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  • Plus je pense au Monde et à son Decodex... - Guillaume Champeau | Facebook - GuiGui's Show - Choses vues, sur le web et ailleurs

    • je trouve la dernière phrase comlpétement fausse par-contre : "la confrontation des idées est moins importante que le fait de ne pas exprimer "les mauvaises idées". Trouve t-il que nous manquons de gens qui n'osent pas "exprimer les mauvaises idées" ? J'ai au contraire l'impression que l'on n'entend plus qu'eux...

    Je ne comprends pas la prose de gchampeau de cette manière. Pour moi, ce qu'il exprime, c'est que l'on régresse dans la production d'une pensée politique (vie de la cité) au niveau de chaque individu par le manque de confrontation à des idées que ne font pas partie d'un même continuum préalablement admis par l'individu. L'illustration la plus documentée, c'est les bulles de confort que créent pour nous certains services comme les moteurs de recherche et les réseaux sociaux : tu liras, automatiquement, en majorité, des idées qui te plaisent, qui confortent ce que tu penses, qui vont dans ton sens, qui ne heurtent pas frontalement ta petite vision du monde. On n'a jamais autant produit de contenus divergents, mais on n'a jamais autant lissé notre accès à l'information non plus.

    Mais cela va beaucoup plus loin. gchampeau évoque très justement la presse qui est plutôt fade à mon goût : tu n'y trouves rien qui te révolte, qui te confronte à de l'inconnu et te fais réfléchir. Je parle bien de la manière dont l'information est traitée, pas de l'info elle-même qui peut t'échauffer la bile. La presse est conçue pour ne pas heurter la petite vision du monde de ses lecteur⋅rice⋅s, pas folle la guêpe. Même le Canard, Mediapart et Arrêt sur Images… Le choix des sujets abordés (les projets de loi sont très peu décortiqués pour que le⋅a citoyen⋅ne les comprenne avant la séance plénière et puisse agir, par exemple), la manière de les traiter, le ton, les personnes / expert⋅e⋅s interrogées, tout cela est fait pour ne pas choquer, pour que les propos fassent sens pour le lectorat habituel : un journal orienté à gauche n'heurtera pas une personne orientée à gauche. On flatte l'intellect et l'appartenance politique du lectorat habituel, on est entre nous, en somme. Ce qui est d'autant plus vrai que les journalistes viennent, en majorité, du même milieu que leur lectorat (blanc⋅he⋅s, CSP+, diplomé⋅e⋅s, etc.)…

    Même chose pour les prétendus débats télévisés / radiophoniques qui, en réalité, mettent en scène des gens provenant du même monde qui sont parfaitement d'accord entre eux⋅elles et qui s'écharpent sur de jolis points de détail pour faire de la mousse.

    C'est la même chose en ce qui concerne nos lectures sur le web et les RSS : nous lisons volontairement des contenus auxquels nous nous attendons, qui sont en continuité des sujets qui nous passionnent. Nous nous regroupons sur des moyens de communication pour discuter de sujets convenus implicitement : il n'y a point de surprise dans nos conversations, nous sommes entre nous. Illustration : on est du même milieu tous les deux (diplômés, CSP+, etc.) donc les sujets que je traiterai sur ce shaarli te sembleront naturels, ils feront sens, même ceux dont tu ignorais l'existence. On aura des points de désaccord de façade, mais globalement, on se comprend, on siège sur le même tas de privilèges et on regarde dans la même direction, peut-être avec un angle légèrement différent, mais sans plus. Sur ce shaarli, il n'y a rien qui va révolutionner tes pensées.

    Cette atrophie de la pensée politique par manque de confrontation se manifeste aussi dans la qualification de tout, à tout-va, de troll ou de fake news… Dès que t'as un avis divergeant borné, hop, c'est du troll, même si ça ne correspond pas à l'étymologie du mot. Les fake news sont la version institutionnalisée de cela : tout ce qui gratte doit se voir qualifier de ce terme péjoratif. C'est bien pratique pour fermer les écoutilles. Il y a quelques mois, un ami nous interrogeait (lui et moi) sur le fait qu'il est possible de discuter de tout, mais pas avec tout le monde. L'idée étant que globalement, tu laisseras très vite tomber une discussion face à un⋅e raciste convaincu⋅e, par exemple. Évidemment, j'ai nié : "sisi, je dialoguerai jusqu'au bout". Après réflexion, c'est un mensonge. Il n'y a qu'à voir comment je lâche assez vite dès qu'on me dit qu'en défendant la neutralité du réseau, je défends le harcèlement sur les réseaux sociaux ou que les grosses sociétés commerciales en oligopole sont trop importantes pour le progrès humain… On échange mais on reste dans nos communautés d'opinion.

    Cela se manifeste aussi dans l'exigence de bienveillance telle qu'elle est usitée aujourd'hui : derrière l'étendard d'une communication plus humaine (discuter avec de vrais arguments, sans agressivité superflue, etc.) dont je ne nie pas la légitimité et la nécessité, on essaye de museler autrui pour ne plus qu'il⋅elle nous heurte lorsqu'il⋅elle s'exprime. En faisant mine que c'est la forme qui nous choque, nous avons de plus en plus tendance à exiger, en réalité, qu'autrui n'exprime plus le fond.

    Bref, on, aussi bien l'individu que le journal, cherche à plaire à autrui, par nécessité (sinon c'est l'exclusion sociale et l'humain⋅e est un animal social) et c'est beaucoup plus vicieux que le classique "on m'empêche de m'exprimer". C'est plutôt "il m'est impossible de penser". C'est un cran en amont. Donc on produit une pensée politique de meute. Elle peut être de gauche radicale ou de droite dure, mais c'est une pensée politique de meute.

    Quant à savoir si c'était mieux avant, je ne suis pas de cet avis, je pense que nous avons globalement évolué par rapport aux siècles derniers, mais je constate que ce risque de rupture dans la production croissante d'une pensée politique individuelle nous guette. Et ça m'inquiète.

    Quant à savoir si l'on peut améliorer cela, je pense que oui, mais dans une certaine mesure. On peut échapper aux bulles en utilisant d'autres outils, on peut échapper aux débats télévisés bidons en éteignant la TV, on peut réellement user de la pluralité de la presse afin de lire des propos à l'opposé des nôtres… Mais les limites sont là. Nous manquons de temps pour ce faire parce que d'autres personnes fixent notre agenda et notre rapport au temps, du travail jusqu'à l'ordre du jour et les timings de l'Assemblée Générale de l'association du coin en passant par les medias et les politicien⋅ne⋅s. Or, il m'apparaît évident que la politique ne peut se faire que que sur du long terme, avec de longs délais de réflexion. Et puis, nous manquons de facultés cognitives : le système cognitif de l'humain⋅e est une machine à fabriquer des habitudes car il a des ressources limitées donc nous éprouvons une résistance naturelle face aux propos qui ne vont pas dans notre sens. On peut aussi essayer d'aller vers une compréhension de l'autre, mais quand je vois la stigmatisation des électeur⋅rice⋅s FN qui, du coup, se mangent une double peine (subir la précarité (économique, affective, en matière de sécurité, etc.) qui les a fait basculer + la stigmatisation elle-même), ça me semble mal engagé…

    21/08/2017 22:28:38 - permalink -
    - http://www.sammyfisherjr.net/Shaarli/?4NU3Cg
  • Plus je pense au Monde et à son Decodex... - Guillaume Champeau | Facebook

    Très très intéressante réflexion de gchampeau. Je la recopie ici parce que Facebook, bon…

    Plus je pense au Monde et à son Decodex qui cherche à dire quels sont les médias respectables et ceux qui ne le sont pas, plus ça me fait penser à un vieil article que j'avais écrit il y a une dizaine d'années.

    A l'époque on était encore en plein débat public sur la loi DADVSI (précurseur de l'Hadopi), donc sur la lutte contre les échanges d'œuvres en P2P, de la main à la main entre les internautes. Je venais de lire l'excellent "We The Media" de Dan Gilmore, dans lequel il prophétisait que l'État chercherait à s'attaquer au P2P, non pas pour protéger les droits d'auteur, mais surtout pour combattre la désintermédiation du partage de l'information.

    A l'époque nous étions aussi en pleine explosion de la blogosphère. Tout le monde voulait avoir son blog sur lequel s'exprimer, et de fait beaucoup de monde l'avaient. A l'époque, on utilisait encore des lecteurs de flux RSS pour se tenir informé des publications des uns et des autres. Il n'y avait pas (ou peu) d'intermédiaire. Tout se faisait en direct, en pair à pair, donc en P2P...

    Or ce que disait le ministre de la culture de l'époque, Renaud Donnedieu de Vabres (RDDV), c'est qu'il fallait "s'attaquer au problème de la presse et de l'internet", avec une labellisation des sites de presse de qualité, écrits par des journalistes professionnels. Les blogueurs amateurs, eux, n'auraient pas le précieux label, que pourraient prendre en compte des logiciels de filtrage parental. En s'attaquant au P2P, en ostracisant les sites non labellisés, on regagnerait le contrôle sur l'information. A l'époque, le projet avait fait bondir la blogosphère, qui était très puissante, beaucoup plus finalement que la presse traditionnelle moribonde.

    Dix ans plus tard, RDDV a gagné, mais pas comme prévu. La réintermédiation s'est faite, par notre propre faute. Qui a encore son blog aujourd'hui, à part quelques illuminés toujours mieux éclairés que nous ? Les Rue89, Figarovox, Le Monde, HuffPost, etc. sont venus agréger les blogs qui sont progressivement repassés au second plan. En tant qu'internautes on s'exprime tous désormais (la preuve) sur Facebook, Twitter, Instagram... Ce sont eux les intermédiaires qui choisissent ce qu'on peut ou ne pas dire.

    Et pour ceux qui passent encore en P2P avec des blogs auto-édités, voilà que le projet de labellisation se fait par la presse elle-même. Par Le Monde et son Decodex. Sans doute avec la meilleure intention du monde, ils ont privatisé le projet de RDDV. Ici la pastille vert pour les bons (mais gare à ne pas tomber dans l'orange), ici la pastille rouge pour les pas bon. Il n'y a pas encore de filtrage parental, mais il y a l'extension Chrome ou Firefox qui dit "attention".

    D'un certain côté, quand on voit par exemple ce qu'est hélas devenu Agoravox (à qui je ne jetterai pas la pierre, ce n'était pas simple à modérer), je comprends le besoin de labelliser. D'un autre côté, le problème principal de l'information aujourd'hui n'est pas que trop de monde s'exprime, c'est que plus assez d'entre eux sont visibles. A l'époque de la blogosphère, on débattait, on s'engueulait, on se répondait entre blogueurs. On n'avait pas les idées des autres et c'est précisément pour ça qu'on allait les lire. En tant que lecteurs, on s'enrichissait de tous les points de vue, et on se forgeait le nôtre. Qu'on exprimait, et qu'on mettait en débat. C'était vertueux.

    Aujourd'hui nous avons Facebook qui choisit ce qu'on lit en fonction de (ce) qui va nous plaire. Le Monde, Libération, Le Figaro, etc., ont mis les blogs et leurs bloggueurs à l'arrière plan, pour ne plus avoir de points de vue qui choquent le lecteur et nuisent à leur marque. Même mon cher et tendre Numerama ne se risque plus que trop rarement à choquer le lecteur et ses confrères. Parce que nous sommes, globalement, passés dans une autre époque, où la confrontation des idées est moins importante que le fait de ne pas exprimer "les mauvaises idées". Et à force de ne plus les confronter, on ne sait plus très bien pourquoi une idée est mauvaise, ou pourquoi une idée est bonne.

    L'article en question pour ceux qui veulent le lire : http://www.numerama.com/magazine/2698-rddv-precise-son-projet-de-censure-des-blogs.html

    Via https://seenthis.net/messages/569474

    21/08/2017 13:41:28 - permalink -
    - https://www.facebook.com/gchampeau/posts/10155154721941454
  • Gattaz le stratège

    Quel général entraînera à sa suite ce patronat de combat ? En réponse à l’article du « Canard » (19/7) annonçant son projet de départ anticipé de la présidence du Medef, Pierre Gattaz a assuré à l’AFP (20/7 ) qu’il resterait en poste, « comme prévu, jusqu’en juillet 2018 » et que la campagne de succession « ne débutera[it] qu’en janvier ». Étonnant, quand on sait que le patron du Medef a déjà convoqué pour le 13 septembre le comité statutaire de l’organisation patronale. Au menu ? Sa succession, pardi !

    « Pierre Gattaz veut obtenir une modification des statuts pour permettre à Jean-Dominique Senard de se porter candidat sans risque de se faire retoquer », explique un fin connaisseur des arcanes patronaux. Le président du groupe Michelin, qui a soufflé ses 64 bougies en mars, part avec un petit handicap. Le Medef a en effet fixé l’âge limite de son président à 65 ans…

    Le patron des patrons a trouvé la parade : plutôt que de repousser l’âge du capitaine, il compte proposer une « réinterprêtation » des textes. Ainsi, toute personne pourrait se présenter au mandat de président tant qu’elle se trouverait dans sa… soixante-cinquième année !

    Le boss du Medef est prêt à toutes les concessions juridiques pour convaincre Jean-Dominique Senard — réputé proche de Macron — de prendre le job. Ainsi, à l’occasion de l’université d’été des patrons, qui se tiendra à Jouy-en-Josas à partir du 29 août, il a convié le président de Michelin à ouvrir la conférence de 20 heures. Le thème : « Quelle équipe de France pour conquérir le monde ? »

    Conquérir la croissance et l’emploi serait déjà un bon début…



    Ouais, quand les règles ne permettent pas de satisfaire une envie personnelle ou une lubie collective à la mode, on les change brutalement ou on fait mine de les comprendre différemment tout en faisant appel au bon sens pour asséner que l'interprétation originale est désuète. Ça marche aussi bien chez les élu⋅e⋅s qui modifient la loi (voire la Constitution) à l'arrache que dans les associations qui modifient leurs Statuts à l'arrache. Bref, je n'ai pas plus envie que ça de cracher sur le Medef sur ce point, ce shaarli est plutôt une illustration d'une pratique qui m'insupporte et que j'espère voir disparaître… aussi bien dans la petite asso du coin que chez nos élu⋅e⋅s que dans la grosse structure représentative.

    Dans le Canard enchaîné du 16 août 2017.

    19/08/2017 18:40:21 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?uY97ow
  • Le Medef clame dans une note son dépit amoureux pour Macron

    Je retiens que le Medef (sans doute autoradicalisé) n'est pas disposé à lâcher les moindres miettes, et c'est son droit le plus strict. Nous aurons donc l'obligation d'être aussi fermes dans la rue début septembre pour lutter contre le détricotage de nos droits en tant que salarié⋅e⋅s. Les cartes de l'adversaire sont sur la table et elles sont claires.


    Après lui avoir lancé des fleurs, l’organisation patronale recense “mesures négatives”, taxes et prélèvements dont le Président va les accabler.

    Entre les patrons et Emmanuel Macron, ce devait être une romance. Contrairement à son prédécesseur, François Hollande, le nouveau président, qui a grandi à l’ombre de la maison Rothschild, ne déteste ni les riches ni le grand capital. À l’époque de l’instauration de la taxe de 75 % sur les hauts salaires, alors conseiller, il s’était même récrié : « C’est Cuba sans le soleil ! » Hélas, la lune de miel risque de tourner court…

    À la fin de juillet, le Medef a élaboré une note sobrement intitulée : « Point sur les sujets fiscaux d’actualité ». Ce document de trois pages, sur lequel « Le Canard » a mis son bec, salue l’« effort de baisse des dépenses publiques » et se félicite que « les mesures entrepreneuriales du programme d’Emmanuel Macron soient mises en œuvre dès 2018 ». Un beau bouquet de fleurs — mais les épines ne tardent pas à pointer. « Nous restons vigilants sur l’équilibre global des mesures fiscales à venir. » Et la. « vigilance » de faire rapidement place à la méfiance. Ainsi, le Medef tient à attirer l’attention de ses responsables sur une possible dérive. Évoquant le taux d’imposition sur les sociétés (IS), censé descendre à 25 % en 2022, il rappelle qu’il « privilégie une première tranche de baisse uniforme dès 2018 », alors que le gouvernement étudie d’autres paliers alternatifs. Macron serait—il tenté de jouer la montre ?

    Après quoi, l’organisation patronale prend carrément ses distances. Si elle approuve, évidemment, la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) envisagée pour début 2018, elle voit d’un très mauvais œil l’instauration d’un impôt sur la fortune immobilière (Ifi). « Il faut s’assurer, recommande la note, que l’immobilier nécessaire à l’activité de l’entreprise ne sera pas taxé, quel que soit le dispositif juridique (SCI, location… ). »

    Patronat martyrisé

    Vient enfin la franche hostilité. Au chapitre des « mesures négatives », le Medef cible trois projets en particulier.

    Primo, l’institution, pour trois ans, d’un prélèvement sur le revenu des grandes entreprises. Il est destiné à compenser le coût des contentieux (de 5 à 6 milliards) perdus par l’État face à ces mêmes grosses boîtes ! Et cette façon de reprendre ce qu’on ai perdu dans les caisses du bénéficiaire est jugée « inacceptable » et « incohérente ». Voilà qui pourrait annuler en partie une promesse du candidat Macron : la suppression dès 2018 de la taxe de 3 % sur les dividendes.

    Secundo, une augmentation de la taxe carbone à 44 euros la tonne, contre 39 euros initialement prévue. Dans son style si littéraire, le Medef estime que « les PMI et les entreprises de transport seront très impactées ».

    Tertio, la transformation du crédit d’impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE), qui s’élève actuellement à 7 % de la masse salariale, en baisse de charges sociales (6 %) ne lui convient pas du tout. La perte pour les entreprises, a-t-il calculé, serait de 5 à 7 milliards d’euros !

    À la rentrée, si les syndicats de salariés la jouent conciliants (FO et CFDT ont semblé séduits), c’est le Medef qui va descendre dans la rue !


    L’État en marche passe à la caisse

    Si Macron prend le risque de fâcher (un peu) le patronat avec la perspective de nouvelles taxes (lire ci-dessus), ce n’est pas de gaieté de cœur. Au sein du budget 2018, il lui faut en effet dégager une quinzaine de milliards pour financer les largesses promises dans son programme… et celles consenties par Hollande pendant la période électorale — sans que le moindre financement ait été prévu.

    Côté héritage, c’est 5 milliards qu’il convient de dénicher afin de compenser, notamment, une première tranche de baisse de l’impôt sur les sociétés.

    Mais, le gros morceau, ce sont les promesses de Macron lui-même. Entre les baisses de recettes prévues et les dépenses imprévues, il y en a, cette année, pour 11 milliards environ.

    • La transformation de l’ISF en impôt sur la fiscalité immobilière lui coûte ainsi 3 milliards de recettes.

    • La suppression de la taxe d’habitation pour 80 % des contribuables vaporise 3 milliards dès cette année, et 7 autres les deux années suivantes.

    • Le taux d’imposition unique à 30 % pour les revenus du capital fait maigrir les recettes de 1 milliard.

    • La taxe de 3 % que les entreprises payaient jusqu’ici sur les dividendes distribués à leurs actionnaires a été déclarée illégale par la Cour de justice européenne en mai. Et voilà 2 milliards de plus escamotês. Sans oublier les 6 milliards que l’État va devoir rembourser aux boîtes ayant indûment versé, par le passé, cette taxe à 3 % : 2 milliards cette année et 4 autres les deux suivantes.

    Avec ce pactole qui leur tombé du ciel, Macron va pouvoir demander un petit effort aux patrons !



    Je retiens que tout cet équilibrage fiscal est pitoyable. Alors je retire 3 sous ici, j'ajoute 2 sous ici et 1,5 sous ici (le 0,5 c'est le surplus en douce ;) )… Sérieusement… À quand les profondes réformes cohérentes (en faveur des citoyen⋅ne⋅s, pas des sociétés commerciales, bien entendu) ?

    Dans le Canard enchaîné du 16 août 2017.

    19/08/2017 18:30:11 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?AS4SzQ
  • La discrète niche à conseillers de Bercy

    Ha, la bonne vieille blague de la limitation du nombre de conseiller⋅e⋅s par cabinet ministériel continue encore et toujours. :') Le nouveau monde de Macron ressemble étrangement au monde habituel…


    Le ministre de l’Economie et des finances, Bruno Le Maire, n’a rien à envier en termes de créativité à son collègue de la Place Beauvau, Gérard Collomb, pour passer outre le décret publié au « Journal officiel » du 19 mai. Un texte qui interdit à tout cabinet ministériel de compter plus de dix membres.

    « Le Canard » saluait en effet, le 28 juin, les méthodes inventives du ministre de l’Intérieur pour contourner cette règle, pourtant imposée par le chef de l’État.

    Le premier flic de France a créé ex nihilo « une mission opérationnelle de sécurité et de défense » composée de neuf membres directement rattachés à son directeur de cabinet… sans pour autant faire partie de l’équipe officielle de son cabinet !

    Bruno Le Maire a eu une idée tout aussi efficace pour gonfler en douce ses effectifs : il s’est servi de la Direction générale du Trésor pour caser ses conseillers surnuméraires.

    Le 3 août, la secrétaire générale du Trésor, Astrid Milsan, a ainsi envoyé un courriel à tous les agents de l’administration centrale du ministère (lire l’entête du document, ci-dessous) pour les prévenir de l’arrivée dans leurs murs de Pierre Ferrand et d’Anna Klarsfeld, « conseillers discours, veille, synthèse de la direction générale ». Ces derniers sont notamment chargés de la « rédaction des projets de discours du ministre et du secrétaire d’État sur lesquels la DG Trésor sera sollicitée ». Si ce n’est pas un travail typique de conseiller ministériel, ça y ressemble étrangement…

    Dans ce même document, Astrid Milsan insiste sur le fait qu’« une contribution aux activités du futur porte-parolat du ministère » sera également attendue de la part de Pierre Ferrand et d’Anna Klarsfeld, tout comme un travail de « veille et synthèse d’ouvrages contemporains en matières géostratégique, économique et financière ». Là encore, des missions classiques de conseillers…

    Et, dans leurs heures sup, les deux nouvelles recrues joueront aussi le rôle de nègre de Bruno Le Maire pour ses romans ?

    Dans le Canard enchaîné du 16 août 2017.

    19/08/2017 17:46:58 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?zMakCA
  • Hulot ma non troppo

    C'est donc par un discret décret, paru en pleine torpeur estivale, le 11 août, que le gouvernement a géré le « cas Hulot ». Comme « Le Canard » (5/7) l’a raconté, Macron avait failli se débarrasser de son ministre écolo en découvrant l’ampleur de ses revenus et des potentiels conflits d’intérêts qui vont avec. Car, depuis les années 90, le télécologiste touche des royalties sur les produits de beauté de la marque Ushuaïa, fabriqués par L’Oréal. Et les montants ne sont pas vraiment anecdotiques...

    D’après sa déclaration d’intérêts, publiée le 11 août sur le site de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, Hulot s’est versé, via sa société Eole, entre 176 000 et 338 000 euros de salaire annuel de 2012 à 2016. De quoi rendre verts de jalousie ses collègues ministres, qui sont loin de gagner autant… Et il faut ajouter les dividendes, qui n’apparaissent pas dans cette déclaration. Selon les derniers comptes connus de la société Eole, ceux-ci atteignaient 40 000 euros en 2012 et 60 000 euros en 2013. Or tous ces menus revenus proviennent des produits Ushuaïa…

    Autre mélange des genres : la fondation présidée par Hulot a touché des centaines de milliers d’euros de mécènes aussi verts qu’EDF, Veolia ou L’Oréal. Plutôt gênant, au moment de prendre position, en tant que ministre, sur l’EPR ou sur les fermetures de centrales nucléaires…

    Après avoir demandé un avis confidentiel à la Haute Autorité, le gouvernement a tenté de résoudre ce double casse-tête par un décret qui tient en deux articles de deux lignes ! Le ministre, dit le texte en jargon administratif, « ne connaît pas des actes de toute nature relatifs à la Fondation Nicolas Hulot » ni des actes relatifs « au développement, à la fabrication et à la commercialisation de produits cosmétiques ». Sur ces questions, Hulot devra laisser la main à Matignon. Ça va être pratique pour gérer le dossier des perturbateurs endocriniens, qui concerne, notamment, les cosmétiques…

    Quant à la société Eole, « Nicolas Hulot ne percevra aucune rémunération de celle-ci, assure le ministère de l’Ecologie au “Canard”. Les royalties L’Oréal seront exclusivement versées à la société Eole ». Sauf que Hulot en est actionnaire à 99 % ! Toutes les royalties seront donc mises en réserve, et il les touchera simplement plus tard, quand il ne sera plus ministre, sous forme de bénefs pas vraiment cosmétiques…

    Dans le Canard enchaîné du 16 août 2017.

    19/08/2017 17:31:39 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?I9068A
  • Greffe de pognon dans les tribunaux de commerce

    L'Open Data sur les données concernant les sociétés commerciales, c'est toujours pour demain.


    Toujours éloquents lorsqu’il s’agit de défendre leur chasse gardée (la commercialisation de données sur les boîtes privées), les greffiers des tribunaux de commerce sont, depuis quelques semaines, d’une discrétion de violette. Le Conseil d’État a pourtant rendu un arrêt, le 12 juillet, présenté par une partie de la presse comme signant la fin de leur lucratif business. Bien à tort…

    Ces greffiers, qui ne sont pas des fonctionnaires mais exercent une profession libérale — sauf en Alsace-Moselle et dans les collectivités d’outre-mer —, utilisent deux filons pour monnayer les informations transmises par les sociétés. Soit ils traitent directement avec les usagers (via le service Infogreffe), soit ils les revendent en gros à d’autres prestataires de services, comme « societe.com », « verif.com » et compagnie. Ce petit trafic génère, bon an mal an, un chiffre d’affaires de plus de 60 millions et permet aux greffiers des tribunaux de commerce les plus importants — surtout dans la région parisienne — de gagner largement plus de 100 000 euros par mois !

    Les greffiers avaient attaqué devant le Conseil d’Etat un décret pris par Emmanuel Macron quand il était ministre de l’Economie, qui les oblige à mettre gratuitement leurs données à la disposition de l’Institut national de la propriété industrielle (Inpi). Ils ont finalement perdu leur recours, mais ils s’en sortent très bien.

    Ce décret a été pris en application de la loi Macron de 2015 (loi fourre-tout, voir : radio lockdown, label zone fibrée, diverses dispositions numériques comme le délai de rétractation de 14 jours et le changement des prérogatives du gendarme des télécoms et son nouveau pouvoir de requalifier un service comme Skype en opérateur, l'impossibilité d'obtenir la destruction d'un bien immobilier quand le permis de construire associé est annulé alors que le bien est achevé, etc.) dont l'une des dispositions visait à rendre disponible, via l'INPI, le Registre du Commerce et des Sociétés (RGS) en Open Data (à l'exception des comptes financiers annuels si la sociéte en fait la demande explicite). Disposition reprise et généralisée par la loi pour un République numérique de 2016.


    En effet, l’Inpi n’offre pas le même service que les sites concurrents. Pas question de se contenter de taper un nom de dirigeant ou de société pour avoir accès aux informations. Il faut d’abord solliciter une « licence » et indiquer l’usage que l’on compte faire des précieuses données !

    Ministre serviable

    L’Inpi ne dispose aujourd’hui que de 400 clients pour ce service, ouvert depuis le mois de mars. Une goutte d’eau, comparé aux millions de connexions enregistrées par les autres sites spécialisés. Normal : contrairement à ces derniers, l’Institut ne délivre aucun compte rendu des assemblées générales d’actionnaires. Seulement des renseignements de base et des comptes annuels. Durant des décennies, l’Institut a pourtant proposé toutes les informations souhaitées au public. Mais il a dû laisser le champ libre aux greffiers en 2007, à la demande expresse de Pascal Clément, le dernier garde des Sceaux de Jacques Chirac.

    Et, aujourd’hui, cette sinécure semble partie pour durer… encore un peu ?

    Dans le Canard enchaîné du 9 août 2017.

    19/08/2017 17:20:47 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?YzXOJg
  • Les milliardaires des médias sont les rois de l‘impayé

    Quand on sait que les droits d'auteurs ont été conçu pour protéger les artistes des marchands… Quand on pense qu'Internet n'est pas le seul vecteur du manque à gagner des artistes, loin s'en faut… Quand on sait que ces mêmes gugus⋅e⋅s (Canal+ = Vivendi, ), pas d'autres hein, mais bien eux, étaient dans les tribunes du Parlement français (pendant que les lobbystes de ces groupes étaient dans les bureaux des parlementaires) lors du vote des lois DADVSI et HADOPI afin de forcer l'adoption de mesures permettant soi-disant de protéger les pauvres artistes des méchant⋅e⋅s citoyen⋅ne⋅s… Faîtes ce que je dis, pas ce sur je fais. Écœurant.


    Droits d’auteur, productions audiovisuelles, services photo… Lorsqu’il s’agit de passer à la caisse et de régler leurs fournisseurs, les Bolloré et autres Drahi ou Niel, qui figurent parmi les douze premières fortunes de France, ont du mal à trouver leur chéquier.

    C'est devenu la marque de fabrique de nos milliardaires propriétaires de médias : ces honorables capitaines d’industrie ne paient plus leurs fournisseurs et leurs partenaires, ou alors très en retard, en exigeant, au passage, des ristournes de marchands de tapis.

    Dernier exemple de ces usages de pirates des temps modernes : l’affaire des droits d’auteur des employés de Canal Plus, que Vincent Bolloré a décidé de ne plus régler. Il y a un an, déjà, la Fédération des industries du cinéma, la ficam, avait été alertée par des petits producteurs de la chaîne, sidérés par son nouveau fonctionnement : Canal leur affirmait perdre 400 millions d’euros par an et donc être dans l’impossibilité de payer ses factures en retard. Elle proposait alors de régler tout de suite, mais seulement 80 % du montant. À prendre ou à laisser !

    Mécomptes d’auteurs

    Bolloré vient de tenter le même coup avec les droits d’auteur. Dès octobre, Canal a coupé le robinet de ses versements à la Sacem, à la SACD, à la Scam, etc., ces sociétés qui se chargent de redistribuer leurs droits aux musiciens, scénaristes, documentaristes, graphistes… Résultat : plus de 50 millions d’euros de moins pour 50 000 auteurs. Dans la foulée, au prétexte que ces auteurs se goinfrent pendant que le pauvre Canal compte ses centimes, les sbires de Bolloré ont voulu négocier, comme dans un vide-greniers du dimanche, des rabais dépassant les 60 % ! Censée être le fer de lance de l’exception culturelle française, la chaîne tape sur la création pour tenter de rattraper ses errements dans le sport, où elle s’est laissé doubler par Altice et beIN. À votre bon cœur, amis créateurs !

    Le 18 juillet, le fiston Yannick Bolloré, patron de Havas, a résumé devant l’Association des journalistes médias la doctrine familiale : « Dans un monde normal, où il y a de la concurrence, quand une so- ciété va mal, elle demande de la productivité à ses partenaires. Ça, c’est dans toute industrie normale. » Et la maison mère de Canal, Vivendi, va très mal : sa « trésorerie disponible » n’est que de 4,016 milliards d’euros…

    Les sociétés d’auteurs ont décidé, en représailles, d’assigner Canal en justice, le 14 septembre. Un communicant de Bolloré philosophe : « En arrêtant de payer, on a créé volontairement un rapport de force pour renégocier des accords. Ce n’est peut-être pas bien, mais la méthode a le mérite d’être efficace. Et nous n’irons pas au tribunal, vous verrez, nous trouverons une entente avant… »

    Tout mauvais payeur qui se respecte compte en effet là-dessus : le créancier, pris à la gorge, renoncera en cours de route ! Primo, parce que, financièrement, il n’a pas les reins assez solides pour supporter le parcours du combattant : lettres de relance, courriers de mise en demeure, menaces d’avocat, puis poursuites judiciaires, injonction de payer, re-avocat, huissier, etc. Deuzio, parce qu’il a une trouille bleue de perdre son gros client. Et, dans ce cas-là, l’omerta règne. Lorsque la célèbre agence Capa rame pour se faire régler ses documentaires par Canal, impossible de trouver un membre de l’équipe pour pester publiquement. L’un d’eux lâche tout juste : « Le rapport de force est complétement déséquilibré. Notre chiffre d'affaires est sans commune mesure avec celui des diffuseurs et on ne peut pas perdre nos marchés… »

    Objectif thunes

    Mais l'impayé frappe à tous les étages, de l'auteur au producteur, en passant par le dessinateur et le traiteur ! Le groupe Le Monde, du trio Bergé-Niel-Pigasse, qui cumulait l'an dernier des retards de 29 millions d'euros auprès de ses fournisseurs, est en train de se taper une solide réputation dans le milieu. Certains attendent un règlement depuis 2015 ! « C'est une nouvelle technique de gestion. "L'Obs", autre fleuron du groupe, a reçu pour ordre de ne pas payer, persifle un créancier lassé. Même les bouchers et les primeurs qui livrent les salles à manger de l'hebdomadaire ont du mal à se faire payer. Récemment, la compta de l'hebdo a reçu du groupe une maigre enveloppe à distribuer. Mais elle s’arrache les cheveux : par quel créancier commencer ?

    Car les plus dépendants sont toujours remboursés les derniers, voire jamais. Exemple : la photo. « L’ Obs » paie les photographes avec huit à douze mois de retard, et jusqu’à dix-huit pour les étrangers. « Dès qu’une facture dépasse 300 euros, c’est problématique. À 900 euros, ils ne remboursent plus rien », balance un représentant du personnel. Pour cette raison, Dalle, une petite agence spécialisée dans le musical, a cessé de vendre ses clichés à l’hebdomadaire fondé par Jean Daniel. À l’AFP, l’arriéré oscille entre 300 000 euros et 500 000 euros, mais la pudique agence refuse d’en parler. Ces derniers mois, elle a coupé l’accès à son « fil » (textes, photos, vidéos) plusieurs jours pour obtenir un début de paiement…

    Un dirigeant de Sipa Press a aussi noté un grand changement dans les publications du nouveau groupe Altice Média (« L’Express », « Libération »…), propriété de Patrick Drahi, qui vient de s’offrir le premier groupe de télévision portugais. Le dirlo adjoint de Sipa, Mete Zihnioglu, le dit tout net : « Il y a un an, nous avions signé un accord de bonne conduite avec les médias au ministère de la Culture, mais nous avons toujours des problèmes. Avec Altice, on court toujours après les factures (…). Alors que Sipa est en procédure de sauvegarde et est en train de licencier six personnes. »

    Impayé pour un rendu

    Chloé Zanni, de l’agence Myop, est à l’origine d’une courageuse lettre ouverte aux mauvais payeurs, publiée le 19 décembre : « “L’Obs” nous a promis de régler toutes les factures depuis janvier au plus tard début juillet. Nous n’avons rien vu venir… »

    Serge Corre, patron d’une petite agence photo en Bretagne, Andia, a déjà dû licencier trois salariés sur neuf à cause des retards de paiement : « Quand Drahi a racheté “L’Express”, qui représente 30 % de mon chiffre d’affaires, tout a changé. Au début, son groupe nous a proposé de payer plus vite… si on acceptait de réduire la note ! J'ai dit non. »

    Un patron de presse qui connaît la musique et ses nouveaux chefs d’orchestre conclut : « Le système Niel-Drahi consiste à acheter des journaux en deboursant le moins d’argent possible. » Et d’évoquer une négociation mémorable avec Niel : « La question qu’il posait systématiquement était : “Est-ce qu’on peut investir dans cette boîte sans mettre de cash ?” » Tout ça pour obtenir a bas coût une influence politique qui peut rapporter gros.

    Les nouveaux rois des médias sont impayables. À quand une série de Canal sur leurs combines à zéro droit d’auteur ?

    Dans le Canard enchaîné du 26 juillet 2017.

    19/08/2017 16:20:32 - permalink -
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  • Graines de violence sociale

    L'habit ne fait pas le moine et agir pour la liberté des semences agricoles ne signifie pas que l'on respecte les droits (et libertés) humains…


    Tomate charbonneuse, aubergine ronde de Valence, pourpier doré… Sans Kokopelli, ces espèces anciennes et goûteuses ne seraient peut-être plus cultivées dans les jardins. Basée au Mas-d’Azil (Ariège), cette association écolo fondée en 1999 par Dominique Guillet se bat pour « libérer » les semences potagères du joug de l’agro-industrie type Monsanto. Kokopelli commercialise 2 200 types de semences libres de droit et reproductibles issues de l’agriculture biologique. Et tant pis si Bruxelles tique et ne reconnaît que les seules semences industrielles homologuées… Les amoureux du potager applaudissent. Ils risquent donc d’être quelque peu surpris par « Nous n’irons plus pointer chez Gaïa » (1), un livre où quatre anciens salariés de Kokopelli se racontent. Et c’est du genre brutal…

    Julie, manutentionnaire en CDD en 2013, emballe des graines debout toute la journée : « Quand j’arrache une pause de dix minutes le matin, c’est bien sûr à condition qu’elle ne soit pas rémunérée. » Elle discute avec ses collègues, se fait recadrer : « Parler est interdit. Ça nuit à la productivité. » Proteste. Erreur : « Je suis surveillée en permanence. La direction dit que je suis un élément dérangeant, nuisible. »

    Amateur de la matrice

    Solen, préparatrice de commandes en CDD en 2014, se plaint du « climat oppressant » à une collègue. Bien mal lui en prend : celle-ci la dénonce au directeur, Ananda Guillet, fils de Dominique. Lequel gronde l’insolente, en présence du « témoin » ! Chargée de la campagne « Semences sans frontières », embauchée fin 2013, Laura se questionne sur le choix discutable d’envoyer, certes généreusement, des semences de salade reine des glaces… en Inde. « Les entretiens devant le directeur sont de plus en plus fréquents. Le père, la mère se joignent au fils pour me tancer. » Laura finit affectée aux papiers-cadeaux. Elle fait une dépression, et obtiendra un arrêt de travail pour harcèlement moral… Ah, il est beau, l’engagement écolo !

    Mais tout ceci n’est qu’un horrible malentendu. Car Dominique Guillet est en connexion directe avec Gaïa, notre terre mère. Sur le site « liberterre.fr », le « résistant » offre sa vision inspirée de John Lash, écrivain américain new age. Ainsi, quand Martin, gestionnaire des stocks, lui fait part d’un désaccord, Dominique Guillet répond : « Je ne tolérerai aucune perversion des règles gaïennes. Les règles et lois du monde de la Matrice (sic) ne m’importent que peu. » Alors, le droit au syndicat, on s’en tamponne… Curieusement, personne ne moufte. Florian Martinez, du syndicat Asso-Solidaires, décrypte ce paradoxe pour « Le Canard » : « Dans certaines associations, il y a un management à l’affect : si on se révolte, on nuit à la cause. » Et les vilains industriels se frottent les mains…

    Interrogé par le Palmipède, Ananda Guillet, l’actuel directeur, fustige les « mensonges » diffusés par ces « anars de comptoir » (sic). Et assume : « Kokopelli est une association qui fonctionne comme une entreprise. Moi, je bosse 90 heures par semaine ! » Preuve que ça rapporte, avec ses 20 salariés, Kokopelli a réalisé 3 millions de chiffre d’affaires en 2016. Et prévoit d’ouvrir une nouvelle boutique et un musée. Les auteurs du livre s’interrogent : « Nous pensions être complices de résistants anticapitalistes face à la justice, nous avons été les auxiliaires d’une imposture. Était-ce un aveuglement volontaire ? » Pourtant, la carotte jaune du Doubs, c’est bon pour la vue…

    Dans le Canard enchaîné du 26 juillet 2017.

    19/08/2017 15:24:32 - permalink -
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  • Petites astuces et grosses ficelles pour des élus cumulards

    L'après non-cumul des mandats parlementaires et locaux… Qui est coupable ? Les élus en question et/ou les personnes qui votent en faveur des combines et/ou les citoyen⋅ne⋅s ? Un peu tout le monde. Comment se fait-il que ça magouille autant si proche du peuple (la mairie et la métropole c'est chez nous, pas "loin là-bas à Paris") ?


    Après avoir vilipendé la loi interdisant le cumul d’un mandat d’exécutif local avec celui de parlementaire, quelques dégourdis s’en accommodent fort bien. En témoignent les exploits d'une dizaine d’anciens députés-maires qui ont réussi à maintenir leur niveau de vie quasi inchangé, malgré la perte de leur indemnité parlementaire de base, s’élevant à 5 600 euros brut mensuels.

    Pour réaliser ce prodige, il leur a suffi d’augmenter fortement leurs indemnités municipales et d’y adjoindre une autre fonction locale, comme celle de président d’agglomération ou de métropole. De quoi atteindre ou frôler de nouveau le plafond autorisé pour les cumulards, fixé à 8 270 euros brut par mois…

    Le maire LR d’Orléans, Olivier Carré, a droit à une mention spéciale. Cet ex-député a fait voter par sa majorité municipale une hausse de 330 % de ses indemnités, passant de 960 à 4 120 euros mensuels.

    Si M. le Maire s’était arrêté la, il n’y aurait pas eu de quoi fouetter un électeur. En effet, pour que le plafond légal soit respecté, ses indemnités de maire avaient été réduites d’autorité lors de son entrée au Palais-Bourbon, en 2007. Il semble donc logique que, n’étant plus député, Olivier Carré récupère la totalité de son traitement municipal…

    Agglomération de pognon

    Mais cet élu astucieux a poussé le bouchon plus loin. Jusqu’à présent, moyennant une indemnité de 1 257 euros mensuels, il siégeait également, en tant que vice—président, au conseil d’Orléans Métropole. Surprise : au début de juin, le président LR de la métropole, Charles-Eric Lemaignen, a eu la chic idée de quitter son fauteuil et de le laisser à Olivier Carré. Avec, à la clé, une enveloppe de 3 680 euros mensuels. Résultat : le maire encaisse désormais un total de 7 800 euros, contre 8 000 auparavant. Vite, une souscription…

    Son collègue de Belfort, Damien Meslot (également LR), n’a pas démérité non plus. Lors de son élection à l’hôtel de ville, en 2014, ce petit malin avait cru bon de se faire mousser en claironnant qu’il renonçait à son « salaire » de maire. En réalité, Meslot — qui touchait par ailleurs ses indemnités de député et de président de la communauté d’agglomération — était déjà au plafond : il ne pouvait donc pas faire autrement, à moins de violer la loi…

    Cinq ans plus tard, ce maire d’élite a dû ramer pour expliquer à son conseil municipal que, tout compte fait, il verrait bien son indemnité passer de 0 à 3 180 euros. Pour faire bonne mesure, il a demandé et obtenu que son « salaire » de président d’agglomération soit gonflé de manière à lui permettre d’atteindre de nouveau le maximum légal…

    Cette épidémie d’augmentations a pareillement frappé le maire de Valenciennes, l’UDI Laurent Degallaix, et celui de Cholet, le divers-droite Yves Bourdouleix. Mais c’est leur collègue de Roanne, le LR Yves Nicolin, qui a fait le plus fort. Non content de doubler ses gains à la présidence de l’agglomération, Nicolin a, le même jour, joué les pères la rigueur en annonçant son intention de tailler dans les salaires des agents à temps partiel. L’élu, qui, en séance, avait lancé un vibrant « je ne connais personne qui vit de l’air du temps » pour justifier son augmentation, a dénoncé la situation de ces infâmes profiteurs, travaillant à 90 % de temps et payés… 91,25 % d’un salaire plein.

    Ces gueux sont d’une indécence…

    Dans le Canard enchaîné du 26 juillet 2017.

    ÉDIT DU 11/09/2017 À 20H15 : un cas gratiné pour compléter la série. FIN DE L'ÉDIT.

    19/08/2017 15:01:58 - permalink -
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  • La CFDT ”hackée” à tous les vents

    Ce moment où l'on apprend que la CFDT ne semble pas être à même de protéger les données personnelles de ses syndiqué⋅e⋅s ni de les protéger financièrement lors des grèves ni même de respecter un semblant de justice. Bon, la CFDT n'est pas la seule à avoir des pratiques qui me semblent manquer d'éthique : entre les nominations de responsables CGT et FO par les pouvoirs publics et la rénovation, à un coût exorbitant, du bureau de l'ex-secrétaire général de la CGT…


    Les enfants de la deuxième gauche ont toujours prôné l’esprit d’ouverture. Mais de là à tout montrer ! Jusqu’au 21 juillet, les portes du site Internet de la CFDT étaient si béantes qu’en quelques clics le syndicat de Laurent Berger se transformait en maison de verre.

    La CFDT avait réuni sous un même portail son site Internet, consultable par tout le monde, et son Intranet, réservé à ses responsables. Or « Le Canard » a découvert que les cloisons entre les deux étaient aussi minces que dans un HLM des années 50.

    Nul besoin de « hacker » un code secret ou de « cracker » un mot de passe, un innocent tripotage de clavier permettait d’entrer comme dans un moulin dans le secret des délibérations du temple réformiste. Pour le moindre petit curieux, il était simple de passer de l’Internet à l’Intranet et aussi facile de suivre les entretiens de Laurent Berger avec Edouard Philippe que les étapes du Tour de France sur le site de « L’Equipe ».

    Les recettes d’une gestion syndicale efficace y étaient ainsi exposées aux yeux de tous. Un simple clic apprenait aux petits curieux que l’union régionale d’Ile-de-France avait claqué 4,8 millions d’euros pour moderniser son immeuble de la rue de Crimée, à Paris, travaux financés notamment par un prêt à 0,98 % accordé par la Caisse nationale d’action syndicale. Une institution interne à la CFDT fondée pour compenser les pertes de salaires des grévistes ou venir en aide aux victimes de la répression antisyndicale…

    Avec cet Intranet ouvert à tous les vents, chacun pouvait aussi être au courant des bides de la centrale, pourtant bien cachés. Ainsi, le 21 avril, la Confédération annonçait la tenue d’un grand barnum destiné aux jeunes, le Working Time Forum, au cours duquel des syndicalistes devaient disserter avec des « startuppers » de l’économie numérique. Las, le 3 mai, l’Intranet dela Confédération siffle la fin de cette grande journée de réflexion, faute d’un nombre suffisant de participants. Dur pour le premier syndicat du secteur privé.

    “Secret stories”

    Rien n’est épargné à l’internaute, pas même le lavage du linge de la famille. Le 27 avril, Patrice Sinoquet, responsable CFDT de l’usine Whirlpool d’Amiens, devant laquelle le candidat Macron avait été chahuté, annonçait qu’il voterait pour Marine Le Pen. Nombre de responsables de la CFDT suppliaient alors la direction de la Confédération d’exclure séance tenante ce suppôt des fachos. Pas si simple. Sinoquet a le soutien de la base et des responsables départementaux de la métallurgie. Il a fallu attendre 1e 10 mai pour qu’une circulaire interne tranche : « Nous allons suivre le circuit traditionnel de nos procédures afin de traiter cette situation en interne et non sous la pression médiatique. » Ben voyons…

    Le surfeur apprenait aussi en passant qu’en quelques semaines les syndicats d’Airbus Helicopters, des cheminots de Paris Sud-Est, des personnels de santé du Rhône et de la chimie de l’Ain avaient été placés sous tutelle. Bref, la sécurité informatique de la CFDT est aussi trouée que l’emmental.

    Cette faille, la centrale ne l’a découverte que prévenue par « Le Canard », le 21 juin. Les dirigeants de la CFDT ont alors bloqué tout le système puis verrouillé les entrées à double tour. « On n’a pas été assez vigilants », nous a confié Laurent Berger.

    Même à la CFDT, l’ouverture à ses limites.

    Dans le Canard enchaîné du 26 juillet 2017.

    19/08/2017 14:39:29 - permalink -
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  • Le désordre règne-t-il à Varsovie ?

    Ces derniers temps, les médias évoquent beaucoup la Turquie, son régime devenu fou et ses journalistes emprisonné⋅e⋅s, mais on entend peu parler de la Pologne. Dire que les eurodéputé⋅e⋅s polonais⋅e⋅s avaient mené un travail fabuleux pour enterrer ACTA… Comme quoi, tout peut changer très vite…


    Comme Jaroslaw Kaczynski, le tout-puissant président du PiS (le parti Droit et Justice), au pouvoir en Pologne, doit regretter le bon temps où son jumeau, Lech, était le président du pays, avant sa mort dans un accident d’avion en 2010… Car voilà que l’actuel président polonais, Andrzej Buda, pourtant lui aussi membre du PiS, vient, contre toute attente, de le défier en mettant son veto, le 24 juillet, à deux des trois lois liberticides que le parti a fait voter…

    La première de ces lois prévoit de virer tous les magistrats du Conseil national de la justice, dont les nouveaux membres doivent désormais être désignés par le Parlement, dominé par le PiS. Vous avez dit purge ? Et la deuxième, votée par le Sénat dans la nuit du 21 juillet, réduit le nombre de membres de la Cour suprême de 87 à 43, en l’inféodant au ministre de la Justice, qui est également le procureur général…

    Dénonçant une violation de la séparation des pouvoirs, l’UE a aussi sec menacé la Pologne de lui retirer son droit de vote au Conseil européen, une sanction jamais utilisée. Mais le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, a volé au secours de Varsovie… Un soutien encombrant !

    Surtout, des dizaines de milliers de manifestants ont protesté pendant le week-end, y compris sous les fenêtres de Jaroslaw Kaczynski. Pas sûr, pour autant, que le président Duda, en cédant à la rue, se soit vraiment rebellé contre son chef de parti. D’après Radoslaw Markowski, un chercheur cité par « liberation.fr » (25/7), il s’agirait d’une manœuvre de « diversion » menée par les deux hommes, en attendant de refaire passer ces lois scélérates en douce, « une fois la pression populaire retombée ».

    Ou alors il s'agit peut-être d'un épouvantail permettant de cristalliser la colère sur ces deux projets de loi alors que le véritable but a toujours été de faire passer la troisième loi. Le brave Peuple pense avoir été écouté, les deux projets de lois sont reportés, mais en fait, il a perdu : ils ont été créés et mis en scène uniquement pour permettre le passage de la troisième loi… ;)


    D’ailleur, Duda a entériné, le 25 juillet, la troisième loi, qui donne tout pouvoir au ministre de la Justice de nommer les présidents de tribunaux ordinaires…

    Pourvu que Bruxelles ne capitule pas sur la Vistule !

    Dans le Canard enchaîné du 26 juillet 2017.

    19/08/2017 14:16:49 - permalink -
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  • Beau comme un camion trafiqué

    Ils s’entendaient comme larrons en foire. Ils s’en mettaient plein les poches. L’Europe était leur terrain de jeu. Ça a duré quatorze ans. Ils viennent d’écoper de la plus grosse amende jamais infligée pour des faits similaires : 2,93 milliards d’euros.

    Au sein du cartel des camions se retrouvaient les six principaux constructeurs européens : le suédois Volvo, qui détient Renault, les allemands Daimler et MAN, détenus par Volkswagen (déjà bien connu pour sa grandiose arnaque sur les émissions de gaz polluants), le suédois Scania, le néerlandais DAF et l’italien Iveco. Entre 1997 et 2011, ils se sont entendus pour surfacturer le prix des camions sortis d’usine et ralentir l’introduction de technologies permettant de réduire les émissions de CO2. Et ce ne sont pas des petites économies qu’ils ont faites ainsi mais des fortunes : à eux seuls, ils fournissent 95 % du marché européen, soit jusqu’à 300 000 camions chaque année.

    Comme toujours dans ce genre d’histoire, c’est l’un d’eux qui a lâché le morceau : l’allemand MAN, qui, du coup, a été dispensé de mettre la main à la poche. Il a raconté comment tout avait commencé, dans un grand hôtel de Bruxelles, puis comment, à l’occasion des salons annuels, les six constructeurs s’étaient rencontrés pour actualiser leur arnaque. Pendant ce temps-là, la Commission s’échinait à pondre des normes visant à freiner l’augmentation des émissions de gaz carbonique des camions…

    Lesquelles ont bondi de 36 % entre 1990 et 2010, à la grande satisfaction du réchauffement climatique. Et ce ne sont pas les cars Macron qui vont arranger l’affaire…

    Dans le Canard enchaîné du 26 juillet 2017.

    19/08/2017 13:57:46 - permalink -
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  • Copy-n-Paste in KVM - Ricky's Hodgepodge

    Avec VirtualBox, il suffit d'installer les Guest Additions dans une machine virtuelle afin de copier/coller du contenu vers/depuis la machine virtuelle invitée et afin d'éviter que la souris soit capturée par le système invité.

    Pour faire pareil avec KVM + virt-manager :

    • Éteindre la VM ;

    • Dans les paramètres de la VM, vérifier qu'un « affichage spice », un « canal spice » et un « USB redirecteur » de type spiceVMC sont bien présents. Sinon, les créer ;

    • Démarrer la VM et installer l'agent spice sur le système invité. C'est le paquet spice-vdagent chez Debian (et il faut qu'un environnement graphique soit installé et en cours d'exécution). Pour winwin, c'est par là : https://www.spice-space.org/download.html . Redémarrer à la fin de l'installation.

    • Profit !
    18/08/2017 00:08:43 - permalink -
    - http://blogs.nologin.es/rickyepoderi/index.php?/archives/87-Copy-n-Paste-in-KVM.html
  • Prebake: Block EU Cookie Notices with Adblock

    Adblock filter list to block obtrusive EU cookie law notices.
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    For uBlock go to options->3rd party filter and activate
    "EU: Prebake - Filter Obtrusive Cookie Notices‎".

    Après quelques jours de test, je garde : ça apporte quelque chose, surtout si t'es du genre à demander à ton navigateur de purger les cookies à sa fermeture (auquel cas les sites web ne peuvent se souvenir que t'as accepté le dépôt de cookies dans une session de surf précédente).

    Via https://lehollandaisvolant.net/?id=20170806174506

    17/08/2017 15:10:01 - permalink -
    - http://prebake.eu/
  • Bercy veut tailler en presse les opérateurs de téléphonie

    Pris de vertige devant le manque à gagner pour les caisses de l’État — 1,2 milliard par an, selon le Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (Spiil) — qui s’annonce avec la généralisation de la fourniture gratuite de journaux aux abonnés des opérateurs de téléphone, Bercy s’apprête à siffler la fin de la récré. Le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, souhaite modifier la réglementation pour empêcher SFR et ses concurrents de se gaver au détriment des contribuables.

    SFR avait ouvert le bal en 2015, avec une combine qui fleure bon l’abus de droit. « Le Canard » (14/6) avait expliqué le truc : en offrant à leurs clients l’accès gratuit à nombre de titres de journaux, les opérateurs appliquent à près de la moitié de la facture téléphonique le taux de TVA réservé à la presse (2,1 %), au lieu du taux normal (20 %). La facture du client demeure inchangée, mais l'opérateur, lui augmente sa marge, puisque la TVA qu’il règle à l’État diminue.

    Une récente étude de la banque d’affaires américaine JPMorgan estime que SFR économise ainsi 400 millions d’euros par an, et Bouygues 260 millions. Soit 660 millions de taxe non perçue par l’État. Orange ne veut pas être en reste et va s’y mettre a la rentrée, suivi par Free. D’où le manque à gagner prévisible de 1,2 milliard d’euros par an. Une paille !

    Saisi au début de l’année par des concurrents jaloux pour savoir si la combine de SFR était légale, Bercy s’était bien gardé de répondre. « La loi n’est pas précise », expliquait-on au ministère du Budget. Patrick Drahi, le proprio de SFR, a donc poussé son avantage.

    Aujourd’hui, la ponction sur les finances publiques prend de telles proportions que Bercy doit agir. Difficile d’expliquer qu’on réduit les aides au logement de 5 euros par mois alors qu’on laisse les opérateurs s’engraissent [ NDLR : sic ] indûment de 1,2 milliard par an.

    Damnanin voudrait donc imposer que la TVA à taux réduit s’applique uniquement au chiffre d’affaires « presse » des opérateurs. C’est-à-dire à la redevance qu’ils versent aux journaux, en contrepartie du droit de diffuser leurs articles. Des redevances qui sont microscopiques. Ainsi, pour SFR, elles s’élèvent à moins de 40 millions par an. Avec la réforme Damnanin, le bonus fiscal de la boîte de Drahi passerait de 400 à moins de 10 millions par an.

    Pas sûr qu’avec ce régime les opérateurs continuent d’adorer la presse. Pas sûr non plus que la presse y perde, elle qui, avec ces pratiques, devient un simple produit d’appel pour opérateur de téléphonie, sans souci de son avenir.

    Dans le Canard enchaîné du 26 juillet 2017.

    16/08/2017 20:40:31 - permalink -
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  • La République vaut-elle plus que 35 euros ? (Spoiler : oui) - Journal d'un avocat

    Quand Maître Eolas part d'une amende de stationnement à 35 € pour t'expliquer les bases de notre société. À lire impérativement, surtout si t'es du genre à penser qu'il y a trop de réglementations en France.


    Sébastien X. est l’heureux propriétaire d’un lot dans le Lot, sur lequel se trouve une maison d’habitation et un garage. On y accède par un portail donnant sur la voie publique, par lequel une automobile peut passer afin de rejoindre le garage. Le trottoir devant cet accès est abaissé, formant ce que l’on appelle une entrée carrossable et plus couramment un bateau. Un jour, mû par la flemme ou peut-être parce qu’il ne comptait pas rester longtemps chez lui, peu importe, Sébastien X. a garé sa voiture devant l’accès à sa propriété, au niveau du bateau. “Que diable, a-t-il dû se dire, je ne gêne pas puisque seul moi ai vocation à utiliser cet accès. Or en me garant ainsi, je manifeste de façon univoque que je n’ai nulle intention d’user de ce dit passage”. Oui, Sébastien X. s’exprime dans un langage soutenu, ai-je décidé. Fatalitas. Un agent de police passant par là voit la chose, et la voit d’un mauvais œil ; sans désemparer, il dresse procès-verbal d’une contravention de 4e classe prévue par l’article R.417-10 du code de la route : stationnement gênant la circulation. Sébastien X., fort marri, décide de contester l’amende qui le frappe, fort injustement selon lui.

    Mais en matière routière, vu la masse considérable de contraventions constatées (on parle de plusieurs millions par an), un système dérogatoire du droit commun a été mis en place qui donne à ces contraventions de faible gravité de plus en plus le caractère d’une sanction administrative : la procédure dite de l’amende forfaitaire, prévue par les articles 529 et suivants du code de procédure pénale. Ainsi, la plupart des contraventions routières ne passent pas devant un juge, ni même devant un magistrat du parquet. […] Pour faire simple : on vous propose de payer une somme réduite, paiement qui éteint l’action publique, c’est-à-dire que vous ne pouvez plus être poursuivi pour ces faits, comme si vous aviez déjà été jugé (alors que par définition, vous ne le fûtes point). Si vous payez spontanément dans un délai de généralement 45 jours, vous payez une amende forfaitaire minorée dont le montant est fixé par décret. Au-delà, vous passez à l’amende forfaitaire normale, en raison du surcoût du traitement du dossier. Si la contravention est mise en recouvrement forcée, c’est une somme majorée qui vous est réclamée. […]

    […]

    La loi prévoit cependant une possibilité de recours. Fichu pays de droitdelhommiste, on ne peut être condamné sans avoir droit à défendre sa cause devant un juge. La procédure de l’amende forfaitaire est interrompue par l’envoi d’une requête au ministère public, qui dans ce cas doit porter l’affaire devant la juridiction compétente, aujourd’hui le tribunal de police […]

    […]

    Le code de procédure pénale prévoit que l’appel n’est possible que d’un jugement prononçant une peine, ce qui par définition n’est pas le cas d’un jugement de relaxe. L’officier du ministère public, qui représente le parquet devant les juridictions de proximité et le tribunal de police, et qui était un fin juriste, s’est étranglé en lisant cela et a formé le seul recours possible contre cette décision : le pourvoi en cassation.

    Pourquoi la cour de cassation a-t-elle mis à l’amende ce jugement ? Pour deux séries de motif dont chacun à lui seul justifiait la cassation.

    Le premier, et donc le plus important, est une violation par le juge de l’article R. 417-10, III, 1° du code de la route, ce qu’un coup d’œil à l’article nous apprend qu’il dispose : “Est également considéré comme gênant la circulation publique le stationnement d’un véhicule :
    1° Devant les entrées carrossables des immeubles riverains.”
    Or, nous dit la cour de cassation, les mots “circulation publique”, désignent aussi celle des véhicules de secours ou de sécurité, et ainsi le stationnement, sur le domaine public, devant les entrées carrossables des immeubles riverains, est également applicable aux véhicules utilisés par une personne ayant l’usage exclusif de cet accès. Le juge de proximité s’est planté grave (ça c’est de moi, je résume).

    Si l'on n'est pas d'accord, il faut donc demander un changement de la loi (par le biais de son⋅a député⋅e), pas s'attaquer à l'institution qui applique stricto-sensu cette loi.


    Le second est un problème procédural qui fait les cauchemars des avocats plaidant devant les tribunaux de police : la force probante des procès verbaux en matière de police de la circulation. Alors que le principe, fort méconnu des magistrats il est vrai, est qu’un procès-verbal constatant une infraction n’a valeur que de simple renseignement (art. 430 du code de procédure pénale), en matière de police, ils font foi jusqu’à preuve contraire qui ne peut être apportée que de deux façons : par écrit ou par témoin (art. 537 du code de procédure pénale, très bien connu des magistrats celui-là). Il faut comprendre que les faits constituant une contravention sont par nature matériellement très simples (le feu était rouge, la voiture garée sur une piste cyclable, etc.). Les constater ne demande aucune analyse en droit, aucune interprétation des faits, juste de les constater. En conséquence, la loi donne à cette constatation une force probante qui suffit à triompher de la présomption d’innocence. Si le prévenu conteste, ce n’est pas parole contre parole, la loi dit que la preuve a été rapportée. Il faut dans ce cas battre cette preuve en brèche, en apportant la preuve que ce qui est constaté est inexact, soit en produisant un témoin des faits, soit un écrit qui prouve que les faits ne se sont pas produits comme le dit le procès-verbal. Or Sébastien X. n’a produit ni écrit ni témoin prouvant que son stationnement n’était pas gênant pour la circulation, contrairement à ce que dit le procès-verbal. Dans ces conditions, le juge de proximité ne pouvait pas se contenter de dire qu’il n’est pas contesté par l’officier du ministère public que le stationnement ne gênait ni la circulation des automobile ni celles des piétons. Le juge devait exiger que cette preuve fût rapportée, par écrits ou par témoin. En ajoutant au procès-verbal des précisions qu’il ne contenait pas, le juge de proximité a violé l’article 537 du code de procédure pénale.

    Bref, ce jugement violait deux textes de loi. Et il faudrait s’émouvoir qu’un recours ait été formé pour l’annuler ?

    […] Le fait que l’enjeu était de 750 euros maximum et que l’affaire ne va probablement pas être rentable pour l’Etat n’a pas échappé au président Guérin, ni à M. Parlos, conseiller rapporteur, ni à M. Straehli, conseiller de la chambre ; ni à l’excellente Mme Guichard, greffière de chambre, ni à M. l’avocat général Cuny qui tous ont dû se pencher sur la question. Mais la question n’était pas financière, elle était juridique.

    La loi, en interdisant de se garer devant un bateau, ne crée pas un privilège pour les occupants de la propriété concernée leur allouant à perpétuelle demeure une fraction du trottoir réservée à leur usage personnel. Elle ne crée pas une place de parking gratuite et réservée aux propriétaires fonciers. Comme le précise la cour de cassation, l’obligation de laisser cet accès libre est aussi destinée à permettre le cas échéant l’intervention des services de secours et d’urgence ; par exemple en cas d’incendie, le portail grand ouvert, au besoin par la force, permettra de faire passer tous les tuyaux et au personnel de circuler rapidement et aisément, pour évacuer des blessés. C’est cela que protège avant tout la loi, et cela protège toute personne se trouvant dans la propriété, qu’elle soit la seule personne usant le garage ou non. Cela peut paraître évident mais en fait ça ne l’est pas, et pas mal de gens croient à tort qu’ils peuvent se garer devant leur garage, puisque ça ne peut gêner personne d’autre qu’eux même. Dame ! Le juge de proximité de Cahors lui-même a fait cette erreur. Le problème est que laisser cette décision subsister, ne fut-ce que par pragmatique souci de faire des économies, crée une décision judiciaire validant cette erreur. Que ne commettra pas la juridiction voisine. Ce que ne comprendront pas les citoyens : pourquoi à Cahors peut-on se garer devant son garage et pas à Figeac ou à Guéret ?

    L’égalité devant la loi est un principe fondamental. Les révolutionnaires, qui comme leur nom ne l’indique pas étaient de sacrés libéraux, l’ont dit eux-même un 26 juillet 1789 : la loi doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse. Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, article 5. Et oui, cela s’applique même aux règles de stationnement. Car si chaque citoyen commence à considérer que chacun peut adapter la loi à sa sauce, que le “bon sens”, ce sens qui curieusement nous donne toujours raison même quand on a tort, l’emporte sur les “réglementations”, ce sont rien de moins que la fondation de la société qu’on attaque. Sans hyperbole. Cela promeut l’idée que ceux qui suivent les règles sont au mieux des naïfs psychorigides et au pire des idiots. C’est une évidence qu’il faut pourtant rappeler : le respect généralisé de la loi est mieux que son irrespect généralisé (une simple ballade en voiture dans Catane en Sicile vous le démontrera) et ce respect généralisé repose sur une condition préalable : que ce respect soit imposé à tous de la même façon. Et c’est là l’essence du rôle du pouvoir judiciaire, depuis son invention par les Lumières.

    Comme vous le voyez, les enjeux derrière cette décision dépassent largement Sébastien X., Cahors, ou 35 ou 750 euros.

    16/08/2017 15:02:16 - permalink -
    - http://www.maitre-eolas.fr/post/2017/08/15/La-R%C3%A9publique-vaut-elle-plus-que-35-euros
  • Mettre à jour Ganeti [Alsace Réseau Neutre]

    Quand tu veux mettre à jour Ganeti et que :

    • T'as configuré le serveur SSH de tes hyperviseurs pour écouter sur un autre port que le port standard ;

    • T'as créé des paires de clés de type RSA pour tes hyperviseurs ;

    • T'as mixé des systèmes d'exploitation différents (voire du Debian Jessie mélangé à autre chose)…

    … ben tu rencontres deux-trois problèmes qui sont documentés ici avec une solution possible.

    10/08/2017 00:36:07 - permalink -
    - https://wiki.arn-fai.net/technique:ganeti#mettre_a_jour_ganeti
  • L’échec du fisc face à Google est celui de notre politique fiscale internationale - Libération

    Le principe de la fiscalité internationale est que la richesse doit être imposée dans le pays où elle se crée. Mais où se crée la richesse ? Selon la conception soutenue par l’OCDE, que la France a suivie, une entreprise ne doit régler des impôts dans un pays que si elle y bénéficie d’un «établissement stable», c’est-à-dire d’une «base matérielle fixe» dans laquelle elle exerce une «activité». Son paradigme est que la création de richesse s’effectue là où est produit un bien ou un service, et non là où il se vend ou s’utilise.

    Ceci réduit l’administration fiscale à l’impuissance face à l’économie numérique et plus généralement face à l’économie de services. Dans le domaine de l’économie numérique, produire n’est pas grand-chose, et la «production» peut se localiser n’importe où dans le monde, là où se trouvent les serveurs et les informaticiens. La création de richesse n’est plus là : un site ne vaut que par le nombre de ses clients, ou tout simplement de ses utilisateurs gratuits lorsque le profit repose sur la collecte de données numériques de type big-data. En matière de commerce on-line, les créateurs de valeur sont les clients, alors que, selon nos conventions fiscales, une activité de livraison en France n’implique pas un établissement stable. Ce sont parfois tout simplement les clics qui font les recettes, même si les «cliqueurs» ne paient rien, comme dans le cas de Google précisément.

    Les GAFA échapperont à l’impôt en France tant que la France suivra le modèle de convention fiscale internationale établi par l’OCDE, qui retient la notion matérielle et productiviste d’établissement stable comme critère de rattachement des bénéfices, et donc de répartition entre Etats du droit d’imposer.

    […]

    La solution limitée consisterait à étendre la notion d’établissement stable pour y inclure la fourniture de services et la «présence fiscale numérique». En l’état actuel de nos conventions, si une société étrangère se borne à fournir des services dans un autre Etat sans y disposer des locaux de «production» de ces services, elle n’a pas d’établissement stable dans cet Etat. Pourtant, quelques rares conventions fiscales retiennent une définition plus large de l’établissement stable, en y incluant, même en l’absence d’installation fixe, la fourniture de services. Cette extension de l’établissement stable préserve le pouvoir d’imposition des pays consommateurs de services. L’OCDE y est farouchement hostile, considérant que les multinationales occidentales ont tout à y perdre.

    La position de la France est alignée sur celle de ses partenaires de l’OCDE. Cependant, nos négociateurs ont dû céder devant l’exigence de certains pays émergents, et accepter cette extension dans nos conventions avec des pays tels que la Chine, Hong-Kong, la Colombie ou le Botswana. Si bien que, paradoxalement, la France adopte le point de vue «consommateur» avec les pays émergents, alors qu’elle conserve le point de vue «producteur» avec les Etats-Unis, pour qui nous sommes un pays de consommateurs. Nous sommes perdants sur les deux tableaux.

    […]

    La solution radicale consisterait à sortir du carcan de l’établissement stable. Il faut imposer les entreprises là où se réalisent les recettes. Le droit fiscal international pourrait s’inspirer… du droit fiscal américain : les sociétés étrangères sont imposables aux Etats-Unis dès qu’elles réalisent du «trade or business» sur leur territoire. Pourquoi ne pas imposer les entreprises américaines selon les principes américains ?

    […] Les pays industrialisés, réunis dans l’OCDE, ont fait prévaloir l’imposition dans l’Etat du siège, favorable à leurs entreprises multinationales ; inversement, les pays émergents militent en faveur de l’imposition dans l’Etat de la source, car c’est de plus en plus chez eux que ces multinationales vont chercher les consommateurs dont elles ont crucialement besoin. […]

    Oooooook. Tout ça c'est donc du bullshit autour de la notion de répartition des richesses au sein des territoires ! Fiscaliser Google en France, ça signifie perdre des bouts d'impôts aujourd'hui dus par nos sociétés nationales mais qui ne le seraient plus demain ! Et on voudrait gagner sur les deux tableaux… ou à défaut être sur le tableau le plus rentable du moment. Oooooook.


    Quand la France comprendra-t-elle qu’elle est de moins en moins un pays de producteurs et de plus en plus un pays de consommateurs, notamment dans le domaine de l’économie numérique ? On pourrait s’en inquiéter, mais non le nier. A défaut de parvenir à constituer des Google et des Amazon français, on peut se demander si notre politique fiscale internationale ne devrait pas suivre les options de l’ONU plutôt que de celles de l’OCDE auxquelles nous nous accrochons, moitié sous la pression des multinationales françaises qui craignent d’avoir à payer davantage d’impôts en Inde ou en Colombie (mais paient-elles beaucoup d’impôts en France ?), moitié par résignation.

    Via https://twitter.com/bluetouff

    09/08/2017 16:18:26 - permalink -
    - http://www.liberation.fr/futurs/2017/07/30/l-echec-du-fisc-face-a-google-est-celui-de-notre-politique-fiscale-internationale_1587100
  • Mais que devient l'argent des pauvres ? - Une heure de peine...

    Que font donc les pauvres avec leur argent ? Il y a des réponses évidentes bien sûr : ils consomment, achètent de quoi se nourrir, se vêtir, ils payent leurs factures, leur loyer, etc. On sait qu'ils consomment relativement plus que les autres, la propension à épargner étant croissante avec les revenus (la propension à consommer est donc, logiquement, décroissante). Ce qui signifie, notamment, que des prélèvements tels que la TVA, non-progressive, pèsent plus lourdement (relativement) sur leurs épaules que sur celles des plus fortunés. Contrainte budgétaire oblige - ça, c'est l'économiste en moi qui parle - ils se privent et ont du mal à épargner. Tout cela fera sans doute l'objet d'un consensus. Au-delà de ces quelques banalités, tout débat sur les revenus modestes devient d'un seul coup plus compliqué.

    Car, après tout, s'ils le voulaient, ils pourraient faire des efforts et épargner, morbleu ! Ils pourraient se priver un peu plus, ils pourraient faire attention, ils pourraient faire ceci et cela, et s'en sortir de leur pauvreté. La preuve, c'est que le meilleur ami du beau-frère de mon collègue connaît un gars dont la sœur a entendu l'histoire d'une famille pauvre qui s'en est sortie, alors ne me dites pas que ça n'arrive pas. Voilà ce que l'on entend si souvent. Et sont alors pointés les usages superflus, somptuaires ou simplement moralement condamnables de l'argent des pauvres : de l'écran plat au smartphone, en passant par la paire de baskets, la tournée offerte au café, le paquet de cigarettse, la barrette de shit ou encore les cadeaux aux enfants - cadeaux que l'on reprochera aux mêmes de ne pas faire, parce que la cohérence n'est pas de ce monde.

    Face à ce type de discours, il est courant d'essayer de montrer que ces dépenses apparemment irrationnelles ne le sont pas tant que ça. Prenons l'exemple du smartphone et autres produits équivalents : il est possible aujourd'hui de s'en procurer des modèles anciens à moindre coût, voire, si l'on cherche un ordinateur ou une tablette, d'en récupérer dans les poubelles des grandes entreprises de la Défense. C'est en outre un objet dont on peut difficilement se passer, surtout lorsqu'il s'agit de la seule connexion à Internet que l'on peut avoir, via les wifi gratuits. Support relationnel, mode d'information, moyen de communication avec des administrations toujours plus dématérialisées... Le smartphone, comme bien d'autres choses, est une fausse dépense superflue.

    Pour autant, faire des pauvres des modèles de vertu qui seraient simplement mal compris par des classes moyennes et supérieures un brin prétentieuses est un mode argumentatif limité. Si l'on observe un budget, quel qu'il soit, on pourra toujours y trouver des choses superflues, inutiles, dont on pourrait se passer. Les plus pauvres n'échappent pas à la règle : ce ne sont pas des saints qui ont une utilisation irréprochable de leur argent. Dans son ethnographie des expulsions à Milwaukke, Matthew Desmond refuse précisément de nier ces problèmes : "il y a deux façons de déshumaniser les gens", note-t-il, "leur nier toute vertu, les absoudre de tout péché" ("There are two ways to dehumanize : the first is to strip people all virtue, the second is to cleanse them of all sin", p. 378). Il rapporte ainsi le cas de Larraine : récemment expulsée, vivant chez son frère dans un mobile home, elle décide pourtant d'utiliser ses bons alimentaires (food stamps, distribués au titre de l'assistance) pour se faire un festin de homards, de crabes et de tarte au citron. En un repas, elle utilise toute son aide alimentaire. Elle achète aussi une grande télé neuve ou des crèmes onéreuses, et refuse de vendre ses bijoux même lorsque le prix de ceux-ci pourraient lui permettre de payer son loyer et d'éviter d'être mise à la rue. […]

    [Pour beaucoup de personnes, dont sa fille], Larraine est pauvre parce qu'elle jette son argent par la fenêtre. Mais l'inverse est beaucoup plus vrai : Larraine jette son argent par la fenêtre parce qu'elle est pauvre.

    Larraine aurait au moins pu économiser ce que lui coûtait son abonnement au câble. Mais pour une dame âgée vivant dans un mobile home isolé du reste de la ville, qui n'a pas de voiture, qui ne sait pas se servir d'Internet, qui n'a qu'occasionnellement un téléphone, qui ne travaille plus, et qui a parfois des crises de fibromyalgie et de migraines, le câble est un ami irremplaçable. Les gens comme Larraine vivent avec tellement de limitations différentes qu'il est difficile d'imaginer la quantité d'efforts, de contrôle de soi et de sacrifices qui leur permettrait de sortir de la pauvreté. La distance entre la pauvreté écrasante (grinding poverty) et une pauvreté à peine plus stable peut être si importante que ceux qui sont tout en bas n'ont que peu d'espoir de s'en sortir même en comptant chaque centime. Alors, ils choisissent de ne pas le faire. A la place, ils essayent de survivre avec un peu d'éclat (survive in color), d'adoucir la souffrance avec du plaisir. Ils fumeront un petit joint, ils boiront un petit verre, feront quelques paris ou s'achèteront une télévision. Ils peuvent acheter du homard avec leurs bons alimentaires (they might buy lobster on food stamp).

    Larraine a très tôt appris à ne pas s'excuser pour son existence. "Les gens vous reprochent n'importe quoi", dit-elle. Ça ne lui fait rien que le vendeur la regarde de travers. On la regarde de la même façon quand elle achète du vinaigre balsamique à 14$ ou des côtes de boeuf. Larraine aime cuisiner. "J'ai le droit de vivre, et j'ai le droit de vivre comme je l'entends", dit-elle. […]

    L'argent des pauvres passe donc pour partie dans des dépenses "inutiles", qui ne leur permettront pas de sortir de la pauvreté... mais qui, on le voit, leur permettront de ne pas se sentir complètement nié comme individu quand la pauvreté est un déni de soi permanent. Ce sur quoi insiste Matthew Desmond, et bien d'autres chercheurs, c'est que ces dépenses ne sont pas la cause de la pauvreté : tout au contraire, elles en sont la conséquence. C'est parce que l'on a si peu que tout utilisation vertueuse de son argent, toute tentative d'accumulation, d'épargne, de sauvegarde est vouée à l'échec. Ou plutôt demanderait des sacrifices si importants et si incertains qu'il est beaucoup plus rationnel de ne pas les faire : il vaut mieux se faire un festin de homard aujourd'hui, quitte à avoir faim tout le moins, plutôt d'avoir faim pendant plusieurs années pour pouvoir, peut-être, si la conjoncture et la providence le permettent, si l'on ne se fait pas voler ou tuer avant, si l'on ne tombe pas malade, et si l'on trouve comment faire, stabiliser un tout petit peu sa situation... […]

    […]

    […] Pour pouvoir participer aux activités de son groupe, le gars de la rue doit partager son argent avec les autres. S'il a de l'argent et que son ami n'en a pas, il est censé payer pour lui. On peut rester membre d'une bande tout en faisant des économies, mais on ne peut pas simultanément faire des économies et avoir un statut important dans la bande. Le prestige, l'influence sont en partie liés à la capacité de pouvoir dépenser sans compter. En règle générale, un gars de la rue ne dépense pas consciemment pour exercer une influence sur ses copains. Il s'adapte au schème de comportement de son groupe et sa conduite a pour effet d'accroitre son influence (p. 145).

    […]

    Les dépenses de Doc ne sont pas plus irrationnelles, et pas plus évitables, que celle de Chick. Si le premier y est contraint et pas le second, c'est du fait de leur position vis-à-vis du quartier, et non d'une personnalité différente. Pour Doc, payer un verre à un copain est un investissement dans un capital social populaire, un capital d'autochtonie (des notions que n'utilisent pas Whyte, notons-le : c'est moi qui reformule), lequel est sa principale ressource. Y renoncer aurait un coût énorme. Chick, lui, est dans une position plus distante et ne bénéficie pas des gains attachés à une position locale élevé. Il est donc plus facile pour lui d'y renoncer et d'aller chercher la réussite ailleurs.

    […]

    Pour les fumeurs interrogés, la cigarette est le moyen par lequel on rappelle à soi et aux autres les règles essentielles d’une socialité souvent en péril. Le coût élevé de ce bien, le manque qu’il provoque lorsqu’il est difficile de se le procurer font de lui un pivot par lequel il devient possible de reconstruire les règles d’un lien social particulièrement ténu pour les personnes les plus précaires. Grâce au tabac, celles-ci peuvent ainsi tenter de se réinscrire dans une société qui tend à les exclure. On comprend dès lors pourquoi il est si difficile d’arrêter pour ces fumeurs. D’une certaine façon, leur dépendance au tabac n’est pas seulement physique ou psychologique, elle est aussi sociale.

    Bref, deuxième élément de réponse à la question "que font les pauvres avec leur argent ?" : ils l'utilisent en partie pour maintenir des liens avec les autres, pour se garantir un minimum d'intégration, pour faire jouer certaines formes de solidarités... qui sont souvent autant de stratégie d'entretien de sa situation, quand il ne s'agit pas de question de survie, fut-elle aussi sociale que physique. La sociabilité, pour les plus pauvres, coûte cher - dans le cas de la cigarette, ce coût se supporte à la fois de façon pécuniaire et en termes de santé... Et pourtant, elle est incontournable : la sortie de la pauvreté apparaît improbable, le cancer des poumons est une menace éloignée dans le temps, mais l'isolement ou le rejet sont des réalités immédiates.

    […]

    Professionnels de l'interaction sociale comme les démonstrateurs de foire qu'étudie Ronan Le Velly, les démarcheurs à domicile ne font jamais que profiter de la pauvreté d'autrui. Si l'on se demande où va l'argent des plus pauvres, il faut peut-être s'interroger sur à qui appartiennent les poches où il finit par tomber : ici des classes moyennes et des grandes entreprises, trop heureuses de trouver une population sur laquelle exercer quelques formes de domination - le coup de la blouse blanche, on connaît ça depuis Milgram - quand il ne s'agit pas plus simplement de rester très flou sur des contrats que l'on encourage à ne pas lire... surtout auprès d'une population pour laquelle on se doute que l'accès à la loi et à la justice n'est pas la chose la plus simple du monde.

    Mais plus encore, Desmond note que c'est bien la pauvreté qui enrichit Sherrena. Son logement le plus vétuste est également le plus rentable. Les loyers qu'elle pratique sont élevés. C'est qu'elle profite, très concrètement, d'une population qui ne peut pas se loger ailleurs, moins parce qu'elle n'en a pas les moyens que parce qu'on ne la laisse pas aller ailleurs :

    Quand les immeubles ont commencé à apparaître à New York au milieu du XIXe siècle, les loyers dans le pire ghetto étaient 30% plus élevé que dans les beaux quartiers. Dans les années 1920 et 1930, les loyers pour les habitations vétustes des ghettos noirs de Milwaukee, de Philadelphie et d'autres villes du Nord était plus élevés que ceux pour de biens meilleurs logements dans les quartiers blancs. A la fin des années 1960, les loyers dans les plus grandes villes était plus élevés pour les Noirs que pour les Blancs pour des logements équivalents. Les pauvres ne se concentre pas dans les quartiers en mauvais état parce que les loyers y sont moins élevés. Ils sont là - et c'est tout particulièrement le cas pour les Noirs pauvres - parce qu'ils y sont autorisés.

    Les loyers représentent, que ce soit aux Etats-Unis ou en France, l'un des postes budgétaires le plus important, et ce encore plus pour les plus pauvres. Ce que suggère ici Matthew Desmond, c'est qu'il y a bien là quelque chose qui explique la pauvreté des plus fragiles : une forme d'exploitation de leur précarité, qui permet aux classes supérieures et moyennes propriétaires des logements de capter une part considérable des revenus de ces catégories. […]

    Evidemment, les Etats-Unis ne sont pas la France. Peut-être l'exploitation par les loyers y est-elle moins forte de ce côté de l'Atlantique... Mais l'un des arguments qui préside à la baisse et, peut-être, à la suppression des APL est que cela conduira à la baisse des loyers. Et derrière, l'idée qu'un marché immobilier libéralisé serait plus efficace. Les économistes sont nombreux à défendre cette idée : avec moins de réglementation, les expulsions seront peut-être plus nombreuses mais si les gens retrouvent un logement plus facilement derrière, il n'y a pas de problème. Les Etats-Unis offrent un exemple parfait de cette prospective : le marché immobilier y est très libéralisé, et sa fluidité est importante. L'ouvrage de Matthew Desmond souligne que, quoi qu'ils en disent, les économistes n'ont peut-être pas bien compris comment fonctionne le marché immobilier, car cette plus grande fluidité ne s'est pas accompagnées de moindres difficultés pour se loger pour les plus pauvres, loin de là, et les conséquences sur la pauvreté en général ont été terribles : des ménages sans cesse déplacer, privés de leurs ressources locales, incapables de s'investir dans des quartiers où ils ne font que passer en attendant la prochaine expulsion... […]

    Via https://dukeart.netlib.re/shaarli/?vSh_0g

    08/08/2017 12:47:28 - permalink -
    - https://uneheuredepeine.blogspot.fr/2017/07/mais-que-devient-largent-des-pauvres.html
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