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  • Demande d'aide / question cuisine : comment ne pas abîmer ses poêles ?

    Mon problème : je cuisine (pour le dire vite) depuis septembre 2019 et j'ai endommagé 4-5 poêles sur la période. Par endommager, je veux dire ça (attention, photos). (J'ai pris soin que la compression jpeg n'alterne pas la vérité.)

    Historique :

    • Septembre 2019 - octobre 2020 (mais fichue dès avril-mai 2020) : poêle anti-adhésive. N'est pas sur la photo, mais son état final ressemblait à celui de la poêle numéro 3 ;

    • Octobre 2020 - avril 2022 : poêle en inox, sans anti-adhérent. Numéro 1 sur la photo ;

    • Avril 2022 - février 2023 (mais endommagée depuis fin 2022) : poêle anti-adhérente. Numéro 2 sur la photo ;

    • Février 2023 - hier (mais, la numéro 3 est dans cet état depuis plusieurs mois) : poêles anti-adhérentes. Numéros 3 et 4. Précision : les différents niveaux de crasse dans la poêle 3 s'explique par le fait que j'ai gratté la crasse (qui est de la graisse durcie et cramée) il y a quelques jours.

    Détails :

    • Seul le haut des parois de la poêle en inox est sale. Je ne l'explique pas. Une idée ? ;

    • Idem pour la poêle numéro 2, mais avec aussi un peu de crasse au fond et un trou dans le revêtement que je n'explique pas (j'utilise des éponges grattantes normales, ni celles pour le récurage difficile, ni celles pour les objets fragiles) ;

    • La crasse sous les poêles 1 et 2, je sais l'expliquer : c'était l'époque où 1) ma plaque de cuisson était dégueulasse en permanence, forcément que ça imprègne les poêles et les casseroles ; 2) j'utilisais énormément d'huile (au point que des collègues m'ont signalé que je sentais la friture et que même le dessus de mon couvercle était plein de graisse), et je versais la bouffe (et l'huile) dans mon assiette, donc l'huile glissait sur les parois extérieures de la poêle, et, forcément, avec la chaleur, elle se solidifiait et tintin pour l'enlever… ;

    • Je n'explique pas la graisse sous la poêle 3 puisque je ne fais plus les erreurs énoncées juste ci-dessus… Environ idem pour la crasse intérieure : j'utilise que dalle d'huile (grosse goutte)… Ouiiii, ces derniers temps, je mets un peu plus d'huile qu'avant vu que la bouteille est neuve et que c'est difficile de contrôler la quantité qui en sort… Mais j'absorbe avec de l'essuie-tout donc ça devrait le faire ;

    • La poêle 4 me dépasse… Même durée de service que la 3. Même plaque de cuisson (voire, même feu 2 fois/semaine). Même entretien. Et elle est nickel. Comment expliquer cette différence ? Souci : le manche ne peut plus être fixé, la vis ne tient plus l'assemblage. Je mets ça sur le compte de la "rouille", cf. la photo (et encore, je l'ai grattée, ainsi que l'écrou, parce que c'était pire, d'où la partie de vis brillante qui ressort sur la photo) ;

    • J'ai quand même l'impression qu'il y a un point de rupture. Je l'ai particulièrement ressenti avec la poêle numéro 3 : je l'ai utilisée sans voir la détérioration. Mais, dès que la graisse cramée devient visible, c'est fini, impossible de l'enlever totalement, même en frottant fort, même avec un dégraissant. J'en déduis qu'il y a une vigilance constante à adopter (coucou Maugrey)…

    Usages :

    • Poêle 3 : nuggets de poulet achetés tout prêts bas de gamme + röstis congelés ;

    • Poêle 4 : œufs au plat + steak haché congelé 2 fois/semaine.

    • Un plus grand endommagement de la poêle 3 s'expliquerait-il par le fait qu'elle est utilisée 2 fois/jour (sauf 2 jours/semaine où elle est utilisé une seule fois/jour), alors que la poêle 4 ne l'est qu'une fois/jour (sauf 2 jours/semaine où je l'utilise 2 fois/jour) ? J'en doute fort.

    Feux : plaque de cuisson électrique en vitrocéramique.

    Nettoyage : après la cuisson, je dépose la bouffe dans l'assiette puis je mets les poêles dans un évier rempli de flotte et de liquide vaisselle. Je les nettoie soit après manger, soit, la plupart du temps, plusieurs heures après. Parfois (souvent), la poêle du midi (numéro 3) reste dans la flotte jusqu'au soir (pourtant, c'est la vis de la poêle numéro 4 qui a "rouillé"…).

    Hypothèses :

    • Pour la poêle numéro 4, je pense que les bains de flotte ont endommagé la vis. J'en déduis que, contrairement à ce qu'on m'a dit, il ne faut pas faire tremper les poêles (ou pas aussi longtemps que je le fais). D'autant que ça sert à rien contre le graillon, de mon expérience ;

    • Pour la poêle numéro 3 :
      • Pour le dessous : aucune fichue idée… C'est d'autant plus inexplicable que la poêle numéro 4 est épargnée. Une idée ? ;

      • Pour l'intérieur :
        • soit j'utilise encore trop d'huile. Mais je mets une grosse goutte et j'utilise une feuille d'essuie-tout, comme on m'a conseillé, donc j'en doute (je suis vraiment à mille lieues de la quantité d'huile que j'utilisais avec la première poêle qui n'est pas sur la photo ou avec la poêle en inox). Ça n'explique pas pourquoi la poêle 4 est épargnée ;

        • soit il faut mettre de l'huile uniquement là où il y aura de la nourriture. Ça explique la différence entre la poêle 3 et 4 : poêle 4 = je mets de l'huile uniquement sous le steak haché et le blanc de mes œufs occupent l'intégralité de la poêle ; poêle 3 = j'en mets partout, ne sachant pas où seront les aliments. Je doute de la validité de cette hypothèse : sous l'effet de la chaleur, l'huile est repoussée du centre vers l'extérieur, donc peu importe sa localisation initiale ;

        • soit je mets les nuggets et les röstis trop tôt. Je sais qu'il existe une température pour saisir de la viande (et même un test avec une goutte d'eau pour déterminer le bon moment), mais, pour moi, ça ne s'applique qu'à de la vraie bidoche… Peut-être aussi que je devrais sortir les nuggets du réfrigérateur plus tôt (je les sors au dernier moment, juste avant de les mettre dans la poêle ; je fais pareil avec le steak haché congelé sans problème, ceci dit) ;

        • soit je foire le nettoyage. Exemple concret : ce midi, j'ai nettoyé ma nouvelle poêle 24 cm (remplaçante de la numéro 3) directement après la cuisson, sans la faire tremper, puis je l'ai mise à égoutter. 4-5 h plus tard, je la touche : je sens des aspérités rugueuses à la jonction entre les parois et le fond. Ce n'est pas lisse comme à l'origine (et j'ai la remplaçante de la poêle numéro 4, même modèle mais encore inutilisée, pour en attester) Je vois rien. Je frotte avec mon doigt (pas avec l'ongle), y'a des tout petit bouts de matière (graisse ?) qui apparaissent. Je re-nettoie avec éponge, liquide vaisselle, etc. J'obtiens un touché identique à la poêle encore neuve. Mais, là encore, ça n'explique pas pourquoi la poêle 4 s'en sort indemne…

    Question bonus : comment concilier le fait qu'il faut frotter l'intérieur d'une poêle lorsqu'on la nettoie avec l'impératif de ne pas détériorer son revêtement ? Comme dit, je n'ai pas frotté la poêle numéro 2 comme un bourrin ni utilisé une éponge abrasive, et pourtant…

    Si t'as des réponses, des conseils ou d'autres hypothèses, je prends.

    05/08/2023 20:28:33 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?BhdntA
  • ptilouk.net éditions

    J'ai découvert Gee via son blog Grise Bouille, notamment les BD satiriques sur un thème d'actualité. Il publie aussi des BDs de vulgarisation scientifique, de pinaillage sur le vocabulaire, et des BDs qui mixent fantasy et lutte des classes que j'apprécie énormément.

    Tout est publié sous licence libre, à prix libre (qui peut être 0), et avec une transparence sur la décomposition des prix.

    J'ai voulu remercier l'auteur et me procurer son roman Working Class Heroic Fantasy au format papier. Donc un don d'un côté et un téléchargement + impression de l'autre ne m'intéressait pas. Mais, recevoir un colis pour un seul livre est quand même bien boarf. J'ai donc aussi commandé les cinq recueils de Grise Bouille (l'auteur me montrerait lui-même les différents pans de son art) et Les aventures inutiles de Superflu.

    Ci-dessous, un inventaire des BDs que j'ai appréciées et que je n'ai pas déjà shaarliées.


    Les aventures inutiles de Superflu

    Un rentier (héritier d'un château) décide de combattre le crime avec son assistante envoyée par Pôle emploi… dans un bled paumé français dénué de toute délinquance.

    Ça détend, ça fait parfois pouffer de rire, sans être l'éclate totale non plus, mais c'est très court (43 pages).


    Grise bouille - tome I / 1

    • Avez-vous construit un hoverboard ? : rappel du cahier des charges de l'hoverboard de Retour vers le futur afin de contrer la palanquée d'annonces marketing "on a fabriqué un hoverboard ! \o/" qu'on s'est mangé il y a une dizaine d'années ;

    • Je hais le téléphone : préemptif (synchrone) ; blanc = relance ; + perméable aux casses-couilles ;

    • Les ordinateurs sont cons : toute la difficulté est de retranscrire l'intelligence humaine dans des instructions simples que l'ordi saura exécuter très rapidement ;

    • Beaucoup de bruit pour… tout : le bruit est ce qui ne nous intéresse pas dans un contexte donné (on n'a pas envie d'entendre une voiture pendant qu'on roucoule, mais on veut l'entendre arriver avant de traverser la rue) ;

    • Tu quoque Firefox / Firefox vide ses poches : deux des conneries de Mozilla (je suis plus coulant sur le rejet des extensions non signées vu qu'il y a bien une option pour désactiver ça) ;

    • Ne partez pas si vite ! : conception foireuse de site web (bandeau cookie, bandeau newsletter, bandeau "ne partez pas", etc.) ;

    • Ailleurs, c’est pire : évaluer une proposition = test de non-régression + est-ce un progrès pour une majorité (reste à définir ce qu'est le progrès).


    Grise bouille - tome II / 2

    • Harry Potter : pourquoi je hais les films : boarf, je ne trouve pas que Dumbly crie sur Harry dans le 4e film, ou alors il faut aussi considérer qu'il le fait dans le 6e livre, quand il met très mal à l'aise Harry qui n'a pas récupéré le souvenir de Slug ou quand il exprime sa lassitude d'être interrogé pour la énième fois sur la bonne moralité de Rogue… Je suis d'accord sur le reste de l'analyse (films d'action basés sur des livres d'enquête) ;

    • Légendes urbaines : la muraille de Chine depuis l'espace, les épinards et le fer, la mémoire du poisson rouge, les moustiques attirés par la lumière, la couleur du Père Noël n'a pas été définie par Coca.


    Grise bouille - tome III / 3

    • Comédie romantique : les ressorts d'une comédie romantique (avec des saxophonistes amateurs d'andouillettes) ;

    • Chat & tartine debunked : assembler un chat et une tartine ne produit pas d'énergie infinie / mouvement perpétuel (quelle surprise) ;

    • Incident diplomatique interstellaire : mouais… aucune autre espèce animale sera aussi débile que l'humain pour organiser un concours miss univers, donc aucun risque diplomatique à l'horizon ;

    • Bonne nuit les petits camarades : Bonne nuit les petits (t'sais, Nicolas, Pimprenelle, Nounours, le marchand de sable) sauce syndicalisme / lutte des classes ;

    • Le bug dans tous ses états : classification des erreurs informatiques (conception, compilation, exécution) ;

    • Des zéros et des uns, Voyage en numérique, Une pinte de compression : représentation binaire, codage de l'information et compression ;

    • Le cadre : on peut discuter de tout, et tout changer, sauf le cadre, namého ! ;

    • Votants, vous n’avez pas honte ? : culpabiliser les votants plutôt que les abstentionnistes ?


    Grise bouille - tome IV / 4

    • Le premier publicitaire / Ghosn with the wind : Nounours, le Lapin des comptines, Superflu, etc. sont d'extrême-gauche (ici, contre la pub et pour l'application des mesures anti-terro aux PDG qui voyagent en malle) ;

    • L’analogique, c’est magique : vulgarisation des concepts physiques derrière un disque vinyl et un appareil photo ;

    • Le mensonge de l’accélérateur : la pédale d'accélération d'une bagnole sert à régler la puissance délivrée par le moteur ;

    • Publicité segmentée : la méthode Cacarico : publicité segmentée ;

    • Le marronnier des abrutis : ne pas confondre fluctuations et tendance ;

    • Violences policières : 1) la prétendue violence des manifestants est de la responsabilité de la justice, celle des flics de l'État donc les citoyens devraient avoir leur mot à dire (en plus de la justice) ; 2) dire qu'on était bien content d'avoir les flics pour lutter contre les terroristes = a) on ne parle pas des mêmes types de flics (RAID, BRI, GIGN, versus CRS) ; 2) ce n'est pas parce que quelqu'un te prépare de délicieuses crêpes un jour qu'il peut chier dans ton assiette un autre jour.


    Grise bouille - tome V / 5

    • Pimprenelle et le gros porc : Pimprenelle (de Bonne nuit les petits) et ses amies sauce féminisme ;

    • Cosette : Genesis : Cosette (oui, des Misérables) règle ses comptes avec son employeur en présence de Nounours l'inspecteur du travail d'extrême-gauche ;

    • Le déluge (director’s cut) : enfin un Terminator utile ! :

    • Rien à se reprocher : version ultra-courte ;

    • Ceci n’est pas un policier : Nounours et Lapin prennent au mot le sinistre de l'Intérieur ("la police agit à visage découvert") ;

    • Je travaille 50 h par semaine : qu'est-ce que du travail ? Faut-il être fier de ramer pour faire tourner son activité ? Faut-il être fier de « ne pas compter ses heures » dans une société commerciale qui, elle, compte le salaire ?

    • Légendes urbaines II : La revanche : 10 % de notre cerveau, hydrocution après un repas, et avaler des araignées en dormant ;

    • La quatrième dimension : la 4e dimension, ce n'est pas forcément le temps, notamment si l'on veut représenter graphiquement des séries de données qui ont du sens ;

    • Amour numérique (bis) : digital versus numérique : « l'usage fait la langue » n'est pertinent que si deux mots ont le même sens. Or, numérique = terme technique regroupant les différentes applications, à différents domaines de la vie, des technologies basées sur le codage de l'information, son stockage et son traitement sous forme de nombres, alors que digital = terme marketing désignant la transformation des processus métiers dans une logique de rentabilité en utilisant le numérique.

    • StopConneries : union nationale = il est jamais l'heure de discuter car y'a toujours un événement au premier plan (terro, extrême-droite, covid, etc.) ; les principes appliqués uniquement quand tout va bien n'en sont pas ("je suis contre la peine de mort sauf pour les grands mézants" = t'es pour") ; ce n'est pas parce qu'on a rien à proposer que la proposition adverse est recevable (" ‒ je danse autour de mes carottes en chant du Sardou pour qu'elles poussent immédiatement. ‒ c'est complément idiot ! ‒ t'as une meilleure idée ?") ; solutionnisme technologique (alors que des études ‒ faites sur le tas donc j'y crois moyen ‒ montraient que fallait coupler le traçage avec d'autres mesures comme le dépistage systématique) ;

    • L'autre pandémie : dire "le covid menaçait l'économie blablabla donc il fallait accepter des morts supplémentaires afin de remettre rapidement le pays au travail", c'est confondre un événement qui s'impose à nous (ex. : covid) à des événements qui découlent d'une organisation économie que l'humain a créé de toute pièce… et qu'il peut changer ;

    • Jeux Olympiques Citoyens : tir à l'arc sur drone ou caméra fixe, golf sur robot-chien, lancer de robot dans la flotte, crochetage / arrachage de pub, escalade urbaine d'extinction des enseignes ;

    • Joker ! : Macron pose des jokers sur les 10 commandements parce que quand même, la croissance, le capitalisme, la guerre, etc. passent avant, mais quelle formidable aventure humaine quand même ;

    • Bobologie aux urgences (1/3), Bobologie aux urgences (2/3), et Bobologie aux urgences (3/3) : à la découverte du volvulus du sigmoïde (quand elle est plus longue que la normale, la dernière partie du côlon, le sigmoïde, peut se retourner et faire une boucle par intermittence). Plus un rappel de la désorganisation de la médecine française et de la brusquerie des médecins qui se passent de consentement / discussion ;

    • Qu’est-ce qu’un riche ? : « quelqu’un qui n’a pas besoin de travailler pour vivre » (hors retraite, chômage, prestas sociales qui sont du travail différé ou de la solidarité conditionnée), donc qui détient assez de titres de propriété pour en dégager un revenu décent, donc qui exploite, y compris indirectement, le travail d'autrui. Indépendamment du montant des revenus. Les indépendants se rapprochent des prolos car ils dépendent des crédits bancaires (ou autre investissement). Évidemment que les gros salaires ou des activités artistiques peuvent aussi constituer une rente (permettant de quitter un taff, d'acquérir de l'immobilier)… et de constituer une petite bourgeoisie. (Idem pour les startupeurs qui rêvent de se faire racheter pour bosser sur ce qui les intéressent vraiment.)

    P.-S. : j'ai lu ces livres en 2022.

    04/08/2023 19:18:18 - permalink -
    - https://editions.ptilouk.net/
    fiche-lecture
  • Emmanuel Macron salue le ZEvent, marathon de streaming caritatif, cette année au profit d'associations de défense de l'environnement.

    ‒ Bravo les jeunes ! C'est bien, vous avez pigé qu'il fallait pas compter sur nous ! Allez, bon effondrement climatique !

    Source : https://grisebouille.net/dessins-de-presse-2022-09/ / https://editions.ptilouk.net/presse2022/.

    04/08/2023 12:29:44 - permalink -
    - https://grisebouille.net/dessins-de-presse-2022-09/dp_089_macron_zevent.png
  • Réforme de l'assurance chômage : vers un système plus « incitatif »

    Un dessin reprenant cet angle a également été publié par Fakir.

    Source : https://grisebouille.net/dessins-de-presse-2022-10/ / https://editions.ptilouk.net/presse2022/.

    04/08/2023 12:23:58 - permalink -
    - https://grisebouille.net/dessins-de-presse-2022-10/dp_099_reforme_chomage.png
  • Élisabeth Borne attend de l'exemplarité de la part des propriétaires de jet privé (bis)

    (Parle à un lion) ‒ J'vous fais confiance, hein ! On arrête de bouffer des gazelles !

    Voir aussi le premier dessin.

    Source : https://grisebouille.net/dessins-de-presse-2022-10/ / https://editions.ptilouk.net/presse2022/.

    04/08/2023 12:21:07 - permalink -
    - https://grisebouille.net/dessins-de-presse-2022-10/dp_098_borne_jets_v2.png
  • Pénurie de profs : les conditions de recrutement de contractuels s'assouplissent

    Là encore, un grand moment de 2022. Entretiens expéditifs, absence de qualification, etc. En même temps, y'a pas besoin de grand-chose quand l'ambition nationale c'est école privée pour ceux qui ont les moyens financiers (+60 % en dix ans dans le supérieur) et garderie / contrôle social pour les autres. (Je parle de la privatisation rampante comme si c'était une alternative, mais c'est la même merde que le public : garderie, contrôle social, constitution d'un réseau social rentable, etc.)

    Source : https://grisebouille.net/dessins-de-presse-2022-07-08/ / https://editions.ptilouk.net/presse2022/.

    04/08/2023 12:06:04 - permalink -
    - https://grisebouille.net/dessins-de-presse-2022-07-08/dp_086_penurie_profs.png
  • Le gouvernement demande un effort aux Français pour économiser de l'énergie

    Voir aussi « Bruno Le Maire est très fier de son col roulé qui lui permet d'inviter les pauvres à baisser le chauffage ».

    Tout ça pour une pénurie d'énergie à l'hiver 2022 qui n'a pas eu lieu parce que les travailleurs ont résolu le problème, comme d'hab' (c'était prévisible : évidemment qu'on allait accélérer le carénage des centrales nucléaires quitte à laisser des défauts sans risque).

    Mais qu'est-ce que ça avait bien bourré le mou de partout sur la thématique "olalala coupures de courant à prévoir cet hiver ayez peur", même les journaux les moins débiles… Les sociétés commerciales et les administrations ont pondu des plans de continuation de l'activité… ÉDIT DU 04/08/2023 À 20 H 18 : je me souviens également du baromètre ÉcoWatt diffusé sur les chaînes de TV et via une application mobile conçue alors. FIN DE L'ÉDIT. Tout ce temps, cette énergie, et ce pognon gaspillés…

    On a remis le couvert y'a quelques mois avec une prétendue pénurie généralisée d'eau cet été… Ceci est l'humain au summum de son intelligence.

    Source : https://grisebouille.net/dessins-de-presse-2022-07-08/ / https://editions.ptilouk.net/presse2022/.

    04/08/2023 11:54:20 - permalink -
    - https://grisebouille.net/dessins-de-presse-2022-07-08/dp_083_economies_energie.png
  • La fabrique éditions | Maintenant

    Dernier livre du Comité invisible après L'insurrection qui vient et À nos amis. On est toujours sur un livre qui distille une doctrine révolutionnaire, mais il comporte un poil plus de "solutions" (toujours aussi abstraites, et qui supposent d'embrasser le courant de pensée de la destitution) que le précédent.

    Le bouquin commence par un constat amer (certains diront qu'il s'agit d'apitoiement) : il ne sert plus à rien de critiquer, de révéler, de donner mauvaise conscience, etc. car l'adversaire est déjà une caricature de lui-même, tout et son contraire en alternance, et pourtant, il tient bon ; la confusion actuelle permet de retarder la bataille, mais la défaite est déjà là ; il n'y a plus d'unité ni nationale ni internationale (les COP illustrent que ça sera chacun pour soi) ; une assemblée (nationale ou Nuit Debout) reproduit au niveau collectif le problème de la prise de décision à l'échelle individuelle : absence de Moi conscient, souverain et cohérent en tout temps, d'où le cirque / théâtre plutôt que l'action ; vouloir de la politique partout, même dans une banale association, c'est tout transformer en une société de Cour, et il y aura toujours quelqu'un pour se prendre pour le Roi Soleil (on retrouve ici la destitution) ; l'espoir, c'est la lâcheté d'attendre quelque chose (des moyens ou que les choses soient autrement) en déclarant ne pas avoir prise dessus, donc c'est avouer son impuissance et retarder sa prise de position (n'est-ce que ce que fait le Comité, attendre ? Attendre la maturation simultanée des esprits, attendre qu'une idée insurrectionnelle grandisse en chacun ‒ en rédigeant des livres intello-branlette ‒, attendre qu'une harmonie spontanée et enchantée fleurisse ?).

    Quoi faire ?

    • Destituer (cf. À nos amis) ;

    • Détourner les sociétés commerciales. Une menuiserie qui produit en douce pour une ZAD, une imprimerie qui tourne en dehors du service pour imprimer les tracts, etc. Mouais… Ça retarde d'autant la prise de conscience de la nécessité d'une division du travail révolutionnaire complète, et donc son émergence. Dans l'attente, on reste dépendant du système que l'on combat ;

    • Lutter contre la répression policière en créant des liens de solidarité (on retrouve ici le sens initial d'une commune) : si une banlieue est attaquée, ça déclenche une réaction des alliés sur un autre territoire. C'est ingérable, donc le pouvoir renoncera à frapper la banlieue ;

    • Tisser des liens (de solidarité) de toutes parts. Le communisme (que le Comité appelle de ses vœux) est un assemblage de fragments de personnes (pas acquises à 100 %, la liberté de chacun prévaut) et de liens (on retrouve ici l'organisation harmonieuse spontanée qui émerge de nulle part) ;

    • Plusieurs points renvoient à L'insurrection qui vient.

    Divers :

    • Puisqu'il n'y a plus une unique expérience du travail (ouvriers versus employés de bureaux, par ex.), peut-il y avoir une expression commune de son arrêt, c'est-à-dire la grève générale ? J'allais classer cette phrase parmi les propos grandiloquents avant de me souvenir des différences et de la hiérarchie implicite qui prévaut entre les personnels administratifs et les enseignants d'une université (ce n'est pas la même expérience de taff, ni le même revenu, ni les mêmes contraintes au même moment, d'où il est très difficile de mobiliser les deux) ;

    • Populisme : retenir ce qui reste d'un peuple déboussolé afin de construire une vague unité. J'ajoute : pour le profit d'une seule personne / d'un clan ? ;

    • Les Maîtres (les dominants) ont toujours été anarchistes, ils ne veulent pas que d'autres le soient. Je pense plutôt qu'ils sont libertariens dans le sens où seule la liberté prévaut à leurs yeux, pas l'égalité ni la justice… ;

    • Nuit Debout aurait enterré les syndicats, les manifs, etc. alors que la loi Travail était l'opportunité d'un autre monde. Pour moi, c'est double pipeau : 1) il n'était pas question d'un autre monde, juste d'un statu-quo ; 2) dans À nos amis, le Comité est le premier à dire que si plusieurs personnes se donnent les moyens de faire autrement, quelque chose émerge. Donc Nuit Debout n'était pas forcément contradictoire avec d'autres modes d'action… qui, eux, n'ont pas émergé ;

    • Les loisirs sont une organisation sociale subie de notre temps "libre" orientée vers la consommation, et il convient de les valoriser en devant le VRP de soi. En parallèle, les boulots deviennent des jeux (notation, score, bonus, récompense, etc.) ;

    • Le revenu de base maintient le contrôle de la bourgeoisie car il ne fait que remplacer la modalité de ce contrôle : on passe du travail capitalisme (salariat, indépendant libre sur un marché, etc.) vers une aide sociale ;

    • Nous sommes tous des capitalistes en puissance, nous voulons tous tout valoriser en permanence : avant Airbnb, une chambre libre était une chambre pour les imprévus ou une pièce libre pour un nouvel usage ; Blablacar remplace l'auto-stoppeur ou la rêverie (ou les transports en commun, j'ajoute) ; ce qu'on donnait avant est désormais revenu sur Le Bon Coin. Très belle illustration du fait que le capitalisme n'est pas qu'un mode de production cloisonné dans les entreprises, il a vocation à englober intégralement les être dans l'ensemble de leurs activités ;

    • L'évaluation constante contribue à développer un nouveau capital : le capital humain. D'où on est VRP de soi, d'où on choisit les soirées où se montrer (y'a même un épisode de Black Mirror sur ça) ;

    • Les porc-épic se rassemblent pour se tenir chaud, mais leurs pics les font se disperser. Ils alternent donc entre deux souffrances. La monotonie et le vide (et la dureté d'une vie à l'état de nature, à mon avis) font se rapprocher les humains, et leurs défauts les dispersent. Il y a donc une distance moyenne à observer. Le Comité ne le précise pas, mais cette comparaison viendrait de Schopenhauer. Cela explique pourquoi le porc-épic est l'un des symboles des libertariens ricains.

    Baratin :

    • Comme dans les tomes précédents, le Comité ne fait pas la part des choses entre le progrès technique pour le progrès technique et un progrès utile / éthique / choisi, entre les conséquences néfastes intrinsèques de la technologie (ou d'une techno) et celles liées à nos usages situés dans une société capitaliste et typés comme tels. Il rejette donc toute la technologie en bloc ;

    • Être contre la société au nom de l'individu ou être contre l'individu au nom de la société, n'est pas pertinent. Hum… Pourtant, dans À nos amis, le Comité prend très clairement position contre la société (perçue comme une construction des États pour se définir dans la stratification mise en place par les dominants) et pour la liberté de l'individu… ;

    • Là encore, beaucoup de mots et d'expressions creuses et/ou pas définies avec rigueur. Pour la plupart, comme le communisme moderne qui confondrait attachement et possession, et qu'il faudrait orienter vers un assemblage spontané de fragments de personnes et de liens, cette carence est la conséquence même du courant de pensée de la destitution (l'organisation sociale future émergera spontanément, il n'y a pas à la définir).

    P.-S. : j'ai lu ce livre début 2020, après avoir visionné une entrevue de jz.

    03/08/2023 11:32:59 - permalink -
    - https://lafabrique.fr/maintenant/
    fiche-lecture
  • La fabrique éditions | À nos amis

    Deuxième livre du Comité invisible après L'insurrection qui vient et avant Maintenant, qui distille une doctrine révolutionnaire basée sur une analyse du monde et des récents mouvements sociaux défaits (comme le mouvement des places).

    Comme pour le premier tome, on retourne dans du pompeux, de l'abstrait à outrance, et de la grandiloquence. L'intello-branlette parle à l'intello-branlette. Morceaux choisis : "le local existe uniquement par contraire du global, car c'est quand on a été privé d'un attachement qu'on souhaite le retrouver" ; "la terre rend possible l'existence du peuple, le peuple donne du sens à la terre" ; "on n'est pas libre, on est, tout simplement. Se dire libre, c'est avoué être lié à une réalité qui nous dépasse", "la détox technologique est une sottise car l'expérience est avant tout vécue comme une projection mentale du moment de la reconnexion, donc ça sert à rien" ; etc.



    Pour comprendre les parties les plus arides du bouquin, qui sont les mêmes que celles de L'insurrection qui vient, il faut situer le Comité dans le courant de pensée de la destitution. Celle-ci a deux sens :

    • Le premier c'est de retirer notre légitimité aux personnes, entités, et processus que nous jugeons ne pas être dans le vrai, l'éthique, le juste, comme un parlement de pantins ou des services sociaux de contrôle social. Exemple iconique : Stallman a porté un badge « Destituons Dieu ». C'est aussi une idée qui ressort d'une lecture de La Boétie : délégitimer un tyran lui retire son pouvoir. Le Comité va jusqu'à affirmer que rien de juste et d'innocent peut être incarné (sous-entendu : tout doit être destitué). Concrètement, il s'agit d'ignorer / de rire des entités, de faire différemment de ce que fait l'institution en charge (ce qui aura pour effet de la vider de sa substance), et de fuir le pouvoir au lieu d'en opposer deux à deux (rue versus gouvernement, par ex.) dans l'espoir que l'un remplace l'autre ;

    • Le deuxième sens, c'est que toute institutionnalisation est forcément un acte violent (puisqu'on définit ce qui est accepté ou non, ce qui est dedans ou dehors, ce qui vaut ou non) qui fait naître une volonté de la destituer et ainsi d'entretenir indéfiniment un cercle vicieux destitution ‒ institutionnalisation. Auteur : Giorgio Agamben. D'où une volonté chez certains, comme le Comité, de ne pas vouloir d'institutions et de s'en remettre à une harmonie spontanée ("écouter nos cœurs plutôt que penser, on chiffre l'écocide au lieu de le pleurer"), à l'expérience sensible de l'ici et maintenant que l'on nomme alors le réel, les humains vont se respecter, se coordonner, comme ça, de nulle part et il n'y a point de violence sociale, émanant de nos désirs, à gérer.

    Partant de là, on arrive à plusieurs des idées défendues dans ce bouquin : les mouvements sociaux des places (type Nuit Debout, mais ça existait avant en Espagne) sont voués à l'échec ; nous ne devrions pas articuler nos causeries sur les institutions à instaurer mais sur la forme de vie désirable (l'intendance suivra…) ; l'insurrection doit grandir en chacun (sinon la tête qui dépasse sera retournée contre le mouvement par le pouvoir en place, cf. IRA entre 1969 et 1972) ; les liens affectifs sont supérieurs à ceux codifiés (syndicat, parti, etc.) ; il n'y a pas à gérer les biens communs, juste à partager un rapport commun à ce que l'on ne veut pas s'approprier ; il y a des formes (langage, amour, habitudes, etc.) dans ce qui vit, donc il est inutile de les codifier, la vie elle-même est institution ; on ne gère pas la vie, on ne gouverne pas, on devine (sic) ce dont un groupe humain ou une période a besoin pour se développer ; la démocratie est l'expression d'une angoisse : celle qu'advienne quelque chose en dehors de toute procédure prévisible, qu'un événement nous dépasse, etc. ; il ne faut ni hégémonie ni organisation, juste « l'intelligence de la situation » pour trouver des solutions aux obstacles. Bref, tout s'organiserait par magie.

    Je ne crois pas à cela. Tout groupe social a des formes institutionnelles, sauf peut-être de très petits groupes extrêmement homogènes qui peuvent se réguler par un « on se comprend ». Pour le reste, il y a toujours des règles (y compris implicites), un cadre, un substrat commun, etc.



    Reproches adressés aux mouvements des places (type Nuit Debout, qui, même s'il n'avait pas eu lieu à la sortie de ce livre, prendra sa dose dans Maintenant) :

    • La centralité des AG laisse à penser que rien n'existe sans une validation préalable alors qu'une idée fait consensus si plusieurs personnes trouvent les moyens de la mettre en œuvre, tout simplement ;

    • Les AG sont un théâtre, un mensonge qui casse la sincérité et la spontanéité ;

    • Se rencontrer pour se donner du courage se transforme en une impuissance collective devant le constat que tout le monde souffre sans rien faire ;

    • On passe des États à une gouvernance souple… qui reste du gouvernement, c'est-à-dire guider le troupeau loin de la liberté (cf. la destitution ci-dessus). Toutes les sociétés humaines n'ont pas eu de gouvernement. Plus les individus sont isolées et se sentent vides à l'intérieur, plus il faut un gouvernement coercitif pour les faire tenir ensemble.

    Fragments de stratégie révolutionnaire :

    • Le combat ne se poserait plus en termes de société (qui serait le nom que l'État donnerait à la répartition de ses servants pour justifier ce qu'il est : État guerrier, État-providence, État néo-libéral, État théocratique, etc.), mais en termes d'occupation des territoires, précisément car le projet serait désormais de le fragmenter toujours plus afin de prendre, partout et au plus près, ce qu'il y a à prendre pour renforcer la domination. Les projections, notamment Territoires 2040 de la DATAR (aménagement du territoire français) parleraient toutes d'un monde structuré à la Hunger Games : les grandes régions métropolitaines seraient en compétition pour attirer les talents, les métropoles secondaires s'en sortiraient via la spécialisation, les zones rurales pauvres attireraient les citadins en manque de nature, des zones agricoles / de préservation de la nature alimenteraient les autres, et des zones de relégation seraient "laissées" (sous contrôle) aux "autres" (inemployables, etc.). Pour être précis, la DATAR semblait évoquer (ça ne figure pas dans le PDF daté de 2018) un « glissement progressif de la conflictualité du champ du social vers celui du territorial » et plutôt décrire un déplacement du conflit des villes vers la campagne, précisément car les villes sont aseptisées (le Comité analyse bien cela). Sans compter que faire tout un film d'une prospection qui, par nature, a vocation à étudier tous les scénarios possibles, c'est un peu ballot… ;

    • Les Bridages rouges voulaient tuer les tenanciers de l'États pour prendre le contrôle du gouvernement ; le patronat est organisé au niveau mondial ? soyons-le avec une internationale des travailleurs ; le parti tsariste était organisé, politico-militaire, discipliné, et hiérarchisé ? Le Parti Communiste devait l'être. Aujourd'hui, face à l'empire diffus organisé en réseaux mais ayant aussi des centres de commandement, il faudrait opposer des multitudes organisées en réseau mais dotées d'une bureaucratie qui pourra remplacer celles des commandements qui tomberont sous le contrôle des révolutionnaires. On trouve cette idée d'élite de rechange chez Fakir, Mélenchon et le RN. Mauvaise stratégie pour le Comité (cf. la destitution ;) ). Podemos et Syriza, qui ont voulu remplacer l'existant, ont été défaits (ils sont devenus des relais des dominants, assenant la doctrine néo-libérale à leurs concitoyens) ;

    • Un mouvement révolutionnaire c'est 1) de la spiritualité (théorie, littérature, art, etc.) ; 2) une préparation à la guerre (en défense ou en attaque) ; 3) une abondance de moyens et de lieux. Quand tout ça n'est pas réuni, on a soit une garde éclairée, soit une secte de théoriciens, soient des entreprises alternatives qui changent rien.

    Le chapitre sur le numérique est à la fois intéressant et navrant :

    • L'humain est-il défini par des données personnelles et/ou les interactions de celles-ci ? Je réponds oui à la première question, c'est précisément pour ça qu'elles sont considérées comme un attribut de la personne en droit de l'UE. Pour la deuxième, je sèche ;

    • Hackerspaces : économie du partage qui prolonge l'économie de marché (réparer gratos les merdes du capital, ce qui fait économiser aux grandes multinationales) ou vraie émancipation par le savoir ? Le Comité rejette les imprimantes 3D et les kits pour construire des maisons écolos ;

    • Le progrès consisterait à hiérarchiser les techniques afin de configurer le futur selon le désir de la classe dominante. La technologie serait la mise en réseau des techniciens pour tenir un discours permanent sur les techniques, analyser tous les problèmes sous l'aspect technique et les résoudre sous cet angle-là, et lisser les techniques les plus rentables, ce qui conduit à une perte de savoir-faire. Mouais… Pas tous les techniciens : certains prônent la diversité des pratiques, une technologie choisie au service d'une vision politique, etc.

    • Le reste, sur le Cloud (qui servirait à rendre l'infra résistante… comme si on avait attendu le Cloud) ou sur la cybernétique dont on nous rabat les oreilles depuis des décennies sans en avoir vu un début de commencement), ou sur OpenData / OpenGov, etc., est loufoque, sauf sur l'aspect surveillance et marchandisation de l'attention (même si le Comité ne sait pas nommer ainsi ce qu'il observe et même s'il ne fait pas la différence entre nos usages néfastes actuels et des contraintes intrinsèques à la technologie). "On a amoindri l'expérience de la vie au point de rendre désirable une modélisation numérique de celle-ci, comme le tourisme est la version atrophiée du voyage rendue désirable par le capitalisme".

    Divers :

    • La crise (cf. la doxa néolibérale appliquée à la Grèce, etc.) et le changement permanent (accès aux aides sociales, lois, etc.) sont un mode de gouvernement qui, parce qu'ils bouleversent les conditions d'existence des individus, leur ponctionnant par là du temps de cerveau, permettent de défaire les citoyens ;

    • La fin de la civilisation serait déjà là car l'Occident s'est perdue en chemin : prise de distance avec la nature et dans le rapport à l'autre, la volonté de tout passer au crible de l'ingénierie (que le Comité, comme d'autres, confond avec la maximalisation de la productivité), le travail contre-nature, recréer ce qu'on a détruit, etc. Mouais… Tout comme certains voient la fin dans la chute du christianisme ou dans l'art moderne, c'est très subjectif. D'un autre côté, le Comité nous explique que l'humain comme centre du monde (d'où les ravages sur la nature et autrui) est le projet de l'Occident (on retrouve ça en philo, en effet, mais pas que) et qu'il faut y mettre un terme (sous-entendu l'Occident n'est pas mort) ;

    • Le but d'une prophétie n'est pas d'avoir raison dans le futur, mais d'opérer sur le présent, de faire prospérer ici et maintenant l'attente, la passivité, et la soumission ("à quoi bon ?"). Mouais… Je ne vois pas en quoi les mythes de l'an 2000 (robots partout, voitures volantes partout) ont rendu passifs les gens des années 1970-2000. Il en va de même avec les mythes actuels autour de l'IA, du transhumanisme, de la conquête de Mars (est-ce vraiment l'attente de Musk, notre sauveur, qui nous fait ignorer le dérèglement climatique ?) ;

    • La bestialité humaine en cas de crise serait un mythe afin de préserver l'ordre et la propriété bourgeoise qui ne se constaterait pas en situation de crise (guerre, événement météorologique, etc.). On retrouve cette idée chez Kropotkine. Mouais… Face à un événement climatique, il y a des intérêts convergents. Mais, dans un tel événement ou durant une guerre, les dominants marchent à contre-courant et cherchent à en profiter. Bref, ce n'est pas spontané, il y a toute une organisation à adopter, et vu que le Comité s'y refuse (cf. destitution)… Surtout, ce n'est pas le sujet : au-delà de la bestialité, l'humain est un être de pulsions / passions / désirs ; nos sociétés actuelles les canalisent (bien ou mal) genre l'amour sert à encadrer les pulsions sexuelles, le débat intello sert à présenter, sous une forme acceptable, une mise à mort (quand tu démontes une théorie mathématique ou physique, ça pique), etc ; toute société humaine devra toujours canaliser ces pulsions humaines, ça sert à rien de le nier (comme le fait le courant de pensée autour de la destitution). Par ailleurs, et c'est bien étrange, le Comité expose qu'une guerre (au sens large, guerre de gouvernance, guerre de communication, guerre d'estime, guerre pour définir un contrat social) peut ne pas être un carnage si l'on a l'art de la mener (et comment faire sans une ritualisation convenue à l'avance ?), et que le pacifisme peut être une tactique de temporisation quand un clan n'est pas prêt à mener le combat ;

    • « J'y suis pour rien » est un affect de supériorité morale qui énonce mon impuissance dans un événement et ma revendication de droits en tant que victime ;

    • On retrouve l'idée centrale du premier livre, la domination par les infrastructures (Google, nucléaire, routes, etc.) et une vision par flux. Ainsi, une usine ce n'est qu'un flux entrant, une transformation, et un flux sortant qui serait dénué de tout savoir-faire à cause, entre autres, de la division (verticale et horizontale) du travail. Une métropole est une station de production et de circulation du capital (boarf… cette unité est-elle encore pertinente avec la financiarisation ?) ;

    • À Athènes, au 5e siècle, le citoyen se se serait conçu comme un prolongement du guerrier, et les assemblées démocratiques comme un prolongement des assemblées guerrières. Était citoyen le soldat. Le Comité évoque les hoplites / phalanges, mais Wikipédia hésite entre un rite de passage ou un service militaire. Rien n'a beaucoup changé : l'acquisition de droits en France était conditionnée au service militaire et désormais à la JAPD (qui a changé de nom depuis) ;

    • La figure du radical violent jusqu'au-boutisme est la nouvelle échelle de notation des révolutionnaires qui les épuise ;

    • La lutte sociale aurait fait naître la classe ouvrière (l'idée du Comité est, là encore, que le mouvement a créé, de nulle part, ce qu'il refuse de nommer des institutions). Mouais… Œuf et poule, à mon avis… L'émergence d'une classe sociale est aussi une réponse au besoin de s'opposer à la domination ;

    • Commune : au 11e siècle, cela se rapprochait d'un pacte de solidarité, une envie de tenir ensemble, de s'entraider, et une envie de compter sur soi pour la préservation de sa liberté. Le Comité nous propose ce modèle pour l'après.

    P.-S. : j'ai lu ce livre à la fin de 2019, après avoir visionné une entrevue de jz.

    02/08/2023 17:27:47 - permalink -
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  • L’Amour sous algorithme - Éditions Goutte d'Or

    Le point de départ de ce livre est la note de désirabilité que Tinder aurait attribué à ses clients (on en apprendra rien, l'auteure n'a pas réussi à en savoir plus ni à récupérer la sienne via l'exercice de son droit d'accès RGPD), puis il s'élargit autour d'une prise de conscience que notre manière de consommer l'amour engendre des conséquences néfastes dont nous sommes tous responsables, avant de présenter quelques-uns des algorithmes potentiellement utilisés par Tinder (je divulgue : le fameux document de 27 pages qui « contient de quoi faire trembler Tinder » annoncé dans la 4e de couverture n'est que l'un des brevets rachetés par la marque, rien de neuf ni de transcendant).

    Consommer l'amour et turpitudes :

    • L'auteure relate quelques-unes des pulsions humaines sur lesquels jouent les sites web de rencontre et leurs effets : peur de la solitude ; besoin de se sentir désiré ; dont l'extrême est le narcissisme (je plains autant ? \o/) ; capture de l'attention et récompense aléatoire ; hiérarchisation des profils (à ne pas confondre, comme je l'ai longtemps fait, avec le tri : que je décide d'exclure de ma recherche les mères et celles qui veulent le devenir, c'est du tri, et ça me regarde, mais qu'un site web décide de ma comptabilité avec quelqu'un avant de me le présenter, c'est discutable) qui renforcerait nos stéréotypes et nous enfermeraient dans une bulle… (Je ne suis pas convaincu sur ce point : tout comme AFK, on cherche ce qui nous ressemble : à partir de 68 likes d'une personne, on peut déduire sa couleur de peau, son orientation sexuelle, son orientation politique, etc.) ;

    • Les sites web de rencontre transforment l'amour en marché économique sur lequel les femmes veulent l'exclusivité afin de se sentir aimées, d'où elles privilégient la qualité (en ne remplissant pas leur profil ? :)))) ), alors que les hommes veulent se mettre en avant par leur nombre de conquêtes, et privilégient donc la quantité. Ce cliché… Source : la sociologue Eva Illouz. J'ajoute que la dernière enquête sur la sexualité des Français confirme ce biais. Mais, puisqu'il s'agit d'un marché, d'une construction sociale, cela signifie que la dèche amoureuse est socialement construite par une société humaine, comme l'est la pauvreté (cf. Marx). Étrangement, l'auteure s'étonnera par ailleurs que Tinder Gold (boost du profil) est une solution mercantile à un problème de visibilité induit par le classement algorithmique de Tinder… Oui bah, comme d'hab, le capitalisme vend un problème et sa solution ;

    • Turpitudes de l'auteure :

      • Elle a besoin de se sentir unique donc elle exige un début de conversation original. Mais… Personne ne va faire un effort pour que tu ne répondes pas ou que tu refuses la converse… C'est normal… Perte de temps… D'abord on initie la converse avec la politesse de base, puis on amène des choses originales, comme lors d'une causerie AFK. En plus, comment être original quand on ignore les connaissances et les intérêts d'une personne (surtout que la majorité des femmes ont un profil vide, pour rappel). Le sommet de l'absurde est de reprocher à ses matchs de lui faire en blague en rapport avec la blague Blablacar de son profil… De quoi veux-tu qu'ils te parlent ?! ;

      • L'auteure se plaint d'avoir des réponses de queutards… alors qu'elle initie la conversation par « je sors d'une longue relation, je cherche de nouvelles expériences, à réaliser mes fantasmes »… … … Mensonge pour tromper l'autre. Nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude ;

      • En date, un mec l'informe qu'il ne donnera pas suite car il espère « trouver mieux ». L'auteure est offensée, blessée, comment peut-on classer les gens, je suis moins bien que « mieux », blablabla… On peut sortir d'une relation et vouloir retrouver un partenaire similaire. On peut aussi avoir plusieurs critères, dont des obligatoires et des facultatifs et laisser une chance, ou non, s'ils ne sont pas remplis mais qu'on sent que ça peut le faire malgré tout ;

      • L'auteure, déçue par ses rencards et matchs sans intérêt, est paumée et cynique. Elle fini par envoyer des phrases-types, par ne plus répondre aux messages, etc. c'est-à-dire par se comporter comme elle ne veut pas qu'on se comporte avec elle… Elle en prendra conscience en lisant les 802 pages de réponse de Tinder à son droit d'accès RGPD, et notamment les converse avec ses matchs (y'a du dalleux et de l'impoli, mais aussi des gentils et originaux qu'elle a laissé en plan et aussi des personnes autant paumées qu'elle). Hé oui, tout le monde est responsable de cette situation merdique.
    • À mes yeux, l'auteure ne fait pas la part des choses entre les effets intrinsèques de Tinder et les effets de nos pratiques tout medium confondu.

    Techniques brevetées de mise en relation :

    • Il ne suffirait pas de faire se rencontrer les gens. Il faut écarter les "indésirés" afin que les profils de haut du panier ne fuient pas (dit autrement : maintenir un minimum de qualité dans le réseau social, minimum qui dépend de chaque individu). Il faut provoquer la rencontre. Etc. ;

    • Amazon Rekognition était (est ?) utilisé pour "remplir" les profils vus qu'ils sont souvent vides (une guitare apparaît ? hop, tag "loisirs créatifs") ;

    • Mots clés en commun ;

    • Faire croire à la destinée : même lieu de naissance ou université ou initiales. Observation de l'auteure : "comme quand mes copines et moi apposions le nom de famille d'un mec à notre prénom pour voir si ça sonnait bien […] nous sommes de grands enfants manipulés" ;

    • Niveaux d'expression compatibles déterminés par des tests comme les Flesch–Kincaid readability tests ;

    • Success rate d'une photo (50 % = vu/swipé une fois sur deux présentations du profil). Tinder avait (a ?) une option SmartPhoto qui présente à tour de rôle les photos du profil puis uniquement celle qui fait le plus de vues ;

    • Outrepasser la distance en fonction de l'attractivité (genre quelqu'un avec le même âge, diplôme, niveau de revenus pourra être présenté même s'il est hors de la zone de recherche), car on sait que les personnes mises en relation sont susceptibles de faire un effort supplémentaire dans ce cas-là ;

    • Mettre en relation des hommes plus vieux avec des femmes plus jeunes, moins diplômée et disposant de revenus moindres. Les chiffres de l'INSEE montrent qu'en moyenne, il y a 4 ans et 42 % de revenus d'écart entre homme et femme dans un couple français (dont la majorité n'ont pas eu recours à un site web de rencontre, hein ;) ). Pour l'auteure, c'est la démonstration que Tinder fait perdurer / inscrit dans le marbre le méchant modèle patriarcale… Pas convaincu ;

    • Contrairement à l'auteure, je vois rien de scandaleux dans tout ça. Nous faisons la plupart de ces tests également lors d'une rencontre AFK, y compris inconsciemment… Après, chacun est libre de croire qu'AFK il donnerait sa chance alors qu'un site web de rencontre ne présentera même pas le profil, blablabla. L'auteure qui s'indigne sur Tinder Select alors que l'écrasante majorité des soirées AFK sont sur invitations et rassemblent des personnes au profil démographique proche…

    Divers :

    • En 2014-2015, les associations de consommateurs et l'ICO (CNIL britannique) se seraient déclarées incompétentes pour assister l'auteure dans l'obtention de ses données personnelles Tinder, dont la fameuse note de désirabilité. Concernant l'ICO, je suis étonné…

    • Le summum du navrant de ce livre : l'auteure, déçue, désespérée, swipe à tout va avant de se branler le gland du clito avec le revers d'une brosse à dents… ;

    • Débuter une enquête : contacter toutes les personnes qui ont bossé ou bossent sur le sujet (journaliste, avocat, universitaire, activiste, etc.).

    P.-S. : j'ai lu ce livre en 2020 et je l'ai pris en compte pour rédiger mon avis sur les sites web de rencontres amoureuses.

    02/08/2023 10:13:34 - permalink -
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    fiche-lecture
  • Comment je suis devenue anarchiste , Is... | Editions Seuil

    Un livre écrit par Isabelle Attard, ancienne députée 2012-2017 EELV puis Nouvelle Donne (apparenté écolo) qui avait fait le pont avec les défenseurs des libertés à l'heure du numérique (exemple) avant d'exposer ses désillusions sur notre système démocratique (regarder ça et/ou ça).

    Elle ambitionne de réhabiliter le mot anarchie en nous le faisant découvrir progressivement à travers un résumé de son parcours intellectuel et politique. Ce bouquin n'est pas une autobiographie.

    Définitions :

    • Anarchie : organisation politique visant l'égalité, la liberté, la justice et l'indépendance (la structure ne prime pas sur l'individu). D'où l'absence de chef, l'autogestion (tout le monde participe à la prise de décision), le féminisme inclus de base, etc. Elle peut se mettre en œuvre à plusieurs échelles, du micro-local (société commerciale, association, etc.) au national. Il s'agit d'un système organisé, il y a des règles. Synonymes : libertaire (pas libertarisme qui est un courant de pensée de droite libérale) ou communisme-libertaire ;

    • L'étatisation du socialisme de l'URSS est critiquée dès 1917 (par l'auteur Voline, par ex.). Trotski était opposé à ceux qui, comme l'anarcho-syndicaliste Makhno, voulait que l'intégralité du pouvoir revienne aux soviets c'est-à-dire aux conseils ouvriers locaux ;

    • Écologie sociale : courant proche de l'éco-anarchisme ;

    • Des auteurs anars usuels sont cités : Emma Goldman, Élisée Reclus, Murray Bookchin, Errico Malatesta, etc.

    Le déjà-là anarchiste :

    • Les communistes espagnols étaient d'accord avec les libéraux pour écraser la révolution anarchiste qui s'est déroulée pendant la guerre d'Espagne (1939) au motif que la priorité était la démocratie bourgeoise ;

    • Mandchourie (Chine) écrasé par les Japonais et Staline ;

    • 2 millions d'Ukrainiens anars écrasés par l'armée rouge ;

    • Rojava (Syrie) : communalisme, c'est-à-dire communes locales fédérées + communes thématiques (jeunesse, cinéma, etc.) + assemblée nationale et exécutif. Les femmes participent à l'effort de guerre et éduquent, y compris les hommes, à la place des femmes dans l'histoire ;

    • Chiapas (Mexique) : communautés + commune (conseil municipal élu) + fédération par zone + fédération "de bon gouvernement" (aucune idée de ce que c'est). Consensus, allers-retours entre les strates hautes / de pouvoir et les strates basses (boulot à la con), droit coutumier ;

    • Les communautés libres à la fin du 19e / début du 20e siècle auraient échoué en partie car tout le monde n'adhère pas à l'amour libre ;

    • Mon avis : c'est toujours les quelques mêmes exemples qui reviennent. Or, ils se placent chacun dans un contexte éco / géo / politique particulier (zone de guerre, absence de matières premières, etc.), une temporalité éphémère ou courte, et à une échelle micro-locale (donc l'intégralité de la division du travail n'est pas assumée, donc le développement sera limité). Pas sûr que ce soit transposable… Le Chiapas permet à Coca-Cola d'extraire 100 millions de litres d'eau par an… alors que 12 millions d'habitants n'ont pas accès à l'eau potable (source), donc on est loin de l'égalité et de l'indépendance.

      • De même, l'autogestion d'une société commerciale coopérative ne remet pas forcément en cause le capitalisme, la compétitivité, etc., car les salariés voudront se dégager un salaire (et ne pas perdre de plume si participation au capital) donc être rentables, donc ils décideront ce qui va dans leur seul intérêt, sans respecter ce que veut le client ou les exigences du territoire. De même, comme dans toute entité, il y a des personnes plus responsables que d'autres déclarées aux autorités et qui assumeront les risques juridiques, donc celles-ci vont contraindre les actions afin de se protéger. C'est moins pire, ça permet de pratiquer le communisme-libertaire, donc de voir ce qui marche ou non, mais ce n'est pas une alternative en soi, car le problème est systématique.

    Parcours politique d'Attard :

    • Des huissiers de l'Assemblée nationale, le bâtonnier de Paris, et autres la prenne pour une assistante. D'autres, surtout des mecs la cinquantaine passée, se montrent impolis avec ses collaboratrices (et les prennent de haut) alors qu'ils sont tout mielleux avec elle (elle les recadre) ;

    • Ça a été une tannée pour participer à l'Assemblée lorsqu'elle s'est retrouvée temporairement en fauteuil roulant suite à un accident ;

    • Elle a distribué sa réserve parlementaire à des projets choisis par des citoyens tirés au sort (parmi bien peu de volontaires) ;

    • Elle percevait à la fois de la défiance des citoyens (à Nuit debout, par ex.) et des politiciens (ses prises de position sur l'état d'urgence, le numérique, l'usage des deniers publics, etc. l'en éloigne), au point de se demander quelle était sa place ;

    • Désillusions : mésusages des frais de mandat (IRFM) ; Assemblée = chambre d'enregistrement de l'exécutif ; logiques des partis (je vote pour sauver ma prochaine investiture) ; chiffon rouge (insérer un article scandaleux dans un projet de loi afin d'exciter tout le monde et d'occuper le temps de parole) ; logique de la maigre avancée (dans un projet de loi, insérer une disposition clé des oppositions afin qu'elles votent le texte au nom de cette petite avancée alors que tout le reste est une régression) ; cirque / théâtre permanent (prises de parole, mais tout est joué d'avance, etc.) ; désillusion aussi sur Nouvelle Donne (choix opaque des statuts, gestion calamiteuse des salariés et de la thune) et sur la possibilité d'existence d'un parti réellement démocratique ;

    • Malgré tout, elle se présente à un deuxième mandat en 2017. Cela m'a fait tiquer à l'époque : au début, elle avait dit se présenter pour un unique mandat, et revenir sur sa parole n'est généralement pas bon signe. Elle s'en justifie dans ce livre : elle voulait donner de la voix aux conventions citoyennes pour élaborer la loi et à des projets locaux. Mouais…

    Quelques pratiques d'autogestion :

    • Pas de sachant. Un capitaine tournant afin de donner confiance en soi et de développer la réflexion et l'analyse. Ne pas rabaisser. CNV. Rôles tournant dans une réunion (gardien du temps, animateur, pousse-décision, coach, etc. Laisser le temps (les collègues ne vont pas participer tout de suite). Avec le recul (et une légère pratique), je ne suis pas convaincu : au final, le dernier mot va au chef, il est responsable de l'équipe, et si la solution proposée ne répond pas aux besoins ou objectifs définis par son chef, il la retoquera… Du coup, impossible de s'opposer à une décision idiote ou contre-productive, les sous-fifres pourront juste arrondir les angles ;

    • Ne pas obéir aveuglement, travailler moins, saboter, boycotter.

    Baratin :

    • Athènes au 5e siècle serait une vraie démocratie, blablabla. Réfutation ici et là ;

    • Attard nous ressort le mythe du nuage de Tchernobyl qui s'arrête aux frontières. Aucun officiel français n'a dit ça ;

    • Attard nous joue Calimero : "c'est difficile de parler d'anarchie, la preuve, quand je l'ai fait, à la fin de mon mandat, de potentiels employeurs m'ont boudé". Mouais, ça me semble être une conséquence à plusieurs facteurs : d'autres députés ont eu du mal à retrouver du taff ; Ça dépend aussi du taff recherché (directrice de musée = peu de places, la place est cher, les élus locaux ont toujours quelqu'un à caser), du carnet d'adresses politique (et de sa volonté ou non de le faire fructifier), de la capacité de l'employeur à admettre qu'un unique mandat politique ne signifie pas être nul, etc.

    Divers :

    • Carnet B : principal fichier de surveillance de la 3e République française. Tous les perturbateurs de l'ordre public donc antimilitaristes, anars, etc. ;

    • Droit d'accès à la nature : droit, dans les pays nordiques, de profiter de la nature et de ses fruits sans respecter la propriété privée, sous conditions (loin des habitations, ne pas saccager, etc.) ;

    • Stuga : maison secondaire suédoise soi-disant pour faire des retraites nature, mais Wikipédia laisse à penser que l'aspect "strict nécessaire" a disparu ;

    • Servir, c'est plus qu'obéir, c'est devancer les désirs, c'est donner des gages, c'est recevoir les ordres avec gratitude ("trop content que tu me demandes ça"), c'est sur-obéir ;

    • Emma Goldman à propos des poseurs de bombes anars durant la propagande par le fait (1890-1914, attentats ciblés contre les chefs d'État, les patrons, les magistrats, etc. afin de convaincre les ouvriers de la nécessité d'une insurrection) : personnalités excessivement sensibles qui ne peuvent vivre dans l'indifférence face à la misère et à l'iniquité humaine et dont le déchirement de leur âme torturée se traduit par un acte violent.

    P.-S. : j'ai lu ce livre en 2020.

    01/08/2023 18:15:01 - permalink -
    - https://www.seuil.com/ouvrage/comment-je-suis-devenue-anarchiste-isabelle-attard/9782021440355
    fiche-lecture
  • Libérez-vous de votre smartphone - Korben

    Livre du blogueur Korben qui se veut être un guide pratique pour réduire son utilisation de son smartphone.

    Korben serait passé par là suite à une hausse de son niveau de stress liée à une surcharge de travail. Or, comment se poser quand on reçoit des notifs en permanence ? Bien sûr, on ne vient pas à bout d'une surcharge de travail et de son mal-être en mettant simplement son smartphone de côté, et tel n'est pas mon propos ni celui de l'auteur (qui s'organise mieux, qui a pris du recul sur son travail, qui s'est mis au sport et à une nourriture plus saine, etc.).

    Ça donne un livre illustré, direct (pas de circonvolution), et structuré sous forme d'un tutoriel progressif (car on ne stoppe pas "l'addiction" d'un seul coup net). Sur le fond, j'aurais rien à dire puisque je n'ai jamais eu besoin de me désintoxiquer de mon smartphone.

    Pourquoi réduire son utilisation de son smartphone ? Santé physique (vue, cou, articulations, sommeil) et mentale (déprime, angoisse, peur de manquer / de l'ennui / de la solitude), perturbation des relations sociales (on zieute son smartphone au lieu d'écouter, de vivre l'instant présent), baisse de la mémoire (car à force d'avoir tout dans son agenda, carnet d'adresses, blablabla, pipeau !), un potentiel cancer lié aux ondes qu'il vaut mieux prévenir que guérir (… … …).

    Certains des conseils peuvent également être appliqués par les non-accrocs ou les voyageurs : désinstaller un max d'appli, au besoin utiliser la version web (effort supplémentaire, moins de flicage) ; tél et SIM bas de gamme en vacs pour limiter le préjudice d'un vol ou d'une perte ; personne n'a obligation de se rendre disponible dans l'immédiat ; restreindre l'accès à ses réseaux sociaux / trier ses "amis".

    Plusieurs sous-chapitres sont redondants (un appareil par usage = remplacer son smartphone par 1) téléphone, 2) agenda papier, 3) montre, 4) réveil, 5) une prévision de ses itinéraires ; mode avion = éteindre son téléphone pour se concentrer = couper la data et le wifi = éloigner son téléphone) et un même conseil revient dans plusieurs sous-chapitres.

    Conseils :

    • Suivre son activité, sur quelles applis passes-tu le plus de temps ? (Android et IOS proposent un tableau de bord) ;

    • Trier ses applications sur son bureau (et dans la barre de menu) afin de ne pas avoir sous les yeux les plus addictives (mouaaaais, elles vont émettre des notifs ou tu iras les chercher) ;

    • Désactiver les notifs pas pertinentes (Uber = pertinent durant une course) ;

    • Mode ne pas déranger sauf certains numéros ;

    • Désactiver le répondeur vocal (dépiler prend du temps et peut angoisser quand on ne comprend pas et que l'interlocuteur n'est pas joignable) ;

    • Choisir un forfait avec une faible quantité de données mobiles (mouais… attention au hors forfait, les addictions sont tenaces) ;

    • Parler de sa dépendance pour sensibiliser son entourage et déculpabiliser ("si je ne réponds pas, c'est que je me soigne") ;

    • Mettre un fond d'écran "profite de l'instant présent" (ou autre) ou mettre un code de déverrouillage compliqué ou un chronomètre qui tue une application après un temps défini afin de tenter d'interrompre un geste machinal ou, à défaut, d'en prendre conscience ;

    • Pas de tél dans la chambre (l'électrosensibilité est évoquée à nouveau… … …), lire, adopter un réveil ;

    • Ne pas se connecter dès le réveil, s'octroyer du temps pour une activité ;

    • Ne pas sortir avec son smartphone pour de courtes distances ou des tâches simples (j'approuve, y'aura toujours quelqu'un pour prêter un tél en cas d'urgence) ;

    • En soirée / restau, défier ses amis ("le premier qui zieute son tél paye la tournée") ;

    • Essayer la détox (plus de smartphone durant X jours consécutifs) ;

    • Définir des créneaux quotidiens (ou une limite) d'utilisation du smartphone pour tel et tel usage ;

    • Utiliser un objet par fonction (mp3, réveil, agenda, etc.), ça évite d'être attiré par un autre usage du smartphone ;

    • Se déplacer sans chargeur / batterie supplémentaire afin de se forcer à limiter son usage (y'a vraiment des gens qui se trimballent H24 un chargeur ou une batterie ? :O ) ;

    • Faire garder son smartphone afin de ne plus y avoir accès (… … …) ;

    • Configurer son smartphone pour afficher en niveaux de gris (c'est possible sous IOS) afin de le rendre moins attractif ;

    • En loisir (sport randonné, etc.), considérer son smartphone comme un outil de dernier recours pour se sortir de la panade, pas comme un outil de confort ;

    • Mesurer sa progression (d'où le suivi des usages), se récompenser (restau après le franchissement de tel cap), combler par d'autres activités ;

    • Séparer les usages pro et perso.

    P.-S. : j'ai lu ce livre en 2020, donc j'ai la version auto-éditée de 2019 (couverture bleu clair), et j'en avais fait un très concis résumé dans mon article « (Presque) trois ans sans smartphone ».

    31/07/2023 19:03:58 - permalink -
    - https://www.librinova.com/livres-vendus/korben/liberez-vous-de-votre-smartphone
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  • Cyberminimalisme , Karine Mauvilly, Sci... | Editions Seuil

    Un livre qui se veut pratique pour prendre de la distance avec le numérique.

    Pourquoi réduire son utilisation du numérique ? Écologie (déchets, minerais rares), flicage (point assez peu développé), sécurité (fuites de données via, par exemple, les objets connectés), économie de l'attention, baisse de nos facultés comme notre mémoire, notre sens de l'orientation, ou notre empathie (ces points ne seront pas argumentés), et absence d'un aspect humain du numérique (ce n'est pas explicité autrement que comme la préservation du petit commerce et des rapports sociaux, alors que le numérique a pour lui de gommer une partie des handicaps).

    Là encore, beaucoup de baratin :

    • L'auteure emploie le mot « digital » à gogo. Plusieurs définitions sont erronées : hacker, fin du RTC qui forcerait l'usage d'une box (le problème est ici l'interopérabilité des flux TV et téléphonie). Point culminant : la box Internet convertirait un signal téléphonique en signal web ‒ sic ‒) ;

    • Plusieurs points peinent à me convaincre : l'auteure fait comme si la diffamation, l'injure, la désinformation, les mauvaises rencontres, etc., n'existaient qu'AFK (qu'Internet prolonge H24 le pouvoir de nuisance de harceleurs, je suis d'accord, mais ce n'est pas tout à fait la même chose) ; il faudrait veiller à sa réputation en ligne, c'est contraignant (ha, il ne faut pas faire de même AFK ? Quelle est la limite entre contrôler sa réputation et la pudibonderie ? ‒ tout le monde a déjà fini torché ‒) ; contrairement à l'écriture manuscrite, la saisie rapide au clavier n'est pas une reformulation, donc on n'assimilerait pas les notions (parce qu'en classe, avec un stylo, on reformule le baratin du prof ? Le clavier oblige à ne pas reformuler ? Certaines personnes ne mémorisent-elles pas plus efficacement en écoutant alors que d'autres y parviennent en écrivant ou en lisant ?) ; rien ne serait aussi efficace que la conversation ou le jeu pour apprendre (du coup, l'école ? :)))) Le numérique permet également d'expérimenter plus facilement genre devenir rédacteur d'un journal avec un peu d'audience) ; les écrans impacteraient les résultats scolaires (je vois une corrélation, mais pas de causalité, ça me semble être une conséquence à plusieurs facteurs) ; les intermédiaires techniques pourraient abuser (oui, comme la librarie du coin, ce n'est pas une spécificité d'Internet, c'est plus une question de taille) ;

    • Plusieurs des solutions référencées font vieille France : toute la maison téléphone via un fixe situé au milieu de la maison (et la vie privée ? T'as vraiment envie de savoir quand ta gamine va se faire troncher ?) ; le numérique devrait venir en récompense (de résultat scolaire)… pire moyen d'éduquer… ; pratiquer un maximum d'activités en famille genre film ou musique (à moins d'avoir des parents tolérants, ça va conduire à du conformisme) ;

    • L'auteure peine à faire la part des choses entre les conséquences négatives intrinsèques à la technologie et celles liées aux usages, notamment formatés par une économie capitaliste. Une sortie du numérique est préférée par rapport à des ressources numériques éthiques (Mutins de Pangée, radios associatives diffusées sur le web, réseaux sociaux libres, etc.). De même, l'auteure préconise l'achat d'objets dédiés à une seule fonction (appareil photo disjoint du téléphone, par ex.), car ça limite de facto la possibilité de se laisser harponner par une appli / un autre usage (source). Or, la convergence numérique, qui, certes, peut entraîner des impacts néfastes, permet, à l'heure actuelle, de consommer moins de minerais rares et de produire moins de déchets ;

    • D'après une étude danoise de 2015, des personnes qui ont quitté Facebook se déclarent heureuses. Sauf que l'étude dure une semaine, que c'est déclaratif, et que l'échantillon n'est pas représentatif.

    Le reste est correct :

    • Il n'y a pas de fatalité liée au numérique et aux smartphones. Plein d'initiatives permettent d'exercer une forme de contrôle (LQDN, Framasoft, logiciels libres, Écran Total, etc.) ;

    • L'auteure égrene les effets néfastes du numérique (j'ai déjà listé ici la plupart de ceux liés à la marchandisation de l'attention) : les écrans retardent le sommeil et en affectent la qualité ; les écrans ne véhiculent pas les émotions ; rêvasser, ce qui suppose de stopper les interruptions incessantes, permet de créer et/ou de réfléchir ; le fait de faire plusieurs choses simultanément nous fatigue et nuit à notre productivité (dans le sens on a tous besoin d'accomplir chaque jour des tâches afin d'en retirer une satisfaction).

    Solutions :

    • Collectives : exiger que les services publics demeurent en présentiel et en papier ; favoriser la réparation de nos bidules électroniques ; proposer de la formation ; adopter un droit à la non-connexion (l'auteure rêve complet, à mon avis) ;

    • Individuelles : renouveler son matériel en fonction des besoins, pas de la mode ; acheter d'occasion ; acheter en présentiel afin de préserver les commerces des centre-villes et de ne pas transformer tous les emplois en emplois dans un entrepôt ; limiter le temps devant les écrans, surtout avant de dormir ; pas de téléphone ni d'ordinateur individuel avant 15 ans (d'où sort ce chiffre ? pourquoi pas 14 ou 16 ans ?) ; utiliser des logiciels et systèmes libres ; ne pas évaluer un service / une personne à tour de bras ; profiter de la vie sans être un VRP de soi donc sans raconter toutes nos sorties sur le web ; renoncer aux applications facilitatrices de sorties et se laisser vivre ; réduire sa liste d'amis (nombre de Dunbar : un humain ne pourrait pas entretenir des relations avec plus de 100 à 230 personnes ; au-delà, plus de confiance ni de comm', donc le fonctionnement du groupe n'est pas assuré ‒ ceci dit, veut-on que nos amis fonctionnent ? l'analyse de Dumbar est-elle pertinente dans ce contexte ? ‒, il faudrait ajouter une hiérarchie et des règles pour piloter le groupe) ; se méfier du faux collaboratif, de la fausse économie du partage, qui cache celle de la précarité (louer un gardien ou un cuisinier) ; refuser la numérisation de données personnelles à l'école (notes, absences, devoirs), à l'hosto (refuser le Dossier Patient Informatisé, le codage, etc.), au travail (entretien annuel), etc. (bon courage, c'est juste impossible !).

    Notes :

    • La différence entre le téléphone au volant et une causerie avec un passager : le téléphone requiert une attention continue (un silence vaut relance), alors qu'un passager s'adapte à la situation routière, à la météo, à la fatigue du conducteur, etc. ;

    • Un bureau (le mobilier, pas la pièce) Lean / règles des 5S japonaises (minimalisme, froid / pas de personnalisation, interchangeable) réduirait la productivité de 15 à 30 % par rapport à des bureaux enrichis par les salariés. Attention, il s'agit du résultat d'une unique étude (de 2010, de l'université d'Exeter), donc prudence ;

    • Quand tout est facile, notre vie se résume à agencer des activités interchangeables.

    P.-S. : j'ai lu ce livre en 2020 et j'en avais fait un très concis résumé dans mon article « (Presque) trois ans sans smartphone ».

    31/07/2023 15:15:03 - permalink -
    - https://www.seuil.com/ouvrage/cyberminimalisme-karine-mauvilly/9782021402612
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  • La civilisation du poisson rouge (Grand format - Broché 2019), de Bruno Patino | Grasset

    Un livre consacré à la marchandisation de l'attention à l'ère du numérique (je rappelle que la vente du temps de cerveau humain disponible est antérieure aux réseaux sociaux numériques).

    Ce bouquin alterne entre le baratin et le vrai…

    Commençons par le baratin :

    • Le titre lui-même est pipeau. D'après Google, le « temps d'attention » / « temps de concentration » d'un poisson rouge serait de 8 secondes alors qu'il serait de 9 secondes chez les milléniaux (génération Y). Sur le web, on trouve un autre couple de chiffres relayé par Microsoft : poisson rouge = 9 secondes, milléniaux = 8 secondes. Mettez-vous d'accord ? L'attention / concentration n'est pas définie : est-ce la réaction à un stimuli extérieur ? Est-ce la capacité à se concentrer sur un sujet qui nous passionne ? Etc. D'autres personnes ont déjà souligné l'absence de crédit scientifique de ce chiffre : 1, 2 ;

    • Tim Berners-Lee, déçu par sa création (le web), créerait un « contre-Internet ». Sans plus de précision. Qu'il s'agisse du projet Solid ou d'autre chose, il n'y a point de contre-Internet (ni conceptuellement, ni en pratique) ;

    • Une étude publiée dans le Journal of Social and Clinical Psychology évalue à 30 minutes/jour le temps maximal d'exposition aux réseaux sociaux et aux « écrans d'Internet » (sic) au-delà duquel apparaît une menace pour la santé mentale (quelle menace ?). Pipeau : faible échantillon, faible durée de l'étude, déclaratif ;

    • On ressort le vieux cliché du quai de gare où tout le monde a les yeux rivés sur son smartphone, plus personne se cause ni se regarde olala c'est la fin de la civilisation. Mouais, il y a un siècle, les journaux remplaçaient les smartphones. Bien sûr que l'ingénierie derrière les sites web consultés avec le smartphone actionne, d'une façon nouvelle, des pulsions humaines, et c'est de ça dont il faut parler ;

    • L'auteur utilise les mots « hackers », « expérience utilisateur », « post-vérité », « post-information », « web 1.0 », « web 2.0 », « web sémantique », etc. sans les définir ou sous leur seul aspect négatif. De même, plusieurs grands mots creux sont utilisés pour appuyer le propos mais sans être définis, comme data-capitalisme ou technocapitalisme (olala, ça impressionne) ;

    • Internet entraînerait la fin des mythes collectifs, donc la destructuration de la société. Olala, ça fait peur. Quid des complots ou des histoires écrites collectivement (backrooms, par ex.) ou des mèmes récurrents que l'on trouve en masse sur le web ? Ce n'est pas forcément les mêmes mythes qu'avant, donc ça peut être déconcertant, mais de là à déstructurer une société humaine… ;

    • On terminera par le transhumanisme, l'IA (pourtant plutôt bien défini dans le premier chapitre), etc. qui vont nous faire des choses fortement désagréables mais on ne sait pas encore quoi (olala, ça fait peur).

    Sur le reste, ce livre vise juste :

    • Il rappelle quelques-uns des effets des techniques de capture de l'attention mises en œuvre par des multinationales capitalistes afin de maximiser leur gain : "addiction" liée à la récompense aléatoire qui découle de la présentation des contenus, du scroll infini et des notifications incessantes, approbation-récompense par les likes / commentaires (et mal-être quand on en a moins), anxiété devant des contenus toujours plus angoissants (plus que la presse, notamment les chaînes d'info en continu ?), peur de manquer / de paraître ignorant (c'était si facile de savoir, pourquoi suis-je à la bourre ?), moins d'oubli (qui harmonise les relations humaines), les interruptions incessantes qui nuisent au besoin de compléter des tâches "complexes" afin d'en tirer satisfaction, uniformisation des contenus, biais de conformation par l'effet de bulle de filtres (pour moi, il est inhérent à tout groupe social ‒ la famille, les amis, les profs, sont de très bons prescripteurs ‒ et à toute recherche, précisément car on la débute par ce qu'on connaît d'un sujet), biais de représentativité, biais de répétition, impatience (on veut une réponse immédiate à une qustion précise sans étudier le sujet attenant), fausses nouvelles (pour moi, rien de neuf : tous les gouvernements mentent partiellement et tous les journaux présentent les faits d'une manière erronée ou partielle qui sert leur ligne éditoriale, d'où la nécessité de la pluralité), effet Rashōmon : plusieurs récits d'un même fait font disparaître la vérité (rien de neuf, on pensera à la vérité alternative de Trump mais aussi à tous les contre-feux médiatiques des façonneurs d'image dont les efforts titanesques de l'industrie du tabac), etc. ;

    • L'auteur explicite qu'il ne s'agit pas d'un problème avec la technologie, ni d'une perte de culture, mais d'une mutation d'un système utopique (ainsi est présenté Internet) vers l'économie de l'attention. Il s'agit d'un choix politique (organisation de la vie en commun). Il ne peut y avoir d'éthique tant que le paramétrage des algorithmes s'explique par des considérations économiques (dégager un max de revenu publicitaire) ;

    • La fin se veut légèrement plus posée que le baratin qui la précède immédiatement : le transhumanisme et l'IA sont encore au stade du blablabla, les algorithmes déçoivent, le refus de l'économie de l'attention n'équivaut pas à un refus du numérique, ce modèle économique est néfaste, mais il en existe d'autres, etc.

    L'auteur propose majoritairement des solutions systémiques (= pas basées sur des gestes individuels) :

    • Régulation : champ et application des algorithmes (afin de différencier contenu et pub, de ne pas jouer sur les pulsions humaines, etc.). Je pense que c'est illusoire : le moindre journal, la moindre prise de parole joue sur les émotions (tristesse, nostalgie, colère, dégoût, etc.) ;

    • Trouver un cadre juridique entre le statut de l'hébergeur et celui de l'éditeur. Bon courage, y'en a qui réfléchissent depuis des décennies… ;

    • Offres alternatives à l'économie de l'attention. L'auteur ne pense pas à des solutions techniques (comme la décentralisation), à part une « IA écologique » (sic et lol) ou des algorithmes émancipateurs (lol), mais à des solutions politiques (comme les médias publics ont été un contre-pied aux puissances d'argent) ;

    • Créer des lieux géographiques et des moments sans sollicitation numérique. J'avoue que les relous qui dégainent leur tél quand tu leur causes, ça a toujours été un no-go pour moi ;

    • Éduquer. Ouais, ça atténuera la portée et l'emprise des mythes et du bullshit (transhumanisme, transnational, IA, etc.), hein ;) ;

    • Modération personnelle de son usage des plateformes qui capturent l'attention.

    P.-S. : j'ai lu ce livre en 2020 et j'en avais fait un très concis résumé dans mon article « (Presque) trois ans sans smartphone ».

    31/07/2023 09:55:10 - permalink -
    - https://www.grasset.fr/livre/la-civilisation-du-poisson-rouge-9782246819295/
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  • Il est où, le bonheur

    Énième livre de François Ruffin pour lequel il n'y a pas de lutte climatique sans lutte des classes et sans lutte sociale. Le réchauffement climatique éteindrait la guerre des classes au nom d'un intérêt humain supérieur ? Sur les revenus, la fiscalité, etc. les dominants se moquent du sort commun, ils font sécession, mais il faudrait être écolos tous ensemble ? Cette fois-ci, ils vont accepter les nouvelles règles du jeu ?

    Les arguments sont éculés (les riches polluent plus, etc.), sauf un : pour remporter la lutte climatique, il faudra au préalable changer d'imaginaire / de mentalité : adieu la société de consommation / de l'abondance, etc. Le sociologue Veblen a constaté qu'une classe sociale envie la classe immédiatement supérieure (un temps, Ruffin illustrait ça par les nobles français qui suivaient la mode impulsée par le roi). C'est en cela que la classe supérieure doit donner l'exemple : pour impulser le changement.

    Ruffin propose de ne pas se fissurer sur les prolos pas écolos (ils voudraient le carburant pas cher, ils ne voudraient pas isoler leur maison, blablabla), car on a besoin des prolos et des intellos de gauche. Quand les Goodyear veulent préserver leurs emplois dans un secteur climaticide, bien sûr qu'ils pensent à leur gueule, et c'est le rôle des intellos et des politiciens d'accompagner la lutte, de parler de réduction du temps de travail (à rémunération égale ? Ruffin ne le dit pas) par ex., ce qui n'a pas été fait, et a donné une image individualiste à leur mouvement social. Quelles solutions (carotte et bâton) apporter pour initier le changement systémique ? Quelle direction, quel horizon ? Parce que si c'est pour avoir une taxe carbone sur les carburants qui n'est même pas affectée à des mesures pro-climat…

    Ruffin pose également les premières briques de ce qu'il développera dans Fakir durant et après le Covid : quel est le sens de l'existence, qu'est-ce que le bonheur ? Découle-t-il du progrès technique ou de la consommation ? L'ONU, comme d'autres, rappelle que, si les premières étapes du développement économique procurent le bonheur, au-delà de 20-30 k$ de revenu national par habitant, il n'y a plus d'effet sur l'espérance de vie ni sur le ressenti (sondages "êtes-vous satisfait de votre vie ?").

    Gramsci écrivait que, quand une classe est dominante par la coercition, c'est que le peuple ne croit plus en son idéologie. Ce qui fait dire à Ruffin que plus grand-monde ne croit à la croissance, à la compétitivité, à la mondialisation, etc. Reste l'hypothèse d'un système qui nous embarque tous, alors ?

    Notes :

    • Origine du CETA : table ronde de l'énergie (pétrolière) + 17 lobbies (pharma, chimie, etc.). Représentant : Jason Langrish. Les jeunes pour le climat (Youth for Climate) se seraient dégonflées sur le CETA : ils n'auraient rien eu à dire, c'est un sujet technique, etc. ; Tactique assumée : ne pas braquer ; ils se seraient fait impressionner lors d'une réception privée à l'Hôtel de Lassay ("le bon sens invite à sauver la maison commune") lors de la venue de Greta ;

    • Dans un salon, des yachts sont estampillés écolos. Ruffin demande en quoi ils le sont. Le carburant n'est pas pris en compte (car c'est de la responsabilité du proprio de faire un usage modéré du yacht, blablabla). Les plans sont conçus sur ordinateur, donc c'est vert :D ;

    • D'après le CRÉDOC, les voyages et le numérique plombent le bilan écolo des riches, et leurs gestes (consommer + de bio, - de viande, contrat électrique vert, etc.) n'y changent rien. Mouais… L'impact environnemental du numérique est encore très méconnu (les chiffres de l'ADEME sont pifométrique) et, par le passé, le CRÉDOC a surévalué les usurpations d'identité ;

    • Modèle prédictif HANDY qui tient compte des effondrements sociétaux précédents (romains, mayas, etc.). Des disparités économiques trop fortes et une sur-exploitation de la nature peuvent toutes deux, et indépendamment, entraîner un effondrement de la société. Mais, en l'absence de stratification économique, le tir est plus facile à rectifier.

    • Ruffin s'étonne des sondages qui mesurent en même temps une défiance envers les partis politiques, et une confiance envers un gouvernement informé pour prendre les bonnes décisions sur le climat. Pour moi, c'est la lâcheté habituelle : "laissons d'autres personnes faire le sale boulot, et tant que ce n'est pas fait, ne pas changer mes pratiques". C'est oublier que l'action politicienne ne suffit pas :

      • Le rapport Villermé, à l'origine de la première loi française de 1841 limitant le travail des enfants, n'a pas suffit ;

      • Ce sont les actions de 1904 (boycott, marches, vitrines brisées, patrons menacés, pillage, etc.) qui amènent la loi de 1906 abrogeant le travail le dimanche (Ruffin ne dit pas qu'elle est partielle, que plusieurs métiers ne sont pas concernés, qu'il faudra attendre 1919) ;

      • La première caisse sociale est née en 1906 suite à une grève dans un atelier. Ça part du bas, ça se professionnalise (1/3 de la population est couverte par des caisses privées avant la 2e guerre mondiale), le peuple arrive en haut par les urnes, Ambroize Croizat crée le régime général de sécu ;

      • Les grèves massives de 1934 permettent les actions du Front Populaire de 1936.
    • La démocratie, c'est autoriser le conflit, le ritualiser, l'organiser, pas feindre un consensus ;

    • Gary Becker, économiste néo-libéral, déclare, en 1993 : « Le droit du travail et la protection de l’environnement sont devenus excessifs dans la plupart des pays développés. Le libre-échange va réprimer certains de ces excès en obligeant chacun à rester concurrentiel face aux importations des pays en développement » ;

    • "Il faut attendre le retour de la croissance pour redistribuer" : rien dit que le gâteau sera distribué plus équitablement qu'aujourd'hui ;

    • Les petits gestes écolos vident l'écologie de sa substance avec pour finalité que chacun se dise qu'elle est du bullshit.

    P.-S. : j'ai lu ce livre en 2020.

    30/07/2023 16:49:32 - permalink -
    - http://www.editionslesliensquiliberent.fr/livre-Il_est_o%C3%B9,_le_bonheur-586-1-1-0-1.html
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  • Utopies réalistes , Rutger Bregman, No... | Editions Points

    Ce livre présente la faisabilité de trois grandes utopies : fin de la pauvreté (par le revenu de base), réduction du temps de travail, et suppression des frontières. Pourquoi celles-ci plus que d'autres ? Aucune idée.

    Vu que les utopies présentées ne sont pas novatrices, on s'attend à de solides arguments, mais, rien de neuf (mais il y a des chiffres et des graphiques sourcés sur la réduction du temps de taff, l'absence de lien entre PIB et bien-être, les inégalités, etc.) :

    • Fin de la pauvreté : la pauvreté a un coût (services sociaux, flics, justice, médecine, y compris psychiatrique), elle abîme la société (défiance envers les politiciens, privation de talents trop occupés par leur charge du quotidien, réduction de la solidarité ‒ un humain est plus solidaire quand ça lui profite aussi, d'où la nécessaire inconditionnalité du revenu de base ‒, etc.), le PIB n'est pas synonyme de bien-être (hausse de l'instruction, réduction de la mortalité infantile, hausse de l'espérance de vie, baisse du taux d'homicides, de la dépression, de la population carcérale, de l'immobilité sociale, etc.), cf. étude de Wilkinson et Pickett ;

    • Réduction du temps de travail : ça réduit le stress, les inégalités, le chômage, ça émancipe, y compris les femmes (mouais, du travail pour tous ne signifie pas du travail de qualité pour tous…). Il faudrait taxer les bullshit jobs, taxer pour inciter à embaucher plutôt qu'à payer des heures complémentaires, taxer le capital (pour contrôler le progrès technique dont l'auteur ne dit rien de l'utilité et du contrôle social qu'il opère), réallouer les gains de productivité ailleurs que dans la consommation dans le but d'entretenir la production et donc les profits (en France, la productivité a aussi servi à réduire le temps de travail : au 19e siècle, on était en moyenne moins payé pour 3 100 heures/an de travail que pour nos 2 000 heures actuelles) ;

    • Suppression des frontières : ça restreindra les inégalités de richesses au niveau mondial (à mon avis : non, tout dépend de comment on l'organise, pour servir quels intérêts, etc., comme d'hab).

    Plusieurs arguments sont douteux :

    • L'Alaska aurait un revenu de base depuis bien longtemps… Non, ni en montant, ni en origine (pétrole, gaz) ni sur la méthode (bourse) ;

    • L'auteur évoque la loi de Speenhamland qui est un revenu complémentaire afin de garantir un minimum, pas un revenu de base inconditionnel qui émancipe du salariat. Il y a d'autres confusions du genre (comme la proposition de Nixon d'un revenu conditionné au retour à l'emploi) ;

    • Les exemples historiques de temps de travail ne sont pas forcément pertinents. 1 500 heures/an de taff en France dans les années 1300, mais le temps libre était beaucoup alloué à l'Église (il n'était donc pas une concession faites aux "travailleurs" ni aux loisirs), la diversité des activités productives était moindre, et il faudrait vérifier comment est calculé ce chiffre car une moyenne dans une société bipolaire (seigneurs / serfs) a peu de sens ;

    • Il y avait peu de frontières et de passeports avant la 1ere guerre mondiale. Peut-être car peu de gens voyageaient ? L'aviation grand-public, la voiture moderne, la réduction du temps de travail (congés), ont densifié les flux.

    Au final, ce livre ne traite pas d'utopies radicales (qui tentent de résoudre un problème à sa racine) : point de fin du salariat, point de communisme, point de fin de l'héritage patrimonial ou du crédit bancaire, etc. De même, les solutions proposées sont sociales-libérales (taxation, aides sociales dont revenu de base, etc.), donc mollassonnes. Le déjà-là peine à convaincre.

    Notes :

    • Nous avons bâti le pays de l'abondance, donc nous n'avons plus d'ambition ni de projet. Nous faisons des calculs économiques, nous réparons les problèmes techniques, nous satisfaisons nos exigences de consommation. D'où le vide ressenti : quel intérêt de se lever le matin ? La société de l'abondance était une utopie… que nous avons transformé en dystopie (obésité, dépression, surconsommation, taff dénué de sens, etc.) ;

    • Dans le cadre d'un sondage, 12 % des jeunes de 1950 affirment être spéciaux, contre 80 % de nos jours (attention aux biais habituels : représentativité de l'échantillon, etc., et, dans le cas présent, les sondages étant réalisés à plus de 60 ans d'écart, il faudrait vérifier que la question posée est la même, que le vocabulaire utilisé porte toujours le même sens dans l'esprit des gens, etc.) ;

    • Distribuer des aides sociales dans une société de consommation sert à rien, car, sans maîtrise des désirs, tout le monde voudra toujours acheter la dernière merde ;

    • La mondialisation a-t-elle freinée le progrès technique ? Travailleurs du clic, enfants de pays pauvres, etc. au lieu de robots ;

    • Il est difficile de changer d'opinion car ça consiste à changer de place dans un groupe social (Église, famille, amis, etc.) alors que l'humain veut froisser personne par peur de l'exclusion (cf. expérience d'Asch : les humains nient l'un de leur sens pour se conformer à un groupe, mais une voix dissonante suffit à les réveiller). Sans compter que ce changement d'opinion et de place induit une forme de changement d'identité.

    P.-S. : j'ai lu ce livre en 2020.

    30/07/2023 11:28:26 - permalink -
    - https://www.editionspoints.com/ouvrage/utopies-realistes-rutger-bregman/9782757874097
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  • Comme un empire dans un empire de Alice Zeniter - Editions Flammarion

    Un roman centré sur une hackeuse spécialisée en doxing et un assistant parlementaire.

    L'une, qui aspire à changer les choses depuis la marge, nous parle d'Anonymous, d'Assange, de Snowden, du lulz, des zero-day, de la société de la surveillance diffuse (tout le monde surveille tout le monde, notamment entre conjoints), de la do-ocratie (qui est ici défini comme faire sans attendre et convaincre les autres uniquement si t'as besoin d'eux), de son boulot alimentaire de merde (domination, infantilisation, effet de groupe), de l'évolution des mouvements hackers et politiques autour d'Internet dans les années 2010, etc.

    L'autre, qui aspire à changer les choses de l'intérieur, nous parle de son désarroi, de sa lassitude, du cynisme, de la lâcheté et de l'inaction de son député PS de patron, de la petite politique, de l'amplitude horaire de son taff qui ne lui laisse pas l'opportunité d'écrire un bouquin, etc. Il y a une symbiose avec les désillusions d'Isabelle Attard et les propos de Ruffin sur "les députés sont des technocrates au service de l'exécutif, l'Assemblée nous étouffe, aucune vision politique, etc.".

    J'ai été déçu sur un point : la 4e de couverture dit « comment continuer le combat quand l'ennemi semble trop grand pour être défait ? ». Or, le livre n'apporte aucun début de piste, rien. Il se termine abruptement, dans une ferme de hippies (je caricature) sans qu'on sache ce que devient le mec de la protagoniste, un hacker arrêté par les flics après une action contre une société commerciale spécialisée dans la surveillance. Je suis resté sur ma faim et triste de quitter cette histoire.

    Ce livre est un coup de cœur. Les deux personnages centraux parlent du monde dans lequel j'ai évolué. De mes références culturelles et techniques (plutôt bien maîtrisées, on peut toujours pinailler sur la précision d'une vulgarisation, mais ça n'a aucun intérêt). De certains de mes combats. De mes désillusions politiques. De l'échec politique malgré les alliances entre les hackers et les politiciens dans la première moitié des années 2010. C'est très rare, donc appréciable.

    Divers :

    • Internet et l'AFK sont désignés par les mots « le dedans » et « le dehors » :) ;

    • Les aides sociales sont une idée conservatrice dont la finalité est d'acheter la paix sociale auprès des gens qui subissent les ravages du capitalisme mondialisé et qui seraient donc les plus à même de protester. Simmel traiterait de ça dans son livre Les pauvres de 1907 ;

    • ‒ [ Qu'est-ce qui pousse une jeune fille comme toi à se plonger dans les ordinateurs ? ]
      ‒ Si je faisais du piano, personne ne m'emmerderait à vouloir savoir pourquoi je fais du piano ».

    P.-S. : j'ai lu ce livre fin 2020 sur "conseil" de Fakir.

    29/07/2023 18:07:58 - permalink -
    - https://editions.flammarion.com/comme-un-empire-dans-un-empire/9782081515437
    fiche-lecture
  • Des princes pas si charmants - Editions Massot

    Le dernier recueil de la série « un autre regard » de la dessinatrice Emma. (Je n'ai pas rédigé d'article sur les deux premiers tomes de la série car ils contiennent uniquement des BD publiées en ligne, sur lesquelles je m'étais déjà exprimé avant de lire les livres-recueils.)

    Il contient 4 BD dont 2 sont disponibles sur le web :

    • « Les conséquences ». On a tous et toutes des charges mentales à porter (pro, etc.), mais, souvent, la charge mentale ménagère s'y ajoute uniquement pour les femmes. En parler avec son conjoint change environ rien : soit ils nient / s'en foutent (18 %), soit ils changent de comportement un court temps puis retour à la normale (39 %) soit y'a du changement mais lent (37 %). Les chiffres viennent d'un sondage Twitter d'Emma qui n'est pas représentatif (public plus conscient de la problématique et plus exigeant) ;

    • « C'est dans la tête ». Il y a quelques années, il y a eu tout un courant médiatique pour expliquer que la charge mentale ménagère n'est pas un problème d'organisation sociale, que ça relève du privé, du couple voire des femmes qui ont un besoin de tout contrôler. Bref, c'est un problème de femme (un de plus, dis donc). Telle une psychose, des livres, des psys, des coachs et autres sont apparus pour apprendre aux femmes à se soigner. Un problème = une solution commerciale, comme d'hab' ;

    • « Le dimanche soir » (attention, la version web est partielle). L'actuelle organisation du travail qui détruit les salariés (toujours plus, absence d'autonomie, humiliation, infantilisation, ne pas énoncer clairement les attendus et ce qui ne va pas, faire croire que s'impliquer c'est appartenir corps et âme à l'employeur, changement fréquent d'organisation pour embrouiller, etc.) est voulue, elle a été façonnée. La solution est habituelle : communisme donc mise en commun des outils de production, ne pas produire la merde consumériste donc travailler 2 h par jour, ne pas redouter l'automatisation (puisque la valeur produite n'est pas captée par le proprio de l'automate), etc. Il ne faut plus négocier les conditions de notre exploitation (réduction du temps de taff, formations, paiement des heures sup'…), mais la renverser ;

    • « Pour être sympa ». Sexisme ambivalent = sexisme hostile (bâton) + sexisme bienveillant (carotte). Exemples de ce dernier : la galanterie (qui est de la politesse dirigée vers les femmes comme tenir la porte, payer l'addition afin de marquer que sa compagnie à de la valeur, etc.), les compliments de rue ou en entreprise (tu égayes l'étage ; même si ce n'est pas dans ta fiche de poste, tu accueilleras les visiteurs car t'as un joli sourire ; votre candidature tombe bien, on manque de point de vue féminin, etc.), valoriser les taffs dévalorisés (par le salaire, l'absence de reconnaissance, etc.) qu'elles occupent (les tâches ménagères, élever les lardons, etc.), leur proposer sans cesse de l'aide en entreprise (pourquoi, elles sont incompétentes ?). Contrôle social qui ne mange pas de pain, en somme. Le sexisme bienveillant serait nécessaire car, si la politique, les médias, la religion, le salariat, etc. accordent structurellement des privilèges aux hommes, à moment donné ceux-ci ont envie / besoin de reproduire leur lignée, donc ils ne peuvent pas que dénigrer, il faut donc valoriser les femmes, mais uniquement dans les valeurs (douceur, sensibilité, gentillesse, etc.) et les tâches spécifiques qu'on leur a assignées. De même, ça permet de ne pas (trop) valoriser monétairement ces activités (cf. taff invisible, etc.).

    Fun fact : d'après une étude de 2012 de Elinder et Erixon, portant sur 18 naufrages de navires durant les trois derniers siècles, l'expression « les femmes et les enfants d'abord » est fausse : le plus haut taux de survie va aux membres de l'équipage (61 %) puis aux hommes (37 %) puis aux femmes (27 %) puis aux gosses (15 %). Le Titanic fait exception avec 70 % de femmes survivantes contre 20 % des hommes.

    Historique simplifié de l'organisation du travail :

    • Sociétés primitives : rythme lent, tout le monde contribue à la production des biens de première nécessité qui étaient mutualisés ;

    • Sédentarisation, agriculture et élevage permettent de produire de quoi survivre sans la contribution de toute la communauté (premiers gains de productivité de l'histoire :D ), d'où l'apparition de l'artisanat et du stockage et de l'échange des surplus ;

    • Privatisation des sols, des bétails et des outils. Division en groupes spécialisés aux intérêts divergents. Les chefs, les prêtres, les militaires, etc. accaparent les propriétés et la production ;

    • Exploitation des serfs par les seigneurs. Les serfs sont encore libres de choisir leur rythme et l'usage de la terre… tant qu'ils payent le droit d'usage (donc liberté très relative) ;

    • La navigation maritime, donc la découverte de nouveaux marchés, l'impérialisme, l'esclavage et le pillage, fait émerger la bourgeoisie. L'organisation féodale freine son développement. Tant qu'il percevait sa dîme, un seigneur se moquait de l'oisiveté de ses serfs et de leur organisation, mais s'ils bossaient plus, ça produirait un surplus de richesses… Les seigneurs perdent donc en influence. Apparition des manufactures en ville. Exode rural poussé par les famines, donc la bourgeoisie fixe les salaires et les conditions (journée de 12 h, etc.). Les progrès techniques permettent de fixer la cadence des ouvriers (d'où le mouvement luddiste), de maximiser les profits (temporairement) et de rendre la production indépendante de plusieurs facteurs (jour / nuit, météo) ;

    • La division verticale (séparer la conception / décision de la réalisation) et horizontale (découpage d'une tâche en sous-tâches spécialisées) du travail permet de retirer le savoir-faire et de rendre remplaçable les travailleurs ;

    • Emma n'évoque pas l'auto-exploitation (auto-entreprise, travailleur indépendant, etc.). Au 19e siècle, l'artisanat a été capté par la bourgeoisie prêteuse de deniers. C'est toujours le cas : il faudra être compétitif pour rembourser le prêt, etc. d'où une liberté très relative. La financiarisation, elle aussi passée sous silence, a également permis de tirer des profits d'un surplus de production ou d'une production inexistante.

    P.-S. : j'ai lu ce livre à sa sortie (fin 2019).

    28/07/2023 18:59:23 - permalink -
    - https://massot.com/collections/des-princes-pas-si-charmants/
    fiche-lecture
  • Livre Manifestante | Futuropolis

    Je n'ai pas compris la trame narrative de cette BD. Une femme participe subitement à une manif' "comme ça" puis à une autre, puis elle participe à une action anti-pub puis elle sert le thé à des sans-abris puis elle file un coup de main dans une cantine populaire, puis retour en manif'. S'agit-il de montrer des actions concrètes dans lesquelles s'engager ? Pourquoi celles-ci plus que d'autres ?

    Je n'ai pas compris comment cette BD entend atteindre son objectif (de nous faire bouger) :

    • La protagoniste se fait gazer dès la première manif', elle reçoit un éclat de grenade de désencerclement dans la jambe à la suivante (un autre manifestant recevra un LBD dans l'œil), puis elle se détache de ses potes passives à qui le monde tel qu'il est convient bien et qui ne la comprennent donc plus, puis elle déprime devant sa prise de conscience que le monde ne tourne pas rond et qu'il ne semble pas y avoir de solution, etc. Le burn-out militant est également évoqué, tout comme le fait de s'impliquer au détriment d'autres choses (comme son couple). Il ne s'agit pas de vendre du rêve, mais là, cette BD me semble illisible pour quelqu'un qui n'a jamais milité et inutile pour un militant… ;

    • La protagoniste nous est dépeinte comme une personne lambda qui se moque du bruit du monde, alors qu'on découvre une personne déjà politisée. Du coup, cette BD ne traite pas des déclencheurs du passage à l'acte militant alors que le résumé de l'éditeur énonce « Comment en vient-on à passer le pas, et à sortir dans la rue pour exprimer sa révolte ? ». Déception.

    Pour nuancer, il y a bien quelques mots d'explication : manif' = rituel collectif pour se redonner de l'énergie ; « tout le monde est bienveillant [ dans une manif' ], je n'ai pas peur des autres manifestants [ sans pour autant aller jusqu'à nommer la violence policière qui est dessinée ] » ; « t'en as pas marre de subir ?! C'est facile de justifier sa flemme ou son indifférence en disant que les manifs servent à rien. Au moins, on essaie […]. On voit qu'on n'est pas seuls à vouloir autre chose ».

    Au final, cette BD est simplement descriptive (y a ci et ça qui se pratique, dans telles conditions, etc.). Ça permet de s'imprégner un peu du vocabulaire militant.

    28/07/2023 12:47:10 - permalink -
    - https://www.futuropolis.fr/9782754832588/manifestante.html
    fiche-lecture
  • DES VIVANTS — 2024

    Une BD qui retrace l'histoire de résistants du Musée de l'Homme (entre autres) entre 1938 et 1942 (date du procès suite au démantèlement opéré par la Gestapo au début 1941 à la suite de dénonciations). Notamment des ethnologues pour qui le concept de race est infondé qui, dès 1938, et malgré l'air du temps, maintiennent leurs expositions afin de chasser l'obscurantisme, y compris lors de l'arrivée de l'armée allemande à Paris.

    Tous les propos prononcés par un personnage l'ont vraiment été (ils sont issus de lettres, journaux, procès-verbal, entretiens, rapports de résistance, etc.), seuls le contexte (tel propos dans tel lieu) et le récit (leur agencement) n'est pas garanti.

    Je n'ai pas accroché plus que ça : j'ai rien appris de neuf, le format BD délivre très peu d'infos en beaucoup de vignettes et de pages, et l'authenticité des propos conduit à de franches cassures dans le récit.

    28/07/2023 11:16:41 - permalink -
    - https://www.editions2024.com/livres/des-vivants
    fiche-lecture
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