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——————————— March 18, 2018 - Sunday 18, March 2018 ———————————

Sur le film en lui-même, je n'ai quasiment rien à dire : le parti pris est de filmer Nuit Debout sans commenter. On enchaîne donc discussion, assemblée générale, débat en commission, bout de manifestation, flics, etc. Le film semble montrer les différentes étapes du mouvement : enthousiasme de se rassembler et de faire, lutte contre le pouvoir en place, enlisement, doutes, débats pour tenter de contrer la fuite des citoyen⋅ne⋅s, et chute. C'est très souvent les mêmes têtes qui reviennent à l'écran (et qui sont créditées au générique), ce qui est dommage. Le film montre quasiment rien en dehors des discussions, exit les stands autogérés, par exemple. J'aurais aimé que les réactions épidermiques du gouvernement soient aussi intégrées à ce film, afin d'illustrer le contraste.

Je conserve l'image négative que j'ai de Nuit Debout

  • Moment épique : une personne de la commission démocratie prend la parole pour proposer de mettre au vote le fait que tout le monde peut participer aux assemblées et venir à la tribune. Une autre personne prend le micro pour rappeler qu'il y a des assemblées votantes et des assemblées non votantes et que celle qui se déroule présentement est non votante, donc que ce n'est pas possible de voter. Une autre personne prend le micro pour rappeler que le vote est la pire des choses à faire et qu'il faut trouver des voies plus praticables. Le modérateur propose de voter pour savoir si l'assemblée se prononcera comme si la question (de qui peut participer ;) ) est un sondage ou si elle se déclare être une assemblée votante. Finalement, il y aura un vote pour savoir qui veut voter sur le fait de savoir si l'assemblée est votante ou non puis de voter si l'assemblée est votante ou non puis, enfin, de trancher la question initiale de la participation et de l'accès aux tribunes… … … Sans commentaire… Et c'est loin d'être la seule séquence vide de Nuit Debout… ;

  • Les propositions émanant des différentes commissions sont celles que font les altermondialistes depuis plus de 30 ans… Je ne me prononce pas sur le bien fondé ou non des propositions, je me contente juste de constater qu'elles n'ont pas infusées dans la société, donc les répéter une fois de plus ou de moins sur la place de la République, ça ne va rien changer. Mauvaise solution, proposer nouvelle solution ;

  • On voit très clairement que les flics tirent les grenades dans le cortège des manifestant⋅e⋅s (certes, en suivant la procédure, donc pas de lancer en cloche). Comment peuvent-il⋅elle⋅s, comment osent-il⋅elle⋅s plaider la fausse manip' et l'erreur sporadique lors d'un accident (Rémi Fraisse, par exemple) ?!

  • Au fond, je ne peux m'empêcher de me dire que Nuit Debout a été un coup pour rien… Un rassemblement de citoyen⋅ne⋅s qui manquent de culture politique, philosophique et historique, au bas mot. Un rassemblement qui n'a pas considéré les apports et les échecs de la pensée anarchiste, de mai 68, de la Commune, et à peine ceux de la Révolution, c'est violent, je trouve. Reprendre des propositions vieilles de plus de 30 ans, reprendre les gestes "qui sauvent la démocratie" aux Indignés, et se confronter aux difficultés de la vie en société (la parole libre dans une assemblée ne produit pas du débat, (il)légitimité d'un vote ou d'une action à 400 personnes, (il)légitimité du vote quand les votant⋅e⋅s ont des intérêts trop divergeant et tyrannie de la majorité, volonté d'avancer et de décider sans rien imposer (on entend souvent « vous pouvez [ faire ceci ou cela ] mais pas trop nombreux »), etc.) qui sont documentées depuis des dizaines d'années voire des siècles, ça ne suffit pas…

Copie du film. Autre copie.

Vous connaissez la « Frapar » ? C’est le petit nom de la Fraternelle parlementaire, tout simplement. Autrement dit, la cohorte de francs-maçons qui évoluent dans les couloirs de l’Assemblée nationale et du Sénat. Députés, sénateurs (surtout) et collaborateurs parlementaires se mobilisent, depuis quelques semaines, pour peser sur la réforme des institutions de Macron, qui ne les fait guère rêver.

Le nouveau patron de la Frapar, Christophe-André Frassa, est un sénateur LR qui a remplacé, au mois d’octobre, le député PS Christian Bataille. Le bon équilibre fraternel parlementaire est respecté… Frassa surveille de près la réduction du nombre de parlementaires et le redécoupage des circonscriptions. Et ce gardien du Temple l’explique, grandiloquent (« Le Parisien », 9/3) : « La réforme des institutions doit être synonyme de la défense de la République, de la séparation effective des pouvoirs, des libertés publiques et des droits parlementaires, des principes pour lesquels les francs-maçons ont payé de leur vie. »

On apprend à cette occasion que les frérots sont tout de même nombreux au Parlement : de 200 à 250 sénateurs et députés (environ 400 au total, avec les collaborateurs parlementaires et les fonctionnaires).

Dans la réforme des institutions, c’est peut-être surtout la réduction du nombre de francs-maçons qui est redoutée !

Dans le Canard enchaîné du 14 mars 2018.

  • Environ 1 000 milliards de litres d'eau qui se perdent chaque année dans la tuyauterie sous nos trottoirs français. Note : les gazoducs fuient tout autant… On parle de 13 millions de tonnes de méthane en équivalent Co2 en 2012 aux USA ;

  • Le taux moyen de rendement des réseaux d'eau français (différence entre le volume d'eau injecté à la source et ce qui arrive dans les habitations) est de 78 %. Il y a des villes (non montagnardes ou autre) où il est de 70 % voire de 60 % :O ;

  • Les coupures de l'approvisionnement en eau pour impayés sont interdites, en toutes saisons, dans les résidences principales. Article L115-3 du Code de l'action sociale et des familles depuis la loi du 15 avril 2013. Le lentillage (réduction du débit) n'est pas aussi clairement interdit dans le texte, mais les tribunaux s'en sont chargés dans au moins 14 procédures ;

  • Tous les mouvements financiers de toute convention (délégation de service public, concession, affermage, régie, partenariat, etc.) entre une commune (ou un regroupement de communes) et le privé doivent obligatoirement être contrôlés par une commission de contrôle financier dès que les recettes annuelles de la commune (ou du regroupement de communes) dépassent 75 000 €. Les comptes de ces conventions sont publics, les rapports de la commission aussi. Articles R2222-1 à R2222-6 du code général des collectivités territoriales. Apparemment, il y a un flou en ce qui concerne l'application de cette disposition aux départements et aux régions…

Que fait une institution internationale, comptant 192 pays membres, lorsque certains de ses adhérents rechignent à payer leur cotisation ? Elle cherche de l’argent ailleurs. C’est-à-dire vraiment n’importe où.

Interpol est une organisation de police criminelle qui règne sur la planète. De l’Afghanistan au Zimbabwe, la terre entière est rassemblée sous le drapeau frappé du glaive, des lauriers et de la balance. Prostitution, trafics d’organes, de drogue, de cigarettes, de médicaments, corruption ou évasion fiscale, l’internationale du crime répond à la mondialisation de l’économie. Et Interpol s’érige en flic mondial, appelé à mettre en échec tous les bandits du monde.

Problème : Interpol est la 2e organisation internationale après les Nations unies, mais les contributions annuelles de ses pays membres dépassent à peine les 50 millions d’euros. En comparaison, c’est avec 7 milliards de budget que le seul FBI fonctionne…

Bas-fonds

Le 3 novembre 2000, l’Américain Ronald Noble devient secrétaire général d’Interpol. Ancien magistrat, Noble décide d'ouvrir l'institution policières et ses données au partenariat public-privé. Son but ? Atteindre le milliard de dollars.

En 2011, alors que la Fédération internationale de football (Fifa) est entrée dans l’ère du soupçon, Sepp Blatter, son président, signe un partenariat de 20 millions d’euros avec Interpol pour, notamment, participer à la lutte contre les matchs truqués. Une aimable plaisanterie. Ainsi, quelques années avant que le « système Blatter » s’effondre pour corruption, sous les coups du FBI et de la justice helvétique, la Fifa finançait vaillamment l’organisme policier chargé de déjouer ses vilains tours.

Pour 15 millions de dollars, voilà aussi Interpol devenu partenaire fumeux de Philip Morris International, pour aider à combattre la contrefaçon. En 2004, le cigarettier avait payé 1,25 milliard à la Communauté européenne après avoir alimenté une contrebande de cigarettes pour détourner les taxes du tabac. Oublié, tout ça. Evidemment, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) voit rouge. D’autant que des laboratoires pharmaceutiques se pressent, eux aussi, pour recevoir le précieux label policier.

En 2014, l’Allemand Jürgen Stock devient le nouveau secrétaire général d’lnterpol. Et décide de ne pas renouveler quelques partenariats trop voyants. Mais il accepte que certains Etats fassent preuve d’une générosité qui laisse perplexe. Comme le Qatar ou Singapour — un temps considéré comme un paradis fiscal par l’OCDE —, qui financent l’institution sans compter.

Au-delà du certificat Interpol, pratique pour redorer le blason d’un pays, certains membres abusent de la force de frappe de l’organisation, et notamment de ses fameuses « notices rouges », qui signalent des individus potentiellement dangereux. Par exemple, fort de cet avis de recherche planétaire, Pékin exige toujours l’arrestation de l’homme d’affaires chinois Guo Wengui, réfugié a New York, qui avait menacé de faire des révélations sur la corruption des élites de son pays. Cette notice rouge date de 2017. Un an plus tôt, le nouveau président d’Interpol avait été élu. Un Chinois, lui aussi. Et ancien vice-ministre de la Sécurité intérieure. Mais que fait la police ?

« Interpol, une police sous influence ? » de Samuel Lajus, le 20/3 à 20 h 50 sur Arte.

Dans le Canard enchaîné du 14 mars 2018.

Menée par la Scam, la Société civile des auteurs multimédia, et la SGDL, la Société des gens de lettres, auprés de 200 auteurs, une enquête évoque de ténèbreuses pratiques éditoriales (« Le Monde », 13/3) : « Près d'un quart des auteurs ont eu connaissance de traductions de leur livre à l'international sans en avoir été informés au préalable par leur maison d'édition. Plus de la moitié d’entre eux n’ont pas perçu de droits, alors que leur titre était exploité à l'étranger. Autre grief : 25 % des auteurs regrettent que leur éditeur n'ait pas pris la peine de leur dire que leur ouvrage avait été mis au pilon. » À quelques ]ours de Livre Paris (ex-Salon du livre), voilà qui va mettre de l'ambiance entre écrivains et éditeurs.

Tiens, c'est bizarre… Je croyais que l'humanité s'était doté, voilà plusieurs siècles, d'un outil censé protèger les auteur⋅e⋅s contre leur marchand⋅e⋅s… Il me semble que ça se nomme « droit d'auteur » ou « copyright », selon les endroits sur la planète… Sauf qu'aujourd'hui, cet outil est utilisé pour protéger les auteur⋅e⋅s de leur public… Dans ce contexte, il est intéressant de constater que cet outil ne remplit pas son rôle premier, pendant que des goinfres se permettent d'empiéter nombre de libertés en son nom.

Dans le Canard enchaîné du 14 mars 2018.

Mais où était donc Marion Maréchal-Le Pen, ce week-end ? Accrochée aux lèvres de sa tante, captivée par l’élection au comité central ? Pas vraiment. Elle se trouvait à Paris, passant son samedi chez Frédéric Rouvillois, essayiste et collaborateur de « Valeurs actuelles » et de « L’Incorrect », le magazine qui défend ses idées et son retour.

Objectif de ce raout ? Placer sur les rails une future tête de pont du conservatisme, la Fondation du Pont-Neuf. Parmi les autres convives, la philosophe Chantal Delsol et Christophe Boutin, un agrégé de droit public, professeur à Caen. La Fondation du Pont-Neuf a pour but de diffuser les idées conservatrices et de fournir des notes aux proches de Marion, mais aussi aux équipes de… Laurent Wauquiez.

Un « concurrent » politique si loin, si proche…

Dans le Canard enchaîné du 14 mars 2018 (le titre est de moi).

Le pédégé de Michelin, Jean-Dominique Senard, a carrément réquisitionné, le 8 mars, la salle à manger particulière de la ministre du Travail. Craignant que son rapport intitulé « Entreprise et intérêt général », concocté avec Nicole Notat mais dépourvu de propositions neuves, ne fasse un bide dans la presse, Senard a demandé à son gourou en communication, l’inévitable Michel Calzaroni, de court-circuiter les chroniqueurs sociaux pour briefer directement les patrons des rédactions.

« Calza » a donc obtenu de la ministre Muriel Pénicaud qu’elle prête sa salle à manger et ses cuisines, afin de donner un petit air officiel à ces agapes. Et il y a convié 10 responsables de rédaction, dont « Les Echos », « L'Opinion », RTL, etc. Lesquels, une fois sortis de table, ont suggéré aux journalistes de traiter le rapport Senard-Notat comme un mets délicat sorti d’une cuisine étoilée…

C’est simple, la tambouille gouvernementale !

C'est surtout à vomir, m'enfin…

Dans le Canard enchaîné du 14 mars 2018 (le titre est de moi).

Le feuilleton Marie-Christine Saragosse continue ! La patronne de France Médias Monde avait vu sa nomination comme présidente annulée, faute d’avoir fait parvenir sa déclaration de patrimoine dans les deux mois réglementaires… Au Sénat le 7 mars, le gouvernement a glissé un amendement au projet de loi sur le « droit à l'erreur », aux termes duquel la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique adressera une relance, ou « injonction », aux retardataires, qui disposeront d’un mois äe plus pour se réveiller et envoyer le document à temps…

A quand un semblable geste de Bercy pour les oublieux de la déclaration de revenus et autres « phobiques administratifs » ?

Dans le Canard enchaîné du 14 mars 2018 (le titre est de moi).

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