The Daily Shaarli
Ainsi que 99 nouveaux dessins pour ne plus faire de fautes.
L'auteure nous propose d'utiliser des dessins mnémotechniques afin de se souvenir de la graphie des mots. J'ai trouvé l'idée originale, d'où ma lecture de ces deux ouvrages. D'autant que je me trouve trop dépendant des correcteurs orthographique et grammatical…
Ces livres se concentrent essentiellement sur les homophones, c'est-à-dire des mots qui se prononcent de la même façon, mais qui s'écrivent différemment (cession / session, pause / pose, quand / quant, détonant / détonnant, etc.), et sur des mots qui ont une orthographe proche mais un sens différent (exhausser / exaucer, discerner / décerner, collision / collusion, hiverner / hiberner, etc.). On y trouve aussi des rappels de règles d'utilisation des mots (comme le bon usage des verbes apporter un objet / amener une personne ou de naguère / jadis (plus vieux dans le temps) ou le fait que « autre alternative » et « double alternative » sont des pléonasmes), des rappels orthographiques (connexion, accueil, câlin, aborigène, marc de café, acquit de conscience, etc.) voir des rappels concernant des noms propres (Victor Hugo, Simone Weil (philosophe) / Simone Veil (IVG), etc.).
Ces livres devraient être lu par les opposants à la féminisation des mots et des expressions voire à toute forme d'évolution de la langue. Les nombreuses explications de l'auteure leur montrerait que notre langue a beaucoup évolué, avec de nombreuses guéguerres de linguistes / grammairiens : sens dessus dessous (c'en -> sans -> sens pendant plus de 7 siècles), amende / amande et ancre / encre (qui ont pris l'orthographe de l'autre au fil des siècles), etc.
Ce livre nous propose un bilan de l'état d'urgence qui a été instauré en France entre le 14 novembre 2015 et le 31 octobre 2017.
Il s'agit d'un bilan à mi-parcours : le livre ayant été publié en 2016, il ne prend pas en compte les derniers dénouements comme la censure constitutionnelle du fait que les préfets pouvaient autoriser les contrôles d'identité + les fouilles de bagages + les fouilles de véhicules sur de longues durées (24 heures renouvelables) et sur de larges zones géographiques (jusqu'à l'intégralité du département), ou le projet de loi « renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme » qui transpose toujours plus de mesures exceptionnelles de l'état d'urgence dans le droit ordinaire, ou la confirmation que le régime des perquisitions administratives est soi-disant conforme à notre Constitution sauf la copie / saisie de données informatiques qui nécessite une autorisation d'exploitation d'un juge (administratif) et qui ne peut pas être conduite si la perquisition ne permet pas de découvrir des infractions.
J'avais besoin de ce livre-bilan afin de sortir mon nez du guidon, d'avoir un panorama de tout ce qui a été fait pendant l'état d'urgence, et de m'en souvenir à l'avenir. En cela, ce livre, bien qu'un peu pompeux à lire, atteint son objectif : il donne une vision plutôt claire de tout ce merdier.
Je retiens : une législation d'exception inutile pour lutter contre le terrorisme, mais qui a bien servi contre des militants, un emballement de tous bords politique pour conduire une course à l'armement législatif, et des autorités de contrôle (Parlement, Conseil d'État, Conseil constitutionnel) dépassées par les événements.
Ci-dessous, mes notes.
Généralités :
Inefficacité et dérives des mesures utilisées
Et là, dans cette précipitation, il a fallut obéir à une politique des quotas comme le révèle le syndicaliste Alexandre Langlois, en poste aux Renseignements Territoriaux des Yvelines. « Lorsque l'État d'urgence a été décrété, notre chef de service nous a réunis pour nous transmettre les instructions ministérielles. Il nous a dit : « Maintenant, il faut faire des perquisitions administrative en masse. On doit donner au ministère un nombre de perquisitions à faire. Organisez-vous, il nous fait trois objectifs par nuit ! » Les premiers temps, ça allait. Les gens que l'on choisissait étaient des suspects sérieux. Petit à petit, on a fait le tour et le choix des objectifs a été de moins en moins pertinent ». L’état d’urgence s’éternise. Une nouvelle réunion a lieu. « Il nous a été dit : “Là, il faut ralentir la cadence. Il faut qu’on tienne sur le temps médiatique. Alors n’en faites pas trop car après on n’aura plus personne. Désormais, ce sera une perquisition par nuit ! Il faut que ça dure !” Mais, même comme cela, c’est devenu n’importe quoi. Je me souviens que pour l’un des perquisitionnés, cela reposait sur le simple fait qu’au travail, il avait refusé de serrer la main d’une femme mais c’était sa supérieure. Donc peut-être qu’il avait refusé de serrer la main, non pas parce que c’était une femme mais parce qu’il ne s’entendait pas avec son chef. C’est plutôt léger comme soupçon. Notre travail, en principe, c’est de faire la part des choses entre les gens vraiment dangereux et ceux qui ne le sont pas. Les commissariats locaux désignent eux aussi des objectifs à perquisitionner. « Mais, eux, leur filon d’islamistes s’est épuisé encore plus vite que nous, poursuit Alexandre Langlois. Alors pour remplir les quotas, certains ont fini par mettre sur la liste des gens qui n’avaient rien à voir avec l’islam radical ou le terrorisme. Les mauvais coucheurs de leurs circonscriptions, les petits délinquants qui leur pourrissent la vie, ceux insuffisamment condamnés à leur goût, etc. Les collègues des commissariats me racontaient : “Tiens, lui, le juge ne lui a pas mis le compte. Très bien, on va aller péter sa porte.” Voilà, c’est ça, l’état d’urgence. » Plusieurs policiers, dans différents services de renseignement, nous ont confirmé la pertinence très aléatoire des cibles choisies pour les perquisitions nocturnes. Sollicité par mail, le ministère de l’intérieur n’a pas répondu à notre proposition de commenter nos informations. (source)
Malgré tout, l'état d'urgence est élargit sans cesse… sans plus de résultats :
Les autorités de contrôle sont défaillantes :
Divers :
Ho, je n'avais pas suivi : la deuxième version du délit de consultation habituelle de sites web faisant l'apologie du terrorisme, introduite dans la loi relative à la sécurité publique de 2017, a été censurée par le Conseil constitutionnel en décembre 2017.
Documentaire datant de 2017, sous licence CC-BY-NC-ND, qui traite de l'acceptation de la surveillance de masse dans nos sociétés et qui argumente contre le fameux « je n'ai rien à cacher ». J'ai participé à son financement participatif et j'en suis satisfait, car je le trouve compréhensible par le grand public. Les personnes interrogées sont intéressantes : Louis Pouzin, Jérémie Zimmermann, Fabrice Epelboin, Thomas Drake (lanceur d'alerte de la NSA avant Snowden), Vera Lengsfeld (personne espionnée par la Stasi), Joël Domenjoud (activiste écologiste français assigné à résidence sans jugement lors de la tenue de la COP 21 à Paris suite à des notes extrêmement floues qui peuvent tout et rien dire provenant des services de renseignement, notes qu'il a pu récupérer), etc.
Ce film expose les arguments habituels contre le fumeux « je n'ai rien à cacher » : on dit « je n'ai rien à cacher » de peur d'avoir à admettre que la surveillance de masse existe vraiment et de passer ainsi pour un fou coiffé d'un chapeau en aluminium ; en moyenne, 60 % des gens d'une population enfreignent régulièrement la loi (oui, les entorses au code de la route, ça compte) ; la surveillance détruit l'intimité, ces moments où nous sommes vraiment nous-mêmes seul ou à plusieurs, où nous expérimentons, où nous créons, où nous vivons ; si ta vie actuelle est sans intérêt, peut-être que, demain, tu te révolteras contre un projet d'expropriation de tes terres ; la surveillance octroie un pouvoir démesuré aux États qui peuvent devenir des États policiers très rapidement.
Ensuite, ce documentaire soumet une personne quasi lambda à une surveillance d'un mois de son téléphone et de l'historique de navigation web de son ordinateur. Lorsqu'on lui dresse son profil une fois l'expérience terminée, cette personne semble déstabilisée et mal à l'aise. Pourtant, il n'a rien fait de foufou, en effet. Notons que cette personne a demandé à ce que son graphe social (avec qui il échange, quand, à quelle fréquence) n'apparaisse pas. Notons bien que quand c'est un service numérique ou un État qui te flique, tu n'as pas ce choix.
Enfin, le film dresse une petite liste des outils habituels pour se protéger (Signal, TOR Browser, Duck Duck Go, profiter du droit européen pour demander à une société commerciale de te communiquer toutes les données qu'elle détient te concernant, etc.).
