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——————————— April 15, 2020 - Wednesday 15, April 2020 ———————————

Des confinés privés de joies
Pape et confinés : messes sans foules
Confinés sans avoir de perm
Plus de bises pour les confinés !
Manon a deux petites croix !
Que fait ce verrat dans ce champ ?
Ce vieux cru gate le goût du blanc !
Des parrains se butent, et ces brutes sont privés de Pâques
Vu des photos de péniches dans les vécés
Parés côté tennis, des taupins trichent sur des maths
Des fessés, ça fait mal à la nuque



Mes trouvailles :

Des confinés privés de joies (des cons figés privés de noix)
Pape et confinés : messes sans foules (paf et cons pinés, fesses sans moules - ‒ paf étant l'organe de monsieur)
Confinés sans avoir de /perm
Plus de bises pour les confinés ! (plus de baise pour les cons finis)
Manon a deux petites croix !
Que fait ce verrat dans ce champ ? (que fait ce Veran dans ce chat ‒ chat étant l'organe de madame)
Ce vieux cru gate le goût du blanc !
Des parrains se butent, et ces brutes sont privés de Pâques (des putains se barrent, et ces braques sont privés de putes)
Vu des photos de péniches dans les véc/és (vu des photos de pénis dans l'évêché)
Parés côté tennis, des taupins trichent sur des ma/ths (Tarés côté penis, des tapins trichent sur des mottes ‒ motte étant l'organe de madame)
Des fessés, ça fait mal à la nuque (déféquer, ça fait mal à l'anus)

Dans le Canard enchaîné du 15 avril 2020.

Résumé : énième critique du développement personnel. Vrai besoin face au violent marché de l'emploi, à l'exclusion, à l'absence de sens dans ce que nous faisons, à l'impuissance générale, à l'individualisme rampant qui nous rend vulnérable. Le dév personnel nous invite à trouver la solution en nous, à prendre soin de nous, à survivre, à trouver le bonheur contre autrui, comme si notre vie dépendait seulement de nous (ce qui renforce le problème initial), à changer notre regard sur les choses, à nous auto-persuader que tout va bien, tout est bien. C'est une Injonction permanente au bonheur… qui nous rend plus vulnérables encore. Plus question de s'organiser collectivement pour être plus fort face à nos oppresseurs / problèmes. Plus question de changer ce qui ne va pas, mais d'accepter les choses comme si elles étaient immuables. Évidemment, comme dans tout domaine, les arnaqueurs en profitent pour vendre livres et coaching. À quoi bon travailler sur soi afin de se conformer aux attentes d'un monde qu'on sait être injuste et cynique ? Je pense que le dév perso draine des concepts sains, mais c'est vrai qu'on pourrait les retrouver en philo, psycho, etc., mais moins clé en main.



Je note que la critique du développement personnel est d'actualité. Ici Usul au début de l'année 2019. Siné mensuel traite le sujet dans son édition de janvier 2020. J'en ai aussi lu ailleurs.

  • Le développement personnel répond à de vrais besoins. Nous sommes mis sous pression par un marché de l'emploi avec brimades et objectifs de moins en moins tenable dans lequel nous faisons des choses qui n'ont pas de sens à nos yeux. Il faut être performant. Nous pouvons être des exclus sociaux pour plein de raisons (handicap, pauvreté, origine, sexe, non-conformiste, etc.). L'individualisme, l'atomisation de la société fait qu'il n'y a plus de collectifs significatifs pour se construire une identité, pour fonctionner et pour trouver des solutions collectives afin de faire face aux problèmes dont la violence de l'emploi salarié, l'exclusion sociale, la catastrophe climatique, etc. On se sent impuissant / vulnérable face au monde. Tout cela peut créer une vulnérabilité psychologique ;

  • Alors on essaye de trouver la solution en nous, de faire ce que l'on peut pour soi, de prendre soin de soi. C'est une forme de survivalisme intellectuel, de résilience. On essaye de vouloir le bonheur malgré autrui et contre autrui. On essaye de gérer autrui. On essaye de se changer soi-même plutôt que de changer ce qui ne va pas dans le monde. Comme si notre vie dépendait de nous et pas également du bon vouloir d'autrui (collègues, patron, État, etc.). On accentue ainsi le repli sur soi, l'individualisme, et donc, le problème initial… Plus question de s'organiser collectivement pour être plus fort face à nos oppresseurs et/ou nos problèmes communs ;

  • Il faudrait tout voir positivement. Il faudrait s'auto-persuader que tout va bien, que c'est notre regard qui est défectueux. Une faiblesse en toi / difficulté ? C'est une opportunité. Il faut aller de l'avant. Il faut se lancer des défis. C'est une injonction permanente au bonheur. Cela va forcément amplifier ton mal-être puisque si tu ne parviens pas au bonheur malgré la formule magique d'un livre / coach, c'est que c'est toi le problème… Heureusement que nos ancêtres se sont battus pour des droits, qu'ils n'ont pas accepté (toutes) les injustices de leur époque, parce que sinon… ;

  • À quoi bon travailler sur soi afin de se conformer aux attentes d'un monde qu'on sait être injuste et cynique ? Ne faudrait-il pas se battre contre le monde plutôt que contre soi ?

  • Le système détruit des gens, mais c'est pour mieux leur proposer des solutions payantes : livres, coachs, psy, thérapies, etc. En 2018 et les années précédentes, 10 à 20 % des signalements annuels auprès de Miviludes concernent les coachs… On peut aussi voir ça sous un angle """"positif"""" : des gens finalement tout aussi paumés que les autres essayent très sincèrement de proposer des """"solutions"""" à leur niveau et se font payer pour cela ;

  • Pour avoir lu quelques livres de développement personnel, je veux nuancer : il y a aussi des choses intéressantes. Apprendre à se connaître soi-même / identifier les croyances qui nous limitent (elles ont une cause interne et externe, elles ne se corrigent pas d'un claquement de doigt contrairement à ce qu'écrivent les gourous, mais c'est déjà bien de les identifier). Apprendre à faire la différence entre les faits et l'interprétation d'autrui (une insulte, c'est une interprétation, par exemple). Apprendre à exprimer ses besoins et à ne pas gueuler sur les gens (que tu gueules ou non, ils ne feront pas ce que tu veux). Comprendre que leur propre importance est ce qui anime les gens et qu'il faut jouer sur ça pour les faire bouger. Certains livres posent même la question de ce qu'est une vie réussie à tes yeux (c'est vraiment un emploi, une maison, un gosse, etc.) ? C’est vrai aussi qu'on peut apprendre la majorité de ces choses dans d'autres matières bien établies (philosophie, psychologie, etc.), le dév personnel en offre un format clé en main.
  • Vocabulaire : l'énergie renouvelable n'existe pas. On ne produit pas d'énergie (à partir de rien). On ne consomme pas d'énergie. On la transforme. La quantité d'énergie se conserve, elle ne se renouvelle pas. L'orateur semble considérer qu'affirmer qu'une énergie a une source renouvelable est valide. Je pense pas : le soleil a un début et une fin estimée, il n'aura probablement pas de remplaçant. La force motrice du vent ou de l'eau se répète, mais elle ne se régénère pas et il y aura peut-être une fin ;

  • Comparaison entre prise de décision et physique quantique. Avant une prise de décision, on est dans l'état A+B, superposition de deux mondes possibles, de deux états possibles du système. Décider, c'est casser cette somme, cette indétermination, afin d'obtenir soit A, soit B. Le juste milieu pour contenter tout le monde n'est pas une solution, car, alors, on ne testera pas l'hypothèse de départ (si l'on nuance A avec B, on n'aura pas toutes les propriétés attendues du choix A, donc on n'aura pas tester le choix A). Parfois, pour décider, il faut se référer à des valeurs, à des dogmes, donc le choix devient arbitraire ;

  • On n'explique plus comment les idées deviennent des connaissances. Comment a-t-on su que la terre est ronde ? Quels arguments ont été utilisés des deux côtés ? Avoir des connaissances ne suffit pas, car ceux qui les contestent ont des arguments. Si l'on ne sait pas présenter les arguments de notre connaissance et son histoire, on échouera à convaincre. Imposer un fait, une connaissance, ça ne fonctionne pas. Face aux nouvelles découvertes très pointues, avons-nous encore la compréhension / la maîtrise de nos connaissances ? ;

  • Le débat liberté contre sécurité est absurde : si l'on aime la liberté, alors on aime (pas on tolère) les risques qui lui sont inhérents. Il ne faut pas confondre diminuer un risque et diminuer l'anxiété. Les lois sécuritaires tentent de diminuer l'anxiété de la société avec des mesures qui apportent un gain nul ou très faible en sécurité ;

  • Vocabulaire : l'expression « intelligence artificielle » est-elle une mauvaise traduction ? En anglais, « intelligence », c'est l'information, le renseignement (comme dans CIA), pas l'intelligence française qui inclut émotion, empathie, etc. Si l'IA, c'est la compréhension artificielle du renseignement, traiter massivement de l'information, alors ce n'est pas nouveau, les ordinateurs ayant toujours été des machines à manipuler l'information ;

  • Nucléaire. Migrer vers le tout-nucléaire afin de débuter la transition énergétique (lutter contre le CO2 des centrales à charbon, en gros) n'est pas possible : il faudrait un nombre conséquent de réacteurs (ce qui réduirait la sécurité par la prise de distance avec une centrale et qui nécessiterait plus de contrôles, etc.) et une quantité importante de combustible. Il faudrait également probablement utiliser de l'uranium 238 afin que la réaction soit plus pêchue, etc. L'usage du thorium dégage des produits de fission qui crachent pas mal de rayonnements gamma de haute énergie ;

  • Théorie unifiée / du tout. Unifier, dans une même représentation mathématique, la description des 4 interactions fondamentales (gravitation, les forces nucléaires et la force électromagnétique). À quoi reconnaîtra-t-on quelle est une théorie du tout, qu'elle oublie rien ? Comment la démarquer d'une théorie concurrente ? Comment la tester ?

Résumé : une morale est relative à un contexte temporel éco-socio-culturel. Transformer de nécessaires usages communs à un instant T en morale, c'est leur octroyer de la légitimité après-coup afin de définir qui est dans le camp du bien et de justifier l'immobilisme. Droite comme gauche se réclament de valeurs et tout le monde prêche le bien et l'intérêt général, donc en faire grief seulement à la gauche (camp du bien, bien-pensance, etc.) n'est pas sérieux. Vouloir changer des choses / de système, c'est être immoral, il faut affronter la morale de l'époque qui a l'avantage de pré-exister donc d'être enracinée. Il faut remplacer la morale par la raison (arguments, mesures, etc.), sinon on obtient un non-débat valeurs contre valeurs, morale contre morale. L'organisation de la vie en commun doit rester neutre aux valeurs et elle doit créer le cadre qui permet à plusieurs morales de co-exister. Pourtant, on continue à vouloir insuffler de la morale partout (économie, politiciens, école) car ça permet de nier la défaillance d'un système pour la remplacer par la faillite morale des méchants individus. Il m'apparaît très difficile d'avoir en tout temps un argumentaire basé sur la raison (on n'a pas de chiffres sur tout, on se questionne uniquement en fonction de la morale actuelle, tout ne se démontre pas par des chiffres, etc.).


  • Une morale est liée à un contexte temporel éco-socio-culturel (Montaigne), donc elle est relative : on peut trouver immoral les homosexuels et la nudité tout en applaudissant une guerre. En France, la morale la plus répandue est celle issue du christianisme ;

  • Pour constituer un bloc, une société humaine a besoin d'usages, de traditions et de mensonges communs (Montaigne, Durkheim). Transformer cela en morale en lui donnant un côté immuable, c'est justifier, après-coup, les pratiques afin de définir qui est dans le camp du bien. La morale fait donc souvent l'apologie de ce qui est déjà en place ;

  • Gauche comme droite se réclament de valeurs, ce qui invalide le raisonnement "la gauche se réclame dans le camp du bien, de la bien-pensance, etc.", car la droite le fait aussi. Quand il s'agit de faire accepter ses idées, tout le monde prêche le bien et l'intérêt général. Le partage des richesses par l'impôt, par exemple, peut être dénoncé comme étant immoral par la droite, car il entre en conflit avec les valeurs travail, mérite et justice (il est injuste de prendre son gain à quelqu'un qui a réussi à la sueur de son front). À l'inverse, la gauche lui confère les valeurs justice (une réussite est jamais individuelle, tu utilises des savoirs, des outils, des matières premières d'autrui, donc il faut redistribuer le gain) et vertu (l'accroissement des inégalités ne sont pas saines car ça attise le rejet de l'autre) ;

  • Du coup, vouloir changer des choses / de système, c'est être immoral, ce que la gauche a souvent été (remise en cause du roi divin, remise en cause de Dieu sur l'homosexualité, la pillule, etc.). La droite, moins (les années frics, par exemple). Il faut alors faire front à la morale dominante. Quand Badinter disserte devant l'Assemblée sur la fin de la peine de mort, il expose qu'elle va à l'encontre des idées de Jésus (qui peut juger un homme sinon Dieu ?) et de celles de la République ;

  • Mais, cela conduit un non-débat valeurs contre valeurs, morale contre morale. Il faut remplacer la morale par la raison, ne pas respecter aveuglément des valeurs. Les valeurs dispersent, la raison peut créer du consensus. La politique (organisation de la vie de la cité) doit rester neutre aux valeurs. Elle doit créer le cadre qui permet à plusieurs morales de co-exister, ne jamais dire quel mode de vie est le bon.

    • Je suis sceptique. Il me semble difficile d'avoir, en tout temps, un argumentaire basé sur la raison. On questionne notre environnement avec nos valeurs, il n'y a pas d'objectivité, donc il y a des choses qu'on ne voit pas / remet pas en question. On ne mesure pas tout (exemple : la fraude fiscale et la corruption), notamment, car les recherches portent sur les sujets jugés moraux par l'époque. Il n'est pas facile de démontrer, de manière univoque, la causalité "hausse des inégalités = explosion du groupe", par exemple, car cette explosion peut avoir plusieurs causes. Utiliser exclusivement la raison, c'est aussi se refuser de décider tant qu'on n'a pas connaissance de tous les éléments… ce qui revient à ne pas décider (une décision, c'est toujours dans l'incertitude). D'ailleurs, les arguments raisonnés de Badinter contre la peine de mort cités dans la vidéo sont difficilement démontrables : une personne est-elle intégralement coupable jusqu'au bout de ses ongles, la justice est-elle infaillible, la peur de la mort est-elle vraiment dissuasive ? Seul le deuxième point s'illustre avec des chiffres (nombre d'erreurs judiciaires). Il ne suffit pas de montrer qu'il reste des infractions pour démontrer le troisième point. Quand au premier, il s'agit d'un débat philosophique… ;
  • Pourtant, on continue à vouloir moraliser l'économie (2008), les politiciens (2017), d'enseigner la morale à l'école, etc. C'est une entourloupe. Cela consiste à individualiser afin de ne pas remettre en cause un système : l'école n'est pas en manque de moyens, le programme scolaire n'est pas en cause, la hausse des inégalités non plus, le contrôle social de l'école n'y est pour rien, non, le vrai problème, c'est le manque de morale des élèves (irrespect de l'autorité, irrespect de la valeur travail, etc.). Distiller de la morale évite de penser à un nouveau système. Pourtant, les politiciens, de droite comme de gauche (Méluche) continuer de parler de morale, de morale républicaine et de vertu (faire ce qui est bien pour autrui).

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