Pikachu, Salamèche, Insécateur, Ronflex… En 1996 sortaient les jeux pour GameBoy Pokémon Bleu et Rouge, avec 151 bestioles imaginaires qu’il fallait «toutes attraper». Vingt ans plus tard, Julien Bardakoff détaille son travail de traduction chez Nintendo pour franciser leurs noms, truffés de références et de jeux de mots.
Intéressant. À titre d'exemple, je me demandais pourquoi « Taupiqueur » et « Triopikeur » (« qu » versus « k » )… Parce que le nom d'un Pokemon est limité à 10 caractères sans accents (car les noms de Pokemon s'écrivaient en majuscule et que la cartouche Game Boy ne supportait pas les majuscules accentuées).
Via Quota Atypique.
Le samedi 30 septembre 2017 (samedi prochain), de 14h à 18h, au Shadok, les associations ARN, HackStub et Seeraiwer organisent une série d'ateliers dédiés à la reprise en main de nos activités en ligne et de nos données numériques :
- Paramétrage du navigateur web (Firefox, Chrome, etc.) afin de limiter les traces émises à notre insu ;
- Découverte de services numériques éthiques remplaçants des géants (Microsoft, Google, Twitter, etc.) peu respectueux des droits et des libertés ;
- Installation d'un système d'exploitation éthique sur votre ordinateur (GNU/Linux) ou votre smartphone (LineageOS) ;
- Initiation à la Brique Internet, une solution clé en main pour créer votre cloud ou héberger facilement vous-même votre site web ou vos mails et plein d'autres usages.
Ces ateliers sont tout public, y compris les personnes débutantes.
Excellent commentaire d'un jeu qui se propose d'utiliser la théorie des jeux pour expliquer l'évolution de la confiance au sein d'une société humaine. C'est très intéressant.
Soit un jeu qui coûte 1 pièce pour chaque joueur et qui en rapporte 3 à l'autre joueur si le premier joueur insère une pièce (et vice versa). Si l'on est certain que l'autre joueur va tricher, on ne va pas mettre la pièce, sinon on perd une pièce et le tricheur en gagne 3. Si l'on est certain que l'autre joueur va coopérer (être une bonne poire), alors on va coopérer, y'a pas de raison (on gagne +2 pièces chacun)… ou pas (et ainsi on gagne +3 pièces) : l'honnêteté nous rend vulnérable : si l'on ne triche pas, l'autre joueur peut nous arnaquer. La méfiance semble être le choix le plus rationnel.
Dans une vraie société humaine, on aura d'autres comportements que ces stéréotypes : l'imitateur (il coopère puis reproduit la dernière action de l'autre joueur), le rageux (il coopère mais à la moindre arnaque, il arnaquera jusqu'au bout), le détective (il analyse, si l'autre joueur triche une seule fois, il copie, si l'autre joueur ne triche pas, il triche pour maximiser ses gains), etc. Si tous ces personnages jouent un seul tournoi les uns contre les autres pendant 10 parties à chaque fois, l'imitateur gagne, altruisme réciproque.
Que se passe-t-il s'il y'a plusieurs tournois entre tricheurs, coopérateurs et imitateurs, que l'on élimine les 5 joueurs qui ont gagné le moins de pièces et que l'on clone les 5 joueurs qui ont le plus amassé de pièces. Au début, les tricheurs gagnent… mais plus leur proportion augmente, moins leurs gains sont importants (on ne peut blouser un tricheur). Les imitateurs prennent donc le dessus. Les tricheurs ont donc ruiné leur business en sur-exploitant les coopérateurs.
Grandes morales :
#squeezie
Construire un service reposant sur le DNS qui, à partir d'un code postal, répond soit le nom des villes concernées, soit les coordonnées géographiques de la ville concernée, soit une URI vers une carte (ou vers le site web de la ville ou…).
Encore une fois, on constate que l'OpenData, ce n'est pas encore ça :
La source que j'ai utilisée est la « Base officielle des codes postaux » (trouvée via data.gouv.fr). Je ne dis pas que cette base est meilleure que les autres, mais son côté « officiel » me permet de répondre « c'est pas ma faute » si quelqu'un y trouve une erreur ou une approximation. J'ai utilisé la version GeoJSON du fichier. Elle n'est pas parfaite. Ainsi il y a un certain nombre de fautes d'orthographe comme Marolles-sous-Lignières écrit MAROLLES SOUS LIGNIERES, sans l'accent (les tirets manquent également). D'autre part, certaines communes, notamment en Polynésie française, n'ont pas d'information de localisation. Ici, à Fakarava […]
Dernier problème, la liste n'est pas à jour. La commune de Meaulne-Vitray (code postal 03360), créée le 1er janvier 2017, n'apparait pas encore dans la liste, téléchargée le 24 septembre 2017. (Et elle n'est pas la seule.)
Délicieuse satire du fonctionnement de nos sociétés humaines. J'en recommande vivement le visionnage.
Le banquier qui tient la politique, le refus d'essayer un quelconque autre modèle, des justifications bidons "c'est le jeu, il n'y a pas le choix", le rejet de la solidarité entre individus, la mise en avant de la violence des opprimé⋅e⋅s, etc. C'est très très bien vu.
Les amateurs d’agriculture sans chimie n’ont jamais été aussi nombreux. Pourtant, l’Europe élargit les mailles du filet. Et tolère les pesticides, avec l’appui de la France.
En voilà une initiative judicieuse alors que le bio est en plein boum : alléger les contrôles sur la filière ! Au creux de l’été, l’info est passée quasiment inaperçue. Un nouveau règlement européen sur le bio prévoit de diviser par deux le nombre d’inspections dans les fermes. Une idée de génie, venue de Bruxelles, au moment où, en France, les ventes décollent. En 2016, elles ont fait un bond de 20 %, pour atteindre 7 milliards d’euros.
Que veux-tu, il faut bien que business se fasse. Cette décision s'inscrit parfaitement dans la logique libérale : si ça n'a aucune chance de décoller, on taxe / contrôle à mort à la demande des sociétés puissantes sur le marché qui ne veulent pas perdre leur place à cause de l'arrivée de produits qu'elles n'ont pas au catalogue. Si ça commence à décoller et que les gros du marché se sont à peu près adaptés, alors on lève les barrières à la demande de ces mêmes grosses sociétés afin que business puisse se faire en quantité industrielle sans trop se préoccuper de la dénaturalisation du concept initial.
Afin de repérer les tricheurs, neuf à organismes certificateurs sont aujourd’hui sur le pont. Ces gendarmes du bio épluchent les dossiers de candidature et renouvellent - ou non - les licences octroyées pour trois ans. Chaque année, une centaine de suspensions ou de retraits du précieux sésame sont ainsi décrétés.
Sauf que Bruxelles a décidé d’espacer le rythme des visites. Parions que, ce 20 septembre, le ministre de l’Agriculture, en visite au salon Tech&Bio, dans la Drôme, se montrera discret sur cette fâcheuse décision, validée par Paris. Les exploitations qui n’auront pas fait parler d’elles trois années de suite ne verront plus passer le certificateur que… tous les deux ans. Rassurant, quand on se souvient que les œufs bio n’ont pas été épargnés par le scandale du fipronil !
Label affaire
Décidément indulgent, le nouveau règlement néglige une curiosité du système qui rend perplexes les vrais amateurs d’agriculture durable : s’il reste possible de produire en même temps sur sa ferme du bio et du non-bio, c’est à condition que les espèces animales ou végétales concernées soient « différentes et distinguables à l’œil nu ». Au risque, notamment, de provoquer la dissémination des pesticides d’une parcelle a une autre.
Et ce n’est pas forcément la DGCCRF, le gendarme français de la consommation, qui va séparer le bon grain de l’ivraie. « Le Canard » a eu accès au chiffre des prélèvements réalisés par cette administration sur le bio : 230 par an pour 32 264 producteurs français !
En 2009, le label tricolore « AB » a déjà pris un coup dans l’aile. Sous prétexte d’harmoniser les règles, Bruxelles a imposé un label européen avec un cahier des charges allégé. L’acheteur d’un poulet portant l’estampille européenne n’imagine sûrement pas qu’il a été élevé dans un poulailler où les pauvres bêtes, soumises à une promiscuité invivable, sont souvent privées de bec pour ne pas s’étriper. Ou encore que, dans les écloseries pour poules pondeuses, les poussins mâles jugés inutiles sont broyés vivants. Et se doute-t-il que des pondeuses bio peuvent avoir dans leur gamelle jusqu’à 5 % d’aliments non bio et 0,9 % d’OGM ?
Mais il y a mieux : le label bio européen ne certifie pas l’absence de pesticides ! « La réglementation européenne impose au paysan une obligation de moyens, pas de résultats », explique Cécile Guyou, déléguée générale de Bio Cohérence, un logo privé respectant les critères d’antan.
Pesticides comestibles
Autrement dit, une salade ou un melon accidentellement contaminés par des résidus de pesticides peuvent être vendus comme des produits « purs », à condition que les résidus chimiques qu’ils contiennent ne dé- passent pas un certain seuil, considéré comme dangereux pour la santé.
Au début de l’été 2017, la Belgique et l’Italie ont bien tenté d’imposer que tout produit bio « pesticidé » soit « décertifié », mais une majorité d’Etats membres — la France en tête - a enterré le projet !
Selon le rapport publié cette année par l’Efsa, le gendarme européen de nos assiettes, plus de 14 % des aliments bio contrôlés contiennent d’ailleurs d’es résidus d’insecticides, d’herbicides et de fongicides. Les produits « conventionnels », eux, flirtent avec 97 % d’échantillons chimiquement positifs.
De là à faire payer le bio deux fois plus cher au consommateur…
Dans le Canard enchaîné du 20 septembre 2017.
A la CGT, c’est tous les jours la Saint-Barthélemy. Les gardiens de l’orthodoxie ont entrepris de faire leur fête aux Insoumis de Mélenchon. Philippe Martinez ne supporte plus, en effet, que ce dernier s’érige en porte-parole des opprimés. Cette bagarre pour le sceptre social va faire le bonheur des marchands de chaussures : une journée d’action contre les ordonnances Macron à l’appel de la CGT est prévue ce jeudi 21 septembre, et une manif derrière Mélenchon le surlendemain.
Ça va bien le monopole des luttes sociales ?! Pfff…
Philippe Martinez doit montrer, en effet, qu’il est le seul et unique leader des luttes sociales. La suite, c’est Luc Bérille, le secrétaire général de l’Unsa, qui la raconte : « La CGT nous pond des journées d’action qu’elle a décidées, trois mois avant, sur des mots d’ordre qui sont les siens. Les autres syndicats se retrouvent devant une alternative : soit mener une action sur les mots d’ordre de la CGT, soit ne rien faire. » Résultat : même les organisations qui rêvent de mer dans les brancards contre les ordonnances Macron n’ont pas appelé à manifester. Le patron de l’Unsa en reste baba : « Macron joue sur un billard. »
Séparés, c’est pareil
Si bien que, même dans les rangs de la pacifique CFDT, les principales fédérations du secteur privé veulent en découdre. Après la chimie, c’est maintenant la métallurgie qui demande à Laurent Berger de hausser le ton. Le coup est d’autant plus rude que cette fédé a tenu le berceau du virage « réformiste » de la CFDT.
A FO, la situation revêt une tournure ubuesque. Devant la levée de boucliers au sein de sa commission exécutive, Mailly, qui se targuait d’avoir obtenu moult garanties, a dû virer de bord. Soudain, les ordonnances sont devenues, sous sa plume, « inacceptables » et porteuses d’« une régression sociale ».
Traduction : je tiens à mon poste bien payé, svp, gros bisous. Pfff…
La confédération FO emploie aussi des salariés qui, évidemment, sont syndiqués à F0. Après la résolution de l’exécutif durcissant la position du syndicat sur les ordonnances, ces salariés se sont crus autorisés à annoncer qu’ils allaient participer à la manif, suivant ainsi la consigne de leur union départementale de Paris.
Mais, à la veille du défilé, Michèle Biaggi, patronne des pue-la-sueur de la confédé, a annoncé que les manifestants prendraient le risque de sanctions. Certains ont désobéi ; deux jours plus tard, ils se sont retrouvés dans le bureau de Biaggi et de Beaugas, l’une des fines gâchettes du patron. Ils ont alors été menacés de licenciement pour avoir - photos à l’appui - battu le pavé. « C’était une manif anti-Mailly », lancent les deux chefs aux dissidents, qui tombent des nues. A FO, on reste ferme sur la ligne… surtout dans les virages.
Bien, ta dictature ?!
La CFE-CGC, elle, a eu la sagesse de laisser ses fédérations libres de décider si elles voulaient ou non défiler avec la CGT. Les autres syndicats attendent que Martinez en ait fini avec Mélenchon pour envisager enfin une manif syndicale commune. Mais, après une si longue attente, à quoi pourra-t-elle bien servir ?
Dans le Canard enchaîné du 20 septembre 2017.
Avec un ISF transformé en IFI (impôt sur la fortune immobilière) et une flat tax instituant un prélèvement forfaitaire unique de 30 %, le budget 2018 ne va pas terrifier les Français les plus aisés.
Il prévoit également une douceur pour les banques et les assurances qui, jusqu’à présent, était passé inaperçue. Ces entreprises ne sont pas soumises à la TVA mais à une taxe sur les salaires. Elles ne la paieront plus, désormais, sur la dernière tranche du salaire. Coût fiscal : 300 millions d’euros. Officiellement, il s’agit de favoriser, dans le contexte du Brexit, le retour en France des Français travaillant dans les banques ou les assurances à Londres.
Problème : il n’est pas possible - au nom de l’égalité de tous devant l’impôt - d’appliquer cette mesure aux rentrants sans en faire bénéficier également ceux qui travaillent déjà en France dans le même secteur. Du coup, l’exonération de la taxe sur les salaires concernera tous les hauts salariés banquiers et assureurs.
Et passera pour un beau cadeau à une corporation qui n’est pas dans le besoin et dont un certain Macron est issu. Ça va encore faire jaser.
Dans le Canard enchaîné du 20 septembre 2017.
Ha, Wauquiez joue pour le titre « Faites ce que je dis, pas ce que je fais ». Il fera donc un parfait président des Républicains.
Ah, il est furax, ce grand échalas de Wauquiez, pris les doigts dans le pot de confiture de son hypocrisie ! Comme l’a révélé le magazine « Lyon Capitale » (13/9), il a accumulé treize ans de points de retraite au Conseil d’Etat, alors qu’il n’a réellement occupé son poste de maître des requêtes que pendant deux mois, en 2004… Et cela grâce à son statut privilégié de haut fonctionnaire en détachement, qui lui permet, comme élu, non seulement de conserver son poste au frais, avec son avancement et ses échelons, mais aussi de cotiser pour sa future retraite.
Un de ces « régimes spéciaux » qu’il promet de « faire sauter », en quelque sorte ! Depuis 2013, le même Wauquiez fulmine, notamment, contre le régime de retraite des parlementaires, très favorable, qu’il assimile à un régime spécial. Or, après avoir renoncé, en juin, à se représenter aux législatives, il s’est gardé de faire savoir s’il avait lui-même renoncé à sa retraite de député.
Wauquiez réclame à cor et à cri depuis des années que les retraites des fonctionnaires soient alignées sur celles du privé… Mais il continuait de cotiser en douce au Conseil d’Etat ! En 2011, il avait pourfendu sans vergogne l’« assistanat », ce « cancer de la société française ». A chacun sa définiton de l’ « assistanat ».
Aujourd’hui, Wauquiez tempête et promet d’assigner en diffamation l’un de ses détracteurs : « On ne peut pas dire tout et n’importe quoi, en politique, pour essayer de nous faire taire et de nous empêcher d’être fidèles à nos valeurs. »
Ses « valeurs » ? Quelles « valeurs », déjà ? On ne va tout de même pas reprocher au très droitier Wauquiez de mettre de l’argent à gauche ! Tout en conservant discrètement son portefeuille à droite…
Dans le Canard enchaîné du 20 septembre 2017.
Un des slogans préférés d’Anne Hidalgo pour défendre sa politique anti-bagnoles est de dire aux habitants de la région parisienne : « Pour éviter la pollution, prenez les transports en commun. » Malheureusement, c’est faux, si l’on en croit un document de la fédération CFDT des transports distribué la semaine dernière aux usagers du métro. Selon cette étude, ceux qui se sont aventurés à la station Les Halles le 28 juin entre 17 et 18 heures ont « respiré 330 microgrammes par mètre cube de particules fines ». Soit plus de sept fois les valeurs limites autorisées en surface.
Et il y a des milliers d’employés de la RATP qui passent des heures tous les jours là-dedans.
Dans le Canard enchaîné du 20 septembre 2017.
Plus d'infos en http://www.lemonde.fr/pollution/article/2017/09/14/pollution-l-air-irrespirable-des-travailleurs-du-metro_5185318_1652666.html :
L’organisation syndicale aurait aussi pu citer en exemple le 27 juin, quand des concentrations similaires de particules fines ont été mesurées à la même station sur la ligne 4 du métro entre 15 heures et 16 heures, ou encore le 4 juillet avec un pic à 438 µg/m3 entre 19 heures et 20 heures. Ces chiffres sont issus du réseau Squales de la RATP pour la surveillance de la qualité de l’air de l’environnement souterrain, qui relève heure par heure les principaux polluants dans deux stations de métro (Châtelet-Les Halles et Franklin-D. Roosevelt) et une gare RER (Auber).
Cumulées sur une journée, ces concentrations dépassent largement les valeurs limites (50 µg/m3 en moyenne journalière) en vigueur pour l’air extérieur, et rappellent ce qui ne va pas forcément de soi : l’air est plus pollué dans le métro que dans les rues de la capitale. A titre de comparaison, la station d’Airparif, l’association de surveillance de la qualité de l’air en Ile-de-France, installée près de Châtelet-Les Halles, ne mesurait que 27 µg/m3 de PM10 en surface le 4 juillet entre 19 heures et 20 heures.
Très très intéressant, à lire impérativement.
Expliquons-nous. Chaque année en juillet, le Conseil de l’Union européenne adopte des recommandations qui contiennent des grandes orientations de politique économique (GOPE). Elles ne sont pas obligatoires et si les États membres, dont la France, tentent malgré tout de s’y conformer, c’est parce que ce sont ces mêmes États membres qui en sont à l’origine : le Conseil européen, qui réunit les chefs d’États et de gouvernements a auparavant adopté par consensus des orientations générales de la politique économique. Cela signifie que la France dispose d’un moyen de contrainte si la politique envisagée ne lui convient pas. Ensuite, sur la base de cette ligne, la France formule un programme de réformes précis, qui sera repris et adopté par le Conseil de l’UE, sous forme de GOPE. On comprend alors comment ces GOPE peuvent être un moyen peu honnête pour les États de faire porter par l’Union l’initiative des réformes qu’ils se sont en réalité eux-mêmes imposés. Et Florian Philippot, comme d’autres, semble être tombé dans le panneau. C’est regrettable, pour un ancien député européen.
Une aquarelle qui ne dit rien de très nouveau de ce que j’ai toujours dit : je ne comprends pas comment on peut qualifier de « réaliste », de « raisonnable » et autre « responsable » les politiques qui consistent à chercher une croissance infinie dans un monde fini, en augmentant l’activité humaine déjà trop forte, en mettant plus de pression sur les ressources naturelles déjà insuffisantes, en exploitant des ressources fossiles amenées à se raréfier et donc à faire monter les tensions entre pays, en continuant à déstabiliser des régions entières pour subvenir à nos besoins en ces ressources, etc., etc.
Mais non, être pour la décroissance, c’est être irréaliste ; être pour la diminution du temps de travail, c’est être irresponsable.
Gros +1.
Il est plus que temps de sortir la santé du monde de la finance, non ?
Dans le numéro 82 de Fakir.
Dans le numéro 82 de Fakir qui se contente de citer le dernier classement des fortunes de France de Challenges de juin 2017.
Piqûres obligatoires, consultation bidon, lobbies à tous les étages… La vaccination, c’est l'anti-démocratie de la santé dans toute sa splendeur. Et c'est ainsi que le gouvernement veut « rétablir la confiance »…
Je ne sais pas
Je voudrais simplement vous dire mes doutes: le passage de trois à onze vaccins, suis-je pour ? Suis-je contre ? Aujourd’hui, je l'ignore.
Quand la ministre m’assène que « dix enfants sont morts de rougeole depuis 2008 », certes, ça me touche, ce sont dix de trop, mais faut-il pour cela vacciner 60 millions de Français ? Je m’interroge. Et j’aurais aimé un véritable débat, avec des scientifiques, me forger mon opinion, décider pour ma famille et moi, et nous.
Du coup, la façon d’imposer ça, le côté propagande, l’hypocrisie de la consultation, le poids des lobbies dans la décision, tout cela me hérisse. Fait de moi un opposant, moins sur le fond (je ne me prononce pas), que sur la procédure: le déni de démocratie. Et sur ce diagnostic, je n’ai aucun doute : cette histoire de vaccins, c’est un symptôme de notre démocratie en panne, de gouvernants qui sournoisement la contournent, de l’argent qui s’infiltre partout, mais aussi d’un refus du peuple qui, d'instinct, répond « non ».
« La prévention sera le pivot de la stratégie nationale de santé discutée à l'automne. » À l’Assemblée, Édouard Philippe nous alléchait, lors de son discours de politique générale. J’ai tendu l’oreille. Parce que, moi aussi, j’avais placé la « prévention » au cœur de ma campagne. Le Premier ministre allait-il accuser « la pollution de l'air, les perturbateurs endocriniens, les pesticides » ? Allait-il s’en prendre au travail, mal réparti, source de stress, de gestes répétitifs, de troubles musculo-squelettiques pour les uns, quand d’autres ne travaillent pas assez, pas du tout, et ce chômage qui provoque lui aussi du mal-être, débouche sur des affections ? Allait-il dénoncer la publicité, cette télé qui incite en continu nos enfants (et nous-mêmes !) à consommer des sodas, des hamburgers, des friandises ? Allait-il faire sortir la médecine de l’hôpital ou des cabinets, l’amener dans les quartiers, dans les campagnes, dans les lycées, dans les entreprises, et pas seulement pour des opérations : pour des discussions ? J’ai espéré, à l’écoute.
« Des maladies que l'on croyait éradiquées se développent à nouveau sur notre territoire. Des enfants meurent de la rougeole aujourd’hui en France. Dans la patrie de Pasteur ce n’est pas admissible. L'an prochain, les vaccins pour la petite enfance, qui sont unanimement recommandés par les autorites de santé, deviendront obligatoires. » Ratê.
La santé se réduisait à nouveau à de la chimie, à de la technique.
Vite fait, bien fait
Qu’on passerait de trois à onze vaccins, Agnès Buzyn en avait certes causé, mais ça restait un projet, je croyais, un parmi d’autres, on en causerait, on en mesurerait ensemble l’utilité. Mais non.
Si Édouard Philippe le sortait, ce mardi 4 juillet, devant les députés, s’il était prêt à cette dépense, lui dont le propos se résumait pour le reste à « réduction de déficits… réduction de déficits… réduction de déficits… », c’est que le gouvernement y tenait. D’ailleurs, le samedi suivant, à Aix-en-Provence, aux « rencontres économiques » (pas aux « rencontres du soin »), la ministre de la Santé enfonçait le clou : « Les vaccins, ça marche, ça fonctionne, ça a sauvé des centaines de millions de vie… Je regrette que, en France, la défiance envers les vaccins soit à ce point ancrée dans la population… Le problème, c'est qu'à force de ne plus vacciner les enfants, on a des épidémies de rougeole, on a des méningites, on a des gosses qui meurent chaque année de maladies évitables. C’est insupportable. » Au vu de cette urgence, ils agiraient vite fait, bien fait : « Avec une loi pour fin 2017, et une obligation début 2018. » Il n’y aurait aucune consultation, donc ? Non, répliquaient—ils, « elle avait déjà eu lieu ». Ah bon '?
Instance fantoche
Il faut remonter à l’an dernier, à 2016. Une enquête secoue le petit monde de la médecine : elle révèle que, parmi 67 pays, les Français sont les plus méfiants à l’égard des vaccins. Le seul en rouge très foncé sur la carte, répondant « non » à plus de 40 % à la question : « En général, je pense que les vaccins sont sûrs ». D’où l’idée d’une « consultation citoyenne ». Logiquement, elle devrait être confiée à la Conférence nationale de santé, qui siège depuis 1996. Mais voilà que son président, Thomas Dietrich, en claque la porte, dénonçant « une instance consultative fantoche ». Nous recopions ici largement son entretien avec LeLanceur.fr, tant sa position nous paraît juste :
Thomas Dietrich : Nous devions organiser un grand débat public sur la vaccination, notamment parce qu’il y avait beaucoup de questions à ce sujet. En fait, le jeu était biaisé. La ministre a commencé à vouloir relire les avis de la Conférence nationale de santé avant qu’ils ne soient publiés, notamment pour expurger les passages qui ne convenaient pas à son cabinet ministériel. Concernant le grand débat public sur la vaccination, le format que j’avais monté était jugé trop indépendant… L’organisation a donc été retirée à la Conférence nationale de santé pour la transférer à l’Agence nationale de la santé publique (ANSP), une agence sous tutelle de l’État qui, en parallèle, fait de la
publicité pour les vaccins.Le Lanceur : En réponse à une pétition critique d’un médecin anti-vaccins, Marisol Touraine avait déclaré en mai 2015 : « La vaccination, cela ne se discute pas. » Le format que vous aviez monté donnait-il une forte parole à des militants anti-vaccins ?
Thomas Dietrich : La CNS, c‘était des représentants d’un peu tous les acteurs du monde dela santé, donc de manière globale, au contraire, ce sont plutôt des gens pro-vaccins, même s’ils ont des réserves. il y avait par exemple une association, E3M, qui dénonce les méfaits des aluminiums dans les vaccins. La CNS était organisatrice du débat public, elle allait s’exprimer et surtout la consultation allait être beaucoup plus large que celle qui a finalement été faite. Il était aussi prévu un jury de citoyens et un jury de professionnels de santé qui était en dehors de la CNS. Mais la question n’était pas de s’exprimer pour ou contre la vaccination, mais de constater qu‘il y a des problèmes inhérents et une baisse du taux de couverture vaccinale afin d’organiser un débat qui permette à toutes les parties de s’exprimer pour trouver une solution. C’est mon propos. finalement, cela n’a pas été fait puisqu'on a fait à la place une sorte de débat biaisé. En revanche, j’ai été beaucoup récupéré par ce fameux professeur Henri Joyeux à l'origine de cette pétition, alors que je ne partage pas du tout son idéologie.
Le Lanceur : De quoi avait peur le ministère de la Santé en refusant l’organisation de ce débat par la CNS ?
Thomas Dietrich : Le ministère avait peur que ce débat libère la parole. En fait, il y avait surtout la peur d’une sorte de curée contre la vaccination qui soit orchestrée par les ligues anti-vaccinales, qui, soit dit en passant, sont assez virulentes, voire violentes. De mon côté, j’ai toujours dit que tous les méfaits de la démocratie sont remédiables par davantage de démocratie. Le but était d’organiser un vrai débat, pour qu’on pose les bonnes questions et qu’on arrête d’avoir une baisse de la couverture vaccinale. Donc, après m’être engueulé tous les quatre matins avec ma hiérarchie et avoir eu des réunions à ne pas en finir, j’ai effectivement quitté mon poste et j’ai écrit un rapport. Je pense que ce qui a pu toucher à sa lecture, c’est le fait que les citoyens étaient dépossédés de leur parole. C’est-à-dire que, très clairement, on ne les écoutait plus et ils n‘étaient pas pris en compte. La construction des politiques publiques est faite de manière complètement autiste, sans retour de terrain, et on ne peut plus agir comme cela. Les personnes ont des choses à dire, même ceux qui ne sont peut-être pas des experts. Quand vous faites venir des gens de Guyane ou de Martinique en avion, qu’ils doivent payer leur taxi depuis l’aéroport, que vous faites venir des personnes en fauteuil avec leurs accompagnateurs, que des personnes prennent des journées de congé pour venir à la CNS et que finalement ils ne sont pas écoutés, cela s’apparente pour moi à se foutre de leur gueule. Supprimer ces instances, cela a au moins le mérite d‘être clair sur la volonté de vouloir des avis et des idées qui sont maillés à la verticale, mais on ne fait pas de l’hypocrisie en organisant un semblant de démocratie sanitaire.
Fiasco déonthologique
« Le semblant de démocratie » va néanmoins se poursuivre, via un « Comité d'orientation de concertation citoyenne de la vaccination ». Avec pour but, donc, de rétablir la confiance… Mais quelle en est la composition ? « Les déclarations publiques d'intérêts de trois des seize membres du comité d’orientation mentionnent des liens d'intérêts avec des laboratoires développant des vaccins », note Le Monde. Plus un quatrième, « le professeur Thierry May qui ne mentionne pas des dizaines de conventions et avantages avec des laboratoires pharmaceutiques, dont MSD et Sanofi ». Plus une cinquième, « Claire-Anne Siegrist, professeur de vaccinologie et de pédiatrie, qui entretient des liens avec DBV Technologies, qui étudie un vaccin épicutané sous forme de patch de rappel contre la coqueluche. » Plus un sixième, le président du comité : « Le professeur fischer n'a pas mentionné le prix Sanofi-Institut Pasteur reçu pour ses recherches sur les déficits immunitaires, d'un montant de 100 000 euros. » Et tout ça,
alors que « promouvoir une réelle pédagogie de la transparence » est une priorité du comité.L’association Pormindep, qui œuvre pour une information médicale indépendante, évoque un « fiasco déontologique ». Bref, de quoi rétablir une pleine « confiance »...
Plan Macron-Philippe-Buzyn
Qu’à cela ne tienne : fort de cette immense légitimité, le 1er décembre 2016, le professeur Alain fischer et son comité présentent leurs recommandations : « Pour faire vite, écrit Libération, les vaccins (coqueluche, rougeole, hépatite B...) aujourd'hui “recommandés” pour les enfants de moins de deux ans devraient devenir gratuits et “obligatoires”, mais de façon temporaire, le temps de restaurer la confiance face aux doutes des Français. » « Dans le contexte actuel de perte de confiance et de baisse de la couverture vaccinale, il apparaît nécessaire de réaffirmer le bien-fondé de la vaccination », affirme le comité.
D’où cette idée d’agir en deux temps : d’abord élargir l’obligation vaccinale, puis à terme, supprimer l’obligation vaccinale comme ailleurs en Europe. Pour les récalcitrants, serait proposée une clause de refus : les parents réfractaires signeraient un document « pour leur faire prendre conscience qu’ils prennent une responsabilité, une prise de risque pour leur enfant et pour la communauté des gens qui vivent autour d ’eux et qu’ils risquent aussi que leur enfant puisse être refusé par une directrice de crèche, ajoute le médecin. Toutefois, s'il y avait trop de refus de la vaccination, cette possibilité d 'exempti0n pourrait être supprimée. » C’est exactement le plan, aujourd’hui, de Macron - Philippe - Buzyn.
Après cette formidable consultation, le Premier ministre peut le proclamer : « Les vaccins pour la petite enfance sont unanimement recommandés par les autorités de santé. »
Pas de débat.
Pas de démocratie.
Pas de contradiction.2009 : La pandémie n'a pas lieu
À l'automne 2009, la catastrophe approchait. C’était « un défi majeur pour la santé publique ». La guerre était déclarée à la grippe H1N1 : « C’est tous ensemble que nous ferons face ! » Par bonheur, la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, avait déjà pris les devants : dès l’été, pour le vaccin, elle avait commandé 94 millions de doses. Deux par Français. En novembre, elle ouvrait des centres de vaccination, mobilisait les médecins militaires, recrutait cinq mille contrats aidés… qui ont dû bien s’ennuyer. Car les clients ne sont venus qu’au compte-gouttes : 5,74 millions de vaccinés, à peine 10 %, malgré une propagande à médias continus. La pandémie n‘a pas eu lieu. On a juste fait des gros chèques aux labos, pour un coût final — d’après la Cour des comptes - d’à peu près 600 millions d‘euros.
Mais qui était, au fait, chef d’orchestre de cette magnifique opération ? Comme l’avait à l’époque révélé Fakir, la belle Roselyne avait quelque peu expurgé son CV:
On s'ennuie au bureau alors sur Google, on tape « Bachelot ». Voir qui elle est, un peu. La grippe A l’a si bien propulsée sous le feu des caméras. Sur Wikipedia, c’est marqué ça : « Roselyne Bachelot-Narquin a occupé, avant d’entrer dans la politique au début des années 1980, le poste de déléguée à l’information médicale au sein du laboratoire ICI Pharma de 1969 à 1976, puis elle est chargée des relations publiques chez Soguipharm de 1984 à 1989 ». Tiens tiens, on ne savait pas. Mais faut vérifier, hein, Wikipédia raconte parfois n’importe quoi…
D’autant que son CV officiel, sur le site du ministère de la Santé, ne cause pas de ça du tout. On apprend plein de choses passionnantes, que « ses deux parents étaient docteurs en chirurgie dentaire », qu’elle a « approfondi ses recherches en spectrophotométrie infrarouge », qu’elle est même balèze sur « l’influence des atomes métalliques sur les liaisons carbone-hydrogène dans les molécules complexes », etc. Mais rien sur les douze années qu'elle aurait — conditionnel de rigueur — passées au service de l‘industrie pharmaceutique. Un trou, là.
Alors, qui dit vrai ? Wikipedia ou le ministère dela Santé ? Et puis, on tombe sur ce document.
C'est son CV, lorsqu’elle était au Parlement européen, en 2004. Tout en haut, juste sous « née le 24 décembre 1946 à Nevers », elle détaille son « activité professionnelle » : « Déléguée à l’information médicale - laboratoires ICI Pharma - de 1969 à 1976. Chargée des relations publiques chez Soguipharm de 1984 à 1989. » C’était une fierté, apparemment, à l’époque : la preuve qu’elle avait travaillé dans la vraie vie. Celle de l’entreprise…
Mais pourquoi, alors, le cacher maintenant ? Pourquoi oublier ces douze années, qui pèsent quand même dans une (brève) carrière ? Pourquoi cette omission, alors que Roselyne Bachelot promet que « la transparence sera la plus totale, suivie scrupuleusement » ? Pourquoi ce silence, alors que la loi oblige les experts à déclarer leurs « conflits d’intérêts » ?
Le plus simple, c‘était de lui demander. On a essayé. On s’est entêtés, même. En vain. Durant des semaines, elle nous a fuis, s’échappant même d’une conférence de presse par la porte de derrière (article
complet sur notre site). On se demande bien, après tout ça : mais pourquoi les Français manquent de confiance dans les vaccins ?
Ce qui m'avait rendu très suspicieux à l'époque de la grippe H1N1 c'était : 1) les médias se mettent à en parler non stop, tendance on va tou⋅te⋅s crever ; 2) un vaccin est développé à une vitesse folle… WTF ?! ; 3) le gouvernement lance une campagne de vaccination massive sans passer par les médecins généralistes et en préconisant la vaccination à tou⋅te⋅s et pas juste les personnes à risque… Dans ma tête, ça avait déclenché la clochette "no way, je ne me ferai pas injecter c'te merde dans mon corps". Puis le soufflet était retombé malgré le refus massif de la vaccination… Magie…
Dans le numéro 82 de Fakir.
Darwin a des envies meurtrières. Bon, plutôt qu’il ne passe à l’acte et ne fabrique en série des martyrs, on préfère qu'il se défoule dans Fakir. Ce mois-ci, il est allé faire un tour sur les sites de rencontres. Il n’a pas été déçu.
« Elle veut une photo de mes fesses, bizarre… » s’interroge mon collègue Loïc me racontant ses derniers exploits. Inscrit depuis quelques mois sur AdopteUnMec il a coché sur sa fiche les cases « bricoleur » et « sportif » quand bien même ses abdos ramollos font songer à des rillettes plutôt qu’à du chocolat en tablettes. Divorcé depuis peu, Loic est bien décidé à « se recaser » mais ses tentatives vaines et désespérées pour « choper » me font songer à ces bestioles se noyant dans un seau, non en dépit mais à cause même de leurs efforts désordonnés. Sans s’en douter il me place face à un dilemme : le briefer sur ce site de rencontres, un des plus toxiques du moment. Ou, pour préserver ses illusions, le laisser doucement couler face à une armada de naïades pixellisées.
Adopte des cons, des glands, pas des gens
AdopteUnMec, l’entreprise fondée par Florent Steiner et Manuel Conejo, est un business juteux. En chiffres, c’est 600 000 membres actifs, 18 millions de messages par mois, 30 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2015. C’est aussi l’application (hors jeux) qui génère le plus de profits en 2016 dans l’Hexagone (L'Express, 10/2/2017). Ce site se propose d’inverser sur le terrain de la séduction le rapport de force hommes / femmes. Seulement passer de la misogynie à la misandrie, est-ce un progrès ? Car sur « Adopte », c’est bien cet état d’esprit qui sévit sous couvert de l’alibi, commode et ressassé, du second degré. La page d’accueil, drapée dans un rose crépusculaire, annonce de façon subliminale la couleur : rien d’autre à vivre ici que des amours fanés. Pour reprendre leur terminologie, dans ce « supermarché de la rencontre » les « clientes régionales » peuvent jeter leur dévolu sur de « nouveaux arrivages » : « du roux », « de l'intello », « du barbu ». L’usage de l’article partitif, provoc assumée, rabaisse le girlpower au niveau du kéké désireux d’accumuler des trophées. D’ailleurs le logo du site est sans ambiguïté : un type jeté dans un caddie comme un produit. L‘obsolescence de la relation à venir, avant même qu’elle ne soit nouée, est revendiquée. Comment s’étonner, dès lors, que Loïc, pourtant grand, prévenant, aussi doué pour le nonsense qu’un Anglais, oscille entre râteaux et choux blancs ?
Quand il me résume ses innombrables « plans Adoptelaloose » je comprends combien ce site doit être addictogène puisqu’il continue de le fréquenter. A chacun de ses rencarts décevants il accole un nom marrant — c’est sa façon de ne pas mariner dans la tristesse. Il y a eu « la DRH numéro 1 » m’explique-t-il puis « la 2 », « la 3 » aux exigences comiques à force de précisions : « il faudra que tu te mettes à la pâtisserie », « vaut mieux que tu aimes comme moi la randonnée et les chats ». La « sadique » lui ayant demandé dès le premier soir de choisir trois accessoires pour le changer en « soumis », dans un tiroir, « contenant plus d'outils que sur l'établi d'un garagiste ». La « pipelette » qu’il a vue pendant des semaines « sans avancer » jusqu’à comprendre qu’elle ne cherchait qu’une oreille attentive pour se soulager de sa logorrhée, etc. En somme, clic après clic, sur ce site, c’est l’amour qu’on assassine.
Le poids des mots, le choc des râteaux
Dans un style à la fois acéré et poétique, le talentueux Giulio Minghini dissèque dans Fake les causes pour lesquelles « l’accélérateur de rencontres Adopte » le conduit toujours à se crasher contre le mur des lamentations. Telle la fonctionnalité, trop tentante pour être ignorée, des « mots—clefs » permettant de choisir les ingrédients de son prochain plan « comme pour une pizza ». Plus de place pour l’imprévu quand la combinaison « blonde, grande, tatouée » donne accès à quantité de profils bien ciblés. Et sans cesse renouvelés. C’est d’ailleurs la, selon lui, l’écueil principal vouant aux « naufrages sentimentaux » les imprudents. Trop de personnes, ou plutôt de « produits », et nulle autre limite que le temps pour « en tester un max ». Minghini concède que l’addiction sexuelle est sans doute constante quelles que soient les époques mais elle est selon lui décuplée à cause d’internet, incitant « le monstre libidinal qui sommeille chez beaucoup a se déchaîner ». Ainsi passe-t-il d’une ébauche d’amourette à des coups d’un soir se succédant « sans gloire », puisque ce site « est un repère de névrosées ». Au final, plus désoeuvré encore qu’avant son odyssée sexuelle, Minghini conclut qu’Adopte, auquel il fut longtemps accro, « distribue des rentes pour actionnaires » en entretenant ce contre quoi ses créateurs prétendent lutter : la tristesse des esseulés. J’ai mesuré ce qu’il aura fallu de vaillance à cet auteur pour se déconnecter en allant moi-même voir de quoi il retournait. Allez vérifier. Tout est conçu sur cette interface pour y rester scotché.
La lumière qui clignote pour avertir que tel profil est connecté, comme un fanal indiquant un port où accoster. Le score des filles, accessible aux non inscrits, qu’elles augmentent en recevant les mails et les « charmes » de leurs prétendants (par exemple Ginlie de Saint-Quentin, créditée de 767 345 points, 67 541 visites, 16 847 charmes au dernier relevé). Des annonces culottées comme celle de Sarah, « chiante, idiote, mais avec ce qu'il faut où il faut ! » ou de Yellow qui recherche « un toutou ou à la rigueur un hamster s'il a le poil long ». Autant d’occasions, me dis-je, de recevoir des leçons d’humilité. Ce que mon collègue Loïc me confirme. « J'ai envoyé un charme à chacune de ces filles. Sans succès. Tu sais, j’me la raconte pas. Je pourrais être grossiste en râteaux pour Truffaut avec ce que je me suis mangé ces derniers mois. Plus jamais je ne serai heureux, car c’est du site dont je suis amoureux. » Je bloque sur son regard au moment de cet aveu. Eteint. De lourdes poches sous les yeux. A force de surveiller celles qui savent rendre attrayants leurs globes oculaires avec de l’eye-liner.
Le comble de l'obscénité
Alors je rêve. je rêve d’un monde où AdopteUnMec serait devenu obsolète, leurs créateurs ruinés, car on n’y perdrait plus son temps à photoshoper pour choper. D’un futur où la rencontre amoureuse se ferait sans grande difficulté, l’atomisation sociale orchestrée par le capitalisme ayant été dépassée. Je rêve de villes où on pourrait miser tranquillement sur le beau temps, le hasard, les passants pour qu’en un sourire, quelques mots, se craquelle aussitôt la glace relationnelle qui nous tient aujourd’hui séparés. Plus personne n’ayant à se faire de souci pour ses prochaines parties de touche-pipi, du temps serait libéré en quantité pour se lier autrement. L’amour et la fraternité, comme des médicaments, pourraient alors infuser dans le corps social en vue d’aider les nécessiteux ou rééduquer les méchants. Grâce à des sites comme AdopteUnMigrant ou AdopteUnPolitique corrompu pour lui apprendre la vertu. Oui. Je le reconnais. Les tentations de tous les sites de rencontres confondus sont bien convenables en comparaison de fantasmes aussi tordus.
Dans le numéro 82 de Fakir.
Excellente analyse de la loi soi-disant de moralisation de la vie politique.
J'en retiens que c'est une loi de circonstance : il fallait calmer le⋅a prolo après l'affaire Fillon, pas folle la guêpe, les privilégié⋅e⋅s tiennent à leurs postes. Je suis plutôt factuel : ce texte de loi excelle uniquement en interdiction des emplois familiaux (et encore : un⋅e parlementaire ou un⋅e élu⋅e local peut toujours engager sa maîtresse ou un membre de la famille d'un⋅e autre élu⋅e ou… on se soutient entre membres de la même caste), tout le reste est très faible ou provient de lois précédentes.
Aucun des sujets qui me semblent importants n'est abordé… Ni les transferts incessants entre public et privé (et vice versa) qui génèrent du conflit d'intérêt (il ne s'agit pas de les interdire, mais de veiller à l'impact qu'ils ont sur la vie politique), ni le cumul des mandats dans le temps, ni les indemnités délirantes et les avantages (chauffeur, sécurité, sécurité de l'emploi par copinage, etc.) de tout ce beau monde, ni le contrôle du lobbying (il faut des limites à toute chose), ni le contrôle des frais de représentation du président (8k€/mois de maquillage, 10k€/mois de coiffeur, 26k€ de maquillage en trois mois, etc.), du gouvernement et des hauts fonctionnaires (47k€ de taxi en 10 mois), ni la fin de la justice d'exception pour les membres du gouvernement (Cour de justice de la République), ni du statut pénal / de l’immunité du chef de l'État, ni les magouilles pour retrouver un poste d'élu⋅e local⋅e rémunérateur à tout prix, ni… Bref, cette loi de confiance dans la vie politique n'a aucune ambition. :(
Le projet de loi avait été mis en consultation publique sur la plateforme Parlement & Citoyens et, évidemment, rien d'intéressant n'a été retenu de cette consultation dans la loi finale…
Que nous dit cette loi ?
Notons que le Conseil constitutionnel a censuré, entre autres, la peine d'inéligibilité obligatoire (mais pas vraiment) applicable aux infractions de presse aggravées (diffamation ou injure en raison de la race, du sexe, du genre, d'un handicap, de la nationalité, etc. + appel à la commission de crimes + négationnisme + etc.) au motif que « la liberté d'expression revêt une importance particulière dans le débat politique et dans les campagnes électorales » et que cette disposition serait donc disproportionnée. Je comprends la décision du Conseil : la loi appliquait la peine d'inéligibilité aux délits de presse aggravés punis d'une peine de prison. Avec un périmètre aussi flou, on peut très vite rendre inéligible n'importe qui pour n'importe quel propos en modifiant la loi sur la liberté d'expression et de la presse de 1881… Avec les surenchères récentes en matière de sanction des infractions de presse, cette décision du Conseil m'apparaît plutôt sage.
Gérard Collomb a listé mardi douze projets d’attentats déjoués en France depuis le début de l’année 2017 […]
[…] Sur les douze projets d’attentats déjoués, dont le degré d’élaboration et l’ampleur potentielle étaient variables, trois n’avaient jamais été jusque-là rendus publics par les autorités. Parmi eux figure un projet déjoué le 2 mai visant l’Ecole de l’air de Salon-de-Provence, a affirmé le ministre, sans apporter de précisions.
Le maire explique ne pas avoir été informé (pourtant, qui de mieux que les autorités locales pour aider à gérer l'événement ?!) et les sources de La Provence expliquent qu'il y avait plusieurs cibles et qu'aucun repérage n'a été effectué. Ça semble bien vague pour être qualifié d'attentat déjoué mais bon, soit…
Un deuxième projet, qui ciblait "une caserne, un commissariat de police ou un supermarché avec prise d’otages", a été déjoué le 23 janvier et un troisième le 21 juin prévoyait "une attaque à l’arme blanche sur la voie publique", a précisé le ministre.
[…]
Le ministre a fait également allusion à un projet déjoué le 10 février "contre un lieu touristique parisien ou un lieu de fête montpelliérain", avec l’arrestation de quatre djihadistes, en possession d’explosifs dans l’Hérault.
[…]
[…] un homme arrêté le 4 septembre en région parisienne, qui voulait commettre une attaque "à la kalachnikov" contre les forces de l’ordre.
Y'a pas à dire : c'est limpide… une vague idée du lieu de l'attentat, une vague idée de la cible, mais ça n'empêche pas un ministre d'annoncer que ses services ont déjoué un attentat… T'es sérieux ? :/
Fin août, un homme de Seine-Saint-Denis, soupçonné de vouloir commettre "un acte violent" notamment contre des boîtes de nuit, avait été mis en examen et écroué.
[…]
Le ministre a fait aussi état d’une "action violente" non déterminée, déjouée le 5 juillet
Parce que c'est bien connu : « action violente » forcément égal « attentat ». Les mots ont un sens.
Je viens de regarder à quoi ressemble le projet de loi « renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme » après son passage au Sénat et en commission des Lois à l'Assemblée :
Pour l'étude des questions de fond qui sont en jeu dans ce projet de loi, je préfère ne pas me répéter et te pointer cet excellent texte de La Quadrature : L'état d'urgence En Marche pour toujours.
Prochaine étape : Commission Mixte Paritaire (CMP), composée de député⋅e⋅s et de sénateur⋅rice⋅s pour trancher les points de désaccord entre les deux chambres…
Qui dit mieux ? Après le Sovaldi, qui avait débarqué en France au prix bisou de 41 000 euros le traitement, place à une nouvelle génération de médocs encore plus chers. Cette fois, il s’agit d’un anti-cancéreux, le Kymriah, mis au point pour combattre une forme de leucémie des jeunes adultes et des enfants. Forcément, leur vie n’a pas de prix. Ou plutôt si : le labo Novartis l’a adjugé à 475 000 dollars aux Etats-Unis. Mais, attention, comme un robot ménager, c’est satisfait ou remboursé ! Si cette thérapie génique ne fonctionne pas au bout d’un mois, pas besoin de payer. A quand la vente aux enchères ?
Chaque fois, les labos mettent en avant l’oseille claquée dans la recherche. Mais l’arrière-boutique est un poil plus triviale. Une commission d’enquête du Sénat américain a déjà prouvé que le prix du Sovaldi avait été fixé par le laboratoire Gilead, non pas en fonction de son coût d’investissement, mais après une fine étude marketing. En interrogeant des assureurs, un cabinet de consultants avait établi le prix maximal au-delà duquel les « payeurs » et l’opinion se révolteraient…
Apparemment, il y avait de la marge : le Kymriah est dix fois plus cher…
Hé oui, en 2013, dans le monde, 9 des 10 plus grandes entreprises pharmaceutiques ont dépensé plus d'argent en marketing (notamment en consultant⋅e⋅s pour convaincre les médecins de prescrire leurs médocs) qu'en recherche et développement. Source : #DataGueule 37 - Maladies à vendre. LALA la bonne excuse de la recherche qui coûte trop chère mouin mouin.
C'est juste ignoble… Je présume que les autorités publiques françaises ne lèveront que très tardivement le petit doigt alors que la législation leur en donne les moyens… Il ne faut pas se fâcher avec Big Pharma. :(
Dans le Canard enchaîné du 13 septembre 2017.