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——————————— August 12, 2019 - Monday 12, August 2019 ———————————
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L'une des œuvres majeures de Marx, Le Capital adaptée en manga. J'en ai appris l'existence dans une vidéo des humoristes du Rire jaune, et je me suis dit pourquoi pas, ça peut être sympa, c'est original, tout ça.

Le Capital, c'est l'analyse du capitalisme comme modèle de production et de commerce. Le tome 1, le seul totalement rédigé par Marx (les autres ont été finalisés par son pote Engels qui s'est basé sur les notes de Marx) analyse la production capitaliste, c'est-à-dire comment de l'argent sert à produire… de l'argent. Le tome 2 analyse la circulation du capital (production -> commerce -> production, etc.). Le tome 3 analyse la reproduction de l'ensemble et la pagaille que ça génère.

Un bien a au moins deux valeurs. La valeur d'usage est subjective et dépend de nos besoins : un affamé accordera plus de valeur à un pain qu'à un diamant. La valeur d'échange se veut objective en représentant in fine la quantité de travail, donc de peine, nécessaire à sa production, car, in fine, tout est travail (la fabrication d'une machine-outil ou l'extraction d'énergies, c'est du travail) ou ressource naturelle. La faisabilité d'un troc dépend de la valeur d'usage : si je possède déjà le bien que tu proposes en trouzemille exemplaires, je ne vais pas accepter l'échange. Et puis, combien de sacs de riz équivalent à un ordinateur portable ? Ça dépend de la faim des interlocuteurs. Pour comparer objectivement les valeurs d'usage, il faut une valeur étalon. Ça pourrait être des sacs de blé, mais l'or est quand même plus pratique à transporter car il vaut cher (en valeur d'échange, car son extraction, nettoyage et affinage coûtent du travail), même en petite quantité. L'or devient le médiateur entre un acheteur qui veut acheter un bien sans posséder, sur l'instant, un autre bien qui intéresse le vendeur. Et si l'on pré-pesait la quantité d'or en amont afin de faciliter encore plus les échanges ? Bonjour les pièces de monnaie en or. La quantité d'or sur Terre est finie donc si l'on veut produire plus de pièces afin de permettre au plus grand nombre de personnes de commercer, la valeur d'une pièce augmenterait trop et empêcherait les échanges (on ne peut pas diviser la valeur d'une pièce en une infinité de pièces de valeur inférieure, impossibilité technique). D'autres métaux plus courants que l'or sont alors utilisés dans les pièces, car, ce qui compte, c'est la confiance / croyance partagée que cette pièce représente la valeur qui est gravée dessus (0,10 €, 2 €, etc.) même si la fabrication de cette pièce ne coûte effectivement pas le montant gravé dessus (en 2016, le travail nécessaire à la confection d'une pièce de 2 € coûtait objectivement 0,17 €). Ainsi, on oublie les valeurs d'usage pour tout évaluer avec une monnaie étalon qui mesure la valeur d'échange (ce qui est dommage puisqu'on oublie ce dont chacun de nous a réellement besoin). Les billets puis la monnaie scripturale (écriture virtuelle dans des livres de compte) est le prolongement de cela : l'espérance qu'une banque stocke, mais surtout honorera, la dette mentionnée sur le billet ou l'écriture et que ce montant représentera toujours la même quantité de biens au cours du temps (ce qui, en pratique, n'est pas le cas à cause de l'inflation, l'argent perd de sa valeur). Le but du jeu devient alors d'accumuler le plus d'argent afin d'être sûr de manquer de rien puisqu'il est échangeable contre tout bien ou service (ce qui n'était pas possible avec le troc puisqu'on ne savait pas ce qu'autrui accepterait en échange le jour J).

Dans ce contexte d'accumulation, comment se faire de l'argent sur tout ce qui est vendu ? Il faut bien le prendre quelque part… Les matières premières ont un coût qui finit par ne plus être négociable… Les machines outils ont une production constante indexée sur l'énergie fournie (qui, elle, a le coût d'une matière première). Il reste donc le travail. Un chameau consomme environ la même nourriture, quelle que soit la charge qu'il transporte, on a donc intérêt à le charger au maximum. Même chose pour un humain, ainsi le coût du travail diminue. On détruit le savoir-faire en utilisant, entre autres, la division horizontale du travail (un salarié contribue à un tout petit bout du produit final au lieu de sa globalité, donc il devient capable de produire très rapidement ce petit bout) et la division verticale du travail (ceux qui décident ne sont pas ceux qui font). Avec cette spécialisation, on obtient des ouvriers remplaçables que l'on peut mettre en concurrence. L'emploi perd de son sens, car le salarié ne sait pas vraiment à quoi sert ce qu'il fait, mais la productivité augmente (plus de biens sont produits sur une même période). L'employé remplaçable perd de sa valeur, ce qui diminue le coût du travail. On peut également mettre la pression sur les salariés afin qu'ils produisent plus en les menaçant de chômage. C'est donc l'exploitation salariale, le travail non-payé, qui génère la plus-value. C'est pour cela que l'on nous bassine sans arrêt avec la réduction du coût du travail. Pour remédier au problème, les salariés devraient recevoir le résultat de leur travail, le travail global, c'est-à-dire la somme du travail nécessaire et de la plus-value (et non leur unique force de travail nécessaire comme c'est le cas)… comme quand ils étaient artisans à leur compte. Si je résume : une société commerciale dans laquelle tous ceux qui y participent sont propriétaires, ont les mêmes emplois (ou à tour de rôle), et perçoivent une part égale des bénéfices (ce qui est assimilable au partage du résultat du travail) et qui ne cherche pas à grossir indéfiniment, mais à satisfaire une demande concrète n'est pas une société commerciale capitaliste ?

Le gain de l'exploitation humaine obtenu sur chaque bien est faible, donc, pour en vivre, il faut le reproduire massivement… C'est pour cela que la réduction du temps de travail est perçue comme une hérésie : produire la quantité de biens strictement nécessaire ou employer plus de salariés réduisent le gain. Pour ce faire, il faut vendre plus. Pour cela, on peut innover sans cesse, tromper le client (moins de matière pour le même prix, faire croire que la marque est plus importante que le produit pour en retirer du fric, etc.). Mais, la méthode la plus efficace est de produire plus en automatisant. Pour une même quantité de travail global, cela réduit le temps de travail nécessaire… donc ça augmente les profits. Si d'autres sociétés commerciales suivent le mouvement, les bénéfices diminuent, d'où l'intérêt des monopoles, du secret industriel, des nouveaux produits, de remplacer sans cesse les machines-outils par des plus productives, etc. L'automatisation augmente l'endettement. Et, surtout, l'investissement dans des machines réduit la rentabilité, c'est-à-dire les profits divisés par la somme du coût des machines et de la force de travail. Cet indicateur montre qu'il va être de plus en plus difficile d'engranger des profits, donc qu'il sera bientôt difficile d'investir dans l'appareil productif, ce qui rend la société commerciale vulnérable à la concurrence et au remboursement des prêts (bancaires ou actionnariaux ou obligataires). On ne peut pas réduire le nombre de machines car la productivité est basée dessus. En revanche, les machines réduisent la responsabilité des salariés donc la valeur de leur force de travail, ce qui maintient temporairement les profits (c'est vrai uniquement si le salaire est modulable facilement ou si le salarié est licenciable facilement, tiens, tiens)… Mais pour les augmenter, il faut faut pressurer les salariés… ou les licencier… ce qui, dans les deux cas, les empêchent de consommer par manque de revenus. Si cela se généralise, les biens produits ne trouvent plus d'acquéreur, c'est une crise de surproduction. Pour y survivre, il faut pressurer les salariés ou fusionner avec d'autres sociétés commerciales (afin de produire plus - un plus qui ne trouvera pas forcément preneur même si ça peut faire baisser les prix - ou de se débarrasser de concurrents) ou acquérir de nouvelles machines-outils (qu'on ne peut plus se payer seule)… qui réduiront encore la rentabilité… Tout le monde est pris dans ce tourbillon… C'est la contradiction du capitalisme : il faut produire plus pour obtenir des gains et les maintenir face aux autres capitalistes (ce qui n'existait pas auparavant : les sociétés humaines produisaient uniquement ce dont elles avaient besoin pour vivre et se développer - ce qui inclut l'armement, bien sûr -), mais produire plus nécessite toujours de réduire l'humain (réduction des coûts, remplacement par des machines, etc.)… qui est pourtant le seul générateur de la plus-value dans ce système…

Au final, les prêts contractés pour s'agrandir, se moderniser, acheter des machines, ne peuvent plus être remboursés. Les sociétés commerciales coulent. Le chômage augmente. Les banquiers ne créent plus de monnaie puisqu'elles refusent de prêter vu le risque élevé de non-remboursement. Les déposants veulent récupérer leur argent (pour vivre le temps de leur chômage et par déficit de confiance). Sauf que la banque dispose uniquement d'une petite réserve d'argent qui ne couvre pas toute la monnaie émise (car elle en est un tout petit pourcentage légal). La confiance s'écroule… La puissance publique doit intervenir pour transformer la dette privée en dette publique et la répartir sur les épaules de tous les contribuables… Ainsi, la crise de surproduction entraîne une crise financière.

La production capitaliste se base sur la finance, mais aussi sur le commerce capitaliste. La rotation du capital, c'est-à-dire le temps nécessaire pour que l'argent génère de l'argent, inclut le temps de production (durant lequel l'argent est transformé en marchandise + la force de travail) et le temps de circulation (durant lequel la marchandise est transformée en argent). Il est impératif de réduire ces deux temps afin d'éviter de se faire doubler. La réduction du temps de circulation est d'autant plus cruciale que la marchandise peut se périmer ou que les prix de vente peuvent fluctuer. D'où il est nécessaire de développer un commerce de gros et de détail qui assume le coût de circulation mais supplante les petits marchés d'échange à l'ancienne. Le producteur vend ainsi très rapidement aux revendeurs en gros (qui revendent aux détaillants), ce qui augmente la cadence de la rotation de son capital. Dans ce commerce-là, tout le monde s'engage à produire ou à revendre ce qu'il n'a pas encore. D'où la bourse pour définir les prix de vente et les mécanismes d'assurance pour se prémunir des fluctuations (cela inclut les produits dérivés sur les marchés financiers). Ce qui amène la spéculation, notamment des transactions sans prise avec le réel.

D'autres effets sont intéressants à constater. L'argent n'est plus seulement une matérialisation du travail, de la peine qu'un humain se donne ni une contrepartie à un échange, mais aussi un moyen de générer plus d'argent durant le processus de production. Pourquoi faire ? Aucune idée. Il faut produire de la qualité à moindre coût et dans un temps réduit… Qu'est-ce que cela apporte fondamentalement par rapport à produire juste ce qu'il faut dans le temps qu'il faut pour permettre la survie et la satisfaction des besoins des humains ? Aucune idée. Il est nécessaire de garder le contrôle de la connaissance, notamment de faire en sorte que les concurrents n'aient pas connaissance des recettes ou que sous-traitants ne vendent pas les mêmes machines-outils à d'autres sociétés dès que les commandes de la société qui a originalement commandé la fabrication de ces machines-outils diminue (les sous-traitants ont intérêt à faire ça : ils se sont endettés pour produire les machines outils, donc si la commande diminue, le sous-traitant court un risque). D'où les brevets, le secret des affaires, etc. Notons que tout fonctionne en cercle vicieux à cause de la dépendance des sous-traitants… Si la production chute, celle du sous-traitant aussi, ce qui l'oblige à licencier… ce qui réduit la consommation, ce qui affecte la production de son commanditaire, qui réduit donc ses commandes, etc.

Les financiers et les capitalistes ne suent pas mais récoltent l'essentiel des gains. Égalité entre les hommes, hein ? Injustice fondamentale. Ils ont pris tous les risques, il paraît. La force de travail des salariés ne servirait à rien sans eux. Boarf, avant tout ça, le gus bossait très bien tout seul, ce qui laisse à penser que le capitaliste (parasite) a plus besoin de la force de travail (hôte) que l'inverse. Les capitalistes disent également qu'ils ne forcent personne à vendre leur force de travail au prix qu'ils proposent. C'est vrai, mais quand toutes les sociétés commerciales fonctionnent sur le même modèle, le choix est très restreint. Et construire sa petite société dans ce monde-là nécessite des financements (notons que l'héritage lisse ce prérequis, comme quoi…), surtout pour résister à la concurrence… Donc il faudra produire pour rembourser… Le prix de vente et le nombre de commandes étant définis par les autres sociétés présentes sur le marché, le jeu est vite vu : c'est plus compliqué de ne pas vendre sa force de travail à un requin déjà en place, donc la liberté de choix est restreinte.

Plutôt que de concentrer la production afin de servir une demande en hausse, ce qui nécessite des moyens de production coûteux dont l'acquisition met l'entrepreneur à la merci d'un financier, on pouvait aussi choisir de répartir cette production en plein d'artisans. Cela répartit les gains et procure du travail utile à plus de personnes. Néanmoins, cela entraîne des incertitudes sur le fait de disposer de tous les produits et services nécessaires à la vie (peur de manquer de quoi que ce soit). C'est précisément pour cela que le socialisme et le communisme prévoient une solidarité compensatrice…

Bref, ce manga est agréable à lire, j'en recommande vivement la lecture. Les définitions sont plutôt bien posées. Les dessins expriment des émotions qui complètent le texte. Mon seul reproche est que les notions sont présentées dans un ordre qui ne me semble pas être optimal pour permettre de comprendre leur imbrication qui forme le capitalisme, d'où plusieurs lectures peuvent être pertinentes.

Donc… Une gilet jaune chute toute seule. Puis en fait non. Puis l'enquête est confiée à la compagne du fautif. Puis le procureur déclare qu'il voulait ménager l'exécutif. On ajoute ça aux violences policières durant les manifestations des gilets jaunes niées par Macron et l'IGPN (tiens, tiens) et au meurtre de Steve, lui aussi nié par l'IGPN. Joli tableau. ÉDIT DU 21/08/2019 À 12 H 05 : d'après le Canard enchaîné du 07/08/2019, le sinistère de la Justice envisage de reconvertir le procureur en avocat général à la Cour d'appel de Lyon. D'un côté, il ne serait plus à la tête d'un parquet, mais, de l'autre, il fera partie d'un parquet général, qui a autorité sur les parquets des plus basses juridictions. La différence de salaire brut, 5400-6000 € -> 5200-5400 € hors primes est pas ouf. Du coup, j'ai beaucoup plus de mal à me prononcer que le Canard et d'autres journaux quant à savoir s'il s'agit d'une sanction. FIN DE L'ÉDIT.

À ceux qui m'opposeront que la gilet jaune était dans un périmètre interdit à la manifestation, je réponds que ces périmètres sont une atteinte disproportionnée à la liberté de manifester. Quand le pouvoir fait en sorte qu'une manifestation circule uniquement là où elle n'aura pas d'impact, alors la liberté de manifester est bafouée. Quand celui qui est visé par la manifestation (l'exécutif dans le cas présent) contrôle implicitement tout un pan de ladite manifestation, alors la liberté de manifester est bafouée.

C'est vraiment pas marrant, ce boulot de procureur à Nice, et Jean-Michel Prêtre, tenancier en titre, est en train de s’en rendre compte ! Le malheureux avait eu la délicatesse de nier, dans un premier temps, les violences policières lors desquelles Geneviève Legay, 73 ans, brutalement poussée par un flic lors d’une manifestation de gilets jaunes, avait été grièvement blessée. « Elle n’a pas été en contact avec les policiers », affirmait- il. Quinze jours plus tard, devant l’évidence, le proc avait dû reconnaître que le « mouvement brusque d’un policier » avait causé la chute.

Il avait ouvert une enquête et, sûrement mû par la même pudeur, l’avait confiée à la compagne du commissaire qui dirigeait les troupes mises en cause. Tant de tact a fini devant la Cour de cassation, qui lui a enlevé l’affaire et l’a dépaysée.

Interrogé par son procureur général sur ses contradictions et ses faux pas, Prêtre a cru habile de déclarer : « Je voulais éviter des divergences trop importantes » avec les déclarations du président de la République, comme l’a révélé « Le Monde » (24/7). Question indépendance, on a vu mieux… Même pas sûr que Macron ait apprécié cette dévotion et ces mensonges trop visibles.

Juste avant, en décembre, le pauvre proc avait déjà subi une perquisition chez lui, menée par ses redoutables collègues parisiens, les juges Buresi et Tournaire, pour des soupçons d’atteinte à la probité dans la pagaille de la succession du célèbre Negresco. Sans compter d’autres babioles…

Et voilà que les avocats de Geneviève Legay déposent une plainte contre lui devant le Conseil supérieur de la magistrature. La procédure a peu de chances d’aboutir, mais disons qu’elle incite Belloubet à agir. Voilà comment on récompense un serviteur zélé !

Dans le Canard enchaîné du 31 juillet 2019.

Au Pays-Bas, un rite initiatique marque l'indépendance des enfants : une marche nocturne en forêt. Évidemment, c'est encadré, il y a du ravitaillement à mi-parcours, un campement tout prêt à la clé, etc. Je trouve le concept intéressant, même si c'est trop encadré et que cela apprend pas grand-chose à l'enfant (comment établir un campement ? comment faire du feu ? comment se débrouiller seul, en somme).

Il est 22 heures et la nuit tombe. À l'orée de la forêt, une camionette s'arrête sur le bord de la route. Trois silhouettes frêles en émergent et aussitôt, dans un crissement de pneus, la camionnette fait demi-tour, laissant ses trois pèlerins complètement seuls. Il y a deux garçons de 12 et 11 ans, une fille de 12 ans. Pour atteindre leur camp, situé à plusieurs heures de marche, ils n'ont en leur possession qu'un rudimentaire GPS. Ils se mettent en route, comme l'ont fait avant eux leurs frères et sœurs, leurs parents. C'est la nuit de leur «largage», ce rite iniatique qui marque la fin de l'enfance, pratiqué depuis des générations aux Pays-Bas.

[…]

Au pays des tulipes, les laisser se perdre dans la forêt signifie « larguer vos enfants dans la nature. Vous vous assurez bien sûr qu'ils ne meurent pas mais sinon, vous les laissez se débrouiller », explique une mère au New York Times.

[…] À la moitié du chemin, ils ont croisé un ravitaillement, où on leur a ôté leur GPS pour les laisser entièrement abandonnés à leurs instincts. […] Ils arriveront finalement au camp à plus de 2 heures du matin.

[…] Dans la perspective néerlandaise, le rôle du parent n'est pas éternel. Vient un moment où il ne se mêlera plus de la vie de ses enfants. Ce moment est signifié à l'enfant quand on l'abandonne dans la forêt. «C'est toi livré à toi-même. Ça te fait sentir que tu es le seul aux commandes», ajoute un adulte encadrant la procédure.

Même si la paranoïa parentale commence à atteindre ce rite millénaire et que les portables ou les gilets réfléchissants ont fait leur apparition au cas où, il n'en reste pas moins que le «largage» reste une étape-clé dans l'éducation d'un enfant. «Ça nous apprend à continuer à marcher, même dans les moments difficiles, continuer à avancer», affirme Stijn au sortir de sa nuit initiatique.

Via le Canard enchaîné du 31 juillet 2019.

Un énième exemple d'un député pénalisé par l'exécutif pour ses prises de position (vote contre le CETA). Cela s'est déjà produit sur la loi asile & immigration. Séparation des pouvoirs, où es-tu ? Article 27 de la Constipation : un député n'a pas à voter selon les désidératas de son parti ou d'une portion de son électorat ou de qui que ce soit s'il⋅elle n'est pas en accord avec la position défendue.

« Taper pendant trois ans contre leur camp n’a pas fait réélire les frondeurs socialistes, a commenté Macron à propos du vote sur le Ceta. C’est une leçon à retenir. »

La leçon a été si vite retenue que l’Elysée a approuvé le principe de représailles contre les huit députés En marche ! qui ont voté contre le traité. Ces rebelles ne sont pas (encore) exclus, mais ils sont mis sur la touche.

Premier visé : le député du Val-de-Marne Jean François Mbaye, qui s’est investi dans les sujets de bioéthique et devait à ce titre siéger au sein de la commission spéciale bioéthique de l’Assemblée. Il a été « retiré » de cette commission.

Les huit autres « frondeurs » savent à quoi s’attendre.

Dans le Canard enchaîné du 31 juillet 2019.

La cour suprême suisse autorise la levée du secret bancaire pour des demandes groupées. La décision judiciaire est donc définitive. Pas de soucis à s'faire : les prévoyants ont déjà migré leurs avoirs, hein.

À qui faire encore confiance ? Le fisc français vient d’obtenir du tribunal fédéral de Lausanne qu’UBS lui communique les coordonnées bancaires de 40 000 contribuables français soupçonnés d’avoir eu un « comportement fiscal illicite » entre 2010 et 2015 (« Le Point », 27/7).

Selon Bercy, ils auraient caché au fisc quelque 10 milliards d’euros. Qui pourraient ainsi venir gonfler les 8 milliards déjà récupérés par Bercy et sa cellule de régularisation des avoirs des évadés fiscaux.

C’est un nouveau pan du sècret fiscal helvétique, déjà mal en point, qui tombe. La Suisse, si elle avait fini par accepter de coopérer sur des cas individuels, se refusait jusqu’à présent à répondre à des « demandes groupées ». Les banques suisses redoutent que de nombreux pays ne multiplient ces lancers de filets fiscaux.

UBS, elle, a fait savoir qu’elle allait « analyser très soigneusement les considérants du verdicts ». Une consolation quand même pour la banque suisse, qui a été condamnée au début de l’année en France à 4,5 milliards d’amende pour avoir démarché illégalement des clients dans l’Hexagone : le tribunal de Lausanne a interdit que la nouvelle fournée de noms transmis au fisc français vienne encore alourdir le dossier, toujours en appel.

On se console comme on peut.

Dans le Canard enchaîné du 31 juillet 2019.

Dans l'est de la Russie, alors que le feu dévaste d’immenses étendues de taïga, aucun moyen d’envergure n’a été mis en place pour l’éteindre ou le contenir. Car les autorités ont fait ce calcul très simple (« Le Monde », 28/7) : « Les coûts de la lutte contre les incendies s’annoncent plus importants que les dommages matériels qu’ils peuvent causer. » Cynisme qui provoque l’« exaspération des habitants des villes atteintes par les fumées ».

Poutine osera-t-il déclarer à la télé : « Arrêtez de vous indigner, vous suffoquerez moins » ?

Après ça, n'oublie pas de ne pas jeter ton plastique de pique-nique dans la nature, de faire pipi durant ta douche, et de bien éteindre la lumière en quittant une pièce. Merci d'avance. :))))

Dans le Canard enchaîné du 31 juillet 2019.

Imaginez l’estampille « bio » sur du sel minier obtenu par fracturation hydraulique. La même méthode que l'industrie pétrolière utilise pour extraire son gaz de schiste. Inconcevable ! C'est pourtant ce que vient de proposer la Commission européenne. Même le sel de mine travaillé à l'explosif pourra être certifié bio.

Cette histoire qui ne manque pas de sel débute il a deux ans avec le toilettage de la règlementation européenne sur l'agriculture biologique. Six cents petits exploitants de marais salants sur la côte atlantique en profitent pour demander à Bruxelles que le sel marin artisanal récolté a la main bénéficie du label bio. Jusqu'à présent, n'étant pas considéré comme un produit agricole, le sel ne peut profiter de l'alléchante étiquette « AB ».

Sauf que en février, la dernière mouture du futur cahier des charges a été la goutte d'eau pour les artisans sauniers. Déjà, ils avaient failli s'étrangler en découvrant que Bruxelles mettait dans le même panier bio les sels marins artisanaux et industriels. Deux méthodes de production aux antipodes.

D’un côté, des petits bassins d'une dizaine de metres carrés sur lesquels les paludiers, équipés d'outils en bois, collectent plusieurs fois par semaine les grains de sel à la surface de l'eau. De l'autre, d’immenses bassins jusqu'à une dizaine d'hectares d'où l'on retire une fois par an a l'aide de robots moissonneurs le « gâteau de sel » collé au fond. Séché, ce sodium industriel, à l'inverse de son homologue tradi, est saupoudré d’anti-agglomérants comme le E535.

Désormais, comme on l'a vu, Bruxelles envisage d'accorder au sel minier, aussi utilisé pour déneiger les routes ou dans les lave-vaisselles, la fameuse certification bio. A la manœuvre, les deux premiers producteurs de sel industriel en Europe, l'allemand Esco (Cérébos) et le groupe français Salins (La Baleine), qui extrait ses 100 000 tonnes par an de Camargue mais aussi d'une gigantesque mine en Meurthe-et-Moselle.

Le plus salé dans tout ça, c'est que, pour vendre leur reduction, qui est actuellement de 20 000 tonnes par an, les petits saliniers de Noirmoutier de l'île de Re et de Guérande devront attendre trois ans, alors que la période de conversion imposée à l'industrie minière ne dépasse pas un an. Une distorsion de concurrence qui risque de faire disparaître un métier ancestral et les paysages de cartes postales qui vont avec. Si certains fonctionnaires de la Commission à Bruxelles pouvaient se transformer en statues de sel…

Dans le Canard enchaîné du 31 juillet 2019.

Comment préparer l'opinion à bosser jusqu'à 69 ans (44 ans de cotisation) pour toucher une retraite à taux plein ? Avec la bonne vieille astuce politicienne d'organiser la fuite d'un calcul qui semble trop beau pour être vrai mais qui permet de semer l'idée dans la tête des citoyens. Absence d'étude d'impact sérieuse avant le vote de la loi. Évidence que des retraités vont perdre au change.

Jean-Paul Delevoye a glissé, dans son rapport sur la réforme des retraites, des phrases invisibles ! C’est ce qu’a découvert un collectif d’économistes qui a passé au scanner les 130 pages dudit rapport (« Le Parisien », 25/7).

Tout part d’un échange entre le Haut-Commissariat à la réforme des retraites et le Conseil d’orientation des retraites (COR). Celui-ci estime nécessaire une « simulation » des effets de la réforme. Mais, compte tenu de la complexité d’un système qui regroupera 42 régimes spéciaux, le Haut-Commissariat répond que cette simulation ne sera disponible qu’en… 2024 ! En clair, le Parlement est prié de voter la réforme dès 2020 et les futurs retraités, d’applaudir sans avoir une idée de son impact.

Que des gagnants !

Pour éviter cette bouffonnerie, Delevoye et ses collaborateurs fabriquent neuf « cas types » qui sont regroupés à la fin du rapport. il y a là un mini-panel de la société française, du malchanceux qui a enchaîné boulots et chômage à la bûcheuse qui a commencé en bas de l’échelle et termine cadre. Miracle : personne n’est perdant ! Même le collectionneur de petits jobs gagnerait plus qu’aujourd’hui. Inespéré, pour Un dispositif qui, au lieu de s’appuyer sur les 25 meilleures années, calcule les pensions sur l’ensemble de la carrière, y compris les millésimes calamiteux (petits boulots, chômage, etc.).

Y aurait-il un truc ? Les experts qui ont décortiqué les neuf cas types sont arrivés à une conviction : en utilisant les paramètres actuels de niveau et de durée de cotisation, ce bilan doré sur tranche est impossible. Pour l’obtenir, il faudrait soit augmenter les cotises, mais Macron ne veut pas en entendre parler, soit augmenter la durée de cotisation (43 ans), laquelle est censée ne pas bouger jusqu’en 2035.

Les conseillers de Delevoye ont fini par l’avouer du bout des lèvres : leurs pseudo-simulations ont été effectuées sur une base de 44,3 ans de cotisation pour les retraités nés à partir de 1990. Soit une discrète rallonge de 15 mois travaillés. Ni vu ni connu…

Croissance du rab

Pour avoir une retraite équivalente à celle d’aujourd’hui, les heureux « bénéficiaires » de la réforme devront donc avoir commencé à travailler dès l’âge de 18,6 ans. Quant aux diplômés qui n’entreront dans la vie active qu’à 25 ans, il leur faudra bosser jusqu’à 69 ans avant de prendre leur retraite. On est loin de l’âge légal de 62 ans, et même de l’âge pivot de 64 ans.

Les collaborateurs de Delevoye admettent mezza voce cette petite entourloupe, absente du rapport remis à Edouard Philippe. Le texte du haut-commissaire précise seulement, sans donner de chiffres, que les gains en espérance de vie devront être répartis pour deux tiers en temps supplémentaire au boulot et un tiers de plus à la retraite. Sans la curiosité de quelques experts indépendants, le Parlement aurait voté la prochaine loi sans connaître l’existence de cette miraculeuse clause écrite à l’encre sympathique. Et ça n’aurait pas été sympa…

Dans le Canard enchaîné du 31 juillet 2019.

À trop vouloir prendre des mesures symboliques, le retour au réel est parfois brutal. Les trois taxes (sur les yachts, les voiture de luxe et les biens précieux) votées à l’été 2017 pour compenser la (quasi-)suppression de l’ISF (3 milliards en moins pour les caisses de l’Etat) ne rapportent que des queues de cerise. Le rapporteur du budget à l’Assemblée, Joël Giraud (LRM), fidèle partisan de ces taxes, vient d’en faire la constatation dans son rapport annuel.

La surtaxe sur les yachts de plus de 30 mètres immatriculés en France n’a ainsi permis de ramasser que… 86 700 euros. Soit 115 fois moins que les 10 millions escomptés. Il faut dire que seuls sept navires naviguent sous pavillon français. Et que seuls deux des propriétaires de ces navires poussent le patriotisme jusqu’à acquitter la taxe, les cinq autres refusant mordicus de payer. Et même s’ils réglaient leur facture fiscale, ils ne paieraient que 225 000 euros. Soit 40 fois moins que le montant prévu lors du vote de la taxe !

C’est un peu mieux pour les 3 387 véhicules assujettis à la « taxe additionnelle sur les voitures sportives », qui ont rapporté 15 millions d’euros, soit la moitié de ce qui était escompté.

Quant à la « taxe sur les biens précieux » (lingots, pierres précieuses, etc.), elle est apparemment passée aux oubliettes.

Vite, un avis de recherche !

Tout est génial dans cet article : suppression d'une taxe ; ajout de nouvelles taxes inapplicables et invérifiables qui ne rapportent rien, ce qui contribuera à l'accroissement des inégalités et à des coupes budgétaires dans les services publics pour rééquilibrer le truc ; nos élus font mine de découvrir que les riches immatriculent leurs bateaux de plaisance à Malte et autres lieux arrangeants alors que c'est connu du grand public depuis plusieurs années ; des riches qui refusent de payer une taxe, fut-elle idiote… je peux refuser de payer certaines taxes de mon choix, moi aussi ?

Dans le Canard enchaîné du 31 juillet 2019.

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