les années 50, une France du Général de Gaulle, qui n’aurait pas bougé. Ou si, qui aurait été forcée de se cacher dans des caves, tandis que les Sarazin, les Chinois, les Martiens, peut-être, auraient peu à peu investi les appartement, les maisons et les commerces laissés vacants par la population gauloise, fuyant vers les caves.
[...]
Par extension, l’immigration qui ferait tant de mal aux Gaulois, selon l’extrême-droite, est une sorte de cellule dormante des islamo-nazis. A l’inverse, les Gaulois, sont des gens bien sous tout rapport. Encore une fois, la globalisation est à l’œuvre. Ce serait considérer que tous les Gaulois sont des gens parfaits alors qu’une foule d’études scientifiques très sérieuses prouvent qu’il y a de nombreux crétins durs dans cette population. Même des gens agressifs, violents, délinquants, terroristes, assassins, homophobes, sexistes… Bref de tout, comme partout. Mais sortir de la généralisation, c’est un peu compliqué pour notre fachosphère.
Oui, la peur du changement et le bouc-émissaire sont hyper connus : "nous on atteint la perfection, il ne faut plus rien changer, c'est l'autre qui a tort et vu qu'il est pas comme moi bah lala".
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Nous sommes arrivé à un moment où le tempo de l’actualité est rythmé à moitié par les tweets ravageurs de politiciens ou des citations de leurs discours, d’extraits d’interviews. Le tout en 140 caractères maximum. Ou avec un post sur un mur. L’approximation, la fausseté, voire les mensonges les plus flagrants sont ainsi relayés à la vitesses des tuyaux numériques. Un petit maire de droite extrême bien raciste ordonne une interdiction de tenue de plage portée par quelque femmes d’origine maghrébine, et c’est un buzz médiatique qui dure un mois. Un mois… Emportements, militantisme, rejet, agacement, indignation, tout y passe…
C’est en fait une nouvelle période qui s’est ouverte, celle de la création des sujets d’actualités politiques par la foule, ou par les « stars des réseaux sociaux », qu’elles soient des politiques ou non. Les groupes militants de tous bords sont donc très friands de ce phénomène, puisqu’en quelques clics, voire quelques aides automatisées (principe de l’astroturfing), une foule se crée, prête à en découdre, à défendre, attaquer, se plaindre, s’indigner, mais dans tous les cas : fait parler d’elle et surtout de son sujet.
Oui, le traitement de l'information est un vrai problème. Mais, d'un côté, je me dis que les petites phrases assassines sont des révélateurs, qu'elles donnent le ton. Macron et son costard, on sait à quoi s'attendre en choisissant le projet de société de ce mec-là. Sarkozy et ses Gaulois, on sait aussi à quoi s'attendre. Ça reste trop succinct, certes mais ça donne une idée. L'absence d'autres voix, d'autres choses que des petites phrases est problématique, pas de problèmes avec ça.
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Un article reprenant celui de Viner cherche à comprendre ce qu’il se passe au delà de l’amplification des rumeurs et de l’emballement des foules sur les réseaux sociaux. Un phénomène très important est celui de l’influence des algorithmes et de l’enfermement des usagers des réseaux dans leurs propres convictions, dans leurs propres sphères de croyance.
Là encore, rien de nouveau : le bistro du coin et ses habitués avaient leurs sphères de convictions. Les familles ont aussi leurs sphères de convictions qui perdurent. Nous avons aussi de telles sphères avec nos ami-e-s. Donc le coup des méchants réseaux sociaux, pleeeaaase, quoi, ils ne font qu'abolir les distances donc fusionner des sphères de convictions.