Je suis un contractuel de la fonction publique d'État depuis plusieurs années. J'ai donc un CDD. Après le CDD initial, mon employeur m'a toujours proposé des CDD de deux ans. J'ai toujours refusé, préférant cumuler des CDD d'un an. Pourquoi ? Pour éviter une perte de rémunération.
En fonction de ta date d'embauche, tu vas te faire carotter une partie de ta rémunération. La grille des contractuels de la catégorie A prévoit une hausse de l'indice après 1 an d'ancienneté (+ 4 points), après 3 ans (+ 8 points), après 6 ans (+ 10 points), et tous les 3 ans au-delà de 6 ans (+ 14 points). Si les contrats de ton administration vont du 01/09 d'une année (N) au 31/08 de l'année suivante (N+1) et que t'arrives en novembre N, ton premier contrat ira de novembre N au 31/08/N+1 (c'est donc un CDD de dix mois, pas d'un an, conçu pour t'aligner sur le cycle normal). Si tu choisis de le prolonger avec un contrat d'un an, ce dernier ira du 01/09/N+1 au 31/08/N+2.
Tu auras un an d'ancienneté en novembre N+1, mais, comme t'auras signé ton nouveau contrat (pour 01/09/N+1-31/08/N+2) en juin/juillet N+1, tu auras ton augmentation à partir de septembre N+2 (en supposant que t'es re-signé en juin N+2). On te carottera donc de novembre N+1 à août N+2 (10 mois). Si tu choisis un contrat de 2 ans en juin N+1, on te carottera de novembre N+1 à août N+3 (22 mois) ! Le service RH ne va pas s'embêter à te faire un avenant en novembre N+1 pour 4 points, qu'est-ce que tu crois ! Sauf que 4 points, c'est 15 € net/mois en cette saison. La perte de rémunération s'élève donc à 150 € net sur un contrat d'un an et à 330 € net sur un contrat de deux ans. Je te laisse faire les calculs pour les autres étapes de l'ancienneté. Oui, ça pique bien plus, un de mes collègues a "testé pour nous" (comme on dit). Bien sûr, un rappel de rémunération est possible, mais il faut penser à le demander (bah non, c'pas automatique, qu'est-ce que tu crois !).
Bref, un contrat annuel force un nouvel examen de ton dossier par le service RH. Oui, ça lui fait du boulot en plus mais j'estime que ce n'est pas à moi de leur courir après pour réclamer un avenant ou un rappel de rémunération !
Au début, j'avais un deuxième argument, mais il est basé sur une erreur. Je pensais que, comme dans le privé, il n'était pas possible de démissionner d'un CDD. Ni de signer une rupture conventionnelle. N'étant pas sûr d'avoir trouvé l'emploi qui me conviendrait, je me voyais mal m'engager sur 2 ans après mon CDD initial. En vrai, on peut démissionner d'un CDD de la fonction publique (c'est hallucinant… le CDD privé est précaire, donc on empêche la démission et le licenciement classique, mais pas dans le CDD public, deux poids, deux mesures…), donc cet argument est caduc.
Mais il n'est pas déplaisant de faire le point tous les ans sur sa situation professionnelle, ses envies, tout ça. Ça donne une mesure du temps qui passe pendant que tu ne bouges pas.
C'était sur ma liste de choses à faire depuis plusieurs années : en décembre 2019, j'ai adhéré à un syndicat professionnel de salariés.
Je ne vais pas m'étendre sur l'utilité d'adhérer à un syndicat professionnel. Défendre les droits des employés. Protéger les employés. Surtout qu'on a une médecine du travail - pour les cas de violence et de harcèlement - et une inspection du travail volontairement affaiblies (suivre les liens). Dénoncer tout ce qui ne va pas sur nos lieux de travail, y compris les actions sans éthiques qui sont hors des conditions de travail. Organiser autrement le travail. Avoir des gus formés au droit du travail, au rapport de force, à la mobilisation. Avoir des gus payés pour produire des analyses des projets de loi et des projets des employeurs. Ensemble, on est plus fort. Tout ça.
Quand tu vois que même les auto-entrepreneurs livreurs de cochonneries (Deliveroo, Uber, etc.) ont leur syndicat…
Quand je lis que les Gilets jaunes ont ringardisé le syndicalisme, qu'ils ont obtenu, en quelques mois, des avancées jamais décrochées par les syndicats, je me marre en pensant qu'ils ont rien gagné sauf du bluff et un futur (prétendu) trou de la Sécu.
À ceux qui me disent « qu'on n'est plus 100 ans en arrière », qu'il n'y a plus rien à défendre / gagner, je réponds : casse-toi pov' con ! Va dire ça aux travailleurs pauvres ! Va le dire aux seniors sans emploi ! Faut être un teubé sans empathie enfermé dans sa bulle pour penser ça. Il y a encore des combats à mener comme travailler beaucoup moins (pour répartir mieux le taff, mais c'est secondaire) ou arrêter les bullshit jobs (que les gains de productivité couplés à un temps de travail inchangé ont fait naître) ou réduire les accidents sur les lieux de travail et liés au travail (suicides à France Télécom, bonjour). Etc.
Alors ouais, il y a des syndicalistes profiteurs et/ou magouilleurs et/ou qui font passer leur intérêt personnel avant l'intérêt commun. Ouais, y'a des gens comme ça partout. Parmi nos patrons. Dans nos familles. Parmi les élus de notre Ripoublique. Dans nos associations. Dans nos loisirs. Bref, partout. Pourtant, tu continues de voter, de travailler, de fréquenter des associations et ta famille, etc. Deux poids, deux mesures ? Les formules toutes prêtes qui dénigrent les syndicats, c'est comme celles qui t'incitent à être propriétaire : elles font partie de l'hégémonie culturelle, c'est-à-dire l'imaginaire créé par les dominants de la société pour t'arnaquer.
Alors ouais, parfois les syndicats semblent inutiles… Comme trouzemilles autres trucs que tu continues pourtant à faire.
J'ai choisi d'adhérer à la CGT. En tant que plus vieux syndicat professionnel de France, elle a une histoire (genre ça, même si c'est anecdotique) et une culture des luttes sociales, de la répression, etc. Elle a une pensée politique, un projet de société : l'anarcho-syndicalisme c'est-à-dire peser sur les conditions de travail et sur la vie de la cité en restant éloigné des partis politiques. D'où l'idée de grève générale que l'on retrouve dans les cortèges CGT. Même s'il faut reconnaître que cette origine est un peu diluée dans la CGT moderne…
Il était hors de question que j'adhère à un syndicat réformiste. Le but d'un syndicat n'est pas de négocier mollement. Le but d'un syndicat n'est pas d'être un partenaire social modéré comme le veut la pensée politique dite social-démocratie, mais d'être une force politique dotée d'un projet de société. J'aime beaucoup le comportement global de la CGT qui est de créer un rapport de force avant de discuter éventuellement. Je trouve cela très sain. Je pense aux coupures d'électricité, aux sabotages, etc. Ouais, on pourra me citer des exemples de faiblesses de la direction de la CGT comme sur la loi Travail de 2016 (faiblesse non suivie par la base ni par les fédérations). Et ?
Je voulais un syndicat représentatif au niveau national, car il faut pouvoir assister aux réunions gouvernementales, avoir un nez dans l'Unédic (assurance-chômage), avoir un pied dans toutes les portes, etc. Ça ne veut pas dire qu'il faut assister à chaque réunion et faire les gentils toutous en suivant les règles d'organes pourris, non, juste être en capacité de pouvoir y aller par pure stratégie si on l'estime nécessaire dans le cadre d'une lutte. Ce critère exclu mon syndicat de cœur, la CNT.
J'avoue aussi qu'il y a de l'affect dans ma décision. Par simplicité, je voulais l'un des syndicats existants sur mon lieu de travail. Avec une histoire et qui satisfasse tous les critères précédents, certes, mais ce qui a aussi joué, c'est la proximité avec un camarade CGT de mon service qui a pris le temps de répondre à mes questions.
Ouais, je sais, la CGT c'est aussi les 60 k€ de rénovation du bureau de l'ex-secrétaire général Lapeon, les 100 k€ de rénovation de l'appart' de fonction de l'ex-secrétaire Lapeon, la nomination de l'ex-secrétaire Lapeon comme délégué interministériel à la langue française, des histoires de sous avec le droit à la formation des saisonniers agricoles, et des comportements autoritaires et non-conforme au droit du taff (Martinez purge la CGT comme un vrai libéral et La CGT combat héroïquement ses ennemis de l’intérieur). Et ? En matière de syndicalisme, la pureté n'existe pas.
Hier, j'ai découvert, par hasard, cette vidéo d'Usul : La revanche des syndicats. J'en recommande vivement le visionnage. Elle m'a aidé à trouver les mots pour écrire ce shaarli.
Bref, j'ai encore beaucoup à apprendre sur le syndicalisme (histoire, fonctionnement, etc.). Je t'encourage vivement à te syndiquer.
Il y a quelque temps, je voulais savoir si l'entretien professionnel s'imposait à moi, contractuel de l'État (réponse : pas la première année, oui mais non les années suivantes). Comme quand j'étais dans le privé, je contacte l'inspection du travail. Les coordonnées se trouvent facilement sur le site web officiel.
Réponse de l'inspection du travail :
[…]
Le service Renseignements droit du travail de l’UD XX de la DIRECCTE XXXXXXXXXX n’est pas compétent pour renseigner le droit du travail dans les 3 fonctions publiques (Etat, territoriale, hospitalière), y compris pour les contractuels travaillant dans ces secteurs. Votre relation relève de statut particulier ; seul le service du personnel de votre structure et les représentants du personnel pourraient vous apporter des réponses.
[…]
Donc l'inspection du travail ne peut pas renseigner les agents de la fonction publique.
D'un côté, c'est compréhensible, car leur interprétation irait à l'encontre de celle d'une autre administration. Le public taperait sur le public, en quelque sorte. Pas cool. ÉDIT DU 30/01/2021 : d'un autre côté, la CADA et la CNIL pour ne citer qu'elles, sont des administrations qui sont amenées à rendre des avis non contraignant concernant une autre administration. FIN DE L'ÉDIT.
D'un autre côté, **contacter le « service du personnel de ma structure » quand je suis justement en désaccord avec lui ne me semble pas être pertinent.
Les représentants du personnel de ma structure, tous syndicats confondus, roupillent**. En 2018, je les ai interrogés sur l'extension de la vidéo-surveillance dans notre structure : aucune réponse. En 2020, je les ai interrogés sur l'heure d'information syndicale : aucune réponse.
Du coup, que reste-t-il à l'agent ? Les syndicats ont des permanences juridiques gratuites. De même, les mairies ont des permanences juridiques gratuites aussi nommées point d'accès au droit, maison de la justice et du droit, conseil départemental d'accès au droit, etc. Ces structures ont toutes le même problème : elles disposent de peu de spécialistes en droit administratif (hors droit administratif commun comme les permis de construire, ce genre de choses).
L'agent de la fonction publique doit-il rester ignorant ? Doit-il sortir son chéquier pour consulter un avocat ? Cela n'est-il pas dissuasif ?
Ne peut-on pas imaginer une structure, de droit privé, qui serait l'équivalent de l'inspection du taff dans le public ? Comment mettre cela en branle puisqu'il faut que ça soit un service public (accessible à tous, gratuit, etc.) sans dépendre de l'État (une délégation de service public reste… une délégation, au privé, d'un service public) ?
Mieux : peut-on imaginer une administration publique qui puisse tirer dans les pattes d'une autre ? Après tout, la CNIL émet des avis. La CADA aussi. La Cour des comptes également (mais ce n'est pas une autorité administrative comme les deux autres). L'inspection du taff émet des avis vis-à-vis du privé quand elle est interrogée par un employé.
Bref, que faire ?
L'entretien professionnel individuel (EPI) existe dans le privé comme dans le public. Dans le public, il concerne aussi bien les fonctionnaires que les contractuels (CDD et CDI). Sa fréquence est de deux ans dans le privé et d'un an dans le public (parce qu'on a que ça à faire, faut croire ‒ non, sérieux, je trouve sincèrement que ça contribue à la mauvaise image de la fonction publique ‒). Dans tous les cas, il est obligatoire. Dans ce shaarli, je vais me concentrer sur le refus d'un entretien pro par un contractuel de la fonction publique d'État.
Ce rendez-vous avec ton chef (oups, on dit n+1 de nos jours afin de tenter de masquer la hiérarchie, de faire croire qu'on est tous amis, choupinou tralala) est censé permettre de faire dialoguer chef et sous-fifre (lol), de proposer des évolutions (promotion, changement de poste, etc.), de fixer les objectifs de l'année à venir, de vérifier si t'as atteint les objectifs de l'année passée, de vérifier tes besoins de formation, de remonter des problèmes dans l'équipe ou entre les équipes, etc. Bref, « de faire le point », par écrit.
Pour ma part, je refuse de participer à cette mascarade.
La première année, j'ai pu échapper à c'te merde d'entretien. En effet, j'avais un CDD de dix mois. Or, le décret qui encadre l'EPI chez les contractuels, le décret numéro 86-83 du 17 janvier 1986, dispose, dans son article 1-4, que : « Les agents recrutés pour répondre à un besoin permanent par contrat à durée indéterminée ou par contrat à durée déterminée d'une durée supérieure à un an bénéficient chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à un compte rendu. ». Dix mois, c'est inférieur à un an. Argument refusé par la direction des ressources humaines. Pas moyen d'analyser le décret ensemble, rien, la pionne me récite doctement la bible locale et ne comprend pas que je puisse oser remettre en cause la Très Sainte Parole de mon service RH. Circulez, y'a rien à voir ! Un rendez-vous avec le directeur des ressources humaines clarifiera la situation : il partage mon analyse du décret, mais il me vante une politique volontariste de mon administration en mode "tu vois, on prend soin des gens". OK, c'est donc acté : pas d'EPI pour moi.
À partir de la deuxième année, c'est plus compliqué. De mon plein gré, je signe des CDD d'un an. Chaque fois, mon employeur me propose un CDD de deux ans, mais je demande un an. Il y a évidemment une stratégie derrière ça. Donc, on pourrait croire que je suis toujours dispensé par l'article 1-4 sus-cité qui prévoit un EPI si CDD > un an. Je le pense aussi. Mais, d'un autre côté, je pense qu'un juge trancherait dans le sens inverse en invoquant trois points : 1) le cumul de mes CDD dépasse largement un an ; 2) le législateur voulait très certainement inclure ce cumul dans sa définition (le contraire exclurait tellement d'agents…) ; 3) le premier critère, le « besoin permanent » est rempli puisque ça fait des années que je suis à mon poste et que ce poste perdurerait si je partais. Bref, c'est flou. Et comme il n'y a pas d'instance auprès de laquelle se renseigner… J'ai refusé le dernier EPI sans m'appuyer sur ce décret, juste en disant "je veux pas de votre merde". J'ai pas eu. Mais cela ressemble à une faveur (lire ci-dessous).
En vrai, c'est moins idyllique que cela.
Bien sûr, direction des ressources humaines et chef m'ont adressé les habituelles menaces : "ça va te nuire", "en cas de promotion, si t'es à égalité avec un autre, ton refus d'EPI jouera contre toi", "idem si l'on veut te virer", etc. Ce à quoi je réponds : LOLILOL. :)))) Je suis ingénieur en informatique. Du taff, j'en trouverai où je veux, quand je veux. De plus, le service RH étant débordé, je doute profondément sur le fait que les EPI soient ressortis du placard lors d'une hypothétique promotion.
Les deux fois, mon chef a été obligé de remplir l'EPI en mon absence. Enfin, obligé… C'est un bien grand mot. Il aurait pu choisir d'envoyer tout ça bouler. Surtout qu'il est fonctionnaire… Les deux fois, j'ai dû signer son taff, comme lors d'un vrai EPI. J'ai vaguement relu avant, rien à foutre.
Cette année, il s'est fait retoquer la majorité des EPI de ses sous-fifres (les rendre très en retard n'aide pas à se fondre dans la masse…). Objectifs pas renseignés. Occupation du temps de travail pas renseignée. Il avait volontairement refusé d'évaluer notre « capacité à servir » (or, comme on l'a vu plus haut, le CIA peut être basé sur ça ;) ). Etc. Au final, les sous-fifres ont les mêmes objectifs vagues (maintien du système d'information, etc.) alors qu'on travaille sur des choses très différentes. Une partie des réponses, c'est du copié/collé de Wikipedia (il cite sa source). Et on a tous la même réponse évasive concernant notre capacité à servir. C'est passé. Ça confirme mon intuition initiale : les EPI sont du gros BULLSHIT inutile. Y'a rien de sérieux.
Bref, refuser son entretien professionnel annuel quand on est un contractuel de la fonction publique d'État, c'est possible. Je t'encourage vivement à en faire de même, même si tu travailles dans le privé. :)
J'ai déjà mentionné ici l'analyse de Gee selon laquelle la perte de sens induite par la transformations des noms de nos services publics en marques (exemples : TGV -> inOui, ErDF -> Enedis, France Télécom -> Orange, etc.) est problématique, car elle permet d'inhiber la critique (ce n'est plus un service public, monsieur, c'est une marque) par l'absence même de sens : inOui peut bien proposer une qualité de service inférieure à celle d'un train à grande vitesse pour le prix d'un train à grande vitesse, car inOui ne signifie pas train à grande vitesse ; Le déploiement de la fibre optique peut bien délaisser les campagnes, car Orange ne signifie pas service public universel, etc. Pour rappel, la perte du sens des mots et des concepts manipulés est l'un des outils clés du pouvoir autoritaire qui est au cœur de l'œuvre de fiction 1984.
J'ai aussi rapporté que la SNCF, quand elle se présente sous le nom de son agence de voyages (Oui.sncf) """"oublie"""" de mentionner des horaires sur les lignes TER pas rentables, alors que, quand elle se présente sous son nom connoté d'une mission de service public (TER sncf.com), elle mentionne lesdits horaires.
Aujourd'hui, j'ajoute les exemples suivants :
Bref, ce renommage de nos services publics en des trucs sans queue ni tête m'exaspère au plus haut point.
Yep, arrêtons d'utiliser des pétards et des fumigènes dans les manifestations. Évidemment, je parle hors affrontement avec la flicaille (c'est un autre cadre, d'autres enjeux, etc.).
C'est contre-productif. Quand j'entends une détonation "au loin", en amont du cortège, comment puis-je faire la différence entre un pétard un peu costaud et une grenade de la flicaille ? Quand je vois une épaisse fumée en amont, comment puis-je faire la différence entre des fumigènes festifs et les grenades fumigènes de la flicaille ? Il y a un effet "crier au loup". Mon instinct me dit de me barrer. Rester demande un effort supplémentaire. Ça ne me donne pas envie d'avancer vers la source du bruit / de la fumée. On me répondra peut-être que je psychotise vu la récente prise de conscience autour des violences policières. Non, je me suis toujours méfié des flics, surtout en manif', d'où une vigilance autour des bruits qui peuvent signaler leurs mauvaises actions, et ça fait plus de 7 ans que j'ai bien intégré les violences policières.
C'est désagréable et inutile. Une détonation, c'est un bruit désagréable. Une fumée, ça retire de la visibilité voire ça irrite les yeux. Dans les deux cas, ça génère un sentiment d'insécurité. Quel intérêt y'a-t-il à utiliser des pétards et des fumigènes en manif' ? Se faire remarquer ? Ça se fait par le nombre et/ou avec des bruits plus agréables comme de la musique (à bonne distance des oreilles d'autrui) des sifflets (à bonne distance des oreilles d'autrui) ou des instruments de musique (même remarque en ce qui concerne les percussions). Pétards et fumigènes font partie de ce qui décourage le citoyen lambda de participer à une manifestation. C'est évidemment un plus, pas le critère décisif, mais c'est un plus qui peut faire pencher la balance. Ne pas s'étonner du manque d'implication des citoyens dans les mouvements sociaux. Si ceux-ci ne sont pas accueillants…
Ce qui m'insupporte par-dessus tout, c'est quand des pétards, de faible intensité certes, sont balancés dans un creux du cortège, à moins de 5 mètres des prochains manifestants. Ce qui fait qu'ils exploseront quand des gens auront leurs pieds à proximité… avec un risque de recevoir des objets soufflés par l'explosion dans leurs yeux ou le reste de leurs corps. Sans compter les dommages éventuels aux tympans. C'est encore plus fun pour les malvoyants qui peuvent difficilement les éviter. À titre personnel, cela fait deux fois, dans deux villes françaises différentes, que je vois des pétards exploser à mes pieds et à ceux de mes camarades. Si tu veux utiliser des pétards, fusée, fumigène, etc., tu le fais bien, c'est-à-dire à une distance respectable des autres gens afin de ne pas les embarquer dans ton délire.
Je sais que je parle dans le vide. À la mi-décembre, on a vécu ça : manifestation : une fusée de détresse explose dans le cortège, deux personnes blessées accidentellement (autre source). À la manif' suivante, les pétards à forte détonation et les fumigènes étaient de retour…
Bref, pourrait-on arrêter d'utiliser des pétards et des fumigènes dans les manifestations ? À défaut, il faut respecter les règles de sécurité, les distances de sécurité et le consentement des autres participants.
Récemment, j'ai eu des problèmes de santé. Des gens plus ou moins proches de moi l'ont appris. Forcément, ça cause assez vite du coût des soins (ce qui est révélateur de la merde dans laquelle nous sommes : en quoi le coût des soins devrait être un sujet de causerie prioritaire ?!). Ces gens-là ont appris que je n'ai pas de mutuelle… alors que je suis un gauchiste qui vante la mutualisation des risques de la vie à tour de bras. Comment en suis-je arrivé là ? Faites ce que je dis, pas ce que je fais ? Coût de la cotisation ? Que nenni.
Je n'ai pas de mutuelle car ça me gonfle, ça me fatigue. Vraiment. Lourdement. Sincèrement. C'est compliqué au-delà de la complexité inhérente à tout système (genre la physique quantique, la philosophie, la biologie, etc., c'est complexe, mais c'est sans artifice pour compliquer artificiellement les choses).
Jusqu'à peu, je n'avais pas non plus d'assurance habitation. Pour la même raison. Puis je me suis rendu compte que le contrat proposé par mon assurance ne comportait pas tant que ça de clauses d'exclusion absurdes, donc, j'ai plié.
Je crois toujours à la mise en commun (de pognon ou d'autre chose). Je crois toujours à la mutualisation des risques (maladie, accident, vieillesse, chômage, etc.). Je crois toujours que c'est l'organisation optimale d'une société humaine, car cela conduit à une société plus fraternelle, plus égalitaire, donc moins violente et plus agréable pour tout le monde.
Mais les implémentations actuelles de ce concept me découragent.
Le régime étudiant. Le régime général. Les autres régimes. Les conditions de remboursement imbitables. Les trouzemilles bases. Les trouzemilles taux (général ‒ 60-70 % ‒, Alsace-Moselle ‒ 80-90 % ‒, ALD ‒ 100 % ‒, pour une consultation, pour des médocs, etc.). Les soins pris en charge ou non. Les modalités, la prise en charge et le remboursement qui diffèrent pour chaque soin. La franchise. Les diverses retenues. Etc. Ce monde est sérieux ?!
Vu que les gouvernants ont sabordé la Sécu depuis 25-30 ans (arrivée de la CSG donc le financement de la Sécu glisse progressivement des mains des employés et des patrons pour aller dans les mains des gouvernants, qui ont transformé la mutualisation en prestation sociale et qui ont décidé des conditions à la place des premiers concernés), il faut compléter ce premier tas de merde par un deuxième : les complémentaires santé privées. Youpi ! Assurances aux mains d'actionnaires ou mutuelles dirigées par leurs cotisants ? Que ce choix me passionne ! Des plaquettes commerciales imbitables, quelle chance ! Là encore, des conditions de remboursements fluctuantes, des modalités, des franchises, etc. En moyenne, 22 % d'une cotisation à une complémentaire ne sert pas aux remboursements des soins. Les taxes et l'inflation ne sont pas en cause. 8 % servent à la pub (faut bien payer Chevallier et Laspalès pour qu'ils te mettent dans la tête que « la Matmut elle assure »). Les patrons se rincent également, en tout cas chez Macif, Audiens et Matmut.
Putain, mais qu'est-ce que ça peut me foutre qu'un œil n'ait pas la même complexité qu'un tibia (exemples au hasard, sans vérification de la validité médicale de cette assertion), ce qui engendre des coûts différents et donc un remboursement plus ou moins conséquent ?! Je veux être pris en charge en intégralité, point ! Je ne veux pas avoir à me demander combien, comment, pourquoi ! Je ne veux pas comparer des contrats imbitables !
Voilà ce qui me convaincrait de signer : un truc S-I-M-P-L-E. Moi + toi mettre argent dans caisse. Moi ou toi taper dans caisse pour payer totalité soins quand moi ou toi avoir besoin. S-I-M-P-L-E. Si ça fait monter le prix de la cotisation, je m'en fous. Je préfère qu'un tel système soit géré par le public, mais ce n'est pas obligatoire (genre des assos ou assimilées à une échelle locale, ça pourrait avoir de la gueule, mais ça risque d'être moins efficace car moins de cotisants, c'est moins d'argent dans la caisse) tant que ça ne va pas sur les marchés financiers. Un tel système inciterait à la solidarité, car chacun y voit bien ce qu'il va gagner en participant à ce système. C'est immédiat et compréhensible, contrairement au système actuel. C'est en partie cela qui dissuade les citoyens.
Alors on va me débiter le mythe du gars qui va trois fois par semaine chez son médecin généraliste et qui plombera nécessairement le système décrit ci-dessus. Si jamais une telle personne existait dans les statistiques, je l'inciterai à continuer, je serai heureux de payer. Pour moi, la responsabilité incombe au médecin. Et, pragmatiquement, je préfère un gus soucieux de sa santé qui se fera dépister tôt une saloperie, quand le traitement sera aisé, plutôt que trop tard, quand le traitement sera compliqué et coûtera un « pognon de dingue ».
Bref, je conchie l'organisation actuelle de l'assurance maladie. Inutilement compliquée. Décourageante. Qui ne donne pas envie d'être solidaire.
J'entre dans un magasin. Vif échange entre un client déçu et une caissière.
« Nique ta race ! ». Ça ne prend pas.
« Ta mère la pute ! La connasse ! ». Ça ne prend pas.
« C'est pas ma faute si t'es mal baisée, hein ! ». Ha, le classique, l'ombre noire du frustré sexuel qui apparaît.
« Si tu veux, t'écartes les fesses et je te la mets ! Et dans ta chatte aussi ! ». Qui pourrait résister à un tel chant de sirène ?
« Ta chatte, elle pue ! Elle pue le commissariat ! ». Hum, donc tu veux mettre une partie de ton corps dans quelque chose qui pue (ce qui peut être le signe d'une infection interne, donc je te déconseille d'y aller dans l'immédiat). Quelle logique ? Néanmoins, j'avais jamais entendu la fin. J'ai cru qu'il s'agit d'une référence culturelle, mais plusieurs moteurs de recherche web désapprouvent. Quelle originalité ! Alors je rapporte ça ici, parce que ça m'amuse. :)
Un tour mondial des colères populaires 2019. Point commun : un déclencheur anodin (une taxe, une candidature présidentielle, etc.) pour un mal plus profond (ralentissement économique, corruption, démocratie verrouillée, etc.). J'avais pas capté que y'a eu autant eu de mouvements sociaux en 2019. C'est là que tu réalises que y'a pas que les Gilets jaunes qui ont gueulé prétendument pour rien (pouvoir d'achat, taxe, etc.). Goutte dans vase plein, tout ça.
À première vue, les racines de ces tensions sociopolitiques diffèrent, tantôt déclenchées par l’augmentation du prix de produits ou de services de première nécessité (l’essence en France, en Équateur et en Iran, le pain au Soudan, le ticket de métro au Chili ou les appels téléphoniques en ligne au Liban), par des dirigeants jugés corrompus (Albanie, Serbie, Haïti, Monténégro, République tchèque, Égypte ou Honduras) ou par des revendications démocratiques (Algérie, Venezuela, Hong Kong, Kazakhstan, Russie, Guinée, Catalogne, Bolivie ou Éthiopie).
Mais beaucoup de ces mouvements contestataires ont en commun d’être nés de décisions gouvernementales apparemment anodines, qui se sont avérées être la goutte d’eau qui a fait déborder des sociétés de plus en plus inégalitaires, avec le sentiment partagé par de nombreux citoyens d’une perte de contrôle démocratique. Une sorte de paroxysme de la crise profonde que traverse le néolibéralisme.
[…]
Dans plus d’un pays sur trois, les soulèvements ont eu des répercussions politiques très concrètes : ils ont conduit au départ du chef d’État ou de gouvernement (les présidents Omar el-Béchir au Soudan, Abdelaziz Bouteflika en Algérie, Evo Morales en Bolivie, le premier ministre Saad Hariri au Liban), à un remaniement ministériel (en Irak, en Guinée, au Chili) ou encore à l’abandon des réformes qui firent éclore les mobilisations (en France, à Hong Kong, en Indonésie, en Équateur, en Albanie, au Honduras).
Sans que ces renoncements, ni les répressions souvent sévères des autorités (au moins 320 morts en Irak, 240 au Soudan, 107 au Venezuela, 67 en Éthiopie, 51 en Haïti, 32 en Bolivie, 31 au Honduras, 24 au Chili... pour ne citer que ces pays), ne poussent les manifestants à déserter les rues : dans la majorité des cas, de nouvelles revendications se sont ajoutées aux exigences originelles.
TL;DR : lors d'un gpg --refresh-keys, le message « XXX signatures not checked due to missing keys » ne matérialise pas forcément l'existence d'un problème.
Y'a des jours, je me demande si j'ai vraiment des compétences en informatique.
J'utilise GnuPG (GPG) version 2.1.18 tel qu'il est packagé dans Debian GNU/Linux Stretch.
Depuis plusieurs semaines, quand je fais un gpg --refresh-keys, j'ai, toujours, pour chaque clé présente dans mon trousseau, un message « XXX signatures not checked due to missing keys » (XXX peut être un chiffre ou un nombre avec des dizaines voire des centaines pour quelques clés). En plus de cela, le nombre de clés « non modifiées » est toujours égal à celui de « Quantité totale traitée ». J'ai des clés de cryptonerds et de gens connus qui se font signer leur clé tous les deux jours, donc c'pas normal me dis-je. En plus, j'ai des clés expirées de gens plutôt sérieux (sous-entendu : ils ont bien dû repousser la date d'expiration de leur clé, quand même).
Ces derniers jours, j'en arrive à la conclusion que mon GnuPG est cassé. En effectuant des recherches sur le web, on trouve des articles qui évoquent des dysfonctionnements de gestionnaires de paquets (apt, pacman, etc.) sans donner de solutions (autre que de détruire le trousseau GPG) et d'autres qui évoquent l'attaque des serveurs de clés OpenPGP de mi-2019 qui consiste à joindre des centaines de milliers de signatures à une clé afin de saturer GnuPG.
J'ai tenté de débrayer HKPS (protocole de récupération des clés, HKP, sécurisé par TLS)… En vain. J'ai tenté d'utiliser d'autres serveurs de clés que le réseau SKS. En vain. J'ai passé des dizaines de minutes à essayer de trouver une clé empoisonnée dans mon trousseau… En vain.
Je décide de sauvegarder mon dossier .gnupg actuel et de restaurer sa plus vieille sauvegarde. Août 2018. On est bien avant l'attaque des serveurs de clés. Parfait.
Et là, un --refresh-keys récupère bien de nouvelles identités et de nouvelles signatures. Pourtant, le message « XXX signatures not checked due to missing keys » demeure, y compris sur ma propre clé.
Mais, ça y est, mon cerveau s'est allumé : ce message n'est pas vraiment une erreur. Il dit simplement que, dans mon trousseau, aucune clé publique permet de valider telle signature apposée sur telle clé. Exemple : si Toto a signé ma clé, mais que je n'ai pas la clé publique de Toto dans mon trousseau de clés, alors ce message s'affiche quand GPG examine ma clé.
Comment vérifier cette hypothèse ? Lancer un gpg --refresh-keys et noter le nombre de signatures qui n'ont pas pu être vérifiées sur ma clé. Avec gpg --list-sigs, récupérer l'identifiant d'une clé qui a signé ma clé et qui affiche « [identité introuvable] ». La récupérer depuis les serveurs de clés avec gpg --search-keys "<identifiant_clé>". Pour ma clé, un gpg --refresh-keys affiche désormais un nombre moins élevé de signatures invérifiées pour ma clé.
Bref, il y avait aucun problème. Le message « XXX signatures not checked due to missing keys » ne matérialise pas forcément l'existence d'un problème. D'ailleurs, le code retour de mes gpg --refresh-keys a toujours été 0… Pour ma défense, GnuPG envoie toute la sortie d'un refresh-keys sur stderr qui est normalement réservée pour les erreurs. C'est, en partie, ce qui m'a induit en erreur. Après vérification, les propriétaires des clés expirées présentes dans mon trousseau ont changé de clé OpenPGP. Quand aux clés qui n'ont reçu aucune nouvelle signature, il faut croire que même les gens connus et les cryptonerds vivent parfois plusieurs semaines sans qu'on signe leur clé OpenPGP.
Point positif : je me suis fait un avis sur le serveur de clés keys.openpgp.org, qui protégerait de l'attaque de mi-2019 (forcément, vu la manière de procéder…) évoquée ci-dessus et qui vise la conformité RGPD. Voir : SKS poisoning, keys.openpgp.org / Hagrid and other non-solutions.
Je confirme que soundkonverter est vraiment très bien pour convertir des fichiers audio (flac|mp3 -> Ogg Vorbis, dans mon cas), Après, j'ai pas de grosses exigences en matière de conversion, notamment je m'en fiche complet des métadonnées (titre, nom de l'artiste, nom de l'album, etc.).
Bref, très bonne interface graphique pour ffmpeg. Pas prise de tête. Disponible dans Debian GNU/Linux. Besoin de rien de plus qu'un apt-get install soundkonverter (dans mon cas).
Pilagraine Flaflux est aveugle de naissance. Un don de la nature qu'elle tient de sa mère. De son père, en revanche, elle a hérité celui de chanter comme une casserole.
[ démonstration de chant ]
Pourtant, en rien, ces deux handicaps majeurs n'ont cessé l'ascension de la jeune femme. Depuis toujours, Pilagraine rêve d'être chanteuse. Et, un jour, son père lui annonce la bonne nouvelle : elle va passer dans Great star, la plus populaire des émissions de télé-crochet grolandaise.(père) ‒ Je voulais tellement lui faire plaisir. La pauvre, elle est aveugle.
Pas dupe sur le niveau de sa progéniture, Planchonier sait très bien que sa gosse va se faire laminer dès sa première prestation à la TV et qu'elle le vivra très mal. Alors, il opte pour un plan B. Ainsi, chaque semaine, il fait croire à sa fille qu'il l'amène au studio 24 alors qu'elle ne fait que revenir dans le garage familial.
(père) ‒ C'est l'avantage des aveugles : un logiciel avec des applaudissements et ils croient que la salle est pleine.
[ nouvelle démo de chant ]
Et voilà comment, après six mois de compétition, Pilagraine Flaflux est encore en cours pour remporter le titre si envié de Great star et pour le plus grand bonheur de son père.
(père) ‒ Je sais que c'est moche de mentir, mais j'peux pas lui avouer six mois de mensonge… alors, je continue. La pauvre, elle est aveugle.
De son côté, la jeune fille vit cette aventure avec une lucidité surprenante.
(fille) ‒ Vous savez, quand on sort de la maison et qu'on prend quatre fois la première sur la gauche, c'est qu'on y retourne. J'ai toujours su que je chantais dans mon salon, mais bon… je vais pas lui avouer six mois de mensonge… le pauvre, il a un cancer.
La chute. :'D :'D :'D :'D
Greg à goire ‒ nous n'utiliserons pas son vrai nom pour des raisons de sécurité ‒ est cadre à Grolandaise de Banque depuis 15 ans, responsable des grands comptes et de la défiscalisation. Mais il est surtout lanceur d'alertes. Dans un restaurant de Groville, il se prépare à dire sa vérité.
‒ Excusez-moi… Je suis désolé, mais votre vin est bouchonné.
(serveur) ‒ Pas de soucis, monsieur, on le remplace tout de suite.Pour Greg à goire, est plus qu'une philosophie, c'est un devoir de citoyen.
(après une nouvelle bouteille) ‒ Encore bouchonné. Goûtez, vous verrez.
(serveur) ‒ Hum… Je vais voir avec le sommelier.
(serveur, revenu) ‒ Le sommelier demande de le laisser décanter un peu.Savoir résister aux pressions diverses, c'est le quotidien du lanceur d'alerte.
‒ Bouchonné !
(après une nouvelle bouteille) ‒ Bouchonné !La vérité fait peur. Pas au lanceur d'alerte.
(après deux nouvelles bouteilles) ‒ Bouchonné !
(serveur) ‒ Je vous amène le directeur.Certes, la tentation de laisser tomber est grande par rapport au risque encouru. Pourtant, le vrai lanceur d'alertes tient bon.
(après une nouvelle bouteille, servie par le directeur) ‒ Hugf, encore bouchonné !
(directeur) ‒ Ben, écoutez, il doit s'agir d'une mauvaise série, hein. Ce que je vous propose, c'est de vous indemniser d'une bouteille et on sera quitte.
‒ Non, mais je me fiche de votre argent ! Je veux mon vin, et pas bouchonné !La proposition de corruption n'a aucune prise sur le vrai lanceur d'alertes. Au contraire, elle le stimule.
(serré par les flics qui le font se lever) ‒ Mais puisque je vous dis qu'il est bouchonné !
Bien vite, c'est la société toute entière qui le rejettera, le plongeant dans l'anonymat et pis le complotisme.
(emmené par les flics) ‒ Le restaurant est bouchonné ! La société est bouchonnée !
Car la vérité fait peur, pire, elle fait chier.
:'D :'D
‒ Hi there! Can I have a couple of bread rolls please?
(vendeur #1) ‒ Yes no problem. Have you shopped with us before?
‒ Er no, not recently but I think I came here when I was little…
‒ We'll juste have to register you then. What's your date of birth?
‒ Er 23rd of June 1993
‒ Lovely. And can you confirm your full name for me please?
‒ Lucy Manon Daniels.
‒ Lovely. Mother's maiden name?
‒ Jones.
‒ First car?
‒ Er, I don't have a car.
‒ Favourite teacher then?
‒ Um, Mrs Day?
‒ Sorry, not enough characters.
‒ Um, Mr Williams then.
‒ Lovely. Brown or white?
‒ Um, I think he was…
‒ The rolls. Brown or white?
‒ Oh sorry. White please.
‒ Could you juste look troug this for me please?
‒ OK…
‒ Just tell me which one's got cars in.
‒ Er… middle middle, middle right, bottom right.
‒ Lovely. You're not a robot!
‒ Ha! That's a relief.
‒ And when would you like these rolls?
‒ I'd like them now please!
‒ Will you be here today between 10am and 6pm?
‒ Well, I'm here at 11.34 actually, ready for my rolls.
‒ Did you know you could track your rolls?
‒ No… but, I'll juste have them now thanks.
‒ You juste need to agree to our terms and conditions.
‒ I agree to the terms and conditions.
‒ And just to confirm your purchase you'll get a number on your phone.
‒ Hasn't come through yet.
‒ Ah, here we are… Er, 554762.
‒ No, that number's wrong. Sorry. Goodbye.
(vendeur #2) ‒ You've expressed an interest in buying bread in the past. Would you like some sourdough?
‒ No thank you, I'll just have two bread rolls, white please. Thanks.
‒ No problem. If I could take your full name please?
‒ Oh, this is ridiculous. I juste want a couple of bread rolls. I mean, who's in charge here? Is there someone I can speak to?
‒ Of course.
(elle se penche pour atteindre la sonnette « Contact Us » en bas du comptoir)
(vendeur #3) ‒ Thanks for reaching out to us today. I'm Corey and how can I help you?
‒ Thank you. I just wanted to buy two bread rolls, white and I was ready to buy them. I Had the money and everything. Er, but the code thing on my phone didn't work and the first guy just left and the second lady wasn't very helpful and I kind of lost my temper with her a little bit but… I know it's not your fault but I just want two bread rolls, whit please. Thank you.
‒ OK. I'll see if I can look into this for you now…
‒ I mean it's literally just over…
(Montre un petit écriteau « Thinking… ») ‒ So first of all, I'm going to need your name and your date of birth.
‒ Oh this is stupid. This is stupid! I just want a couple of bread rolls!
C'est tellement vrai. Il manque encore le refus des noms/prénoms accentués, le refus des adresses postales (absente de la base de données ou contenant un « ' » ou autre), la réclamation qui aboutit uniquement si l'on a masse de suiveurs sur les réseaux asociaux ou si l'on fait appel à la DGCCRF, les hallucinantes modalités de renvoi d'un produit, le flicage par des services tiers, la revente ou le piratage de notre intimité (données personnelles), les trouzemille popups (newsletter, pas de bloqueur de pub ici, flash info promo, information cookie, etc.), etc., etc.
Via https://twitter.com/bayartb/status/1217143520361963522 .
(voix off) Tout de suite, notre dossier sur l'homme moderne et les inventions. Depuis des siècles, des hommes et des femmes s'évertuent à créer des inventions pour facilité notre quotidien.
‒ Ha ! Mes amis, félicitations. Oui, grâce à notre invention, nous allons désengorger la ville.
‒ Tout à fait, cher ami. Nous allons offrir un gain de temps précieux à la population.
‒ À toutes ces années de travail !
‒ Et au Métropolitain !
‒ Au Métropolitain !(voix off) Et bien sûr, l'homme moderne a toujours su rendre grâce à ces grands inventeurs.
‒ 4 minutes, mon frère, putain ! Métro de merde, métro de merde !
(voix off) Il faut leur rendre hommage pour toutes leurs années de recherche et de dur labeur
‒ Ça y est, notre système de traitement de l'information fonctionne enfin en lecture séquentielle d'instructions ! Tout a été organisé en…
(voix off) Ils nous ont offerts des innovations aujourd'hui vitales qui… *homme se masturbant devant un ordi* hum bref, nous disions. Avant l'arrivé de ces inventions, il fut un temps où la vie de tous les jours était plus rudimentaire.
‒ Voilà dix jours que tu étais parti à la chasse. On commençait à avoir un petit peu faim.
‒ Ouais, pardon, j'essayerai d'être plus rapide la prochaine fois.(voix off) L'homme moderne a conscience de cela. Il n'a pas la mémoire courte et sait se souvenir de ces temps difficiles.
(femme parlant à un livreur de bouffe à domicile) ‒ Ha ben quand même ! 15 minutes de retard, là, votre pourboire vous pouvez vous le foutre où je pense !
(livreur) ‒ La prochaine fois, j'essayerai d'être plus rapide.
(femme) ‒ Ouais bah merci ouais !(voix off) Oui… Je disais donc… Des hommes ont gravi des montagnes…
‒ On l'aura posé cette antenne !
‒ Ouais ! C'est con qu'on ait perdu Michel, quoi !
‒ Ha ouais, Michel, c'est con !(voix off) Il y aura eu des sacrifices, certes, mais l'homme moderne ne l'oublie pas.
‒ Allez, petit téléphone de merde, là, alleeeez, tu captes les antennes-làààà
(voix off) Bien… Peut-être que certaines inventions ne sont pas au point, mais revenons en arrière
‒ Petit pigeon, amène ce message, vol ! Et sois prudent pendant toutes ces semaines, petit volatile, la vie du royaume en dépend !
(voix off) Franchement, grâce à toutes ces inventions, la vie n'est-elle pas plus simple pour l'homme moderne ?
(homme devant une boîte aux lettres) ‒ Et merde, la levée c'est à 4 h, putain mais c'est vraiment des flemmards, ils peuvent pas faire comme tout le monde, à 8 h ?
(voix off) Bon, d'accord, peut-être que l'homme moderne est devenu un brin impatient mais…
(homme) ‒ Et merde, j'ai mis Paris, je voulais province, putain !
(voix off) ‒ Bon, vous avez fini de râler, oui ?! C'est pénible à la fin, hein !
(homme) ‒ Pardon, excusez-moi.
(voix off) ‒ Vous l'aurez compris, l'homme moderne, c'est vrai un bel emmerdeur.
‒ Faut pas exagérer, quand même heu…
(voix off) ‒ Si, ho ouais, si, si
:D :D :D :D
(Fred) ‒ Dis donc Jamy, 2018, c'est l'année de la bite, non ? Alors on va acheté des bitcoins. Le bitcoin, c'est une crypto monnaie. Ça veut pas dire que ça vient de la même planète que Batman, ça veut dire que c'est une monnaie virtuelle, un peu comme les amis de Manuel Valls, Jamy. Alors, qu'est-ce qu'on peut acheter avec une crypto-monnaie ? Et ben, je me suis procuré un petit bijou de technologie, un téléphone à clapet dont la batterie ne va pas me chier dans les bottes d'ici cinq mois, nique l'obsolescence programmée et surtout nique Apple, Jamy ! Ça c'est pas le genre de truc que tu peux trouver à l'Easy Cash d'Argenteuil, Jamy, c'est moi qui te le dis.
(la petite voix) ‒ Le marché du bitcoin est un marché extrêmement surveillé, encore plus que l'arthrose de Brigitte Macron. Depuis mi-2017, les cours n'ont pas cessé de grimper. N'importe quel blaireau croit qu'il peut avoir sa part du gâteau
(Fred) ‒ Hé ho, la petite voix, je t'ai entendu, hein !
(la petite voix) ‒ Oups, pardon.
(Fred) ‒ Espèce de connasse ! Et pour acquérir du bitcoin, Jamy, j'ai installé, dans mon salon, ce petit matériel pas du tout encombrant qui s'appelle un Bitcoin miner. Alors, effectivement, ça consomme beaucoup d'électricité, mais je gagne près de 14 centimes la minute, ce qui est plus qu'un youtuber lambda ! Et tu sais quoi, Jamy ? Ils ont même installé des petits points de couleur pour les personnes aveugles, tu sais, c'est écrit en braille. Alors tu vois Jamy, j'ai aussi divorcé d'avec ma femme pour installer un Bitcoin miner dans la chambre des gosses, Jamy. Parce que, pour moi, le Bitcoin, c'est l'avenir du futur ! Il y a des dizaines de techniciens qui sont en train de me accorder depuis les serveurs de Los Angeles dans le Calvados. Ça coûte une blinde, je me suis endetté sur plus de 45 an, mais, à la fin, je pourrais sortir les montres en diamants et les lunettes de soleil. Et tu sais quoi ? Hé ben ce petit fil, c'est par là que transitent toutes les informations. En fait, chacun de ces petits fils est en train de me rapporter 0,05 centime la seconde. Ah oui, les cours évoluent, Jamy. Et, dis donc, Jamy, j'ai un gros souci, les cours du Bitcoin ont chuté de moitié ! Je suis vraiment dans la merde, j'ai dit à toute ma famille d'en acheter ! Comment je vais régler ça ?!
(inconnu) ‒ Putain, j'ai perdu toute ma thune !
(Fred) ‒ Non non mais t'inquiète pas, on va se refaire, hé, non, non, t'en fais pas. Bah tu vois, Jamy, en général, la strangulation, ça me fait bander, mais là, je suis plutôt en instance de décès. Heu tu vas me tuer ?
(inconnu) ‒ Ouais, je vais te crever !
(Fred) ‒ On se retrouve de l'autre côté, Jamy !
:'D :'D :'D :'D
Le grand remplacement a commencé… Trump : « Il faut construire un mur ». Aujourd'hui, dans tous les pays du monde. Bolsonaro : « l'État est chrétien ». Une même voix s'élève pour un même constat. Marine Le Pen : « Non aux migrants ». Ils sont partout. Zemmour : « Partout ». Ils sont une menace pour notre identité, un danger pour notre culture, un péril pour nos enfants. Les gros cons. Les populistes. Invasion populiste. Le grand remplacement des cerveaux a commencé. Au programme toutes les heures, tous les jours, toute l'année sur BFNTV.
L'évidence même. :)
Chez les Fointard, l'heure était à l'inquiétude. Cela faisait un petit moment qu'ils avaient remarqué que leur fils, Flabayon se renfermait de plus en plus sur lui-même Mais quelle on était la raison ? Harcèlement, racket, dépression ou, pire, signe d'une radicalisation ? Il fallait absolument percer l'abcès.
(père) ‒ À force de dialogue, j'ai réussi à lui tirer les vers du nez comme on dit, mais c'était pas facile. Et là, on a su.
Ce qu'ils ont su tient en une phrase : leur fils est le seul de la classe à avoir des parents qui n'ont pas divorcé.
(mère) ‒ Forcément au collège c'est moqueries et bizutage. Il vit très mal tout ça. Il a l'impression d'être à part, anormale.
Parents aimants, les Fointard ont donc décidé de prendre le taureau par les cornes.
(mère) ‒ Régulièrement, je me fabrique un cocard pour faire croire que son père me frappe, ça rassure.
Alors, chaque jour, pour le bien-être de celui qu'on appelle au lycée « le différent » le couple n'hésite pas : engueulade, vaisselle brisée, départ intempestif, toute la panoplie de la séparation y passe, à la plus grande joie de leur progéniture.
(père) ‒ Puisque c'est ça, je me casse !
(fils) ‒ Je me sens en phase avec mon époque. Je peux enfin en parler aux copains.Évidemment, toute cette mise en scène en coûte beaucoup aux parents, mais après tout, l'équilibre de leur fils vaut bien quelques sacrifices.
:D
Pas facile de divorcer. Pitagru Pourpoulou vient d'en faire l'amère expérience. Marié depuis 12 ans, son couple bat de l'aile depuis un moment et il envisage très sérieusement la séparation. Mais, avant de passer à l'acte, il a voulu en informer ses parents.
‒ Voilà, avec Bartifia, on a décidé de se séparer.
(mère) ‒ Ho nooon.Pourtant, passé le choc de la révélation, l'émotion va bientôt céder la place à l'incompréhension.
‒ On ne voit plus du tout les choses de la même façon. On a plus aucun goût en commun.
(mère) ‒ Nous aussi on a aucun goût en commun et c'est pas pour ça qu'on a divorcé. Ton père aime le foot, le tiercé, le porno. Tu crois que c'est mes goûts, ça ?
(père) ‒ Non mais tu peux parler toi avec tes canevas pourris, hein !
‒ On ne s'entend plus, on n'arrête pas de se disputer !
(mère) ‒ Nous aussi on s'engueule tout le temps
(père) ‒ Et quand on s'engueule pas, on regarde Scènes de mènage à la télévision. Il faut être con, quand même !Pitagru a beau multiplier les arguments pour tenter de convaincre ses parents sur la nécessité d'un divorce, rien n'y fait.
(père) ‒ Hé bah presque pareil, hein, ça fait un bail que ta mère, j'la trouve plus attirante du tout.
(mère) ‒ Ben moi pareil, avec ta brioche qui pend, là.
‒ Non mais attendez, on n'arrive même plus à se parler pendant les repas. Il n'y a plus d'échange, vous comprenez ça ?!
(mère) ‒ Bah nous non plus, y'a plus d'échanges, c'est Julien Lepers qui cause pendant les repas !Alors après deux heures d'une conversation à bâtons rompus, Pitagru n'est plus sûr de rien. Le portrait qu'il a fait de son couple est le reflet exact de celui de ses parents, un couple qui tient la route depuis 55 ans. Et si la femme idéale n'existait pas ?
(père) ‒ N'oublie pas l'essentiel, hein : tu sais quand on sort, il faut quelqu'un pour ramener la bagnole.
Pitagru est déçu mais il sait que son père a raison : une femme qui ne boit pas et qui a le permis, celle-là, on est sûr qu'elle existe bien.
C'est beau, l'amour. :D