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——————————— March 24, 2018 - Saturday 24, March 2018 ———————————

Emmanuel Macron ne cache pas sa frustration. Six mois après les élections législatives allemandes, et à la veille du Conseil européen des 22 et 23 mars, son grand projet de réforme de la zone euro n’a toujours pas avancé d’un iota.

Le Président, qui a reçu la Chancelière en tête à tête à l’Elysée le 16 mars, n’a pas obtenu son feu vert pour l’un de ses projets phares : la création d’un budget de la zone euro et d’un poste de ministre des Finances européen. Angela Merkel s’est retranchée derrière ses « contraintes politiques » : la montée en puissance de l’extrême droite (AfD), les prochaines élections de son allié bavarois le CSU…

« Pour la première fois depuis la crise financière, il y a tout de même une amorce d’union économique avec le Fonds européen pour les investissements stratégiques (Efsi), se gargarise un conseiller du Château. C’est inscrit dans le marbre du contrat de coalition entre la CDU et le SPD. »

Le fameux contrat de 175 pages consacre en effet… cinq pages au « sursaut de l’Europe » et trois lignes au « renforcement » du Fonds, qui, créé par la Commission européenne, existe depuis… 2014.

Pas encore le grand tourbillon européen espéré.

La candidate de Merkel

A un peu plus d’un an des élections européennes de mai 2019, le grand marchandage des postes clés en Europe a démarré. Emmanuel Macron en pince pour Margrethe Vestager, la commissaire européenne à la Concurrence, pourfendeuse des Gafa. La libérale danoise, modèle de l’héroïne de la série « Borgen », a demarré sa campagne en trombe, sur France Inter (15/3). Avec quelques phrases en français…

Mais sa candidature se heurte aux projets d’Angela Merkel, qui pousse la patronne du FMI, Christine Lagarde. Elle présente l’immense avantage, aux yeux de la Chancelière, d’appartenir à la grande famille du PPE, le Parti populaire européen. Mais Macron ne veut pas en entendre parler.

En faisant la promotion d’une Française à la tête de la Commission, Merkel se réserve ainsi la possibilité de nommer à la présidence de la Banque centrale l’un de ses anciens collaborateurs, Jens Weidmann.

Une Kolossale manœuvre…

Pas touche aux finances

« La priorité d’Emmanuel Macron, c’est la présidence de la BCE, assure l’un de ses amis. C’est la clé de voûte des réformes en Europe, et les Allemands pèsent déjà suffisam-ment sur la zone euro avec leur ministre des Finances. »

Le président de la République espère pouvoir y placer le germanophone François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France. Héritier de la grande famille qui a cofondé le groupe Villeroy & Boch, implanté en Lorraine et en Sarre, il devrait séduire les Allemands.

Sauf qu’il est considéré comme une « colombe » en matière monétaire. Or le parti d’Angela Merkel et les pays du nord de l’Europe souhaitent un « faucon ». C’est-à-dire un adepte d’une politique monétaire orthodoxe.

Le billard européen n’est pas un sport facile.

Dans le Canard enchaîné du 21 mars 2018.

Chez Ikea, le 29 février 2012 fut une très sale journée, résumée par le parquet de Versailles dans son réquisitoire, fin janvier.

Ce jour-là, FO déposait une plainte contre « un système d’espionnage organisé » au sein de la boîte suédoise, « parallèlement “Le Canard” relayait l’information » et, enfin, le président de la Cnil « décidait de réaliser plusieurs contrôles » au siège de la société et dans plusieurs magasins.

Six ans après cette date funeste, les turpitudes de la marque aux meubles légendaires sont retracées sur 102 pages. Tous ses magasins ou presque sont touchés, comme 11 de ses cadres et employés. Un ex-dirigeant d’une ex-société privée d’« investigation » et 4 policiers, dont des gradés. Tous prévenus d’avoir « mis en place un système (…) visant à obtenir des renseignements sur les candidats à l’embauche et certains collaborateurs, tirés pour partie de la consultation des fichiers police/gendarmerie ». Un système « largement répandu », utilisé « à grande échelle ». Et aussi « connu des dirigeants d’Ikea ». Le parquet demande le renvoi devant le tribunal de tous ces sympathiques « espions ».

« Njut », comme on dit chez Ikea : encore des journées noires !

Dans le Canard enchaîné du 21 mars 2018.

Enfin des sanctions, des contrôles, des obligations ! Ces flemmards de chômeurs ont fini de se la couler douce. Comme promis durant sa campagne, Macron s’apprête à leur serrer la vis. Certes, 41,8 % des 6,6 millions d’inscrits y échapperont, puisqu’ils ne touchent pas un centime, et on ne peut donc pas décemment les taper au porte-monnaie. Mais les autres vont le sentir passer.

Ha, ce bon vieux mythe de la personne au chômage fénéante qui refuse les offres d'emplois de Popole à la chaîne


D’abord, au lieu de 200 contrôleurs aujourd’hui, Pôle emploi en comptera 1 000 dans deux ans. Ensuite, dès l’an prochain sera expérimenté un « tableau de bord » numérique : chaque mois, les chômeurs devront rendre des comptes et prouver qu’ils ont fait des tas de démarches pour trouver du boulot. Belle idée soufflée par Pierre Gattaz, qui avait même pensé à un « contrôle journalier », un peu trop soviétique d’inspiration, mais on est mo derne ou on ne l’est pas.

Enfin, ceux qui prétextent qu’il n’y a pas de boulot pour ne pas en chercher ont fini de rigoler. Faudra qu’ils en cherchent activement, et qu’ils le prouvent : un mois de suppression d’allocs au premier avertissement, puis deux, puis quatre mois. Et ils ne pourront plus refuser deux fois de suite « une offre raisonnable » d’emploi, offre raisonnable dont les critères vont être désormais fixés à la tête du client. La tête des glandeurs !

Ça l'est déjà, à la tête du client : sauf erreur de ma part, une offre est jugée raisonnable vis-à-vis du Projet Personnalisé d'Accès à l'Emploi, document rempli par la personne au chômage sous la pression de Popole. Il "suffit" de bien fixer les critères (la zone géographique, le type précis de société employeuse, etc.) dès le début pour que Popole ne décompte pas les offres qui ne correspondent pas du compteur "offres raisonnables".


Certes, une étude de Pôle emploi a montré récemment que 86 % des demandeurs d’emploi respectent leurs obligations de recherche, mais faut bien essayer de coincer les autres.

L’enjeu est d’importance, en effet : ce nouveau système devrait permettre à l’assurance-chômage d’économiser jusqu’à 1 milliard d’euros. Et il faut être de bien mauvaise foi, comme peut l’être « L’Humanité » (20/3), pour mettre ce chiffre en rapport avec celui de la Cour des comptes, qui a calculé que la fraude aux cotisations sociales des patrons français représente un manque à gagner de 25 milliard d’euros par an. Ça n’a rien à voir, voyons !

Et en même temps…

Dans le Canard enchaîné du 21 mars 2018.

De plus en plus de championnats sportifs sont désormais baptisés, moyennant financement, du nom d’une marque : Lidl Starligue (handball), Ligue 1 Conforama (football), Jeep Elite (basket). « Le Monde » (18/3), qui cite ces exemples, révèle les pressions à prévoir sur les médias : un gros annonceur fera tout pour que le « nom de sa compétition soit repris ». Gare aux récalcitrants et ienvenue aux dociles : « Le bâton pourrait être accompagné d'une carotte, sous forme de publicité. »

Le championnat de cireurs de pompes est ouvert.

Dans le Canard enchaîné du 21 mars 2018.

Bien sûr que non, la Russie n’a pas empoisonné son ex-espion à Londres ! Pour une raison simple, a expliqué Poutine la Main froide devant le tollé occidental : si tel était le cas, si « un gaz chimique militaire » avait empoisonné l’espion et sa fille, « les gens seraient morts sur le coup », au lieu de simplement tomber dans le coma. C’est beau, l’efficacité russe…

Un peu comme l’élection présidentielle, qui a vu Poutine, aux manettes depuis dix-huit ans, être réélu dimanche avec 76,66 % des voix.

Au cas où la propagande n’aurait pas suffi, de joyeux bourrages d’umes ont émaillé le scrutin. Et pas à la sauvette, comme en France, façon bulletins de vote planqués dans les chaussettes.

Chez Poutine, c’est tranquille : les vidéos balancées par l’opposant Alexeï Navalny et l’ONG Golos montrent des petites mains fourrer des paquets entiers de bulletins dans les urnes, sans se fatiguer à se planquer.

Le pouvoir n’allait quand même pas laisser agir le poison de la démocratie…

Dans le Canard enchaîné du 21 mars 2018.

Ah, les petits coquins… Près de deux siècles qu’ils se faisaient enterrer aux frais du contribuable. La République est généreuse avec ses élus : 18 255 euros max par député, mais avec possibilité de faire « profiter » conjoint et enfants de cette petite enveloppe.

Anecdotique ? Pas vraiment, puisque les obsèques d’anciens députés et de leurs proches ont coûté 573 000 euros à l’Assemblée l’année dernière. Désormais, le cadeau ne dépassera pas les 2 350 euros, et il faudra produire une facture. Le vent d’austérité n’a pas soufflé jusqu’au Sénat, qui a décidé de conserver pour chaque sénateur une enveloppe de 20 000 euros.

Le Sénat mérite bien sa réputation de maison de retraite la plus cosy de Paris, le suivi est assuré jusqu’au bout.

Est-ce que les attaché⋅e⋅s parlementaires et les autres petites mains de notre Parlement, préssé⋅e⋅s comme des citrons, assumant un volume horaire et une charge de travail conséquents, ont droit à cette enveloppe ? :-

Dans le Canard enchaîné du 21 mars 2018.

Incroyable ! Le respect de la vie privée n’est pas garanti sur Facebook ! On aurait pourtant juré le contraire… Le géant américain lui-même ne peut pas le croire : les données personnelles de 50 millions d’Américains ont atterri dans les mains d’une drôle de boîte de com’ britannique, Cambridge Analytica, qui travaillait pour Trump pendant la campagne présidentielle.

Les révélations du « New York Times » et du « Guardian » tombent à pic et ont surtout fait chuter le cours de Bourse de cette belle entreprise du Web (moins 6,8 %, soit l’équivalent de 24,3 milliards d’euros !).

Facebook est soupçonné d’avoir laissé filer des centaines de millions d’informations sur les électeurs américains. Le pire serait de découvrir que cela lui a rapporté de l’oseille, il faut s’attendre à tout !

A partir d’un simple questionnaire présenté comme un « test de personnalité », mais auxquels seuls les titulaires d’une carte d’électeur étaient invités à répondre, Cambridge Analytica a pu récupérer ces masses d’infos sur 270 000 adeptes de Facebook, mais également sur leurs « amis », ce qui a fait exploser les compteurs. La société anglaise est suspectée d’avoir su, ensuite, en faire le meilleur usage, en dressant les profils politiques de ces internautes pour pouvoir influencer leur vote.

Ho, tu veux dire comme pendant la campagne présidentielle d'Oboma en 2008 ?! Ou celle de Sarkozy en 2005-2007 ?! Ou celle de Sarkozy lors de la primaire de la droite et du centre en 2016 ?! Ou celles de Mélenchon, Fillon, Trump, Macron ?! Collecte de données, notamment sur Facebook et Twitter et argumentaire préformaté en fonction des profiles. Voir : Marketing politique : Démocra-ciblée.


Il faut dire que Cambridge Analytica a de l’expérience en matière électorale. Récemment piégé en caméra cachée par un journaliste de Channel 4, son pédégé, Alexander Nix, expliquait que sa boîte pouvait, à l’occasion, « en- voyer des filles chez un candidat », « des Ukrainiennes », ou encore « proposer d’importantes sommes d’argent au candidat, pour financer sa campagne en échange de terrains, par exemple, et enregistrer toute la conversation… » avant de la balancer sur le Net.

Des méthodes qui réjouiront, à quelques milliers de kilomètres de là… le boulanger de Bourg-Lastic, dans le Puy-de-Dôme. Cet Auvergnat vient de gagner son procès — une première — contre Facebook. Motif : pour lui nuire, un pirate avait monté une page Web bidon en usurpant son identité et le nom de son commerce. La plaisanterie a duré des mois. Facebook a refusé de lever le petit doigt et de révéler, comme la justice vient de le lui ordonner, le nom du fraudeur.

Au nom de la protection de sa vie privée, sans doute.

Je vois beaucoup d'articles de presse traiter la question de l'éventuelle perte de confiance des utilisateur⋅rice⋅s Facebook envers leur réseau social, de la mort imminente de Facebook à cause de ce scandale, de son sauvetage par X ou Y, de son démantèlement par des politicien⋅ne⋅s au profit d'un Facebook européen (ouais, c'est bien connu qu'en UE on fait mieux que ces foutus yankee !), etc. Je trouve ça ridicule ! Oui, parce que c'est bien connu, Ikea a dû fermer après le scandale de l'origine du bois qu'elle utilise dans ses meubles, Lactalis a aussi dû mettre la clé sous la porte après le scandale du lait contaminé et la non publication de ses comptes, idem pour Microsoft, Apple et Google après des scandales d'abus de position dominante et d'obsolescence programmée, idem pour l'industrie agro-alimentaire après sa viande de cheval étiquetée bœuf et ses œufs arrosés au Fipronil, idem pour les constructeurs automobiles et la triche à la certification anti-pollution, etc., etc., etc. Ne rêvons pas : pour Facebook, comme pour les autres, ça sera business as usual, rien ne va changer, FB ne va pas disparaître, tout va bien se passer. Simplement parce que les utilisateur⋅rice⋅s s'en foutent, tout simplement. Lire cet épiphénomène avec notre grille de lecture d'anti-GAFAM, de pro-vie privée, tout ça, nous amène à raisonner différemment des utilisateur⋅rice⋅s de Facebook, ne l'oublions pas. Écoutons à quel point il⋅elle⋅s s'en fichent, à quel point il⋅elle⋅s veulent juste rester en contact avec leurs proches et s'amuser.

À ceux et celles qui pensent que le RGPD va tout changer : vous faîtes un joli rêve. La loi informatiques et libertés date de 1978 et n'est toujours pas appliquée par l'État et par les sociétés commerciales françaises qui exploitent des données personnelles en France (je ne parlerai même pas des sociétés étrangères et des multinationales). Même les principes de base, comme le consentement à la collecte ou le droit d'accès, ne sont pas appliqués. En 40 ans ! Alors le RGPD, d'une complexité folle, qui nécessite de revoir l'écrasante majorité des systèmes d'information existants afin d'implémenter la traçabilité interne et externe, lol, mdr, ptdr. Les régulateurs, comme la CNIL, seront toujours impuissants face aux États et face aux grandes multinationales. C'est mignon d'avoir augmenté les sanctions applicables, encore faut-il que les régulateurs aient les moyens (humains et financiers) pour enquêter. Et, demain, comme aujourd'hui, ils seront asphyxiés.

Les grand⋅e⋅s gagnant⋅e⋅s du RGPD, ce ne sont pas les citoyen⋅ne⋅s, ce sont les consultant⋅e⋅s RGPD qui, grassement payé⋅e⋅s, aideront les sociétés à faire semblant de progresser en matière de données personnelles, qui leur apprendront les nouvelles ficelles pour ne pas se faire gauler, les bonnes réponses à fournir aux pénibles qui poseront des questions en application de ce RGPD, etc. Comme les consultant⋅e⋅s en fiscalité, il ne s'agit pas d'aider les sociétés commerciales à entrer en conformité, mais à échapper à la loi.

L'optimisme ne devrait pas conduire à la naïveté !

Dans le Canard enchaîné du 21 mars 2018.

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