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——————————— May 10, 2019 - Friday 10, May 2019 ———————————

On peut être social-démocrate et gagner un scrutin national. Si, si. Manuel Valls pourrait y réfléchir ! Le contre-exemple a une belle gueule, de l’endurance et a, durant ses dix mois de gouvernement, mené une politique de gauche ambitieuse : augmentation sur deux ans de 36 % du salaire minimum et accès universel au service national de santé.

Résultat : Pedro Sanchez et son parti, le PSOE, se retrouvent largement en tête, avec 123 députés, soit 38 de plus qu’en 2016, tandis que le grand parti de droite conservatrice, le Parti populaire, s’effondre et perd plus de la moitié de ses sièges (66). L’extrême droite fait son entrée au Parlement (24 députés), sans être en mesure d’y avoir de l’influence.

La majorité absolue en Espagne étant de 176 députés, Sanchez va devoir nouer des alliances. Son allié d’extrême gauche, Podemos, montrant d’inquiétants signes de faiblesse (42 sièges), il va falloir trouver des renforts chez les Basques et les nationalistes catalans (dont 5 sont élus et en prison), qui ont obtenu 22 sièges. Et le PSOE sera de nouveau à la merci d’un vote de défiance, le parti refusant toujours aux Catalans un référendum d’autodétermination. En février, ce sont les Catalans qui ont fait tomber Sanchez, en votant contre le budget.

De quoi faire réfléchir aux « charmes » de la proportionnelle intégrale.

De quoi réfléchir également aux apports et aux limites de Podemos : gouvernement instable depuis des années, bipartisme encore bien présent, misère suffisamment prégnante pour que l'extrême-droite perce, etc. Donc ouais, la hausse du SMIC de 36 % découle de cette misère, pas tellement de l'action de Podemos…

Dans le Canard enchaîné du 30 avril 2019.

Un résumé de l'avancée de la réforme des retraites.

En même temps qu’il a rendu hommage, lors de sa conférence de presse, à Jean-Paul Delevoye, son haut-commissaire à la réforme des retraites, Emmanuel Macron a envoyé ses propositions ad patres. Le Président a annoncé que le projet de loi sur le futur système unique serait prêt dès cet été. Or Delevoye affirme lui-même que, à ce jour, il n’a pas rédigé la moindre ligne du rapport censé inspirer la loi. Il ne pourra d’ailleurs pas le remettre au gouvernement sans en avoir soumis les conclusions aux syndicats ouvriers et patronaux. Tous ces camarades sont convoqués pour juin.

Comment ce texte hyper-complexe, destiné à regrouper 42 régimes et des centaines de professions (des petits rats de l’Opéra aux marins de commerce), pourra-t-il être bouclé à temps ? Simple : pendant que Delevoye mène les palabres, Matignon et la Direction de la Sécurité sociale (DSS), qui depend notamment de Gérald Darmanin, s’occupent secrètement du boulot de fond (« Le Canard », 24/4). Les conseillers d’Edouard Philippe chargés des questions sociales ainsi que la patronne de la DSS ont tous été les conseillers de Fillon (dont le programme prévoyait de privatiser la Sécu) et de Laurent Wauquiez. Grand acquis social en perspective !

Le Président met le grand braquage

Le Président n’a pas attendu que son haut-commissaire lui suggère des mesures pour sortir ses cartes. L’ex-médiateur de la République souhaitait proposer un « coefficient de majoration » — un bonus de 10 % sur la future pension — pour les salariés qui, ayant assez cotisé pour partir à 62 ans, travailleraient plus » longtemps. L’Elysée et Matignon ont préféré un système punitif. L’âge légal sera maintenu en principe, à 62 ans, mais il sera vivement conseillé aux futurs retraités de patienter jusqu’à l’âge « pivot » de 64 ans. Faute de quoi ils subiront une décote de leur pension… jusqu’à ce que mort s’ensuive. Incitatif !

S’ajoute à cet arsenal — qui s’applique essentiellement aux salariés du privé — le hold-up opéré sur les réserves de leurs régimes complémentaires, Agirc et Arrco. L’opération rapportera… 138 milliards au gouvernement. Soit 47,3 % du budget de l’Etat ! Grâce à ce braquage sans précédent, la France pourrait afficher en 2025 un budget en excédent.

ÉDIT DU 01/09/2019 À 12 H 20 : les réserves d'Agirc-Arrco sont de 71 milliards. Le reste, c'est les autres régimes : 22 milliards pour les commerçants et artisans, 16 milliards pour les indépendants, 5 milliards pour les travailleurs de la Banque de France, etc. Le total s'élève à 129 milliards d'euros. D'où le Canard sort son 138 ? Bonne question. Apparemment, les réserves des indépendants et des commerçants ne seront pas aspirées. FIN DE L'ÉDIT.


Le magot permettra notamment de financer le cadeau que Macron va offrir aux fonctionnaires : la prise en compte des primes dans le calcul des retraites. Toujours grâce à ce pactole, agriculteurs et travailleurs indépendants pourront cotiser moins que leurs collègues du privé pour toucher le « minimum contributif » de 1 000 euros annoncé par Macron. Le céréalier beauceron à la retraite percevra plus que la caissière de Carrefour. Cela, évidemment, sans aucune arrière-pensée électoraliste.

Dans le Canard enchaîné du 30 avril 2019.

La Cour des comptes a reçu de Macron la mission de chiffrer l’évasion et la fraude fiscales. La Caisse d’allocations familiales, elle, ne cesse de traquer les fraudeurs aux prestations sociales. Les derniers résultats, dont rend compte « Le Figaro » (26/4), sont édifiants. « L’impact financier [des] manœuvres frauduleuses (au nombre de 44 897) représente 304,6 millions d’euros sur les 73,2 milliards versés en 2017 aux 12,7 millions d’allocataires. » Si l’on compte bien, cela donne 1 fraudeur pour 283 allocataires, et une fraude totale qui représente 0,40 % des allocations distribuées.

C’est beaucoup et peu à la fois !

Je conteste le résumé « 1 fraudeur pour 283 allocataires » : un même allocataire peut commettre plusieurs manœuvres frauduleuses sur plusieurs prestations sociales. C'est d'ailleurs ce qui est mentionné à la fin de l'article du Figaro cité par le Canard. Pour 2018, la Cnaf déclare 0,35 % d'allocataires-"fraudeurs" soit 44 450 soit 1 allocataire sur 286.

On notera aussi le ratio qui est présenté par le Canard : fraudes de 2018 sur le montant total des prestations 2017… Pourtant, le montant total des prestations versées en 2018 est mentionné à la fin du même rapport : 90,2 milliards d'euros. Donc le montant total des fraudes 2018 représente (304,6/90200)*100 = 0,33 % du montant total des prestations.

Alors, les journalistes, vous pouvez vous remuer un peu, svp ?

J'ai envoyé le courriel suivant au Canard :

Bonjour,

Je réagis à l'article suivant publié dans le bandeau gauche de la 8e page du numéro 5139 du 30 avril 2019 du Canard :

La Cour des comptes a reçu de Macron la mission de chiffrer l’évasion et la fraude fiscales. La Caisse d’allocations familiales, elle, ne cesse de traquer les fraudeurs aux prestations sociales. Les derniers résultats, dont rend compte « Le Figaro » (26/4), sont édifiants. « L’impact financier [des] manœuvres frauduleuses (au nombre de 44 897) représente 304,6 millions d’euros sur les 73,2 milliards versés en 2017 aux 12,7 millions d’allocataires. » Si l’on compte bien, cela donne 1 fraudeur pour 283 allocataires, et une fraude totale qui représente 0,40 % des allocations distribuées. C’est beaucoup et peu à la fois !

Cet article manque de rigueur sur deux points :

  • 44 897 manœuvres frauduleuses, cela ne signifie pas 44 897 fraudeurs : un même allocataire peut commettre plusieurs manœuvres frauduleuses sur plusieurs prestation familiales. C'est d'ailleurs mentionné à la fin de l'article du Figaro auquel le Canard fait référence. Dans son rapport 2019, la Cnaf déclare 0,35 % d'allocataires-"fraudeurs" en 2018 soit 44 450 allocataires soit 1 allocataire sur 286.

  • Pourquoi évoquer, et utiliser dans votre calcul, le montant total des prestations versées en 2017 alors que celui de 2018 est disponible dans le même rapport de la Cnaf (90,2 milliards) ?! Donc, la fraude totale représente 0,33 % des allocations distribuées en 2018.

Bonne journée.

Dans le Canard enchaîné du 30 avril 2019.

Ça pullule, les candidats à la candidature à la Mairie de Paris. Pour se faire remarquer, le macronien Mounir Mahjoubi, ancien secrétaire d’Etat chargé du Numérique, a décidé de jouer la surenchère sécuritaire. Pas facile, vu qu’Anne Hidalgo a annoncé, en janvier, la création d’une police municipale de 3 400 agents.

Mais Mahjoubi a plus d’une astuce high-tech dans son sac. Une fois élu, promet-il (le « JDD », 28/4), voilà ce qu’il fera découper Paris en 240 quartiers, mettre dans chacun d’eux deux flics à disposition 24 h sur 24 et, surtout, un drone équipé d’une caméra qui se rendra à toute vitesse « sur les lieux signalés ».

Et comment seront-ils signalés, ces lieux ? Par des boutons bleus. On installera dans les rues 20 000 boutons bleus d’urgence grâce auxquels le premier quidam venu pourra appeler les forces de l’ordre. Génial, non ?

Ah ! mais ça ne suffit pas ! « Je distribuerai aussi des boutons portables aux Parisiens et aux Parisiennes qui se sentent vulnérables : les personnes âgées, celles qui ont déjà été agressées ou menacées… » Soit des boutons par millions.

Mais ça ne suffit toujours pas ! Il déploiera aussi « massivement une nouvelle génération de caméras de vidéosécurité capables de détecter tous les dangers ».

Tout cela ne serait-il pas un peu orwellien ? Pas du tout : « Il n’est question, ici, ni de flicage, ni d’intrusion dans la vie privée, ni de manipulation de l’opinion. »

Formidable Mahjoubi. Il a tout pour lui : la vision totalitaire et la novlangue qui va avec.

Pas étonnant pour un type né en 1984…

Je n'ai jamais eu confiance en Mahjoubi en tant que secrétaire d'État chargé du numérique. Il ne laissera d'ailleurs pas un souvenir inoubliable de son passage à cette fonction. Mais là, j'avoue qu'il fait très fort avec ses propositions liberticides venteuses car intenables financièrement et son mensonge simplet "il y'a la gentille vidéosurveillance d'un côté et il y a le flicage de l'autre côté avec une cloison bien étanche entre les deux".

Dans le Canard enchaîné du 30 avril 2019.

Se faire représenter dans les manifs en restant chez soi est désormais possible : il suffit de payer 15 euros sur le site Wistand (BFMTV, 24/4) : « Une fois la manifestation commencée, le manifestant rémunéré est géolocalisé toutes les trentes secondes afin que le client puisse vérifier sa bonne implication. » Moyennant quelques euros supplémentaires, on peut même demander au « manifestant » de porter un tee-shirt avec le message äe son choix.

Moralité réjouissante : plus il y aura de manifs, moins il y aura de chômage.

Je suis tout seul à trouver cela insensé ? :O Déléguer un acte de contestation à une personne précaire prête à tout pour survivre… On en est vraiment là…

Dans le Canard enchaîné du 30 avril 2019.

Blessés lors d’un défilé, les manifestants — gilets jaunes ou non — qui se retrouvent à l’hôpital, à Paris comme partout en France, sont souvent fichés et fliqués : ce rappel du « Canard » (24/4) — documents à l’appui — n’a pas ravi Jérôme Salomon. Le directeur général de la Santé a adressé, le 25 avril, un mail agacé à plusieurs responsables de services d’urgence, pour tenter d’y présenter l’usage de l’application SI-VIC sous un jour plus avenant.

D’abord, insiste-t-il, il s’agit d’« un système d’information non médical ». A condition d’oublier que, dans la case « commentaire », peut être spécifiée la nature des blessures, telles que « plaie œil et trauma mâchoire »… Ce fichage est, dit-il, destiné avant tout à permettre aux victimes de « bénéficier de leurs droits », les infos étant transmises au ministère de la Justice.

Et pas au ministère de l’Intérieur ? Cela ne peut avoir lieu, ajoute-t-il, que « dans le cadre de la Ciav (Cellule intermirfistéfielle d’aide aux victimes) », laquelle est « activée exclusivement en cas d’attentat ». Ce qui permet alors aux agents des directions nationales de police judiciaire d’« avoir accès aux informations ( et non à l’outil) ». Saveureuse nuance…

Et voici le plus beau : « Il est vrai que le droit d’information des patients n’a pas pu être mis en œuvre », reconnaît Jérôme Salomon, qui souligne un « point de faiblesse ». Mais, comme cela a « été signalé à la Cnil (Commission nationale informatique et libertés) », qui a laissé faire, tout va bien.

Tout va même très bien : « Je rappelle que SI-VIC a été institué par la loi, il n’y a donc pas lieu d’avoir le consentement des patients. » Manquerait plus qu’on leur demande leur avis !

Bourre-pifs à Toulouse

En plus du SI-VIC, il existe des systèmes de fichage régionaux, tel Cat@log, développé par le Samu 81 du CHU de Toulouse et l’agence régionale de santé (ARS) Occitanie. Ce logiciel a aussi été activé — c’est un tic — lors des manifs des gilets jaunes. Y sont recensés, là encore : nom, prénom, âge, sexe et nationalité des blessés, ainsi que les blessures et leur gravité.

Lors de la manif du 19 janvier, au-dessous des identités, on peut lire, par exemple : « Fracture nez-TC avec PC (traumatisme crânien avec perte de connaissance) » ou « multiples coups à la tête », « flashball dans les côtes », etc.

Très pratique, car ce Cat@log est « parfaitement connecté avec le système Sinus du ministère de l’Intérieur », précise un dossier de presse de l’ARS. Sans compter que « d’autres acteurs de la chaîne de secours peuvent également avoir accès a ce dénombrement et au dossier médical des victimes, dont l’ARS, la préfecture, les services départementaux d’incendie et de secours, la gendarmerie »…

Tout cela, bien entendu, pour le plus grand bien des victimes !

Dans le Canard enchaîné du 30 avril 2019.

Cocorico ! En 2018, la France de Macron a dépassé la Russie de Poutine en matière de dépenses militaires. C’est ce que montre le rapport annuel de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri), rendu public ce lundi 29 avril.

Dans une ambiance générale où les galonnés de tous les pays obtiennent quasiment tout ce qu’ils réclament aux politiques, les Etats-Unis font un carton : 649 milliards de dollars (4,6 % de mieux en un an) consacrés par Trump à soigner les militaires, soit autant que les huit autres pays les plus dépensiers. Suivent la Chine, l’Arabie saoudite (en partie avec l’achat d’armes françaises), l’Inde et la France. Outre la Russie, le Royaume-Uni et même le Japon sont derrière nous. Banzaï !

Selon les experts, cette grande victoire militaire française s’explique notamment par la multiplication des opérations menées tous azimuts par nos troupes : « Barkhane » au Sahel, « Chammal » au Levant et « Sentinelle » chez nous. Et pas question de relâcher l’effort : Emmanuel Macron a annoncé l’an dernier son intention de faire passer les gâteries aux armées de 1,77 % du PIB aujourd’hui (soit plus de la moitié du déficit budgétaire) à 2 % en 2025.

Et, pour les hôpitaux, ce sera combien ?

France : 63,7 milliards de dollars USD (54 milliards d'euros) pour les bidasses en 2018. Si je calcule bien, (54/2283)*100, ça fait 2,4 % du PIB. C'est d'ailleurs ce que calcule le Sipri sus-cité par le Canard… Et, selon la même source, c'est environ stable depuis 20 ans (2,3 %, 2,4 %, 2,2 %, etc.).

Dans le Canard enchaîné du 30 avril 2019.

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