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——————————— August 3, 2018 - Friday 03, August 2018 ———————————
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Un livre de Tristan Nitot, publié sous une licence libre (CC BY-NC), qui nous cause de la surveillance marchande et étatique des services numériques. Les risques qui pèsent sur nos données personnelles (piratage, constitution d'un dossier à charge à partir de ce que nous publions en ligne afin de nous faire chanter, employé malhonnête, dénonciation de comportements aux autorités par les services numériques selon leur propre morale interne, surveillance étatique) sont très bien exposés. Les pistes évoquées pour éviter de subir tout ça se trouvent dans un consensus acceptable donc atteignable par des débutants… même s'il ne me paraît pas sain d'encenser le modèle économique d'Apple basé sur la vente de matérielle plutôt que la revente en douce de nos données personnelles.

Je recommande la lecture de ce livre par des débutants.

Mes notes :

  • Les données personnelles affectent la relation de pouvoir entre un citoyen et l'État et entre un citoyen et une société commerciale qui publie un service numérique. Exemples : comment puis-je avoir confiance en une société commerciale si je ne peux pas comprendre comment elle prend des décisions me concernant ? Comment vais-je réagir face à Facebook qui cachent certains messages de mes amis et m'en montre d'autres sans que je sache pourquoi ? Ces relations déséquilibrées sont frustrantes, car elles créent chez chacun de nous un sentiment de faiblesse et d'impuissance. La surveillance étatique augmente la défiance du citoyen envers l'État.

  • La vie privée est relative à un cercle d'individus : je partage ce que je veux, à qui je veux. En cela, nous avons tous quelque chose à cacher à quelqu'un.

Je relève quelques fautes :

  • Le GPS ne permet pas de nous localiser. Le positionnement GPS est passif, l'équipement (comme un smartphone) récupère des ondes émises à touuuut le monde par des satellites et effectue une triangulation. Ce sont certaines applications qui font fuiter la position GPS, ce n'est pas une propriété intrinsèque d'un récepteur GPS ;

  • Le croisement des données personnelles de différents citoyens, bien que possible, serait imaginaire. Heeeeeeeeeeeeu… Quand on voit que quelques gros acteurs (Google, Facebook, Amazon, etc.) dominent l'écosystème numérique, c'est évident qu'un tel croisement se fait, juste nous n'en avons pas encore d'illustration, tout comme nous refusions de croire à une surveillance de masse étatique avant que Snowden nous montre les documents qui attestent son existence.
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La quatrième de couverture de ce livre évoque l'analyse des injures (qui « renfermeraient des mystères »). Il n'en est rien, il y a des dictionnaires des injures pour ce faire. Non, ce livre nous expose ce qu'est une injure, dans quel contexte, quelles est sont ces utilités, etc. Malgré cela, ce livre est intéressant.

Mes notes :

  • Existe-t-il une différence entre insultes et injures ? Il n'y a pas d'accord entre les linguistes. Le droit français reconnaît seulement les injures. Contrairement au juron, l'injure et l'insulte présupposent un destinataire, c'est toute la différence entre un « putain ! » ou « merde ! » (jurons) et « putain, va ! » ou « grosse merde, va ! » (injures). Les injures forment un ensemble de mots et d'expressions plus vaste que les insultes, car elles reposent sur l'interprétation de l'énonciation (« pauvre cloche ! » peut être vu comme une insulte ou comme une injure, car elle ne nécessite pas d'interprétation : « ta mère est plus souvent au bistrot qu'au boulot » est une injure, car il faut interpréter). L'injure peut être perçue comme étant plus intentionnelle que l'insulte dans la volonté de blesser autrui ;

  • Les injures permettent de faire court quand il n'est pas possible d'établir un dialogue sur le temps long. Exemple typique : deux automobilistes s'injurent, car ils n'ont que quelques secondes pour échanger à propos de leur différend ;

  • Les injures reposent sur des tabous, sur des non-dits. C'est pour cela qu'elles sont très souvent à connotation sexuelles. Les injures sont donc des marqueurs de l'évolution de nos sociétés ;

  • Injurier peut être vu comme de l'anti-politesse, c'est-à-dire refuser le langage courant normé pour lui préférer, celui tout aussi normé, des tabous. D'où un petit côté « cool » quand cela est bien fait. De même, l'injure, tout comme le langage courant, permet d'identifier l'appartenance sociale d'une personne. Que dire de l'outrage envers le président de la République (qui n'existe plus depuis 2013) ? Un président peut poursuivre quelqu'un pour outrage tout en étant lui-même couvert de toute procédure pénale ;

  • Injurier peut tout aussi signifier que l'on essaye de s'auto-convaincre de notre propre domination (ce qui explique, là encore, la connotation sexuelle de la majorité de nos injures). C'est le principe même de l'humiliation, objectif recherché des injures. De même, nos peurs transparaissent au travers les injures que nous disons : peur de la passivité (« pédé »), de la crasse (« salope », « grosse merde », « sale chien »), de l'inceste (« va niquer ta mère »), de notre animalité (« fils de chien », « sale chien »), de la liberté sexuelle d'autrui (« pédé », « fils de pute », « salope », « sale chienne »). À ce sujet, voir : « Et tout le monde s'en fout [#9](./add-tag/9) - La salope » ;

  • Une injure prend forme dans un contexte socio-culturel complexe : pays (un « sale chien » n'aura pas d'effet en Angleterre où le chien n'est culturellement pas perçu comme un truc crade qui doit rester en dehors du lieu de vie, « vache, va ! » n'aura pas d'effet en Inde où cet animal est vénéré) voire communauté (un « mange tes morts » ou « nique tes morts » sera perçu comme très véhément dans la communauté Manouche, compte-tenu de leur culture de grand respect des morts), temporalité (« démocrate » était une injure y'a encore 3 siècles), politique (« sale coco » fonctionne mieux aux USA qu'en France), etc. C'est l'habitus, qui doit être partagé entre l'injurieur et l'injurié, qui permet de distinguer ce qui est une injure ou non et de lui donner un sens. De même, des accords tacites ou non entre personnes peuvent rendre caduques des injures (injures sexuelles dans un contexte intime, « negro » quand c'est dit par un Noir, des mouvements sociaux ont repris à leur compte les injures proférées à leur égard, etc.) ;

  • « pédé », diminutif de pédéraste signifiait pédophile. « salope » est la juxtaposition de « sale hoppe », « hoppe » étant le nom lorrain de la « huppe », un oiseau réputé comme vivant dans la crasse. « poulet » vient du déménagement temporaire de la préfecture de Paris durant la Commune (1871) dans une caserne construite sur l'île de la Cité qui est… un ancien marché volaillé, avant que nous transposions aux flics les préjugés que l'on prête aux volailles (manque d'intelligence) ;

  • En droit français, le juge ne recherchera pas la véracité d'une injure, car ce n'est pas le sujet. Notons que la notion d'outrage envers des fonctionnaires met en exergue le fait que notre société considère que la fonction prévaut sur le reste.

Un documentaire, datant de 2013 (sortie française : 2016), centré sur les USA, qui nous cause des conditions générales d'utilisation des services numériques, de la non préservation de notre vie privée par ces mêmes services, de la police prédictive qui arrête des manifestants avant qu'ils agissent en Angleterre durant le mariage princier, et de la surveillance de masse pratiquée par les États, notamment US, sous couvert de tous ces services numériques via lesquels nous vivons et racontons nos vies sans nous poser de questions.

À de rares moments, ce documentaire est difficile à suivre en cela qu’il semble décousu, et il peut rendre extrêmement défaitiste la personne qui le visionne en cela qu'il balance de gros pavés dans la figure qui laissent à penser que l'adversaire est trop grand, que tout est perdu, qu'on ne peut rien faire, sans tenter de contrebalancer cette émotion. Malgré cela, j'en recommande le visionnage.

Mes notes :

  • En 2000, la société commerciale Toysmart fait faillite et vend sa base de données clientèle : 195 000 clients avec leur identité, adresse postale, leurs factures, leurs habitudes d'achat, leur situation familiale, etc. ;

  • Les réglages par défaut des services numériques sont une plaie, car ils laissent volontairement accessibles beaucoup plus d'infos que ce que la plupart d'entre nous désirent. Sans compter que cela évolue en permanence : Facebook a rendu accessible de plus en plus de données entre 2005 et 2010 sous couvert des réglages par défaut ; Google a regroupé nos données accumulées sur leurs différents services alors que son PDG, Éric Schmidt, déclarait, 2 ans auparavant, que c'était un cauchemar donc que Google ne ferait jamais ça ;

  • En 2011, les USA tentent d'adopter une loi protectrice de la vie privée. Édulcorée sous l'action des lobbies, elle se contente d'apporter quelques garanties contre l'usurpation d'identité et le démarchage sauvage… sauf si les clients y consentent… dans les conditions générales d'utilisation de plusieurs dizaines de pages ;

  • « Total Information Awarenes » est le nom d'un programme lancé en 2002 par le gouvernement US visant à collecter toutes les transmissions numériques. Le but avoué est de faire le lien entre les activités bancaires, l'achat de billets d'avion, les activités en ligne, etc. pour lutter contre le terrorisme. Ce programme a, soi-disant, été abandonné en 2003 sous la pression des médias et du Congrès… Jusqu'à ce qu'on découvre, une décennie plus tard, que le développement de l'infrastructure sous-jacente a continué et a servi de base aux programmes de surveillance de masse de la NSA ;

  • On peut penser que la « doctrine du tiers », c'est-à-dire le fait que les citoyens US sont espionnés en direct par des sociétés commerciales privées plutôt que par le gouvernement (qui utilise les sociétés commerciales comme rebond) permet de contourner le 4e amendement en plus de faire des économies. Oui, il faut toujours se souvenir que la Constitution US est bâtie sur une défiance envers l'État, les droits qu'elle accorde (expression, vie privée, port d'arme, etc.) s'appliquent vis-à-vis de l'État… pas des tiers ;

  • La société commerciale américaine Carrier IQ produit un logiciel espion installé sur nombre de smartphone Android, notamment aux USA. Le FBI reconnaîtra, devant le Congrès, qu'il a pu avoir accès '""""par mégarde"""" à des données collectées via ce logiciel dans le cadre de sa coopération avec les opérateurs télécoms US ;

  • L'empire médiatique de Rupert Murdoch était lié à la police et à un cercle fermé de politiciens dans le piratage de boîtes vocales téléphoniques dans l'optique d'obtenir des scoops. Ces pratiques ont perduré plus de 10 ans avant d'êtres révélées !

  • Je note quelques fautes : en français, on dit « chiffrement », pas « cryptage » ; il est faux de parler d'anonymat dans la manière dont Google promettait d'exploiter les cookies dans sa première politique de confidentialité en 2000 : c'était déjà du bluff intégral. Un cookie est un identifiant unique plus ou moins temporaire de tel navigateur sur tel ordinateur. Dans un tel contexte, il n'y a pas d'anonymat.
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