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  • Des animaux à la barre

    Si je conchie sa comparaison entre le traitement judiciaire des animaux et des gilets jaunes (qui, entre autres, mélange comparutions immédiates et procès longs) et que je doute de la véracité de certains de ses exemples, cet article m'a appris des choses à l'heure où les plaintes autour des bruits des animaux (coq, cigales, canards, etc.) se multiplient, notamment que, dans le passé, des animaux ont eu à répondre de leurs méfaits devant des tribunaux laïques et ecclésiastiques, notamment, car il fallait excommunier les animaux de Dieu avant de pouvoir les éradiquer.

    Dans l'histoire, les tribunaux ont garanti aux animaux traînés devant la justice plus d’équité que la justice d’aujourd’hui n’en garantit aux gilets jaunes.

    Et si les animaux avaient plus de droits que de vulgaires gilets jaunes ? Jusqu’à une époque récente ils ont dû répondre de leurs méfaits devant les tribunaux.

    L'éléphant tueur
    En 1916, dans le Tennessee, berceau du Ku Klux Klan, un éléphant assassin de son dresseur est condamné à mort et pendu par la trompe à une grue.

    L'âne est-il coupable ?
    En 2005 dans le nord-est de la Turquie, un âne accusé d’homicide a vu sa peine de mort, prononcée par le conseil des anciens, suspendue pour complément d’enquête. « Chacun est innocent jusqu’à ce que soit rapportée la preuve de sa culpabilité » mais « nul n’échappe à la loi », a déclaré le maire.

    Les animaux auraient-ils donc droit à des garanties procédurales auxquelles échappent les humains ?

    Les procès d’anirnaux ont été nombreux sous l’Ancien Régime parce qu’on ne pouvait éradiquer limaces, vermines et autres animaux de Dieu sans qu’ils aient été préalablement excommuniés et condamnés.

    Il existait deux moyens de traîner en justice un animal. Lorsque l’acte d’un animal est la cause de la mort d’une personne, il était possible d’engager une procédure pénale devant une juridiction laïque qui la plupart du temps aboutissait à la peine de mort. Ou bien, si vous étiez un brave paysan qui a vu ses récoltes détruites par des petits animaux nuisibles, vous pouviez engager une action civile devant les tribunaux ecclésiastiques afin de les excommunier.

    Tout cela dans le respect des formes de droit.

    Les sangsues interdites de séjour
    Des sangsues et des chenilles ont ainsi été interdites de séjour par jugement contradictoire avec un certain succès.

    En 1522, Me Barthélemy Chassanée a réussi à faire annuler la citation délivrée aux rats, qui infestaient la région, par le diocèse d’Autun. Il a justement fait valoir le caractère discriminatoire de poursuites dirigées contre une minorité de rats isolés et surtout un délai de comparution insuffisant au regard du danger encouru par les rats pour se rendre au tribunal avec leur courtes pattes, au risque d’être agressés par des chats.

    Le tribunal puis la cour lui ont donné raison.

    La truie assassine
    La truie de Falaise a eu moins de chance en 1386 après avoir tué une petite fille. Placée en détention provisoire elle a été assistée d’un avocat et a reçu notification par huissier de tous les actes de la procédure. C’est donc à l’issue d’une décision inattaquable qu’elle a été nouée, écartelée, mutilée puis brûlée vivante sur la place publique.

    Il en va de même du pourceau de Saint-Quentin en 1557, condamné à être enfoui vivant dans une fosse pour avoir dévoré un petit enfant.

    Le perroquet royaliste
    La réinsertion du condamné est déjà au cœur de la réflexion judicaire. Un perroquet qui criait « Vive le roi » en 1794 a été placé par jugement en rééducation pour apprendre a dire « Vive la République » sous peine de mort, mais toute la famille de ses propriétaires, irrécupérable, a été condamnée à mort à l’issue d’une procédure expéditive.

    L'ours voleur de miel
    L’Etat peut cependant se retrouver accusé et accusateur.

    En 2008, un ours perd un procès face à un apiculteur en Macédoine. Les juges du tribunal de Bitola ont retenu la culpabilité de l’ours pour vol de miel dans des ruches et l’ont condamné à verser à l’apiculteur la somme de 140 000 denars (2 300 euros). L’ours voleur n’étant pas solvable, c’est l’État macédonien qui a dédommagé le malheureux apiculteur.

    Au risque de jugements sévères, tous ces animaux ont bénéficié de procès équitables à l’issue de procédures contradictoires.

    Allez faire un tour a la 23e chambre des comparutions immédiates : les gilets jaunes y sont traités pire que des chiens !

    Dans le Siné Mensuel de juillet-août 2019.

    Sat Nov 2 12:21:56 2019 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?zrNlEw
  • Entretien avec Constance Hammond, directrice de recherche émérite en neurobiologie

    Résumé : tous les êtres vivants ne disposent pas d'un cerveau au sens où on l'entend chez l'humain. Les enfants des quartiers défavorisés sont curieux, mais ils ont des problèmes d'attention et de motivation liés à leur environnement. Toutes les émotions se traduisent corporellement. L'intelligence artificielle ne sait pas conceptualiser. Il faut l'entraîner avec des millions d'images là où un humain est plus rapide. Elle sait à peine reconnaître des objets déformés. Elle est dépourvue d'émotions, qui sont des signaux positifs que l'on peut maîtriser afin de réagir au mieux à une situation qui nous dépasse (ayant une autre source, je n'ai pas extrait la question-réponse qui en traite). L'intelligence artificielle est le nom donné à simple logiciel de statistiques et de probabilités assisté par des humains précaires. L'empathie, ça s'apprend par la pratique qui, seule, reprogramme notre cerveau.

    Tous les êtres vivants ont-ils un cerveau ?
    Non. Les escargots, par exemple, ont des ganglions, sorte d’ensembles de cellules nerveuses, mais on ne peut pas vraiment parler de cerveau.

    […]

    Pour les enfants des quartiers défavorisés,la science est-elle un univers complètement étranger ?
    Ils ont une curiosité bien plus grande, ils ne sont pas inhibés. Mais ils ont des problèmes d’attention. Chez eux on se coupe la parole, ou bien la télé est tout le temps allumée. L’éducation à l’attention est mieux gérée dans les milieux favorisés. Malheureusement, les élèves les plus difficiles ne sont plus la, ils ont déjà été orientés. On voit des gamins très doués, surtout les filles je dois dire. Mais c’est difficile, la motivation tout d’un coup peut disparaître. […]

    […]

    Du point de vue du cerveau, qu’est-ce qu’une émotion ?
    Une émotion est traduite en motricité, en hormones, on change d’expression, on transpire, on rougit, le coeur bat… Toutes les émotions sont traduites corporellement. Même quand on ne le veut pas.

    […]

    Que les robots deviennent plus intelligents que l’homme, vous y croyez ?
    Absolument pas. Par exemple, pour qu’un robot puisse reconnaître un chat, il faut le nourrir de millions de photos de chats. il suffit à un enfant d’en avoir vu deux pour qu’il sache que c’est un chat. La mémoire des objets par exemple. Si je vous dis : une raquette de ping-pong, vous la visualisez, vous imaginez sa couleur, son poids, sa matière. Vous voyez le geste qui va avec. Si maintenant je vous montre une raquette de ping-pong déformée, molle, vous la reconnaissez immédiatement. Le cerveau sait conceptualiser. Avant que le robot n’y arrive… En revanche, les interfaces cerveau-machine sont un grand progrès. Par exemple, vous êtes paralysé et vous pensez à bouger votre bras. Vous y pensez très fort. La machine enregistre les ondes cérébrales qui changent. Elle ne comprend pas ce qui se passe mais elle sait que ça veut dire « bouger le bras ». Et le bras articulé bouge. Voilà une grande avancée pour toutes les personnes handicapées.

    […]

    Les gens plus empathiques sont-ils « câblés » différemment ?
    Ils le deviennent du fait de leur expérience. Si le cerveau a des constructions pré-établies, les connexions entre neurones sont différentes. Certaines régions deviennent plus importantes que d’autres suivant la vie de l’individu. Par exemple, si vous perdez la vue. La vision dans le cerveau est a l’arrière du crâne, mais ces centres-là ne servent plus a rien. Le toucher envahit alors cette zone, ce qui permet de lire le braille. Il y a une réorganisation continuelle des réseaux de neurones en fonction de ce qui nous arrive.

    Dans le Siné Mensuel de juillet-août 2019.

    Sat Nov 2 12:00:16 2019 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?ORaD6w
  • La présidente a les étrangers dans le pif

    La présidente d'une cour d'appel française estime que la moitié des dossiers d'étrangers (qui sont, pour partie, des étudiants et des travailleurs, hein) ne vaut rien. Elle préfère privilégier d'autres dossiers. Le Conseil d'État, sa tutelle, voit rien à y redire. N'allons pas trop vite et réfléchissons.

    D'abord, je constate que le raisonnement est circulaire : afin de s'assurer qu'une requête est infondée, il faut l'examiner. C'est parce que sa cour les a examinés qu'elle peut affirmer que la moitié des dossiers étaient « parfaitement jugés » en première instance. Il fallait donc les examiner pour s'en assurer. La cour n'a donc pas perdu son temps, elle a fait ce qui est l'essence de son boulot.

    Ensuite, je lis que cette présidente a dit que « ces appels arrivent sans aucune valeur ajoutée, ce qui nous permet d’en juger la moitié par ordonnance, comme étant manifestement non fondés ». Autrement dit, l'appel n'est pas motivé, il ne justifie rien, aucun fait nouveau est présenté. Ce n'est pas nécessaire puisque le tribunal de première instance peut avoir mal compris / interprété / jugé un dossier. En tant qu'informaticien, je reçois les demandes de recours gracieux envoyées à l'adresse email « ne-pas-repondre@ » de l'organisation pour laquelle je travaille. J'y lis des choses comme "dans votre refus, vous dites que je n'ai pas les compétences requises alors que je les ai". Argumente ? "Je suis sérieux, attentif, respectueux des consignes et soigné". Aaaaah, c'est donc pour montrer tes qualités que t'as répondu à un email dont l'adresse d'expédition est « ne-pas-repondre@ » et qui expose clairement et en gras la voie de recours à utiliser ?! Je peux comprendre l'agacement de cette présidente de cour d'appel. Plein d'éléments objectifs peuvent rendre une plainte caduque : absence d'arguments (exemple ci-dessus), absence de point de droit précis, écrits vagues et généraux, non respect du formalisme prévu par la loi (exemple ci-dessus), etc., ce qui amènera la cour d'appel à confirmer mécaniquement le jugement de première instance.

    Ensuite, je trouve très contestable de hiérarchiser les dossiers, car cela constitue une justice à plusieurs vitesses dans laquelle des thématiques voire des personnes valent mieux que d'autres. C'est comme dire qu'on va privilégier d'autres dossiers que les délits financiers (fraude fiscale, corruption, etc.).

    Enfin, je crois constater que la négation du droit de faire appel d'une décision judiciaire se généralise. Je pense par exemple à la loi Macron de 2015 qui rend obligatoire un avocat ou un défenseur syndical pour faire appel aux Prud'hommes, ce qui empêche les travailleurs pauvres ou de la classe moyenne de faire appel (tous les avocats n'acceptent pas l'aide juridictionnelle, elle est très dégressive donc elle ne couvre pas tout, les avocats qui l'acceptent sont souvent débordés donc la qualité du travail n'est pas garanti, etc.) d'une décision pourtant rendue par des non-magistrats (un point de vue plus juridique serait complémentaire).


    « Un boulet. » Ainsi a qualifié, le 15 octobre, la présidente de la cour administrative d’appel de Nancy les recours formés par les étrangers. Des propos assez surprenants, rapportés par « L’Est républicain », qui ont enflammé les syndicats. « Sur 3 800 requêtes à la cour, il y a 2 500 contentieux d’étrangers, dont la moitié ne vaut rien », a également asséné la présidente. Aussi a-t-elle décidé, « faute de moyens, de ne pas privilégier » ces affaires. Cela lui est même « égal » de les « stocker ».

    La présidente reconnaît cependant que « le droit d’appel est garanti, on ne peut rien y faire ». Trop aimable ! Interrogé, le Conseil d’Etat, tutelle de la cour administrative d’appel, n’a rien trouvé à redire à ces déclarations tonitruantes et s’est contenté de reprendre les chiffres évoqués.

    Une loi, peut-être, afin d’empêcher les sans-papiers d’ennuyer les juges avec leurs appels « infondés » ?

    Dans le Canard enchaîné du 23 octobre 2019.

    Fri Nov 1 19:02:38 2019 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?_btSAg
  • Blanquer cumule les handicaps

    La France n'a visiblement pas assez de pognon pour rémunérer décemment et en nombre suffisant des accompagnateurs d'élèves en situation de handicap… Ces personnels sont de plus en plus précarisés et mutualisés entre plusieurs élèves…

    « La rentrée est catastrophique pour les enfants handicapés et leurs parents. Elle est belle, l’école de Jean-Michel Blanquer ! » Jean-Luc Duval, le président du Collectif Citoyen Handicap, est à bout.

    Sur les 430 000 enfants handicapés en France, 14 000 (d’après les estimations de l’associatien) restent en effet aux portes de l'école plus d’un mois et demi après la rentrée, faute d’accompagnement suffisant. Le secrétariat d’Etat aux Personnes handicapées dit ne pas pouveir confirmer un tel chiffre, « faute d’un système d’information commun aux maisons départementales du handicap », mais promet de
    l’obtenir « fin 2020 ». Rien ne presse !

    En attendant, dans les salles de classe, le nombre d’accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH) ne suit pas : l’Education nationale se vante d’avoir créé 4 500 « équivalents temps plein » (ETF) d’AESH pour cette rentrée mais oublie de rappeler qu’elle doit accueillir 23 500 élèves handicapés de plus que l’année précédente…

    Le nombre d’AESH plafonne aujourd’hui à 67 000 ETP, alors qu’il en faudrait près du double, au dire des associations. Ces personnels peu formés et ultra-précaires — au smic pour des contrats de 24h, en moyenne — ne savent plus où donner de la tête. « Je dois accompagner un enfant atteint d’autisme, un de trisomie et un autre de troubles moteurs graves, alors que deux d’entre eux devraient bénéficier d’un accompagnement personnalisé », témoigne Sylvie, AESH en Alsace.

    Pris de Cour

    Cet accompagnement au rabais — dit « mutualisé » — des élèves handicapés a la cote. La Cour des comptes le note dans un rapport de 2018 : « Le ministère ambitionne de faire en sorte que l’aide mutualisée devienne la modalité d’accompagnement par défaut, tandis que l’aide individuelle serait réservée aux élèves lourdement handicapés. »

    Une tendance qu’Isabelle Deslandres, inspectrice de l’Education nationale en Seine-et-Marne, a confirmée dans son département, lors d’une audition à l‘Assemblée, le 18 juin : « Avant 2017, nous avions 80 %
    d’accompagnements individualisés et 20 % d’accompagnements mutualisés (…). Aujourd’hui, nous avons environ 80 % [de] mutualisés et 20 % [d’]individualisés (…). L’idée n’était évidemment pas de ne plus accompagner nos élèves mais d’avoir davantage de souplesse. » Budgétaire, surtout.

    Dans le Canard enchaîné du 23 octobre 2019.

    Fri Nov 1 17:43:34 2019 - permalink -
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  • Castaner monte dans les tours du 11-Septembre

    Après la Pitié Salpêtrière et Steve, notre sinistre de l'Intérieur a encore parlé trop vite en affirmant que la France a échappé à son 11-Septembre. Un message vantard sur Internet. 3 gus. Pas d'arsenal. Pas de plan. Pas de détournement d'avions. Poin poin poiiiiiiin.

    Une illustration supplémentaire qu'on ne peut pas faire confiance aux gouvernements, français ou américain même combat, quand ils annoncent avoir déjoués des attentats dans l'optique de faire adopter de nouvelles lois qui restreignent les libertés sans contrepartie.

    Le 17 octobre sur France 2, le ministre de l’Intérieur, sûr de lui, terrorise le téléspectateur : notre pays a échappé à son 11-Septembre. « Un individu, raconte-t-il, était en train de s’organiser pour cela. » Mais la police a bloqué le kamikaze et ses projets de crash aux commandes d’un avion de ligne.

    Renseignement pris, « un individu » — qui ne joue pas vraiment dans la catégorie Ben Laden — a bien été mis en examen et écroué, selon une source judiciaire, le 26 septembre pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ». Mais, précisent les enquêteurs, son projet n’avait pas dépassé le stade du message Internet.

    Pieds-Nickelés en renfort

    L’affaire décolle durant l’été avec une surveillance des réseaux sociaux. Un jeune, qualifié d’« immature », se vante de préparer « un truc plus grand que le 11-Septembre ».

    Il en fait des tonnes, précise qu’il détient une arme — c’était vrai — et tente de recruter des complices. Deux Pieds-Nickelés lui répondent : le trio va se mettre en quête d’un arsenal. En vain. Aucune ébauche de plan de vol, encore moins d’un détournement. Par prudence, la DGSI décide néanmoins de les arrêter. Un seul restera au trou, les deux autres exaltés seront relâchés sans aucunes poursuites.

    C’était le 11-Septembre version Castaner.

    Dans le Canard enchaîné du 23 octobre 2019.

    Fri Nov 1 17:29:55 2019 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?f3D4lQ
  • Des taux négatifs… surtout pour le consommateur

    Les revers de la médaille des taux d'intérêt négatifs.

    • 1) Ça crée des bulles, comme l'immobilier dont le coût ne cesse d'augmenter, ce qui prive potentiellement des gens d'un toit ou contraint leur choix, alors que le crédit est vendu comme une libération ;

    • 2) Les dépôts (livret A, assurance-vie remplies d'obligations d'État) ne rapportent plus rien, surtout si l'on retranche l'inflation. Les établissements financiers compensent actuellement les pertes des assurances-vie en puisant dans leurs réserves (sans pour autant compenser l'inflation) ;

    • 3) Les taux d'intérêt faibles des banques (car ils sont indexés sur les taux de la Banque Centrale Européenne afin de rester concurrentiels et crédibles) font que les crédits rapportent moins aux banques. En France, elles compensent partiellement avec les frais bancaires généraux (+ 166 % entre 2012 et 2017 d'après la Banque de France). En Suisse et dans les pays scandinaves, elles compensent en prélevant des intérêts sur les "gros" dépôts (seuil récemment abaissé à 100 000 euros).

    Le Canard ne le mentionne pas, mais ces taux négatifs affectent également les fonds de pension et de retraites (car, comme tout le monde, ils sont contraints de prêter à taux négatif l'argent des retraites des Américains ou de l'assurance-chômage des Français). Cela affecte les créanciers par une érosion monétaire (ils prêtent, à un État, par exemple, en acceptant d'avance une perte partielle, c'est ce que signifie un taux négatif), qui est renforcée par la composition des taux d'intérêt (les intérêts générés l'année N sont soumis à des intérêts l'année N+1 qui eux-mêmes…), ce qui réduit la capacité (et la volonté) d'un acteur à investir. Les gestionnaires d'actifs / de patrimoine ne parviennent plus à justifier leur commission (comment justifier une commission sur des placements qui rapportent rien ?). La seule issue est de continuer à endetter, donc les établissements financiers financent des États, des particuliers et des sociétés commerciales défaillants… ce qui augmente leurs risques d'une perte totale et fait courir un risque global sur l'économie, comme un effondrement massif de sociétés commerciales ou de particuliers sur-endettés. Source : L'explosion des banques ?.


    C'est l'histoire d’un banquier qui se transforme en Père Noël. Au printemps 2014, Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE) — prochainement remplacé par Christine Lagarde -, décide subitement d’inonder l’Europe d’argent à bon marché. Pourquoi tant de générosité ? D’abord pour relancer la croissance européenne, écornée par la crise de 2008 : avec ce déluge d’oseille et des taux de crédit quasi nuls — voire négatifs —, les entreprises vont investir à tour de bras, et les individus consommer jusqu’à plus soif. Ensuite, Draghi entend éviter le naufrage d’un pays européen surendetté. La Grèce, l’Italie, l’Espagne — la France ? — trouveront ainsi les fonds pour financer leurs énormes déficits.

    C'était aussi pour relancer la machine après la crise de l'euro de 2011-2012. Les États étant considérés, par les marchés financiers, comme étant sur-endettés par le sauvetage des mêmes banques en 2008, ils ne pouvaient être perçus comme des garants crédibles, donc il fallait un autre rempart. Ce sera l'émission de prêts à long terme (LTRO) par la BCE (1 000 milliards d'euros). Ces prêts sont un cache-misère court-termiste inapte à résoudre une crise de sur-endettement qui se dénoue forcément sur le long terme (car il y a une pyramides de créanciers qui s'écroulent en cascade en cas de non remboursement) comme celle de 2008. Entre 2015 et fin 2018, la BCE a donc racheté pour environ 2 600 milliars d'euros de créances aux acteurs financiers privés (quantitative easing). Ce rachat est la source des taux négatifs.


    Un temps efficace, la recette ne marche plus aujourd’hui. La croissance européenne est repartie àla baisse, et de nombreux citoyens constatent au quotidien que la gratuité peut coûter cher…

    Bilan.

    L’immobilier (dé)coince la bulle

    Bons pour l’immobilier, les taux bas ? Certes, à 1,20 % en moyenne pour un prêt sur vingt ans (« meilleur-taux.com », 7/10), la facture de l’emprunteur a diminué de plus de la moitié en cinq ans. Sauf que ces taux bas provoquent une ruée des acheteurs : un record absolu de 1 million de ventes a été battu cette année. La hausse des prix — féroce — qui l’accompagne ressemble à une bulle financière. A ce sujet, la Fédération nationale de l’immobilier (Fnaim) a récemment publié une cruelle étude.

    Oui, le pouvoir d’achat immobilier des ménages a grimpé : avec la même mensualité de remboursement, ces derniers peuvent souscrire un crédit d’un montant 23 % plus élevé qu’en 2005. Mais le mètre carré, lui aussi, a flambé. Depuis 2016, la capacité d’emprunt ne progresse plus du tout. Elle a même chuté d’environ 10 % dans des villes où la demande est forte — tels Paris ou Lyon. Merci l'inflation !

    Une épargne que rien n’épargne

    Adieu, le placement de père de famille lucratif et sans risque ! Le malaise a commencé avec le Livret A (300 milliards de dépôts), dont le taux dépend de celui des prêts entre banques « au jour le jour ». Ce dernier étant négatif, confier ses sous au Livret A devrait — en appliquant mécaniquement la règle de fixation des taux — rapporter royalement 0,3 %. Le sujet étant explosif, Bercy maintient un rendement de 0,75 %, mais pourrait le raboter à — 0,5 % au printemps . Inflation déduite, l’heureux épargnant pourra perdre chaque année 0.6 % de son nécule. Tentant !

    Pour l’assurance-vie en euros — 1 400 milliards, soit le tiers de l’épargne des Français —, c’est la même dégringolade. Normal : les fonds sont investis en obligations d’Etat françaises, donc à - 0,3 %. En puisant dans leurs réserves, les compagnies d’assurance-vie verseront, cette année encore, entre 1 et 1,50 % d’intérêt (soit moins que les 1,80 % d’inflation de 2018). Mais ces largesses ne vont pas durer.

    Des clients qui banquent toujours plus

    Leurs taux faméliques ne couvrant pas les frais de gestion, les prêts immobiliers ne rapportent plus rien aux banques. Conséquences ? D’abord, depuis le début de l’année, une purge sur l’emploi : 50 000 postes ont été supprimés dans des établissements européens tels que la Société générale, Commerzbank, Deutsche Bank, UniCredit. Le client dérouille aussi : plusieurs banques ont annoncé qu’elles entendaient frapper d’un intérêt négatif (environ 1 %) les dépôts trop cossus : supérieurs à 1 million il y a un mois, à 100 000 euros aujourd’hui. En France, « il n’y a pas de décision prise » à ce sujet, assure un porte-parole du Crédit agricole. Pour le moment.

    Les frais bancaires, eux, n’ont pas attendu, même si, gilets jaunes obligent, Macron a exigé leur gel temporaire en 2018. Selon la Banque de France, ils ont augmenté de 166 % entre 2012 et 2017.

    Dans le Canard enchaîné du 23 octobre 2019.

    Fri Nov 1 17:09:29 2019 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?uL0hKw
  • Trump s'essuie encore les pieds sur ses alliés

    Trump a-t-il retiré ses bidasses de Turquie pour renouer des liens avec Poutine, qui soutient Erdogan et/ou car l'armée Turque est celle qui met le plus d'effectifs au service de l'OTAN et/ou parce que la Turquie s'équipe beaucoup en camelote militaire américaine ? En tout cas, « La Turquie, la Russie et l’Iran en sortent gagnants » et l'Europe reste totalement amorphe. D'après un autre article du Canard enchaîné du 23/10/2019, cet épisode renforce Macron dans sa conviction de la nécessité d'une autonomie européenne en matière de défense et d'un accord stratégique avec la Russie.

    Diplomates et militaires ont constaté qu’il n’a même pas épargné Macron, en se retirant de Syrie.

    « J'ai découvert par tweet, comme tout le monde, que les Etats-Unis décidaient de retirer leurs troupes (de Syrie) et de libérer la zone. » Le 18 octobre à Bruxelles, à l’issue du Conseil européen des chefs d’Etat, Macron a admis, devant la presse, que Donald Trump se moquait vraiment de ses alliés et de celui qu’il appelle son « copain Emmanuel ». En a-t-il été surpris ? Sans doute pas, mais quelle humiliation…

    Au Quai d’Orsay et à l’état-major des armées, personne ne le conteste, et le Président montre qu’il est bien atteint. A preuve, les propos qu’il a tenus devant les journalistes, à Bruxelles : « J ’ai compris aussi qu’une puissance de l’Otan (la Turquie) décidait d’attaquer ceux qui ont été les partenaires de la coalition internationale [et se sont battus] contre Daech. » L’Occident et l’Otan ont commis là « une faute lourde », a ajouté Macron, avant de conclure tristement : « La Turquie, la Russie et l’Iran en sortent gagnants. »

    Si Macron a osé critiquer ainsi les Etats-Unis, sans les nommer et avec une modération remarquable, le secrétaire général de l’Otan, le Norvégien Jens Stoltenberg, n’a pas trouvé, lui, un seul mot à dire lors du Conseil européen. Au risque de donner raison à ceux qui tiennent les dirigeants civils de cette institution pour des hommes de paille et de simples exécutants des volontés américaines.

    A Washington, en revanche, certains se montrent bien plus flambards. Les militaires français ont ainsi appris que le patron du Pentagone, Mark Esper, allait se rendre un jour prochain au siège de l’Otan, en Belgique. Aussi arrogant que l’est Donald Trump, il a confié à ses conseillers qu’il comptait demander aux alliés des Etats-Unis de prendre « des mesures diplomatiques et économiques, collectivement, individuellement, en réponse aux actions turques ». Mais sans trop fâcher Erdogan, bien sûr.

    Cet épisode « syrien » des relations avec Washington prouve que le « problème des Européens », comme on dit au Quai d’Orsay, ne se résume pas au seul fait qu’ils sont les obligés d’un drôle de président américain, un homme plein de morgue, grossier, imprévisible et mégalo… En réalité, c’est l’attitude et le comportement, face à Trump, des dirigeants français, allemands et britanniques qui sont « un problème ». Et leur absence de réaction, quoi que celui-ci puisse dire, proclamer ou décider.

    Européens amorphes

    Exemples : Trump a maintenu et aggravé les sanctions contre la Russie et contre l’Iran, il a supprimé toute aide humanitaire aux Palestiniens, etc. Comment ont réagi les Européens ? Ils ont à peine grogné, puis ils se sont couchés devant les oukases américains. Ils ont cessé toute exportation agricole ou industrielle vers Moscou et Téhéran puis fermé leurs usines en Iran et perdu des dizaines de milliards d’euros et de dollars.

    Pour Trump, retrouver de bonnes relations avec Erdogan, qui fricote aujourd’hui avec Poutine, valait bien de malmener ainsi ses très nombreux alliés. « La Turquie n’est pas n’importe quel pays, aux yeux de Washington » explique un général français. Son armée — la deuxième de l’Otan en effectifs — aligne 760 000 hommes. Elle a offert deux bases militaires aux Etats-Unis, plus une autre à l’Otan (Incirlik), où les Américains, qui y règnent en maîtres, ont entreposé une cinquantaine de bombes nucléaires tactiques B.61. Autre argument en faveur de la Turquie d’ Erdogan, son armée est equipée à 60 % de matériels américains : 333 avions de combat, dont 200 F-16, 2 400 blindés (aux côtés de chars Leopard allemands), 31 appareils de transport, des tonnes de missiles et de bombes, etc.

    Et Trump, qui n’a pas annoncé un arrêt des livraisons américaines, ne compte sans doute pas en rester la. Sous le regard de ses alliés ?

    Dans le Canard enchaîné du 23 octobre 2019.

    Fri Nov 1 16:02:14 2019 - permalink -
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  • Une réforme de la justice arbitrée par les résultats électoraux de LRM

    En application de la réforme de la justice votée en mars 2019, et en sus de la fusion des tribunaux d'instance et de grande instance, l'exécutif prévoit de supprimer des postes de juge d'instruction, ceux qui traient moins de 50 dossiers par an. Les emplois seront préservés, les juges seront mutés dans un autre tribunal ou exerceront une autre fonction. Pourquoi pas, tant que ce redéploiement profite au justiciable. Le citoyen étant attaché à son juge d'instruction, le sinistère de la justice prend en compte les scores électoraux passés de LREM pour orienter ses décisions et prévoit d'annoncer les choix tendus après les élections municipales.

    J'ai hésité avant de relayer cet article. Après tout, tout se décide toujours en fonction des scores électoraux. Dernier exemple en date : l'ampleur de la réforme constitutionnelle à venir dépendra du score du parti présidentiel (et de son potentiel allié, l'UDI) aux municipales et aux sénatoriales. De même, la séparation des pouvoirs est constamment enfreinte, notamment entre l'exécutif et le législatif (exemple 1, exemple 2, exemple 3), mais aussi entre l'exécutif et le judiciaire (exemple 1, exemple 2). Mais, c'est justement ma résignation qui me montre qu'il y a un problème et qu'il faut en parler. Donc, rien de neuf, certes, mais il serait temps de réagir.


    Un document de la Chancellerie l’affirme : les suppressions de postes de juge d’instruction dépendent des scores macronistes.

    Quel est le point commun entre Bar-le-Duc, Mâcon, Carpentras, Belfort, Arras et Dieppe ? Pour le ministre de la Justice, c’est kif-kif : toutes ces villes et une trentaine d’autres possèdent un tribunal avec un juge d’instruction qui, selon une note « confidentielle » adressée par la Place Vendôme à Matignon, traite « moins de 50 dossiers par an » et occupe le reste de son temps à d’autres fonctions. Inacceptable !

    J'aimerais savoir comment est calculé ce chiffre. Prend-il en compte seulement les nouveaux dossiers ouverts durant une année ou aussi ceux ouverts les années précédentes sur lesquels le juge doit encore se pencher ? 50 dossiers par an, ça fait un dossier par semaine. Est-ce suffisant pour assurer une justice de qualité ? C'est ce que j'aimerais que l'on me dise.


    Voilà pourquoi la Chancellerie veut supprimer ces oisifs et expédier leurs affaires dans les grands tribunaux d’à côté. Une chouette idée, non ? Pas sûr. Car les magistrats mais aussi les élus sont allergiques à toute diminution de leurs « acquis ». Quant aux électeurs, ils vouent un certain attachement au juge d’instruction, symbole du « petit juge » seul contre les puissants. Même si, aujourd’hui, moins de 3 % des affaires pénales passent par lui.

    Le sabre et la balance

    La prudence s’impose donc, d’autant que les élections municipales approchent. Pas question de faire perdre des points à La République en marche. Le très fidèle directeur des affaires judiciaires de Nicole Belloubet a concocté des « éléments de langage », d’une extrême finesse, censés rassurer le petit monde des hermines : « Il s’agit de répondre à la solitude du juge d’instruction (…). Même s’il est supprimé, [un] poste à temps plein sera conservé (…). Donc, on ne dévitalise pas la juridiction. » Clin d’œil bien léger aux avocats : « En plus, ça rajoutera du contentieux (le juge d’instruction se transformant en juge des affaires courantes) et le barreau s’y retrouvera ! » Si, avec ça, tout le monde n’applaudit pas…

    Mais ces arguments ne sont qu’un hors-d’œuvre. A la note a été joint un grand tableau où figurent « les juridictions dans lesquelles les chefs de cour seraient susceptibles de nous proposer une suppression de l’instruction contre l'introduction d’une autre compétence spécialisée. »

    Tentations macronistes

    De la justice pesée au trébuchet ? Presque, car l’inventaire est agrémenté, pour chaque ville et son tribunal, des scores d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle, et de LRM aux législatives et aux européennes. Ainsi que des couleurs politiques des élus, députés et maires. Autrement dit. des arguments bassement électoraux risquent de fausser les plateaux de la balance (lire encadrés)…

    Un exemple avec Montluçon, où le juge d’instruction traite 22 dossiers par an. Supprimé, donc, pour cause d’anémie ? Eh bien, pas si sûr ! Le député appartient à la majorité présidentielle, le maire est LR, Macron y a obtenu 24,4 % au premier tour en 2017, LRM 23,4 % aux législatives et 19 % aux européennes. Va-t-on risquer une nouvelle baisse en irritant l’électeur Marcheur ? Même dilemme à Arras et à Saint-Omer, leurs députés LRM, leurs maires UDI et de super résultats macronesques aux trois dernières élections… Pas de problème à Alençon, en revanche, où le député est socialiste, ni à Argentan, où il est LR ? C’est à voir, étant donné les excellents scores récoltés par LRM lors des trois scrutins. Et vu les tentations de rallier la majorité qui saisissent certains élus d’opposition… « Il s’agit d’un travail interne au ministère, a répondu la Chancellerie. Il est normal de tenir compte des impacts électoraux comme de la qualité de la justice. » En effet.

    Le plus urgent est donc d’attendre. Car, comme le précise la note « confidentielle » du cabinet Belloubet citée ci-contre, dans les villes potentielles « cibles électorales », les magistrats chefs de juridiction seront priés de « différer les annonces ». Sous-entendu : après les municipales de mars. Encore une preuve éclatante de la séparation des pouvoirs en France. Et surtout de l’indépendance de la justice, dont se glorifient tous les gouvernements en s’asseyant dessus…


    L'aveu

    Retranscription d’une note « confidentielle » adressée à Matignon par le ministère de la Justice. Pour superviser la réforme, la présence de Xavier Chinaud, conseiller du Premier ministre et spécialiste de la carte électorale, est vivement souhaitée.

    Nous serions preneurs d‘une réunion avec X. Chinaud et les experts des élections municipaies de LaREM pour que nous puissions avoir une idée des communes potentiellement concernées qui représenteraient des cibles électorales pour les municipales afin de faire différer les annonces par les chefs de cour des schémas retenus

    Ce document montre à quel point les suppressions de postes de juge d’instruction sont guidées par le souci d’une bonne administration de la justice !

    Aux côtés de Chinaud, les « experts des élections municipales » sont priés d’organiser une « réunion » pour décider. C’est après avoir passé à la loupe les élus en place, les possibles alliances électorales et les scores de LRM - obtenus ou à prévoir - que l’on aura une idée précise des magistrats instructeurs sacrifiés ou épargnés…


    Le palmarès des juges menacés

    Ils traitent moins de 50 dossiers par an et sont susceptibles de disparaître, selon le tableau établi par la Chancellerie. Mais pas sûr ! Ces juges d’instruction sauveront — ou non — leur peau au gré des calculs électoraux concernant les villes où ils officient et des étiquettes politiques de leurs élus. Celles-ci sont parfois obscures. Ainsi, DVD signifie « divers-droite », SE « sans étiquette », GDR réunit des communistes et des divers-gauche, et Libertés et Territoires un peu de tout…

    Si la suppression du poste de magistrat instructeur est décidée, l’annonce n’aura lieu qu’après les élections. Un horrible casse-tête !

    Albertville : député et maire LR
    Albi : député LRM. Maire DVD
    Alençon : député et maire PS
    Argentan : député LR. Maire PS
    Arras : député LRM. Maire UDI
    Avesnes-sur-Helpe : 2 députés LRM. Maire UDI
    Bar—le-Duc : député Libertés et Territoires
    Belfort : 1 député UDI, 1 député LR. Maire LR
    Bergerac : député LRM. Maire DVD
    Brive-la-Gaillarde : député LR. Maire LR
    Cambrai : député UDI. Maire UDI
    Carcassonne : 2 députés LRM. Maire DVD
    Carpentras : 1 député LRM. 1 député LR. Maire LRM
    Castres : 2 députés LRM. Maire SE
    Compiègne : 1 député LR. 1 député LRM. Maire LR
    Dieppe : député GDR. Maire PCF
    Fontainebleau : député et maire LR
    Les Sables-d’Olonne : député LRM. Maire LR
    Lisieux : député LR. Maire SE
    Mâcon : député LRM. Maire LR
    Montluçon : député LRM. Maire LR
    Moulins : député GDR. Maire LR
    Saintes : député LRM. Maire DVD
    Saint-Omer : député LRM. Maire UDI
    Saint-Quentin : député et maire LR
    Sarreguemines : député LRM. Maire LR
    Saverne : député LR. Maire ex-LR
    Sens : député LRM. Maire LR
    Soissons : député LRM. Maire DVD
    Thionville : député LRM. Maire (ex-LR) DVD
    Tulle : député LRM. Maire PS
    Vannes : député LRM. Maire ex-LR
    Verdun : député LRM. Maire PS
    Villefranche-sur-Saône : député et maire LR

    Dans le Canard enchaîné du 23 octobre 2019.

    Fri Nov 1 15:42:32 2019 - permalink -
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  • Les déroutes départementales

    La taxe sur le foncier bâti tombera dans les caisses des communes, plus dans celles des départements, afin de compenser la perte de la taxe d'habitation. Les départements recevront un bout de TVA. Deux choses me sidèrent. 1) Nous faisons n'importe quoi : on compense, par une taxe, un changement de bénéficiaire d'une autre taxe pour compenser la suppression partielle d'une troisième taxe. WAAAAAT ?! Il ne faut pas s'étonner de la hausse de la défiance des contribuables envers l'impôt ! 2) Nos élus savent s'opposer vigoureusement à l'exécutif quand il s'agit de sauver leur tête (les départements financent des services appréciés des citoyens). Dommage que ça ne soit pas plus souvent.

    Un vent révolutionnaire a soufflé sur le 89e Congrès de l’Assemblée des départements de France (ADF), qui s’est tenu pendant trois jours la semaine dernière à Bourges.

    Les présidents de département, toutes tendances confondues , ne digèrent pas le fait qu’on leur enlève la taxe sur le foncier bâti (transférée aux communes, pour compenser la perte de la taxe d’habitation) et qu’on la remplace par une part de TVA, bien plus aléatoire.

    « Heureusement qu’Edouard Philippe ne vient pas, confiait même Dominique Bussereau, le président de l’ADF, il aurait été mal accueilli. »

    C’est donc sa ministre Jacqueline Gourault qui a fait face à la révolte, le 18 octobre. Les congressistes s’étaient initialement mis d’accord pour ne pas l’applaudir, ni avant ni après son discours : rien qu’un silence glacial.

    Mais, quand la ministre de la Cohésion des territoires leur a vanté la réforme du foncier bâti, votée le matin même par les députés, leur sang n’a fait qu’un tour. Près des trois quarts d’entre eux se sont levés et ont quitté la salle pour aller chanter dehors « La Marseillaise ».

    Ne leur reste plus qu’à faire chanter Jacqueline Gourault…

    Dans le Canard enchaîné du 23 octobre 2019.

    Fri Nov 1 14:54:32 2019 - permalink -
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  • [ 363 sans-papiers fichés S pour soupçon de radicalisation islamique ont été expulsés de France entre 2017 et novembre 2019 ] Le scoop du Conseil

    363 sans-papiers fichés S pour soupçon de radicalisation islamique ont été expulsés de France entre 2017 et novembre 2019. Je trouve ça peu crédible (comment débusque-t-on ces personnes puisqu'elles émettent très peu de signes matériels de radicalisation ?), d'autant que la seule autre source est BFMTV… En tout cas, Macron propose de renforcer toujours plus la surveillance dans les services (de renseignement ?) sensibles, en prison, à l'école et dans les associations. Ça fait juste 30 ans que ça renforce dans le vide…

    « Depuis 2017, nous avons expulsé 363 étrangers fichés S. » Emmanuel Macron s’est félicité, au cours du Conseil des ministres du 21 octobre, de la lutte menée contre la radicalisation et le communautarisme.

    Il a quand même tenu à préciser qu’il fallait améliorer le criblage dans les services sensibles et le renseignement en prison. Et que la surveillance de certaines associations et écoles coraniques devait être renforcée.

    A part ça, rien à craindre !

    Dans le Canard enchaîné du 23 octobre 2019.

    Fri Nov 1 14:41:11 2019 - permalink -
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  • Environ 90 milliards d'euros d'éxonération de prélèvements sociaux en 2019 et le Medef en appelle de nouvelles

    D'après le rapport 2019 sur la Sécurité sociale de la Cour des comptes, les niches sociales (exonérations de prélèvements sociaux) s'élèveraient à environ 90 milliards d'euros en 2019. Le gouvernement et le Parlement avaient calculé et présenté environ 66 milliards d'euros de niches sociales dans la loi 2019 de financement de la Sécu, soit environ 32 milliards de plus que ce qu'ils avaient affiché dans la loi de 2013. Ces 32 milliards d'euros correspondent principalement au Pacte de responsabilité mis en œuvre depuis 2014 pour 9 milliards d'euros par an auxquels s'ajoutent 18 milliards d'euros par an de CICE, devenu une exonération de cotisations sociales en 2019. Ainsi, le bond est fulgurant, mais au global, l'État gagnera en impôt sur les sociétés ce que la Sécu (branches maladie et famille) perdra en cotisations. L'écart entre les 90 milliards d'euros (environ) calculés par la Cour et les 66 milliards calculés dans la loi 2019 de financement de la Sécu vient principalement de mesures évoquées dans la loi mais non reprises dans le tableau de synthèse de celle-ci (exonération ou réduction de CSG sur les revenus de remplacement autres que retraites et chômage pour 4,3 milliards d'euros, par exemple) et de mesures évoquées dans la loi mais non chiffrées (exonération de CSG sur les retraites de base et les allocations chômages, pour 4,3 milliards d'euros, par exemple).

    Il y a quelques semaines, la presse nous rapportait que Gattaz, l'ancien patron du Medef, exhorte Roux de Bézieux, le nouveau patron du Medef, à s'engager à créer 2 millions d'emplois sur 5 ans en se basant sur son exemple… qui a été un échec puisque le CICE et le Pacte de responsabilité n'ont pas créés 1 million d'emplois entre 2014 et 2019. Je me demandais ce que le Medef allait demander en échange. Le Medef veut de nouvelles exonérations de prélèvements sociaux, sur le financement des transports en commun ou sur le financement de la dépendance / journée de solidarité, par exemple. Le gouvernement y pense, sans contrepartie annoncée, mais ne sait pas comment compenser, dans le budget des communes, ces rentrées d'argent. Je trouve dingue de refuser d'inscrire les sociétés commerciales dans un environnement économique global, comme si une société commerciale était indépendante de tout (transports, handicapés, éducation) et ne s'inscrivait pas dans une société humaine qui la dépasse : à quoi bon générer de la valeur économique si l'on en fait rien d'utile pour l'ensemble de la société ?


    On croyait que le Medef et la plupart des chefs d'entreprise français n’étaient pas trop mécontents de la politique fiscale de Macron. Le CAC 40 se porte bien ; les dividendes et les bénéfices augmentent, merci.

    Yep, versement record de dividendes en France et dans le monde en 2018.


    Pourtant, on apprend dans « Le Figaro » (10/10) que « les impôts de production plombent les entreprises ». Le président délégué du Medef, Patrick Martin, précise la pensée patronale : « La baisse de l’impôt sur les sociétés n’est pas suffisante. » Et il se désole de n’avoir rien trouvé dans le projet de budget pour 2020 « pour diminuer ces impôts et taxes sur les facteurs de production », comme le « versement transport » [ financement des transports en commun en IdF ou dans les bleds qui l'ont mis en œuvre ] ou la « contribution de solidarité » [ financement de la dépendance (âge ou handicap), autre nom de la journée de solidarité ].

    Cet émouvant appel au secours prouve au moins que les dirigeants du Medef n’ont pas perdu l’appétit.

    […]

    Autre sujet de mécontentement pour le Medef : le rapport de la Cour des comptes sur la Sécu, rendu public mardi dernier. « Les propositions des magistrats financiers, préviennent “Les Echos” (9/10), ne manqueront pas d’agacer le patronat. » Il faut dire que les experts de la Rue Cambon soulignent cruellement « le poids croissant des allégements généraux de charges patronales, estimés à 52 milliards d’euros », soit 26 milliards de plus qu’en 2013.

    Mais, qu’on se rassure, le gouvernement n’est pas près de fermer le robinet.

    Dans le Canard enchaîné du 16 octobre 2019.

    Thu Oct 31 15:53:01 2019 - permalink -
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  • Signé Buren

    Vache de découverte signalée par « Le Figaro » (12/10) : « Des chercheurs japonais ont peint des bovins pour que leurs robes imitent celles des zèbres. Ils attirent ainsi deux fois moins d'insectes. » Explication : « Les pittoresques rayures noires et blanches perturberaient la vision des insectes, les empêchant de négocier correctement leur atterrissage sur les corps des zèbres. »

    Mais que fait la SPA contre ces crashs ?

    L'explication me paraît trop simple vu la malveillance des insectes. Je penche pour une diversité de facteurs explicatifs.

    Dans le Canard enchaîné du 16 octobre 2019.

    Thu Oct 31 14:02:31 2019 - permalink -
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  • Langue de bouée

    « Le Parisien » (11/10) a fait le compte : « Il existe environ 2 000 prix littéraires français, dont certains sont insolites. » Parmi ces derniers, « le prix de la page 111, qui récompense depuis 2012 la meilleure page 111 d'un roman de la rentrée, ou le prix de Chlore, créé en 2017, qui couronne la meilleure scène de piscine ».

    Les recalés pourront se consoler avec le prix du Vestiaire.

    Dans le Canard enchaîné du 16 octobre 2019.

    Thu Oct 31 14:01:54 2019 - permalink -
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  • La discrète pompe à millions de l‘Elysée

    En 2020, le budget de fonctionnement de l'Élysée devrait être de 121 millions d'euros, dont 11 millions pour réaménager le palais, agrandir les locaux du quai Branly et poursuivre les travaux du fort de Brégançon (150 000 euros). Pour compenser, l'hôtel particulier dans lequel réside l'état-major particulier du Président devrait être vendu en 2022 (je n'y crois pas trop, où sera relogé le petit personnel du Président ?). Le budget sera déficitaire, donc il faudra piocher 4 millions d'euros dans les réserves (16,5 millions d'euros). Une gestion en bon père de famille responsable, on vous dit ! N'y a-t-il pas d'autres priorités ? Restaurer des bâtiments, historiques ou non, qui tombent en ruine, par exemple, car il y a des millions de mal-logés (insalubrité, menace d'effondrement, etc.) en France…

    Soucieux de faire croire que ses dépenses resteront sages en 2020, l’Elysée vient de se livrer à un festival de pirouettes comptables. Les documents transmis aux parlementaires, qui vont voter la loi de finances, affichent des prévisions de dépenses de 110,4 millions. Il y aura 11,2 millions de plus.

    Ce rab inattendu ne figure pas dans les tableaux de présentation du budget. Il est planqué dans d’autres pages, consacrées au « schéma directeur immobilier de la présidence de la République ». Censé s’achever en 2022, ce programme de travaux vise à agrandir les locaux utilisés par l’Elysée dans ses anciennes écuries du quai Branly et à réaménager le palais lui-même.

    Si le ministère de la Culture allongera 5,2 millions au titre des monuments historiques, le reste du financement est plutôt original. Six millions seront payés par un compte spécial du Trésor réservé à la gestion du patrimoine immobilier de l’Etat.

    Immeuble baladeur

    Ce mécanisme est qualifié de « très surprenant » par les experts. En pratique, l’obole du Trésor est considérée par Bercy comme une « subvention » versée pour financer les travaux engagés par Macron.

    Mais pourquoi la somme ne figure-t-elle pas au budget ? Le ministère des Comptes publics assure qu’il s’agit d’une simple « avance » consentie sur la vente future d’un immeuble occupé par la Présidence au 14 rue de l’Elysée. Estimé à 27 millions d’euros pour 1 400 m2, cet hôtel particulier — qui abrite aujourd’hui l’état-major particulier du chef de l’Etat — doit être cédé en 2022. En principe…

    Le fort de Brégançon pourra, au passage, bénéficier de quelques menus travaux. L’an prochain, 150 000 euros sont prévus pour achever la rénovation des cuisines, et de salles de bains et d’installations techniques. Avec les chantiers déjà engagés dans le fort depuis 2018, plus de 400 000 euros auront ainsi été consacrés à cette résidence.

    Les cuisines du chef

    Les traditionnelles dépenses affectées aux « moyens généraux » de l’Elysée grimpent également fortement. Une partie de la hausse est justifiée par le transfert de certaines charges de sécurité assumées jusqu’alors par la Place Beauvau. Subsiste néanmoins un « bonus » de 1,8 million pour « améliorer » les autres crédits de repas, de réception, de paperasserie ou de gestion quotidienne de Brégançon…

    Les sommes votées par le Parlement et les discrètes subventions de la Culture ou de Bercy ne suffiront pourtant pas à régler la douloureuse. Une fois de plus, Macron va être contraint de piocher dans les réserves financières de 16,5 millions laissées par son prédécesseur Hollande : il y puisera 4 millions l’an prochain, après avoir siphonné 2,1 millions en 2017, 5,7 millions en 2018 et 2,5 millions cette année ! De l’aveu même du Château, ce mouvement devrait se poursuivre jusqu’à la fin du mandat et laisser les réserves à peu près à sec…

    Dans le Canard enchaîné du 16 octobre 2019.

    Thu Oct 31 14:00:17 2019 - permalink -
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  • La diète de trop pour les hostos

    Selon le projet de loi de financement de la Sécu 2020 actuellement débattu au Parlement, une partie des dépenses estimées des hôpitaux ne sera pas financée, ce qui contraindra mécaniquement les hostos à réaliser 800 millions d'économies en 2020. Les 754 millions d'euros annoncés par la sinistre de la santé sont un redéploiement, c'est-à-dire qu'on flèche pour les urgences de l'argent jusque-là consommé par d'autres services des hôpitaux (source : Siné mensuel d'octobre 2019). En 15 ans, le coup de rabot s'élèverait à 8,6 milliards d'euros. :O Les patients sont mis en danger : les soignants consignent, dans des registres officiels (OSIRIS au sein de l'APHP, par exemple), des erreurs de prescription (confusion létale entre chlorure de sodium et chlorure de potassium, par exemple), des situations hors de contrôle et d'autres pratiques erronées quotidiennes dues à la fatigue et à la surcharge de travail (source : le Canard enchaîné du 04/09/2019). Les infirmières et les aides-soignantes renoncent à leur vocation plutôt que d'avoir des idées suicidaires et des salaires de merde. La sinistre de la santé estime que le budget 2020 prévu préserve l'hôpital, cherche l'erreur.

    Je pense qu'il faut revenir à des raisonnements simples. Voulons-nous un service public de soins ? Oui ou non. Quels domaines de la médecine doit-il couvrir (j'imagine qu'environ personne est partant pour financer des pratiques de charlatans, etc.) ? Quelle qualité de service doit-il assurer (des soignants à bout de souffle est-il tolérable ? Atteindre des heures dans un couloir voire décéder par absence de soins est-il acceptable, etc.) ? Des réponses simples à ces questions simples permettent de nous décider collectivement puis d'évaluer le coût associé au service désiré. Une fois que c'est fait, les citoyens assument et payent via un unique impôt compréhensible et non déguisé. Point barre. Simple. Ça ne part pas dans tous les sens.

    Au secours, l’hôpital coule ! Mais Macron n’y peut rien : « La crise actuelle à l’hôpital, c’est une crise qui vient de loin, qui vient de vingt ans de serrage de boulons », s’est défaussé Jupiter le 3 octobre, à Rodez, lors d’un débat sur les retraites. Le mieux est donc… de poursuivre ce régime de malade !

    Le budget 2020, annoncé le 30 septembre en Commission des comptes de la Sécurité sociale, n’inverse nullement la vapeur. il impose même un nouveau « serrage de boulons » : les hôpitaux devront encore réaliser 800 millions d’économies cette année ! A l’heure où ils traversent une crise d’une ampleur inédite, il fallait oser…

    Le budget (l’Ondam hospitalier, dans le jargon) progressera de 2,1 %, là où les dépenses augmentent mécaniquement de 4 %. Un énième coup de rabot « incompréhensible », a dénoncé la Fédération hospitalière de France (FHF) : « C’est une douche froide, a tonné son président, Frédéric Valletoux. Je pensais que le gouvernement avait mesuré l’urgence d’apporter de l’oxygène aux établissements de santé. » Eh non !

    Faire bloc

    En quinze ans, selon la FHF, les économies effectuées s’élèvent à 8,6 milliards. Continuous gaiement : à ce rythme, l’hôpital public va tout bonnement « s’effondrer », avertit le Collectif Inter-Hôpitaux, qui, loin d’une bande de doux dingues, réunit la crème des professeurs de médecine et des centaines de soignants. Lors d’une assemblée générale effervescente, le 10 octobre, ces casseurs d’ambiance ont réclamé un budget hospitalier à la hauteur des dépenses, et 300 euros d’augmentation afin de revaloriser les salaires « indignes » des infirmiers et des aides-soignants.

    Les huiles de la faculté ne savent plus comment faire comprendre « la gravité de la situation » : « La médecine d’urgence n’est que (…) le premier maillon à craquer. Demain, la crise pédiatrique risque de faire très mal », a averti le professeur Bruno Riou, le très raide doyen parisien. Et ce n’est qu’un début : « l’effondrement de certaines structures » a déjà commencé.

    Sous perf

    A Paris, faute de personnel pour les faire tourner, 900 lits sont actuellement fermés. Les soignants fuient en masse des salaires trop bas et des conditions de travail délirantes. « Tous les jours, je reçois dans mon bureau des infirmières en larmes qui partent. On est devenus des manageurs de la colère », a témoigné une cadre lors de l’assemblée générale du 10 octobre. « Un jour, je suis arrivée dans mon service. Je me suis dit : “C’est la que je vais me pendre." C’est la que je suis partie [de l’hôpital] », a raconté une aide-soignante. Une infirmière de la Pitié-Salpêtrière, elle, avait du mal à retenir ses larmes : « Je vis dans une chambre de garde depuis un an car je n’arrive pas à me loger avec mon salaire. »

    Dimanche 13 octobre, sur CNews, Agnès Buzyn a reconnu « un problème de rémunération ». Mais, dans « Les Echos » (9/10), elle s’est aussi félicitée sans rire : « Avec ce projet de loi (de finances), nous préservons l’hôpital. »

    Plus c’est gros, plus ça casse ?

    Dans le Canard enchaîné du 16 octobre 2019.

    Thu Oct 31 12:53:41 2019 - permalink -
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  • Accroissement des inégalités aux États-Unis et en France

    En 2018, les 400 américains les plus riches ont été taxés à hauteur de 23 % (contre 70 % dans les années 1950), soit un taux inférieur à celui des 10 % de personnes les plus pauvres de la population (26 %).

    D'après l'INSEE, la France devrait suivre le même chemin (plus modérément tout de même) à cause, entre autres, de la flat-tax (de son vrai nom prélèvement forfaitaire unique - PFU -). Quelle surprise ! Vraiment ! Il s'agit de calculs temporaires, la version définitive est prévue pour septembre 2020. S'ils sont confirmés, la France comptait 9,1 millions de personnes, soit 14,3 % de la population, qui vivaient en dessous du seuil de pauvreté (60 % du revenu médian) en 2018. Environ 250 000 personnes de plus qu'en 2017. La hausse des revenus financiers et la baisse des prestations sociales augmentent ou diminuent le revenu médian et donc le seuil de pauvreté. Le renoncement à taxer les hauts revenus et la pression sur les prestas sociales cristallisent cette situation en annihilant les effets d'un système de redistribution.

    La hausse des revenus financiers + le PFU + la baisse de l'allocation logement + la baisse de la taxe d'habitation + la bascule cotisations sociales dont le chômage vers la CSG + la hausse des taxes pétrolières et du tabac contribueraient à la hausse du taux de pauvreté. La réduction des loyers sociaux et la revalorisation de certaines prestations sociales (allocation adulte handicapé, solidarité vieillesse) contribueraient à la baisse du taux de pauvreté. La transformation de l'ISF en IFI, qui accentue « légèrement » les inégalités n'est pas mesurée dans ces calculs, pas plus que le chèque énergie qui réduit tout aussi « légèrement » les inégalités.

    Il y a huit ans, le milliardaire américain Warren Buffett critiquait la politique fiscale de son pays en affirmant payer moins d’impôts, en proportion, que sa secrétaire. Sa déclaration, un peu exagérée à l’époque, serait aujourd’hui parfaitement vérifiable, selon le « New York Times » (6/10).

    En 2018, pour la première fois depuis que de telles statistiques existent, les 400 Américains les plus riches ont eu droit à un taux d’imposition sur leurs revenus inférieur à celui des 10 % les plus pauvres de la population. Une conséquence de cadeaux fiscaux successifs dont les derniers en date, offerts par Donald Trump, ont fini de marquer la tendance : taxés à 70 % sur leurs revenus en 1950, les plus privilégiés n’étaient plus prélevés qu'à hauteur de 23 % en 2018…

    A ce régime, c’est à se demander pourquoi les 400 plus riches ne sont pas plus nombreux !

    Dans le Canard enchaîné du 9 octobre 2019.

    Sun Oct 27 21:09:43 2019 - permalink -
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  • Histoire d’eaux

    Un décret permet aux préfets de 15 départements du sud de la France d'autoriser les agriculteurs à pomper plus de flotte dans les rivières pour irriguer leurs champs. Un arrêté ministériel de 2015 autorise les exploitants de station d'épuration à rejeter sans traitement 5 % des eaux usées. :O Prolifération d'algues, asphyxie de la faune, empoisonnement de la faune et de la flore, etc.

    Mauvaise nouvelle pour les poissons. Un décret, adopté en catimini au cœur de l’été, autorise les agriculteurs à pomper plus de flotte dans les rivières, alors que nos cours d'eau en manquent cruellement. Actuellement, pas moins de 87 départements ont été déclarés en état de sécheresse !

    Depuis le 6 août, dans 15 départements du sud de la France, les agriculteurs ont le droit, si les préfets leur donnent le feu vert, de siphonner quatre fois plus d'eau que ce qui était autorisé jusqu'à présent pour irriguer leurs champs. Pour que les poissons gardent de quoi barboter, le Code de l'environnement limite le pompage de sorte que la rivière ne descende jamais en deçà d'un dixième de son débit moyen sur l’année. Une dérogation que les pêcheurs gardent en travers de la gorge, comme une arête.

    Selon eux, faire baisser le niveau, c’est prendre le risque d'augmenter la température de l'eau, ce qui favorise la prolifération des algues, lesquelles vont consommer plus d’oxygène au détriment de la pescaille [N.D.L.R : sic ]. La Fédération nationale de la pêche en France (FNPF) vient donc d'attaquer ledit décret devant le tribunal administratif. La FNPF dénonce le lobbying tenace d’un député LRM des Hautes-Alpes qui, il y a quatre ans déjà, sous l’étiquette du Parti radical de gauche, avait tenté, via un amendement au projet de loi Biodiversité, d'assouplir, au profit des agriculteurs de montagne, la réglementation sur le débit minimal des rivières.

    Les pêcheurs s'inquiètent d'autant plus pour les branchies des poissons qu'un passe-droit, accordé, cette fois, aux exploitants des stations d'épuration, participe lui aussi à raréfier l'oxygène dans les cours d'eau. Pondu à l’été 2015, un arrêté ministériel autorise en effet ces derniers à rejeter à la flotte, sans les traiter, 5 % des eaux usées. Autant de déchets organiques qui piquent de l'oxygène aux poissons, au point parfois de les asphyxier.

    Grâce à ce cadeau réglementaire, les collectivités locales et les groupes spécialisés dans l'assainissement de l'eau, comme Veolia ou Suez, n'ont pas a mettre la main a la poche pour redimensionner leurs installations ou construire des bassins de rétention afin d'éponger le surplus de flotte charrié par les épisodes pluvieux exceptionnels qui se multiplient sur fond de bouleversement climatique.

    De là à dire que le gouvernement est tout ouïe pour certains lobbys…

    Dans le Canard enchaîné du 9 octobre 2019.

    Sun Oct 27 20:50:30 2019 - permalink -
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  • Miracle à Fessenheim

    La centrale nucléaire de Fessenheim stoppera ses activités en juin 2020. Il ne s'agit pas d'une fermeture pour vétusté, mais d'une fermeture anticipée désirée par l'État. Le contribuable devra donc verser 400 millions d'euros à EDF ainsi que la somme correspondante à la vente de l'électricité qui aurait pu être produite jusqu'en 2041, date de fermeture envisagée par EDF… Comme si cette centrale pouvait tenir encore 22 ans sans investissements supplémentaires et sans être un danger. Ajoutons cela à la facture cachée du nucléaire français.

    Chers frères en Atome, enfin ! Depuis longtemps, nous redoutions cette épreuve : la fermeture de la centrale originelle, celle de Fessenheim. Elle est la plus ancienne de toutes celles en activité. Son premier réacteur de 900 MW, couplé au réseau en 1977, fermera le 22 février prochain. Le second, de même puissance, couplé en 1978, fermera le 30 juin. En acceptant cet arrêt, mieux, en le réclamant, notre Sainte Mère l’Eglise EDF a opéré un grand miracle.

    Avouons-le, mes chers frères, cette très vieille centrale était éreintée. Jamais elle n’aurait réussi à passer la VD4, la quatrième visite décennale de sécurité, obligatoire pour tout réacteur ayant dépassé les 40 ans. Nous n’égrènerons pas ici la liste interminable de tous les maux qui l’accablent, dûment identifiés par nos frères inquisiteurs de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN)… Mais sachez qu’elle était percluse d’équipements non conformes (ainsi son radier trop mince et ses piscines non bunkerisées), farcie de matériaux et d’équipements obsolètes (ainsi les joints des 163 traversées du bâtiment réacteur).

    Ajoutez à cela ses deux grands risques spécifiques, un risque sismique, qu’elle était loin d’être prête à affronter, et le risque d’être submergée par le grand canal d’Alsace, qui la surplombe de plus de 8 mètres, et avouez-le : il aurait été ruineux de la rustiner sans cesse.

    Notre Sainte Mère EDF le savait bien, qui s’est abstenue de l’équiper de ces fameux « diesels d’ultime secours » obligatoires après la diabolique erreur de Fukushima (la date butoir était fin 2018). Sur ce péché pas vraiment véniel, nos frères compatissants de l’ASN ont bien voulu fermer les yeux… Reconnaissons-le en toute humilité : lors dela très proche VD4, ils n’auraient pas hésité à arrêter les deux réacteurs de Fessenheim pour leurs multiples manquements à la sécurité. Cela aurait nui à notre Sainte Réputation et aurait fait pâlir la très verte auréole du président Macron.

    Et c’est là que, miracle ! par l’opération du Saint-Esprit Atomique, EDF et le gouvernement se sont entendus pour présenter cet arrêt comme une « fermeture anticipée ». Ils ont signé un protocole qui prévoit que l’Etat et, donc, ces mécréants de contribuables devront, pour commencer, lui verser cash une belle obole de 400 millions d’euros. Ô divine surprise, l’Etat s’engage aussi à offir à notre Sainte Mère, dans les années qui viennent, l’équivalent de ce qu’elle appelle son « manque à gagner ». C’est-à-dire les deniers que lui aurait rapportés l’électricité produite par Fessenheim jusqu’en 2041. Comme si ces deux vieux réacteurs allaient tenir sans faillir vingt années de plus ! Une durée de vie de presque 65 ans qu’aucun texte sacré n’a jamai prévue.

    Cette électricité nucléaire purement virtuelle, donc enfin sûre et enfin propre, va renflouer les caisses d’EDF… Le miracle pourra se poursuivre avec les prochains arrêts prévus par le gouvernement. Bref, la meilleure façon de sauver EDF au bord de la faillite est d’arrêter tous ses réacteurs !

    Dans le Canard enchaîné du 9 octobre 2019.

    Sun Oct 27 20:31:02 2019 - permalink -
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  • La batterie est en danger

    Le WTF du jour : une batterie d'ordiphone pleinement chargée, promesse d'heures de divertissements et de connexion à autrui, serait une source de plaisir. Inversement, une batterie faiblement chargée serait une source d'angoisse. Flippant. :O

    Selon une étude, publiée par la revue « Marketing Theory » et relayée par « Le Figaro Eco » (7/10), concernant l'état des batteries de smartphone, « selon que vous serez plus proche de 100 % ou de la panne sèche, les mêmes pensées ne vous viendront pas à l'esprit. Vous pourriez éprouver une sensation d'angoisse ou d'accomplîssement ». Conclusion de l'article : « Nous sommes si attachés à nos téléphones qu'une batterie devient une composante de notre corps et de notre psyché. »

    Avec un cerveau aussi raplapla ?



    Plus d'infos (https://www.lanouvellerepublique.fr/la-question-du-jour/portable-qu-est-ce-que-l-angoisse-de-la-batterie-faible) :

    Les personnes interrogées par la Cass business school répondent effectivement qu'elles envisageaient désormais leurs déplacements quotidiens en terme de temps et de réserve de charge mais aussi de distance entre deux points de recharge potentiels.

    Le docteur Thomas Robinson précise même : "Au cours des entretiens, ceux qui répondaient en sachant que leur téléphone avait un niveau de charge complet étaient d'humeur positive et pensaient qu'elles pourraient aller n'importe où et faire tout ce qu'elles voulaient. A l'inverse, ceux qui avaient un niveau de charge en dessous de la moitié commençaient à ressentir des sentiments d'anxiété et d'inconfort." Il ajoute : "Les téléphones sont devenus un tel lien pour tout ce que nous sommes, que l’incapacité de gérer efficacement la durée de vie de la batterie devient le symbole de l’incapacité de gérer sa vie."

    L'étude explique cet impact en rappelant que les portables ne sont sont plus seulement des téléphones mais aussi des cartes interactives, des portefeuilles digitaux, des moyens de divertissement, des journaux, des compteurs de pas... et qu'au final le témoin de charge de batterie se retrouvait désormais au coeur des enjeux sociaux et commerciaux. Ne plus avoir de charge sur son appareil, c'est se couper de tous ces réseaux.

    Dans le Canard enchaîné du 9 octobre 2019.

    Sun Oct 27 20:17:14 2019 - permalink -
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  • L‘Olympique lyonnais dribble les droits des filles

    À l'OL, les gamins disposent d'un contrat avec le club, pas les gamines. Le parquet de Lyon a débouté la plainte au motif que les règles de la fédé de foot n'imposent pas un contrat pour les femmes… D'où les dispositions réglementaires d'une fédé l'emportent sur la loi ?! C'est totalement contraire au principe de la hiérarchie du droit : un contrat / règlement de gré-à-gré, en bas de l'échelle, ne peut rogner des droits prévus par les textes supérieurs, comme la loi, les règlements européens et la Constitution.

    À côté de ça, l'un des formateurs a été condamné pour les centaines de vidéos filmées sous les jupes des femmes. Un autre est mis en examen pour des avances sexuelles à des mineures. En 2013, Bernard Lacombe, l'un des dirigeants de l'OL avait répondu à une auditrice qu'il « ne discute pas avec les femmes de football (…) qu'elles s'occupent de leurs casseroles et ça ira beaucoup mieux. ».

    Moins remarqué que l’éviction, lundi, de Sylvinho, l’entraîneur de l’Olympique Lyonnais (OL), une affaire de discrimination entre filles et garçons au sein du prestigieux centre, de formation agite le club de football !

    A l’OL, les petits champions sont protégés par une convention — signée par leurs parents — leur garantissant trois ans de formation, d’éducation et de scolarité. Rien de tel, en revanche, pour les petites championnes. Un cas flagrant de « discrimination », estime Slim Ben Achour, l’avocat de « Myriam », jeune footeuse recrutée à 15 ans par l’OL, en juin 2017, et virée un an plus tard — une éviction contre laquelle ses parents protestent furieusement.

    Slim Ben Achour, qui a mis au jour cette grosse anomalie à la formation, a exigé que l’OL lui fournisse les conventions des petits gars. Il n’est parvenu à les obtenir, à la fin de juillet, que par le biais du tribunal et a attaqué aussitôt pour que la discrimination soit constatée.

    Carton rouge

    Le 9 septembre, pourtant, une magistrate lyonnaise a débouté les plaignante. L’OL n’a fait, d’après elle, qu’appliquer « scrupuleusement les dispositions légales et réglementaires de la Fédération française de football et de la Ligue de football professionnel française », qui ne fixent pas d’« engagement contractuel à l’égard des jeunes filles », alors qu’elles « aménagent une convention de formation pour les jeunes garçons ». Il y aurait la ce qu’elle appelle « un vide juridique ». Ah bon ? Et la Constitution ? Consultés par « Le Canard », d’éminents juristes et magistrats se sont esclaffés devant « cette énormité ».

    Quoi qu’il en soit, la plainte sera bientôt jugée devant un nouveau tribunal. Jolie pub pour l’OL, si fier des exploits de son équipe féminine, 6 fois vainqueur de la Ligue des Champions !

    Cette histoire de discrimination en a révélé une autre plus glauque encore. Si Myriam, douée et pleine d’avenir en juin 2017, s’est retrouvée à la porte un an après son recrutement à cause de sa « lenteur et [de son] manque de technique », c’est, pensent ses parents et leur avocat, pour une autre raison. A savoir : la conséquence de deux affaires ayant sérieusement ébranlé le club en 2018. L’un des coachs du centre de formation a en effet été condamné pour les centaines de vidéos qu’il avait filmées sous les jupes des femmes. Un second, contraint à la démission par le club, a été mis en examen pour « propositions sexuelles à mineures de 15 ans ». Myriam a témoigné et déposé une plainte contre lui. Quelle belle ambiance sportive ! Et quel réconfort pour les parents qui confient leurs rejetons au club !

    Dans le Canard enchaîné du 9 octobre 2019.

    Sun Oct 27 20:06:32 2019 - permalink -
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