All links of one day
in a single page.
<Previous day - Next day>

rss_feedDaily RSS Feed
floral_left The Daily Shaarli floral_right
——————————— July 27, 2016 - Wednesday 27, July 2016 ———————————

L'édito du Canard Enchaîné du 20 juillet 2016 exprime plein de choses très intéressantes sur le massacre de Nice et mérite d'être lu, àmha. D'où le fait que je le distribue ci-dessous.

Non, ça ne va pas mieux : la cohésion nationale se fracture, l’esprit de résistance s’effrite, la peur fait son travail de sape, et Patrick Calvar, le patron du Renseignement intérieur, craint une confrontation violente « entre l’ultradroite et le monde musulman », lequel pleure 30 victimes sur la Promenade des Anglais. Encouragés par le Front national, des Niçois sifflent Manuel Valls et le traitent d’« assassin ». Une majorité de Français n’a plus confiance en François Hollande pour lutter contre le terrorisme, et François Fillon le convoque déjà devant le tribunal de l’Histoire. Le pas de deux du Président sur l’état d’urgence, abrogé le l4 juillet à 13 heures [ NDLR : ouuuuuaaaiiis, il n'a jamais été abrogé, juste Hollande avait dit qu'il prendrait fin le 26 juillet, comme prévu ] et rétabli douze heures plus tard, n’a pas-contribué, il est vrai, à réhabiliter son image de visionnaire. Après le 13 novembre, le feuilleton de la déchéance de nationalité, qui a amusé la galerie pendant des semaines, a aussi été dévastateur. Sarko ironise : « il ne faut pas que 1a main tremble. »

Plus question, donc, pour les héros des Rep de tendre la main et de communier dans une unité nationale qui reviendrait à admettre que l’Etat ne peut pas tout et eux pas davantage. Jusqu’à la primaire de novembre, Alain Juppé peut tout, y compris disputer à Sarko la palme du démago, lui qui jurait se distinguer par sa grande sagesse. Las, elle n’a pas résisté à sa baisse dans les sondages. « Si tous les moyens avaient été pris, 1e drame n’aurait pas eu lieu », a asséné, après Nîce, l’ex-Premier ministre de Chirac, qui, entre juillet et octobre 1995 avait connu 8 attentats (8 morts et plus de 250 blessés). Nul doute qu’il a appris, cette année-là, la recette miracle pour prémunir les Français contre le terrorisme sous toutes ses formes.

Sarko, jamais en reste, a aussi sa recette. Il cite, parmi ses mesures phares, le bracelet électronique ou le placement en camp de rétention pour les individus soupçonnés de radicalisme et la fermeture des lieux de culte salafistes, rien qui aurait changé le destin du chauffeur-livreur de la Promenade des Anglais, qui n’allait pas à la mosquée…

Christian Estrosi polémique sur les effectifs policiers que Sarko a diminués, comme si une colonne supplémentaire de CRS aurait pu arrêter un 19 tonnes roulant à tombeau ouvert. Et Henri Guaino propose d’équiper tous les flics de lance-roquettes pour tirer sur les camions [ NDLR : en espérant qu'ils ne contiennent pas d'explosifs :) ]. Et d’une boîte de punaises pour crever leurs pneus ? Avec pareille opposition, les terroristes sont terrorisés : ils ont peur de mourir de rire. Et la France n’a plus rien à craindre, sauf le ridicule.

Le terroriste « de proximité » est imprévisible, qu’il agisse en France, en Allemagne ou en Floride. Mais qui tient à s’encombrer de prudence ou de décence quand la primaire est dans les têtes ? Bruno Le Maire, qui compte les points, se place au-dessus de la mêlée, Sarko ne veut pas se laisser distancer par Marine Le Pen, Juppé par Sarko et Guaino par lui-même. Le tout à la grande satisfaction de Daech, dont la stratégie vise à attiser les conflits intercomrnunautaires. Et du FN, bien sûr, qui ne cesse de se frotter les mains, à la veille d’une présidentielle qui s’annonce explosive.

Une date importante dans l’histoire du sac plastique « à usage unique » — interdit depuis le 19 juillet — fut la décision des grandes surfaces, à partir de 2003, de le remplacer par un sac réutilisable mais payant. « Un joli coup économique : faire payer le client pour ce qu’il recevait gratuitement », se souvient, dans « Le Monde » (19/7), un représentant des fabricants européens de plastique, qui estime qu’après cette opération très rentable pour la grande distribution et les fabricants de sacs-poubelle « la quantité de matière plastique consommée n'a pas, au total, diminuée ».

Mais certaines poches se sont remplies.

Intéressant. Je me posais justement récemment la question, "comme ça", de l'impact qu'avait bien pu avoir cette décision. Je m'attends à ce que ça n'ait eu aucun impact positif (diminution de la consommation de plastique) pour une raison simple : au début les magasins filaient des sacs hyper résistants (dont je suis quasi sûr que leur empreinte écologique est négative), j'ai encore les miens après tout ce temps, puis on a eu le droit à des sacs qui se déchirent et/ou à des sacs costauds mais aux poignées qui s'arrachent. Bref, des sacs qui ne résistent pas au temps. Le sac est un business comme un autre donc l'obsolescence programmée s'y applique.

Dans le Canard Enchaîné du 20 juillet 2016.

J'ai envie de partager ce dessin parut dans le Canard Enchaîné du 20 juillet 2016. Je trouve qu'il résume une chose intéressante: Daesh, ce n'est peut-être pas tant la décentralisation de leurs actions que ça mais aussi beaucoup d'artifices de communication. Organisatrice commanditaire ou inspiratrice opportuniste ? Cette fois-ci, ça semble bien flou.

Intéressant portrait du très sécuritaire Christian Estrosi.

En politique. c'est bien connu, la meilleure défense, c’est l’attaque ! Et Christian Estrosi vient de passer maître en la matière.

Voilà un élu qui a fait de sa carrière une surenchère sécuritaire permanente, et de sa bonne ville de Nice un laboratoire de très haute sécurité. Des années qu’il nous explique que sa cité est la mieux protégée de France, et qu’il le montre. Qu’il claironne à tout-va qu’il détient le record du plus fort contingent de poulets municipaux du pays (près de 400) et qu’il leur fournit le meilleur attirail dernier cri. Qu’il exhibe fièrement devant les télés ses 1 257 caméras de vidéosurveillance et son « centre de supervision urbain » flambant neuf… Mais. lorsqu’un camion tueur déboule sur la Promenade des Anglais — l'axe le plus surveillé de sa ville la plus surveillée —, voilà notre premier adjoint à la sécurité qui se met à vociférer qu’il est très en colère et que c’est la faute de l’Etat !

Le l9 janvier 2015, réunissant un conseil municipal exceptionnel afin de vanter sa lutte contre le terrorisme et la radicalisation, l’encore maire Estrosi avait lâché, à propos de sa vidéosurveillance et de l’attentat à « Charlie Hebdo » : « Si Paris avait été équipé du même matériel que nous, les frères Kouachi n’auraient pas passé trois carrefours sans être repérés ! »

Las ! à Nice, le l4 juillet, un l9 tonnes a parcouru des kilomètres dans un secteur interdit aux poids lourds depuis les années 60, et les caméras n’y ont rien changé. Que dalle ! Pas plus que les flics municipaux, dont, au passage, seuls 10 % des effectifs étaient mobilisés pour un soir de fête nationale, en plein état d’urgence. Le terroriste s’est même payé le luxe de procéder à des repérages avec son camion au cours des deux jours précédents, sur les lieux du crime et sous les caméras, sans subir le moindre contrôle.

En avril encore, le futur ex-maire fanfaronnait avec l’expérimentation d’une vidéosurveillance à reconnaissance faciale pour dénicher les barbus.

Son amendement (cosigné par Éric Ciotti et d'autres) à la loi de réforme pénale n'a pas été adopté (et heureusement !). Le gouvernement n'a pas non plus donné son aval pour que la mairie de Nice (ou NEC et Engie, les prestataires) accède aux fichiers de polices / renseignement (et heureusement !). L'expérimentation n'a donc pas eu lieu. BTW, c'est 25 000 € pour relier chaque caméra de la ville au logiciel de reconnaissance faciale, lol, de qui se moque-t-on, sérieusement ?! Voir http://www.lepoint.fr/politique/euro-2016-estrosi-veut-utiliser-la-reconnaissance-faciale-a-nice-15-04-2016-2032555_20.php

Vu le taux d'erreur constaté par la CNIL dans les fichiers de police/gendarmerie/renseignement, je n'ose même pas imaginer les dégâts que ce genre de merdier produirait : on sonnerait une alarme pour un-e témoin ou pour un-e suspect de droit commun qui n'a jamais été présumé-e coupable, etc. NO WAY. Je rappelle que même sans taux d'erreur, de la vidéosurveillance partout sur la voie publique est inacceptable par principe et parce que la vidéosurveillance n'empêche pas les actes (on reparle des émeutes de Londres, ville massivement vidéosurveillée, par exemple ?) , ne protège pas les personnes, elle intervient après que le mal soit fait.

En d'autres temps. et surtout à l’occasion d’autres campagnes électorales. il avait aussi crâné avec le réseau Voisins vigilants, ou comment 500 personnes à la moralité « vérifiée » [ NDLR : vérifiée, bien sûr ;)))) Quelle morale ? Quelles vérifications ? L'histoire ne le dit pas ] étaient formées pour détecter les agissements suspects et prévenir illico les cowboys d’Estrosi. Sans parler de la fameuse traque du bord de mer, dans le dossier de candidature au classement de la Promenade des Anglais au Patrimoine mondial de l’Unesco : la moindre camionnette ne disposant pas d’un bon de livraison était pistée sur la Prom’ et son conducteur écopait d’un PV. On en passe… Chez SuperEstrosi, ce qui compte, c’est ce qui se voit ! Sauf dans l’œil de ses caméras.

Rien à ajouter.

Dans le Canard Enchaîné du 20 juillet 2016.

Le Canard Enchaîné du 13 juillet 2016 révélait qu'Hollande avait son coiffeur perso, dispo H24 pour le re-coiffer avant toute apparition publique, payé 9895 € brut par mois, disons 10 k€ brut /mois sur le budget du Chateau.

Visiblement, aucun président n'avait recours à un coiffeur payé par le contribuable auparavant si l'on en croit le Canard Enchaîné du 20 juillet 2016. En revanche, Sarko avait engagé une maquilleuse perso pour 8000 € par mois (sur le budget du Chateau, bien évidemment), chose qui ne se faisait pas non plus avant lui et qu'Hollande a fait perdurer. C'est bien, le prochain président pourra ajouter une prestation supplémentaire. :)

Donc Sarko = maquilleuse et Hollande = maquilleuse + coiffeur. Tout ça pour juste aller causer en public :- . Sans compter tout le reste du personnel… C'est à gerber.

Tous les experts en antiterrorisme l’assurent : rien n’est plus redoutable pour gêner les enquêtes que l’utilisation de l’application Telegram sur les téléphones mobiles. Inventée par deux ingénieurs russes, elle permet de crypter les conversations, de créer entre utilisateurs des groupes de discussion totalement codée et même d’effacer toute conversation dès la fin d’un échange.

Heu ? Ouais enfin on parle de Telegram quoi, le logiciel qui :

  • n'est pas un système communautaire ouvert : il y a un seul serveur, il appartient à la société commerciale derrière Telegram, personne ne sait comment il fonctionne et ce qu'il fait réellement de vos correspondances (les copie-t-il en douce pour archivage ? vous n'en savez rien). Or, toute la confiance que vous pouvez avoir en ce système repose sur ce point central et d'autres sociétés se sont montrées moins scrupuleuses genre Peerio : http://korben.info/le-mauvais-etat-desprit-de-peerio.html . Vos communications sont établies seulement si une société commerciale le veut. Cette société commerciale sait donc qui parle avec qui, quand, selon quelle fréquence. Ce n'est pas acceptable.

  • laisse fuiter à tous les vents (pas qu'aux utilisateur-rices du réseau) qui est connecté, quand, qui cause avec qui, quand. Voir : http://www.numerama.com/tech/133000-espionner-meta-donnees-dun-contact-telegram-possible-facile.html

  • par défaut, n'utilise pas du chiffrement de bout en bout que seul vous et votre correspondant-e pouvaient déchiffrer mais du chiffrement point à point qui permet à la société commerciale derrière Telegram d'avoir connaissance du contenu de vos correspondances. Il faut penser, à chaque fois, à ouvrir un « Secret chat ». Voir : http://sebsauvage.net/links/?Q3BMhg

Particulièrement prisé par les terroristes islamistes, notamment ceux de Daech, Telegram est aussi utilisé, comme le montre une enquête de « L’Express » (14/7), par de nombreux dirigeants politiques français.

Ho vache, tous ces terroristes comme on dit au Parlement français depuis plusieurs années ! Ils-elles ont envahi les partis politiques et les ministères. :O Qu'on les envoie tout-te-s au trou !

À droite, l'un des lieutenants de François Fillon confie : « Depuis que nous savons que les interceptions sont faciles à réaliser sur les mobiles, nous sommes tous équipés de Telegram. » Dans l’équipe de Sarko, le patron n’y a pas encore recours, mais son directeur de cabinet, Frédéric Péchenard, utilise l’application. Un homme qui s’y connaît en matière d’écoutes téléphoniques, puisqu’il fut pendant cinq ans directeur général de la police nationale.

Nombreux sont aussi les responsables politiques de gauche à avoir installé Telegram sur leurs smartphones. À commencer par Jean-Luc Mélenchon et les principaux membres de son équipe de campagne.

Haha lol venant d'un défenseur d'une certaine souveraineté (patriotisme économique). :') Mais pas de panique : les services de renseignement allemands (nationalité de Telegram) collaborent avec les services français sur le marché de l'échange d'infos donc pas de soucis. :)

Mais aussi, et c’est plus surprenant, un membre du gouvernement, le ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, qui, en principe, devrait accorder toute sa confiance à son collègue de l’Intérieur et au Premier ministre, qui a autorité administrative sur les écoutes téléphoniques. Deux de ses supporteurs, députés PS, ne communiquent avec lui que via Telegram.

Peut-être parce que Macron veut garder confidentielle sa stratégie pour la présidentielle ? Peut-être parce qu'il est plus dans le coup des horreurs permises par la loi Renseignement ? Peut-être parce qu'il ne peut avoir confiance en personne au gouvernement compte-tenu de sa position actuelle de "ni dedans ni dehors" ?

L’ancien ministre Arnaud Montebourg n’a pas caché à « L’Express » pourquoi il s’était équipé, lui aussi, de ce logiciel : « On connaît l’appareil d’État et ses dévoiements. Il faut se méfier du pouvoir en place… et de ses suivants. » L’« appareil d’État » et le « pouvoir en place » apprécieront sûrement la confiance que leur accordent tant Macron que Montebourg.

Gros +1.

Je trouve tout cela révélateur d'un certain malaise : la plupart de ces personnes ont renforcé ou se sont montré favorable au renforcement des pouvoirs des services de renseignement mais visiblement, ils-elles flippent bien, à juste titre (http://shaarli.guiguishow.info/?sowocg), et ont aussi besoin d'un jardin secret comme tout un chacun-e. Cela démontre aussi leur absence de confiance, à juste titre (voir http://shaarli.guiguishow.info/?r1h70Q ) dans les contre-pouvoirs prévus par la loi (CNCTR et Conseil d'État) : les parlementaires se sont "protégé-e-s" par la loi, les autres politocard-e-s aimeraient avoir cette même protection.

Dans le Canard Enchaîné du 20 juillet 2016.

Il est tombé comme un fruit mûr : l’arrêté pris par le ministère de I’Agriculture pour empêcher les pulvérisations de pesticides par grand vent vient d’être abrogé ar le Conseil d’Etat. Cela faisait dix ans que l’Association nationale des proucteurs de pommes et de poires (ANFP) voulait sa peau. « Il était impossible de récolter les fruits en respectant l’arrêté a chaque instant de l’année. Suivre la réglementation, c’était risquer de perdre sa récolte », explique le président de l’ANPP, forte 1 500 arboriculteurs.

Si les pouvoirs publics avaient jugé bon d’interdire aux agriculteurs de vaporiser leurs pesticides dès que le vent souffle à 19 km/ h, c'était pour éviter que les riverains n’en prennent plein les poumons. Avec les conséquences que l’on connaît. En août 2015, une étude de l’Institut national de veille sanitaire avait fait grand bruit en détectant cinq fois plus de cancers que la normale chez les enfants d’un petit village de Gironde planté au milieu des vignes pesticidées.

Mais, au fait, pourquoi les producteurs de pommes ont-ils mené cette bataille ? Parce que la culture du pommier est la championne toutes catégories des vaporisations chimiques. Jusqu'à 35 traitements par an, deux fois moins pour le raisin, qui occupe la deuxième marche du podium. D’après les stats du ministère de l’Agriculture, les pommiers de verger ont été asperges en moyenne, en 2011 , de 22 fongicides, 9 insecticides, 2 herbicides et 2 régulateurs de charge, comprenez des agents chimiques qui vont débarrasser l’arbre des truits les plus petits pour garantir une récolte faite de gros calibres standardisés. Cerise sur la pomme : dès que les premiers boutons floraux apparaissent, le pommier a droit a un arrosage en règle d’hormones végétales qui accélèrent la croissance. Puis, en pleine floraison, une resucée, avec cette fois des « hormones d'accrochage » pour que les pommes restent agrippées aux branches. Et gare à tous ceux qui trouveraient a y redire !

Le lobby des pommes a attaqué Greenpeace en justice pour son rapport intitulé « Pommes empoisonnées : mettre fin à la contamination des vergers », tandis que la coopérative Biocoop était poursuivie pour sa campagne de communication « N’achetez pas de pommes (traitées chimiquement) ». On attend la réaction contre Générations Futures, dont la pétition pour réclamer un nouvel arrêté a déjà recueilli 1O OOO signatures [ NDLR : https://www.change.org/p/st%C3%A9phane-le-foll-prot%C3%A9gez-les-voisins-des-zones-cultiv%C3%A9es-interdisez-les-pulv%C3%A9risations-de-pesticides-par-vent-fort , l'association a aussi écrit une lettre cosignée aux ministres concernées ]. Comme le dit le proverbe, « une pomme par jour éloigne le médecin »… à condition de bien la laver !

Dans le Canard Enchaîné du 20 juillet 2016.

« Violences volontaires ayant entraîné une ITT supérieure a huit jours avec circonstances aggravantes : avec arme et en réunion ! » Alex Mahfoudhi, 40 ans, ancien responsable d’un programme de sécurité ali mentaire et de nutrition au Rwanda, passera le 29 juillet devant le tribunal de grande instance de Bordeaux. Il encourt 5 ans de prison et 75 000 euros d’amende. Son crime ? « J’ai jeté quelques poignées de boue sur un bulldozer… »

Le 24 juin, il se trouve sur le chantier du golf de Villenave-d’Ornon, à 10 km au sud de Bordeaux, en compagnie de huit activistes opposés à ce qu’ils considèrent comme un grand projet non seulement inutile mais nuisible. « Nous étions à visage découvert, les bras en l’air. Nous avons encerclé une tractopelle et demandé au conducteur de couper le contact. » Mal leur en a pris. L’ouvrier appuie sur le champignon et fonce sur cinq d’entre eux en faisant tournoyer le bras mécanique de son engin. Paniqués. certains opposants se jettent à terre, évitent de justesse les chenilles de la machine, d'autres détalent comme ils peuvent. « Furax, j’ai ramassé de la boue et l’ai jetée en direction de la cabine. »

Le jour même. un vendredi, ils sont cinq, dont Alex, à tenter de porter plainte au commissariat de Bègles pour tentative d’homicide. En vain. Un autre opposant réussit, lui, à faire enregistrer sa plainte dans un autre commissariat, celui de Mériadeck. Le lundi suivant. Alex Mahfoudhi et un autre activiste s’y rendent à leur tour. Nouveau refus. En revanche, les flics ne se sont pas fait prier pour enregistrer celle du conducteur de tractepelle…

Trois jours plus tard, Mahfoudhi se fait cueillir sur la ZAD qu’il venait de créer, avec une quinzaine d’autres opposants. Laquelle ZAD, composée d’une grande tente—cuisine, d’une yourte en bambou, d’un espace théâtre et de plusieurs tentes, a été expulsée manu militari, le 6 juillet, à la demande de l’aménageur et sur ordre de la préfecture. Cerise sur la matraque : le parquet a carrément demandé la mise en détention provisoire d’Alex jusqu’au procès, pour « atteinte à l’ordre public économique » (sic).

Le projet Mulliez fait son trou

En fait, les écolos bataillent depuis 1987 pour protéger le domaine de la Plantation, dernière grande zone naturelle des alentours de Bordeaux. Pas moins de 167 ha jouxtant la Garonne, situés dans une zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique (Znieff) constituée de bois classés et de zones humides, lesquels font tampon avec le fleuve pour préserver l’arrière-pays des crues. Classé « Natura 2000 », ce territoire abrite quantité de plantes et d’espèces protégées.

Après une première tentative, ratée, d’implantation d’un terrain de golf, d’un parc d’affaires et de 1 500 logements, c’est maintenant au tour du groupe franco-belge Vizzion Europe, spécialisé dans l’immobilier, de tenter sa chance. Son principal actionnaire, Gonzague Mulliez, membre de la famille qui détient le groupe Auchan, est le fondateur de Saint Maclou. Son groupe a obtenu tous les feux verts administratifs pour faire sortir de terre, en 2019, un mégaprojet immobilier. Car le terrain de golf n’est, comme souvent, que l’occasion de réaliser une grande opération immobilière.

Et ce n’est jamais que le 14e golf de la région…

Ce que je retiens de cela, au-delà d'un énième massacre inutile d'un milieu naturel "protégé" (mais pas contre les intérêts économiques de quelqu'un-e-s, visiblement), c'est le motif de mise en détention provisoire : « atteinte à l'ordre public économique ».

Je me souviens que, sur la loi Renseignement, nous disions que l'une des finalités qui autorise toutes les techniques de surveillance, celle d'atteinte aux intérêts économiques de la France, est trop vague et floue et qu'elle permet donc d'englober énormément de personnes innocentes, du-de la zadiste au-à la journaliste qui dévoile un scandale (sanitaire ou autre). Voir notamment cet extrait de débat à partir de 1m20 : https://www.youtube.com/watch?v=7C0nUaQDIXE . Sur la loi de réforme pénale de juin 2016 et les prolongations de l'état d'urgence, nous disions que l'on applique de plus en plus des moyens exceptionnels, de la justice d'exception, auparavant réservés aux formes les plus concrètes et violentes de terrorisme, à des faits d'atteinte à l'ordre public et à de la délinquance.

Je trouve qu'on est en plein dedans avec cette affaire. Et on notera que ce motif a été énoncé par un magistrat. Voilà, voilà.

Dans le Canard Enchaîné du 20 juillet 2016.

-