The Daily Shaarli
Prétextant l’organisation du grand débat national, Macron a annulé toutes ses cérémonies de vœux à l’exception, a-t-il pris soin de préciser, de celle réservée aux militaires. Le chef des armées a pourtant fait une seconde exception, passée inaperçue celle-là, le 7 janvier, pour recevoir à déjeuner les membres du Conseil constitutionnel.
Il y avait urgence : le chef de l’Etat souhaitait prendre le pouls desdits membres et les cajoler avant de rédiger sa Lettre aux Français. En plat de résistance, Macron les a sondés sur la procédure possible pour instituer le RIC, le référendum d’initiative citoyenne, réclamé par les gilets jaunes.
Flattant ses convives, le Président a lourdement insisté sur le rôle primordial qu’il entendait leur confier si une telle réforme devait voir le jour. Les « sages » auraient pour tâche de faire le tri et de vérifier si les questions posées au référendum sont conformes ou non à la Constitution.
Un rôle que le Conseil assure déjà, a rappelé suavement son président, Laurent Fabius, entre la poire et le fromage. Depuis l’an 2000, tous les référendums qui ne visent pas à modifier la Constitution (et qui sont régis par son article 11) passent en effet dans un premier temps sous les fourches caudines des conseillers, qui peuvent les annuler.
Ce petit rappel vaut avertissement sans frais. Si le chef de l’Etat veut toucher à la Constitution, il est tenu de passer par la procédure beaucoup plus lourde prévue par son article 89 : avant tout référendum, le texte doit être adopté au préalable dans les mêmes termes par les deux Assemblées.
A vrai dire, Macron s’en doutait un peu, mais il espérait trouver un moyen d’éviter ce chemin semé d’embûches politiques et d’interminables négociations. En témoigne le premier projet de réforme constitutionnelle de Macron qui est enlisé au Parlement depuis déjà huit mois.
Le « nouveau monde » est bien obligé de passer par l’« ancien ».
Donc, si je comprends bien, la constitutionnalité d'un éventuel texte ou de futures questions citoyennes se discute préalablement au Chateau ?! Je n'avais pas compris que les pouvoirs étaient ainsi articulés par la Constipation de 1958. Au temps pour moi…
Cette démarche de prise de température nous montre néanmoins que le RIC se rapproche, faute d'autres issues à la crise actuelle… C'est pourtant une mauvaise idée… :(
Dans le Canard enchaîné du 16 janvier 2019.
Après avoir vu Edouard Philippe dans le rôle du superflic anti-casseurs sur TF1, Bruno Retailleau, le président du groupe LR au Sénat, n’en revenait pas :
« Le volet préventif avec obligation de pointer au commissariat, le volet répressif pour punir comme un délit le fait de venir masqué à une manifestation, le régime de la réparation par le casseur lui-même… c’est incroyable, ils ont repris toutes mes propositions ! » a confié Retailleau à quelques collègues sénateurs.
« Toutes », c’est-à-dire l’essentiel des articles de sa proposition de loi anti-casseurs « votés le 23 octobre au Sénat, ajoute-t-il, alors qu’à l’époque les sénateurs Mareheurs n’avaient pas donné suite ! Je me souviens de Laurent Nuñez me disant : “C’est bien, mais on va faire un groupe de travail.” »
Un enterrement de première classe et finalement une résurrection à la faveur de la crise des gilets jaunes. Résurrection qui ravit encore et toujours Retailleau :
« Le nouveau monde s’épuise : ils sont allés chercher les heures sup défiscalisées chez Sarko, le retour à l’ordre chez moi, et c’est grâce à LR que les 10 milliards de mesures d’urgence débloqués ont pu être votés en un temps record avant le 31 décembre. »
Dommage pour eux que les sondés ne leur disent pas merci en faisant remonter leur cote dans les enquêtes d’opinion.
Dans le Canard enchaîné du 9 janvier 2019.
Elles font sur Internet : en faveur de Christophe Dettinger, le boxeur de gendarmes, pour financer sa défense en justice, puis en faveur des forces de l’ordre et de leurs blessés. En quelques jours, des centaines de milliers d’euros ont été collectés par les « plateformes de financement participatif ». Le 8 janvier, l’intervention sur Francetvinfo de Marlène Schiappa n’a pas calmé le jeu, bien au contraire. A propos de la cagnotte pro-Dettinger, la secrétaire d’Etat a jugé « souhaitable de savoir qui [avait] donné à cette cagnotte », estimant que c’était là « une forme de complicité ».
Aussitôt apparaissait une cagnotte « pour que Schiappa se taise ». Un objectif très ambitieux, voire utopique ! Obtenir le mutisme de l’intempestive Schiappa pourrait coûter une fortune… et donner des idées au fisc.
Toutes ces tirelires cassées pour de bonnes ou de mauvaises causes font saliver Bercy. Les Français ont encore de la monnaie sous le matelas, et ils le prouvent sur Internet. imprudents !
Déjà le ministère des Finances envisagerait de ne plus parler d’« impôt sur le revenu » mais de « cagnotte prélevée à la source ».
Je passe rapidement sur le propos stupide de Schiappa : permettre la meilleure défense possible de qui que ce soit, y compris du pire monstre, dans le cadre d'un procès judiciaire en l'aidant à financer cette défense ne devrait jamais être perçu comme une complicité ni comme quelque chose de négatif. Qu'une ministre déclare cela est proprement effrayant. Mais c'est tellement courant dans notre prétendu état de droit.
Je rejoins le fond de cet article : entre le renouvellement de son iPhone, l'achat massif de bidules inutiles connectés comme le Google Home et l'Amazon Echo, les cagnottes sus-citées (1,6 million au total), la cagnotte pour retrouver le joueur de foot Emiliano Sala (254 k€), ouais, je pense aussi que le français moyen a du fric en réserve et que sa demande de l'augmentation du pouvoir d'achat est illégitime. Le fric, c'est comme le temps, c'est une histoire de priorité. On ne devrait pas dire « je n'ai pas d'argent pour telle chose » mais « j'ai choisi de ne pas avoir d'argent pour telle chose ». Alors, oui, certains achats des pauvres semblent superflus aux bien-portant alors qu'ils s'inscrivent en réalité dans des actes sociaux de survie, mais il ne faut pas pousser.
J'aime à constater que 51 000 français moyen ont contribué à une cagnotte pro-flics pour un montant total de 1,5 million d'euros. Ça me fait penser à l'appel au retour à la loi et à l'ordre à la fin du mois de mai 68 par les personnes effrayées par la liberté. Les temps ne changent pas.
Dans le Canard enchaîné du 16 janvier 2019.
La promesse date de l’élection présidentielle : il s’agit d’offrir à tous les jeunes de 18 ans un Pass culture d’une valeur de 500 euros. Il doit leur permettre d’acquérir des places de cinéma et de théâtre, des CD, des DVD, des journaux ou des livres. Le tout grâce à un logiciel installé sur leur téléphone portable. Sur le papier, et sans compter l’informatique nécessaire, la note aurait dû s’élever à 500 euros que multiplient 800 000 jeunes, soit 400 millions d'euros.
Mais, comme l’a raconté « Le Canard » (11/7 ), Eric Garandeau, un inspecteur des finances qui gère l’opération pour le compte du ministère de la Culture, a trouvé une astuce à la hauteur de la facture. Le ministère ne financera sur son propre budget qu’une petite part de l’opération : à peine 80 millions d’euros. Le solde sera « offert » par les éditeurs, les producteurs ou les auteurs.
La lecture des circulaires adressées, cette semaine, aux éditeurs par le ministère de la Culture le confirme. Après leur avoir annoncé que la phase d’expérimentation allait débuter le 1er février dans cinq départements tests (Bas-Rhin, finistère, Guyane, Hérault, Seine-Saint-Denis) et concernerait 10 000 jeunes, ladite circulaire en détaille le fonctionnement.
Pour les éditeurs de journaux, « la presse est intégrée à la partie du Pass réservée aux offres culturelles numériques à côté de la VOD et de la musique, sous la forme d’abonnements. La fourniture des contenus par les éditeurs sera gratuite, mais cette gratuité ne sera toutefois pas communiquée à l’utilisateur, qui “achètera” l’abonnement numérique au prix de référence ».
Traduction, en clair, de ce jargon : les journaux sont priés de fournir gratuitement leur contenu numérique, mais pas question qu’ils l’avouent publiquement.
Le ministère de la Culture fera donc croire aux jeunes que c’est grâce à la générosité présidentielle qu’ils peuvent lire des journaux.
Être généreux et frimer avec l’argent des autres, c’est pratique…
Dans le Canard enchaîné du 9 janvier 2019.
Le communiqué commun annonçant leur divorce est des plus rassurants : Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon — homme le plus riche du monde en 2018, selon « Forbes », avec 97 milliards d’euros —, et son épouse, MacKenzie, sont décidés à rester « de très affectueux amis » et envisagent « un avenir merveilleux en tant que parents, amis et partenaires en affaires ». Un faire-part qui donnerait presque envie de se marier pour partager ensuite les joies d’un divorce aussi paradisiaque…
Hélas ! quelques heures après ce communiqué à l’eau de rose, la presse américaine révélait que Jeff quittait madame pour une présentatrice de télé. L’affaire se complique d’autant plus que, lors du partage, la future ex-Mme Bezos pourrait partir avec 8 % du capital d’Amazon dans les poches. Calculée à la louche, cette somme atteindrait 70 milliards de dollars et ferait d’elle la femme la plus riche du monde. Comme elle a joué, au début de leur mariage, un rôle important dans la création du géant du commerce en ligne, MacKenzie Bezos pourrait garder une place stratégique dans le groupe. Affectueusement ?
Si le divorce tourne mal, Amazon en pâtira. Et tout le business mondial avec… Voilà le cours de l’action indexé sur l’état des négociations, des disputes, des rebondissements d’un divorce hors norme. Les avocats se frottent les mains, mais le capitalisme tremble. Avec leurs milliards d’actions, les époux Bezos affolent Wall Street. Il serait urgent qu’ils publient un autre communiqué tout aussi lénifiant mais plus précis : « Si on reste de très affectueux amis, c’est pour les actionnaires. »
D'un côté, je vois d'un œil positif tout ce qui est susceptible de déstabiliser Amazon, car cette multinationale dénuée de toute éthique (sociale, fiscale, commerciale) est malsaine et dangereuse. De l'autre, je pense que tout cela est glauque : un communiqué lénifiant, un divorce scruté à la loupe, tout ça pour rassurer des actionnaires (et se rassurer soi-même, je ne suis pas sûr que Jeff Bezos soit tranquille à l'idée que son ex-femme conserve une place stratégique à la tête de sa société). Toute la sottise humaine est ici résumée…
Dans le Canard enchaîné du 16 janvier 2019.
Le prix du kilowattheure ne représente, lui, que 25 % de la fortune réglée par l’abonné. Comme le baril de brut dans l’essence à la pompe.
Cette réalité a de quoi faire (re)disjoncter les gilets jaunes : ils sont, comme tous les Français, pressurés autant à domicile que sur les routes. Depuis quinze ans, la tripotée de taxes que l’Etat applique à l’électricité a doublé ! Ces ponctions atteignent un montant faramineux, comparé au prix de revient des kilowattheures électriques générés par les centrales nucléaires, les barrages, les panneaux solaires et autres éoliennes. Dans la facture, ce coût de production du kilowattheure ne représente plus que 25 %. Tout comme le carburant brut dans la note d’un plein d’essence.
Résumons : sur une quittance d’électricité à 100 euros, l’Etat prélève 35 euros de taxes, les producteurs 25 euros, les transporteurs et distributeurs 40 euros. Rapportés aux 65 euros de la facture « hors taxes », les 35 euros de fiscalité représentent un impressionnant 54 % !
J'ai eu du mal à comprendre car c'est mal formulé et que je dispose d'un cerveau lent. Heureusement, professeur Johndecs est là pour tout t'expliquer :
Ce pourcentage, bizarrement, n’apparaît pas sur les factures, malgré les calculs — aussi obscurs que détaillés — fournis à l’abonné.
Révolte sur les volts
Et en quoi consistent ces prélèvements fiscaux ? Le kilowattheure est d’abord frappé, comme la totalité des biens vendus en France, par la TVA, au taux de 20 % (5,5 % sur l’abonnement). A quoi s’ajoutent trois taxes spécifiques venues s’empiler au gré des réformes.
- La CSPE (contribution au service public de l’électricité) compte pour 15 % dans le prix du kilowattheure. Créée en 2000, elle sert essentiellement à racheter l’énergie renouvelable (éolienne et solaire) produite par les particuliers.
- La CTA (contribution tarifaire d’acheminement — 5 % du prix du kilowattheure), mise en place en 2004, permet de financer le régime spécial de retraite des salariés du secteur électrique.
- Quant à la TCFE (taxe sur la consommation finale d’électricité — 7 %), elle est reversée aux départements et aux municipalités, pour l’entretien du réseau.
Ces trois taxes sont elles-mêmes soumises… à la TVA ! Et pourquoi pas, demain, à la CSG sur la TVA ?
Au fil des années, la boule de neige ne cesse de grossir. En 2006, le prix du kilowattheure représentait 40 % de la facture ; aujourd’hui, ce chiffre est tombé à 25 %.
Des petits malins vont peut-être en déduire que le prix de l’électricité baisse…
Le gaz, lui aussi, connaît une explosion des taxes, qui gonflent le prix du kilowattheure. En 2010, celles-ci représentaient 19 % du tarif (hors taxes). Aujourd’hui, elles pèsent plus du double : 39 %.
Outre la TVA à 20 %, c’est la faute à deux taxes particulières — elles-mêmes soumises à la TVA ! Primo, la contribution tarifaire d’acheminement (CTA), instaurée en 2004 : d’un montant d’environ 5 %, elle finance le régime spécial de retraite des « gaziers ». Deuzio, la très écolo taxe intérieure de consommation sur le gaz naturel (TlCGN), censée dissuader les consommateurs d’utiliser les énergies fossiles. Celle-ci bat des records de voracité : depuis son imposition aux particuliers, en avril 2014, elle a flambé de 610 %, passant de 1,19 à 8,45 euros le mégawattheure. Une taxe si envahissante que son augmentation, prévue dans le budget de 2019, faisait plus que compenser la diminution de près de 2 % du prix du gaz, due en partie à la baisse du prix du baril de pétrole.
Jusqu’à ce que le gouvernement, confronté aux manifestations des gilets jaunes, décide prudemment de décréter un « moratoire ». Enfin, juste pour 2019.
Après, tout dépendra de la fréquentation des ronds-points !
Dans le Canard enchaîné du 9 janvier 2019.
