La loi était censée en finir avec un régime d’exception. Elle le rend permanent. Bravo les artistes !
Le projet de loi sur la sortie de l’état d’urgence, discuté ces jours-ci à l’Assemblée, file des angoisses à Emmanuel Macron. Comme le Président l’a expliqué à des proches, il s’agit d’éviter à tout prix que le débat ne parte en vrille et ne donne à Mélenchon le loisir d’élargir sa croisade contre les ordonnances « en faisant entrer les étudiants et les lycéens dans la danse », au nom de la défense des libertés publiques…
Comme pour justifier ses craintes, des personnalités de droite qui ne lui étaient jusqu’à présent guère hostiles, tel le défenseur des droits, Jacques Toubon, dénoncent à leur tour une dérive « dangereuse ». L’ancien garde des Sceaux de Chirac ne prend plus de gants pour dénoncer ce projet de loi qui prétend préparer la sortie de l’état d’urgence mais qui l’intègre à la législation ordinaire. Cette loi « remplace les faits par le soupçon », a martelé Toubon (RTL, 25/9).
Police de la pensée
Autrement dit, en matière de terrorisme, les gens ne seront plus jugés pour ce qu’ils ont fait mais pour ce que la police et des magistrats penseront qu’ils sont susceptibles de faire. « C’est la loi des suspects ! » clament d’une même voix Toubon et l’avocat Henri Leclerc, figure emblématique de la gauche, en référence à la loi promulguée sous la Terreur, en 1793.
Fait inédit en démocratie, la version de la loi examinée actuellement par les députés pousse le bouchon jusqu’à sanctionner les « mauvaises pensées ». Ainsi, son article 2 ne se contente pas de prévoir que les préfets auront la possibilité de fermer un lieu de culte qui serait le théâtre de paroles, d’écrits ou d’activités en faveur du terrorisme, ce qui pourrait sembler normal. Il vise également les « idées ou théories » qui ne seraient, donc, exposées ni oralement ni par écrit, et encore moins concrétisées. La machine à lire dans les cerveaux est fournie en option ?
Hanté par l’inaccessible Graal du zéro attentat, le gouvernement a ainsi voulu se garder la possibilité d‘agir… même quand la police est incapable de dénicher la moindre preuve ! L’idée - réjouissante - qu’il vaudrait mieux sanctionner un innocent que de laisser un coupable impuni aurait-elle commencé à peindre dans l’esprit d’Emmanuel Macron ou du ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb ?
Et Jacques Toubon de s’interroger : que se passera-t-il si « de tels textes, qui portent atteinte aux libertés, tombent entre les mains de gouvernements non démocratiques » ? Comme si c’était possible, en Europe… Cette indigeste tambouille législative bouscule d’autres principes fondamentaux. Elle mélange allègrement les compétences de la police adminisatrative (les poulets veillant à la sécurité publique sous les ordres du gouvernement) et celles de la police judiciaire (les flics enquêtant sous le seul contrôle des magistrats).
Contrôleurs pour du beurre
Quatre experts de la sécurité - guère connus pour leurs penchants gauchistes - s’alarment de cette situation dans une analyse très fouillée publiée sur le site Internet de L’Hétairie (un club de réflexion affiché, lui, à gauche). Ils expliquent que le texte va octroyer des pouvoirs judiciaires à la police administrative, qui pourra perquisitionner ou assigner à résidence à discrétion, ou peu s’en faut.
Certes, les poulets devront solliciter l’autorisation du juge des libertés avant d’enfoncer la porte d’un particulier. Mais cette précaution semble relever de la coquetterie juridique. Comme le prédisent les auteurs, les policiers ne manqueront pas d’invoquer le secret-défense face aux magistrats et ne leur fourniront pas d’éléments concrets pour justifier leur demande de perquisition.
Cache-cache |udlciaire
Et pour cause : l’existence d’un indice sérieux impliquerait comme le veut la loi, le dessaisissement immédiat des services de renseignement au profit des juges et de la police judiciaire. Résultat : la justice devra, le plus souvent, se contenter de croire les flics sur parole et signer à la chaîne les permis de perquise…
Les chiffres officiels, cités par un récent rapport parlementaire, laissent songeur. Le « rendement » des perquisitions administratives, indique-t-il, s’est révélé quasi nul durant l’état d’urgence, en vigueur depuis novembre 2015. Sur 4 300 visites domiciliaires, moins de 0,7 % ont débouché sur des dossiers concrets. A cet égard, une nouvelle loi s’avère d’autant plus inutile que le cadre strictement judiciaire permet déjà aux enquêteurs de procéder à toutes les perquisitions possibles, de jour comme de nuit.
Mais les champions de la course à l’échalote sécuritaire n’en sont plus à une absurdité près…
Dans le Canard enchaîné du 27 septembre 2017.
L’association Halte à l’Obsolescence Programmée (HOP) a déposé ce jour une plainte en obsolescence programmée et tromperie auprès du Procureur de la République de Nanterre. Les faits mettent en cause les pratiques des fabricants d’imprimantes qui visent à raccourcir délibérément la durée de vie des imprimantes et des cartouches. Les marques HP, Canon, Brother et en particulier Epson sont citées dans la plainte.
Il s’agit de la première action judiciaire française sur le fondement du délit d’obsolescence programmée.
Parmi les techniques relevées :
- des éléments des imprimantes, tel que le tampon absorbeur d’encre, sont faussement indiqués en fin de vie ;
- le blocage des impressions au prétexte que les cartouches d’encre seraient vides alors qu’il reste encore de l’encre.
[…]
Le délit d’obsolescence programmée est puni d’une peine de deux ans d’emprisonnement et d’une amende de 300 000 euros qui pourra être portée jusqu’à 5% du chiffre d’affaires.
Plus largement, l’association dénonce une augmentation continue du prix des cartouches – 2 062 € le litre d’encre ou deux fois plus cher que le parfum Chanel 5 ! – et la volonté des fabricants de garder la main mise sur ce business lucratif en faisant obstacle à l’utilisation des cartouches génériques qui coûtent moins cher.
[…] Ces faits pourraient aussi révéler une entente illégale entre les fabricants d’imprimante. C’est pourquoi nous avons également informé l’Autorité de la concurrence. Des millions de français propriétaires d’imprimantes pourraient être lésés. »
[…]
Pour réussir ce défi, HOP lance dès aujourd’hui un appel aux dons sur la plateforme de financement participatif GoFundMe (https://www.gofundme.com/stop-aux-imprimantes-irreparables) afin d’obtenir les fonds nécessaires pour assurer les frais de justice.
Un grand bravo pour cette initiative. \o/
Via le Canard enchaîné du 27 septembre 2017.
Excellent papier sur la réforme des télécoms en cours dans l'Union européenne, sur le projet politique que cherche à concrétiser la Fédération FDN, sur la pertinence d'une vision européenne en tous domaines quand bien même la bureaucratie bruxelloise actuelle va à l'encontre des peuples. J'en recommande très vivement la lecture.
Pour nous, il y a des questions importantes sur le plan économique : est-ce qu’il y a une place pour les petits opérateurs alternatifs et locaux dans le Digital Single Market ? Est-ce qu’on fera partie de l’aventure quand la directive qui a donné naissance au BEREC soufflera son quart de siècle ? Ce qui est très probable, c’est que nos associations seront toujours là, et qu’elles continueront leur travail d’analyse et de défense de la Neutralité du net. Ce qui est moins clair, c’est leur place sur un marché des télécoms globalement hostile.
Paradoxalement, ce ne sont pas les questions les plus préoccupantes. Avant de se soucier de ça, il y a un autre volet de questions, qui découlent directement de notre mission d’associations de défense de la neutralité du Net : quelle société est envisagée dans ce grand plan quinquennal des télécommunications en Europe ? Est-ce compatible avec ce dont nous voulons ? Cette question, cet enjeu, c’est notre inquiétude première. De cette inquiétude découle une grille de lecture des textes de régulation des télécoms axée sur leur contribution à l’intérêt général. En effet, comme nous ne défendons aucun actionnaire –nous défendons nos membres, nous avons un projet de société autour d’Internet. Ça a l’effet curieux de nous donner une focale plus proche du service public que de la vision classique d’un opérateur.
[…]
Commençons par le début : en entamant la lecture du texte, j’ai présupposé qu’intégré comme il l’est dans la stratégie du Digital Single Market, produit par la Commission qui est un organe exécutif en Europe, il était porteur d’un projet politique. Avoir un projet politique, c’est avoir une certaine idée de la société, vers quoi on tend en prenant des mesures législatives, en réformant, en allouant du budget à des institutions. En termes kantiens (oui, je sais), avoir un projet politique, c’est viser une fin, et accorder tous les moyens mis à sa disposition pour s’en approcher. Ainsi, on ne construit pas la même société (on ne poursuit pas la même fin) quand on alloue du budget à la recherche et qu’on prend des mesures pour la protection de la vie privée de ses administrés que lorsqu’on alloue du budget à la police et qu’on vote des lois pour surveiller les gens.
Pour moi, le rôle du texte liminaire du Paquet Télécom est précisément de donner au législateur (le Parlement Européen, qui étudie le texte) une idée de la fin visée par la Commission, avant de présenter les moyens pour y parvenir (les dispositions légales). On a donc une vingtaine de pages qui sont censées expliquer la vision de la Commission, ses constats, ses buts, les études d’impact réalisées. J’ai lu ce texte en me posant la question : « avant même de savoir ce que contient la réforme, quelle est la fin visée et est-ce qu’elle est compatible avec la fin que je vise moi ? ».
Hé bien, malgré ce qu’annonce la Commission sur la page d’accueil de son site web (« La commission européenne œuvre pour l’intérêt général »), l’expression « intérêt général » elle-même est à peine présente dans cette introduction (3). Autant dire qu’on se demande (pour ce que ça coûte de rajouter ce genre de propos en introduction d’une directive, je ne parle même pas d’en faire quelque chose de contraignant) si la Commission n’était pas en train de se moquer de nous, ou, autre hypothèse, d’assumer ouvertement que ce n’est pas le point dans sa réforme, auquel cas il faudrait changer alors l’introduction du site web, et assumer de ce côté-là aussi.
Faire une grande réforme sur l’encadrement du numérique en Europe, n’en déplaise à Pilar del Castillo, rapporteure actuelle du texte, ce n’est pas juste viser qu’en 2025 on aura la 5G –ça c’est un moyen. On est quand même en train changer les règles du jeu de comment se construit ce qui aujourd’hui est le liant principal entre les européens. Pas uniquement entre les entreprises et leurs clients, non, entre tous les européens. Ce n’est pas rien. C’est ce qui fait que les universités peuvent mettre sur pied de passionnants projets de recherche qui couvrent plusieurs territoires à l’échelle de l’Union (4), c’est ce qui fait qu’on peut naître à Bruxelles, faire ses études à Madrid et fonder un start-up à Berlin (sans perdre contact avec sa famille), c’est ce qui fait qu’on peut discuter sur Twitter avec Thomas Pesquet qui est à l’ISS. Ce dont les gens se préoccupent et ce qui change la donne, ce n’est pas est-ce qu’il y aura de la 5G à tel endroit ou s’ils pourront rouler en voitures connectées demain.
C’est par exemple : est-ce qu’ils pourront accéder aux informations et contenus culturels comme tout le monde depuis la campagne où ils résident, même pendant les heures de pointe ? Et pas demain dans 5 ans quand un opérateur daignera fibrer leur patelin, demain dans 48h, parce qu’ils ont déjà ces besoins et déjà ces pratiques culturelles là ? (5) En d’autres termes, est-ce que le réseau viendra donner un accès égal à la culture et à l’information pour tous, ou est-ce qu’on accepte l’idée de citoyens de seconde zone, qui ne peuvent pas regarder les mêmes séries que tout le monde, parce que c’est tout juste si un mail avec deux photos de vacances jointes passe, chez eux. La fin, c’est les relier à l’espace public. Le réseau, c’est le moyen.
Quand j'avais commencé cet article, le rapporteur du texte était Gunther Oettinger, dont on sait par ailleurs qu'il est assez lié au monde de l'automobile et sensible à ses arguments. La voiture connectée (6) justifie beaucoup de choses dans le Paquet Télécom. Cette tendance n'a pas disparu quand le dossier a changé de mains. Le texte est focalisé sur des moyens (la voiture connectée en est un), non sur la fin.
[…]
Or, avec une phrase introductive annonçant que « depuis 2009 », le monde a bien changé, on aurait pu s’attendre à un tableau un peu général sur ce que l’Europe est devenue, grâce au numérique, sur ce qui est permis grâce à la démocratisation de l’accès et des équipements techniques. Ce n’est pas exactement ce qu’on trouve. En prime, on nous propose pour demain « plus d’innovation ». L’innovation n’est ni une valeur en soi, ni un plan de société. Faciliter la mobilité entre les États membres de l’Union et la communication entre les citoyens pour renforcer leurs liens, c’est un projet, c’est une fin. Le moyen, c’est par exemple abolir le roaming, voyez où est le moyen et où est la fin ici.
L’innovation, je ne sais pas ce que c’est comme projet. Innover, oui mais pour quoi, et surtout pour qui ? Ce n’est absolument pas clair que ça profitera à tous et toutes. Vraiment pas. Tu crois que les gadgets connectés hors de prix qu’on a vus au CES (c’est un des visages de l’ « innovation ») vont profiter à une large portion de la population, vont faire baisser le chômage, faire avancer des droits civiques comme la liberté d’expression, ou assurer la diversité de l’information dans une société démocratique ? Vraiment ? Les grands problèmes posés aujourd’hui à l’Europe (la montée des extrêmes, les flux migratoires, etc.), c’est vraiment la pomme de douche ou la voiture connectée qui vont les résoudre ?
Quand on continue la lecture, on a un bout de réponse. Le mot « consommateur » revient régulièrement, et ce tout au long du texte législatif lui-même (159 occurrences dans la version déposée en septembre 2016, je n’ai pas pris en compte les nombreux amendements. Le mot « citoyen » n’en a que 27 sur les 283 pages du document). Clairement, ce ne sont pas des citoyens que ce texte concerne, mais des « consommateurs ». Je ne sais pas pour vous, mais je n’aimerais pas que mes droits civiques se restreignent au seul Code de la consommation. C’est assez choquant, de se voir rabaissé du rang de citoyen à celui d’individu poussant un caddie au supermarché. Je pensais être plus que ça en tant que citoyenne de l’Europe, et surtout : je pensais qu’Internet me permettait de faire un peu plus que de pousser un caddie virtuel.
Ce qui est triste, c’est que, dans la bataille, ma position est celle de l’intérêt général. Juste, je pose la question : à quoi sert de construire un réseau européen, un wifi européen même (7) si le projet ne concerne en fait pas…les premiers concernés ? A quoi sert le réseau, dans cette vision des choses, à part engraisser des actionnaires ? A quoi ça nous sert ?
Je ne suis pas passionnément Européenne. L’Union telle qu’elle est faite aujourd’hui l’est sur des bases qui ne sont même pas celles dont je veux. J’ai été investie dans assez de campagnes européennes avec La Quadrature pour comprendre ce que c’est que les instances dirigeantes à ce niveau. Je sais qu’il y a très peu de marge de manœuvre. Je sais qu’il y a beaucoup de lobbying. Je sais que le projet européen a d’abord été une question de libre-échange et de commerce, pas de droits humains.
Mais je sais ce que je voudrais faire de l’Europe. Tenez, on vient de fêter l’anniversaire d’Erasmus. Le projet derrière Erasmus est de faire une Europe plus unie par l’échange de savoirs, par la discussion, par l’ouverture d’esprit de la jeunesse. Ça, ça me semble essentiel. L’union européenne, souvenez-vous, arrive quand même après-guerre, porté par la détermination de la France et de l’Allemagne de tout mettre en œuvre pour ne plus se taper dessus : des liens commerciaux forts, mais aussi des liens culturels, parce que mine de rien, se comprendre entre voisins, ça donne moins envie de se taper dessus. Faire voyager des étudiants, les laisser tisser des liens avec d’autres étudiants, leur permettre de faire circuler des idées, du savoir (ils reviennent chez eux avec ce qu’ils ont appris et peuvent partager leur expérience), ça, ça vise une société dont j’ai envie.
De la même manière, mailler l’Europe grâce à des opérateurs locaux, qui sauront répondre efficacement aux problèmes locaux tout en donnant accès à ce qui relie aujourd’hui les citoyens à leur espace public –Internet, est une des réponses les plus intelligentes au défi de l’unification des territoires par la connectivité à Internet. C’est contre-intuitif pour un technocrate –qui se dit que si le marché est tout bien homogène avec la même offre partout parce que c’est le même méga-opérateur européen qui est présent partout, ça unifiera le territoires.
Les territoires résistent à cela. Les géographes savent cela depuis...longtemps. Dans ma discipline, les Sciences de l’Information et de la Communication, on sait que le territoire, c’est aussi construit par des représentations médiatiques, par un jeu de distances très complexes entre le très local et le national. *Les journaux locaux, par exemple (et assez paradoxalement), sont de puissants vecteurs de cohésion du territoire national, parce qu’en parlant de choses très locales comme des grands sujets nationaux et internationaux, ils permettent d’intégrer le territoire local (la région, le département, la ville) dans un ensemble plus grand (le pays). Le Monde, édition nationale, ne construit pas ça, ou pas avec la même efficacité. Aujourd’hui, ce lien d’intégration dans un territoire local puis plus grand passe de plus en plus par le Web et Internet, par les réseaux sociaux notamment –et ça, c’est le domaine de ma thèse.
Les télécoms n’échappent pas à ces dynamiques-là. Ils constituent une infrastructure particulière qui permet de construire ces liens complexes entre expression de soi, image du territoire, sentiment national. Ce que les gens font tous les jours en publiant la vue à leur fenêtre sur Instagram, c’est l’hypothèse que je tends à vérifier pour l’instant, ça les relie à leur territoire. Ça, c’est possible parce que la couverture 3G/4G dans le quartier est bonne. C’est plus facile de faire ça à Paris qu’au fond de la Corrèze. Je reformule : c’est techniquement plus facile de construire du lien avec son territoire à Paris qu’au fond de la Corréze.
Pour rendre ça possible au fond de la Corrèze, pour que les paysages corréziens participent, aussi du patchwork bariolé des images ordinaires classées dans #europe, qui vient dire : « voilà à quoi ressemble l’Europe ici », pour que ce partage de représentations se fasse, c’est plus efficace d’aller chercher un opérateur local, qui connaît la topologie, les gens, les problèmes spécifiques à ce patelin, et qui saura y répondre de manière spécifique, certainement hors de tout plan de rentabilité, que de piocher dans la grille préfabriquée que MégaTélécom a concoctée depuis ses bureaux à Berlin.
Ce qu’on nous prépare, c’est plutôt le deuxième scénario. Ça ne fera pas du réseau européen. Ça va relier, très bien, Rome, Berlin, et Paris. Relier Trifouillis-sur-Glotte à l’Europe, ce n’est pas rentable. Ça ne drainera jamais assez de consommateurs. C’est dommage, c’était essentiel.
Le monde dont je veux n’est pas dans les cartons de la Commission et du Parlement. Ils préfèrent jouer aux petites voitures.
Quand on évoque les subventions publiques aux associations, on se focalise surtout sur le point de vue de l'association et le clientélisme que ça implique. Ce papier examine l'autre côté : urbanisation intensive, exil "dans la joie et la bonne humeur" de tout ce qui dépasse, simulacre de démocratie, etc. J'en recommande vivement la lecture.
[…] Au lieu de cette friche où zonaient des SDF, les carrés bien nets des bacs à légumes bio. Au lieu de ce squat hanté par on ne sait quels fantomatiques anars ou sans-papiers, un collectif d'artistes qui ouvre ses portes deux fois par an. Au lieu de ce camp de Roms, de la pelouse, une estrade et une buvette, des spectacles engagés. Tout est à sa place, on sait qui est où et qui fait quoi, plus une miette d'espace laissé à la marge, plus de rencontres hasardeuses, plus de coins interlopes. La ville est propre. Le prix du mètre carré augmente, la population s'embourgeoise et les édiles s'enorgueillissent du dynamisme associatif de la commune, qu'ils se réjouissent de soutenir par le saupoudrage de subventions qui pompent une partie du budget ainsi maigrement redistribué. […]
C'est ainsi que s'accomplit l'enrôlement de la moyenne bourgeoisie et de la bourgeoisie culturelle prolétarisée, dans l'occupation intégrale de l'espace urbain, dans son gardiennage bénévole et dans la chasse au plus pauvre. Les populations précaires, marginalisées, qui trouvaient auparavant dans les interstices de la ville, ses terrains vagues, ses friches, ses maisons abandonnées, un refuge, sont réduites au trottoir avant de se résoudre à l'exil. L'urbanisation intensive, qui se fonde sur une conception de la ville non plus comme un espace commun à habiter mais comme une source d'investissement et de profits pour les bureaux d'études, les promoteurs et les possédants, fait disparaître peu à peu les espaces vacants. Mais les communes incitent aussi les habitants à gérer par eux-mêmes les dernières parcelles en attente d'être bétonnées puis livrées aux propriétaires. Et pour les sans logis, on encouragera une association d'architectes inventifs qui sauront imaginer la cabane parfaite pour le réfugié, le Rom, le SDF, sans toutefois leur céder le foncier sur lequel installer ces roulottes écoresponsables et qu'elles servent.
Budget participatif, habitat participatif, démocratie participative où seuls participent les citoyens dont il n'y a rien à craindre du choix raisonnable de la couleur des pots de fleurs et de celui de l'emplacement du boulodrome là où la mairie l'a déjà acté, concours d'occupation des friches remportés par des associations aussi inoffensives que peu actives, domestication des associations et des collectifs contestataires : la paix sociale a un prix, assez bon marché.
Gardienne de son frère de misère, qu'elle participe à chasser du lieu qu'il habitait ou pourrait habiter, l'association précairement logée et chichement subventionnée devient aussi la gardienne d'elle-même. Comment persister dans la critique politique et sociale, qui était parfois la raison d'être de l'association, quand sa survie dépend des petites subventions distribuées de manière discrétionnaire par l'équipe municipale et dont on sait qu'elles peuvent disparaître d'un trait de plume? L'action potentiellement subversive de ces occupations de l'espace public par des collectifs, ne peut que s'affadir, voire se transformer en relais docile de la politique du pouvoir en place, qu'elle critiquait tant au départ. En guise de réappropriation de l'espace public par les habitants quels qu'ils soient, un mille-feuilles associatif qui place les associations en concurrence pour la jouissance de lieux de plus en plus rares. Dès lors, on comprend pourquoi l'on trouve si peu d'associations, voire aucune, se proposant d'aider les familles Roms que la municipalité veut chasser du territoire, et leur préférence pour des actions ciblées sur des publics moins enracinés localement, les mineurs étrangers isolés par exemple. […]
[…] La marchandisation poursuit son avancée totalitaire. Tout est privatisé. S'organiser en collectifs, en associations de défense contre la violence du pouvoir économique et de ses alliés politiques, est maintenant une question de survie pour une part croissante de la population. Nous avons besoin de vraies cantines solidaires, de potagers locaux, de maraudes pour la récupération des rebuts utilisables, gâchis de la société de consommation, d'espaces où exposer l'art hors marché que les galeries refusent, de squats ou de nouvelles formes d'habitats pour loger ceux qui sont laissés à la rue, d'hébergement et d'accueil pour les réfugiés qui subissent les agressions de l’État policier. Le pouvoir l'a bien compris. Qui ne cède pas aux sirènes de la récupération et de la mise sous tutelle des actions politiques, sociales ou culturelles entreprises, se voit aussitôt traité en criminel. La bourse ou la vie est une alternative trop rude pour une dictature douce. La subvention ou la prison?
Les budgets participatifs qui ont fleuri partout autour du globe me font halluciner. Les citoyen⋅ne⋅s peuvent décider quels seront les investissements réalisés par leur ville. Enfin… d'une fraction minoritaire des investissements, faut pas pousser non plus, hein. Mais… heu… N'y a-t-il pas déjà un endroit dans lequel tou⋅te⋅s les citoyen⋅ne⋅s devraient pouvoir décider de toutes les décisions impactant leur ville ? Est-ce que ça ne se nomme pas un conseil municipal ? Avec le budget participatif, dois-je comprendre qu'en fait je n'ai la main sur rien, que mon conseil municipal reste sourd et isolé dans sa tour d'ivoire, mais que, par grande bonté, il nous laisse, moi et mes concitoyen⋅ne⋅s, décider d'une toute petite fraction des investissements de notre ville ? De qui se moque-t-on ?! Contester le dernier PLU qui fait un cadeau démesuré à une grande société commerciale ou contester le dernier PPP qui manque de transparence, surtout pas, malheureux, c'est des choses de grandes personnes, ça ! Va plutôt jouer dans le bac à sable du budget participatif ! La démocratie meurt dès que s'approche un budget participatif car il est l'aveu même de l'échec de la démocratie, il signifie le renoncement à nos droits fondamentaux de citoyen⋅ne⋅s pour se contenter de quelques miettes… Oui, « le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d'en suivre l'emploi, et d'en déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée » est un droit fondamental qui nous a été confisqué (détails).
Ces budgets participatifs ont amené le développement de sites web (il est convenu de dire « plateformes digitales collaboratives en ligne d'empowerment citoyen », u know) coûteux qui auraient pu servir à impliquer les citoyen⋅ne⋅s dans l'ensemble des décisions de leur ville et pas uniquement aux quelques miettes inoffensives que les élu⋅e⋅s ont bien voulu leur donner. Quel manque d'ambition, quel gâchis.
Rien d'innovant ni de disruptif (comme il est convenu de s'exprimer de nos jours) ne peut émerger d'un budget participatif, car la ville veille à chaque étape : fixation des règles du jeu et des tranches du budget, étude de faisabilité, etc. Les projets qui ne sont pas dans la norme sociale actuelle ou les projets contestataires n'ont aucune chance, ils seront retoqués « infaisables », comme une banque retoque froidement un projet. À quoi sert alors la puissance publique ?! Comment faire émerger un débat sans idées/lieux contradictoires/contestataires ? On affaiblit le débat démocratique.
Bref, c'est ce que je nomme la démocratie du⋅de⋅la délégué⋅e de classe : c'est mis en place et encouragé pour entretenir le culte de l'existence de la démocratie, la vraie, dans notre pays et de sa vitalité, mais il ne faut pas que ça dépasse ni que ça morde, gentil toutou, gentil. Illusion de la démocratie.
Mon avis détaillé sur les subventions et la réduction d'impôt pour cause de dons associatifs.
Via la liste de discussion du HackStub, hackerspace strasbourgeois.
DataGueule s'intéresse à l'idée que les pionniers de nos Républiques se faisaient de la démocratie.
DataGueule sur la désobéissance civile.
Ça date mais je note que :
En ce qui me concerne je n’ai aucune haine envers qui que ce soit, j’ai des colères et des combats au niveau systémique, pour ce qui est des personnes, je juge au cas par cas.
Mais arguer de l’honnêteté de la majorité des employeurs pour par exemple casser le droit du travail est pour moi un non sens. On entend plus que cette chansonnette “il faut faire confiance” dans la bouche de nos gouvernants dirigeants. Il ne peut être question de confiance dans ces affaires. La loi est entre autre là pour protéger du pire. Cette position c’est pour moi comme vouloir adoucir la législation sur le crime organisé au prétexte que la plupart des citoyens sont honnêtes. C’est irresponsable.
+1
Dire « Faut arrêter avec le méchant patron », c'est aussi avaliser nos privilèges dans la société actuelle : ce propos est tenu exclusivement par des personnes pour qui la vie va tranquillement, des personnes qui n'ont jamais connu la précarité, le chômage, les conditions de travail déplorables voire inhumaines, le harcèlement, les licenciements économiques, etc. Donc de leur balcon, le paysage est magnifique. Pourquoi changer ? Dire « tout ce que tu viens de lister ben ce sont des choses tristes mais qui peuvent arriver », c'est faire preuve de bien peu d'empathie et de solidarité en mode « ma gueule va bien, merci ».
La loi est aussi un instrument normatif qui consigne les idéaux d'organisation de la vie en commun désirés par la société à un instant T. On a choisi de punir les crimes de sang, de construire nos habitats selon telles règles, de s'exprimer de telle façon entre nous, d'avoir ou non une filiation comme ceci et comme cela, de s'associer dans tel cadre, de travailler dans tel cadre, etc. Dire « Faut arrêter avec le méchant patron », c'est (s')empêcher de penser, c'est (s')empêcher de vouloir et de décider collectivement d'une autre forme d'organisation de nos sociétés, c'est acter que tout est figé, que rien ne change.
Dire « Faut arrêter avec le méchant patron », c'est aussi extrême que de s'exclamer « à mort tous les patrons ! ». Où est le juste milieu ?
Macron ayant signé les ordonnances contre le Code du travail il y a une semaine, il est intéressant de s'arrêter sur l'essentiel des mesures.
Individualisation de la relation au travail : l'employé⋅e, en tant que personne éclairée et responsable, négocie directement avec son⋅a employeur⋅euse, tranquillou, dans la convivialité. Ainsi, toujours plus de décisions qui relevaient jusque-là du Code du travail pourront être prises par les branches professionnelles (recours aux CDI/CDD de mission dans d'autres secteurs d'activité que le BTP, leur durée, etc.) et toujours plus de décisions prises jusque-là par les branches pourront être prises au cas par cas dans chaque entreprise (comme la durée du temps de travail, les primes, le recours ou non aux heures supplémentaires, etc.). Flexibilité++. Rien de neuf jusque-là, à chaque loi portant sur le Code du travail, nos élu⋅e⋅s privilégient l'individualisation du travail. Désormais, il est également possible de se passer des syndicats pour conclure des accords d'entreprise dans les sociétés de moins de 50 salarié⋅e⋅s, l'employeur décidera avec un⋅e élu⋅e du personnel, non syndiqué⋅e. Dans les sociétés de moins de 20 salarié⋅e⋅s, il sera possible de conclure ces mêmes accords par un référendum à l'initiative de l'employeur ;
La suite : une 20aine de décrets doivent être pris d'ici la fin de l'année (donc la nouvelle législation sera applicable en totalité dès le 1er janvier 2018) et le Parlement doit ratifier les ordonnances (vérifier que le gouvernement a respecté le cadre et l'esprit voulu par le législateur) d'ici fin novembre / début décembre. Puis viendra le temps des autres massacres : celui de l’apprentissage, de la formation professionnelle puis de l'assurance chômage, déjà annoncés par le Château.
Je m'étais mis ça de côté pour voir comment ça évoluerait.
Une société commerciale qui fait dans l'émission de popup/messages anti-bloqueurs de pub couplés à des péages a obtenu de github et des mainteneurs d'une liste de blocage de pub utilisée par bon nombre de bloquers de pub, la suppression d'un de ses domaines au motif d'une violation du DMCA, la loi américaine qui protège les artistes et interdit le contournement des mesures techniques de protection des œuvres (ouais, les fameux DRM). Dans ce cas de péage + messages anti-bloqueur de pub, ne peut-on pas voir les bloqueurs de pub comme une manière de contourner une protection des œuvres ? Après tout, l'auteur et/ou l'éditeur du contenu voulait un paiement soit en publicité, soit en direct. Son contenu était donc disponible à condition de payer. C'est tout l'argumentaire employé… Si l'on va par là, bloquer la pub, est-ce remettre en question le contrôle d'accès à un contenu ?
Si l'on en croit les mainteneurs de la liste de blocage, comme ils ont sentis cette possibilité légale, ils s'autocensurent déjà depuis quelques temps et n'intègrent pas tous les anti-bloqueurs de pub dans leur liste :
In regards to Adblock-Warning/Anti-adblock, the amount of filters being added recently to Easylist has been greatly limited due to issues like this. As list authors we have to be careful in what we add.
Le règlement général sur la protection des données (RGPD), paru au journal officiel de l’Union européenne en mai 2016, entrera en application le 25 mai 2018. Ce texte, qui prévaudra sur les législations nationales, harmonise le droit à l’échelon européen en matière de protection des données à caractère personnel.
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Le Whois est un service en accès libre, permettant notamment d’obtenir des informations sur le détenteur d’un nom de domaine : nom, prénom, société (le cas échéant), adresses postale et électronique, et numéro de téléphone. Ce service historique du web, dont la création remonte à 1982, permettait alors de recenser et d’identifier quiconque transmettait des informations à travers le réseau Arpanet, l’ancêtre d’Internet. Il a depuis été maintenu, de façon conjointe par l’ensemble des registres sur la base de normes plus ou moins homogènes (RFC). À la fois dans une optique de transparence à laquelle les pionniers de l’Internet étaient attachés, mais aussi probablement en raison du consensus autour de la nécessité qu’un tel service existe, de la part des différentes parties prenantes du réseau : registrars, autorités judiciaires, organismes de lutte contre le spam, détenteurs de marques, créateurs d’œuvres protégées par la propriété intellectuelle, etc.
Le Whois pose, du fait de sa conception même, un problème pour la protection de la vie privée des personnes. La diffusion publique de l’identité, voire d’autres informations relatives au détenteur d’un domaine, ouvre la porte à l’exploitation commerciale de ses données sans consentement préalable, et bien sûr au spam. Certaines sociétés se sont ainsi fait une spécialité d’extraire les données du Whois à intervalle régulier, pour en archiver le contenu, puis commercialiser cet historique ainsi que des fichiers basés sur l’activité probable du titulaire (registrant) en fonction des mots contenus dans le label du domaine (les mots figurant avant le point et l’extension).
Si le Whois trouve évidemment des applications légitimes, par exemple la protection des marques (via les services d’anti-cybersquatting ou typo squatting, ou encore par le biais de la Trademark Clearinghouse), certaines utilisations sont plus inattendues. Il est ainsi possible de souscrire à des alertes basées non pas sur les labels mais sur les titulaires. Auquel cas il devient possible pour vos concurrents d’être notifiés des nouveaux domaines que vous déposez. Sachez-le !
Ces services, qui exploitent les données du Whois, opèrent aujourd’hui dans une faille du droit, que le RGPD entend bien combler. Reste à convaincre les acteurs américains, au premier rang desquels figure l’ICANN, de l’intérêt qu’il y a à adopter un modèle plus protecteur. D’autant que, si l’anonymat permet à certains d’enregistrer des domaines sur lesquels ils publient des contenus litigieux, l’anonymat est en même temps une garantie pour la liberté d’expression. Le cyber-harcèlement, qui est déjà en soi une expérience désagréable, peut vite se transformer en harcèlement « in real life », ciblant par exemple le propriétaire d’un site qui revendique son appartenance à une communauté religieuse, sexuelle, politique, etc.
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Les extensions nationales (ccTLD), tels que les .fr, .de, .be… ne sont pas contractuellement engagées avec l’ICANN de la même manière que les extensions génériques. Leur gestion incombe directement aux États concernés, et ce en toute indépendance. […]
N’étant liée à l’ICANN que par un simple engagement de reconnaissance mutuelle, l’Afnic a, mis en place, dès 2006, une procédure d’anonymisation des données du Whois, appliquée par défaut à tout particulier (personne physique) enregistrant un domaine en .fr, .re, .tf, .yt, .pm et .wf. Sur la fiche correspondant à votre domaine dans l’annuaire Whois, vos coordonnées personnelles (nom, adresse, téléphone, etc..) sont alors remplacées par la mention « diffusion restreinte ». Ces coordonnées sont accessibles, sur demande expresse et motivée, à la direction juridique de l’Afnic et sous conditions, dans le cadre de ce qu’on appelle une procédure de levée d’anonymat. Les coordonnées professionnelles fournies par le représentant d’une personne morale (propriétaire, contact administratif, contact technique et contact de facturation, lesquels peuvent être une seule et même personne), restent quant à elles librement accessibles au sein du Whois.
Attention toutefois : les .paris, .alsace, .bzh, .corsica… ou encore le .ovh, pour lesquels l’Afnic joue le rôle de prestataire technique (Registry Service Provider), ne sont pas des extensions nationales (ccTLD), mais des domaines de premier niveau générique (gTLD). À ce titre, ces extensions sont engagées contractuellement avec l’ICANN et les dispositions de ce contrat ne leur permettent pas aujourd’hui de proposer l’anonymat des informations figurant dans leur Whois. Les possibilités de diffusion restreintes de ces informations sont alors beaucoup moins protectrices, comme nous allons le voir.
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En ce qui concerne les gTLD (.com, .org, .net, .ovh, .top, .pro, .xyz, .paris, online, .mobi pour en citer quelques-uns parmi les plus vendus chez OVH), l’ICANN encadre précisément la gestion des registres. Et les règles du jeu ne sont plus tout à fait les mêmes. Si l’ICANN autorise (sans les encourager) les procédés de « privacy » du Whois, elle ne permet pas une anonymisation complète, même pour les personnes physiques. Leur(s) nom(s) et prénom(s) – au pluriel dans le cas où le propriétaire et les contacts administratifs, techniques et de facturation ne sont pas une seule et même personne – sont ainsi systématiquement exposés dans le Whois.
Certains registres, sans recourir à la diffusion restreinte, ont adopté des procédures intermédiaires intéressantes, bien que pas totalement satisfaisantes. Il en va ainsi du registre du .amsterdam, qui filtre l’accès à son serveur Whois en réclamant aux requêtants la signature d’un contrat d’utilisation du service. Enfin, certains registres n’acceptent tout simplement pas la mise en place, par les registrars, de procédés d’anonymisation partielle des informations, quels qu’ils soient.
Lorsque cela est autorisé par le registre de l’extension, OVH propose donc un service optionnel gratuit d’anonymisation (privacy service) de certaines informations du Whois : adresse postale, e-mail et/ou numéro de téléphone (au choix pour les personnes physiques ; les personnes morales ne pouvant dissimuler que leur adresse e-mail). Dans le cadre du service OWO, OVH redirige vos courriers électroniques depuis une adresse e-mail spécifiquement créée pour cet usage et protégée contre le spam, et vous réexpédie d’éventuels courriers postaux (une mise en demeure par exemple). Ceci sans que vos coordonnées ne soient divulguées à aucun moment, ni revendues à qui que ce soit. Un service qui apporte une protection minimale, mais ne garantit ni l’anonymat du titulaire ni une protection totale contre le démarchage non sollicité. Car les recoupements de données par des tiers, effectués en toute illégalité, ne sont pas impossibles.
Pikachu, Salamèche, Insécateur, Ronflex… En 1996 sortaient les jeux pour GameBoy Pokémon Bleu et Rouge, avec 151 bestioles imaginaires qu’il fallait «toutes attraper». Vingt ans plus tard, Julien Bardakoff détaille son travail de traduction chez Nintendo pour franciser leurs noms, truffés de références et de jeux de mots.
Intéressant. À titre d'exemple, je me demandais pourquoi « Taupiqueur » et « Triopikeur » (« qu » versus « k » )… Parce que le nom d'un Pokemon est limité à 10 caractères sans accents (car les noms de Pokemon s'écrivaient en majuscule et que la cartouche Game Boy ne supportait pas les majuscules accentuées).
Via Quota Atypique.
Le samedi 30 septembre 2017 (samedi prochain), de 14h à 18h, au Shadok, les associations ARN, HackStub et Seeraiwer organisent une série d'ateliers dédiés à la reprise en main de nos activités en ligne et de nos données numériques :
- Paramétrage du navigateur web (Firefox, Chrome, etc.) afin de limiter les traces émises à notre insu ;
- Découverte de services numériques éthiques remplaçants des géants (Microsoft, Google, Twitter, etc.) peu respectueux des droits et des libertés ;
- Installation d'un système d'exploitation éthique sur votre ordinateur (GNU/Linux) ou votre smartphone (LineageOS) ;
- Initiation à la Brique Internet, une solution clé en main pour créer votre cloud ou héberger facilement vous-même votre site web ou vos mails et plein d'autres usages.
Ces ateliers sont tout public, y compris les personnes débutantes.
Excellent commentaire d'un jeu qui se propose d'utiliser la théorie des jeux pour expliquer l'évolution de la confiance au sein d'une société humaine. C'est très intéressant.
Soit un jeu qui coûte 1 pièce pour chaque joueur et qui en rapporte 3 à l'autre joueur si le premier joueur insère une pièce (et vice versa). Si l'on est certain que l'autre joueur va tricher, on ne va pas mettre la pièce, sinon on perd une pièce et le tricheur en gagne 3. Si l'on est certain que l'autre joueur va coopérer (être une bonne poire), alors on va coopérer, y'a pas de raison (on gagne +2 pièces chacun)… ou pas (et ainsi on gagne +3 pièces) : l'honnêteté nous rend vulnérable : si l'on ne triche pas, l'autre joueur peut nous arnaquer. La méfiance semble être le choix le plus rationnel.
Dans une vraie société humaine, on aura d'autres comportements que ces stéréotypes : l'imitateur (il coopère puis reproduit la dernière action de l'autre joueur), le rageux (il coopère mais à la moindre arnaque, il arnaquera jusqu'au bout), le détective (il analyse, si l'autre joueur triche une seule fois, il copie, si l'autre joueur ne triche pas, il triche pour maximiser ses gains), etc. Si tous ces personnages jouent un seul tournoi les uns contre les autres pendant 10 parties à chaque fois, l'imitateur gagne, altruisme réciproque.
Que se passe-t-il s'il y'a plusieurs tournois entre tricheurs, coopérateurs et imitateurs, que l'on élimine les 5 joueurs qui ont gagné le moins de pièces et que l'on clone les 5 joueurs qui ont le plus amassé de pièces. Au début, les tricheurs gagnent… mais plus leur proportion augmente, moins leurs gains sont importants (on ne peut blouser un tricheur). Les imitateurs prennent donc le dessus. Les tricheurs ont donc ruiné leur business en sur-exploitant les coopérateurs.
Grandes morales :
#squeezie
Construire un service reposant sur le DNS qui, à partir d'un code postal, répond soit le nom des villes concernées, soit les coordonnées géographiques de la ville concernée, soit une URI vers une carte (ou vers le site web de la ville ou…).
Encore une fois, on constate que l'OpenData, ce n'est pas encore ça :
La source que j'ai utilisée est la « Base officielle des codes postaux » (trouvée via data.gouv.fr). Je ne dis pas que cette base est meilleure que les autres, mais son côté « officiel » me permet de répondre « c'est pas ma faute » si quelqu'un y trouve une erreur ou une approximation. J'ai utilisé la version GeoJSON du fichier. Elle n'est pas parfaite. Ainsi il y a un certain nombre de fautes d'orthographe comme Marolles-sous-Lignières écrit MAROLLES SOUS LIGNIERES, sans l'accent (les tirets manquent également). D'autre part, certaines communes, notamment en Polynésie française, n'ont pas d'information de localisation. Ici, à Fakarava […]
Dernier problème, la liste n'est pas à jour. La commune de Meaulne-Vitray (code postal 03360), créée le 1er janvier 2017, n'apparait pas encore dans la liste, téléchargée le 24 septembre 2017. (Et elle n'est pas la seule.)
Délicieuse satire du fonctionnement de nos sociétés humaines. J'en recommande vivement le visionnage.
Le banquier qui tient la politique, le refus d'essayer un quelconque autre modèle, des justifications bidons "c'est le jeu, il n'y a pas le choix", le rejet de la solidarité entre individus, la mise en avant de la violence des opprimé⋅e⋅s, etc. C'est très très bien vu.
Les amateurs d’agriculture sans chimie n’ont jamais été aussi nombreux. Pourtant, l’Europe élargit les mailles du filet. Et tolère les pesticides, avec l’appui de la France.
En voilà une initiative judicieuse alors que le bio est en plein boum : alléger les contrôles sur la filière ! Au creux de l’été, l’info est passée quasiment inaperçue. Un nouveau règlement européen sur le bio prévoit de diviser par deux le nombre d’inspections dans les fermes. Une idée de génie, venue de Bruxelles, au moment où, en France, les ventes décollent. En 2016, elles ont fait un bond de 20 %, pour atteindre 7 milliards d’euros.
Que veux-tu, il faut bien que business se fasse. Cette décision s'inscrit parfaitement dans la logique libérale : si ça n'a aucune chance de décoller, on taxe / contrôle à mort à la demande des sociétés puissantes sur le marché qui ne veulent pas perdre leur place à cause de l'arrivée de produits qu'elles n'ont pas au catalogue. Si ça commence à décoller et que les gros du marché se sont à peu près adaptés, alors on lève les barrières à la demande de ces mêmes grosses sociétés afin que business puisse se faire en quantité industrielle sans trop se préoccuper de la dénaturalisation du concept initial.
Afin de repérer les tricheurs, neuf à organismes certificateurs sont aujourd’hui sur le pont. Ces gendarmes du bio épluchent les dossiers de candidature et renouvellent - ou non - les licences octroyées pour trois ans. Chaque année, une centaine de suspensions ou de retraits du précieux sésame sont ainsi décrétés.
Sauf que Bruxelles a décidé d’espacer le rythme des visites. Parions que, ce 20 septembre, le ministre de l’Agriculture, en visite au salon Tech&Bio, dans la Drôme, se montrera discret sur cette fâcheuse décision, validée par Paris. Les exploitations qui n’auront pas fait parler d’elles trois années de suite ne verront plus passer le certificateur que… tous les deux ans. Rassurant, quand on se souvient que les œufs bio n’ont pas été épargnés par le scandale du fipronil !
Label affaire
Décidément indulgent, le nouveau règlement néglige une curiosité du système qui rend perplexes les vrais amateurs d’agriculture durable : s’il reste possible de produire en même temps sur sa ferme du bio et du non-bio, c’est à condition que les espèces animales ou végétales concernées soient « différentes et distinguables à l’œil nu ». Au risque, notamment, de provoquer la dissémination des pesticides d’une parcelle a une autre.
Et ce n’est pas forcément la DGCCRF, le gendarme français de la consommation, qui va séparer le bon grain de l’ivraie. « Le Canard » a eu accès au chiffre des prélèvements réalisés par cette administration sur le bio : 230 par an pour 32 264 producteurs français !
En 2009, le label tricolore « AB » a déjà pris un coup dans l’aile. Sous prétexte d’harmoniser les règles, Bruxelles a imposé un label européen avec un cahier des charges allégé. L’acheteur d’un poulet portant l’estampille européenne n’imagine sûrement pas qu’il a été élevé dans un poulailler où les pauvres bêtes, soumises à une promiscuité invivable, sont souvent privées de bec pour ne pas s’étriper. Ou encore que, dans les écloseries pour poules pondeuses, les poussins mâles jugés inutiles sont broyés vivants. Et se doute-t-il que des pondeuses bio peuvent avoir dans leur gamelle jusqu’à 5 % d’aliments non bio et 0,9 % d’OGM ?
Mais il y a mieux : le label bio européen ne certifie pas l’absence de pesticides ! « La réglementation européenne impose au paysan une obligation de moyens, pas de résultats », explique Cécile Guyou, déléguée générale de Bio Cohérence, un logo privé respectant les critères d’antan.
Pesticides comestibles
Autrement dit, une salade ou un melon accidentellement contaminés par des résidus de pesticides peuvent être vendus comme des produits « purs », à condition que les résidus chimiques qu’ils contiennent ne dé- passent pas un certain seuil, considéré comme dangereux pour la santé.
Au début de l’été 2017, la Belgique et l’Italie ont bien tenté d’imposer que tout produit bio « pesticidé » soit « décertifié », mais une majorité d’Etats membres — la France en tête - a enterré le projet !
Selon le rapport publié cette année par l’Efsa, le gendarme européen de nos assiettes, plus de 14 % des aliments bio contrôlés contiennent d’ailleurs d’es résidus d’insecticides, d’herbicides et de fongicides. Les produits « conventionnels », eux, flirtent avec 97 % d’échantillons chimiquement positifs.
De là à faire payer le bio deux fois plus cher au consommateur…
Dans le Canard enchaîné du 20 septembre 2017.
A la CGT, c’est tous les jours la Saint-Barthélemy. Les gardiens de l’orthodoxie ont entrepris de faire leur fête aux Insoumis de Mélenchon. Philippe Martinez ne supporte plus, en effet, que ce dernier s’érige en porte-parole des opprimés. Cette bagarre pour le sceptre social va faire le bonheur des marchands de chaussures : une journée d’action contre les ordonnances Macron à l’appel de la CGT est prévue ce jeudi 21 septembre, et une manif derrière Mélenchon le surlendemain.
Ça va bien le monopole des luttes sociales ?! Pfff…
Philippe Martinez doit montrer, en effet, qu’il est le seul et unique leader des luttes sociales. La suite, c’est Luc Bérille, le secrétaire général de l’Unsa, qui la raconte : « La CGT nous pond des journées d’action qu’elle a décidées, trois mois avant, sur des mots d’ordre qui sont les siens. Les autres syndicats se retrouvent devant une alternative : soit mener une action sur les mots d’ordre de la CGT, soit ne rien faire. » Résultat : même les organisations qui rêvent de mer dans les brancards contre les ordonnances Macron n’ont pas appelé à manifester. Le patron de l’Unsa en reste baba : « Macron joue sur un billard. »
Séparés, c’est pareil
Si bien que, même dans les rangs de la pacifique CFDT, les principales fédérations du secteur privé veulent en découdre. Après la chimie, c’est maintenant la métallurgie qui demande à Laurent Berger de hausser le ton. Le coup est d’autant plus rude que cette fédé a tenu le berceau du virage « réformiste » de la CFDT.
A FO, la situation revêt une tournure ubuesque. Devant la levée de boucliers au sein de sa commission exécutive, Mailly, qui se targuait d’avoir obtenu moult garanties, a dû virer de bord. Soudain, les ordonnances sont devenues, sous sa plume, « inacceptables » et porteuses d’« une régression sociale ».
Traduction : je tiens à mon poste bien payé, svp, gros bisous. Pfff…
La confédération FO emploie aussi des salariés qui, évidemment, sont syndiqués à F0. Après la résolution de l’exécutif durcissant la position du syndicat sur les ordonnances, ces salariés se sont crus autorisés à annoncer qu’ils allaient participer à la manif, suivant ainsi la consigne de leur union départementale de Paris.
Mais, à la veille du défilé, Michèle Biaggi, patronne des pue-la-sueur de la confédé, a annoncé que les manifestants prendraient le risque de sanctions. Certains ont désobéi ; deux jours plus tard, ils se sont retrouvés dans le bureau de Biaggi et de Beaugas, l’une des fines gâchettes du patron. Ils ont alors été menacés de licenciement pour avoir - photos à l’appui - battu le pavé. « C’était une manif anti-Mailly », lancent les deux chefs aux dissidents, qui tombent des nues. A FO, on reste ferme sur la ligne… surtout dans les virages.
Bien, ta dictature ?!
La CFE-CGC, elle, a eu la sagesse de laisser ses fédérations libres de décider si elles voulaient ou non défiler avec la CGT. Les autres syndicats attendent que Martinez en ait fini avec Mélenchon pour envisager enfin une manif syndicale commune. Mais, après une si longue attente, à quoi pourra-t-elle bien servir ?
Dans le Canard enchaîné du 20 septembre 2017.
Avec un ISF transformé en IFI (impôt sur la fortune immobilière) et une flat tax instituant un prélèvement forfaitaire unique de 30 %, le budget 2018 ne va pas terrifier les Français les plus aisés.
Il prévoit également une douceur pour les banques et les assurances qui, jusqu’à présent, était passé inaperçue. Ces entreprises ne sont pas soumises à la TVA mais à une taxe sur les salaires. Elles ne la paieront plus, désormais, sur la dernière tranche du salaire. Coût fiscal : 300 millions d’euros. Officiellement, il s’agit de favoriser, dans le contexte du Brexit, le retour en France des Français travaillant dans les banques ou les assurances à Londres.
Problème : il n’est pas possible - au nom de l’égalité de tous devant l’impôt - d’appliquer cette mesure aux rentrants sans en faire bénéficier également ceux qui travaillent déjà en France dans le même secteur. Du coup, l’exonération de la taxe sur les salaires concernera tous les hauts salariés banquiers et assureurs.
Et passera pour un beau cadeau à une corporation qui n’est pas dans le besoin et dont un certain Macron est issu. Ça va encore faire jaser.
Dans le Canard enchaîné du 20 septembre 2017.
Ha, Wauquiez joue pour le titre « Faites ce que je dis, pas ce que je fais ». Il fera donc un parfait président des Républicains.
Ah, il est furax, ce grand échalas de Wauquiez, pris les doigts dans le pot de confiture de son hypocrisie ! Comme l’a révélé le magazine « Lyon Capitale » (13/9), il a accumulé treize ans de points de retraite au Conseil d’Etat, alors qu’il n’a réellement occupé son poste de maître des requêtes que pendant deux mois, en 2004… Et cela grâce à son statut privilégié de haut fonctionnaire en détachement, qui lui permet, comme élu, non seulement de conserver son poste au frais, avec son avancement et ses échelons, mais aussi de cotiser pour sa future retraite.
Un de ces « régimes spéciaux » qu’il promet de « faire sauter », en quelque sorte ! Depuis 2013, le même Wauquiez fulmine, notamment, contre le régime de retraite des parlementaires, très favorable, qu’il assimile à un régime spécial. Or, après avoir renoncé, en juin, à se représenter aux législatives, il s’est gardé de faire savoir s’il avait lui-même renoncé à sa retraite de député.
Wauquiez réclame à cor et à cri depuis des années que les retraites des fonctionnaires soient alignées sur celles du privé… Mais il continuait de cotiser en douce au Conseil d’Etat ! En 2011, il avait pourfendu sans vergogne l’« assistanat », ce « cancer de la société française ». A chacun sa définiton de l’ « assistanat ».
Aujourd’hui, Wauquiez tempête et promet d’assigner en diffamation l’un de ses détracteurs : « On ne peut pas dire tout et n’importe quoi, en politique, pour essayer de nous faire taire et de nous empêcher d’être fidèles à nos valeurs. »
Ses « valeurs » ? Quelles « valeurs », déjà ? On ne va tout de même pas reprocher au très droitier Wauquiez de mettre de l’argent à gauche ! Tout en conservant discrètement son portefeuille à droite…
Dans le Canard enchaîné du 20 septembre 2017.