Ce récit va parler de réseau informatique en fibre optique, de prestataires à tous les échelons, d'absence de matériel de rechange, d'absence de plateforme de test complète et d'enfermement dans des certitudes. Les joies de l'informatique réunies, en somme.
Je suis l'un des administrateurs réseaux d'un petit MAN c'est-à-dire un réseau informatique à l'échelle d'une ville regroupant plusieurs acteurs différents. Fibre noire (ça veut dire que c'est nous, les membres du réseau, qui éclairons la fibre, qui possédons le matériel qui le fait, la fibre nous est louée nue). Tout est niveau 2. Topologie en anneau pour la résilience avec RRPP comme protocole d'empêchement des boucles réseau.
Le prestataire mandaté pour intervenir sur les fibres optiques nous prévient d'une coupure dans le cadre de travaux de voirie. Le jour dit, à l'heure dite, deux liaisons fibres tombent (cessent de fonctionner, plus de signal reçu de part et d'autre), comme prévu. Quelques heures plus tard, les deux liaisons remontent. L'une retombe 45 minutes plus tard. L'autre reste opérationnelle. Le créneau horaire prévu pour la maintenance est dépassé de plusieurs heures et la fibre est toujours éteinte… Je previens le prestataire.
Le lendemain, en attendant le prestataire en déplacement, je regarde plus attentivement : l'interface d'un des switchs de terminaison de la liaison HS est up, l'autre est down. Ça me paraît évident : le prestataire a touché au jarretièrage (c'était prévu dans le cadre de la coupure) et a dû brancher, par erreur, notre paire de fibres avec une autre. Si le switch à l'autre bout a des tranceivers optiques avec des spécifications techniques identiques aux nôtres (laser/WDM, LR/ER, etc.), alors la liaison optique devient opérationnelle, c'est logique.
Pour les novices, qu'est-ce que le jarretièrage ? On n'installe pas une fibre optique entre un site géographique A et un site géographique B d'un seul tenant. On fait plusieurs arrêts dans des points stratégiques. Ce n'est pas pour régénérer le signal lumineux qui s'atténue avec la distance, il n'y a pas de matériel actif en ces points. Sur chaque site (généralement une armoire de rue), il y a un bandeau de brassage qui expose les 144 fibres qui viennent d'un tronçon, les 144 qui viennent d'un autre tronçon, etc. Le jarretièrage, ça consiste à relier la paire de fibre d'un tronçon à une autre avec un bout de fibre (dé)clipsable (pas de soudure). Le but est d'obtenir une grande flexibilité : en cas de travaux, on peut rediriger sur un autre tronçon (en faisant attention à la distance puisque la lumière, comme le signal électrique, s'atténue avec la distance) ; si demain, je ne souhaite plus me raccorder au site géographique B mais au site géographique C, il suffira très probablement de déplacer quelques jarretières et de tronçons optiques en tronçons optiques, je serai raccordé sans avoir à effectuer des travaux de voirie pour poser une fibre directe entre B et C. Un exemple illustré ? Le point de mutualisation (PM) d'un immeuble d'habitations est un bon exemple de panneau de brassage : on branche la fibre qui dessert un appartement sur la fibre d'un opérateur (Orange, SFR, etc.) en fonction du choix de l'occupant du logement. Ce branchement s'effectue avec une jarretière. C'est donc du jarretièrage.
Le prestataire fibre effectue des qualifications (des mesures de diagnostic), mais pas de bout en bout (pas d'une extrémité à l'autre de la liaison) et, pire, il ne mesure pas depuis la même armoire de rue (là où on effectue le jarretièrage, voir ci-dessus) : il mesure entre notre premier site géographique et une première armoire de rue, puis entre notre deuxième site et une deuxième armoire plus en amont… Il me dit qu'il a bien une continuité optique, donc ça ne doit pas venir de la fibre. Comme je n'ai pas une qualification de bout en bout, je continue de douter. En tout cas, à la fin de ses manipulations, les deux switchs voient la fibre down… Y avait-il malgré tout un problème de jarretièrage ? Cette question restera sans réponse.
Je me dis que, peut-être, le prestataire a inversé TX (l'émission) et RX (la réception) dans l'armoire de rue dans laquelle était prévue l'intervention. Ainsi, le laser émis par chaque switch n'arrive pas sur le récepteur de l'autre, mais sur l'émetteur, et donc, forcément, ça ne fonctionne pas. Je décide donc d'inverser TX/RX sur le bandeau de brassage de mon site géographique. Absence de résultat.
Après coup, je peux affirmer que les hypothèses ci-dessus sont fumeuses, car, si j'en crois le prestataire, le jour de la maintenance, il a débauché après avoir remis le jarretièrage dans son état initial, donc 45 minutes plus tard, quand la liaison fibre est tombée à nouveau, il n'était plus sur place, donc innocent. Mais, à ce moment-là de l'histoire, je n'avais pas pris en compte ce point.
Je me dis que, peut-être, un transceiver a cessé de fonctionner. Les switchs identifient bien le transceiver et son absence quand il est retiré, mais ça, ça qualifie seulement le circuit électronique, pas l'émetteur/récepteur optique. Allons-y pour changer les deux transeivers (un à chaque extrémité de la liaison). Évidemment, on n'a pas de matériel de rechange sous la main. Imagine : du 10 Gbps, sur une distance entre 10 km et 40 km (ER), avec le format de transceiver XFP. En interne de nos sites géographiques, nous utilisons majoritairement du 1 Gbps, sur de courtes distances (donc SX/LX), avec des transceivers au format SFP+. Pour le MAN, nous avons bien un contrat de maintenance matérielle avec un autre prestataire afin de permettre un remplacement à flux tendu (sans stock inutilisé de notre côté). Sauf que le contrat ne prévoit pas de fournir des transceivers de test, il faut démontrer une panne matérielle (exemple : le transceiver n'est plus détecté par le switch). Bref, on se démerde comme on peut, on tombe d'autres liaisons fibre aux caractéristiques similaires afin d'emprunter leurs tranceivers. Résultat : la liaison fibre ne monte pas.
Le lendemain, le prestataire fibre intervient à nouveau à ma demande et, cette fois-ci, il effectue une mesure de bout en bout (de mon premier site géographique jusqu'au deuxième). Cette fois-ci, c'est indiscutable : il y a une continuité optique et l'émetteur d'un site est bien raccordé sur le récepteur de l'autre et inversement.
Je me dis que le port d'un des switchs est foireux : poussière, faux contact, etc., mais je peine à me convaincre puisque chaque switch identifie bien son transceiver…
Je me dis que c'est l'un des switchs qui foire. Je veux raccorder la fibre sur des switchs de test (pas raccordés du tout à la production). Sauf que nous n'en avons pas sur le deuxième site géographique… Allez, jouons avec le feu en utilisant un switch de prod'… Hé bah non, on n'a pas le format de transceiver qui va bien… Sur mon site géographique, je raccorde quand même la fibre sur un switch de test (l'autre extrémité est toujours le switch de prod') : la liaison monte instantanément. Donc le problème est sur mon site géographique. Cool, ça simplifie les choses.
Est-ce le switch qui foire ou la jarretière entre le bandeau de brassage et le switch (car j'en ai posé une nouvelle pour raccorder le switch de test) ? Je retire le transceiver du switch de test et je l'insère dans le switch de prod', en utilisant la même jarretière. La liaison reste down. C'est donc le switch… ou son module.
Ben oui, afin d'avoir plus de ports SFP+ (oui, de ce côté-là, le format des transceiver n'est pas XFP mais SFP+), nous avons ajouté des modules. Je ne crois pas trop en la panne du module car l'autre port de ce module fonctionne très bien pour une autre liaison optique. Je pourrais chercher si une commande permet de redémarrer seulement le module, mais ça serait vain. L'administration des switchs est déléguée à un troisième prestataire. J'ai donc seulement un accès en lecture, impossible de passer des instructions permettant une modification de la configuration ou de l'état du switch… Faire appel à ce prestataire est exclu : il est aux abonnés absents depuis plusieurs mois… C'est pour cette raison que je n'ai pas pu tester avec un autre port libre du switch : je n'ai pas les droits pour up logiciellement une interface (une interface réseau a au moins trois états : éteinte logiciellement (et donc physiquement), allumée logiciellement mais éteinte matériellement (c’était le cas de la liaison que je cherchais à réparer), et allumée logiciellement et matériellement donc opérationnelle)…
Depuis le début, je parle d'un switch, mais il fait partie d'une pile de deux switchs. Après un examen minutieux, je me rends compte que je peux redémarrer, sans impact, le switch qui porte cette liaison fibre grâce à la redondance (deux switchs par site géographique, topologie réseau en anneau + protocole RRPP). Allons-y pour un redémarrage électrique. Le switch démarre… … … et la liaison fibre redevient opérationnelle !
Bref, dans le doute, reboot. Un adminsys winwin aurait été plus brillant que moi pour réparer cette panne.
Nous installons un nouveau serveur openLDAP consumer. Il est répliqué sur le même serveur LDAP producer que tous nos autres serveurs LDAP consumers. La configuration est strictement identique, car intégralement gérée par Puppet.
Plus de 24 heures après son installation, nous lançons une recherche LDAP très classique : ldapsearch -xLLL -H ldaps://serveurldap.masociete.example -b ou=people,dc=masociete,dc=example monattribut=830. Elle retourne 38 résultats quand c'est l'un de nos consumers déjà en place qui y répond et 30 résultats quand c'est notre nouveau serveur qui y répond.
Problème de réplication ? Non, un coup de ldapvi sur le producer et une recherche sur ce nouveau consumer montre qu'elle fonctionne. Notre script de supervision qui surveille la réplication LDAP le confirme. De plus, les 8 entrées qui constituent la différence ont été crées il y a plusieurs années !
Encore plus étrange : si l'on remplace le filtre de recherche (monattribut=830) par monattribut=*830 ou monattribut=830* ou même monattribut=*830*, notre nouveau serveur LDAP retourne bien le bon nombre de résultats. :O
C'est cela qui m'a mis la puce à l'oreille. Le filtre « monattribut=830 » effectue une recherche exacte. Les autres filtres exposés ci-dessus effectuent une recherche de sous-chaîne. Or, nous avons créé, de longue date, un index pour la recherche exacte (« olcDbIndex: monattribut eq » dans la configuration), mais pas pour la recherche d'une sous-chaîne (qui s'écrit « sub »). Conclusion : l'index est foireux.
On force la (re)génération des index avec la commande sudo -u openldap slapindex.
Problème réparé. Ce n'est pas comme si c'était la première fois que la fonctionnalité d'indexation d'openLDAP a eu un comportement foireux…
OpenLDAP génère des statistiques (cf la documentation très incomplète du projet) : nombre de connexions, nombre de requêtes par type (ajout, suppression, modification, recherche, etc.), etc.. Un module fourni par défaut, back-monitor, permet de les exposer via une requête LDAP standard. Il suffit ensuite d'écrire un script de supervision / métrologie qui parse la sortie d'un ldapsearch.
Il faut activer et configurer ce module de slapd :
Créer un fichier /tmp/ldap-activer-module-supervision.ldif avec le contenu suivant :
dn: cn=module{0},cn=config
changetype: modify
add: olcModuleLoad
olcModuleLoad: back_monitor
ldapmodify -Y EXTERNAL -H ldapi:/// -f /tmp/ldap-activer-module-supervision.ldifCréer un fichier /tmp/ldap-configurer-module-supervision.ldif avec le contenu suivant (dans mon cas, l'utilisateur mentionné dans l'ACL existait déjà, sinon il convient de le créer d'abord) :
dn: olcDatabase={2}Monitor,cn=config
objectClass: olcDatabaseConfig
objectClass: olcMonitorConfig
olcDatabase: {2}Monitor
olcAccess: {0}to dn.subtree="cn=Monitor" by dn.base="cn=supervision,ou=ldap,dc=masociete,dc=example" read by * none
ldapadd -Y EXTERNAL -H ldapi:/// -f /tmp/ldap-configurer-module-supervision.ldif
Visualiser les informations disponibles : ldapsearch -xLLL -H ldaps://serveurldap.masociete.example -D cn=supervision,ou=ldap,dc=masociete,dc=example -W -b cn=Monitor -s sub +
Branches intéressantes (ou non) :
Quelques notes :
Mises à jour silencieuses sous Debian GNU/Linux :
# Rend muet apt-listchanges + debconf (saisie d'infos durant l'install d'un paquet genre URI de truc, mdp de bidule, etc.)
export DEBIAN_FRONTEND=noninteractive UCF_FORCE_CONFOLD=1
# -y = ne pas demander confirmation si :
# * des paquets supplémentaires à ceux explicitement demandés doivent être installés/supprimés ;
# * la signature d'un paquet ne peut pas être vérifiée.
# +
# Pas d'interaction en cas de conflit sur un fichier :
# * Si le fichier en conflit ne contient pas de changements locaux, l'écraser par la version contenue dans le paquet.
# * Si le fichier en conflit contient des changements locaux, conserver la version locale du fichier.
aptitude update && aptitude -y -o Dpkg::Options::="--force-confdef" -o Dpkg::Options::="--force-confold" safe-upgrade
unset DEBIAN_FRONTEND UCF_FORCE_CONFOLD
ÉDIT DU 29/08/2023 : ajout de « UCF_FORCE_CONFOLD » afin de prévoir tous les cas. Source. FIN DE L'ÉDIT.
Un résumé partiel (il manque la future loi sur la prétendue haine en ligne, par exemple) des tensions actuelles autour de la liberté d'expression (dont la liberté de la presse est seulement l'une des composantes).
Ce n’est pas parce que Franck Riester ressemble à un Monty Python, qu’il faut conclure qu’il a transformé le ministère de la culture en celui des « démarches à la con ». Même si, après l’audiovisuel public, voilà qu’il s’attaque à la distribution de la presse pour l’ouvrir à la concurrence. La CGT est vent debout. Ce qui explique le retard du Rani chez les marchands de journaux. Et qu’avec cette « reforme de la loi Bichet », notre titre pourrait carrément disparaître des kiosques.
Autre dossier sur lequel l’ancien concessionnaire automobile voudrait aller vite : la création d’un « conseil de presse », un organe de médiation chargé à l’heure de la défiance, d’arrondir les angles entre les médias et leurs publics. Un outil de dialogue où même les « sans grade » pourraient peut-être avoir voix au chapitre. A l’heure où nos collègues du média d’investigation Disclose se « voient convoqués pour la publication d’une note classée « confidentiel dèfense », pas facile d’y croire avec un gouvernement qui a consacré dans la loi le « secret des affaires »…
Police partout
Si la macronie se méfie des médias, que dire de la galaxie frontiste ? La défiance est telle qu’elle a ses propres organes. Et, à l’instar de certains casques, c’est pointu. Comme « Défense Police Magazine », émanation d’une association marseillaise dont le nom résume la ligne et le dernier numéro, consacré au « malaise policier », fait la part belle à la question médiatique.
L’édito — intitulé « implication des médias » — fait état des démarches de l’association pour alerter les autorités sur la dangerosité de la presse pour les forces de l’ordre, les reportages étant devenus « une source de renseignements wire une véritable aubaine pour les mafiats de tout poil, du petit délinquant au terroriste ».
Et de plaider pour une réécriture de la « loi fondamentale » avec, à l’article 1 : « Tout citoyen est tenu à un respect scrupuleux des policiers, des gendarmes, des pompiers »… En cas d’insultes, d’outrages ou pire ? « Cour de justice spéciale » et « prison ferme ». Et pour les médias « Tous les journalistes qui répandent la haine anti—flic seront poursuivis pour « incitation à la haine sécuritaire » et « attentat a la dignité et a l’honneur des défenseurs de l’ordre républicain »… » Du délire ? Peut-être.
En attendant, tandis que Gaspard Gianz, le fondateur de Taramis News, vient d’être arrêté et interdit de manif des gilets jaunes, Olivier Cyran, un ancien de Charlie et CQFD, lui, est convoqué pour un tweet où il évoquait, pour de rire, une « formation » au « savoir-brûler Pôle Emploi » ! Et un instit' d'être poursuivi par un syndicat policier pour avoir appris à ses élèves une chanson d’Aldebert où les mômes envisagent, « pour louper l’école », — de faire « pipi sur un policier ».
Pas de doute, les démarches à la con méritent bien un ministère !
Dans le numéro de mai du Ravi, journal satirique en PACA.
À la fin, ces printemps arabes nous fatiguent. Le dernier de la liste a fleuri le 11 avril, au Soudan, lorsque la rue a chassé le dictateur islamo-militariste Omar El Béchir (trente ans de règne), après des mois de manifestations. Jusque-là, tout allait bien. L’opinion internationale s’est souvenue que Béchir avait mené trois guerres. La première, contre les chrétiens du Sud (1983-2005 — 2 millions de morts). La deuxième, contre diverses ethnies du Darfour, dans l’Ouest, a débuté en 2003 et a causé plus de 300 000 morts, selon l’ONU. La troisième, en cours elle aussi, a éclaté en 2011 dans les régions méridionales du Kordofan et du Nil bleu, pour le contrôle des ressources pétrolières. Elle a fait des milliers de victimes et de déplacés.
L’éviction du sanguinaire Béchir, longtemps sous la coupe des intégristes musulmans, protecteurs de Ben Laden, était plutôt réjouissante. Les manifestants réclamaient la démocratie et avaient fait d’une femme le symbole de leur soulèvement. Mais, depuis, le conflit dure et l’attention faiblit.
Début juin, les troupes paramilitaires du général Hemetti (tristement célèbre au Darfour) ont commencé à nettoyer les rues. Ses Janjawids ont torturé et liquidé les opposants dans des centres de détention secrets, jeté les cadavres dans le Nil (120 morts « officiels » à ce jour) et arboré, raconte « Le Monde » (7/6), les culottes des femmes violées. En Occident, les cris de protestation n’ont pas été perçants. Lassitude, donc, et gêne aussi : les Européens se sont souvenus qu’ils avaient conclu avec le Soudan un accord pour limiter l’immigration (« L’Humanité », 7/6). Et qui dirigeait les milices chargées de surveiller les frontières ? Hemetti.
Autre rappel : les « protecteurs » du conseil militaire de transition de Khartoum sont des partenaires de l’Europe, notamment de la France. Pas des amis, non, ni des démocrates ! Mais de bons clients pour nos industries d’armement : Egypte, Emrats arabes unis, Arabie saoudite.
Alors les regards se détournent, et on attend le clap de fin. Il faut savoir terminer une révolution. Pas trop salement, SVP.
Dans le Canard enchaîné du 12 juin 2019.
La loi d’orientation des mobilités, dont la maire de Paris attend impatiemment le vote, cette semaine, pour tenter d’endiguer l’invasion de trottinettes, comporte un volet « péage d’autoroute ».
L’idée d’Elisabeth Borne, selon « Le Journal du dimanche » (9/6), est de généraliser le « télépéage » et, ainsi, de rendre la « voie (…) libre pour entrer et sortir de l’autoroute ». C’est bien joli, mais l’hebdomadaire explique qu’il reste quelques détails à régler. D’abord, « comment dissuader automobilistes et poids lourds de passer à l’œil sans être enregistrés ? ». Pas de problème, on leur mettra, si on les rattrape, des prunes à 7 500 euros. Ensuite, qui paiera les nouveaux équipements de contrôle et la destruction des péages actuels, soit environ 1 milliard d’euros ? Pas de problème non plus, les usagers sont là pour ça.
Reste une petite question : au nom de quoi obliger les usagers occasionnels de l’autoroute à s’abonner au télépéage ?
Mouais… Donc des portiques pour lire un badge ou un smartphone ou scanner des vignettes ou des plaques d'immatriculation… Vu que le but est de fluidifier, ça sous-entend un scan sans arrêt donc ça exclu les badges et les smartphones, à mon avis car je pense que le RFID va galérer en présence d'un fort débit et/ ou d'une forte densité. Je sens plus le scan des plaques d'immatriculation rattachées à des dossiers clients chez chaque concessionnaire… Avec ou sans historisation des déplacements ? :)
Dans le Canard enchaîné du 12 juin 2019.
Nouvelle tendance réjouissante : les patrons de presse et de médias sont peu a peu remplacés par des fils de pub. A Europe 1, Constance Benqué, issue de Lagardère Publicité, a été choisie pour assurer l'intérim (et sûrement la succession) du journaliste Laurent Guimier. A RTL, pour diriger la station et remplacer le limogé Christopher Baldelli, le roupe vient de débaucher le chef de la pub de TF1, Régis Ravanas. Troisième exemple : à la direction des programmes de M6, Frédéric de Vincelles est viré, pour laisser place à Guillaume Charles, le directeur adjoint de la pub et du marketing.
Quand y a de la gêne, y a pas de plaisir !
Dans le Canard enchaîné du 12 juin 2019.
Le lolilol du jour : toi aussi apprend à parler le TrouDuc avec General Electric. C'est navrant… Le renoncement à toute forme d'humanité, jusque dans la manière de nous exprimer… Ça peut seulement créer des situations explosives.
Toujours faire croire aux interlocuteurs que la négo est ouverte, ne surtout pas dévoiler de décisions au couperet déjà arrêtées… Dès l’été dernier, le patron de la direction travail et emploi de General Electric pour toute l’Europe, Nick Thomas, qui est basé à Londres, a fait passer à ses directeurs, dans chaque pays, un édifiant petit manuel du bien-parler (rédigé en anglais). Il souhaitait tirer au plus vite les leçons de la condamnation aux prudhommes de la directrice française des ressources humaines de la filiale GE International, pour délit d’entrave. Car un manageur en avait imprudemment trop dit sur le « projet automne », déjà ficelé, consistant à externaliser des experts fiscaux maison en direction de PricewaterhouseCoopers…
Transmis par e-mail le 20 juillet 2018, ce document, intitulé « Règles pratiques de communication », enseigne l’art du double langage en donnant des exemples de formulation « OK » et « pas OK »… Ne dites pas : « Les notifications de licenciement seront transmises aux employés concernés une fois notre analyse achevée… », mais : « Nous allons nous engager dans un processus d’information et de consultation avec les représentants des salariés, au niveau requis, dès que nous aurons une proposition concrète à discuter… » Ne dites pas : « Nous avons decidé… », mais : « Notre intention préliminaire est de… » Ne dites pas : « Nous vous confirmerons votre statut individuel dans trois à quatre semaines », mais : « Nous pensons être en mesure de vous fournir une mise à jour sur notre progression au troisième trimestre… »
De l’art de noyer le poisson avant de bazarder les salariés.
Dans le Canard enchaîné du 12 juin 2019.
Suite de : Le Pass culture aux frais des autres sauf qu'à présent, on parle d'un financement par le privé en échange des données personnelles des gamins de 18 ans. On part d'un droit (accès à la culture), on passe par un financement privé (donc d'un renoncement du public à assurer un droit), pour finalement parvenir à la vente des données personnelles de la jeunesse. Fabuleux. Changez rien.
C'est Macron soi-même qui, le 10 juin, au musée Courbet d’Ornans (Doubs), a dû relancer sa grande promesse faite à la jeunesse en 2017 : un Pass culture accordé, l’année de ses 18 ans, à chaque résident en France. Bien obligé : sur les 39 millions théoriquement affectés en 2019 a ce projet, seulement… 257 000 euros avaient, au 27 mai, été dépensés, confie un ponte de la Rue de Valois au « Canard ».
Résultat ? Alors que 846 OOO jeunes auraient pu y prétendre, 6 000 veinards à peine disposent à ce jour du précieux sésame : une enveloppe de 500 euros à dépenser — via une application numérique pour téléphone portable — parmi un large choix de spectacles, visites, cours, livres, services numériques, etc.
Ministres courtisans
Bien que deux ministres de la Culture successifs aient encensé le projet (Françoise Nyssen l’avait qualifié de « révolution »), le gouvernement n’a pas forcé sur l’excès de zèle. Il a attendu le 1er février pour lancer une expérimentation à travers cinq départements, et le 1er juin pour l’étendre à neuf autres : soit 14 départements où, en théorie, 150 000 jeunes peuvent postuler pour obtenir le fameux ticket.
La prudence ministérielle est d’abord budgétaire. Accorder le Pass aux 845 937 Français âgés de 18 ans coûterait 423 millions d’euros à l’Etat, soit onze fois la somme budgétée cette année.
En cultivant la lenteur, le gouvernement espère convaincre le privé d‘avancer l’argent. Et l’inciter à fournir des offres gratuites contre l’obtention de pub ou de données personnelles des abonnés. Quelques entreprises, notamment numériques, ont accepté, à l’issue d’une négociation avec l’Etat.
Pour une boîte, au moins, le Pass est tout bénéfice. Garandeau Consulting fait profiter le ministère de la Culture de ses conseils, tarifés 25 000 euros par mois. Au point qu’Eric Garandeau, son pédégé, inspecteur des finances et ex-patron du Centre national du cinéma, a postulé pour diriger la future structure chargée de gérer le Pass.
Las ! le secrétariat général du gouvernement l’a écarté au nom d’un possible conflit d’intérêts.
Macron n’a plus qu’à trouver un autre candidat pour vendre sa « révolution » culturelle aux jeunes, presque aussi lente que celle de Jupiter autour du Soleil (11 ans et 314 jours).
Dans le Canard enchaîné du 12 juin 2019.
Suite de : Collomb fait grincer le Parquet : Collomb a-t-il fait bénéficier son ex-compagne d'emplois publics partiellement fictifs ?
Les les plus odieuses pleuvent sur Gérard Collomb. Après les informations du « Canard » (5/6), qu’il a jugées « tant inacceptables qu’intolérables », sur les emplois attribués à son ex Meriem Nouri, le maire de Lyon a reçu, le même jour, la visite matinale des poulets — à son domicile et dans les bureaux de l’hôtel de ville.
Et voilà que maintenant les enquêteurs de la police judiciaire cherchent à évaluer la réalité des travaux accomplis par Meriem Nouri ! Ces indiscrets s’intéressent tout particulièrement à deux périodes de la carrière de l’ex. En 2005 et en 2006, dans le registre informatique de la direction des ressources humaines, il est simplement écrit, sous son nom : « A affecter ». Selon plusieurs de ses collègues interrogés par « Le Canard », « Meriem travaillait à domicile ».
Le maire balance
Pour la période 2015-2017, c’est Collomb qui avoue avoir des soupçons. Dans un communiqué publié le 5 juin, l’ancien ministre de l’Intérieur de Macron assure avoir, « pour les années 2015 a 2017 (…), pris l’initiative de faire diligenter une enquête administrative » et d’en « informer le procureur de la République ». Au passage, il précise n’avoir découvert le pot aux roses qu’en février 2019, c’est-à-dire à son retour de Beauvau.
Or, explique-t-il, « un signalement [avaitl été effectué par la hiérarchie [de Meriem Nouri] en novembre 2017 ». Sous-entendu : s’il y a un fautif, ce n’est pas moi mais Georges Képénékian, le maire par intérim. Un vrai mouchard, ce Collomb ! Pour en avoir le cœur net, les flics de la financière ont soumis à la question les directeurs successifs des ressources humaines de la mairie, les responsables du service paie et le directeur général des services.
Ceux-ci ont dû expliquer pourquoi, malgré une présence jugée erratique par les enquêteurs, l’ex-compagne du maire bénéficiait de nombreuses heures supplémentaires. Et pourquoi elle avait été affectée à la « mission Serin », qui présente au public les futurs aménagements de la Saône, dans la mesure où cette mission relève non pas de la ville mais du Grand Lyon, la métropole.
Au total, ont calculé les magistrats de la chambre régionale des comptes à l’origine de l’enquête préliminaire menée par le Parquet national financier, les dix années passées par Meriem Nouri au sein des services de la mairie auront coûté 890 000 euros. Cette affaire a déjà fait une victime collatérale en la personne de Thomas Collomb, l’un des fils de Gérard.
89 000 €/an, même brut, c'est pas si mal : on est sur environ 4 000 - 4 500 €/mois net en moyenne. :)
Capitaine de police en disponibilité, le trentenaire avait trouvé — sans piston, assurent le père et son rejeton — un boulot sympa mais éphémère au Syndicat mixte des transports pour le Rhône et l’agglomération lyonnaise (Sytral). Nommé le 14 mai « conseiller sécurité », avec un salaire brut mensuel de 4 186,69 euros (bien supérieur à son traitemerit de poulet), il a démissionné le 6 juin, « pour ne pas donner prise aux calomnies ».
Et ne pas empêcher son père de redevenir maire ?
Dans le Canard enchaîné du 12 juin 2019.
Il veut “tuer” l’industrie militaire européenne et équiper les armées alliées en matériel américain.
Les vendeurs d’armes français sont furieux contre Trump. Ils ont constaté que le président américain a monté « une machine de guerre [contre] la coopération structurée permanente » adoptée, à la fin de 2018, par le traité de Lisbonne, laquelle prévoit de favoriser « une action concertée » des Européens. Exemple : 17 programmes d’armements communs sont déjà lancés, parmi lesquels un futur avion de combat (FCAS) et un futur char lourd — deux projets franco-allemands qui devraient être fabriqués en série dans une quinzaine d’années.
En résumé, les industriels européens de l’armement font mine de découvrir le comportement impérialiste du méchant Trump. Cela dit, s’ils lui en font le reproche, ce n’est pas au nom d’une hypothétique moralisation des ventes d’armes — faut pas rêver ! — mais pour défendre leurs positions dans ce très juteux commerce. Les fabricants français, allemands, italiens et britanniques risquent en effet de ne plus peser lourd, bientôt, face à leurs rivaux américains.
A Washington, Trump a mobilisé le Pentagone, le Département d’Etat, l’Office fédéral, chargé des exportations d’armes (DSCA), et l’US European Command, qui, à Stuttgart, en Allemagne, surveille les projets européens concurrents. Une bonne dizaine de « clients » sont ciblés en priorité : Albanie, Bosnie, Croatie, Grèce, Macédoine du Nord, Slovaquie dans un premier temps, puis Hongrie, Pologne, République tchèque et les trois pays Baltes. Tous anciens membres du pacte de Varsovie, à une exception près, dont les arsenaux sont encore farcis de matériels soviétiques fort décatis.
Washington ecrase les prix
Bien entendu, Trump n’a nullement l’intention d’en rester la. Comme le résument diplomates et militaires, il veut tuer dans l’oeuf les rêves d’une « Défense européenne », d’une « Europe de la Défense » et d’une « base militaro-industrielle commune » de production d’armements. Son « America first » va jusque-là… Selon lui, les pays alliés de la Grande Amérique, les membres de l’Otan et ceux qui aspirent à le devenir doivent tous être équipés en quincaillerie militaire made in USA. Ce qui permettrait, selon les stratèges américains, de « standardiser les panoplies » des armées européennes en vue d’une défense du continent dans le cas d’une crise grave, et sous commandement U S, cela va sans dire.
S’agit-il de plans sur la comète ? Absolument pas. Le président américain a des amis ou des vassaux sur les cinq continents, et il peut tout se permettre. Le 29 mai, le Pentagone a fait savoir que les Etats-Unis étaient prêts à fournir des armes, notamment aux pays de l’Est, à des prix imbattables (soutien logistique et formation des personnels compris). Selon les militaires français et leur service de renseignement, les « rabais » consentis peuvent aller jusqu’à 20 %.
Exemple d’un contrat plus que bradé : la vente à la Bulgarie de 8 avions de combat F-16, afin de remplacer ses Mig-29 soviétiques, très fatigués. Des missiles air-air (Sidewinder et Amraam), des bombes GBU-39 et 49 guidées par laser, et des pièces de rechange sont fournis avec les avions. Quant à la formation des pilotes et des techniciens d’armement, elle est aussi prévue dans ce contrat amical, dont le prix soldé s’élève à 1 milliard de dollars, au lieu de 1,6 milliard, le prix normal.
Les industriels américains concernés sont champions du monde dans cette catégorie. Entre 2009 et 2018, leur part du marché planétaire est passée de 30 % à 37 %. L’année dernière a en effet été excellente : le montant des armes commandées par les armées US et de celles exportées est évalué au total à 230 milliards de dollars. Et, avec Trump, ce record sera battu l’an prochain.
Dans le Canard enchaîné du 12 juin 2019.
Une ex-lobbyiste comme directrice de cabinet du patron de l'ANSES.
Priée de préserver une totale indépendance vis-à-vis des lobbys, l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) vient d’opérer un choix éloquent ! Cet organisme, chargé d’évaluer la dangerosité des pesticides, des perturbateurs endocriniens ou des colorants alimentaires, a engagé une directrice de la communication qui a travaillé quatorze années durant pour deux agences de com’ et de lobbying. Avant son dernier poste à l’Unédic, cette recrue, Sophie Le Quellec, phosphorait pour i&e et Burson-Marsteller, qui avaient pour clients Coca-Cola, findus, Danone, Total ou encore Bayer et Monsanto…
Placée à un poste clé de l’Anses, Le Quellec dirigera aussi le cabinet du patron de l’Agence. « C’est incroyable de recruter un profil pareil, au moment où on doit être exemplaire sur le glyphosate et sur d’autres produits, et n’alimenter aucun soupçon de conflit d’intérêts », s’étrangle un cadre interne. L’intéressée, elle, assure au « Canard » avoir « surtout travaillé [dans ses anciennes boîtes] pour des clients publics comme l’Agence de la biomédecine ».
Mais pas que. Après une campagne anti-OGM et le démontage du McDo de Millau (1999), Sophie Le Quellec avait, par exemple, participé, au début des années 2000, à une opération de com’ commanditée par un consortium d’industriels — dont Monsanto — visant à redorer le blason des OGM… Un « atout », affirme-t-elle : « J’ai observé des points de vue très divers et je sais accueillir la complexité (sic) des sujets. »
Une qualité indispensable pour faire une bonne analyse ou, comme on dit chez Monsanto, un bon roundup des situations…
Éternel débat… Les personnes qui ont bossé dans l'industrie sont les mieux à même d'en exposer les combines au régulateur… ou de le véroler. C'est l'effet miroir du pantouflage qui permet aux industriels de comprendre le fonctionnement des institutions… ou aux services de renseignement d'avoir des informateurs.
Dans le Canard enchaîné du 12 juin 2019.
Retour sur la rétribution des renseignements en place depuis 2 ans.
Voilà un job qui peut rapporter gros… à l’Etat ! Selon un rapport parlementaire rendu public le 5 juin par la députée PS Christine Pirès Beaune, les « aviseurs fiscaux » ont enrichi les caisses publiques de 95,9 millions d’euros en deux ans. Un montant certes modeste, comparé aux dizaines de milliards que représente la fraude fiscale. Mais un début prometteur, tout de même… Depuis 2017, en effet, des informateurs peuvent vendre leurs tuyaux aux impôts.
Avant de considérer les informations qui leur sont soumises, les agents de la Direction nationale d’enquêtes fiscales (DNEF) s’informent… sur les informateurs. Ils vérifient que ceux-ci ne travaillent pas pour des puissances étrangères et qu’ils ne sont pas en délicatesse avec leur percepteur. Il ne manquerait plus que le cafteur soit rétribué en devenant son propre délateur !
Ç’a eu payé
Ce dispositif rémunéré doit permettre de lutter plus efficacement contre les fraudes fiscales internationales : fausses domiciliations à l’étranger, transferts de bénéfices, non-déclarations de comptes bancaires ou de contrats d’assurance-vie souscrits à l’étranger… La DNEF ne s’intéresse qu’aux fraudeurs haut de gamme !
Peu efficace, le système précèdent avait été abandonné en 2004. A l’époque, les dirigeants politiques se bouchaient le nez à l’idée de rétribuer des mouchards. Trois ans plus tard, la Direction des impôts suppliait la Grande-Bretagne et l’Allemagne de lui transmettre un listing de contribuables français ayant ouvert des comptes au Liechtenstein. Humiliant… La fuite des Panama Papers, en 2016, a convaincu les parlementaires d’offrir un cadre légal aux aviseurs fiscaux. Il y a belle lurette que les services de police, de gendarmerie et de douane rétribuent les renseignements. Dans une certaine opacité, d’ailleurs…
Petite déconvenue pour les chasseurs de prime fiscale : le 10 mai 2017, juste avant de quitter le pouvoir, Michel Sapin, alors ministre de l’Economie et des finances, et son collègue du Budget, Christian Eckert, ont signé en catimini une circulaire « confidentielle » limitant leurs récompenses à 1 million d’euros. « Nous ne souhaitions pas tomber dans le travers des Américains, qui paient des sommes extravagantes, souligne Michel Sapin, contacté par “Le Canard”. Nous voulions récompenser l’intérêt de mettre au jour des montages fiscaux méconnus de nos services plus que l’intérêt financier des informateurs. »
Les députés de la commission des finances souhaitent pourtant, dans leur majorité, revenir sur ce plafond, jugé « désincitatif » (sic). L’informateur ayant permis le plus gros recouvrement — 91,2 millions d’euros ! — « n’a livré qu’une partie des dossiers d’évasion fiscale dont il avait connaissance », regrette Christine Pirès Beaune. Il compte fractionner ses renseignements ? Avisé, cet aviseur !
Hum… Pour l'instant, il n'y a pas eu la vague de mouchards redoutée à une époque : 95,9 millions d'euros de recettes, dont un recouvrement de 91,2 millions d'euros, ce qui laisse 4,7 millions d'euros pour d'autres avisés, qui, puisque ce dispositif prétend s'intéresser aux gros poissons, ne doivent pas être nombreux.
Dans le Canard enchaîné du 12 juin 2019.
L'UMP a toujours prôné la méritocratie. On pourrait s'attendre à ce que leur chef décroche son poste au mérite. Hé bah non, ils vont probablement le choisir, par défaut, parce qu'il ne mouftera pas et n'empiétera pas sur la petite carrière des autres. Faites ce que je dis, pas ce que je fais ?
C’est donc, selon toute vraisemblance Christian Jacob l’actuel président du groupe parlementaire qui, comme candidat unique, héritera à la rentrée du poste de président de LR. Un choix révélateur du complet désarroi qui règne dans le parti après la démission de Laurent Wauquiez et la déroute aux européennes.
Nicolas Sarkozy lui-même et la plupart des petits chefs, dont François Baroin, poussent la candidature du député de Provins qui offre une garantie a toute épreuve : Jacob ne fera de l(ombre à personne et ne sera pas candidat à l’Elysée.
A cet immense mérite s'ajoute celui, unanimement reconnu d’être loyal. Ces qualités gomment aux yeux de beaucoup, l’image pas très moderne qu’il renvoie et un esprit pas toujours fulgurant.
Gérard Larcher. le président du Sénat appuie lui aussi la candidature de Jacob pour les raisons indiquées plus haut et juge de toute façon la situation désespérée.
« Est-ce que le truc (LR) est encore sauvable ? s’est-il interrogé, la semaine dernière. Une chose est certaine : si, par accident, on se retrouvait avec Guillaume Peltier ou une Morano à la tête du parti, ce serait une vraie débandade des grands élus. Dans l’immédiat, il faut sauver ce qu’on peut des municipalités. »
Le sauveur a un nom : Jacob. Qui l’eût cru ?
Dans le Canard enchaîné du 12 juin 2019.
‒ Amis végans saviez-vous qu'une bite, c'est avant tout de la viande ?! T'es veganiste, alors tu suces du maïs. C'était un communiqué du ministère de l'homme qu'aimerait bien remanger normalement.
:D
Pour les personnes qui ne veulent pas se farder les DRM sur le site MyCanal ni avoir de compte Youtube, je mets à disposition une copie de cette vidéo.
‒ Et voilà, encore une fois, tous nos services sont DOWN ! Et pourtant, c'est pas faute de tout monitorer ! Je passe ma futain de vie à monitorer ! Je monitore les serveurs, les containers, les workers, les repos… les APIs, les logs, l'intégration continue, l'espace disque… TOUT est monitoré. Mais il y a un truc que j'ai oublié de monitorer, et c'est le seul truc qui compte en fait… J'ai oublié de monitorer la date d'expiration de la CB… Pfff…
C'est toujours comme ça… Tu peux mettre en œuvre tous les outils techniques que tu veux, disposer des personnes les plus compétentes et rigoureuses, y'aura toujours un trou dans la raquette, une erreur humaine, etc. La panne viendra toujours de là où on ne l'attend pas : coucou le test incendie avec les pompiers qui exigent une coupure totale de l'électricité dans le bâtiment (choisi au hasard… parfois ça tombe bien… et parfois mal…), y compris les onduleurs, sans prévenir (afin d'envisager un arrêt propre des serveurs). Je pense que la supervision, c'est comme les sauvegardes, l'automatisation et le chiffrage du réel (indicateurs) : il faut savoir rationaliser et s'arrêter avant de devenir fou (à force de chiffrer le réel, on oublie le concret, l'humain, etc.) et de dépenser des ressources disproportionnées pour un objectif inatteignable. Il faut accepter notre défaillance d'humains. Un service numérique qui cesse de fonctionner, ce n'est pas grave… On devrait cesser d'habituer nos utilisateurs au mythe du 0 panne. C'est pas grave, tu feras ce que t'avais prévu un peu plus tard… Va péter un coup, baiser, fumer un joint, picoler, regarder une série, lire ou réaliser toute autre activité qui te met bien et tu reprendras ton activité numérique plus tard, ça sert à rien d'être aigri devant un service numérique temporairement en panne… Une panne d'un service numérique est insignifiante à l'échelle d'une vie, d'une temporalité, du vivant, de la planète, de l'univers… Ça sert à rien d'être dans la sur-réaction à une panne informatique… Je trouve que notre époque perd un temps fou à vouloir tout prévoir, à vouloir vivre sans aspérités. Nous nous pourrissons la vie pour rien…
‒ On m'a dit que tout était down !
‒ Oui… Un exercice de sécurité était prévu ce matin… Ils voulaient tester notre système de recovering et de backup en conditions réelles.
‒ En conditions vraiment réelles ?
‒ Oui, vraiment réelles…
‒ Ça veut dire qu'ils ont rollback sur une backup corrompue et qu'ils ne savent pas comment remettre tout ça up ?
‒ C'est ça… En conditions réelles…
Gros +1. C'est toujours comme ça… Tu peux mettre en œuvre tous les outils techniques que tu veux, toutes les procédures que tu veux, disposer des personnes les plus compétentes, tester tout ça autant de fois que tu veux, ça ne fonctionnera pas le jour où ça sera indispensable. Y'aura toujours un trou dans la raquette, une erreur humaine, une emmerde… Le jour J, tu te retrouves à sauver la face avec 3 bouts de ficelle, 3 punaises et un tube de colle. En informatique, comme dans d'autres secteurs, il faut savoir faire le deuil d'une quelconque maîtrise. La perte de données fait partie du jeu. On peut la limiter, mais pas l'empêcher. Ce combat est vain, ça finit en asymptote : des efforts démesurés pour une réduction très très faible du risque, tout ça pour des données finalement pas si importantes que cela quand on y réfléchit et que l'on prend de la hauteur (vie humaine, époque, vivant, planète, univers, etc.). C'est l'une des choses que l'on n'apprend pas aux usagers et encore moins aux diplômés en informatique : savoir lâcher prise, avouer que rien est parfait et que nous n'avons qu'une maîtrise extrêmement limitée… et que tout cela n'est pas grave.
‒ Papi, y a un copain qui m'a dit qu'il y a longtemps, on pouvait aller en cachette sur Internet !
‒ Hhé, oui c'est vrai… Au début, c'était le far west… Des sites sortaient de nulle part, on ne savait pas qui écrivait, qui commentait… On bricolait des pages web librement, sans déclaration ni contrôle… C'était un joyeux bordel anonyme !
‒ Ah bon ?! Mais c'est n'importe quoi ! Ça devait être super dangereux ! Et pourtant, vous y alliez quand même, sur Internet ?
‒ Ha ça, mon enfant… Un peu qu'on y allait…
Une voiture peut être dangereuse, une partie de jambes en l'air aussi (coucou, les IST), ainsi qu'un vélo, un feu, un compas, une brique, les relations humaines (qui peuvent être toxiques), etc. Tout peut être dangereux. Ce qui compte, c'est la bonne évaluation (et pas interprétation) du danger, de sa probabilité d'apparition et de développer des contre-mesures adaptées. Et c'est précisément cette analyse de fond qu'il manque de la part de nos politiciens dans le prétendu débat sur la prétendue lutte contre la haine prétendument en ligne et la remise en question du pseudonymat (l'anonymat, sur Internet comme dans la rue, c'est difficilement atteignable).
L'anonymat et le danger sont naturels ! Ce sont deux états par défaut ! Quand on se voit pour la première fois dans la rue, je suis anonyme à tes yeux et je peux être dangereux pour toi / tes intérêts. Si l'on brise la glace ou qu'un intermédiaire fait les présentations, je ne suis plus un anonyme… mais je ne suis pas pour autant moins dangereux pour toi / tes intérêts (on pensera aux homicides et aux viols, qui sont majoritairement commis par des gens connus de la victime).
Je copie ce que j'ai écrit il y a quelques mois :
L'anonymat, […], est la manière normale d'établir des liens sociaux. On se connaît AFK depuis X temps. Avant, tu ignorais mon existence. Pourtant, je n'étais même pas un anonyme à tes yeux que je pouvais déjà te nuire ! Puis on s'est rencontré. J'étais un anonyme. Je t'ai dit que je me prénomme Y et tu m'as crû sans même me demander un document d'identité. T'ai-je donné mon vrai prénom, au moins ?! Je suis devenu un pseudonyme. À ce nom-là, tu as associé une description physique, des compétences, des défauts, des qualités, des souvenirs, des sentiments, des propos qui t'ont marqué positivement ou négativement, etc. C'est tout ça que tu nommes Y. Ça change quoi que Y ait pour valeur « grosloulou42 » ? Ça reste le même paquetage de concepts, je reste la même personne. Ça change quoi que nous ayons fait connaissance via un intermédiaire (l'air AFK) ou via d'autres intermédiaires (des ordinateurs, un réseau de communication, etc.) ? Tu as obtenu une description physique, le reste est inchangé. Tu noteras que ce pseudonymat AFK ne m'a pas empêché de tenir des propos qui t'ont interloqué / blessé à propos de Z.
Ha bah voilà ! Enfin une application encore plus directe et précise que Tinder !