Intéressant. Ça illustre une certaine vision de la France. La France qui possède du foncier à Paris, qui vit dans l'entre-soi parisien, qui vit à crédit. La France du capital, des possédant-e-s qui peut, elle seule, être candidate à l'élection présidentielle à une exception près : P. Poutou qui reste le seul candidat crédible pour parler du train de vie moyen des français-e-s (mais ce n'est pas pour autant qu'il pose un diagnostic intéressant et qu'il propose des solutions adaptées). Ça explique une partie de la déconnexion des élites.
Cet optimisme semble confirmé chaque jour par l’apparition de projets dans de multiples domaines. Le dernier Salon de l’agriculture a célébré la contribution apportée par les drones à l’agriculture de précision (cartographier un champ pour déterminer précisément les quantités d’eau ou de pesticides à utiliser, par exemple). Les applications humanitaires se multiplient dans les pays en voie de développement, notamment pour relier villages isolés et hôpitaux, transporter échantillons de sang ou vaccins ou encore accélérer le développement économique.
Des drones sont d’ores et déjà utilisés pour prévenir la présence de requins sur les plages australiennes ou repérer des nageurs en difficulté sur la côte basque. Des spectacles utilisent des essaims de drones coordonnés pour faire mieux que les feux d’artifice, et les forces de l’ordre, aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni mais aussi à la préfecture de Paris, recourent à ces « yeux dans le ciel » pour surveiller les manifestations ou assurer des missions de surveillance.
La livraison par drones, longtemps considérée comme une vaste utopie, fait l’objet d’investissements sonnants et trébuchants. Amazon mais aussi UPS, Walmart ou encore la Poste française multiplient les expérimentations. […]
[…]
Ce paradoxe entre les misères du « hardware » et les promesses du « software » tient d’abord aux anticipations excessives qui, pariant sur l’explosion des ventes aux particuliers, ont vu déferler des produits grand public en trop grande quantité. Cette bulle a fini par éclater, provoquant une baisse spectaculaire des prix qui a servi la stratégie du leader mondial, le chinois DJI, qui détient aujourd’hui plus des trois quarts du marché global des drones de loisirs et ignore la crise.
[…]
L’avenir du drone se situe dans l’univers professionnel car la valeur ajoutée apportée par ces appareils se situe d’abord dans l’usage qui en est fait. C’est la valeur des données et informations recueillies par le drone (plan numérisé d’un champ ou d’un chantier, livraison de produits dans des endroits d’accès difficile, sauvetage de personnes en difficulté…) bien plus que l’engin lui-même qui comptent dans l’équation économique. C’est ce qu’ont compris la plupart des fabricants en difficulté qui se concentrent désormais sur les usages professionnels.
On y apprend des choses très intéressantes. J'en recommande vivement la lecture.
1 - Les sondages sont presque tous réalisés avec des panels de volontaires
2 - Les sondés sont rémunérés…
3- ... et ils peuvent mentir pour obtenir des cadeaux
Les instituts de sondage estiment que ces petites gratifications ne peuvent en aucun cas influencer la qualité des réponses. Pourtant, le même Guillaume admet qu’il lui arrive de ne pas toujours dire la vérité. "Il m'est arrivé de mentir quand les questions sont tranchées dès l'entrée du sondage, par exemple : 'Etes-vous fumeur ?' Si vous répondez 'non', le sondage s'arrête et vous ne gagnez pas de points. Donc je dis que je suis fumeur, ce qui n’est pas le cas. Pour les sondages politiques, quand aucune réponse ne convient tout à fait à mon opinion, je choisis la moins mauvaise."
4 - Les méthodes de redressement des instituts restent opaques
Les chiffres publiés ne sont jamais ceux qui sortent "brut" des questionnaires. Ils sont traités de façon à compenser les mensonges et les biais de l’échantillon notamment. Cette méthode porte un nom : le redressement. Procédé classique en statistique, il consiste à se référer à des scrutins anciens pour voir si les sondés sont sincères en évoquant leur vote passé. Si, sur un échantillon représentatif de Français, on observe qu’il y a deux fois moins de votes déclarés pour un candidat que son score effectivement réalisé, on sait alors qu’il faut multiplier par deux les chiffres bruts en faveur de ce même candidat pour le scrutin à venir. Dans les faits, le redressement peut faire appel à d’autres critères, plus une part de "cuisine maison" propre à chaque institut.
[…]
En avril 2016, après des années de bataille parlementaire et malgré l’opposition de l’Elysée (sous Nicolas Sarkozy, puis François Hollande), ils arrivent à faire voter une loi imposant aux sondeurs de publier leurs marges d’erreur, leurs chiffres bruts et leurs critères de redressement. Du moins le croient-ils.
Les sondeurs trouvent une parade : pour éviter que les marges d’erreur ne soient affichées de manière trop visible dans les journaux qui ont commandé leurs études, ils publient d’abord leurs sondages sur leur propre site internet. Astucieux, la loi précisant que les marges d’erreurs doivent accompagner le sondage "lors de la première publication". La loi n’a pas réussi non plus à imposer la transparence sur les chiffres bruts, les sondeurs ayant là aussi trouvé une faille dans le texte. Les sondeurs s’accrochent à leurs secrets de fabrication, comme Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop : "Publier nos chiffres bruts c'est montrer toute une série de techniques que nous ne voulons pas montrer à nos concurrents."
5 - La commission des sondages ne fait peur à personne
Autorité administrative créée en 1977 avec la première loi sur les sondages, elle a pour mission de contrôler la sincérité et la rigueur avec laquelle sont effectuées les études d’opinion. Mais son fonctionnement et sa composition sont régulièrement décriés, notamment par Hugues Portelli, sénateur du Val-d'Oise : "Parmi cette commission, il y a beaucoup de magistrats à la retraite. Ils ont un point commun : ils sont incompétents. Pas dans leur discipline juridique, mais ils ne connaissent pas grand-chose des problèmes de l'opinion publique. Ils ont d'autres activités à côté et pour eux, l'étude des sondages est une activité marginale. Quand on est dans la période des sondages, la commission fait un examen en surface."
Lorsqu’elle détecte (rarement) une irrégularité dans un sondage, la commission publie des "mises au point". Ces petits textes de remontrance finissent dans les oubliettes du web ou relégués en bas de page des journaux. Ces cartons jaunes sans conséquences ne font peur à personne. Et pour cause : 40 ans après sa promulgation, aucune condamnation n’a été prononcée au titre de la loi de 1977, qui prévoit pourtant une peine d’amende pouvant aller jusqu’à 75 000 euros. Etonnant, parce que les cas suspects ne manquent pas dans l’histoire des sondages, jusqu’à très récemment.
6 - Certains sondages sont tout simplement bidon
En 2014, le magazine Valeurs Actuelles évoque un sondage donnant Nicolas Sarkozy seul à même de battre Marine Le Pen au second tour de la présidentielle. Cette "information" est également reprise par L’Opinion. Problème : ce sondage n’a jamais existé. La commission a enquêté, et a fini par publier six mois plus tard une mise au point où elle appelle "l'attention de l'opinion publique sur l'absence de fiabilité de ces résultats". Mais aucune poursuite n’a été engagée.
Lors des dernières régionales, dans la région Occitanie, le candidat dissident de gauche, Philippe Saurel, publie un sondage qu’il a fait réaliser le créditant de 9,9% des voix. Pour le maire de Montpellier, c’est un score inespéré, au bord des 10% qui permettent de se maintenir au deuxième tour et de peser sur le scrutin. Mais un détail intrigue Laurent Dubois, un journaliste de France 3 à Toulouse : l’institut qui a réalisé cette étude est totalement inconnu. Alertée, la commission conclut après enquête que le sondage est "dépourvu de caractère significatif". En clair : bidon. Pourtant, là encore, aucune poursuite judiciaire n’est engagée, ce qui étonne beaucoup Laurent Dubois : "Un membre de la commission des sondages m'a dit : 'Comme c'est un primo délinquant, on ne va pas lui casser les jambes, on va juste le rappeler à l'ordre'. Ce qui a joué n'était pas la gravité des faits, mais le profil de la personne." Philippe Saurel obtiendra finalement 5% des voix au premier tour.
7 - Les échantillons ne sont pas toujours représentatifs
8 - Les "vrais" sondages d'intention de vote coûtent très chers
9 - Les sondages politiques servent en fait à vendre des études marketing
Les instituts de sondage sont une douzaine aujourd’hui à se partager le marché de l’étude d’opinion en France. Mais la politique n’est qu’une toute petite partie de leur activité. Leur chiffre d’affaires est essentiellement alimenté par les études qu’ils vendent aux entreprises : enquêtes de satisfaction clients, études des tendances en matière de consommation, etc. Alain Garrigou, créateur de l’observatoire des sondages, explique la réelle motivation des sondeurs selon lui : "Le sondage politique est un produit d'appel fantastique. Un des péchés mignons des sondeurs, c'est de montrer leur bobine à la télévision. 'Vu à la télé', ça permet de signer des gros contrats sur plein de domaines."
De fait, les sondages politiques ne rapportent que peu d’argent aux instituts (un sondage d’intention de vote se négocie aux alentours de 7 000 euros, quand les marchés avec les entreprises se chiffrent en dizaines, voire en centaines de milliers d’euros), ce que confirme Bruno Jeanbart, directeur général adjoint d’Opinion Way : "On peut accepter de travailler à prix coûtant voire légèrement à perte, parce que c'est intéressant économiquement. Le sondage politique représente 5% de l'activité des instituts, ce n'est pas décisif."
Sous couvert d’anonymat, un bon connaisseur du milieu affirme même que "certains instituts, les plus petits, offrent parfois gratuitement des sondages politiques à des médias. La contrepartie, c’est l’interview du directeur du département 'opinion' qui accompagne la publication de l’étude. C’est donc de la visibilité pour l’institut." Ces sondages "cadeau" sont-ils réalisés avec le même soin que les études payées à prix d’or par les entreprises ? On peut en douter.
10 - Des nouvelles méthodes… peu utilisées (agréger plusieurs sources de données : sondages "classiques", remontées des réseaux sociaux, études des "requêtes" sur web)
[…] Dans le cadre d’une action intentée contre Monsanto, la justice fédérale américaine a déclassifié, jeudi 16 mars, plus de 250 pages de correspondance interne de la firme agrochimique, montrant que cette dernière s’inquiétait sérieusement, dès 1999, du potentiel mutagène du glyphosate, principe actif de son produit phare, le Roundup […]
Or le 15 mars, à la veille de la publication de cette documentation confidentielle, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) annonçait qu’elle ne considérait le glyphosate ni comme cancérogène ni même mutagène – c’est-à-dire capable d’engendrer des mutations génétiques.
Pour Monsanto, l’affaire est cruciale : le Roundup est la pierre angulaire de son modèle économique, fondé sur la vente liée de ce pesticide et des cultures transgéniques capables de le tolérer.
[…]
Les précédentes archives déclassifiées dans le cadre de cette affaire ont notamment montré que Monsanto avait bénéficié de connivences au sein de l’Agence de protection de l’environnement (EPA), chargée aux Etats-Unis d’évaluer la sûreté du glyphosate (Le Monde daté du 17 mars).
Cette fois, les courriels mis au jour racontent une autre histoire. En 1999, les cadres de Monsanto souhaitent faire appel aux services d’une autorité scientifique incontestable pour plaider la cause du glyphosate auprès des régulateurs européens. Tout l’enjeu est de les convaincre que le produit n’est pas génotoxique.
https://www.marianne.net/societe/monsanto-s-inquietait-deja-de-la-toxicite-du-roundup-en-1999 :
Pour mener à bien ce projet, l’entreprise jette son dévolu sur James Parry, professeur à l’université de Swansea (Pays de Galles) et ponte de la génotoxicité. Manque de pot, celui-ci émet de sérieuses inquiétudes sur le glyphosate. Ses derniers mots ne sont d’ailleurs pas rassurants du tout : "Je conclus que le glyphosate est un clastogène potentiel in vitro". Par "clastogène", entendez "susceptible de provoquer des ruptures dans une molécule d’ADN" et d’y induire des aberrations chromosomiques. Le scientifique précise encore que le glyphosate pourrait induire un "stress oxidatif" sur les cellules, et recommande vivement de mener davantage de tests sur le glyphosate. Son rapport ne sera tout simplement jamais transmis aux autorités de régulation, ni rendu public.
Or, en mars 2015, c’est ce même "stress oxidatif" que le Centre international de recherche sur le cancer identifie et rend public. Monsanto s’empresse de qualifier son rapport de "science pourrie" dans un communiqué de presse.
Chez Monsanto, on s’étonne des conclusions de Parry. Le 31 août 1999, un cadre écrit qu’il est "déçu" et se demande même : "A-t-il déjà travaillé pour l’industrie sur ce genre de projet ?". Un mois plus tard, l’un des toxicologues de la firme écrit sans ambages à ses collègues :
"Parry n’est pas la personne qu’il nous faut et cela prendrait pas mal de temps, de dollars et d’études pour l’amener à l’être (…) Nous n’allons simplement pas conduire les études qu’il suggère". Et d’ajouter à propos de la génotoxicité possible du glyphosate : "Nous sommes actuellement très vulnérables".
Pour faire taire sa principale opposante, le président Rodrigo Duterte l’a fait jeter en prison sous l’accusation de complicité avec des trafiquants de drogue. La sénatrice Leila de Lima a révélé le rôle du président dans la création d’un escadron de la mort à ses ordres, puis a dénoncé la dérive sanglante de sa « guerre à la drogue » qui a déjà fait plus de sept mille morts, délinquants ou non, depuis juillet dernier.
[…]
[…] Leila de Lima, présidente de la commission de la justice du Sénat. Témoignages à l’appui, la sénatrice l’accusait d’avoir ordonné, lorsqu’il était maire de Davao, la liquidation d’un millier de personnes par un escadron de la mort à sa solde. Elle l’accusait aussi, comme Amnesty international et Human Rights Watch, d’avoir lancé dès son arrivée au pouvoir, le 30 juin 2016, une « guerre à la drogue » au nom de laquelle plus de sept mille Philippins des quartiers pauvres, délinquants ou non, ont été liquidés en quelques mois par des policiers ou des « vigiles ». Dans une impunité totale.
[…]
À peine élu, le nouveau président, transposant ses habitudes de Davao à la capitale et à l’ensemble du pays, encourage policiers, miliciens, vigiles et simples citoyens en colère à liquider les délinquants. En deux mois, plus de trois mille délinquants présumés – vrais ou faux dealers, enfants des rues, marginaux – sont éliminés sans enquête ni procès. Présidente de la commission de la justice et des droits de l’homme du Sénat, l’ancienne ministre de la justice condamne les incitations à l’assassinat venues de la présidence et rouvre le dossier de Davao.
[…]
Quelques jours après l’audition de Matobato, Leila de Lima est donc écartée de la présidence de la commission sénatoriale et remplacée par un sénateur docile. Duterte est-il sorti d’affaire ? Non. Car en plus des ONG spécialisées, plusieurs capitales étrangères observent désormais de près sa « guerre à la drogue », ou plutôt ce que cache cette campagne d’assassinats qui semble échapper à tout contrôle.
Constatant qu’en sept mois, 2 555 toxicomanes ou trafiquants présumés ont été tués par des policiers alors que 3 930 autres personnes sont mortes dans des conditions non élucidées, Amnesty International affirme que « les policiers se comportent comme les criminels des bas-fonds auxquels ils sont censés faire respecter la loi ». Procureure générale de la Cour pénale internationale, Fatou Bensouda se déclare « profondément préoccupée » par les rapports sur ces « exécutions extrajudiciaires » et fait observer que ces exécutions pourraient relever de la juridiction de sa Cour.
Duterte affecte alors de découvrir ces accusations et de partager l’indignation des ONG et de Fatou Bensouda, en admettant que « 40 % des policiers se livrent à des activités illégales ».« Vous les policiers, vous êtes les plus corrompus. Vous êtes corrompus jusqu’à la moelle. C’est dans votre sang », accuse-t-il, avant d’annoncer qu’il retire la police de la lutte antidrogue et la remplace par l’armée. Décision qu’il annulera un mois plus tard en prévenant les policiers qu’il sera impitoyable : « Si vous faites une erreur, vous mourrez. C’est certain. »
Le 20 février 2017, cinq mois après l’audition de Matobato au Sénat, le témoignage d’un autre membre de l’escadron de la mort de Davao accable Duterte. Ancien policier désormais à la retraite, Arthur Lascanas, que Matobato avait désigné comme son chef, mais qui avait jusqu’alors refusé de répondre à la Commission des droits de l’homme comme à la commission sénatoriale, accepte de parler.
Escorté de trois avocats, il énumère lors d’une conférence de presse une série d’assassinats commis à Davao sur l’ordre de Duterte, soit pour éliminer des opposants, soit pour combattre des délinquants présumés. Et révèle qu’il a lui-même abattu ses deux frères, impliqués dans le trafic de drogue « par loyauté aveugle envers Duterte ». « Qu’on les enterre ou qu’on les jette à la mer, on était toujours payés par le maire », confie-t-il. L’ancien policier-exécuteur raconte aussi avoir touché l’équivalent de 56 000 euros pour tuer en 2003 un journaliste de radio, Jun Pala, qui déplaisait au maire.
La riposte de Duterte arrive trois jours plus tard. Le 23 février, Leila de Lima annonce qu’un mandat d’arrêt a été émis à son encontre pour avoir orchestré, lorsqu’elle était ministre de la justice, un réseau de trafic de drogue destiné à financer ses activités politiques. Le lendemain, elle est arrêtée dans son bureau du Sénat et transférée sous bonne garde au Camp Crame, quartier général de la police.
Les accusations, selon les déclarations du ministre de la justice à la presse, seraient fondées sur les témoignages de plusieurs parrains du trafic de drogue, détenus à la prison de New Bilibid. Ils auraient admis avoir versé des dizaines de milliers de dollars à Leila de Lima en échange d’améliorations substantielles de leur sort en prison. Version jugée « honteuse » et « extravagante » par les familiers de la sénatrice et les organisations de défense des droits de l’homme. Surtout pour ceux qui ont en mémoire la campagne qu’elle avait conduite contre la corruption dans cette même prison et qui connaissent son mode de vie assez modeste. « Elle n’est même pas propriétaire de son appartement », constate un journaliste de ses amis.
[…] En arrêtant Leila de Lima, le président Duterte étend sa “guerre à la drogue“ des pauvres des villes vers le législatif. Ce n’est pas seulement le Congrès, mais les autres piliers de la démocratie philippine, depuis la presse jusqu’au pouvoir judiciaire, qui doivent aujourd’hui s’inquiéter. » Selon les journaux philippins critiques à l’égard de Duterte, le « dossier » destiné à détruire Leila de Lima a été échafaudé depuis des mois avec la complicité de plusieurs barons de la drogue actuellement détenus, à qui l’on a promis une réduction de peine ou la restauration de leurs anciens privilèges de « prisonniers VIP » en échange de « témoignages » accablants contre la sénatrice.
Le quotidien Inquirer a ainsi publié, au lendemain de l’arrestation de la sénatrice, le contenu d’un mémo confidentiel adressé le 9 décembre 2016 au directeur général des services pénitentiaires par le
conseiller juridique de cette administration. Le haut fonctionnaire y explique que des policiers et des agents des services pénitentiaires ont avoué avoir laissé entrer des téléphones, des téléviseurs, des climatiseurs, des ordinateurs dans la prison sur l’ordre du ministre de la justice Vitaliano Aguirre II en personne, en récompense des témoignages que les détenus avaient fournis à des enquêteurs du Congrès...
Merci Slash.
Au Luxembourg, on condamne bien les lanceurs d’alerte. Antoine Deltour, devenu le symbole des citoyens dénonçant des pratiques scandaleuses, a été condamné ce mercredi 15 mars par la cour d’appel à six mois de prison avec sursis et à 1 500 euros d’amende. Ancien employé du géant du conseil PriceWaterhouseCoopers (PwC) au Luxembourg, il est celui qui a permis de rendre publics quelque 28 000 documents décrivant près de 350 « rulings », ces accords fiscaux validés par l’administration, juste avant de démissionner de son poste en 2010.
[…]
L’action des trois hommes, tous Français, a donné naissance au retentissant scandale « LuxLeaks », qui a mis au jour les juteux avantages fiscaux accordés par le Luxembourg aux entreprises désireuses de
s’installer sur son territoire. Des centaines de documents accréditant aux yeux du monde ce dont certains se doutaient depuis des années : Apple, Amazon, Ikea, McDonald’s ou BNP-Paribas bénéficiaient d’accords exorbitants (les fameux « rulings ») avec les autorités luxembourgeoises, qui leur permettaient de payer un montant d’impôt ridicule sur leurs bénéfices.[…]
Mais dans les faits, le symbole est terrible : sans Antoine Deltour et Raphaël Halet, le scandale n’aurait jamais vu le jour. Et il est peu probable que la Commission européenne aurait condamné les
accords fiscaux passés entre Fiat et le Luxembourg, comme elle l’a fait en octobre 2015. Ou qu’elle se serait penchée sur ceux qui lient le pays à Amazon, McDonald’s et Engie, au cœur d’enquêtes en cours.La décision de première instance était déjà paradoxale : le juge y reconnaissait que les deux hommes sont bien des lanceurs d’alerte, au service de l’intérêt général, mais il considérait que « l’intérêt public » de leur action était « insuffisant pour ne pas sanctionner pénalement ».
D’abord, elle a bien pris en compte « la cause justificative du “lanceur d’alerte” » pour acquitter Antoine Deltour du chef de violation du secret professionnel. […] C’est la première fois en Europe qu’un juge national estime qu’un salarié peut violer le secret professionnel si l’intérêt général en vaut la peine. »
[…] En effet, même s’il a été reconnu comme lanceur d’alerte, cela n’a pas suffi à le protéger du qualificatif de vol et de fraude informatique. Pour résumer, selon la justice luxembourgeoise, être un lanceur d’alerte peut justifier d’outrepasser le secret professionnel, mais pas de se servir de documents internes, qui étaient pourtant, dans le cas de Deltour, accessibles sur un serveur informatique à tous les salariés...
La décision d’aller en cassation n’a pas encore été prise, mais le jeune homme entend bien continuer à mener « le combat pour la justice fiscale » dans les semaines et les mois à venir.
Par ailleurs, la cour n’a pas reconnu la qualité de lanceur d’alerte à Raphaël Halet, dont les motivations paraissent pourtant similaires à celles de son ex- collègue. La décision insiste sur le fait qu’il n’a pas transmis à Édouard Perrin de « rulings », mais des déclarations fiscales d’entreprises plus banales. Ces dernières permettent pourtant de documenter l’impact de ces accords fiscaux secrets. Peu importe pour la cour, qui estime que « la faible pertinence des documents » dévoilés par Halet a causé « un préjudice à son employeur, supérieur à l’intérêt général, par leur divulgation », alors même que « le débat public »avait déjà été lancé.
[…] Les deux hommes ont été acquittés de l’infraction de violation du secret des affaires, « dont les conditions légales ne sont pas réunies ».
Résumer :
Merci Slash.
Google a mis à jour son guide d'utilisation destiné aux « quality raters », une armada de plus de 10 000 personnes chargées de vérifier la pertinence des résultats du moteur de recherche. Elles peuvent désormais signaler des contenus « offensants », tels que le négationnisme et la désinformation, pour améliorer la pertinence de ses algorithmes.
[…]
L’entreprise américaine prend en guise d’illustration un article du site néo-nazi Stormfront sur l’Holocauste, identifié comme un contenu offensant car il établit « un lien direct entre la négation de l’Holocauste et l’antisémitisme ». En revanche, un article sur le même sujet mais en provenance de History Channel, une source plus fiable selon Google, est considéré à sa juste valeur : comme une page factuelle et historique.
[…]
Évidemment, si un internaute recherche volontairement ce genre de termes avec des mots-clé précis, il trouvera ce qu’il souhaite, notamment en tapant le nom du site qu’il a en tête.
Nous vivons une époque formidable : des gouvernements et des sociétés commerciales privées décident de ce qui est fiable ou non, de ce qui est une information ou non, de ce qui peut être lu ou non et se substituent au cerveau de chaque citoyen-ne au lieu de former le plus grand nombre à la manipulation de l'info (qui a toujours existé, plz quoi), asservissement quand tu nous tiens. C'est pour notre bien, j'imagine.
La loi relative à l’extension du délit d’entrave à l’interruption volontaire de grossesse a passé le cap du Conseil constitutionnel. Cependant, celui-ci a émis plusieurs réserves d’interprétation qui s’imposent dorénavant à tous.
[…]
Concrètement, le Conseil constitutionnel considère que « la seule diffusion d’informations à destination d’un public indéterminé (…) ne saurait être regardée comme constitutive de pressions, menaces ou actes d’intimidation au sens des dispositions contestées ». Cette infraction ne peut donc réprimer le seul fait de diffuser de telles informations. Elle ne trouvera à s’appliquer que vis-à-vis des « actes ayant pour but d’empêcher ou de tenter d’empêcher une ou plusieurs personnes déterminées de s’informer sur une interruption volontaire de grossesse ou d’y recourir ».
[…]
Deuxième réserve : lorsqu’il y aura intimidation, le délit d’entrave à l’IVG ne sera constitué qu’à une double condition : il devra d’une part y avoir sollicitation d’une information, non d’une simple opinion. D’autre part, que cette information « porte sur les conditions dans lesquelles une interruption volontaire de grossesse est pratiquée ou sur ses conséquences » et qu’une information soit effectivement donnée « par une personne détenant ou prétendant détenir une compétence en la matière ».
Avec ces deux réserves, les neuf Sages ont considérablement limité les hypothèses d'application de cette infraction […]
Vu sur le site web de l'Assemblée nationale ce matin :
L’Assemblée nationale a décidé de rendre publics les noms des collaborateurs parlementaires des députés.
La liste qui figurera désormais sur le site de l’Assemblée à la rubrique "Les députés" sera régulièrement actualisée.
Le Sénat mettait déjà sa liste à disposition, mais je n'avais pas encore vu l'Assemblée en faire de même. La déclaration CNIL correspondante est datée de fin février 2017. Mouais, il-elle-s sentent que le peuple ronchonne un peu plus que d'hab donc hop, il-elle-s font semblant de faire des concessions pour calmer le jeu. C'est juste une mesure d'affichage en vue des élections à venir. Ça ne leur a rien coûté de mettre ça en place.
VLAN hopping is a computer security exploit, a method of attacking networked resources on a virtual LAN (VLAN). The basic concept behind all VLAN hopping attacks is for an attacking host on a VLAN to gain access to traffic on other VLANs that would normally not be accessible. There are two primary methods of VLAN hopping: switch spoofing and double tagging. Both attack vectors can be easily mitigated with proper switch port configuration.
[…]
In a switch spoofing attack, an attacking host imitates a trunking switch by speaking the tagging and trunking protocols (e.g. Multiple VLAN Registration Protocol, IEEE 802.1Q, Dynamic Trunking Protocol) used in maintaining a VLAN. Traffic for multiple VLANs is then accessible to the attacking host.
Ensure that ports are not set to negotiate trunks automatically by disabling DTP:
Ensure that ports that are not meant to be trunks are explicitly configured as access portsIn a double tagging attack, an attacking host connected on a 802.1q interface prepends two VLAN tags to packets that it transmits. The packet (which corresponds to the VLAN that the attacker is really a member of) is forwarded without the first tag, because it is the native VLAN. The second (false) tag is then visible to the second switch that the packet encounters. This false VLAN tag indicates that the packet is destined for a target host on a second switch. The packet is then sent to the target host as though it originated on the target VLAN bypassing the network mechanisms that logically isolate VLANs from one another. However, this attack allows to send packets toward the second switch, but possible answers are not forwarded to the attacking host.
Double Tagging can be mitigated by either one of the following actions
Simply do not put any hosts on VLAN 1 (The default VLAN). i.e., assign an access VLAN other than VLAN 1 to every access port
Change the native VLAN on all trunk ports to an unused VLAN ID.
- Explicit tagging of the native VLAN on all trunk ports.
Un résolveur DNS ne connait au début, rien du contenu du DNS. Rien ? Pas tout à fait, il connait une liste des serveurs de noms faisant autorité pour la racine, car c'est par eux qu'il va commencer le processus de résolution de noms. Cette liste est typiquement en dur dans le code du serveur, ou bien dans un de ses fichiers de configuration. Mais peu d'administrateurs système la maintiennent à jour. Il est donc prudent, au démarrage du résolveur, de chercher une liste vraiment à jour, et c'est le priming (initialisation ?), opération que décrit ce RFC.
[…]
Ce fichier peut être téléchargé via l'IANA, il peut être spécifique au logiciel résolveur, ou bien fourni par le système d'exploitation (cas du paquetage dns-root-data chez Debian). Il contient la liste des serveurs de la racine et leurs adresses […]
Le priming, maintenant. Le principe du priming est, au démarrage, de faire une requête à un des serveurs listés dans la configuration et de garder sa réponse (certainement plus à jour que la configuration) […]
[…]
Cette requête de priming est envoyée lorsque le résolveur démarre, et aussi lorsque la réponse précédente a expiré (regardez le TTL dans l'exemple : six jours). Si le premier serveur testé ne répond pas, on essaie avec un autre. Ainsi, même si le fichier de configuration n'est pas parfaitement à jour (des vieilles adresses y trainent), le résolveur finira par avoir la liste correcte.
Et comment choisit-on le premier serveur qu'on interroge ? Notre RFC recommande un tirage au sort, pour éviter que toutes les requêtes de priming ne se concentrent sur un seul serveur (par exemple le premier de la liste). Une fois que le résolveur a démarré, il peut aussi se souvenir du serveur le plus rapide, et n'interroger que celui-ci, ce qui est fait par la plupart des résolveurs, pour les requêtes ordinaires (mais n'est pas conseillé pour le priming).
Et les réponses au priming ? Il faut bien noter que, pour le serveur racine, les requêtes priming sont des requêtes comme les autres, et ne font pas l'objet d'un traitement particulier. […]
Enfin, la section 5 de notre RFC traite des problèmes de sécurité du priming. Évidemment, si un attaquant injecte une fausse réponse aux requêtes de priming, il pourra détourner toutes les requêtes ultérieures vers des machines de son choix. À part le RFC 5452, la seule protection est DNSSEC : si le résolveur valide (et a donc la clé publique de la racine), il pourra détecter que les réponses sont mensongères. Cela a l'avantage de protéger également contre d'autres attaques, ne touchant pas au priming, comme les attaques sur le routage.
Notez que DNSSEC est recommandé pour valider les réponses ultérieures mais, comme on l'a vu, n'est pas important pour valider la réponse de priming elle-même, puisque root-servers.net n'est pas signé. Si un attaquant détournait, d'une manière ou d'une autre, vers un faux serveur racine, servant de fausses données, ce ne serait qu'une attaque par déni de service, puisque le résolveur validant pourrait détecter que les réponses sont fausses.
Ce que raconte Habermas quand il accorde de l'importance à l'apparition de l'intérieur bourgeois dans l'appartition des formes modernes de la démocratie, c'est que l'espace public apparaît parce que l'espace privé apparaît.
Avant, il n'y avait pas d'espace privé : le serf, il dort dans la grange, il est une chose, propriété du seigneur, il n'a pas d'intimité ou d'espace privé. Les ascendants vivent avec leurs descendants. Il n'y a pas une piaule par personne.
C'est l'intérieur bourgeois, le premier espace privé. Ce qui dans ta tête définit "chez toi", là où y'a tes affaires, etc. Et c'est dans cet espace privé, hors du public, que se tiennent les discussions politiques. On peut réfléchir le monde parce qu'on n'est pas dedans. Dans l'espace public, aucune pensée divergente, jamais. Et c'est ça qui crée les Lumières, l'idée de démocratie, etc.
Le fait de ne pas avoir de "chez toi" numérique, quand toutes tes données sont chez Google, quand ton ordinateur est loué, quand tu ne peux pas choisir tes logiciels, tu cesses d'être un citoyen / individu pensant et autonome. Tu es un serf. Donc, le libre choix du terminal pour accéder à Internet, le droit de pouvoir fournir des services, et donc d'héberger toi même tes contenus, c'est fondamental.
L'absence de vie privée est plus vicieuse que l'auto-censure : l'auto-censure, c'est le contrôle social personnel, c'est "je m'interdis de dire". L'absence de vie privée, c'est aussi "il m'est impossible de penser".
Intérieur bourgeois (espace privé) => on peut réfléchir et/ou discuter de la chose publique en dehors de la meute => on peut penser la politique moderne. Avant, il n'y avait besoin puisqu'il n'y avait pas d'espace privé, donc un effet de meute, donc l'absence d'idées divergentes donc pas besoin de débattre ni de choisir la règle commune parmi elles. Mon avis : mouais, il fallait déjà harmoniser les relations entre les familles, seigneuries, etc.
Habermas reformulé par Benjamin et Quota sur un chan IRC.
Du transfert de fichiers en RDP ?
Avec rdesktop : rdesktop -r sound:local -r disk:share=<dossier_local_à_partager>
Avec remmina : connexion -> nouveau -> renseigner nom, login, mdp -> dossier partage -> onglet avancé -> son = local -> save -> se connecter
if (! class_exists('Wizin_Util')) {
[…]
The way I fixed this problem
Delete the white space between ! and class_exists
PHP 5.3 + APC + un thème WordPress (dans mon cas) = fail.
Ça c'est bigrement intéressant : une société privée qui :
Tous les salarié-e-s du privé en CDD / CDI / partiel / interim, saisonniers, intermittents du spectacle sont éligibles. Ça marche aussi pour les moins de 30 ans qui cherchent un emploi, qui sont en stage, en formation, qui sont étudiants (CDD passé ou futur ou stage ou boursier).
Pas de magie derrière : les employeurs de plus de 20 salariés sont tenus de participer au logement des salarié-e-s soit en construisant / rénovant des biens loués aux salarié-e-s, soit en accordant des prêts à taux réduit à ses salarié-e-s pour la construction (résidence principale, ascendance ou descendance) soit en versant de la thune à un organisme agréé comme Action Logement.
I have a hard time keeping track of which contacts use which chat systems.
I'm one of the few Instagram users who connects solely through the Unix 'talk' gateway.
Gros +1. Et encore, il manque Jabber, IRC, SMSSecure, Silence, etc. :D
Ainsi donc, jeudi soir, les yeux dans les yeux, Benoît Hamon nous a tranquillement annoncé que de revenu universel, il n'en était plus vraiment question. Ce serait avec conditions de ressources ou cela ne serait pas. […]
Ah ce que la politique peut-être laide lorsqu'elle se pare ainsi des atours de la volte-face et de la traîtrise. Ce qu'elle est désolante quand elle en vient à se compromettre dans des gesticulations électoralistes. Ce qu'elle est mesquine quand elle se dédit de la sorte et prend le contre-pied de ce qu'elle préconisait tantôt.
[…]
Et voilà que quelques semaines après son sacre, Benoît Hamon atteint de Pénélopite aigüe vient de détricoter pour la énième fois sa mesure phare, celle autour de laquelle s'articulait tout son projet de société: le revenu universel ne sera en rien universel, il consistera juste en un revenu d'appoint accordé selon l'âge et la condition de la personne. C'est-à-dire peu ou prou ce que proposait son adversaire de l'entre-deux tours...
C'était bien la peine d'organiser des débats si aussitôt les primaires passées, on en vient à adopter avec une parfaite hypocrisie le point de vue de son opposant!
À quoi bon s'ennuyer à voter pour tel ou tel candidat si sitôt élu, ce dernier s'empresse de renoncer à ce qui était au cœur même de sa réflexion? Nous ne sommes pas des marionnettes ou des variables d'ajustement, nous ne sommes pas des nombres sans visage, nous méritons mieux, bien mieux que ces stratégies d'appareil où pour espérer gagner quelques suffrages venus du camp d'à-côté ou d'en face, on se saborde sans aucun respect de la parole donnée.
Ce n'est plus de la politique, c'est de la tambouille politicienne de bas-étage peut-être digne d'un congrès, mais sûrement pas d'une élection présidentielle, c'est de la mélasse inconsistante qui rabaisse ceux qui nous la servent et abîment encore un peu plus la démocratie.
Et c'est surtout un immense foutage de gueule.
LALA. What did u expect ? C'était prévisible car jamais un⋅e politicien⋅ne n'aidera l'émancipation de qui que ce soit comme ça, par magie, tak tak. Si l'on veut un revenu de base, il faudra aller le chercher, lutter durement, comme pour le reste.
Via https://twitter.com/monachollet/status/840508541685370880 via https://twitter.com/bayartb
Internet is Coming
Un talk en deux parties.
Quelques corrections et remarques (déjà transmises à l'auteur) :
Partie 1 :
Sur l'aspect physique d'Internet, voir aussi :
ARCEP :
Partie 2 :
ATTENTION : ça traîne depuis janvier 2017 dans mes onglets ouverts.
Ce contexte a clairement fait apparaître la séparation des classes: avant que le brouillard n’amène à fermer les aéroports, seuls ceux qui avaient les moyens de s’acheter un billet d’avion ont pu quitter les villes. Afin d’exonérer les autorités, les législateurs pékinois sont allés jusqu’à envisager de classer le smog au nombre des catastrophes météorologiques, comme s’il s’agissait d’un phénomène naturel, et non d’une conséquence de la pollution industrielle. Une nouvelle catégorie est ainsi venue s’ajouter à la longue liste des réfugiés fuyant les guerres, les sécheresses, les tsunamis, les tremblements de terre et les crises économiques: les réfugiés du smog.
L’airpocalypse n’a cependant pas tardé à faire l’objet d’une normalisation. Les autorités chinoises, bien obligées de prendre acte de la situation, ont appliqué des mesures permettant aux citoyens de poursuivre leur train-train quotidien. Elles leur ont recommandé de rester calfeutré chez eux et de ne sortir qu’en cas de nécessité, munis d’un masque à gaz. La fermeture des écoles a fait la joie des enfants. Une escapade à la campagne est devenue un luxe et Pékin a vu prospérer les agences de voyage spécialisées dans ces petites excursions. L’essentiel étant de ne pas s’affoler, de faire comme si de rien n’était.
[…]
Souvenez-vous du siège de Sarajevo au début des années 1990: qu’une ville européenne «normale» de quelques 500.000 habitants se trouve encerclée, affamée, bombardée et terrorisée par des snipers pendant trois ans aurait semblé inimaginable avant 1992. Dans un premier temps, les habitants de Sarajevo ont cru que cette situation ne durerait pas. Ils comptaient envoyer leurs enfants en lieu sûr pendant une ou deux semaines, jusqu’à ce que les choses s’apaisent. Pourtant, très vite, l’état de siège s’est normalisé.
En juillet 2008, un reportage de CNN, «The Greening of Greenland» («Le Groenland se met au vert»), vantait les possibilités ouvertes par la fonte des glaces: quelle aubaine, les habitants du Groenland vont désormais cultiver leur potager! Ce reportage était indécent en ce qu’il applaudissait les bénéfices marginaux d’une catastrophe mondiale, mais surtout parce qu’il associait la «verdure» du Groenland, conséquence du réchauffement climatique, à une prise de conscience écologique. Dans «La Stratégie du choc», Naomi Klein montrait comment le capitalisme mondial exploite les catastrophes (guerres, crises politiques, catastrophes naturelles) pour faire table rase des vieilles contraintes sociales et imposer son propre agenda. Loin de discréditer le capitalisme, la menace écologique ne fera peut-être que le promouvoir davantage.
[…]
L’écologie est aujourd’hui un champ de bataille idéologique majeur où se déploie toute une série de stratégies pour escamoter les véritables implications de la menace écologique:
1) l’ignorance pure et simple : c’est un phénomène marginal, qui ne mérite pas que nous nous en préoccupions, la vie (du capital) suit son cours, la nature se chargera d’elle-même;
2) la science et la technologie peuvent nous sauver;
3) le marché résoudra les problèmes (par la taxation des pollueurs, etc.);
4) insistance sur la responsabilité individuelle au lieu de vastes mesures systémiques: chacun doit faire ce qu’il peut, recycler, réduire sa consommation, etc.;
5) le pire est sans doute l’appel à un retour à l’équilibre naturel, à un mode de vie plus modeste et plus traditionnel par lequel nous renonçons à l’hybris humaine et redevenons des enfants respectueux de notre Mère Nature.
Le discours écologique dominant nous interpelle comme si nous étions a priori coupables, en dette envers notre mère Nature, sous la pression constante d’un surmoi écologique: «Qu’as-tu fait aujourd’hui pour dame Nature? As-tu bien jeté tes vieux papiers dans le container de recyclage prévu à cet effet? Et les bouteilles en verre, les cannettes? As-tu pris ta voiture alors que tu aurais pu circuler à vélo ou emprunter les transports en commun? As-tu branché la climatisation au lieu d’ouvrir les fenêtres?»
Les enjeux idéologiques d’une telle individualisation sont évidents: tout occupé à faire mon examen de conscience personnel, j’en oublie de me poser des questions bien plus pertinentes sur notre civilisation industrielle dans son ensemble. Cette entreprise de culpabilisation trouve d’ailleurs une échappatoire facile: recycler, manger bio, utiliser des sources d’énergie renouvelables, etc. En toute bonne conscience, nous pouvons continuer notre petit bonhomme de chemin.
[…]
Alors même que nous devenons assez puissants pour affecter les conditions élémentaires de notre existence, il nous faut reconnaître que nous ne sommes qu’une espèce parmi d’autres sur une petite planète. Cette prise de conscience appelle une nouvelle manière de nous inscrire dans notre environnement : non plus comme un travailleur héroïque qui exprime son potentiel créatif en exploitant ses ressources inépuisables, mais comme un modeste agent qui collabore avec ce qui l’entoure et négocie en permanence un degré acceptable de sécurité et de stabilité
[…]
Jusqu’à présent, chaque culture disciplinait ses propres membres et leur garantissait la paix civile par le biais du pouvoir étatique. Mais les relations entre différentes cultures et États restaient constamment menacées par une guerre potentielle, la paix n’était qu’un armistice temporaire. Hegel a montré que l’éthique d’un État culminait dans cet acte d’héroïsme suprême, la volonté de sacrifier sa vie pour la nation. En d’autres termes, la barbarie des relations interétatiques sert de fondement à la vie éthique au sein même d’un État. La Corée du Nord, lancée dans la course aux armements nucléaires, illustre bien cette logique de souveraineté inconditionnelle de l’État-nation.
Via Slash.
Le 28/02/2017, France 2 a diffusé une nouvelle émission, Cash Impact, dont l'objet est d'enquêter, de faire un bilan et de relater ce qui se passe après des enquêtes journalistiques. Ce premier numéro était consacré aux Panama Papers.
Quelques notes :