The Daily Shaarli
L'association « Nos oignons », qui maintient des nœuds de sortie TOR (exposés à des risques juridiques et nécessitant une stabilité que ne procure par une connexion ADSL/coaxiale/fibre à la maison), a lancé sa campagne de financement 2018, car TOR est pour tout le monde.
Etendre aux sans-papiers les moyens utilisés pour lutter contre le crime organisé ou le terrorisme : c’est l’idée du décret 2018-543, publié au « Journal officiel » le 30 juin et signé Edouard Philippe. Il offre « au service de la Préfecture de police chargé de la lutte contre l’immigration irrégulière » la possibilité de « recourir à certaines des techniques de renseignement prévues par la loi ».
Amalgame entre clandestins et poseurs de bombes ? Jamais ! se défend l’Intérieur, invoquant une simple réorganisation de la Préfecture de police. De fait, jusqu’en mai 2017, le service chargé de la lutte contre l’immigration clandestine étant rattaché à la Direction du renseignement, il pouvait bénéficier de ses pouvoirs les plus secrets. Devenu la Sous-Direction de la lutte contre l’immigration irrégulière (SDLII), le service aspire aux mêmes privilèges !
Allô, j’écoute !
Collomb voulait aussi lui permettre de recourir aux fameux Imsi-catchers, ces « grandes oreilles » réservées par la loi aux services de renseignement. Mais la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement l’a signifié à Collomb : la SDLII n’a pas les « compétences techniques » pour recourir aux Imsi-catchers, « ni même le besoin opérationnel ».
Finalement, c’est dans le seul cadre de la « prévention de la criminalité et de la délinquance organisée » que la SDLÏI pourra parfois recourir aux écoutes, à la géolocalisation et au balisage.
Et, l’armée contre les immigrés, il y a pensé, Collomb ?
Dans le Canard enchaîné du 18 juillet 2018.
Un grand bravo à Arnaud Lagardère — un de plus — qui vient de vendre son siie internet Doctissimo à TF1 pour 15 millions d’euros et son site Mondocteur au groupe Doctolib pour 45 millions d’euros. Il y a un peu plus de dix ans, les investissements de Lagardère dans ces sites médicaux lui avaient coûté la bagatelle de 140 millions d'euros, soit plus de deux fois plus.
A la santé, Nono !
Dans le Canard enchaîné du 18 juillet 2018.
Dîner à l’Elysée et pognon de dingue garanti.
Pour les patients, la réforme de la santé attendra. Mais, pour les labos, le tapis rouge, c’est maintenant ! Le 9 juillet, Macron a reçu à dîner une vingtaine de pédégés des plus gros labos pharmaceutiques, de GSK à Sanofi. Et, le lendemain, lors d’un Conseil stratégique des industries de santé, Edouard Philippe les a couverts de cadeaux.
Pour commencer, le gouvernement leur garantit que leur chiffre d’affaires augmentera, au minimum, de « 0,5 % par an pendant trois ans », et même de « 3 % par an » pour les médicaments innovants. « C’est Noël en juillet ! ironise Pierre Chirac, de la revue médicale “Prescrire”. Et c’est accordé sans aucune contrepartie. Par exemple, on ne demande pas aux industriels d’éviter les ruptures de stock de médicaments. »
La nouvelle a ébahi les associations de patients, Médecins du monde, l’UFC-Que choisir et « Prescrire », qui se sont fendus d’un communiqué commun : « Qui d’autre a l’assurance, aujourd’hui en France, d’une augmentation régulière de ses revenus, qui plus est à partir d’argent public ?» Personne… Les labos vont pouvoir continuer de demander des prix délirants pour des anticancéreux et autres traitements : « Pour leur garantir 3 % de croissance, le gouvernement va accepter des prix faramineux, alors qu’il aurait fallu enrayer la spirale », déplore Pierre Chirac.
Sanofi du bien
Autre gâterie : les délais d’autorisation des nouveaux médocs seront réduits « drastiquement ». Mais aucun nouveau moyen n’est accordé aux agences sanitaires chargées de les évaluer. « C’est très dangereux, s’alarme un pharmacologue expert auprès de l’agence du médicament. On ne peut pas juste faire confiance aux études cliniques des labos. » Les industriels, eux, se frottent les mains : « Le premier bénéficiaire de tout ça, c’est Sanofi… » décrypte un haut fonctionnaire. Un « fleuron » dont Edouard Philippe ne manque jamais de saluer la réussite.
Macron lui-même est un proche de Serge Weinberg, le président de Sanofi, qu’il a connu en 2007 au sein de la commission Attali. « Nous sommes devenus assez copains, même très copains », se félicitait Weinberg dans la biographie de Jupiter pondue par Anne Fulda. Nul cumulus ne saurait assombrir cette touchante amitié…
Dans le Canard enchaîné du 18 juillet 2018.
Cet arrêt du Conseil d’Etat belge (29 juin) ressemble à une — première — victoire pour les ONG bataillant contre les marchands de canons européens. La sanglante guerre au Yémen (10 000 morts en trois ans), alimentée par des industriels de l’UE, est une foire aux missiles et aux armes lourdes. L’arrêt du Conseil belge a retiré huit licences d’exportation d’armes à la Fabrique nationale Herstal. La région wallonne — l’actionnaire de ce groupe propriétaire des marques Winchester et Browning — n’a, en effet, pas « procédé à un examen minutieux et prudent » de la question du respect des droits de l’homme par l’Arabie saoudite, acheteuse, l’an dernier, de 153 millions d’euros d’armes wallonnes. A la tête d’une coalition de pays arabes, Riyad est le premier belligérant de ce conflit dirigé contre la rébellion houthie (chiite) au Yémen.
Commerce rentable
Pas de coup d’arrêt de cette sorte en France, où les exportations d’armes vers l’Arabie saoudite et l’Egypte ont triplé depuis 2014, pour atteindre 1 milliard d’euros en 2016… Et les livraisons continuent en 2017 : 1,38 milliard à l’Arabie saoudite, et 210 millions aux Emirats arabes unis. Sur cette base, l’association Action Sécurité Ethique républicaines (Aser) a déposé, le 7 mai, devant le tribunal administratif de Paris un recours pour violation répétée du traité sur le commerce des armes (TCA).
Ce traité, solennellement ratifié par la France en 2014, interdit les « transferts d’armes classiques » si l’Etat du vendeur a connaissance de ce que « ces armes ou ces biens pourraient servir à commettre (…) des attaques dirigées contre des civils ou d’autres crimes de guerre ».
A l’Assemblée, une petite fronde est jugulée par Richard Ferrand, le patron du groupe LEM, et Marielle de Sarnez, la présidente de la commission des Affaires étrangères. Ils s’opposent depuis trois mois à une quarantaine de députés de la majorité présidentielle. A leur tête, Sébastien Nadot, député de la Haute-Garonne, qui, le 5 avril, a lancé un projet de commission d’enquête.
Présentez armes
A ce député trop curieux, Macron en personne a assuré en février que ces livraisons signées surtout sous Le Drian à la Défense portaient sur des « armes défensives » (sic). Puis, en juin, il l’a félicité pour son action de contrôle : « Je suis de très près ce que vous faites. » Mais il n’a pas fait débloquer sa commission d’enquête pour autant… Jupiter impuissant contre la foudre ? Crédible !
Un rapport commun de l’Observatoire des armements et de la FIDH (« Le Canard », 20/6) détaille pourtant des « indices de présence » recoupés d’armements français sur le théâtre des opérations au Yémen : des 4 x 4 blindés vendus à l’Arabie saoudite en 2016, des canons Caesar de 155 mm, mais aussi des chars Leclerc et des Mirage 2000 émiratis, certes vendus dans les années 90, mais nécessitant « munitions, formation, services et assistance », lesquels se trouvent dans le collimateur des députés. Preuve de son vif intérêt, Macron a convoqué à Paris, le 27 juin, une petite conférence humanitaire sur le Yémen mais qui a été trustée par les Saoudiens… et à laquelle il ne s’est finalement pas donné la peine d’assister.
Dans le Canard enchaîné du 18 juillet 2018.
