Mettre une information sur un ordinateur, c'est accepter que cette information puisse nous échapper. On peut limiter la casse, rien de plus.
On trouve dans ce Guide d'autodéfense numérique des éléments de compréhension de l’outil informatique et de ses failles, des éléments de réflexion permettant d’élaborer et de mettre en place des « politiques de sécurité » et des outils permettant à quiconque d’apprendre et de répandre des pratiques de protection appropriées à chaque situation.
Pour en finir avec les illusions et les demi-solutions, apprenons et diffusons des pratiques d’autodéfense numérique !
It's unsettling to realize how quickly digital resources can disappear without ongoing work to maintain them.
I spent a long time thinking about how to design a system for long-term organization and storage of subject-specific informational resources without needing ongoing work from the experts who created them, only to realized I'd just reinvented libraries.
Tellement vrai. :')
Ce n'est pas la fête, dans les campagnes. Non seulement les paysans sont en voie de disparition, mais jamais ils n'ont gagné aussi peu d'oseille. Plus de la moitié d'entre eux se contentent de 354 euros par mois. Il existe pourtant une solution pour mettre du beurre dans les épinards : diminuer la quantité de pesticides et d'engrais azotés !
Depuis 2007, le Centre d'études biologiques de Chizé, dans le département des Deux-Sèvres, a enrôlé 450 agriculteurs pour mener une expérience de plein champ, unique en son genre. Après cinq ans d'expérimentation sur 45 00 hectares de céréales, la première récolte de résultats a montré qu'en diminuant de 30 à 50 % les quantités d'herbicides et d'engrais, on déplorait, certes, une baisse des rendements de 3 à 5 %, mais que celle-ci était largement compensée par l’allègement de la facture des emplettes en produits chimiques. En divisant par deux la quantité d’herbicides et d'engrais azotês épandus, le céréalier voit son revenu augmenter iusqu'à 200 euros par hectare de blé planté ! Le gain optimal pour le porte-monnaie se situe à 120 kilos d’azote l’hectare, alors qu'en moyenne les agriculteurs français en déversent allègrement 180 kilos.
Tout aussi étonnant, les chercheurs se sont rendu compte qu’en y allant mollo sur les herbicides on n’impacte pas le rendement. En fait, semer du blé revient à faire place nette. Ne supportant pas que d'autres plantes lui marchent sur les racines, il élimine tout seul 80 % des mauvaises herbes. Les pesticides n’éradiquent que les 20 % restants, dont la présence ne perturbe aucunement la pousse du blé.
Pour quoi ces réjouissantes trouvailles de nos chercheurs ne sont pas au menu des Etats généraux de l'alimentation ? Parce qu’elles ne font ni les affaires de l'industrie phytosanitaire ni celles des grandes coopératives agricoles qui font la pluie et le beau temps chez nous. Un monstre coopératif comme Terrena, 5 milliards de chiffre d'affaires à la pesée, se fait du blé en vendant lui-même les pesticides à ses 29 000 agriculteurs adhérents.
A long terme, l'usage immodéré du pulvérisateur pourrait s'avérer catastrophique pour le portefeuille paysan. Dès que vous diminuez le nombre d'insectes butineurs dans un champ, vous effondrez le rendement. Il est temps de pulvériser les idées reçues !
Dans le Canard enchaîné du 25 octobre 2017.
Interrogatoire, réquisitoire, plaidoirie, délibéré, jugement… et, hop ! en trente-six minutes tout compris - c’est une moyenne - l’affaire est emballée. Ça se passe tous les jours, samedi inclus, au tribunal de Paris, dans les deux chambres correctionnelles (la 23-1 et la 23-2), où sont expédiés les prévenus jugés en comparution immédiate.
Ce minutage précis est l’œuvre de professionnels présents sur place. Paris, qui se pose souvent en modèle, n’a donc rien à envier à des juridictions comme Toulouse et Lyon, où le chronomètrage avait été effectué par des associations. Résultat : une moyenne de vingt minutes, mais sans le délibéré. Pas mieux, pas pire non plus.
De l’abattage, dit-on souvent de cette justice. « Les comparutions immédiates, on n’y voit que des pauvres, venant de quartiers défavorisés, et on les juge en quinze minutes ! Ils mériteraient quand même plus d’attention… » a regretté, le 20 octobre, un magistrat habitué de ces audiences, lors du colloque parisien de l’association Lapac (pour « La Parole est à l’accusé »).
A Paris, pourtant, la hiérarchie judiciaire se vante volontiers d’avoir réussi a circonscrire le nombre de prévenus défilant aux « flags ». La norme est de ne pas dépasser 18 personnes. Les magistrats siègent, en moyenne, entre huit et dix heures d’affilée, à partir de 13 h 30, mais tous commencent à examiner les dossiers vers 10 ou 11 heures, « soit plus de douze heures sans nous arrêter », se plaint l’un d’eux.
Il faut imaginer leur état quand l’audience s’achève et que, yeux rougis, bâillements étouffés, ils s’emmèlent parfois les jugements, confondant les noms ou les personnes.
Et voilà comment, chaque année en France, on traite environ 46 000 affaires aux flags. Une procédure responsable de plus de la moitié des entrées en prison…
L’avocat Henri Leclerc, qui y plaidait souvent, fustigeait jadis ce système dans « Le Monde » : « Quelques minutes pour chaque affaire (...). Le prévenu est un objet. De lui, on ne sait rien, sinon un casier (…). Il y a là une dimension de dérision grotesque et tragique qui nous saisit de honte. » Et c’était il y a… quarante ans. Aujourd’hui, affirme-t-il, « pas une virgule, pas un mot à changer… » C’est pourquoi, depuis le 6 juin 2001, une circulaire signée Marylise Lebranchu, alors garde des Sceaux de Lionel Jospin, impose de ne pas dépasser six heures d‘audience.
Elle n’a, bien sûr, jamais été respectée…
Dans le Canard enchaîné du 25 octobre 2017.
Suite de http://shaarli.guiguishow.info/?1fxNQw
Héroïque France ! Après sa condamnation par la Cour de justice de l’Union européenne, en juin, pour usage abusif du fichage ADN, elle n’a pas hésité, le 11 octobre, à rédiger une circulaire censée remédier au problème. L’affaire concernait un agriculteur, syndicaliste, condamné en 2008 à 2 mois de prison avec sursis pour un innocent coup de parapluie asséné à un gendarme lors d’une manif. En garde à vue, le plaisantin avait refusé le prélèvement ADN. Il a écopé de 500 euros d’amende.
La cour d’appel puis la Cour de cassation lui ayant donné tort, il s’est tourné vers la Cour européenne. Et, là, petit hic. Car la France, pendant quarante ans — une durée quasi « indéfinie », critique la Cour européenne —, conserve l’ADN dans son énorme Fnaeg, le fichier national automatisé des empreintes génétiques, qui recense 3,5 millions d’entre nous et ne cesse d’enfler. Seules les personnes mises hors de cause ont la possibilité d’en être effacées, pas les condamnés. Qu’ils aient volé trois bonbons ou braqué une banque ne change rien.
Voilà pourquoi la dernière circulaire annule l’avant-dernière, qui préconisait de poursuivre « systématiquement » tous les réfractaires au prélèvement ADN. Désormais, les procureurs devront procéder « au cas par cas », « au regard de la gravité de l’infraction ». Oui, mais… la circulaire dit aussi que « l’objectif d’une alimentation régulière de ce fichier ne devra jamais être perdu de vue », car cela garantit son « efficacité opérationnelle ». Autant dire que tout va continuer comme avant.
Alors, à dans dix ans devant la Cour européenne !
Nan mais tu vois, les droits de l'Homme c'est nous, la France, qui en sommes à l'origine, alors c'pas les bouseux⋅euses de l'UE qui vont nous faire la leçon, on connaît mieux le sujet qu'eux⋅elles, quoi, non mais alors, pour qui il⋅elle⋅s se prennent ! … … … La France est coutumière de cette attitude chauvine et nombriliste à deux sous…
Dans le Canard enchaîné du 25 octobre 2017.
Non, ce ne sont pas des patrons voyous ! Mais des patrons responsables, soucieux des intérêts de leur entreprise. D’ailleurs, s’ils ont saboté l’usine qu’ils avaient dans les Vosges, c’est tout à fait légalement.
En 1978, ces finlandais avaient racheté l’usine à papier de Docelles. Ils l’ont mise à l’arrêt, en 2014. Pas assez rentable. Cent soixante salariés dehors. Restait à vendre les machines. Tout en s’arrangeant pour qu’elles ne soient pas rachetées par des concurrents qui leur auraient taillé des croupières. « Les uns après les autres, raconte “Le Monde” (21/10) , les lourds cylindres de métal utilisés pour transformer la pâte à papier ont été systématiquement percés. Il y en avait plusieurs di- zaines. » Et l’un d’eux était neuf, encore dans sa boîte, d’une valeur de 700 000 euros. Le commissaire-priseur a fait ses calculs : « Neuve, une machine à papier allemande comme cela vaudrait 100 millions d’euros. Mais, dans son état actuel, elle partira sans doute à 1 ou 2 millions seulement. » Un beau gâchis ? Mais non, puisque les patrons finlandais ont fait ça, par contrat, pour ménager leurs intérêts…
D’autres patrons aussi ont ménagé leurs intérêts. Mais en dehors des clous, ceux-là. En 2004, deux affairistes américains rachètent pour 1 euro symbolique les ateliers Thomé-Génot, une usine métalurgique située à Nouzonville, dans les Ardennes. Deux ans plus tard, liquidation judiciaire. Les patrons ont siphonné la trésorerie. Trois ans plus tard, ils écopent de 5 ans de prison et 15 millions d’euros d’amende pour « banqueroute par détournement et abus de biens sociaux ».
Mais, comme entre-temps ils étaient rentrés aux Etats-Unis et que le magistrat chargé de l’instruction leur avait envoyé un courrier à Nouzonville au lieu de Los Angeles, ils affirment n’avoir jamais été informés de l’enquête pénale. Ils ont attaqué l’Etat en justice et ont obtenu du tribunal de Paris 10 000 euros chacun en réparation de leur préjudice.
Et, là aussi, c’est tout ce qu’il y a de plus légal !
Et après, nos élu⋅e⋅s et le MEDEF t'expliquent qu'il n'est pas nécessaire de prendre des mesures contre ce genre d'ordures. Et après, on vient t'expliquer qu'il faut protéger la planète en consommant intelligemment et en pratiquant le tri sélectif… pendant que d'autres pratiquent à la chaîne ce genre de massacres. Pfff, comme si ça pouvait rééquilibrer la balance… Une pointe de bonnes pratiques dans un océan de mauvaises pratiques impunies. :(
Dans le Canard enchaîné du 25 octobre 2017.
Macron l’a redit sur TF1 : désormais, les chômeurs qui refusent sans motif légitime deux « offres raisonnables d’emploi » seront sanctionnés. Le problème, c’est que ces sanctions sont déjà prévues par la loi, et ça fait un bail : depuis 2008 !
Pour être exact, il s'agit d'offres raisonnables d'emplois qui correspondent au Projet Personnalisé d'Accès à l'Emploi (PPAE) défini avec les conseillier⋅e⋅s popole (combien de kilomètres êtes-vous prêt⋅e à parcourir chaque jour ? Disposez-vous d'une voiture ? Temps plein ou temps partiel ? Quel métier précis voulez-vous exercer ? etc.). Ce dernier pouvant être (rendu) flou, bon courage aux conseiller⋅e⋅s popole pour démontrer que l'offre refusée y correspond et qu'une radiation est donc justifiée. :)
En théorie, celui qui refuse est radié. Il ne touche plus un sou. Il ne peut se réinscrire à Pôle emploi qu’au bout de deux mois. Point.
Mais, comme le notent les « Echos » (20/10), pourtant pas spécialement mélenchonistes, cette mesure est rarement appliquée et quasiment inapplicable. Car le marché du travail est beaucoup moins statique qu’on ne l’imagine. Comme le remarque « un bon connaisseur du dossier », près de 70 % des 6,4 millions d’embauches au deuxième trimestre de cette année ont concerné des CDD de moins de un mois. Ce qui veut dire que l’écrasante majorité des chômeurs accepte tout ce qu’on lui propose, même le plus furtif ou le plus précaire des boulots ! L’idée du « fainéant » qui refuse les boulots à la chaîne n’est donc qu’un fantasme…
Jupiter ferait bien d’atterrir.
Dans le Canard enchaîné du 25 octobre 2017.
Comme « Le Canard » l’indiquait il y a déjà trois semaines, le chef de l’Etat entend bien s’attaquer au calendrier des élections municipales ainsi qu’au scrutin des européennes, et ce dès le printemps prochain.
Pour les élections européennes de 2019, il veut revenir au scrutin proportionnel par listes nationales, qui était en vigueur jusqu’en 1999. Cela aidera la future liste LRM—MoDern, dans une élection qui « nous est très favorable », remarque une ministre centriste.
Quant aux élections municipales, en principe prévues pour 2020, l’Elysée a acté l’idée de les repousser d’un an, histoire de les regrouper avec les élections départementales et régionales de 2021. Et, accessoirement, de laisser un an de plus aux candidats d'En marche ! pour s’implanter localement
A part quoi Macron ne fait pas de politique à l’ancienne…
Quelle idée géniale d'éviter la diversité des opinions politiques au sein du millefeuille administratif ! :( Tou⋅te⋅s bien en rang derrière le chef, rien qui dépasse, efficacité avant tout ! :(
Dans le Canard enchaîné du 25 octobre 2017.
almaryø: Aujourd'hui j'ai eu un entretien de 10 min qui pourrait s'avérer concluant, je dois attendre quelques semaines qu'ils m'appelent pour confirmer.
almaryø: Cet entretien a eu lieu après une réunion de deux heures il y a 3 semaines
almaryø: Qui s'est suivi d'une demi journée de test MRS à pole-emploi. Ces tests "pratiques" de "mise en situation" ont avant tout pour but de voir notre capacité d'asservissement à des regles stupides tout en gardant le sourire.
almaryø: Donc voila, 3 étapes de sélections pour pouvoir occuper potentiellement un emploi dans 2 MOIS, quand la boite ouvre son magasin..
almaryø: Cette societé donc.. La nasa? Le kgb? La fonction publique? Un poste de commercial ou un boulot avec des responsabilités quelconques? Non c'est Burger King qui cherche des "équipiers polyvalent".
almaryø: Donc pour résumer, 1 mois de recrutement, 2 mois d'attente, Plus de 5H de tests divers.. POUR ETRE UN PUTAIN D'ESCLAVE A 600 BOULES PAR MOIS.
almaryø: Et il faut sourire..
Chronique des temps modernes.
L'affaire Harvey Weinstein n’est ni la première ni, sans doute et malheureusement, la dernière du genre. Mais, à mesurer l’ampleur du flot de paroles qu’elle ne finit pas de susciter, elle est indéniablement celle de trop. A tout le moins celle du trop-plein.
Après deux, puis trois, puis dix et près de trente récits non anonymes d’actrices, de mannequins, de collaboratrices révélant avoir été victimes de beauferie bestiale et de chantage sexuel de la part du sur-puissant et désormais déchu producteur hollywoodien dont dépendaient leur carrière ou leur succès, c’est un déferlement. Des milliers d’autres récits d’autres victimes de drague lourdingue, de harcèlement, de pressions, d’agressions de la part d'autres hommes abusant de leur pouvoir pour abuser d’elles ont envahi les réseaux sociaux. Aux Etats-Unis, bien sûr, pays dont le délicat président Trump - même si Harvey Weinstein a beaucoup financé ses concurrents démocrates — s'est, quant à lui, grassement vanté de la facilité, quand on est riche et connu, d’ « attraper les femmes par la chatte », et est également accusé par plusieurs d’entre elles. Mais aussi dans le monde entier, et chez nous, au pays de DSK en particulier, avec le hashtag #balancetonporc ! C’est du brutal !
Et du plus violent que le #metoo (« moi aussi »), lancé dans le même esprit « name and shame » (« nommer et faire honte ») par l’actrice Alyssa Milano, aux Etats-Unis. Ici comme ailleurs, il convient évidemment d’écouter les mots de ces femmes qui, hier ou dans des délais prescrits, ont eu à subir l’intolérable violence de ce harcèlement, ces chantages, ces attouchements, voire ces viols, dont elles n’avaient jusque-là rien dit ou osé dire. Il convient de saluer leur courage d’en parler et de mesurer la difficulté de le faire.
Et, après cela, finasser sur la brutalité des mots « porc » et « balance » peut sembler aussi déplacé que de s’indigner d’une main sur la figure méritée après une main au cul non souhaitée. Mais, si le choix des mots de ce hashtag vengeur dérange, ce n’est pas parce que la violence de son intitulé n’est rien par rapport à celle qui a été subie et qu’il entend mettre à mal. Si #balancetonporc met mal à l’aise, ce n’est pas par ce qu’il dénonce, c’est par la façon dont il le fait. Traiter les hommes de « porcs » quels qu’ils soient et quoi qu’ils aient fait, c’est régler des comptes en usant d’une violence contre une autre. Et, inviter à « balancer », avec tous les risques de dérives et de dérapages que l’on sait, ce n’est pas dénoncer à la justice, c'est, dans une logique de vengeance justicière, livrer des hommes à la vindicte populacière. Les femmes victimes de ces actes insupportables, et pas seulement celles des milieux où s’exerce le pouvoir, méritent mieux que d’être des « balances ». Et, même si les réseaux sociaux ont un rôle à jouer dans la prise de parole et de conscience, ces femmes ont droit à une autre justice que celle, expédifive et arbitraire, des vengeurs de Twitter ou des Zorro anonymes de la Toile, qui ne s’embarrassent pas de preuves.
La culpabilité d’un harceleur, d’un agresseur sexuel, d’un violeur ne se décrète pas sur Twitter. Elle relève d’une démarche judiciaire. Les lois en ce sens existent et ne manquent pas. Elles peuvent sans doute être améliorées, et la difficulté pour les victimes d’apporter des preuves, comme celle d’en parler, ne facilite pas, bien sûr, leur application. Mais, dans une démocratie, ce n’est en rien une raison de vouloir se venger des « porcs » par une « justice » de cochon.
Cet édito du Canard enchaîné du 18 octobre 2017 me pose problème en cela qu'il est corporatiste, dans le déni de la réalité et qu'il rejoue une énième fois la mise en lumière excessive de la violence des victimes dans le but de ne retenir que celle-ci pour discréditer l'action. Bref, c'est un plaidoyer implicite en faveur d'un monde qui ne change pas.
Commençons par les faits : selon le documentaire « Harcèlement sexuel, le fléau silencieux » diffusé sur France 5 (mon avis) : 95 % des plaintes pour harcèlement sexuel sont classées sans suite (un chiffre similaire, 93 %, est avancé par Alliance, le syndicat des flics (!), pour les violences sexuelles en général). C'est-à-dire que le Parquet estime qu'il n'est pas utile d'enquêter ni de saisir le tribunal pour l'ouverture d'un procès. Un classement sans suite peut signifier que le délai de prescription est écoulé, que le Parquet estime qu'il n'y a pas assez d'éléments dans le dossier, que la justice est débordée donc merci de ne pas la déranger ou que… Bref, c'est vague.
Pour moi, le vrai problème est là : comment ce taux s'explique-t-il ? L'absence de preuve est une excuse bien pratique. Sauf que le documentaire de France 5 illustre que des plaintes avec des enregistrements sonores ont été classées sans suite (alors que les juges ont jusque-là reconnu l'exploitabilité d'écoutes privées dans l'affaire Bettencourt, par exemple). De plus, quand les journalistes de ce documentaire s'informent sur ces cas précis auprès du Parquet, pouf, les dossiers sont rouverts ! Magie ! Alors quoi ? Manque de moyens de la Justice donc les Parquets ne traitent que ce qu'ils estiment être important ? Manque de formation des procureur⋅e⋅s leur permettant de détecter les dossiers solides ? Manque de parité dans les postes clés des Parquets (point 4 de la page 32) entraînant une justice de la caste des hommes ? D'autres pistes ?
Oui, il est toujours possible de déposer une plainte avec constitution de partie civile afin de saisir directement le tribunal. Encore faut-il connaître cette procédure et/ou avoir des sous pour l'avocat⋅e…
La Justice qui s'égare parfois, le Canard enchaîné la connaît bien. D'ailleurs, sous cet édito se trouve un article questionnant le classement sans suite de l'affaire Ferrand / Mutuelles de Bretagne. Dans le numéro précédent (11 octobre), il y a un article qui s'indigne des propos glaciaux et peu courtois qu'une juge aurait réservés, en audience, à un journaliste du Canard et à son avocat dans une action en diffamation intentée par Marcel Campion.
Voici donc la solution que le Canard propose aux femmes : utiliser la presse, le fameux 4e pouvoir, pour contre-balancer une justice en dérive ! Évidemment, tous les journaux sérieux auront le temps d'enquêter et d'éventuellement médiatiser toutes les affaires de « drague lourdingue, de harcèlement, de pressions [et] d’agressions ». Évidemment, les journalistes sont plus habilité⋅e⋅s que le⋅a citoyen⋅ne moyen⋅ne pour « décréter » « la culpabilité d’un harceleur, d’un agresseur sexuel, d’un violeur » et bien plus encore. Au moins, la presse « [s’embarrasse] de preuves », elle ! Quel corporatisme… Nous ne sommes plus au 20e siècle, la presse n'a plus le monopole de la diffusion d'une information de qualité ni celui du formatage de l'opinion ni même celui de l’expression écrite. Et c’est tant mieux.
Un autre problème de fond, c'est que la justice traite au cas par cas (et c'est très bien ainsi). Or, ici, nous avons besoin d'une prise de conscience de la société dans son ensemble, car le problème est global. Comment espérer l'émergence d'une telle prise de conscience, la seule à même d'endiguer cette deuxième bonne excuse qu'est le « Not all men » - vu le nombre de témoignages, certains devraient réfléchir avant d'exprimer ceci - dans un système judiciaire plutôt opaque (les minutes - décisions - des tribunaux sont publiques, mais difficiles à se procurer et pas toutes pérennes, par exemple) ? Les femmes doivent-elles patiemment attendre que les médias, en perte d'audience donc de pouvoir, s'intéressent à leur condition ? Quand les voies sont bouchées, do it yourself.
Au final, le Canard enchaîné retiendra uniquement la violence des opprimées (voir aussi), gag classique pour éviter de réfléchir au fond du sujet posé et moyen d'affirmer que l'on est une personne dominante dans la société actuelle et que tout va bien pour nous. L'empathie, oui, mais la remise en cause, non, faut pas charrier ! Quelles gourdes, ces femmes, elles auraient dû utiliser la procédure (inefficace) habituelle pour se défendre et se faire entendre, un peu comme un⋅e lanceur⋅euse d'alerte doit d'abord passer par sa hiérarchie avant de faire fuiter l'info ! Ainsi, elles n'auraient pas blessé ces pauvres choux d'hommes, tous innocents, qui trouvent trop « brutal » de se voir (temporairement, c'est ça, le pire !) assimilés à des porcs. Le vrai drame, c'est que des animaux sont comparés à des pratiques humaines détestables.
Mais, que les femmes se rassurent, car « il convient évidemment d’écouter [leurs] mots »… et de les laisser immédiatement sortir par l'autre oreille ? Les pauvres femmes sont tellement trop sensibles - ça doit être les hormones ou les gènes - qu'il convient de les écouter, car elles « méritent mieux » que de se donner en spectacle. Ben voyons…
Accessoirement, il faudrait sortir du schéma bien français dans lequel la dénonciation est toujours implicitement assimilée à la collaboration de Vichy (« les risques de dérives et de dérapages que l’on sait »). Oui, une justice réellement indépendante avec les moyens de son ambition est l'idéal à poursuivre sans cesse. Oui, il y aura de faux témoignages. Oui, il y aura des abus. Comme toujours. Le numérique n'a rien inventé, mais c'est toujours bon de sortir cet argument à un lectorat vieillissant. En attendant, le mouvement #balancetonporc me semble plutôt positif dans l'ensemble… à condition qu'il ne retombe pas aussi vite qu'il est devenu populaire. De plus, il est bon de rappeler que tout le monde n'a pas 400 000 suiveur⋅euses⋅s sur Twitter ni que Google ne classe pas premier des résultats tout écrit pour toujours. Ça aide à relativiser la portée de la « vindicte populacière » : agglomérat de voix dissonantes n'est pas lynchage public, l'effet d'amplification se perdant en chemin.
En bon ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb ne manque jamais de rendre hommage aux forces de l’ordre quand elles « neutralisent » un terroriste ou autre malfaisant dans le feu de l’action. L’embêtant, c’est que, selon une note de l’Inspection générale de la police nationale évoquée par « Le Monde » (14/10), on constate « des tirs accidentels plus nombreux » et « une hausse du recours aux armes à feu » de la part des flics. On a compté 192 tirs au premier semestre 2017, soit 39 % de plus qu’en 2016.
Quand ça défouraille à tout-va, il y a forcément plus de risques.
Dans le Canard enchaîné du 18 octobre 2017.
Ce n’est pas Yanis Varoufakis, l’ex-tonitruant ministre des Finances grec, qui s’écrit, dans le bouquin qu’il vient de publier, « Conversation entre adultes ». C’est la Banque centrale européenne qui le reconnaît (« Les Echos », 11/10). « La crise grecque a rapporté près de 3 milliards à la BCE », résume le journal, qui précise : « L’institution gardienne de l’euro vient de dévoiler les bénéfices réalisés, depuis 2012, dans le cadre des rachats de dette grecque. »
Les Grecs devraient être fiers que leur dette rapporte.
Dans le Canard enchaîné du 18 octobre 2017.
Armée de l'air et éolienne sont sur un bateau. Qui tombera à l'eau ?
Quand un général de l’armée de l’air regarde une carte de France, il ne voit pas la même chose que le commun des mortels. Il voit des Zones de Vols Tactiques (VOLTAC) pour les hélicoptères de combat, des Secteurs d’Entraînement à Très Basse Altitude (SETBA), un Réseau Très Basse Altitude (RTBA), et aussi des Zones interdites, des Zones dangereuses, des Zones réglementées, des Zones réglementées temporaires, des Zones de ségrégation temporaire, des Zones transfrontières…
Du coup, tout ce qui pointe son nez dans ces Zones est plutôt mal vu. Ainsi les éoliennes, qui ont le toupet de culminer à 180 mètres. Non seulement elles constituent un obstacle pour tout ce qui vole à basse altitude, mais leurs pales ont la particularité de faire disparaître pendant quelques secondes la trace radar d’un objet volant, ce qui perturbe les contrôleurs du ciel militaire.
Dans un ouvrage écrit avec Gilles Luneau, « Le vent nous portera », Jean-Yves Grandidier, patron du groupe éolien Valorem, dénonce la haine grandissante de l’armée envers les éoliennes. En 2013, écrivent-ils, les contraintes des radars militaires et des centrales nucléaires les interdisaient sur 12,3 % du territoire métropolitain. Lequel pourcentage est monté à 50,25% l’an dernier. Et, « selon les informations en notre possession, l’évolution voulue par l’armée va geler 86% du territoire métropolitain ».
L’armée considère en effet que l’équipement français en éoliennes a atteint son « niveau de saturation », et, allant dans ce sens, le secrétaire d’Etat Sébastien Lecornu vient d’affirmer au « Monde » (14/10) qu’il faut désormais « travailler à des logiques de compensation ». Ainsi, « les terrains du ministère des Armées peuvent peut-être permettre d’installer des panneaux photovoltaïques pour aboutir à un accord gagnant-gagnant ».
Est-on sûr que trop de panneaux solaires ne vont pas aveugler nos chevaliers du ciel ?
Dans le Canard enchaîné du 18 octobre 2017.
Un dessin publié dans le numéro du 18 octobre 2017 du Canard enchaîné.
Le samedi 28 octobre 2017, de 14h à 18h, au Shadok, les associations ARN, HackStub et Seeraiwer organisent une série d'ateliers dédiés à la reprise en main de nos activités en ligne et de nos données numériques :
- Paramétrage du navigateur web (Firefox, Chrome, etc.) afin de limiter les traces émises à notre insu ;
- Découverte de services numériques éthiques remplaçants des géants (Microsoft, Google, Twitter, etc.) peu respectueux des droits et des libertés ;
- Installation d'un système d'exploitation éthique sur votre ordinateur (GNU/Linux) ou votre smartphone (LineageOS) ;
- Initiation à la Brique Internet, une solution clé en main pour créer votre cloud ou héberger facilement vous-même votre site web ou vos mails et plein d'autres usages.
Ces ateliers sont gratuits et tout public, y compris les personnes débutantes.
Le Canard enchaîné profite de la sortie de la 8e loi de moralisation de la vie politique (mon avis) en 45 ans pour tirer un dossier qui revient sur des magouilles politiciennes.
Tout y passe : les emplois fictifs et familiaux aux parlements français et européens (FN, MoDem, LR, etc.), les conflits d'intérêt (parlementaires conseillers), les fraudeurs (Cahuzac, Thévenoud, le couple Balkany), les financements irréguliers de partis politiques (LR-Sarko-Estrosi, FN, les magouilles durant 18 ans à la Mairie de Paris (emplois fictifs, HLM et parc locatif octroyés aux copains pour pas cher, tambouille électorale du RPR dans certains arrondissements, piston, etc.), le train de vie particulier de nos élu⋅e⋅s (logements de fonction splendides, transports, frais de bouche, frais de coiffure / maquillage, frais divers comme des cigares, vie de château mal acquise, etc.), l'argent public utilisé pour s'enrichir personnellement ou les copains (IRFM, réserve parlementaire, etc.) et le manque de moyens / d'ambition des institutions de contrôle (HATVP, CCNFP, BNLCCF, etc.)…
Tout cela est à vomir… Mais, un des articles du Canard se veut optimistes : il est clair qu'il y a eu plus d'affaires sous les 5 Républiques françaises que sous la monarchie. Mais cela n'est-il pas dû au fait que ce qui était toléré ou passé sous silence du temps de la monarchie ne l'est plus et que l'équilibre, certes bancal, des pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire, presse) permet de poursuivre et / ou de dénoncer plus de magouilles ?
D'un autre côté, Olivier Saby, énarque et magistrat à Montreuil nous dit :
Nous vivons dans une société de gruge. Dès qu'on peut gratter à droite, à gauche, on le fait. Nos élites sont le miroir de cet état d'esprit.
Même si la première partie du dossier est tout à la gloire du Canard qui a contribué à révéler toutes ces affaires, ce dossier fait naître chez moi quelques réflexions intéressantes (sur la nécessaire transparence des comptes des partis politiques et sur le salarriat des assistant⋅e⋅s parlementaires) que je publie ci-dessous.
Quelques notes :
Je suis radicalement opposé à l'école (que ce soit celles de l'éduc' nat' ou celles sous contrat ou celles hors contrat) depuis ma scolarité. À la fin de la version papier du guide d'autodéfense numérique, dans la section « du même éditeur », ce livre de Catherine Baker était référencé. Je m'étais dis que ça serait cool de lire ce que d'autres ont écrit afin de formaliser et affûter mes arguments anti-école.
Entre temps, j'ai lu le livre-recueil de quelques écrits d'Aaron Swartz (mes notes) dont certains ont l'école comme sujet. Ce dernier se concentre sur les faits historiques pour illustrer que l'école a été conçue, au moins aux États-Unis, comme un moyen de contrôle social au service du patronat. Il effleure aussi la psychologie pour expliquer l'échec de l'école à instruire depuis 2 siècles ainsi que la volonté implicite de domination de celle-ci.
Dans ce livre, l'auteure étudie le sujet sous les angles de la philosophie, de la morale et de la psychologie. Elle nous y parle de l'école comme lieu de maintien du Système, comme d'un empêchement de l'enfant de réfléchir au monde qui l'entoure et de se construire (ce qui en fera un⋅e citoyen⋅ne passif⋅ve). Tout comme Aaron, elle expose la violence de l'école (domination, humiliation, etc.). Elle réfute les arguments pro-école classiquee "l’école n’est plus comme ça de nos jours !" et "il n'y a pas d'uniformisation puisque il y a la liberté de l'enseignant⋅e". Au final, l'auteur⋅e explique que l'enfant est un adulte à part entière et qu'il ne faudrait pas le considérer comme un être diminué, donc il faut lui reconnaître sa capacité de réflexion, sa liberté totale, sa possibilité de travailler et de baiser, etc. ainsi que de participer aux choix qui construisent son environnement. Ce livre et les écrits d'Aaron sont complémentaires.
Ce qui manque à ce livre, c'est un contrepoint : ni l'école, ni l'instruction en famille ne sont parfaites, mais l'auteure s'acharne uniquement sur la première. Dans certains chapitres, l'auteure semble réfuter implicitement l'autorité (parfois sous la forme de manipulation pour tromper l’enfant dans ses choix afin de le conduire à faire ce que l'on veut) et la reproduction sociale qui sévit dans certaines (toutes ?) familles. L’auteure n’écrit pas un mot sur le fait que tout le monde n'a pas le temps d'instruire son enfant. De même, tout le monde ne sait pas instruire sans forcer ni vivre en groupe (famille) sans imposer à l'autre. Je n'ose pas croire que la vie des instruit⋅e⋅s en famille est aussi idyllique que celle décrite par l'auteure ("je ne t'ai jamais rien ordonné, on a toujours discuté, sauf une fois où je ne voulais pas que tu achètes des boucles d'oreille", "tu décides librement de tout, d'ailleurs tu vas te coucher bien après moi depuis tes 4 ans").
Le style littéraire (l'auteure s'adresse à sa fille à travers ce livre) rend certaines pages vraiment pénibles à lire, mais on les repère vite (début/fin de chapitre, par exemple), donc on peut les ignorer. En effet, l'auteure en fait parfois des tonnes sur les dommages que provoquerait l'école sur les enfants et sur les (ir)responsabilités qu'on lui prêtera concernant la non-scolarisation de sa fille. Mais, d'un côté, je comprends cette forte externalisation des sentiments… Après tout, je suis celui qui a écrit, dans un courrier à des élu⋅e⋅s, que « l'école de la République [est] une machine à échecs qui broie des âmes. » et qui assume ces propos. Mais je comprends qu’ils puissent faire peur en apparaissant « too much ».
Je recommande vivement la lecture de ce livre.
Quelques notes :
Partout, on enseigne de gré ou de force « pour le bien de l'humanité ». Partout, tu trouveras sous toutes les latitudes, les mêmes règles scolaires : on te fait entrer dans le troupeau des gens nés la même année que toi, on t'oblige à écouter quelqu'un, ce quelqu'un que tu n'as pas choisi et qui ne t'a pas choisie est payé pour te mettre, quels qu'en soient les moyens, certaines choses dans le crâne, lesquelles choses sont choisies par les États qui, en fin de course, sélectionnent par les diplômes la place qu'ils t'assignent dans leur société. Ton espace est aussi clôturé que ton temps : tu ne peux participer d'aucune manière à la vie de ceux qui ne sont pas en âge d'être scolairement conscrits.
Libérale ou non, l'école postule l'inachèvement de la jeunesse. Elle doit avoir une action « maturante ». Bien sûr, me dit-on, que les fruits de toute façon mûriront, mais ils seront plus beaux si on a mis de l'engrais aux arbres ! Peut-être, mais vos fruits n'ont plus de goût.
Il faut garder la jeunesse du vrai savoir (alors on lui donne du savoir « placebo » pour canaliser ses curiosités) afin qu'elle ne rivalise avec ses aînés que sur des sujets sans grand intérêt.
L'individualisation de chaque être ne mène pas à une solitude pire. Au contraire, seul l'être humain dégagé de son animalité sociale (de sa bêtise organisée) donne une chance à chacun de vivre dans un monde où peuvent enfin s'aimer des individus délivrés des mécanismes.
Je me posais beaucoup de questions sur le mouvement social espagnol des Indignés et sur Podemos, le parti politique engendré par ce mouvement. J'ai déniché ce livre alors que je flânais dans une librairie…
Après lecture, je suis toujours aussi mitigé sur Podemos…
D'un côté, il fait de la politique autrement (populisme de gauche, outils numériques, cercles locaux de réflexion, style vestimentaire populaire au parlement, etc.), il a fait exploser le bipartisme gauche socialiste + droite libérale historique, il a rendu vivante la démocratie participative pendant quelques temps, etc.
De l'autre, il n'y a rien de neuf dans la formation du mouvement : les fondateurs mouillent dans le milieu intellectuel aisé (coucou, les bobos), les discussions sur les places et les outils collaboratifs ont été utilisés avant Les Indignés, le mouvement s'est très vite compromis pour devenir un parti "classique" (vertical, éloigné de sa base, le mode représentatif remplaçant le mode participatif et les cercles locaux devenant vite des antennes locales du parti, etc.) dans l'optique de remporter les élections (adieu, l'encapacitation citoyenne initiale, adieu élections basées sur des idées, bonjour élections basées sur le charisme et la popularité, etc.).
Tout ça, tous ces renoncements pour finalement reconduire les partis politiques historiques (PP et PSOE) dans leurs fonctions et se payer une présence locale par-ci, par-là… Le FN fait tout pareil en France… Je crois de plus en plus au plafond de verre qui empêche toute formation politique qui ne fait pas partie du bipartisme, sorte "d’ordre naturel des choses", d'arriver au pouvoir au niveau national. Pour le confirmer, il faut attendre les prochaines élections et vérifier que Podemos s’inscrit durablement dans le paysage politique espagnol.
Pour résumer : je salue l’immense travail abattu par Podemos, mais je reste déçu : fallait-il vraiment se compromettre, renoncer au participatif pur et à l’encapacitation citoyenne comme premier objectif pour parvenir à ce stade ? Était-il vraiment plus important de tenter de gagner les élections que d’encapaciter les citoyen⋅ne⋅s ? Ce faisant, n'a-t-il pas perdu son utilité (encapaciter les citoyen⋅ne⋅s) ? Une démarche puriste n'était-elle pas envisageable pour parvenir au même point ?
J'aime beaucoup ce livre, car il ne se contente pas de présenter les Indignés / Podemos, mais il présente aussi le contexte politique et social qui a permis l'émergence et la croissance de Podemos. Il décrit Podemos comme un grain de sable dans un ensemble plus vaste. Il reste relativement honnête sur les apports et les résultats de Podemos.
J'en recommande vivement la lecture.
Quelques notes :
Contexte international qui fait naître les Indignés / Podemos : la crise grecque et l'évidence que l'Espagne sera la suivante, le référendum constitutionnel islandais, le Printemps arabe, les crises portugaise et chilienne ;
Contexte national (liste non ordonnée) :
Suite aux mouvements sociaux découlant des événements listés aux points précédents, ces mêmes intellectuels décident de tenter de convertir l'indignation générale en changement politique lors des élections européennes de 2014. C'est la naissance de Podemos. Ce parti répond à un appel d'air, à un besoin : les cercles locaux se sont créés dès la publication du manifeste et avant l'officialisation du parti (sauf dans les régions dans lesquelles d'autres projets de gauche forte existaient antérieurement, comme en Galice). ;
Fonctionnement de Podemos :
Limites de Podemos :
Pour décrédibiliser Podemos durant les campagnes électorales, les vieux partis joueront la partition habituelle : assimiler Podemos à la dictature de Maduro (à cause des activités du numéro 3 de Podemos, lire ci-dessus), flinguer, au niveau de l'UE (le PP, parti au pouvoir est, à ce titre membre du Conseil de l'UE ;) ) les initiatives de refinancement de la dette grecque initié par SYRIZA afin de dénoncer le manque de sérieux politique d’un projet politique identique en Espagne, assimilation à l'ETA quand Podemos dénonce simplement les conditions d'enfermement loin de leur famille des membres d'ETA… ;
Stratégie et résultats électoraux :
Alors que je cherche toujours à approfondir ma compréhension des droits de l'Homme (origine, contexte, signification, justifications philosophiques, etc.), je suis tombé sur l'accroche de ce livre qui se propose d'illustrer la déclaration des droits de l'Homme (celle de l'ONU, en 1948) avec des dessins et des sélections de textes.
Les dessins présents dans le livre sont plutôt réussis : ils transmettent de l'émotion et/ou se montrent critiques sur l'application effective de tel ou tel droit ou liberté. L'absence d'explication de fond des articles de la Déclaration est un manque patent. Les textes d'illustration permettent de se forger une opinion, mais ils manquent de diversité : les corpus proposés pour un article de la Déclaration vont souvent dans le même sens et des auteurs reviennent très très très souvent. D’autres textes sont plutôt méconnus donc il est intéressant de les trouver ici.
Bref, c'est un livre que l'on peut lire, mais sans plus.
Quelques notes :
Nous prenons conscience d'abord de la liberté ou de son contraire dans notre commerce avec d'autres, non dans le commerce avec nous-mêmes. Avant de devenir un attribut de la pensée ou une qualité de la volonté, la liberté a été comprise comme le statut de l'homme libre, qui lui permettrait de se déplacer, de sortir de son foyer, d'aller dans le monde et de rencontrer d'autres gens en actes et en paroles. Il est clair que cette liberté était précédée par la libération : pour être libre, l'homme doit s'être libéré des nécessités de la vie. Mais le statut d'homme libre ne découlait pas automatiquement de l'acte de libération. Être libre exigeait, outre la simple libération, la compagnie d'autres hommes, dont la situation était la même, et demandait un espace public commun où les rencontrer — un homme politiquement organisé, en d'autres termes, où chacun des hommes libres pût s'insérer par la parole et par l'action.
L'égalité naturelle ou morale est donc fondée sur la constitution de la nature humaine commune à tous les hommes, qui naissent, croissent, subsistent et meurent de la même manière [ NDLR : malgré des différences biologiques ]. […] je connais trop la nécessité des conditions différentes, des grades, des honneurs, des distinctions, des prérogatives, des subordinations, qui doivent régner dans tous les gouvernements ; et j’ajoute même que l’égalité naturelle ou morale n’y est point opposée. Dans l’état de nature, les hommes naissent bien dans l’égalité, mais ils n’y sauraient rester ; la société la leur fait perdre, et ils ne redeviennent égaux que par les lois.
Le droit et la loi, telles sont les deux forces ; de leur accord naît l’ordre, de leur antagonisme naissent les catastrophes. Le droit parle et commande du sommet des vérités, la loi réplique du fond des réalités ; le droit se meut dans le juste, la loi se meut dans le possible ; le droit est divin, la loi est terrestre. Ainsi, la liberté, c’est le droit ; la société, c’est la loi. De là deux tribunes ; l’une où sont les hommes de l’idée, l’autre où sont les hommes du fait ; l’une qui est l’absolu, l’autre qui est le relatif. De ces deux tribunes, la première est nécessaire, la seconde est utile. De l’une à l’autre il y a la fluctuation des consciences. L’harmonie n’est pas faite encore entre ces deux puissances, l’une immuable, l’autre variable, l’une sereine, l’autre passionnée. La loi découle du droit, mais comme le fleuve découle de la source, acceptant toutes les torsions et toutes les impuretés des rives. Souvent la pratique contredit la règle, souvent le corollaire trahit le principe, souvent l’effet désobéit à la cause ; telle est la fatale condition humaine. Le droit et la loi contestent sans cesse ; et de leur débat, fréquemment orageux, sortent, tantôt les ténèbres, tantôt la lumière. […] La persistance du droit contre l’obstination de la loi ; toute l’agitation sociale vient de là.
Que les droits de l'homme ne délivrent pas l'homme de la religion, mais lui offrent la liberté religieuse ; qu'ils ne le délivrent pas de la propriété, mais lui offre la libre propriété ; qu'ils ne le délivrent pas du sordide gagne-pain, mais lui accordent au contraire la liberté de la profession.
Ils éprouvaient ainsi la souffrance profonde de tous les prisonniers et de tous les exilés, qui est de vivre avec une mémoire qui ne sert à rien. Ce passé même auquel ils réfléchissaient sans cesse n'avait que le goût du regret.
Diriger les subordonnés avec simplicité, gouverner le peuple avec générosité. La punition n'atteint pas les descendants, les récompenses s'étendent aux héritiers. Pardonner les erreurs, quelle que soit leur gravité ; punir les crimes intentionnels, quelque légers qu'ils soient. Traiter comme légers les crimes dont la gravité est douteuse et comme grands les mérites dont l'importance n'est pas évidente. Il vaut mieux négliger une irrégularité que de tuer un innocent.
Quel est donc le droit, si ce n’est celui de la force, qui peut donner à un juge le pouvoir de faire subir un châtiment à un citoyen, alors qu’on est encore dans le doute quant à sa culpabilité ou à son innocence ? Le dilemme n'est pas nouveau : ou le délit est certain, ou il ne l'est pas ; s'il est certain, il ne faut pas lui appliquer d'autre peine que celle qu'ont fixée les lois, et la torture est inutile, puisque l'aveu du coupable n'est plus nécessaire ; s'il est incertain, on ne doit pas torturer un innocent, puisque tel est, selon la loi, un homme dont les délits ne sont pas prouvés.
Tant il est vrai qu'on est persuadé que les voyages forment le jugement et perfectionnent l'homme, qu'on prétend être comme ces plantes qui ne peuvent porter de bons fruits qu'après avoir été transplantées.
Certains pensent qu'ils font un voyage, en fait, c'est le voyage qui vous fait ou vous défait.
Il élargit la vision du monde et la connaissance des hommes, ; il dissipe les brouillards des conformismes et des particularismes étouffants ; il préserve d'une suffisance patriotique qui n'est en vérité que médiocre contentement de soi-même.
C'est la propriété acquise par le travail, ou par droit de premier occupant, qui fit sentir le premier besoin des lois. Deux hommes qui semèrent chacun un champ, ou qui entourèrent un terrain d'un fossé, et qui se dirent réciproquement : Ne touche pas à mes graines ou à mes fruits et je ne toucherai pas aux tiens, furent les premiers législateurs.
Celui qui se nourrit des glands qu'il a ramassés sous un chêne, ou des pommes qu'il a cueillies aux arbres d'un bois, se les est certainement appropriés. Personne ne peut nier que ces aliments soient à lui. Je demande donc : Quand est-ce que ces choses commencent à être à lui ? Lorsqu'il les a digérées, ou lorsqu'il les a mangées, ou lorsqu'il les a fait bouillir, ou lorsqu'il les a rapportées chez lui, ou lorsqu'il les a ramassées ? Il est clair que si le fait, qui vient le premier, de les avoir cueillies ne les a pas rendues siennes, rien d'autre ne le pourrait. Ce travail a établi une distinction entre ces choses et ce qui est commun; il leur a ajouté quelque chose de plus que ce que la nature, la mère commune de tous, y a mis ; et, par là, ils sont devenus sa propriété privée. Quelqu'un dira-t-il qu'il n'avait aucun droit sur ces glands et sur ces pommes qu'il s'est appropriés de la sorte, parce qu'il n'avait pas le consentement de toute l'humanité pour les faire siens ? Était-ce un vol, de prendre ainsi pour soi ce qui appartenait à tous en commun ? Si un consentement de ce genre avait été nécessaire, les hommes seraient morts de faim en dépit de l'abondance des choses [...]. Nous voyons que sur les terres communes, qui le demeurent par convention, c'est le fait de prendre une partie de ce qui est commun et de l'arracher à l'état où la laisse la nature qui est au commencement de la propriété, sans laquelle ces terres communes ne servent à rien. Et le fait qu'on se saisisse de ceci ou de cela ne dépend pas du consentement explicite de tous. Ainsi, l'herbe que mon cheval a mangée, la tourbe qu'a coupée mon serviteur et le minerai que j'ai déterré, dans tous les lieux où j'y ai un droit en commun avec d'autres, deviennent ma propriété, sans que soit nécessaire la cession ou le consentement de qui que ce soit. Le travail, qui était le mien, d'arracher ces choses de l'état de possessions communes où elles étaient, y a fixé ma propriété.
Les croyances dogmatiques sont plus ou moins nombreuses, suivant les temps. Elles naissent de différentes manières et peuvent changer de forme et d’objet ; mais on ne saurait faire qu’il n’y ait pas de croyances dogmatiques, c’est-à-dire d’opinions que les hommes reçoivent de confiance et sans les discuter. Si chacun entreprenait lui-même de former toutes ses opinions et de poursuivre isolément la vérité dans des chemins frayés par lui seul, il n’est pas probable qu’un grand nombre d’hommes dût jamais se réunir dans aucune croyance commune. Or, il est facile de voir qu’il n’y a pas de société qui puisse prospérer sans croyances semblables, ou plutôt il n’y en a point qui subsistent ainsi ; car, sans idées communes, il n’y a pas d’action commune, et, sans action commune, il existe encore des hommes, mais non un corps social. Pour qu’il y ait société, et, à plus forte raison, pour que cette société prospère, il faut donc que tous les esprits des citoyens soient toujours rassemblés et tenus ensemble par quelques idées principales ; et cela ne saurait être, à moins que chacun d’eux ne vienne quelquefois puiser ses opinions à une même source et ne consente à recevoir un certain nombre de croyances toutes faites. Si je considère maintenant l’homme à part, je trouve que les croyances dogmatiques ne lui sont pas moins indispensables pour vivre seul que pour agir en commun avec ses semblables.
Rappelons-le : dans l'acception du dictionnaire, on est intolérant quand on combat des idées contraires aux siennes par la force, et par des pressions, au lieu de se borner à des arguments. La tolérance n'est point l'indifférence, elle n'est point de s'abstenir d'exprimer sa pensée pour éviter de contredire autrui, elle est le scrupule moral qui se refuse à l'usage de toute autre arme que l'expression de la pensée.
Si tous les hommes moins un partageaient la même opinion, et si un seul d’entre eux était de l’opinion contraire, la totalité des hommes ne serait pas plus justifiée à imposer le silence à cette personne, qu’elle-même ne serait justifiée à imposer le silence à l’humanité si elle en avait le pouvoir. Si une opinion n’était qu’une possession personnelle, sans valeur pour d’autres que son possesseur, et si le fait d’être gêné dans la jouissance de cette opinion constituait simplement un dommage privé, il y aurait une certaine différence, suivant que le dommage serait infligé seulement à peu ou beaucoup de personnes. Mais le mal particulier qui consiste à réduire une opinion au silence revient à voler le genre humain : aussi bien la postérité que la génération présente, et ceux qui divergent de cette opinion encore plus que ces détenteurs. Si l’opinion est juste, ils sont privés de l’opportunité d’échanger l’erreur contre la vérité ; si elle est fausse, ils perdent un avantage presque aussi grand : celui de la perception plus claire et de l’impression plus vive de la vérité, que produit sa confrontation avec l’erreur.
Voilà à quoi se réduisent ces soi-disant libertés politiques. Liberté de la presse et de réunion, inviolabilité du domicile et de tout le reste, ne sont respectées que si le peuple n'en fait pas usage contre les classes privilégiées. Mais, le jour où il commence à s'en servir pour saper les privilèges - ces soi-disant libertés sont jetées par-dessus bord.
La sécurité sociale est la garantie donnée à chacun qu’en toutes circonstances il disposera des moyens nécessaires pour assurer sa subsistance et celle de sa famille dans des conditions décentes. Trouvant sa justification dans un souci élémentaire de justice sociale, elle répond à la préoccupation de débarrasser les travailleurs de l’incertitude du lendemain, de cette incertitude constante qui crée chez eux un sentiment d’infériorité et qui est la base réelle et profonde de la distinction des classes entre les possédants sûrs d’eux-mêmes et de leur avenir et les travailleurs sur qui pèse, à tout moment, la menace de la misère.
Il existe donc une cause nécessaire d’inégalité, de dépendance et même de misère, qui menace sans cesse la classe la plus nombreuse et la plus active de nos sociétés. Nous montrerons qu’on peut la détruire en grande partie, en opposant le hasard à lui-même ; en assurant à celui qui atteint la vieillesse un secours produit par ses épargnes, mais augmenté de celles des individus qui, en faisant le même sacrifice, meurent avant le moment d’avoir besoin d’en recueillir le fruit. […] C’est à l’application du calcul aux probabilités de la vie et aux placements d’argent que l’on doit l’idée de ces moyens, déjà employés avec succès, sans jamais l’avoir été cependant avec cette étendue, avec cette variété de formes qui les rendraient vraiment utiles, non pas seulement à quelques individus, mais à la masse entière de la société qu'ils délivreraient de cette ruine périodique d’un grand nombre de familles, source toujours renaissante de corruption et de misère.
Il faut rappeler avec fermeté que la protection sociale n'est pas seulement l'octroi de secours en faveur des plus démunis pour leur éviter une déchéance totale. Au sens le plus fort du mot, elle est pour tous la condition de base pour qu'ils puissent continuer d'appartenir à une « société de semblables ».
L’erreur principale de l’époque fut de persister à croire que, si les travailleurs étaient livrés à eux-mêmes, ils feraient preuve de suffisamment d’imagination pour s’assurer individuellement ou par l’intermédiaire de dispositions collectives volontaires. L’erreur aurait dû être évidente. Les travailleurs étaient tellement absorbés à survivre au jour le jour qu’ils avaient à peine le temps de considérer les éventualités lointaines. Subvenir aux dépenses du jour avait la priorité sur épargner pour demain. Ils n’avaient pas non plus d’argent disponible en cas de maladie ou de chômage.
Le repos, la détente, l'évasion, la distraction sont peut-être des « besoins » : mais ils ne définissent pas en eux-mêmes l'exigence propre du loisir, qui est la consommation du temps. Le temps libre, c'est peut-être toute l'activité ludique dont on le remplit, mais c'est d'abord la liberté de perdre son temps, de le « tuer » éventuellement, de le dépenser en pure perte. (C'est pourquoi dire que le loisir est « aliéné » parce qu'il n'est que le temps nécessaire à la reconstitution de la force de travail - est insuffisant. L'« aliénation » du loisir est plus profonde : elle ne tient pas à sa subordination directe au temps de travail, elle est liée à l'impossibilité même de perdre son temps. La véritable valeur d’usage du temps, celle qu’essaie désespérément de restituer le loisir, c’est d’être perdu. Les vacances sont cette quête d’un temps qu’on puisse perdre au sens plein du terme, sans que cette perte n’entre à son tour dans un processus de calcul, sans que ce temps ne soit (en même temps) de quelque façon « gagné ». Dans notre système de production et de forces productives, on ne peut que gagner son temps : cette fatalité pèse sur le loisir comme sur le travail. On ne peut que « faire valoir » son temps, fût-ce en en faisant un usage spectaculairement vide. Le temps libre des vacances reste la propriété privée du vacancier, un objet, un bien gagné par lui à la sueur de l’année, possédé par lui, dont il jouit comme de ses autres objets – et dont il ne saurait se dessaisir pour le donner, le sacrifier (comme on fait de l’objet dans le cadeau), pour le rendre à une disponibilité totale, à l’absence de temps qui serait la véritable liberté.
C'est l'humanité qui caractérise notre espèce : elle n'est en nous qu'une virtualité native et doit être proprement cultivée. Nous ne l'apportons pas toute faite en venant au monde : elle doit devenir le but de nos efforts terrestres, la somme de nos activités, notre valeur […]. Même ce qu'il y a de divin dans l’espèce résulte de la culture de l'humanité en nous […]. Cette culture est une œuvre à poursuivre sans fin ni cesse, ou bien nous sombrons, grands et petits, dans la bestialité et la brutalité primitives.
Le déracinement est de loin la plus dangereuse maladie des sociétés humaine, car il se multiplie lui-même. Des êtres vraiment déracinés n’ont guère que deux comportements possibles : ou ils tombent dans une inertie de l’âme presque équivalente à la mort, comme la plupart des esclaves au temps de l’Empire romain, ou ils se jettent dans une activité tendant toujours à déraciner, souvent par les méthodes les plus violentes, ceux qui ne le sont pas encore ou ne le sont qu’en partie. Les Romains étaient une poignée de fugitifs qui se sont agglomérés artificiellement en une cité ; et ils ont privé les populations méditerranéennes de leur vie propre, de leur patrie, de leur tradition, de leur passé, à un degré tel que la postérité les a pris, sur leur propre parole, pour les fondateurs de la civilisation sur ces territoires. Les Hébreux étaient des esclaves évadés, et ils ont exterminé ou réduit en servitude toutes les populations de Palestine. Les Allemands, au moment où Hitler s’est emparé d’eux, étaient vraiment, comme il le répétait sans cesse, une nation de prolétaires, c’est-à-dire de déracinés ; l’humiliation de 1918, l’inflation, l’industrialisation à outrance et surtout l’extrême gravité de la crise de chômage avaient porté chez eux la maladie morale au degré d’acuité qui entraîne l’irresponsabilité.