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——————————— January 15, 2018 - Monday 15, January 2018 ———————————

Emmanuel Macron a tonné : plus de « fake news » en période électorale. Que les complotistes, donc, se rassurent : hors élections, ils pourront continuer de colporter des rumeurs, de désinformer, d’entretenir la parano « On nous cache tout, on nous dit rien ».

Le Président ne s’intéresse pas à la fausse nouvelle à la française, déjà punie par la loi de 1881 — qui a fait ses preuves — s’il y a trouble à l’ordre public, mais à la « fake news » à la Trump, celle venue de l’étranger.

Macron, autocentré, a en tête les ragots qu’ont fait courir sur sa personne au printemps dernier deux médias russes. Il promet, en représailles, que la lutte contre « toute tentative de déstabilisation par les services de télévision contrôlés ou influencés par des Etats étrangers » sera accrue. Les Russes doivent craindre le pire, et la BBC, à l’avenir, devra se méfier si elle prétend s’intéresser à la politique française.

Macron vise aussi les plateformes Internet et leur « propagande », qui, « en un instant, répandent partout dans le monde, dans toutes les langues, des bobards inventés pour salir un responsable politique ». Pourquoi pas, mais comment la distinguer de l’information quand les annonceurs eux-mêmes sont des propriétaires de médias, comme Bernard Arnault, Xavier Niel ou Patrick Drahi ? Macron ne s’inquiète pas de ça. La concentration aux mains de quelques industriels, la disparition des journaux indépendants ce n’est pas son sujet. Il n’en a que pour la « fake news » des jours d’avant son sacre. C’est quoi, d’ailleurs, une fausse nouvelle, et qui en décide quand François fillon assure que les informations du « Canard » sur les emplois fictifs de son épouse sont fausses ? Ce qui est annoncé faux par certains peut se révéler vrai…

Sur sa lancée, Macron appelle les professionnels à réfléchir à leur déontologie. Comme si les journalistes l’avaient attendu… Il est vrai que Reporters sans frontières a une riche idée : il propose de certifier des organes de presse respectant la déontologie du métier. Problème: qui va certifier le certificateur ? L’ancien président de RSF, un certain Robert Ménard, maire lepéniste de Béziers ? Ou, pourquoi pas, le président de la République lui-même ?

En peu de mots, le Canard résume l'essentiel de mon avis sur cette volonté stupide de Macron.

Cependant, il manque un point : derrière tout ça se cache la constante augmentation de la défiance envers tout et tout le monde. Justifiée quand on constate, fait après fait, événement après événement, que les politicien⋅ne⋅s et les grands médias sont uniquement des pantins qui nous servent jours après jours la même soupe insipide et qui œuvrent rarement en faveur de l'intérêt général. Justifiée quand nos grands médias, nos élu⋅e⋅s et nos politicien⋅ne⋅s de premier plan passent leur temps à faire peur à la populace et à monter des parties de la population contre d'autres parties de cette même population afin d'accroître la servitude de l'ensemble donc, in fine, leur pouvoir.

Plutôt que de se poser et de proposer des solutions réfléchies aux racines de ce mal profond, nos politicien⋅ne⋅s décident de jouer la surenchère, de poursuivre ce jeu dangereux, de faire toujours moins confiance à leurs citoyen⋅ne⋅s et proposent ainsi de leur torcher le cul, au prétexte qu'il⋅elle⋅s sont incapables de penser par eux⋅elles-même. Ben ouais, réfléchir à l'indépendance des médias, à leur pluralité effective et à tout un tas d'autres problématiques, c'est trop vieux jeux ! Sauf que, si, en tant que citoyen⋅ne, je ne développe plus de pensées et/ou que je n'en suis plus responsable, cela vaut aussi pour mes votes. Or, sans pensée libre et sans vote, il n'y a plus de légitimité des élu⋅e⋅s donc le semblant de démocratie représentative que nous connaissons s'effondre et l'on atterrit sur des régimes d'organisation de la vie de la cité beaucoup moins fun.

Sait-il dans quoi il veut nous embarquer, le Macron ? Savent-il⋅elle⋅s dans quoi il⋅elle⋅s veulent nous embarquer, ces politicien⋅ne⋅s à la manque ? Savons-nous dans quoi nous allons nous faire embarquer ?

Dans le Canard enchaîné du 10 janvier 2018

Sommé de cesser son activité fin mai, il réclame une indemnisation colossale au préfet de Meaux.

Une entreprise de traitement des métaux de Meaux réclame au préfet de Seine-et-Marne la somme colossale de 2 984 000 euros. Motif ? Le serviteur de l’Etat lui a causé un grave préjudice en suspendant, le 31 mai dernier, son activité pour cause de pollution chronique !

Wipelec — c’est son nom — a déposé, le 4 janvier, un recours devant le tribunal administratif de Melun. Spécialisée dans le traitement de surface des métaux, elle se revendique comme l’« unique fournisseur
de grands groupes de l’armement et de l’aéronautique français », tels que Safran et Thales. Pensait-elle, du coup, pouvoir polluer en toute impunité ? Six fois, entre 2016 et 2017, elle a été visitée par les inspecteurs des installations classées, dépendant de la Direction régionale et interdépartementale de l’environnement et de l’énergie.

Ses manquements répétés, jugés « extrêmement graves » pour les salariés et les riverains, ont été maintes fois detaillés par « Le Parisien ». Wipelec a notamment été accusé de rejeter « des déchets dangereux dans le réseau urbain » — de l’acide cyanhydrique, entre autres. Malgré la quarantaine d’emplois en jeu, l’Etat n’a pas calé. Ni la justice, qui a validé l’arrêté de suspension.

Sortez les mouchoirs

En redressement judiciaire depuis août 2009, Wipelec multiplie les exploits en Ile-de-France. En 2010, la pollution importante des sols et de la nappe phréatique de son usine de Romainville a obligé l’Ademe, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, à dépenser plus de 1,2 million d’euros pour reloger des riverains. A Pomponne, en Seine-et-Marne, Wipelec a stoppé en 2012 l’exploitation d’un site, après quatorze années passées sans le nettoyer. A Lagny, la société Ceres Technologie, l’une de ses filiales, s’est subitement arrêtée, après avoir travaillé sans toutes les autorisations requises. Les sols y sont assaisonnés de plomb, de cyanure, d’hydrocarbures

Pas impressionné, Wipelec a continué, malgré la suspension. Aujourd’hui sous contrôle judiciaire, son gérant, Guy Pelamourgue, a été placé en garde à vue le 20 juin et mis en examen pour « exposition d’autrui à risque immédiat de mort ». Tout de suite les grands mots…

Voitures brûlées portables volés

Dans son recours déposé le 4 janvier, Wipelec explique avoir trouvé la coupable de tous ses maux : Joëlle Roborg, sa « responsable qualité sécurité environnement ». « Un audit réalisé par M. Guy Pelamourgue permet de façon saisissanie de se rendre compte de la non-exécution de son travail par la salariée et de la délation opérée à destination des services préfectoraux », s’indignent ses avocats. L’employée est accusée d’avoir collaboré avec les inspecteurs du ministère de l’Environnement sans prévenir sa direction.

Selon la loi Sapin, cela l’empêche de bénéficier du statut de lanceur d’alerte. Son licenciement pour faute lourde a été validé par l’Inspection du travail, après que des échanges de SMS entre elle et une inspectrice de l’Environnement ont été retrouvés. Wipelec assure que l’indélicate aurait agi pour favoriser la « reprise à moindre coût de la société » par son ancien directeur. Mais, alors, pourquoi a-t-elle fait marcher le préfet dans la combine ?

Coîncidence ? Joëlle Roborg a vu sa voiture volée et brûlée, le 23 octobre — cinq jours après que les inspecteurs de l’Environnement qui revenaient du site de Meaux se sont fait dérober leur auto et leurs ordinateurs portables. L’ambiance est vraiment exquise dans ce coin de Seine-et-Mame.

À ma connaissance, il s'agit du premier cas concret qui illustre la vacuité de la loi Sapin 2 censée définir et protéger les lanceur⋅euse⋅s d'alerte

Dans le Canard enchaîné du 10 janvier 2018.

Un véritable révolutionnaire que ce Moham med ben Salmane (MES) ! Le 4 janvier, le prince héritier du royaume saoudien a fait embastiller 11 princes pour « perturbation à la paix civile et à l’ordre public » (« Les Echos », 9/1). Faut dire que les représentants de cette branche cousine avaient poussé le bouchon un peu loin en organisant un sit-in devant le palais… Les seigneurs du désert protestaient contre l’abolition de leurs privilèges. Désormais, les malheureux devront payer, comme tous les autres Saoudiens, une TVA de 5 % et leur note d’électricité. De quoi péter les plombs !

Inflexible, MES qui veut réduire la dépendance de son royaume au cours de l’or noir, a expédié les 11 contestataires, non pas en résidence surveillée dans un hôtel de luxe, mais dans une vraie prison de haute sécurité. En novembre, l’héritier avait fait enfermer 200 personnalités au Ritz-Carlton de Riyad. Une douzaine d’entre eux auraient recouvré la liberté moyennant finances. Mais pas le plus emblématique : le prince Al-Walid ben Talal refuse de verser les 6 milliards de dollars réclamés, soit un septième de sa fortune.

Un crime de lèse-majesté !

Encore un endroit joyeux et juste sur la planète…

Dans le Canard enchaîné du 10 janvier 2018.

C'est une coquille dans le Brexit. On ne le sait pas, mais un tiers des coquilles Saint-Jacques françaises sont pêchées dans les eaux britanniques. Or nos voisins d'outre-Manche comptent profiter de leur sortie de l'Union européenne pour interdire à nos pêcheurs l'accès a leur gisement. Mauvaise nouvelle pour les nombreux amateurs de Pecten maximus que compte notre pays.

Avec 150 000 tonnes englouties chaque année, la France est le plus gros consommateur de coquilles de la planète derrière les États-Unis. Pour satisfaire les estomacs, on doit donc en importer six fois plus qu'on n’en pêche. Et voilà que la perfide Albion pour- rait nous empêcher de « draguer » la coquille au large de ses côtes, pile-poil alors que a récolte s’annonce « exceptionnelle » : jamais les cales de nos 200 coquilliers n’ont été aussi pleines.

La coquille Saint-Jacques, c'est l'or blanc de la pêche tricolore, avec des prix qui peuvent, certaines années, atteindre 5 euros le kilo. D'où la contrebande et la fameuse pratique du trempage, qui consiste à plonger les noix dans un bain d'eau assaisonnée de polyphosphates, histoire de les gorger de flotte pour qu'elles pèsent plus lourd. Sauf qu'une découverte faite par des chercheurs israéliens risque de nous couper définitivement l’appétit : les coquilles Saint-Jacques nous voient ! Autrement dit, quand vous décoquillez l’animal, il suit en direct sa mise a mort… L'étude, sortie pendant les têtes, est passée relativement inaperçue. Elle révèle pourtant que Pecten maximus est doté en bordure de coquille de 200 yeux millimètriques. Ce qui confère a ce mollusque bivalve un champ visuel d’environ 250 degrés. Pratique pour repérer son principal predateur, l'étoile de mer, et prendre la tangente en claquant des valves.

Car, contrairement a la plupart des coquillages, qui restent bêtement accrochés à leur rocher, la Saint-Jacques voyage. Par hydropropulsion, elle peut même faire des bonds de 1 mètre. En fait, la bestiole possède un système visuel ultra—sophistiqué, composé d'une série de miroirs concaves a trois dimensions. A tel point que les ingénieurs voudraient s’en inspirer pour améliorer les performances des télescopes.

La prochaine lois que l’on dé- cortiquera une coquille Saint-Jacques, pas sûr qu’on la regarde les yeux dans les yeux…

Intéressant. :O

Dans le Canard enchaîné du 10 janvier 2018.

Le réseau informatique du Parlement britannique a enregistré 160 demandes d'accès à des sites pornographiques entre juin et octobre 2017 (« Ouest France », 8/1 ). Shocking ? Non, car, à en croire la direction du Parlement, la majorité de ces connexions, effectuées depuis les ordinateurs des députés et de leurs assistants, n'étaient pas « volontaires ».

Seulement pulsionnelles ?

À rapprocher du cas Damian Green, le numéro 2 de la première ministre Theresa May qui a été contraint de démissioner suite à du harclément sexuel présumé et à la découverte de milliers de photos pornos sur l'ordinateur de travail qu'il utilisait en 2008 en tant que député.

C'est les mêmes politicien⋅ne⋅s qui ont instauré le blocage par défaut des sites web pornos sur les accès Internet du pays… Comme d'habitude, faites ce que je dis, pas ce que je fais.

Dans le Canard enchaîné du 10 janvier 2018.

Pimkie, Peugeot, bientôt Carrefour… Moins de deux semaines après la parution des décrets d’application de l’ordonnance Macron sur la « rupture conventionnelle collective », cette dernière fait un tabac chez les patrons. Elle leur donne le feu vert — sous réserve d’un oui des syndicats — pour licencier sans motif économique.

Lors de la signature de l’ordonnance Macron, le 22 septembre, les regards des syndicats se sont braqués sur quelques chiffons rouges agités sous leur nez, telle la « barémisation » des indemnités aux prud’hommes. Et le reste est passé largement inaperçu. Une lecture au scanner de ces textes permet pourtant de découvrir plusieurs perles pas vraiment défavorables aux employeurs.

Pénicaud, DRH des patrons. La dernière de ces pépites, datée du 30 décembre, porte la signature de la ministre du Travail. Un décret paru au « JO » fournit aux patrons licencieurs cinq modèles de lettres censées les mettre à l’abri des foudres des tribunaux. De l’éjection pour faute grave au dégraissage économique, tous les cas de figure sont prévus. Il suffit à l’employeur de remplir les cases vides. On attend que le président de la République — qui n’est pas que celui des riches — demande à sa ministre un vade-mecum similaire pour aider les salariés à contester leur vidage.

La lettre de licenciement à répétition. Avant les ordonnances, les griefs de l’employeur devaient tenir en une seule — et définitive — missive. Désormais, si, après avoir signifié son renvoi à un salarié, un taulier est saisi par l’envie de le câliner davantage, il peut lui envoyer une deuxième lettre, puis une troisième, contenant de nouvelles causes ou de nouveaux témoignages, évidemment indépendants.

Et si ces nouveaux chômeurs, connus pour leur mauvais caractère, entendent contester, ils devront faire fissa : le délai pour engager une procédure tombe à un an, contre deux auparavant.

Monologue social. La simplification de la vie des employeurs passe aussi par celle du dialogue social. Sous le gouvernement Jospin, Martine Aubry avait fait voter l’obligation d’une négociation annuelle des salaires dans les entreprises. Quelle horreur ! Macron a rectifié. Avec les ordonnances, le délai entre deux discussions salariales passe à quatre ans, à supposer que le patron trouve assez de syndicalistes pour accepter ce report des échéances. Au sein de certaines branches ou dans les PME, il n’aura pas beaucoup de mal à les débaucher.

Bosser plus pour gagner moins. La loi Aubry ouvrait la possibilité d’accords permettant d’augmenter la durée du travail sans que le salaire suive. Mais cette décorrélation n’était possible qu’à la condition impérative que la boîte rencontre des difficultés. « Le “travailler plus pour gagner moins” peut désormais être décidé dans le simple intérêt de la société. Sans plus de garanties », s’étrangle Christophe Baumgarten, avocat spécialisé en droit social.

flexibilité sans sécurité. Quant aux grosses boîtes qui dégraissent, l’obligation de proposer aux salariés d’être recasés dans le groupe disparaît. L’ancien patron des patrous, Yvon Gattaz, exigeait cette flexibilité en 1985. Grâce à Macron, Pierre a fini le job de papa.

L’employeur, patron aussi — des syndicats. Exit aussi l’obligation faite aux directions de financer les expertises demandées par le comité d’entreprise. Le Comité économique et social (CES) qui lui succède (avalant au passage les délégués du personnel et le comité d’hygiène et de sécurité) devra en payer la moitié. Logique. Sauf que les moyens financiers du CES, ainsi que les heures de délégation des représentants du personnel, seront fixés par la négociation… c’est-à-dire, finalement, par l’employeur. « Le problème des accords d’entreprise est qu’ils seront négociés par des syndicats qui dépendront aussi des moyens que leur donneront les employeurs. Il y a des risques évidents de corruption », confie un spécialiste réputé du droit social.

Il faut bien pallier la fuite des adhérents.

Ma liste de ce qu'apportent ces ordonnances contre le travail.

Dans le Canard enchaîné du 10 janvier 2018.

A l’aise dans sa fonction, la première dame veille à tout avec un soin jaloux.

« Franchement, c’est parfait, du sacré boulot. Trierweiler, à peine arrivée, voulait être calife à la place du calife, Gayet était un fantôme et Bruni avait une communication tellement lourdingue qu’on voyait toutes les coutures. Souvenez-vous de la séquence où elle a reçu des lectrices de “Femme actuelle” à l’Elysée. Carla et ses invitées étaient en train de papoter le plus simplement du monde, et tout à coup qui arrive, comme ça, qui passe la tête ? Nicolas ! Quelle surprise ! », rigole un spin doctor.

Et d’ajouter : « Avec Brigitte Macron, c’est du grand art. La papesse de la presse people, Mimi Marchand, patronne de l’agence Bestimage, qui gère son image, l’incite à peu intervenir directement. Ce sont les autres qui parlent d’elle, ce qui fait oublier à quel point sa communication est hypercontrôlée, en lien total avec l’Elysée ». Brigitte Macron a réussi cet exploit : tous les communicants de la place de Paris lui tirent leur chapeau.

A l’Elysée, elle est toute-puissante. « Pas un discours important qu’elle n’ait relu, mais elle est suffisamment maligne pour ne pas le faire savoir », raconte le témoin d’une réunion. « Si elle est présente autour de la table, le Président ne la quitte pas des yeux. Ceux qui s’opposent à elle, pour une raison ou pour une autre, se sentent soudain plus éloignés du prince, ils ont peu à peu moins accès à lui et ont le sentiment d’être aussi moins écoutés », se souvient un autre.

Des postulants au fayot d’or

Ceux qui veulent obtenir un hochet, s’approcher de Macron, faire passer un message ou rester en cour l’ont compris : il faut chanter les louanges de Brigitte. Certains ne savent trop que dire mais y vont fort, comme Jean-Michel Blanquer. « Elle incarne pour moi la prof idéale », a-t-il confié en pas trop petit comité, histoire d’être sûr que cela soit répété, ajoutant : « Je maintiens, même si ça me fait passer pour un fayot. » Mais non, quelle idée. Et puis, il y a de la concurrence pour le fayot d’or. Richard Ferrand, qui voudrait bien remplacer Rugy à la présidence de l’Assemblée, ne fait pas dans l‘aquarelle : « Sa présence est rayonnante et sert le pays. »

Attention toutefois a Edouard Philippe, qu’on a toujours tendance à enterrer trop vite et qui n’a pas dit son dernier mot : « Brigitte Macron a une densité de réflexion et une profondeur culturelle impressionnantes. » Y a du métier, c’est indéniable.

Elle va relayer la pensée macronienne, selon le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, qui lui a dit, la voix tremblante : « Vous êtes une des rares femmes dans le monde entier qui peut délivrer un message, nous avons besoin de vous. » Un avis que partage Jean-Pierre Raffarin, retraité de la politique qui n’aurait rien contre l’idée d’obtenir une nouvelle mission. En Chine explique-t-il, Brigitte est tout simplement « une idole ».

Brigitte Macron fait aussi souffler un petit vent de « modernité » à l’Elysée. Elle a ôté les lourdes tentures pour faire « entrer la lumière », a fait remiser quelques bergères, et souhaite exposer au Palais des artistes modernes. C’est bien simple, le couple Macron éprouve une « fascination » pour les artistes. François Patriat, président du groupe LRM au Sénat, ne se fait pas beaucoup prier pour crier son admiration : « Elle fait très moderne, elle comprend ce que les Français attendent d’elle et fait simplement l’unanimité. »

Les proches collaborateurs de Brigitte Macron, Pierre-Olivier Costa et Tristan Bromet, expliquent aux journalistes qu’elle évitera au Président la fameuse déconnexion d’avec le réel. Elle aime quitter le Palais, s’évader dans Paris pour « débriefer » ses conseillers. Et, là, au contact de la vraie vie, « les sujets qui paraissaient très importants au bureau deviennent souvent futiles ».

Elle rend Bernadette gentille

Mais sa plus grande qualité c’est qu’elle « humanise » la présidence. Aux côtés de son surhomme, qui dort trois heures par nuit et avale les dossiers comme Hollande les macarons, elle est là pour les douleurs du quotidien. « Les demandes désespérées des personnes qui ne trouvent pas les bonnes portes retiennent son attention », raconte la presse. Elle est le « dernier recours ». Lors des obsèques de Hallyday, elle a « pris en main l’aspect humain ».

Parfois, Brigitte répond elle-même au téléphone, mais oui. Elle veut, explique-t-on, « organiser des soirées à l’Elysée sans people, loin du gratin parisien ».

Le grand mot de la com’ de Brigitte, c’est « juste ». elle a des mots «justes », un comportement « juste ». Le mot n’est pas choisi au hasard : il fait oublier l’hypercontrôle de l’image de la première dame.

Et ça marche. Laure Adler trouve qu’elle apporte « un petit supplément d’âme » et se pâme devant la vie personnelle de la première dame : « Madame Bovary, à côté, c’est de la gnognotte. »

Brigitte Macron a même reçu Bernadette Chirac a l’Elysée, et, devant le personnel, a réussi à faire dire au cerbère « un mot gentil pour tout le monde ». Trop forte.

Oooooook… En 2017-2018, en France, pour exister dans la politique-politicienne, il faut toujours faire sa cour à la madame du châtelain… Hé bah… On n'est pas rendu, hein… Pitoyable…

Dans le Canard enchaîné du 10 janvier 2018.

Secouées par l’affaire de corruption touchant Airbus, les grandes boîtes du CAC 40 veulent à tout prix se prémunir contre ces menus dérapages. Veolia ne fait pas exception. Le leader mondial de l’eau et des déchets a confirmé, le 8 janvier, avoir débauché Jean-Baptiste Carpentier, 53 ans, le directeur du Commissariat à l’information stratégique et à la sécurité économique (Cisse) de Bercy, pour en faire son directeur de la « conformité ». En clair, du respect des lois.

Contrat en beton armé

Officiellement, le départ de Jean-Baptiste Carpentier, ancien patron de Tracfin — l’organisme chargé de lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme — s’est réglé en bonne intelligence avec Bercy. En décembre, pourtant, Emmanuel Moulin, le directeur de cabinet de Bruno Le Maire, a convoqué le patron du Cisse pour l’interroger sur sa décision de confier un contrat à FTI Consulting.

Ce cabinet d’investigation américain aux méthodes musclées est censé réaliser un audit de la politique de conformité des 200 premières entreprises françaises et identifier leurs bonnes pratiques (« Intelligence Online », 29/11). « Je n’ai pas engagé une société américaine, mais la patronne de la filiale parisienne, Sophie Lhomme, une Française, officier de réserve disposant d’une habilitation de sécurité », s’est curieusement défendu Carpentier. Lorsqu’il a annoncé son souhait de quitter Bercy, personne ne l’a vraiment retenu. Ni Bruno Le Maire ni le secrétaire général de l’Elysée, Alexis Kohler, très au fait des questions de sécurité…

« Qu’une entreprise privée comme Airbus se laisse voler des informations sensibles par les Américains, c’est déjà grave, s’offusque un spécialiste de la guerre économique. Mais que l’Etat français organise le pillage de ses 200 premières entreprises, c’est incompréhensible… »

Aux armes, citoyens patrons !

Heu. D'où l'État s'occupe (favorise ?) uniquement des 200 plus grosses sociétés privées françaises ? D'où c'est de la responsabilité de l'État de prévenir les pratiques illégales ?! Peut-être parce que le Président joue déjà les VIP pour elles ? On marche quand même sur la tête, je trouve…

Dans le Canard enchaîné du 10 janvier 2018.

Les journalistes, à l’exception notable de ceux du « Figaro » (4/1), ont tort de ne pas lire les documents publiés en annexe de la loi de finances 2018. Ils y auraient découvert que les produits de la fameuse fiscalité verte ne bénéficient nullement à l’écologie. Pour justifier les hausses des taxes carbone, alias les taxes vertes, Bercy écrit : « Ces mesures contribueront au financement des baisses de la fiscalité pesant sur le travail et le capital en vue de favoriser l’emploi et l’activité. » Voilà qui a le mérite de la franchise.

L’appel à l’alibi écologique, en matière fiscale, devient une habitude de plus en plus rentable pour les finances publiques. Emmanuel Macron souhaite qu’à la fin de son quinquennat la fiscalité verte rapporte 40 milliards d’euros à l’Etat et aux collectivités locales, soit 14 milliards de plus qu’en 2017.

Au nom de la lutte contre la pollution et de la convergence de la fiscalité entre les deux types de carburant, les taxes sur le diesel ont donc été relevées, au 1er janvier, de 7,6 centimes par litre, et de 3,9 pour l’essence. A quoi il convient d’ajouter la TVA, dont le taux est fixé, pour les carburants, à 20 %. Soit, au total, 3,7 milliards de plus dans les caisses publiques qu’en 2017.

Les économistes de l’union française des industries pétrolières ont calculé que la facture allait augmenter de 250 à 350 euros par an et par véhicule. Mais ils n’ont pas intérêt à se plaindre, puisque c’est pour la nature…

Au moins dans les discours.

En effet, c'est ingénieux.

Dans le Canard enchaîné du 10 janvier 2018.

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