Ça ne s'arrête jamais…
The Federal Communications Commission will vote next month to start the process of reversing the commission's 2015 net neutrality order, FCC Chairman Ajit Pai announced in a speech today.
[…]
Pai's net neutrality rollback targets the FCC's February 2015 reclassification of fixed and mobile Internet providers as common carriers under Title II of the Communications Act. Title II provides the regulatory authority the FCC used to prohibit ISPs from blocking or throttling traffic and from giving priority to Web services in exchange for payment. The FCC used Title II to impose the net neutrality rules after a previous court decision struck down rules issued without the step of reclassifying ISPs as common carriers.
The FCC vote scheduled for May 18 is on a Notice of Proposed Rulemaking (NPRM), which seeks comment on Pai's plan and could lead to a final vote later this year. Pai acknowledged that some net neutrality opponents "have called on the FCC to reverse Title II immediately through a declaratory ruling."
[…]
The impact of Title II
Under former Chairman Tom Wheeler, a Democrat, the FCC's Title II decision had numerous other effects. Title II was used to require greater disclosures about hidden fees and data caps, but Pai's new Republican majority already exempted ISPs with 250,000 or fewer subscribers from these rules. The FCC was also trying to stop AT&T and Verizon Wireless programs that exempted their own video services from mobile data caps while charging other video providers for the same data cap exemptions until Pai ended the investigation.
Title II was also crucial in ending disputes over interconnection payments in which network operators or content providers pay ISPs for direct connections to consumer broadband networks. Before the Title II reclassification, interconnection disputes were harming the quality of video streaming and other Internet services, but those disputes were quickly resolved once the rules were in place.
More generally, Title II allows either ISPs' customers or their competitors to file complaints about "unjust" or "unreasonable" conduct. All of that will go away once ISPs are no longer classified as common carriers.
Suite de Google ordered to turn over foreign emails. On est en appel, cette fois-ci.
Pour le cas de Microsoft cité en exemple, le juge souligne que le stockage des données était lié à l’emplacement de l’utilisateur, alors que pour Google, la situation est bien différente. […]
« Google dispose d'un système distribué où les algorithmes déterminent la façon dont il envoie et stocke les données - en paquets ou parties de composant - pour des raisons d'efficacité globale du réseau », explique le juge. Laurel Beeler estime donc que nous nous trouvons dans une situation où le contenu recherché est couvert par le mandat même s’il est stocké en dehors des États-Unis.
Le juge avance également que Google a une équipe juridique aux États-Unis qui produit des informations en réponse à des mandats de perquisition et à d'autres demandes de procédure légale. Et c’est seulement cette équipe qui est autorisée à accéder et à produire le contenu des communications des utilisateurs ; ce qui veut dire que les informations demandées ne peuvent être obtenues autrement.
« Le tribunal ordonne donc à Google de produire tout contenu (demandé dans le mandat de perquisition) qui est récupérable à partir des États-Unis, quel que soit l'emplacement réel des données ».
http://www.silicon.fr/mails-stockes-hors-etats-unis-google-somme-collaborer-173081.html :
[…] Pour l’heure, le jugement de la Cour de Californie semble protéger de la curiosité du gouvernement américain les données qui seraient stockées ailleurs dans le monde, dans le cadre d’offres strictement segmentées en régions, un des critères soulevés par la juge Beeler pour souligner les différences entre l’affaire de Microsoft et celle de Google.
StreetComplete est un logiciel libre (licence GNU GPL v3) pour Android (et dérivés) en cours de développement mais déjà fonctionnel et disponible depuis F-Droid. Cette application permet de contribuer à OpenStreetMap de manière ludique en remplissant des quêtes en se promenant dans la rue ; les contributeurs du Libre ayant le droit d’être aussi ridicules que les chasseurs de Pokémons en regardant leur écran de téléphone plutôt que leur environnement.
Si vous ne savez pas comment contribuer à OpenStreetMap, cette application semble être une bonne façon de commencer : son utilisation est simple, même pour quelqu'un n'ayant jamais contribué, et on se retrouve vite à faire des centaines de contributions en se promenant dans des endroits insuffisamment référencés […]
Aujourd'hui, on me fait remarquer que la règle ip6tables suivante ne fonctionne pas (elle ne laisse pas passer les paquets que l'on pense avoir désignés) : ip6tables -A INPUT -p ipv6-icmp -m icmp6 --icmpv6-type 134 -m state --state NEW -m comment --comment RA -j ACCEPT. Évidemment, aucune erreur n'apparaît quand on pousse cette règle et il n'y a rien dans les logs lorsqu'elle est censée être activée par un paquet reçu. La même règle sans état (pas de -m state --state NEW) fonctionne.
En regardant une partie du code source (http://lxr.free-electrons.com/source/net/ipv6/netfilter/nf_conntrack_proto_icmpv6.c ), on constate que :
-m state --state NEW,ESTABLISHED.-m state --state XXXX ne capturera donc aucun paquet.-m state --state RELATED.Suite logique de : ONU : l'Arabie saoudite prend la tête d'une instance stratégique du Conseil des droits de l'homme et provoque la colère des associations.
La commission des droits des femmes de l'ONU (CSW) compte un nouveau membre : l'Arabie saoudite, tout juste élue et qui aura pour mission de promouvoir le droit des femmes partout dans le monde. […]
[…] Il dénonce haut et fort l'accord trouvé entre «le pays le plus misogyne du monde» et les Nations unies. «Chaque femme saoudienne doit avoir un tuteur masculin qui prend toutes les décisions importantes en son nom contrôlant la vie d'une femme depuis sa naissance jusqu'à sa mort»
[…] À la Commission pour le droit des femmes, 13 hommes discutent, sans aucune femme. Les organisateurs les ont installées dans une salle séparée.
Des mecs qui causent de problèmes qu'ils ne vivent pas au quotidien, c'est beau. :')
L’Arabie Saoudite intégrera donc cette commission dédiée « à la promotion de l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes ». Selon l’ONG, 15 des 45 Etats membres auraient voté pour inclure l’Arabie Saoudite de 2018 à 2022. Douze autres pays rejoignent la Commission : l’Algérie, l’Irak, le Congo, le Ghana, le Kenya, les Comores, le Turkménistan, l’Équateur, le Nicaragua, Haïti, le Japon et la Corée du sud.
Nan, mais, tu comprends, ce maintien du dialogue à tout prix, c'est pour aider l'Arabie Saoudite à avancer sur cette thématique, ce n'est pas du tout pour ne pas froisser un allié pétrolier qui a encore de la thune à injecter dans nos économies en grosse perte de vitesse. LOL.
Ça date, mais j'aime beaucoup la mise en exergue des méthodes habituelles pour étouffer un débat public tout en prétendant le faire vivre :
Bref, comment laver plus blanc que blanc le débat public et rendre acceptable le projet mis en ""discussion"".
Excellent texte. J'en recommande vivement la lecture.
Le libéralisme était une doctrine déduite de la philosophie des Lumières, à la fois politique et économique, qui visait à imposer à l’Etat la distance nécessaire au respect des libertés et à l’avènement des émancipations démocratiques. Il a été le moteur de l’avènement et des progrès des démocraties occidentales.
Le néolibéralisme est cet économisme total qui frappe chaque sphère de nos sociétés et chaque instant de notre époque. C’est un extrémisme.
Le fascisme se définit comme l’assujettissement de toutes les composantes de l’État à une idéologie totalitaire et nihiliste.
Je prétends que le néolibéralisme est un fascisme car l’économie a proprement assujetti les gouvernements des pays démocratiques mais aussi chaque parcelle de notre réflexion. L’État est maintenant au service de l’économie et de la finance qui le traitent en subordonné et lui commandent jusqu’à la mise en péril du bien commun.
L’austérité voulue par les milieux financiers est devenue une valeur supérieure qui remplace la politique. Faire des économies évite la poursuite de tout autre objectif public. Le principe de l’orthodoxie budgétaire va jusqu’à prétendre s’inscrire dans la Constitution des Etats. La notion de service public est ridiculisée.
[…]
Tout totalitarisme est d’abord un dévoiement du langage et comme dans le roman de Georges Orwell, le néolibéralisme a sa novlangue et ses éléments de communication qui permettent de déformer le réel. Ainsi, toute coupe budgétaire relève-t-elle actuellement de la modernisation des secteurs touchés. Les plus démunis ne se voient plus rembourser certains soins de santé et renoncent à consulter un dentiste ? C’est que la modernisation de la sécurité sociale est en marche.
Un de mes éléments de communication préféré est « il faut baisser le coût du travail sans baisser les salaires »… … … Sauf que le coût du travail, c'est la sécu, c'est le chômage, c'est la retraite, c'est une prise en charge partielle des transports et de la bouffe… donc c'est du salaire indirect. Réduire le coût du travail / les charges sociales, c'est forcément réduire le train de vie des travailleur-euse-s. Ceux-celles qui prétendent le contraire, comme un certain Emmanuel Macron, cherchent à nous duper.
L’abstraction domine dans le discours public pour en évincer les implications sur l’humain. Ainsi, s’agissant des migrants, est-il impérieux que leur accueil ne crée pas un appel d’air que nos finances ne pourraient assumer. De même, certaines personnes sont-elles qualifiées d’assistées parce qu’elles relèvent de la solidarité nationale.
Le darwinisme social domine et assigne à tous et à chacun les plus strictes prescriptions de performance : faiblir c’est faillir. Nos fondements culturels sont renversés : tout postulat humaniste est disqualifié ou démonétisé car le néolibéralisme a le monopole de la rationalité et du réalisme. Margaret Thatcher l’a indiqué en 1985 : « There is no alternative ». Tout le reste n’est qu’utopie, déraison et régression. Les vertus du débat et de la conflictualité sont discréditées puisque l’histoire est régie par une nécessité.
Cette sous-culture recèle une menace existentielle qui lui est propre : l’absence de performance condamne à la disparition et dans le même temps, chacun est inculpé d’inefficacité et contraint de se justifier de tout. La confiance est rompue. L’évaluation règne en maître, et avec elle la bureaucratie qui impose la définition et la recherche de pléthore d’objectifs et d’indicateurs auxquels il convient de se conformer. La créativité et l’esprit critique sont étouffés par la gestion. Et chacun de battre sa coulpe sur les gaspillages et les inerties dont il est coupable.
L’idéologie néolibérale engendre une normativité qui concurrence les lois du parlement. La puissance démocratique du droit est donc compromise. Dans la concrétisation qu’ils représentent des libertés et des émancipations, et l’empêchement des abus qu’ils imposent, le droit et la procédure sont désormais des obstacles.
De même le pouvoir judiciaire susceptible de contrarier les dominants doit-il être maté. La justice belge [NDLR : la justice française aussi ] est d’ailleurs sous-financée ; […]
La classe dominante ne s’administre pourtant pas la même potion qu’elle prescrit aux citoyens ordinaires car austérité bien ordonnée commence par les autres. […] Ceci dans un Etat où le nombre de mandataires publics défie tous les standards mondiaux. Dans ce secteur particulier, pas d’évaluation ni d’études de coût rapportée aux bénéfices. Un exemple : plus de trente ans après le fédéralisme, l’institution provinciale survit sans que personne ne puisse dire à quoi elle sert. La rationalisation et l’idéologie gestionnaire se sont fort opportunément arrêtées aux portes du monde politique.
Ce contexte menace sans aucun doute les fondements de nos démocraties mais pour autant condamne-t-il au désespoir et au découragement ? Certainement pas. Voici 500 ans, au plus fort des défaites qui ont fait tomber la plupart des Etats italiens en leur imposant une occupation étrangère de plus de trois siècles, Nicolas Machiavel exhortait les hommes vertueux à tenir tête au destin et, face à l’adversité des temps, à préférer l’action et l’audace à la prudence. […]
Cet enseignement s’impose à l’évidence à notre époque où tout semble compromis. La détermination des citoyens attachés à la radicalité des valeurs démocratiques constitue une ressource inestimable qui n’a pas encore révélé, à tout le moins en Belgique, son potentiel d’entraînement et sa puissance de modifier ce qui est présenté comme inéluctable. Grâce aux réseaux sociaux et à la prise de parole, chacun peut désormais s’engager, particulièrement au sein des services publics, dans les universités, avec le monde étudiant, dans la magistrature et au barreau, pour ramener le bien commun et la justice sociale au cœur du débat public et au sein de l’administration de l’État et des collectivités.
Après 11 ans d’instruction donc et de nombreuses batailles, la Cour de Cassation vient donc de rendre son verdict final. La vente liée d’un ordinateur et d’un système ne constitue pas une pratique commerciale déloyale. Le texte rendu est très clair : “La vente d’un ordinateur équipé de logiciels préinstallés sans possibilité pour le consommateur de se procurer le même modèle d’ordinateur non équipé de logiciels préinstallés ne constitue pas, en tant que telle, une pratique commerciale déloyale”.
Pour justifier sa décision, la justice s’est appuyé sur des décisions de la Cour de Justice de l’Union Européenne. En 2016, un consommateur Français sommait Sony de lui rembourser sa licence Windows d’un PC pré-installé. La réponse fût assez étrange et peut être résumée ainsi : La fourniture d’un système pré-installé constituant une demande de la majorité des clients pour son côté pratique, il n’est pas à considérer comme une pratique déloyale. La majorité préférant une solution prête à l’emploi plutôt qu’une solution nécessitant un achat de logiciels séparés à installer soi même, c’est un service que de lui fournir un système par défaut. Étrange considération et analyse car on imagine que la majorité préférerait également ne pas payer ses amendes par exemple ou pouvoir se servir dans le potager de son voisin et cela n’a pourtant jamais influé sur les décisions de justice. […]
[…]
[…] Seul réconfort, UFC Que choisir a obtenu gain de cause sur un autre point qui constituait sa plainte et qui concernait le manque d’informations sur les logiciels embarqués sur les machines vendues. La Cour de Cassation a considéré que cette absence d’information était bien une pratique commerciale trompeuse.
LALA.
Il s’avère que les métadonnées, qui sont en fait toutes les informations techniques autour d’une communication (par exemple, dans le cas d’un appel téléphonique : date et heure du coup de fil, numéros de l’appelant et de l’appelé, durée de l’échange, etc), sont en réalité très bavardes. même si elles n’indiquent pas directement le contenu d’une conversation. Elles peuvent aider à en connaître la teneur.
Pour illustrer le problème, l’Electronic Frontier Foundation, une puissante organisation américaine spécialisée dans la défense des libertés individuelles dans l’environnement numérique, avait pris quelques exemples : par exemple, de quoi a bien pu parler quelqu’un qui a appelé un service de téléphone rose à 2h24 du matin pendant 18 minutes ? Ou bien quel a été le sujet de conversation d’une femme qui a appelé à quelques minutes d’intervalle son petit copain, sa mère, le docteur et le planning familial ?
La base de données de reconnaissance faciale du FBI est hors de contrôle:
- elle contient les visage de la moitié de la population (soit environ de 1,6 millions de personnes [NDLR : 117 millions, pas 1,6 ]), sans leur consentement.
- 80% de ces fiches concernent des personnes qui ne sont pas des criminels.
- 15% du temps, leur algorithme de reconnaissance faciale se trompe.
- Et il se trompe encore plus quand ils s'agit de "personnes de couleur".
Et aucune loi n'encadre vraiment cette base.
Google and a few other companies provide open dns resolvers to the people around the globe. Unfortunately it may happen that the resolver was hijacked and used for different purposes, such as redirecting to malicious pages or to block certain addresses (censorship).
Our goal is to identify hijacked resolvers by analyzing their fingerprints, in order to increase safety of Internet users. To do that, we utilize data collected via RIPE Atlas (atlas.ripe.net).
We did our analysis only for Google Public DNS […]
Cartes intéressantes.
Intéressant aussi :
Resolvers that were classified as hijacked had significantly longer RTT for a DNS query. While PING RTT was expected to be shorter, we consider longer DNS RTT to be justified. That is because hijacked resolver was isolated and had to perform full name resolution process, while 8.8.8.8 server most likely had already a proper RR in its cache (presumably many of RIPE Atlas probes queried the same instance of Google Public DNS).
Via https://twitter.com/x0rz/status/855734583391813632 via https://twitter.com/bortzmeyer
Cet article date mais vu que ça refait surface depuis hier (en occultant une partie des propos de Poutou, sinon c'pas drôle, ça fait pas de mousse)…
«La police qui est au contact de la population, notamment toutes les brigades spécialisées qui quadrillent les quartiers populaires au nom du sécuritaire, celles-là il faut les désarmer», a précisé Philippe Poutou sur France 2. «On nous habitue à une société policière, une société militarisée. Et ce qu’on dit c’est que ce n’est pas comme cela qu’on combat le terrorisme», a encore expliqué l’interviewé, se prononçant aussi pour que les forces de l’ordre ne disposent pas non plus de matraques «vu à quoi ça sert aujourd’hui», a-t-il commenté en référence à l’affaire Théo.
[…] Etat d’urgence, violences dans les manifestations contre la loi travail, mort d’Adama Traoré, agression sexuelle présumée de Théo, proposition d’une partie de la droite d’armer les policiers municipaux… «La violence était déjà là, ciblée et invisible dans les quartiers populaires avant, mais elle a franchi une étape», déplore le candidat qui souhaite que le pays sorte de la logique de répression.
«Evidemment, s’il s’agit d’intervenir pour désarmer des individus armés dans un appartement, on ne va pas le faire avec des pistolets à eau. La question des truands ou des terroristes doit être mise à part», poursuit le candidat qui voudrait «construire une police qui ne joue pas un rôle de répression», avec, en contrepartie du désarmement, «un renforcement des services publics et des réponses sociales». «Le désarmement de la police, ça s’inscrit dans autre chose : comment on stoppe la spirale de la crise», justifie encore Poutou.
[…] «On fait des lois tous les deux ans pour renforcer les pouvoirs de la police, certains veulent armer les policiers municipaux, nous on souhaite amener le débat dans l’autre sens : on ne veut plus voir de policiers avec des armes. Ce qui compte, c’est d’avoir une réponse à ce qui se passe dans les quartiers populaires et les mouvements sociaux», développe-t-il.
Jacques de Maillard, professeur à l’université de Versailles Saint-Quentin et auteur de Sociologie de la police, confirme à Libération que «c’est plutôt une exception mais, en effet, la plupart des policiers ne sont pas armés en Angleterre. Ils sont d’ailleurs très fiers d’avoir une police au service du peuple […]
En 2016, le Washington Post revenait sur le fonctionnement des policiers en Grande-Bretagne, en Irlande, en Norvège, en Islande et en Nouvelle-Zélande qui «sont désarmés quand ils patrouillent» et ne disposent d’armes à feu que dans des circonstances «particulières». «En 2013, la police du Royaume-Uni n’a tué personne, alors que la police américaine admettait 461 homicides» d’après le FBI’s Uniform Crime Reporting, poursuit le quotidien britannique. S’il n’existe pas de chiffre officiel en France, le site d’information Bastamag a recensé 10 interventions des forces de l’ordre ayant entraîné la mort cette année-là.
+1 général.
Et, forcément, ces messieurs-dames ne sont pas content-e-s et le montrent par la force : http://www.huffingtonpost.fr/2017/04/20/apres-lattentat-a-paris-poutou-pris-a-partie-par-des-policiers_a_22048511/ et http://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/2017/04/21/35003-20170421ARTFIG00109-philippe-poutou-suscite-un-tolle-en-reclamant-le-desarmement-des-policiers.php . CQFD.
"Pourquoi on ne réagit pas pareil lorsqu’il y a des morts au travail ? La violence prend plein de formes différentes. Il y a une violence du travail et de la précarité. Tant qu’on n’a pas une société d’égalité, on crée plein de problèmes par la suite".
+1.
Tout l'article est à lire, en entier.
Outre le fait qu’il n’a jamais été scientifiquement prouvé que les femmes perdent un morceau de cerveau en accouchant, et que, par conséquent, il n’y a aucun lien de causalité entre la grossesse de Léa Salamé et ses compétences professionnelles, la remarque de François Fillon est sexiste à plusieurs égards. En sous-entendant qu’elle fait mal son travail de journaliste, il applique une tactique classique de déstabilisation de l’adversaire, pas forcément sexiste au demeurant, mais qui le devient dans le contexte qui suit, car Léa Salamé aurait mal fait son travail parce que, voilà, son vagin a récemment expulsé une petite chose qu’on appelle communément un enfant. Et voilà comment Fillon assigne Léa Salamé à son rôle de mère, pas de journaliste. Voilà comme il la renvoie aux couches-culottes, aux tétées de la nuit, à son utérus, à sa vie domestique, à ses nuits sans lune, à son intimité. Sous couvert de bienveillance, d’un habile «je me permets de vous féliciter», il force son interlocutrice à accepter ses félicitations avec le sourire, il la pousse, il la force, il l’assigne. Il est sexiste, oui, mais bienveillant.
[…] «L’ambivalence des attitudes envers les femmes découlerait de la coexistence entre deux types de pouvoir : le pouvoir structurel et le pouvoir dyadique, écrivent les chercheurs belges Marie Sarlet et Benoît Dardenne en 2012. Le premier est celui à travers lequel les hommes dominent aux niveaux des institutions politiques, légales, économiques et religieuses. Ce type de pouvoir renforcerait les attitudes sexistes hostiles envers les femmes. Le second, le pouvoir dyadique, est originaire de la dépendance des hommes aux femmes (pour les besoins d’intimité et de reproduction) et encouragerait des formes bienveillantes de sexisme (par exemple, la vénération et la protection des femmes). […]
Dans la vie de tous les jours, le sexisme bienveillant est plus difficile à observer que le sexisme hostile, car il est moins frontal. Mais il est bel et bien là : on le trouve chez ces hommes qui confondent courtoisie et galanterie, convaincus d’être des types bien parce qu’ils tiennent la porte à un être humain en jupe (mais pas question de travailler sous les ordres d’une gonzesse) ; on le trouve chez ces types qui adorent «la femme», mais moins «les femmes» ; chez ceux qui les complimentent sur leur prétendue «douceur» pour mieux les renvoyer ensuite à leurs «faiblesses», ou à leurs «émotions» ; et aussi chez ce monsieur qui vous propose, bien gentiment, de faire votre créneau à votre place en vous voyant galérer, comme tout le monde avec votre voiture, parce que ça n’a pas l’air d’être «votre tasse de thé» à vous, pauvre petite demoiselle en détresse, mais enfin, pourquoi refuser, c’est ridicule…
Le sexiste bienveillant est chevaleresque, le sexiste bienveillant est galant, le sexiste bienveillant, exalté par tant d’altruisme, ébahi de sa propre générosité, ne comprend pas pourquoi, du coup, on refuse une aide si gentiment proposée, franchement les femmes, c’est d’un compliqué…
Et le sexisme hostile, du coup, c’est quoi ? C’est par exemple en 2009, lorsque François Fillon, alors Premier ministre, dit à Nathalie Kosciusko-Morizet, alors secrétaire d’Etat chargée de la Prospective et du Développement de l’économie : «Tu ne seras pas ministre car tu es enceinte.» Le sexisme hostile, c’est quand NKM se retrouve, quatre années plus tard, à prononcer devant un journaliste de NBC cette phrase terrible : «J’ai raté, à chaque grossesse, une occasion de devenir ministre.»
Axelle Lemaire a aussi fait les frais du sexiste bienveillant à l'Assemblée lors du vote finale de sa loi pour une République numérique où les députés la félicitaient pour mieux la ramener à sa condition de femme.
93 jours c’est la période pendant laquelle les populations des régions du Sud-ouest et du Nord-Ouest [ NDLR : régions anglophones ] ont été privées de la connexion internet. La décision prise le 17 janvier 2017 par le gouvernement pour rendre impossible la circulation d’images montrant les brutalités policières exercées contre les avocats ou les étudiants qui manifestent depuis novembre 2016 a été levée ce jeudi 20 avril 2017, sur instruction du Chef de l’Etat.
Complément (source : http://afrique.lepoint.fr/actualites/cameroun-internet-de-retour-selon-l-ordre-de-paul-biya-21-04-2017-2121381_2365.php ) :
Lancée en novembre par des professeurs et des juristes, la contestation anglophone revendique le retour au fédéralisme en faveur des deux régions ou, pour une minorité, le séparatisme, avec la création d'un nouvel État.
Retour à l'article :
Sur le plan économique, les pertes auront été énormes. […] Certains d’entre elles ont dû instaurer de nouvelles procédures incluant l’usage du téléphone tandis que d’autres plus fortunés ont investi dans l’acquisition de d’un V-Sat un moyen de communication par satellite permettant notamment de transférer des données, a constaté le journal de Béchir Ben Yahmed.
L’on n’oublie pas les jeunes startuppers de la Silicon Mountain qui se sont vu imposer trois mois d’inactivité. « Il est regrettable qu’une faction de “sécurocrates” ait inspiré une telle approche à la plus haute autorité politique du pays. La plupart de ces jeunes [les startuppers de la Silicon Mountain] ont lancé leur entreprise avec de maigres moyens, souvent aidés par leur famille et leurs amis. Le gouvernement ferait mieux de soutenir leurs efforts plutôt que de les entraver. » […]
Il y a enfin les entreprises de téléphonie mobile qui se sont diversifiés dans la fourniture d’accès à internet. Selon un chef d’entreprise du secteur qui s'est confié à Jeune Afrique, la baisse inévitable de leur chiffre d’affaire aura forcément un impact fiscal. Ces gros contributeurs aux recettes budgétaires de l’État s’étaient acquittés de 617 milliards de F CFA d’impôts et taxes sur la période 2010-2014. Avec l’instauration en 2016 d’une nouvelle taxe sur les communications téléphoniques et les services internet, l’État prévoyait d’accroître cette cagnotte. […]
Comment déséquilibrer durablement des régions… :'( Une poudrière de plus à la surface du globe…
Ce shaarli (et mon blog) utilise une autorité de certification x509 personnelle pour authentifier les échanges chiffrés entre lui et toi (HTTPS). Pour ne pas être embêté avec un message d'alerte émis par ton navigateur web pour chacun de mes sites à chaque fois que je renouvelle mon certificat serveur (soit une fois par an), je t'ai invité à ajouter le certificat x509 de mon autorité de certification à ton navigateur.
Mais, mon certificat actuel, vieux de 5 ans, souffre de plusieurs problèmes :
J'ai donc décidé d'en générer un nouveau. Pour que la transition se passe en douceur, c'est-à-dire que tu ne vois pas un message d'alerte, tu peux d’ors et déjà ajouter mon nouveau certificat au magasin de certificats x509 de ton navigateur. Il est disponible à l'adresse suivante : http://www.guiguishow.info/wp-content/uploads/AC_GGS_2017.crt. Son empreinte SHA-256 est la suivante : 49:3E:4D:FD:EE:79:7C:C0:1B:9E:ED:60:57:87:ED:D4:54:23:18:A6:4A:72:F8:7B:AC:E3:E8:B1:58:E6:EA:D2 . J'ai ajouté un enregistrement DANE TLSA lui correspondant, ce qui permettra de vérifier, lorsque j'utiliserai ce nouveau certificat, avec l'extension Firefox DNSSEC/TLSA Validator (par exemple), que t'as bien récupéré le bon certificat.
Le changement de mon certificat d'AC x509 aura lieu le 1er mai 2017. Si tu n'ajoutes pas le nouveau dans ton magasin de certificats, ton navigateur crachera une erreur à partir de ce jour-là.
Poutou exprime des choses intéressantes. Rien de neuf, mais exprimé sur des médias de masse.
Le problème, c’est qu’on ne peut pas faire confiance à l’État ou aux patrons pour les reconversions. Si demain, on décide de fermer une usine d’armement, cela entraînera forcément des licenciements. D’où la question de rendre l’économie plus collective, de ne pas la laisser entre les mains des capitalistes. Nous voulons que les salariés et la population puissent assurer eux-mêmes les reconversions s’ils décident d’abandonner un secteur pour des raisons environnementales et de cohérence économique.
[…]
On peut imaginer des structures nationales et locales où la population pourrait discuter de ses besoins et faire des choix politiques. Par exemple, pour le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, il faudrait qu’une population vraiment politisée impose ses choix — plutôt que des collectivités territoriales qui votent ce qu’elles ont envie de faire en lien avec les intérêts des multinationales. Ce n’est pas évident à imaginer dans un monde hyper individualiste où chacun rentre chez soi le soir regarder la télé et ne s’occupe pas de politique. Car il y a déjà ce problème-là à régler : comment donner envie aux gens de discuter de ce qui les concerne collectivement, pour que les militants et les zadistes ne soient plus les seuls à s’en occuper ?
Sur le plan économique, les salariés devraient pouvoir prendre en main l’organisation du travail et même les choix stratégiques. L’exemple de Fralib est très intéressant. Alors qu’Unilever voulait fermer l’usine, des salariés l’ont reprise en Scop. Elle est militante d’un point de vue social : il n’y a quasiment pas d’écarts de salaires, tout est décidé collectivement — la répartition des postes, les heures supplémentaires, etc. Elle a également une dimension écolo, puisqu’elle utilise du thé bio, cherche à s’approvisionner localement… C’est bonnard ! C’est à toute petite échelle certes — ils sont une quarantaine —, mais c’est hyper bien. Autre exemple, l’usine Pilpa à Carcassonne, reprise en Scop par des salariés qui y produisent les glaces La Belle Aude : ils privilégient le bio, les produits locaux… Évidemment, les produits sont vendus un peu plus cher, mais cela montre qu’il est possible de produire en respectant les salariés, l’environnement et la santé de la population.
[…]
[…] Concernant la fonction présidentielle, nous trouvons aberrant qu’un seul individu puisse avoir autant de pouvoir entre les mains. Idem pour les présidents de région, les maires… Il y a un surpouvoir dans toutes les instances démocratiques.
L’autre problème est celui de la représentation. L’absence de proportionnelle intégrale est très problématique. La concentration du pouvoir dans les gros partis et la professionnalisation des élus aussi. Sans parler de leur rémunération excessive : à partir du moment où ils touchent de hauts revenus, députés et sénateurs s’accrochent à leurs postes et sont complètement liés à un milieu social. Cela entraîne une véritable déconnexion des simples travailleurs. C’est pourquoi nous voulons plafonner le revenu des élus à 2.300 euros nets mensuels environ. Nous préconisons aussi le non-cumul des mandats.
Mais ces règles ne sont que des mesures d’urgence. Le véritable objectif, c’est construire une démocratie qui deviendrait le problème de millions de gens. L’histoire des luttes sociales nous donne des modèles de batailles et de moments démocratiques. La Commune de Paris, il y a près de 150 ans, ébauche d’organisation collective à l’échelle d’une ville ; les expériences de démocratie participative à Porto Alegre, au Brésil, avec un mandat tournant et des réunions de quartier… Mais il reste un impératif incontournable : il faut que la population s’en mêle. Un délégué qui parle à la place des autres, ce n’est pas bon ! Les gens doivent parler eux-mêmes pour eux-mêmes. Sinon, ces outils ne resteront que des coquilles vides.
[…] Ce qui est intéressant dans ces occupations de sites ou de places, c’est la manière dont les gens organisent une sorte d’autogestion. Et le fait qu’elles ne sont pas limitées à une lutte, mais qu’on y discute de tout : de solidarité avec les migrants de Calais, de questions démocratiques, antiracistes, féministes… Elles rassemblent aussi des gens assez divers, en âge et en milieux sociaux.
Dans l’activité militante au quotidien, on est très peu à militer, donc très peu à faire le boulot. Ce sont les mêmes qui parlent, qui prennent les initiatives, font les tracts, etc. Pour nous, Nuit debout a été énorme. Le rapport était inversé : tout le monde militait, prenait la parole… C’est hyper reposant, car on n’est plus celui dont l’absence pose problème — si l’on n’est pas là, il y en a plein d’autres ! Les Zads, c’est un peu pareil. Tout n’est pas rose, on y trouve parfois des réflexes sectaires, anti-politiques, anti-organisations, du coup les rapports ne sont pas toujours simples… Mais tout cela va dans le bon sens.
Je pose ça là en complément :
[…] « Légalement, les sociétés de gestion collective sont tenues de mettre à disposition toutes les sommes qu’elles n’ont pas pu reverser, à travers des listes dont elles doivent rendre compte, de telle façon à ce que les artistes puissent les réclamer ».
Sauf qu’entre la théorie et la pratique, il y a un fossé plus large qu’on ne le pense. « Les sociétés de gestion collectives communiquent encore trop peu sur l’argent qu’elles ne distribuent pas, et ces montants servent finalement à financer l’action collective au lieu de revenir aux artistes », explique-t-il. C’est pour cette raison qu’il a créé Mercinity.
[…]
Et elle est ancienne. Il y a dix ans, un coup de projecteur avait été mis sur ces sommes dites « irrépartissables ». Pour 2006, les sociétés françaises de gestion collective ont utilisé 18,4 millions d’euros pour financer leurs actions culturelles (ce qui inclut la lutte contre le piratage), en les piochant directement des lignes d’irrépartissables de leurs livres comptables.
Or ces sommes auraient dû aller, normalement, dans les poches des artistes et non pas pour servir à financer en leur nom la lutte contre le piratage ou bien des festivals ou des évènements culturels. « C’est très bien de financer Rock en Seine ou les Francofolies, mais lorsque c’est votre argent qui est utilisé à votre insu, c’est une autre paire de manches », explique le gérant de Mercinity.
[…]
« En France, nous avons un système de répartition où l’on essaie de retrouver exactement chaque ayant droit pour lui verser la somme qui lui revient. Dans d’autres pays, on verse selon un pourcentage : on regarde les mois en question, ce qui donne un système un peu plus grossier mais dans lequel on amenuise les pertes », explique Nicolas Velai. « L’argent est certes redistribué grossièrement mais tout le monde touche une part approximative assez proche ». Paradoxalement, c’est le système français, qui se veut donc très précis, qui génère ces erreurs administratives qui se transforment ensuite en manque à gagner pour les artistes. […]
[…]
Et les éditeurs de musique, alors ? « Ils font un travail du même genre », reconnaît Nicolas Velai, « mais pas sous la forme que nous proposons ». Certes, « le travail que Mercinity fait est traditionnellement réservé aux éditeurs de musique. Ils sont en charge des catalogues, gèrent les droits d’auteur et s’occupent les contrats des artistes ». À une nuance près : « sauf que c’est un travail qui se fait traditionnellement sur le long terme. avec en outre la nécessité pour le musicien de céder une partie de ses droits à l’éditeur pour qu’il gère tout son répertoire à sa place ».
Tout d’abord, il faut avoir conscience qu’au regard de la diversité des thèmes abordés par cette loi (neutralité dans l’entreprise, compte personnel d’activité…), l’abrogation ne sera sans doute pas totale.
Ensuite, dès lors que le droit antérieur a disparu, abroger ne suffit pas : il faut réécrire la loi. Plus qu’une simple abrogation, c’est donc une nouvelle réforme du droit du travail qui se profile.
Donc se bastonner à nouveau pendant des mois pour décider un peu ce que l'on met dedans… Surtout si Mélenchon n'a pas de majorité parlementaire… Super.
Enfin et surtout : la particularité de la loi El Khomri est de laisser plus de place à la négociation collective, notamment en matière de temps de travail. Autrement dit, des accords collectifs ont déjà été conclus à la suite de cette loi. Pour qu’elle produise tous ses effets, l’abrogation de la loi El Khomri implique donc de remettre en cause ces accords, par une disposition expresse.
Or, leur pérennité est protégée par le Conseil constitutionnel au travers de la liberté contractuelle qui découle de l’article 4 de la Déclaration de 1789 et du principe de sécurité juridique garanti par l’article 16 de ce même texte. Remettre en cause les accords collectifs suppose, non seulement, de poursuivre un motif d’intérêt général suffisant mais également de ne pas modifier leur équilibre c’est-à-dire de ne pas faire peser une charge excessive sur l’un des partenaires contractuels.
LALALALALALA les promesses. :')
Je suis de plus en plus mitigé à l'idée de participer à des associations subventionnées. Ce positionnement éthique n'est pas nouveau : j'étais un anti-subventions avant de me détendre, d'observer comment cela se passe dans plusieurs associations situées dans plusieurs villes de France… et d'arriver à mon positionnement borné d'anti-subventions convaincu. Je vais exposer mes arguments.
En premier, il m'apparaît important de rappeler que je ne suis pas anti-État ni anti-impôts. Je pense que les impôts doivent servir à financer ce qui ne peut être financé autrement (car trop coûteux et/ou gouffre sans fond mais utile et/ou trop difficile à organiser de manière décentralisée genre je vois mal un appel à financement à chaque tronçon de route à réparer) : la recherche fondamentale (car elle peut ne pas aboutir, c'est même son but que de fermer des portes aussi bien que d'en ouvrir), la santé (je parle d'un véritable système de santé qui rembourse effectivement les soins, pas du nôtre, qui est sans cesse raboté au profit du secteur privé), l'éducation (au sens large : école, musée, médiathèque, etc.), les infrastructures vitales (eau, électricité, gaz, communications, transports, loisirs & sports), etc. Bref, les impôts devraient servir à financer un État providence. En revanche, je pense qu'il n'y a nul besoin de subventions pour financer l'achat de matériel électronique pour des ateliers d'initiation ou pour financer (coût initial + récurent) l'infrastructure technique d'un FAI associatif local ou pour payer le transport des intervenant-e-s à une crypto-party. Pour moi, ce sont des choses qui peuvent se financer en se regroupant à plusieurs (ce que je nommerai « financement participatif » ci-après).
Évidemment, il ne s'agit pas de refuser l'argent public pour accepter celui du privé, non, je veux des associations indépendantes, c'est-à-dire qui appartiennent à leurs adhérent-e-s. C'est important afin de pouvoir rester critique sur tout sujet, car toute association participe à la vie de la Cité : un FAI associatif ou une AMAP ou un hackerspace participe forcément à forger la vie de la Cité, par son existence et ses prises de position. Il faut qu'une association puisse camper sur ses positions idéologiques, envers et contre tout et tou-te-s et cela nécessite l'indépendance financière (condition nécessaire mais pas suffisante, bien entendu). À chaque fois, on me répond « quelle plus belle preuve d'indépendance que de pouvoir mordre la main nourricière ? ». Sauf que, quand ça a lieu, ça ne dure pas. Exemple : La chasse aux écolos est ouverte dans le Canard du 22 juin 2016. Prétendre à des subventions, c'est s'exposer aux petits jeux politiciens d'affichage, aux petits jeux électoraux, aux jeux de mise en balance de tel projet pour influer sur une décision, aux compromissions, aux tromperies, aux vaines promesses, à la réunionite, etc.
La ressource humaine est rare en associatif, on a des choses plus sérieuses à faire que d'aller faire de la lèche, de rédiger une réponse à un appel à projets, de rédiger des comptes-rendus et d'entretenir un carnet d'adresses pour rester dans les petits papiers d'élu-e-s/de dirigeant-e-s d'entreprise, seul moyen de rafler les subventions/partenariats et de remporter les appels à projets. Stop aux bullshit jobs. N'avons-nous pas mieux à faire ?!
Un certain nombre de structures a pour objectifs la compréhension des mécanismes de notre monde et leur réappropriation par le plus grand nombre. C'est le cas des FAI associatifs, des AMAP, des associations d'éducation populaire, des associations d'innovation démocratique, des associations d'aide à l'ouverture des données publiques et à la gouvernance publique ouverte, etc. Faire ensemble avec l'argent des autres, c'est-à-dire sans donner un rond, n'est-ce pas un peu trop facile, n'est-ce pas une démarche émancipatrice incomplète ? Il y a ce mythe persistant qu'en associatif, chacun-e est là pour donner de son temps et de son expérience et que parler de fric, c'est sale car ça rappelle le monde du travail, boooouh. Pour moi, faire, ça passe aussi par s'investir financièrement dans un projet.
Du postulat précédent, je dérive le postulat que le financement d'un projet associatif est l'une des composantes de l'implication dans ce projet et que si pas assez de personnes veulent financer un projet, alors peut-être faut-il en déduire que ce projet n'intéresse pas ou pas assez. Une subvention reviendrait à financer une coquille vide.
Le vrai problème du financement de l'associatif, c'est que chacun-e de nous a peur de l'autre, a peur qu'à moment donné, tous les efforts collectifs soient ruinés par une mauvaise décision, par un incident, par je ne sais quoi… C'est vrai que dans ce cas-là, en toute logique, il ne faut rien donner. Ho, si l'on a peur de l'échec, alors pourquoi la puissance publique devrait-elle risquer de financer à perte, elle ? Il est bien là le problème : que l'argent public soit gaspillé, ça ne nous dérange pas (sauf quand c'est un méchant politicien, car il s'agit d'un bouc-émissaire sur lequel on peut facilement taper au lieu de se regarder dans un miroir) alors que c'est le même problème.
D'ailleurs, en parlant de cela, l'un des avantages du financement participatif, c'est qu'on peut supposer un contrôle démocratique de l'usage de l'argent. Je ne peux pas croire que personne ne regardera ce qui se passe dans les détails si une majorité de personnes est impliquée dans le financement. Ce n'est pas le cas avec les subventions. Car les textes législatifs et réglementaires ne prévoient pas d'obligation de contrôle du bon usage des subventions allouées, juste de faibles modalités d'attribution… Et encore… Exemple : aucun contrôle n'est prévu dans le cadre de la réserve parlementaire (somme d'argent que peut verser chaque parlementaire, représentant environ 130 millions d'euros par an tou-te-s parlementaires confondu-e-s). Même chose pour les subventions allouées par les collectivités territoriales. Autrement dit : le-a citoyen-ne peut toujours crier au gaspillage d'argent public, à l'abus de confiance ou à quoi que ce soit d'autre : les élu-e-s s'en fichent éperdument. Même si le-a citoyen-ne fournit la comptabilité bidon interne ou un article dans la presse locale démontrant que, visiblement, l'argent n'a pas servi à la finalité vendue à l'élu-e. C'est du vécu. Ce n'est pas leur fric de toute façon donc il-elle s'en moquent, il-elle-s ne comprennent pas la valeur réelle des sommes qu'il-elle-s manipulent. Si l'on imposait aux élu-e-s le devoir de réaliser des contrôles stricts du bon usage des subventions allouées, alors les élu-e-s alloueraient des subventions exclusivement aux associations les plus solides, les plus crédibles, voire exclusivement à leurs relations. Entre assécher les finances du milieu associatif ou espérer que les dérives seraient moins courantes (aussi bien côté élu-e-s que côté associations) avec un financement participatif, je choisis la deuxième option. Mais je reconnais que c'est un argument type économie libérale "tout va se réguler magiquement parce que chaque acteur-rice va y mettre du sien et exercer son rôle de pouvoir / contre-pouvoir". ;)
À chaque fois, le topo ci-dessus déclenche peu ou prou les mêmes remarques / critiques :
Évidemment, ci-dessus, je présente une vision du monde au vitriol, mais je sais pertinemment d'expérience que tou-te-s les élu-e-s et tou-te-s les dirigeant-e-s d'entreprises ne financent pas le milieu associatif pour se faire mousser ni pour exercer une certaine forme de contrôle social. Ce shaarli est plutôt un appel à l'audace afin de faire émerger beaucoup plus de structures et de projets 100 % autonomes financièrement, car cela me paraît plus sain que le modèle dans lequel tout dépend de l'État, surtout quand il s'agit de notre militantisme.
J'ai un problème similaire avec la réduction de l'impôt sur les revenus pour cause de dons à des associations : en gros, pour tout don effectué à destination d'une association reconnue (labellisée par le fisc) d'intérêt public, culturel, général, etc., il est possible de déduire 66 % du montant du don sur le prochain impôt sur les revenus.
La logique sous-jacente me dépasse : ce mécanisme revient au même qu'une subvention puisque le-a donateur-rice se fait rembourser 2/3 de son don… Et s'il-elle ne donnait de base que le tiers, ça ne serait pas plus simple ? Genre pas de paperasse (l'association doit produire un rescrit fiscal pour se faire labelliser et émettre un reçu pour les adhérent-e-s qui souhaitent une réduction d'impôts), genre le fisc n'a pas ce moyen-là (il en a d'autres mais uniquement en cas d'enquête) pour savoir qui donne combien, quelle année, à quelle structure, etc. Je ne pense pas que nous ayons besoin de super-donateur-rice-s qui filent max de thunes mais au contraire, de plein de petit-e-s donateur-rice-s à 5-10-15 euros : ça me semble former un écosystème plus sain et plus résilient (chacun-e est moins en mesure de faire pression et chacun-e peut se désengager plus facilement sans remords). Si l'on n'a pas beaucoup de donateur-rice-s à 5-10-15 € sans réduction d'impôt, j'ai du mal à voir comment l'on pourrait convaincre ces mêmes personnes de donner 50 € pour s'en faire rembourser 33 € au plus tard un an plus tard : autant que cette personne fasse un don de 15 €. Et ça, ça marche avec ou sans label de l'État disant qu'on est d'intérêt général ou public ou culturel ou…
Généralement, la comptabilité des associations est en rade alors si en plus on demande au-à-la trésorier-e d'émettre des reçus à chaque don/cotisation, on n'est pas rendu… Là encore, on en revient à l'utilité sociale des tâches à accomplir en associatif : n'a-t-on pas plus utile à faire ?
Le seul avantage que je vois, c'est que ce mécanisme permet de flécher indirectement une petite partie de nos impôts, c'est-à-dire de décider à quel usage sera dédié une petite partie de nos impôts. D'un côté, cela peut inciter les personnes qui trouvent flou le concept d'impôt, de pot commun, etc. D'un autre côté, ça me semble être un palliatif au fait que nous n'avons pas réellement la main sur les décisions politiques dont l'usage des impôts fait partie (alors que le contrôle de l'argent public est un droit fondamental).
Même si elle ne reçoit pas d'argent, l'association délivre quand même des reçus donc c'est bien une action de l'association qui rend la déduction d'impôts possible, ce qui fait qu'elle ne peut pas se dédouaner du problème éthique : il ne suffit donc pas de dire « ce n'est pas une subvention directe donc il n'y pas lieu de troller sur les subventions pour savoir si l'on tente une demande de reconnaissance d'intérêt général ».
En septembre 2015, une plainte pour diffamation publique a été déposée à mon encontre. Cela m'a conduit à m'encapaciter sur la question de la diffamation. Nous allons donc nous servir de mon histoire comme d'un fil rouge pour essayer de découvrir et d'approfondir des notfions de droit. \o/ Quand cela m'apparaît intéressant ou opportun, je présenterais les modifications récentes de la législation en matière d'infractions de presse. Rappel : je n'ai aucune formation ni expérience en droit, donc ne prenez pas tout ce que j'écris pour vérité.
Le 10 septembre 2015 à 00h58 (oui, quand tu taffes et qu'il te faut 1h15 de transport pour rentrer chez toi, l'associatif se fait de nuit), j'envoie un mail sur 5 listes de discussion (définition) administrées par trois associations différentes. Dans ce mail, j'indique que, pour une table ronde à venir, dans un événement qui, selon moi, implique les 3 associations en question (car elles y participent fortement et contribuent à son organisation), l'une des structures a choisi, comme animateur, une personne qui est, selon moi, directement responsable d'un mauvais usage répété d'argent public dans une autre structure associative. En conséquence, je me retire de l'organisation de cette table ronde et j'annonce étudier la responsabilité de l'association dans le choix de l'animateur et de la quitter le cas échéant. Évidemment, je ne publierai pas le verbatim ici, je n'ai pas envie de constituer une possible nouvelle infraction.
« Mauvais usage d'argent public » sont des termes pudiques car, d'une part, je ne savais pas (et je ne sais toujours pas) quelle qualification précise utiliser : détournement de fonds publics ? Non, d'une manière générale, cette qualification s'applique à un-e élu-e (lors du versement d'une subvention à une association, par exemple). Abus de bien social ? Ça ne s'applique pas aux associations. Abus de confiance ? C'est une bonne partie du problème, oui. D'autre part, « mauvais usage » couvre également des faits tout à fait légaux que ma petite personne ne considérait pas être fondés ni éthiques pour autant (et dont je pensais que les Assemblées Générales des associations concernées auraient dû se saisir).
Au soleil levé, les premières réactions tombent : soutien public et privé, désapprobation publique et privé et l'intéressé réagit publiquement en indiquant se réserver la possibilité d'un dépôt de plainte.
Le 4 février 2016 au matin, je reçois un appel téléphonique du commissariat du coin m'informant que je suis suspecté de diffamation publique, car une personne a porté plainte auprès du commissariat. Nous convenons d'une audition libre le lundi 8 février 2016 à 14h.
Assez vite, je me souviens des propos de Maître Eolas invitant quiconque à toujours s'adjoindre les conseils d'un-e avocat-e, y compris pour les gardes à vue et les auditions libres, puisqu'il est toujours possible d'y déclarer quelque chose de compromettant. Le délai est trop court pour aller à une permanence gratuite d'avocat-e-s. Le délai me semble trop court pour prendre rendez-vous chez un-e avocat-e (et qui choisir ?). Je fais appel aux relations, mais les avocat-e-s sont malheureusement indisponibles cette fin de semaine-là. Il faudra donc que je me prépare tout seul.
Il n'a jamais été question pour moi de réfuter la réalité : j'ai bien envoyé le mail litigieux. Prétendre que je ne l'ai pas envoyé n'aurait pas été porteur de sens :
Je creuse un peu le sujet de la diffamation et je bloque assez rapidement sur le premier élément : y'a-t-il prescription de l'action publique (définition, section « Kézako ? ») ou non ? La diffamation étant un délit de presse, c'est la vénérable loi sur la liberté de la presse de 1881 qui s'applique. Son article 65 dispose que les infractions de presse ne peuvent plus être poursuivies après 3 mois sauf si l'action publique a été mise en marche.
La plainte a été déposée le lendemain, donc l'infraction est poursuivable ? Non, car la plainte simple déposée auprès du commissariat n'est pas un acte de poursuite, d'instruction ou de réquisition, qui sont les seuls motifs de mise en marche de l'action publique en matière d'infractions de presse (c'est toujours l'article 65 de la loi de 1881). J'ai retenu que les actes d'instruction sont les actes d'enquête permettant la manifestation de la vérité décidés par un-e juge d'instruction (en gros). Les actes de poursuite sont les actions entreprises par le Parquet et/ou la partie civile permettant de mettre en marche la machine judiciaire (en gros). C'est d'ailleurs pour cela qu'en matière d'infractions de presse, il est lourdement conseillé de porter plainte avec constitution de partie civile (si la plainte nécessite d'être approfondie par une enquête avant jugement) ou de procéder à une citation directe (saisir directement le tribunal, si le-a plaignant-e a suffisamment de preuves), car il s'agit d'actes de poursuite qui interrompent le délai de prescription.
Aucun acte interruptif n'a eu lieu donc ma possible infraction n'est plus poursuivable depuis le 12 décembre 2015. Nous sommes en février 2016…
Compléments d'information :
À l'époque, je n'étais pas sûr de moi quant au fait que l'action publique était éteinte concernant ma possible infraction. Quand je l'ai évoqué, lors de ma convocation téléphonique, à la policière, celle-ci m'a répondu que l'« on verra ». Le fait que l'action publique soit éteinte par prescription peut être invoqué par qui que ce soit (prévenu, juge, etc.), à tout moment de la procédure, donc j'aurais pu ne rien déclarer d'autre lors de cette audition libre, en théorie. Ce point n'est pas clair.
Deuxième élément de difficulté : est-ce qu'il s'agit véritablement de diffamation publique ? C'est important parce qu'une diffamation privée est une contravention sanctionnée tout au plus par 38 € d'amende alors que la diffamation publique est un délit sanctionné tout au plus de 12 000 € d'amende (+ de possibles peines complémentaires comme la diffusion de la décision de justice ou un stage de citoyenneté). Évidemment, je parle des infractions simples, pas des infractions discriminatoires ni celles à l'encontre d'un-e élu-e, d'un-e représentant-e de l'autorité, ou d'un-e magistrat-e, pour lesquelles les peines encourues sont supérieures.
Le droit considère qu'une diffamation est publique si les personnes qui sont susceptibles d'avoir connaissance des propos en question n'ont aucun lien entre elles, notamment avec la personne qui s'estime diffamée.
Dans mon cas, deux des cinq listes de discussions étaient à inscription fermée + archives fermées : il fallait fréquenter les personnes impliquées pour être inscrit sur la liste et recevoir ma prose ou pour pouvoir la lire dans les archives. Les trois autres listes de discussion étaient à inscription ouverte + archives réservées aux abonné-e-s : n'importe qui pouvait s'inscrire sans contrôle humain et recevoir ma prose ou aller la lire dans les archives. Dans un cas similaire dans une autre association ailleurs en France, l'affaire a été jusqu'au procès et les juges ont estimé que la diffamation était publique.
Un point important est que les cinq listes de discussion regroupaient en réalité peu ou prou les mêmes personnes. En effet, beaucoup de personnes fréquentaient activement (participation aux activités, participation aux réunions de pilotage, une même personne pouvait être membre de plusieurs conseils d'administration / bureau, etc.) les 3 associations concernées et étaient donc inscrites sur plusieurs listes (il y avait donc de nombreux doublons). Pour moi, ces personnes avaient des affinités sociales voire affectives entre elles, une appartenance commune à un même écosystème dont les 3 associations faisaient indistinctement partie et la table ronde à venir s'inscrivait dans un événement auquel les 3 associations contribuaient en l'inscrivant comme l'un de leurs objectifs du moment, d'où leur diffuser l'information semblait pertinent. De mon point de vue, je m'adressais à un même continuum de personnes, il n'y avait pas de discontinuité, il ne s'agissait pas de tiers. Il n'y avait pas volonté de rendre public les faits et les intentions que mes propos relatent, car nous étions entre-nous. Ce que je décris ici semble correspondre à une communauté d'intérêts, notion reconnue à plusieurs reprises par la Cour de cassation pour requalifier une diffamation publique en diffamation non publique.
Lisons https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F32079 et https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F32077 :
Une diffamation est une allégation ou imputation d'un fait non avéré qui porte atteinte à l'honneur ou à la considération d'une personne. C'est-à-dire que l'auteur des propos accuse sa victime d'avoir commis tel ou tel fait précis. Le fait en question peut faire l'objet, sans difficultés, d'une vérification et d'un débat contradictoire. Il est possible de répondre par oui ou non à la question « Untel a-t-il commis le fait » ? Le fait en question peut être la commission d'une infraction pénale, la falsification d'un diplôme.
Une injure est une invective, une expression vulgaire ou méprisante, non précédée d'une provocation et qui ne vous impute aucun fait précis. L'expression employée à votre égard ne peut pas être vérifiée. Par exemple : injure sur le physique ou sur le nom de famille... Si les propos vous imputent un fait précis et objectif (une infraction pénale par exemple), c'est une diffamation.
Lisons https://alpernalain.blogspot.fr/2010/01/diffamation-et-injure.html :
[…] La diffamation concerne toujours l’imputation ou l’allégation d’un fait précis et déterminé, qui est peut être vrai mais que l’on ne peut pas prouver. Exemple : "sa promotion. elle l’a eue en couchant avec le patron"ou « M. X a été mêlé en telle année à une affaire de vol de voiture » si la réalité des faits est qu'on avait volé à cette époque la voiture de M. X.
L'invective ou l'expression outrageante qui ne renferme l'imputation d'aucun fait est une injure. Ainsi, les termes « traître à la patrie », « repris de justice », « imposteurs », « maffiosos » ont été jugés diffamatoires.
Traiter le chef d’une entreprise en difficulté de " fossoyeur de l’entreprise " constitue une diffamation , tout comme le fait de désigner un tiers comme étant un "condamné de droit commun privé de ses droits civiques " ou de qualifier une personne de " repris de justice " signifiant ainsi que la personne en question a fait l’objet de condamnations pénales.
A la différence de la diffamation, l’injure doit porter atteinte à l’honneur ou à la considération. Ainsi, traiter une personne de " sale enculé ", " sale homosexuel " ou " sale con " constituera une injure. Les termes " nazi "," nazillon " , les expressions " espèce de lopette ", " larbin " et " sale boche ", constituent des injures. […] les termes « couard », « homme vil », « lopette », « larbin » ont été jugés comme constituant des injures en l'absence d'imputation de faits précis.
Rien n'empêche de ne pas être d'accord avec telle décision ou de critiquer telle personne tout en restant dans les limites de la polémique politique. Par exemple, je peux dire que l'élu X est responsable d'un budget insincère, et que si d'autres élus commettent plusieurs erreurs, que l'équipe est particulièrement incompétente ou je peux affirmer que les élus Y et Z entretiennent des relations de connivence avec un autre collègue aux valeurs contestables et contestées. Cela entre dans le cadre de la polémique purement politique. Par contre, dire que certains élus relèvent des "poubelles de l'histoire" me semble constitutif d'une insulte publique!
Il appartient au-a-la plaignant-e de bien qualifier les propos, car le juge ne peut les requalifier lui-même. Ainsi, si le-a plaignant-e a qualifié un propos injurieux de diffamation, la plainte est nulle et inversement (mais le-a plaignant-e peut ester en justice une nouvelle fois si le délai de prescription n'est pas écoulé). Attention : pour les diffamations et injures discriminatoires, le juge peut requalifier lui-même les propos depuis la loi égalité et citoyenneté entrée en application en février 2017.
En ce qui me concerne, je pense que mes propos n'ont pas bien été qualifiés par le plaignant puisqu'il ne s'agit ni d'injure (je relate des faits au moins aussi précis que les propos « fossoyeur de l’entreprise » donnés en exemple ci-dessus) ni de diffamation (les faits relatés sont vrais et je suis en mesure de prouver leur existence).
Il existe deux moyens de défense dans une affaire de diffamation : prouver la véracité du fait énoncé (ce que le droit nomme « l'exception de vérité » / « exceptio veritatis ») et/ou argumenter que l'on a cru, en toute bonne foi, à la véracité du fait énoncé (ce que le droit nomme prouver sa bonne foi). Un seul moyen de défense suffit, mais on peut utiliser les deux.
La bonne foi nécessite de cumuler 4 critères :
Il va sans dire que les éléments servant à prouver la véracité du fait énoncé doivent être antérieurs aux propos litigieux. Les preuves doivent être parfaites, complètes et absolues : elles couvrent directement le fait énoncé (elles se suffisent à elles-mêmes, c'est-à-dire qu'il ne peut donc pas s'agir d'un document qui laisse à penser que ce que l'on affirme est possiblement vrai), en intégralité, sans indirection (utiliser un tract syndical pour prouver la véracité d'un fait, ça ne marche pas, car le syndicat émet déjà un jugement de valeur, ce n'est pas une preuve du fait en lui-même mais la preuve de l'existence d'un jugement orienté à propos de ce fait).
Évidemment, comme pour toute infraction, le contexte dans laquelle celle-ci s'est déroulée est apprécié par les juges : est-ce qu'il y avait un climat de tension permanente qui explique le mot de trop ? Est-ce qu'il y avait une attente sincère mais trop élevée d'une des parties, causant ainsi une déception, causant elle-même le mot de trop ? Etc, etc. Ça n'excuse pas l'infraction, mais ça l'explique en partie et ça permet de prononcer une peine proportionnée.
Je retiens trois choses de ma convocation :
Contrairement à la policière qui m'a auditionné, je rappelle quelques-uns de nos droits lors d'une audition libre :
En loi 1881, il appartient au-a-la plaignant-e de qualifier chaque propos précisément. Ainsi, ce n'est pas l'ensemble de mon mail qui peut être attaqué indistinctement mais des bouts de phrase très précis. La plainte doit faire état des bouts de phrase que le-a plaignant-e estime être diffamatoires ou injurieux. C'est possible en soulignant ou surlignant les propos dans une copie des propos litigieux jointe à la plainte. Le-a principal-e suspect-e est invité-e à argumenter (et à fournir des preuves) uniquement sur ces passages.
Quand on y réfléchit, c'est parfaitement normal, car si une personne suspectée déclare « alors, ligne 42 c'est un jugement d'ordre général, je voulais en fait signifier que… », c'est que cette personne pense que ce bout de phrase est possiblement compromettant. Par son attitude défensive, cette personne s'auto-incrimine, et, surtout, l'on rentre dans un délit de la pensée (je pense que j'ai dit des trucs pas top ici et ici…). Pas cool.
Attention : je fais cet exercice de restitution de mémoire plus d'un an après donc ça vaut ce que ça vaut…
En gros, j'ai commencé par lire la plainte de long en large, avec ses pièces jointes. Il y avait des documents, qui, pour moi, sont sans rapport avec notre affaire (voir ci-dessous), une copie de mon mail et un mail public d'un-e abonné-e à la liste répondant à mon mail dont l'interprétation est sujette à caution (dit-il-elle qu'il-elle ne se sent pas concerné-e par mes propos en tant que membre de l'association ou dit-il-elle que ce n'est pas le canal de communication le plus approprié pour exprimer cela ou dit-il-elle encore autre chose ? Pour avoir échangé avec lui-elle (avant d'avoir connaissance de la plainte, je ne fais pas dans la subornation de témoin ;) ), c'est loin d'être aussi évident et tranché que cela pour servir directement de pièce jointe à une plainte "as-is", sans même y joindre un commentaire de texte).
Je ne sais plus si j'ai à nouveau fait mention du délai de prescription probablement écoulé.
En tout cas, j'ai assez vite indiqué que je suis bien l'auteur du mail qui fait l'objet du litige.
Ensuite, j'ai présenté le décor et le contexte, c'est-à-dire les associations, leurs activités principales, ce que j'y faisais habituellement, l'événement co-organisé à venir, comment j'ai connu le plaignant, comment je me situe par rapport à lui et à son entourage, l'ambiance générale, etc. Rien de tout cela n'a été consigné dans le procès-verbal car trop verbeux et la désignation de personnes (furent-elles morales) obligerait la policière à interroger lesdites personnes (ou leurs dirigeant-e-s), m'a-t-elle dit.
Ensuite, j'ai indiqué que, compte-tenu de la présentation que je viens de faire du milieu associatif, mon mail ne peut pas être considéré comme étant public car il s'adresse à une même communauté restreinte et délimitée aux intérêts communs malgré l'apparent éparpillement sur cinq listes de discussion.
Puis, j'ai présenté, en réponse aux propos soulignés par le plaignant dans sa plainte, les documents et témoignages qui m'ont amené à écrire lesdits propos. En amont, j'avais surligné les passages clés des documents que j'ai fournis. J'ai donc choisi l'exception de vérité comme moyen de défense tout en commençant à poser les bases de ma bonne foi : oui, j'avais bien un but légitime (attirer l'attention et faire éventuellement stopper, en bonne intelligence, des comportements que j'estimais être problématiques, sans surcharger les tribunaux), oui j'avais plusieurs témoignages et documents qui se corroboraient, non, je n'éprouvais aucune animosité envers le plaignant (seuls les actes m'intéressent), etc.
Enfin, j'ai exposé que plusieurs documents fournis en pièce jointe par le plaignant, qui n'a fourni aucun commentaire de texte dans sa plainte, me semblaient… étrange(r)s.
Le plaignant a été entendu, le principal suspect (moi) a été entendu, donc la plainte peut être envoyée au Parquet. À ce moment-là, on quitte la phase policière pour entrer dans la phase judiciaire : même s'il y a une enquête plus approfondie ultérieurement, elle aura lieu sous le contrôle d'un-e juge.
Le Parquet, composé de magistrat-e-s, peut tout faire : classer l'affaire sans suite (c'est-à-dire ne pas poursuivre l'infraction), décider de mesures alternatives aux poursuites pénales (un rappel à la loi, par exemple), décider d'une enquête complémentaire confiée à un-e juge d'instruction pour étayer l'enquête policière (on nomme ça une instruction / information judiciaire) ou décider d'un renvoi devant un tribunal pour jugement.
Cette étape peut prendre plus ou moins longtemps.
En attendant la décision du Parquet, plusieurs personnes insistaient pour que je prenne conseil auprès d'un-e avocat-e. Au final, le président en exercice de l'une des trois associations me fournit un contact, qui me redirige vers une connaissance-avocat locale censée s'y connaître pas mal en matière de diffamation.
Je prends rendez-vous. Sa secrétaire me téléphone en retour pour m'indiquer que l'avocat est certain que le Parquet classera sans suite mon affaire donc il refuse de me recevoir s'il me faut l'aide juridictionnelle pour payer la consultation. Je décide de maintenir le rendez-vous, quitte à payer 96 € TTC de ma poche.
Je n'y apprendrais rien… Je ne saurais pas pourquoi le Parquet « ne poursuit jamais une plainte simple en matière de diffamation ». J'aurais confirmation des moyens de défense, j'entendrais à nouveau parler de la notion de communauté d'intérêts sans avoir plus de détails sur sa signification profonde appliquée à mon cas. Pire, cet avocat m'expliquera qu'une plainte simple interrompt le délai de prescription…
La policière m'a téléphoné le 17 mars 2016 au matin pour m'informer du classement sans suite de la plainte me visant. Les jours suivants, j'ai été vérifier auprès du secrétariat du tribunal de grande instance, dont le tribunal correctionnel (chargé de juger les délits) est l'une des chambres qui le composent : l'affaire est effectivement classée sans suite. Dans les deux cas (policière et tribunal), j'ai oublié de demander le motif (pas assez d'éléments ? prescription ?). Il semblerait qu'il soit parfois indiqué. Un justificatif d'identité est bien évidemment nécessaire pour effectuer la démarche. Et il faut être l'une des parties prenantes dans l'affaire.
La policière m'a informé que, normalement, tout comme le plaignant, je devrais recevoir un courrier m'informant de ce classement sans suite. La justice étant en manque flagrant de moyens financiers et humains, je n'ai toujours rien reçu à ce jour.
Le plaignant dispose de recours : il peut saisir directement le tribunal correctionnel via une plainte avec constitution de partie civile ou via la citation directe (voir la section « Prescription ou non ? » pour obtenir plus d'infos). Mais comme il y a prescription…
L'auteur des propos litigieux est le seul responsable du mail envoyé puisque la liste de discussion le distribue automatiquement, sans intervention humaine a priori, à tou-te-s les abonné-e-s à la liste et, qu'en plus, aucun mécanisme technique n'est prévu dans le mail pour effacer à distance ou rappeler un mail après envoi. On notera quand même que, parfois, les responsables de moyens de communication ouverts au public utilisés indirectement pour commettre une infraction ont été condamnés, voir https://www.nextinpact.com/news/99776-operation-greenrights-en-appel-parquet-reclame-5-mois-prison-avec-sursis-contre-triskel.htm .
En revanche, l'organisation qui met à disposition la liste de discussion, et plus particulièrement son-a directeur-rice de publication ou à défaut son-a président-e, voit sa responsabilité engagée pour l'archive web des mails échangés sur la liste. Oui, la structure est ici considérée comme éditrice au sens de la loi de 1881 en cela qu'elle a le choix de ce qui est publié puisqu'elle peut supprimer ou modifier le contenu disponible. Oui, même quand les archives sont uniquement accessibles via un abonnement automatique (c'est-à-dire que personne ne valide l'abonnement) et qu'elles ne sont pas indexées par un moteur de recherche.
Dans mon cas, les président-e-s des trois structures ont supprimé mon mail des archives après réflexion, une fois que le plaignant a exprimé que ce message était diffamatoire selon lui. Il-elle-s n'ont pas été inquiété, en tout cas.