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——————————— September 30, 2018 - Sunday 30, September 2018 ———————————

Avant de conquérir le fauteuil de Pierre Gattaz à la présidence du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux se targuait d’être un bouffeur de syndicalistes. Mais, à peine intronisé, le 3 juillet, il commençait à les cajoler ! **François Hommeril, l’intransigeant patron de la CFE-CGC, le rencontre une fois par mois. Mieux : l’homme, qui a longtemps fait campagne pour que le Medef déserte tous les organismes paritaires, veut désormais sauver l’assurance-chômage de l’étatisation macronienne.

Du beau, du bon, du Béré

Face à la « nationalisation rampante » que, selon lui, prépare l’Elysée, le nouveau patron du Medef propose un système hybride : l’Etat créerait un régime de solidarité financé par la CSG, au côté duquel subsisterait une assurance complémentaire obligatoire, payée par les entreprises et « gérée par les partenaires sociaux ». Une Unédic bis serait donc cogérée uniquement par les partenaires sociaux et financée par les seules cotisations, sans que l’Etat y mette son nez. A côté du système de base voulu par Macron, l’ensemble du dispositif ressemblerait à la réforme mise en place en 1984 par Bérégovoy, alors ministre des Affaires sociales, et supprimée par Chirac deux ans plus tard. Curieuse référence, pour un libéral radicalisé…

En privé, le patron de FO, Pascal Pavageau, voit dans cette proposition du Medef la main d’Emmanuel Macron, qui chercherait à sortir du bourbier dans lequel il s’est mis tout seul.

Son collègue Hommeril est d’un autre avis : « C’est un moyen de régler notre problème avec l’Etat, lance-t-il. Avec l’Unédic, les partenaires sociaux affichent un bon bilan, car le régime serait équilibré sans une dette que l’Etat a contribué à creuser. »

Une allusion à la tonte du régime d’assurance-chômage à laquelle les gouvernements procèdent chaque année afin de financer Pôle emploi.

Il n’est donc pas sûr que l’Etat se passe d’une telle vache à lait. Edouard Philippe donnera sa réponse à la fin de la semaine au terme d’un « symposium » avec les syndicats et les patrons.

En attendant, le président du Medef, ancien des commandos de marine, propose à ses nouveaux amis syndicalistes un kit de survie en milieu hostile. Aux armes !

Dans le Canard enchaîné du 19 septembre 2018.

La saison 27, inédite en France et en Belgique, sera diffusée sur W9 à partir du samedi 06 octobre. Annoncées le 06 septembre 2017, la saison 27 et la saison 28 sont attendues dans les semaines à venir sur la petite chaîne française […]

Qui remplacera François Molins à la tête du parquet de Paris ? Et, surtout, qui choisira son successeur ? D’ordinaire, la décision revient àla garde des Sceaux, avec un « avis conforme » du Conseil supérieur de la magistrature (CSM). Mais les choses traînent depuis juin, quand Nicole Belloubet a reçu les trois candidats au poste de superproc.

Elles traînent tellement, même, que les regards se tournent désormais vers l’Elysée, où tout se décide. « Le président de la République va choisir, et c’est lui qui bloque… » s’inquiètent, en chœur, nombre de magistrats siégeant dans les instances professionnelles. « Une telle attente, on ne l’avait jamais vue, râlent les mêmes. Macron prend son temps parce qu’il veut des gens à sa main. Ça en dit long sur sa conception de l’indépendance de la justice… »

La main de Macron

Les choses auraient dû être rondement menées. Dès le 5 juillet, le CSM donnait son feu vert à la nomination de Molins comme « procureur général près la Cour de cassation », proposée par le pouvoir politique. Puis, plus rien. Alors même qu’il avait été demandé au CSM de se grouiller : il s’agissait d’éviter toute vacance à la tête du parquet de Paris, où se jouent les affaires politiques ou terroristes : impossible de laisser un lieu aussi stratégique sans chef, impossible de ne pas y nommer un magistrat de confiance. Macron n’aurait-il pas trouvé son bonheur parmi les trois candidats ?

Du beau linge, pourtant. Maryvonne Caillibotte, avocate générale à Paris, brillante ex-main droite d’Yves Bot, un ancien proc de Paris proche de Sarkozy. Marie-Suzanne Le Quéau, ensuite, procureure générale à Douai, ex-directrice des affaires criminelles sous Taubira (c’est elle qui, en juillet 2013, avait révélé avoir transmis 54 comptes rendus sur l’affaire Cahuzac à sa ministre en trois mois). Dernier prétendant, Marc Cimamonti, le procureur de Lyon, vers qui pencheraient Belloubet et le CSM. C’est bien joli, mais — personne n’en doute plus — ce ne sont pas eux qui tranchent.

Plus le bon vouloir de Macron se fait attendre, plus sa volonté de tout décider et diriger s’imprime. Et plus il manifeste de manière aussi éclatante que désinvolte son emprise sur les procureurs.

Dans le Canard enchaîné du 19 septembre 2018.

carotte \ka.ʁɔt\ féminin
[…]
9 . Paquet de tabac à priser ou à chiquer ayant une forme bi-conique.
10 . (Par extension)(France) Enseigne rouge de forme fuselée signalant un bureau de tabac.

Enfin une décision courageuse à propos du Yémen ! En Espagne, le nouveau gouvernement socialiste a annoncé, le 4 septembre, qu’il bloquait la vente de 400 bombes de précision à guidage laser à l’Arabie saoudite. Au motif que ces bombes, prétendument chirurgicales, ne créant pas de dommage collatéral, sont susceptibles d’être larguées sur des civils au Yémen par la coalition dirigée par l’Arabie saoudite. C’est une bombe américaine semblable, guidée par laser, qui a tué 40 enfants dans un bus scolaire, le 9 août. Un dommage collatéral… ou délibéré ?

Mais, le 12 septembre, Madrid a finalement fait volte-face et a maintenu la vente, après s’être fait tordre le bras par Riyad, qui menaçait d’annuler en représailles la commande de cinq corvettes militaires pour 2 milliards d’euros à un chantier naval andalou ! De son côté, la France continue tranquillement de fourguer bombinettes, munitions et matériel lourd à l’Arabie saoudite et aux Emirats, en s’asseyant également sur le traité sur le commerce des armes, ratifié en 2014. Les droits de l’homme d’affaires, c’est un métier !

Dans le Canard enchaîné du 19 septembre 2018.

Ah, cette manie de s’en prendre aux petits et aux faibles, jamais aux riches et aux puissants !

Après avoir fait la leçon à un lycéen qui l’appelait « Manu », traité les ouvrières de Gad d’« illettrées », moqué les « Gaulois », qui ne veulent pas du changement, et les « fainéants », auxquels il « ne céder[a] rien », Macron tape un chômeur qui se plaint de ne pas trouver de boulot. Et lui assène avec superbe, dans les jardins de l’Elysée : « Je traverse la rue, je vous en trouve. » Morale : soit le jeune horticulteur est un imbécile qui ne sait pas chercher, soit il est flemmard. Et pourquoi pas les deux « en même temps » ? Pauvre Macron, qui n’a pas le peuple qu’il mérite.

Ou alors, il cherche un emploi dans un domaine et un secteur d'activité qui lui plaisent, le bougre ! :)


Est-ce ainsi qu’un président doit parler ? Il le croit, puisqu’il a fait de ces saillies brutales une arme de communication à répétition. Mais la leçon du Président est restée « en travers de la gorge » du chômeur et de quelques autres. Son ton condescendant est vexatoire, et sa morgue de classe préparatoire un rien contre-productive.

Macron sait peut-être où trouver du boulot, mais fait-il bien le sien, lui ? En admettant qu’il ait raison sur le fond — il y a plein de jobs, ce sont les chômeurs qui ne savent pas les trouver —, il gagnerait à être plus pédagogue. À éduquer sans casser, à informer sans brusquer, à conseiller sans vexer. Le kif, pas la trique !

Au lieu de ça, son parler vrai est un parler vieux. Il parodie Raymond Barre, qui, à propos du chômage, avait eu cette formule : « La meilleure façon de lutter contre le chômage, c’est de travailler. » Le parler Macron est emprunté à un très ancien monde. Vite un coup de barre ?

Dans le Canard enchaîné du 19 septembre 2018.

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