The Daily Shaarli
Les femmes ont une prostate. Ça vous la coupe ? C'est vrai pour la moitié d’entre elles au moins. Comme pour tout ce qui touche à l'anatomie féminine, on s'est longtemps fourvoyé sur le fonctionnement des glandes para-urétrales, petit nom donné a cette prostate, et sur l'éjaculation des femmes. Deux études récentes permettent d'y voir plus clair.
On sait peu de choses sur ces glandes découvertes à la fin du XIXe siècle, situées le long de l'urètre et considérées comme un reliquat embryonnaire. En 2011,des chercheurs décident d'aller y voir d'un peu plus près. Las, seule une femme sur deux aurait les glandes. On a cru qu'elles étaient à l'origine de l'abondant liquide produit par les femmes fontaines. Or, elles sont si minuscules, 2 a 3 grammes contre 20 a 30 pour leurs collègues masculines (oui, les hommes ont la plus grosse !), qu'il leur est impossible de sécréter un éjaculat pouvant atteindre 300 millilitres, presque l'équivalent d‘une canette de soda. Sa qualité de fontaine donne à Amélie, 37 ans et escort de profession, une « sorte de pouvoir sur les hommes. » Elle ne compte plus les messages de clients qui veulent « s'abreuver à sa source ». Si l'on ne peut nier le potentiel poétique de la femme fontaine, elle n'est pas aidée par le porno qui véhicule une image fausse de l'éjaculation féminine. Non, ces ondées qu'on peut voir dans les films de boules ne sont pas des éjaculations. Très souvent, il s'agit juste une giclée maîtrisée d’urine. Appétissant si, comme Trump, on est fan de golden shower, mais là n'est pas le sujet. On ne peut parler d'éjaculation que pour le liquide infime émis par les glandes para-urétrales.
Alors, les femmes fontaines ne seraient-elles qu'un mythe ? Non, elles existent bien, mais le jet qui les caractérise vient d’ailleurs. Samuel Salama et Pierre Desvaux, des chercheurs français, ont décidé d'étudier ce phénomène en échographiant des femmes se disant fontaines. Ils ont ainsi remarqué que la vessie, même après avoir été vidée juste avant le rapport sexuel, se remplissait rapidement de liquide pendant celui-ci. Un liquide qui se déverse au moment de l'orgasme. « Mais ça n'a ni la couleur, ni l‘odeur de l'urine », explique Cléo, 34 ans, qui a récemment découvert son don. En effet, le liquide arrive si vite dans la vessie qu'il n'a pas le temps de prendre toutes les caractéristiques de l'urine. Ce n'est donc pas de l'incontinence, simplement une aptitude qui repose sur des paramètres physiologiques et psychologiques. Toutes les femmes en seraient capables mais, seules 10 a 40 % y arrivent. Cléo est très à l'aise avec sa sexualité mais, il y a cinq ans, elle s'enlisait dans une relation avec un conjoint peu porté sur la bagatelle. « La première fois, ça m'est arrivé alors que je me masturbais, après avoir compris et admis que j'aimais le sexe et ne pouvais pas m'en passer. » Et de préciser que ça n'a rien a voir avec l'intensité de l'orgasme car, depuis, sa fontaine a jailli deux autres fois, au cours de « baises pas géniales mais pas désagréables ». Si l‘on ne peut choisir le moment du jaillissement, on peut tenter de le contrôler en apprenant à connafire son corps. De nouveaux gourous proposent des stages pour s'entraîner à devenir femme fontaine, surfant sur la culpabilité qu'on impose à celles qui ne sont pas capables de se relâcher assez pour déverser des torrents de jouissance.
Dans le numéro de mai 2019 de Siné Madame.
Mimie Mathy, l'héroïne de « Joséphine ange gardien », n'a pas de tabou à propos du cachet de 250 000 euros qu'elle touche à chaque épisode (Huffingfon Post, 16/6) : « Je tiens à préciser que, pour que la série continue, je [l]’ai baissé (…). Plutôt qu’arrêfer et mettre toute une équipe au chômage (…). Il a été divisé par deux. »
Heu ? T'as probablement accepté une diminution contraite par les audiences qui entraînent avec elles les gains publicitaires… Stop la fausse générosité…
Rien à dire, on reste très loin d’un Mimi saiaire !
Dans le Canard enchaîné du 19 juin 2019.
En Turquie, signer une pétition militante t'ouvre les porte de la prison, comme à la majorité de ton millier de co-signataires. :O
Les turcs savent honorer leurs hôtes de marque. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a été accueilli le 13 juin à Ankara par la condamnation à 2 ans et demi de prison de la Franco-Turque Noémi Lévy-Aksu pour « propagande en faveur d’une organisation terroriste » (le PKK).
Cette brillante historienne, spécialiste de l’Empire ottoman, enseignait à l’université du Bosphore, à Istanbul, et avait signé en 2016 la « pétition pour la paix dans les régions kurdes ». C’est la peine la plus sévère prononcée jusqu’ici dans les 740 procédures en cours contre les 1 128 universitaires qui ont osé signer cette pétition…
Lors du procès in absentia de Noémi Lévy-Aksu devant la 26e chambre criminelle d’Istanbul, l’un des juges a fait une subtile comparaison : « Est-ce que faire l’apologie d’une organisation terroriste relève de la liberté d’expression ? Est-ce que, si on viole cette femme, c’est de la liberté d’expression aussi ? » L’historienne, désormais prof à la London School of Economics, s’est aussi vu reprocher, en tant que Française, le « génocide en Algérie ». Une vraie leçon de droit pénal !
On peut se moquer, mais je rappelle que la même question (sur l'apologie du terrorisme) s'est posée en France ces cinq dernières années et que ça s'est terminé par des lois toujours plus répressives et bancales (notamment sur la définition de ce qu'est l'apologie)…
Arrêté alors qu’il était venu voir sa famille en vacances, Tuna Altinel, maître de conférences en mathématiques à l’université Lyon-1, dort, lui, en prison depuis le 11 mai, pour avoir signé la même pétition et avoir participé au rassemblement d’une amicale kurde à Villeurbanne en février. Il attend son procès pour le 80 juillet.
Il a été incarcéré trois jours après la professeure de sciences politiques à la retraite Füsun Ustel, qui, elle, a été condamnée à 15 mois d’emprisonnement. Cette dernière est une figure bien connue de l’université francophone Galatasaray, fondée en 1992 par les présidents Özal et Mitterrand, qui est censée témoigner des bonnes relations entre les deux pays…
Droit à la taulérance
Le député mathématicien Cédric Villani (LRM) a interpellé Le Drian le 11 juin à l'Asemblée sur le sort d’Altinel et d’Usel, juste avant son deplacement. Le ministre a juré dans l’hémicycle : « Nous mettons tout en œuvre pour obtenir les libérations que vous avez souhaitées », mais il n’a pas dû insister bien longtemps auprès de son homologue Mevlüt Çavusoglu, avec qui il était surtout venu causer de la « crise des missiles » russes que la Turquie s’apprête à se faire livrer, en juillet, ce qui fait mauvais genre pour un pays de l’Otan…
Quant au cas de Noémi Lévy-Aksu, le ministre Le Drian semble n’avoir même pas été mis au parfum par ses services. C’est ce qu’expliquent des mauvaises langues au Quai d’Orsay. Au demeurant, l’ambassadeur en poste à Ankara, Charles Fries, en attente d’une nomination dans un autre pays, ne tient pas à faire de vagues.
Le ministre Le Drian avait pourtant hautement proclamé, le 11 juin : « Les principes sont essentiels : il faut affirmer la liberté d’expression, la liberté universitaire, et il faut souhaiter que la Turquie respecte ses obligations. »
Mais les principes sont une chose, la realpolitik en est une autre.
Dans le Canard enchaîné du 19 juin 2019.
Cher fils, tu m'as dit : « Té tua ! » En ce moment, tu répètes tout. Tu ne l’as sûrement pas entendu de papa. Le stéréotype de la femme bavarde est ancré dans les esprits et dans le dictionnaire (« Pipelet : le plus souvent au féminin, pipelette »). Maintes recherches ont pourtant montré qu'il était faux. Papa dit que cela ne s'applique pas chez nous. Pour une fois, il a raison. Maman fait partie de ces femmes qui mettent les ovaires sur la table. (C'est quoi, les ovaires ? Des grosses bulles !)
Partout, l'homme parle davantage. À la maison, au travail, à la radio (notamment aux heures de grande écoute). À la télé, il parle deux fois plus que les pipelettes, surtout sur les chaînes culturelles. Dans les réunions, une femme parle entre trois et dix secondes, l'homme entre dix et dix-sept [ NDLR : je trouve ce chiffre bizarre… De quelles réunions parle-t-on, de réunions à xxx personnes ? :O ]. Pipelets dès le plus jeune âge ! Une étude de Graddol & Swann (il n'y en a pas eu d'autres, va savoir pourquoi !) montre que les garçons, en classe, parlent en moyenne trois fois plus que les filles et répondent huit fois plus souvent sans avoir demandé la parole. Pour le même comportement, les filles sont réprimandées [ NDLR : ou pas… ]. Selon d'autres statistiques, les patientes sont plus fréquemment interrompues par leur médecin quand celui-ci est un homme, alors que ce sont généralement les patients mâles qui interrompent les femmes médecins. La femme demeure femme avant tout ! La plupart des chevauchements (plus nombreux que dans le lit) et des interruptions sont dus aux hommes (96%), avec des « hmm » et des « mouais» grommelés au moment le plus propice pour signaler à leur locutrice qu'ils se désintéressent totalement de ce qu'elle dit.
Mon bébé, ne te réjouis pas. Les enfants reçoivent de la part des hommes le même traitement dans la conversation. Mais les pipelettes semblent la boucler davantage que les gosses. La conservation de l'espèce « Homo Pipelet » est assurée. Nous ne sommes invitées dans la causerie que pour valider le discours du mâle. On est la, avant tout, pour être vues. Pas étonnant que toute parole, au-delà du simple soupir, soit considérée comme LA parole de trop. J’aimerais lâcher un « Vaffanculo ! » bien senti. Je me contenterai de soupirer en italien. Nous, les commères, les concierges, les bavardes, continuons à travailler pour votre épanouissement parce que, au fond, une femme restera toujours une mère. Alors, mon ange, on ne dit pas « Té tua » à maman. C'est elle qui t‘a mis au monde. Ah, tiens! Ça doit être pour ça que vous nous en voulez. On vous « fait » ! D'où votre besoin compulsif d'exister. Bon. Au moins, pendant neuf mois, c'est vous qui la bouclez.
Dans le numéro de mai 2019 de Siné Madame.
Fragiles, vandalisées, fabriquées en Chine dans les mêmes conditions précaires et douteuses que tout le reste, reposant sur des métaux dont nous manquerons un jour et qui sont extraits sans respect de l'environnement et des droits humains, mises en circulation par des sociétés commerciales qui ont recours au micro-travail précaire et sous-payé pour les recharger… Joli paysage.
Ne sont-elles pas merveilleuses, ces trottinettes électriques qui, depuis un an, déferlent sur Paris et les grandes métropoles ? Elles filent sans bruit à 25 km/h. Elles se faufilent sur les trottoirs, les couloirs de bus, les pistes cyclables. Elles sont silencieuses. Elles nous font retomber en enfance. Ah, les sourires ravis des adultes chevauchant leur engin sur le méchant bitume de la ville ! Paris en compte actuellement dans les 20 000, et ce n’est qu’un début — le double est prévu avant la fin de l’année. Bien sûr, pour s’en servir, il faut disposer d’un téléphone portable. Mais qui n’en a pas, à part trois olibrius égarés ?
Vous téléchargez l’appli de l’opérateur de votre choix (à Paris, pas moins de douze sociétés se disputent le marché). Elle vous indique la trottinette la plus proche. Un peu de marche à pied, quelques tapotages, et hop ! pour 1 euro, la voilà débloquée et, pour 15 à 25 centimes par minute, vous circulez où bon vous semble. Le trajet est fini ? Vous la flanquez dans un coin, et adios ! Le bonheur.
Le hic, c’est que, derrière leur apparence « fun, ludique et résolument tendance », se cache une réalité plus dérangeante. Pas seulement en matière de sécurité et de santé publique (les accidents à foison, les deux morts à Paris, la timide reprise en main par les pouvoirs publics, avec amende de 135 euros pour qui fonce sur un trottoir, et casque obligatoire pour les 8-12 ans)…
Toutes ces trottinettes sont fabriquées en Chine, pays où ne s’épanouissent guère, comme on le sait, le dialogue social et les salaires confortables. Toutes ont une durée de vie des plus courtes. Pas plus de trois mois, après quoi elles filent à la casse, comme l’a relevé une récente étude du Boston Consulting Group. Un vrai record d’obsolescence ! Un peu gênés, les opérateurs jurent qu’ils vont s’efforcer de les faire durer au moins, tenez-vous bien, neuf mois…
Je suis surpris par ce chiffre. J'ai vérifié : les causes de cette obsolescence sont la fragilité inhérente de la trottinettes et le vandalisme. J'aimerais bien avoir les stats des vélos partagés, pour comparer. Notons qu'une trottinette parisienne est amortie en 3,8 mois en moyenne (source)… soit après sa durée de vie, ce qui fait que les opérateurs ne sont pas à l'équilibre financier… Aux États-Unis, la durée de vie moyenne d'une trottinette partagée est de 28 jours. :O
Toutes fonctionnent avec des batteries lithium-ion, lesquelles s’altèrent rapidement, et dont les 3 kilos (au minimum) sont composés d’un savant mélange de nickel, cobalt, aluminium, lithium, cuivre, manganèse, — métaux dont les conditions d’extraction ne sont généralement pas un modèle de respect de l’environnement. Bref, la trottinette électrique n’a rien d’écolo.
L'extraction de ces métaux n'est pas non plus un modèle de respect des droits des salariés… Sur ces deux points, (re)voir Cash investigation - Les secrets inavouables de nos téléphones portables, par exemple.
Ce n’est pas tout : pour recharger les batteries, les opérateurs font appel à des particuliers. Tous sont des travailleurs précaires qui, chaque soir, embarquent des trottinettes pour les emmener dans un local où ils les rechargent pendant trois heures — avec de la bonne électricité nucléaire. « Libération » (ll/5) a raconté leurs folles cadences quotidiennes, les centaines de camions qui tournent dans Paris entre 18 heures et 3 heures du matin, leurs guéguerres… Et tout ça pour des clopinettes.
La trottinette cache bien son jeu…
Dans le Canard enchaîné du 19 juin 2019.
Ce docu qui circule pas mal est plutôt une blague.
Je résume : les collapsologues sont des gens réalistes, ha, heu, non, ce sont des irréalistes, ha, heu, non, ce sont des guignols (ils font pousser leur bouffe eux-mêmes et ils sont obligés de créer un groupe Facebook dédié pour parvenir à niquer, les pignoufs !), ha, non, ce sont des terroristes qui veulent saboter les infrastructures vitales (à titre perso, je ne vois pas d'intérêt à ce type d'action : les humains reconstruiront lesdites infrastructures jusqu'à rencontrer une impossibilité technique), ha, non, ce sont des malades (éco-anxiété / solastalgie, pessimisme, égoïsme/mise en avant de soi, quête d'un sens à leur vie, etc.)… Ça donne envie, hein ? Lolilol.
Quelques remarques :
Je n'ai pas changé d'avis sur tout ça : osef de ma disparition, de celle de l'humanité, de celles des espèces animales. Rien dit que l'on doit impérativement vivre. L'humain est insignifiant à l'échelle de la planète, la planète est insignifiante à l'échelle de l'univers. Des espèces animales ont déjà disparu dans le passé. Il faut avoir un égo démesuré pour penser que nous avons plus de légitimité qu'elles à survivre. Si ça se trouve, tout se passe """"comme prévu"""".
La merkin est une perruque pubienne.
Utilisées par les prostitués pour masquer des lésions et éviter les morpions, puis par l'ensemble des femmes pour se débarrasser des morpions, des poux, etc., puis par les actrices à qui l'on demande des scènes de nues, et aujourd'hui par ""effet de mode"".
Via le numéro de mai 2019 de Siné Madame.
C'est une statistique austère mais qui explique bien des ratés. Sur 50 rapports que l’exécutif aurait dû transmettre au cours de la législature 2017-2018 au Parlement, 27 seulement ont été remis.
Ces chiffres sont extraits d’un rapport d’information réalisé par la sénatrice Valérie Létard et titré : « Bilan annuel de l’application des lois au 31 mars 2019 ».
Plus étonnant encore, comme le souligne Valérie Létard :
« Votre rapporteur regrette d’autant plus ces non-transmissions qu’elles concernent parfois des rapports que le gouvernement a lui-même demandés. »
Des rapports qui sont justement supposés aider le pouvoir à vérifier la bonne application et l’utilité d’une loi, une fois qu’elle est votée.
Comme si, après l’adoption d’un texte, l’effet de son application sur les citoyens n’avait plus aucun intérêt…
Oui, les rapports commandés par le Parlement au gouvernement permettent au Parlement, représentant du citoyen, de vérifier l'utilité, la proportionnalité, etc. d'un bout d'une loi, notamment quand celui-ci a suscité de vifs débats et interrogations lors de son adoption. Mais, quand le gouvernement ne veut pas admettre une erreur voire une faute politique (loi liberticide, loi détournée de son objectif, remède pire que le mal, etc.), il a aucun intérêt à rendre un rapport… Ceci explique cela.
Dans le Canard enchaîné du 19 juin 2019.
Les délits d'injure et de diffmation, dont le deuxième sert trop souvent à entraver les journalistes qui font leur boulot, doivent-ils êtres sortis de la loi sur la liberté de la presse ? Quid de la garantie des droits des citoyens et des journalistes ? Quid de l'octroi, au pouvoir exécutif d'une main mise sur les médias par le biais des procureurs ?
Quelle mouche a piqué Nicole Belloubet ? Il suffit que des députés, une association ou quelques magistrats émettent une proposition incongrue sur la liberté de la presse pour que la garde des Sceaux la prenne au sérieux, donne une interview au « JDD » (16/6) et demande à la Commission nationale consultative des droits de l’homme de plancher sur la question.
Avec quelques-uns de ses collègues LR, le député Eric Ciotti a déposé un amendement à une proposition de loi LRM pour « lutter contre la haine sur Internet » qui doit être discuté ces jours-ci au Parlement. Au nom de la lutte contre le racisme, ces élus envisagent de passer à la moulinette la loi de 188l sur la liberté de la presse.
Reprenant une suggestion de la Licra, Ciotti et ses amis réclament que les injures diffusées par voie de presse (ce qui inclut les réseaux sociaux) ne relèvent plus de la loi de 1881 mais des procédures ordinaires. Dans une tribune parue dans « Libération » (6/6), la procureure générale de Paris, Catherine Champrenault, réclame qu’il en aille de même pour la diffamation.
Autant dire qu’il ne resterait presque plus rien du texte fondateur sur la liberté de la presse. Contrairement à ce que suggèrent Belloubet, Ciotti et des juges déboussolés, la loi de 1881 n’assure aucune impunité aux excités du clavier. Elle se contente de poser un cadre strict qui permet de savoir si les propos en question relèvent de l’injure ou de la diffamation, de vérifier — le cas échéant — l’exactitude des faits rapportés et de s’assurer de l’absence de volonté de nuire de leur auteur.
Pour comprendre intégralement ce point, il faut se souvenir, qu'actuellement, les parquets se contentent d'effectuer des vérifications de forme (le délai de prescription est-il dépassé ? : les propos litigieux sont-ils cités dans la plainte ? etc.) avant de renvoyer systématiquement les plaintes devant un tribunal (dit autrement : la mise en examen est systématique). Cela permet à des juges indépendants de prendre le temps de la réflexion, d'étudier les pièces des uns et des autres, et d'émettre un jugement dont la finesse est requise par la subtilité des propos humains, tout simplement.
Il est vrai que les tribunaux prennent leur temps pour juger ce genre d’affaire (il faut compter plus d’un an à Paris)… Mais la loi de 1881 n’est pas responsable du manque de moyens accordés à la justice. Cette pénurie chronique pousse depuis des lustres les ministres et les hauts magistrats à vouloir alléger sans cesse des procédures censées garantir les droits des justiciables…
Traiter les délits de presse comme s’il s’agissait de délinquance ordinaire reviendrait, de surcroît, à octroyer aux procureurs — qui ne sont pas indépendants — un pouvoir exorbitant sur les médias. Cette réforme donnerait au parquet la possibilité d’engager lui-même des poursuites sous prétexte de diffamation ou d’injure.
La loi de 1881 avait sagement réservé ce droit aux seules victimes, histoire de limiter les pressions du pouvoir sur la liberté de la presse. Sûrement une vieille lune…
Dans le Canard enchaîné du 19 juin 2019.
Après onze années de règne à la tête de la Fédération française de l’assurance (FFA), Bernard Spitz a été obligé de renoncer à candidater à un quatrième mandat. Comme l’a raconté « Le Canard » (12/06), les représentants de grosses assurances (Axa, Generali, Allianz) ne soutenaient plus le conseiller d’Etat, lui préférant une femme, Florence Lustman, actuelle directrice financière de La Banque postale. Elle avait une meilleure assurance… Mais Bernard Spitz n’a pas tout perdu ! Pas chiens, les assureurs lui ont offert un parachute doré de 800 000 euros, soit l’équivalent de dix mois de salaire. Le lobbyiste en chef des assureurs gagnait en effet 960 000 euros par an, soit quasiment deux fois plus que le patron d’EDF !
Présider une fédération patronale, c’est quand même drôlement bien payé !
‒ Pourquoi ma prime d'assurance a encore fait un bond cette année ?
‒ Mon bon monsieur, vous savez bien que nous avons toujours plus de risques à assumer. Regardez les événements climatiques, la malbouffe, la pollution, tout ça… Enfin, voyons !
‒ N'est-ce pas un peu aussi pour arroser votre patron (comme chez les mutuelles) et votre structure de lobbying ainsi que pour être en mesure d'assumer le risque des produits financiers irréels et irréalistes, donc pourris, que vous assurez sur les marchés ?
‒ Grand dieu, non ! Pas du tout ! Non, non, non ! Pas du tout !
‒ Buuuuuuuullshiiiiiiiit !
Dans le Canard enchaîné du 19 juin 2019.
Non, les urgences ne sont pas débordées par les petits bobos du quotidien… Ceci est une bêtise, comme les autres annonces de la ministre de la Santé sur le sujet.
Il aura donc fallu trois mois et la mise en grève d’une centaine de services d’urgences pour que la ministre Agnès Buzyn consente à recevoir en personne les syndicats, le 14 juin. La semaine précédente (le 6 juin), alors que la pression médiatique était déjà montée d’un cran, elle s’était contentée de dépêcher son directeur de cabinet auprès des grévistes. Et de commander un énième rapport pour le mois… de novembre à Pierre Carli, le patron du Samu de Paris, qui en a déjà pondu un sous la ministre précédente, Marisol Touraine.
Ruer dans les brancards
Blague supplémentaire : afin de rephosphorer sur la question, Carli se voit flanqué du député En marche ! Thomas Mesnier, qui a lui-même remis un rapport sur les urgences à Agnès Buzyn en… mai 2018 ! « Pas besoin de commander un nouveau rapport, il n’y avait qu’à fusionner les deux », raille l’urgentiste Gérald Kierzek. Et l’urgence de gagner du temps, alors ?
Quant aux 70 millions annoncés par Buzyn pour financer une prime aux soignants et l’embauche d’intérimaires, « c’est une goutte d’eau et un miroir aux alouettes. Il n’y a pas de rallonge budgétaire, donc ce sera financé en supprimant des postes et des moyens dans les autres services », prévient Patrick Bourdillon, de la CGT-Santé.
Histoire de faire passer la pilule, la ministre de la Santéa a repris son refrain habituel : si les urgences sont débordées, c’est à cause des petits tracas de santé bons pour le généraliste (la « bobologie », en jargon carabin) et d’« un problème d’organisation » avec la médecine de ville. Trop facile : « Il faut arrêter avec ce discours qui culpabilise les patients, bondit Gérald Kierzek. Le vrai problème, ce n’est pas la bobologie, c’est le manque de lits. »
La littérature scientifique internationale abonde en études sur ce phénomène d’engorgement (overcrowding, en bon français), qui est loin de ne concerner que l’Hexagone. Et les analyses sont unanimes : « La cause numéro un de la saturation, c’est le manque de lits dans les services, qui empêche d’hospitaliser les patients dans un délai raisonnable, explique le Pr Yonathan Freund, urgentiste à la Pitié Salpêtrière. Vous mettez 50 patients dans une salle d’attente qui ont le nez qui coule, ils vont vous prendre cinq minutes chacun, ce n’est pas le problème. Par contre, si on a cinq malades graves qu’il faut surveiller, à qui on ne trouve pas de place et qui restent sur un brancard pendant 24 heures, on déborde. Quand vous en avez 20 ou 25, c’est l’enfer. »
Repérer une seringue dans une botte de foin est souvent plus facile que de dénicher un lit d’aval… Selon les chiffres de la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques), pas moins de 80 000 lits d’hospitalisation ont en effet été supprimés entre 2000 et 2017. « On a cru que les besoins diminueraient avec le virage ambulatoire (médecine de jour), mais on n’a pas anticipé le vieillissement de la population, qui a explosé ces vingt dernières années », soupire un chef de service de gériatrie.
Outre des créations de postes, l’intersyndicale reçue par Buzyn a réclamé « un moratoire » sur ces suppressions de lits, dont le rythme ne faiblit pas. Réponse lapidaire de la ministre : « Le mot ne meconvient pas (sic). Ce n’est pasà l’ordre du jour. »
Un dialogue de malade !
Dans le Canard enchaîné du 19 juin 2019.
