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——————————— August 1, 2019 - Thursday 01, August 2019 ———————————

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J'ai déjà évoqué ici-même les années de plomb, c'est-à-dire ces dizaines d'années de violence politique dans toute l'Europe de l'Ouest. J'ai pointé des ressources audiovisuelles concernant quelques groupes militants d'extrême-gauche qui, constatant l'échec des méthodes de contestation politique traditionnelles, avaient fait le choix de commettre des attentats politiques ciblés : Action Directe, et la Fraction Armée Rouge. À présent, voici un documentaire sur l'organisation italienne du même acabit, les Brigades Rouges (BR).

Ce documentaire est plein d'images d'archive et de témoignages de principaux membres actifs des Brigades Rouges qui expliquent en détail leurs stratégies politiques et militaires. C'est très intéressant, même si la deuxième partie de ce film est excessivement centrée sur l'assassinat du politicien Aldo Moro.

Ce film met en exergue plusieurs points communs entre les BR et les autres groupes européens de lutte armée. La doctrine bien entendu (antifascisme, communisme, autogestion, radicalité, lutte armée ciblée et réfléchie avec minimisation des dommages collatéraux, etc.), mais aussi le fonctionnement par vague / génération qui se succèdent quand l'une est démantelée par la police, ainsi que le choix des cibles (politiciens, patrons, presse) et le retournement de l'opinion publique. Je note aussi des différences Exemples : les Brigades Rouges étaient composées de groupes locaux décentralisés. Ils ont séquestré et assassinés des magistrats, des avocats et des gardiens de prison, ce qui n'est pas le cas des autres groupes. Leur mode d'action favori, la jambisation consiste à tirer plusieurs balles dans les jambes d'une victime, ce qui diffère de l'assassinat "propre" habituel.

Mes notes :

  • Dans les années 60, l'Italie subie une fracture nord/sud : les emplois sont au nord, la vie agréable au sud. Les ouvriers qui se déplacent du nord au sud pour survivre sont rejetés, y compris par les propriétaires de logements ;

  • Depuis la fin de la 2e guerre mondiale, l'Italie était gouvernée par le parti centriste Démocratie chrétienne ;

  • Au milieu des années 60, les premiers ouvriers contestataires apparaissent. Leur critique du capitalisme est basé sur leur vie, le concret ;

  • En 1968/1969, sous l'influence de la révolte de la jeunesse, ce mouvement ouvrier se durcit. Ils sont jeunes, virulents et ils forment des groupes contestataires autonomes dans les usines. Contrairement aux syndicats auxquels ils s'opposent par le refus de leurs méthodes (médiation avec le patronat), ils réclament plus que l'augmentation annuelle du salaire. Ils veulent changer d'horizon, mettre un terme aux hommes gris en costard (patrons et politiciens) et à la tristesse de ce monde. Les violences policières embrasent le mouvement. Le Parti Communiste demeure inactif ;

  • En décembre 1969, des explosions de bombes, posées par des fascistes (on suppose, le procès ayant eu lieu 30 ans plus tard demeure flou) seront instrumentalisées par le pouvoir et les médias afin de brider le mouvement contestataire et discréditer les syndicats. C'est le point de rupture, la reconnaissance gouvernementale que le dialogue social n'est plus possible, car le gouvernement n'en respecte plus les règles du jeu établies ;

  • En 1970, la formation politique « gauche prolétarienne » fait le choix de la lutte armée pour soutenir les luttes syndicales et d'utiliser une stratégie offensive plutôt que défensive (se contenter de survivre aux assauts des patrons et du gouvernement). L'organisation Brigades Rouges naît. Son cœur est composé d'environ 5-10 personnes pour plus de 1 000 militants. Elle se voit comme une milice au service des ouvriers, comme la police est celle des patrons. Elle vise un certain professionnalisme afin d'être crédible : stratégie, organisation militaire, utilisation de bombes artisanales soignées plutôt que de déclencher des incendies comme tout le monde peut le faire, avec de l'essence et un briquet ;

  • Les Brigades Rouges sont composées d'artisans, d'étudiants, d'ouvriers, d'intérimaires, d'employés de bureau, d'universitaires tous choqués par les conditions de travail. Ils ont une famille, une vie sociale. Les membres principaux ont un passé chargé. Le père d'un a connu les guerres, les fascistes, les camps de prisonniers, d'où une profonde désillusion. Plusieurs ont été déscolarisés afin d'aider financièrement leur famille. Un autre a grandit dans une ferme avec une relation de maître/esclave riches/pauvres avec les propriétaires ;

  • Les premières actions (incendier les voitures des contremaîtres d'usine, séquestrer les patrons) se déroulent jusqu'en 1972 où la police découvre des caches et arrête des membres. Le réseau semi-clandestin s'effondre (le noyau dur compte environ 5 personnes). Le choix d'une clandestinité totale et d'un essaimage en groupes locaux (Turin et Milan pour commencer) est fait. La séparation donne l'illusion d'un mouvement en expansion. La clandestinité, c'est renoncer à une identité, aux relations sociales, y compris affectives, c'est un sacrifice, c'est renoncer aux discussions sur des souvenirs passés (moins les autres clandestins en savent sur toi, mieux ça vaut quand la police débarque). Chaque groupe local est composé de 20 à 30 clandestins autour desquels gravitent des militants à visages découverts ;

  • En 1973, le coup d'État militaire au Chili tue les espoirs d'une révolution par les urnes, car Allende était perçu comme un modèle à suivre. Le Parti Communiste lui-même commence à théoriser qu'il ne pourra pas obtenir le pouvoir, même avec 51 % des voix et qu'il lui faut construire une alliance avec le parti démocrate chrétien. C'est le tout début de la politique du compromis historique. Alliance patrons / ouvriers. Les patrons demandent une trêve dans les conflits sociaux… mais en profitent pour licencier (Fiat, par exemple) ;

  • En 1974, les Brigades Rouges décident de sortir du contexte des usines en séquestrant le magistrat Sossi qu'ils accusent d'être un fasciste car il ferait condamner tout ce qui bouge à Gênes (un étudiant qui ne paye pas le restaurant universitaire, les grévistes d'un hôpital, etc.). Ils réclament la libération des membres du mouvement anti-néofascistes du 22 octobre et leur extradition vers Cuba. Le Parti Communiste et le gouvernement s'y opposent. La magistrature est prête à accepter… sauf le procureur général Coco qui exige la libération de Sossi comme prérequis de la signature de l'acte de libération… et qui trahira cet accord sitôt Sossi relâché ;

  • Les principales têtes des Brigades Rouges sont arrêtées, y compris de façon stupide (ils se garent près d'une banque au volant d'une voiture volée…). Le procès se déroule en 1976/1977. Les brigadistes ne veulent pas se faire juger. Ils organisent un procès guérilla visant à désarticuler leur procès et à renverser l'ordre des choses : ils révoquent leurs avocats, ils inculpent l'État, et ils indiquent que le vrai procès se tiendra dans la rue. Les brigadistes libres assassinent le procureur Coco. Le procès est suspendu 1 an. À sa réouverture, le président de la faculté de droit est enlevé et le président de l'ordre des avocats est assassiné au motif qu'il devait désigner les avocats commis d'office d'où les brigadistes ne voulaient pas. Les brigadistes sont condamnés à 18 ans de prison. Certains, comme Prospero Gallinari s'évadent avec l'aide de détenus de droit commun ;

  • La deuxième génération des Brigades Rouges continue à agresser des magistrats, des chefs de rédactions de journaux, des gardiens de prison ;

  • En 1977, un mouvement contestataire étudiant reprend du service. En 1976, le Parti Communiste avait obtenu un très bon score aux législatives. Une alliance entre la Démocratie Chrétienne et le PC semblait inévitable, mais elle n'était pas désirée par la base du PC ;

  • En 1978, les Brigades Rouges décident de séquestrer Aldo Moro, le président du parti de la Démocratie Chrétienne, le jour où Andreotti, le président du Conseil, devait présenter le compromis historique (alliance avec le PC, patrons et ouvriers main dans la main, etc.) au Parlement. Les Brigades Rouges trouvent cette alliance bourgeoise et impérialiste. Andreotti était aussi une cible des BR, mais il fût jugé plus compliqué à atteindre. Le prétendu Tribunal du Peuple est uniquement composé du leader des BR. Après l'arrestation de Moro, les principaux syndicats déclarent une grève générale pour dire non à la terreur. Le pape intervient également en faveur de la libération de Moro. Ce dernier ne révèle pas aux BR les magouilles de la Démocratie Chrétienne dont il a connaissance. Dans ses lettres, il condamne son parti, la Démocratie chrétienne. Le gouvernement se trouve face à un choix : sauver la vie d'un homme en négociant avec des terroristes ou sauver la dignité d'un État qui ne s'est pas toujours montré digne ? L'absence de négociations met les BR face à un choix : tuer Moro et perdre le combat par absence de gain, perdre en crédibilité en libérant une fois de plus un prisonnier sans aucun résultat ou maintenir une force inutile (car elle obtient rien) en gardant en vie Moro ? Après 55 jours de séquestration, Moro est assassiné ;

  • Les Brigades Rouges continuèrent leurs actions jusqu'à la fin des années 80, environ. Au total, environ 5 000 militants furent condamnés.

Depuis la décision du 30/07/2019 du tribunal de Tours d'ordonner le retrait de 13 compteurs Linky afin de ménager des occupants électrosensibles, je vois circuler des propos incorrects à propos du Linky.

Évidemment, je pense que le tribunal de Tours se trompe sur le fond et la forme. Sur le fond, je ne crois pas à l'électrosensibilité, même si je crois à la nécessité de ne pas s'en moquer, de continuer les recherches et de traiter le mal-être psychologique qui, lui, est bien réel. Sur la forme, il y a plus pertinent pour descendre en flammes le Linky, comme son impact sur la vie privée, les méthodes brutales des sous-traitants d'Enedis (ex-ErDF) pour l'installer, etc. Cette décision est celle d'un tribunal de première instance, donc précaire. Enedis va probablement former un appel et la discussion reprendra. ÉDIT DU 16/08/2019 À 21 H 20 : D'autant que, d'après le Canard enchaîné du 07/08/2019, le 2 août, le tribunal de Nanterre a rejeté la notion de danger imminent (référé) des plaintes de 457 justiciables dont plusieurs dizaines rendaient le Linky responsable de leur hyperthyroïdie, de leur diabète ou de leur épilepsies. FIN DE L'ÉDIT.

À côté de ça, je vois passer des choses du genre "les écolos veulent la transition énergétique, le Linky est installé dans ce cadre-là, donc les écolos devraient vouloir le Linky, il faudrait qu'ils assument leurs idéaux !" (exemple).

En effet, le Linky permet de connaître précisément la consommation électrique d'un territoire à un instant T, donc la quantité de courant qu'il faut injecter dans le réseau à cet instant T. Comme la quantité d'énergie renouvelable produite est fluctuante par essence (l'éolien dépend de la puissance du vent, le solaire de l'intensité lumineuse, etc.), Linky permet de savoir si l'énergie renouvelable produite à un instant T suffit à satisfaire les besoins et donc, à encourager une injection plus fréquente des énergies renouvelables dans le réseau. À titre personnel, je ne crois pas au lien "Linky rend l'injection d'énergies renouvelables plus facile donc cela sera fait". À titre d'exemple, même si leur flexibilité est moins ample, on sait moduler la production d'une centrale nucléaire ou à gaz. Les données de consommation émanant des Linky permettent tout autant d'affiner les programmes de charge des centrales nucléaires ou des centrales à gaz ou… que d'injecter de l'énergie verte dans le réseau. Rien permet d'affirmer que le choix penchera en faveur des énergies renouvelables. ÉDIT DU 11/11/2019 À 13 H 00 : une nouvelle vague de nucléaire, dite EPR 2, est d'ailleurs en cours de construction… FIN DE L'ÉDIT.

Le Linky permet également au consommateur de prendre conscience de sa consommation électrique. Ainsi, ils espèrent que ce même consommateur cherchera à la réduire, ce qui permet de favoriser les énergies renouvelables. Ils l'aideront avec une incitation tarifaire, ce qui, comme d'habitude, réduira uniquement la consommation des pauvres, les riches en ayant que faire. Là-encore, j'émets une réserve entre la faisabilité technique et le choix qui sera fait.

Un rapport de la Cour des comptes de février 2018 expose que cet objectif, la « maîtrise de la demande d'énergie », smart grid ou autre terminologie bullshit sous laquelle on le désigne, ne sera pas tenu : « en l’état actuel des travaux, le système n’apportera pas les bénéfices annoncés en ce qui concerne la maîtrise de la demande d’énergie ». Il expose également que le déploiement du Linky n'est pas justifiable économiquement parlant au regard des bénéfices apportés à la distribution en énergie électrique, mais ce n'est pas le sujet.

Selon moi (je me base quand même sur le rapport de la Cour des comptes, sur ce que j'ai entendu dans le réseau militant Enercoop et sur un reportage d'Envoyé spécial), le Linky sert d'autres intérêts que ceux du citoyen-consommateur de base :

  • Réduction des coûts de personnel pour les opérations courantes (relevés manuels annuels, changement de puissance, etc.), réduction du risque d'impayé induit par une facturation annuelle (qui est assimilable à un prêt de trésorerie), achat et vente en flux tendu (donc au meilleur prix) de l'énergie manquante (ou, au contraire, du trop produit), et réduction du coût des fuites sur le réseau par une détection plus rapide. Bien entendu, ce n'est pas mal en soi de vouloir réduire les dépenses, mais encore faut-il penser aux humains mis au chômage, à la répercussion du gain sur la facture des abonnés et à la balance bénéfices-risques pour les abonnés. Or, je pense justement que la balance est déséquilibrée et que le bénéfice de la réduction des coûts ira majoritairement dans la poche des actionnaires, comme d'habitude ;

  • Analyse, traitement et revente des données de consommation. Linky relève la consommation une fois par heure depuis juillet 2018 et il peut descendre jusqu'à une granularité d'une fois par tranche de dix minutes. Le traitement de nos données personnelles n'est pas un délire éventuel ou probable : depuis 2015, Enedis dispose de sa « Fabrique numérique » afin d'analyser les données et de créer les nouveaux services qui en découlent. À l'ère du numérique, ces données de consommation valent de l'or, donc elles seront utilisées et revendues. Comme d'habitude, l'éthique n'entrera pas dans l'équation des décideurs. Ces activités génèrent des risques pour la vie privée des citoyens-consommateurs : publicité ciblée, identification des comportements et des pratiques intimes, mouchardage (auprès de la CPAM durant un arrêt maladie, aux flics durant une crise migratoire, etc.), etc. ;

  • « L'effacement » préfigure la guerre énergétique riches / pauvres à l'instar de ce qui se pratique avec les quartiers riches sécurisés et isolés des salauds de pauvres. L'effacement ? La « mise hors tension à distance d’équipements électriques, avec l’accord des usagers concernés, afin de limiter la consommation lorsque celle-ci est trop élevée […] afin d’éviter de construire des capacités de production qui ne seraient utilisées que quelques heures par an, aux périodes de pointe » (source : le rapport de la Cour des comptes sus-cité). Qui seront les consommateurs visés par le mécanisme d'effacement, mécanisme qui cessera un jour d'être du volontariat ? Est-ce que les riches seront autant visés que les pauvres, alors même que l'on peut considérer que ces derniers ont une probabilité plus élevée de posséder des équipements vieillots qui consomment à mort ? Existera-t-il un abonnement premium garantissant une absence d'effacement moyennant finances ? Notons que l'effacement / délestage / interruption contractualisé se pratique déjà dans l'industrie (témoignage ici).

En résumé : oui, on peut s'intéresser à l'électrosensibilité titillée par le Linky, aux prétendues vertus vertes de ce compteur (utilisation plus fréquente des énergies vertes, non construction de sources de production polluantes inutiles) qu'il faudrait d'ailleurs nuancer avec l'empreinte écologique de sa fabrication et de sa pose, ainsi qu'aux prétendus gains pour les fournisseurs d'énergie alternatifs (plus besoin de conserver une provision budgétaire annuelle), mais je pense que c'est mal poser le débat et se concentrer sur l'arbre qui cache la forêt. Pour moi, le Linky c'est business as usual, cela bénéficiera uniquement au business, au commerce et donc aux Puissants de ce monde. C'est sur cela que j'aimerais que nous portions notre attention.

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