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——————————— August 6, 2018 - Monday 06, August 2018 ———————————

Un bel exemple de lutte contre les inégalités d’accès à l’enseignement, dénoncées haut et fort par les ministres Jean-Michel Blanquer et Frédérique Vidal ! Les prestigieuses Ecoles centraies de région (Lille, Lyon, Marseille et Nantes), établissements publics créés pour former des ingénieurs de haut niveau, viennent tout juste de… quadrupler leurs frais de scolarité !

Maladroits de scolarité

Dès la rentrée prochaine, les futurs étudiants devront négocier avec leurs parents (ou leur banquier) pour lâcher 2 500 euros par an, contre 615 euros jusqu’à présent, comme l’a rapporté le site Educpros (24/7). Si cette decision du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, dont dépendent les différentes Ecoles centrales, a cueilli à froid leurs élèves, elle réjouit leurs dirigeants, qui réclamaient une hausse des droits d’inscription depuis bien des années.

« Notre budget est de plus en plus contraint, explique Frank Debouck, vice-président du Groupe des Ecoles centrales. Sur la seule Ecole centrale de Lyon, que je dirige, nous avons besoin de rénover le campus, vieux de cinquante ans, mais aussi de financer les nombreuses formations que nous avons ouvertes en quelques années, ainsi que l’augmentation sensible de la taille des promotions. »

Et de rappeler que la réforme de la taxe d’apprentissage en 2014 a provoqué une baisse notable des montants que les grandes écoles d’ingénieurs collectaient par ce biais. « A Lyon, nous avons perdu 400 000 euros d’un coup, sur un budget de 40 millions. Cette hausse des frais de scolarité ne fera que compenser l’argent perdu. »

Heu, lol ? 400 000 € c'est 1 % de 40 000 000…


Il n’empêche. Le dirigeant a beau préciser que les Ecoles centrales accueilent environ 80 % de boursiers et qu’« aucun élève ne sera laissé sur le bord de la route », cette explosion des droits d’entrée ne va-t-elle pas dissuader les étudiants d’origine modeste ou issus des classes moyennes de s’engager dans cette voie ?

D’après une enquête — citée par « Les Echos » (17/5) — réalisée par le site d’éducation spécialisé News Tank, le coût moyen des écoles publiques d’ingénieurs a déjà bondi de 28 % en cinq ans (de 707 euros en 2012 à 908 euros en 2017), et treize d’entre elles ont doublé leurs frais de scolarité.

« Le modèle des écoles d’ingénieurs est en train de rejoindre celui des écoles de commerce, très segmenté, entre élèves boursiers d’un côté et élèves issus de familles aisées de l’autre, déplore Grégory Barrère, du Bureau national des élèves ingénieurs. Il est urgent de repenser le choix des sources de financement des écoles publiques si nous ne voulons pas aller vers un système à l’anglo-saxonne. » Pourquoi ? C’est un modèle qui déplaît au sommet de l’Etat ?

Dans le Canard enchaîné du 1er août 2018.

Sans l’affaire Benalla, le pot aux roses n’aurait peut-être jamais été découvert. Depuis des années, la Préfecture de police (PP) fait un usage immodéré, et surtout illégal, des vidéos enregistrées par les caméras de surveillance dont elle a truffé les rues de Paris. La Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), qui tombe des nues, vient de déclencher une enquête et un contrôle sur pièces pour connaître l’ampleur des cachotteries. La Cnil l’a d’autant plus mauvaise qu’elle a réalisé l’année dernière une enquête sur la durée de conservation des vidéos de la police parisienne !

Le rapport est presque achevé, mais il va falloir en durcir les conclusions. Désormais sommé de s’expliquer, docs à l’appui, le préfet de police s’éponge le front : trois de ses flics sont mis en examen pour avoir, le 18 juillet, transmis sous le manteau à Benalla une vidéo tournée deux mois et demi plus tôt, place de la Contrescarpe, par une caméra de la Préfecture de police.

Open barbouzes

Des images qui auraient dû être détruites automatiquement au bout de trente jours en l’absence de réquisition judicaire, comme l’exige la loi. Les auditions menées par la police des polices, auxquelles « Le Canard » a eu accès, lèvent le voile sur un système d’archivage clandestin des vidéos mis en place au plus haut niveau de la PP. Dans le dos de la Cnil et des magistrats, les poulets parisiens ont pris l’habitude de faire leur marché parmi les images capturées par les 2 739 caméras de « voie publique », mais aussi dans celles enregistrées par 33 430 « caméras partenaires » implantées dans des gares, des musées, des grands magasins et des centres commerciaux. Puis de les archiver sur DVD-ROM autant de temps que ça leu1 chante.

Les flics croient pouvoir justifier cette pratique parfaitement illégale en interprétant une note du 21 fémier 2017 signée du directeur de l’ordre public et de la circulation (DOPC) ! Ce document organise la cellule Synapse censée faire de l’analyse stratégique à partir des films vidéo de manifs ou de grands événements. lnvoquant la note du patron de la DOPC, les poulets récupèrent et conservent toutes les images souhaitées. Buffet à volonté !

Cuisiné par les « bœufs-carottes », le patron de Synapse, poursuivi dans le dossier Benalla pour « détournement d’images de vidéoprotection » et « violation du secret professionnel », a juré ne pas savoir que cette pratique était interdite. Mieux : à l’en croire, tous les pontes de la PP étaient dans la même ignorance. Seul le directeur de l’ordre public a reconnu sur procès-verbal, et du bout des lèvres, « une difficulté juridique ». Mais il a fini par làcher le morceau : « C’est une pratique qui concerne toutes les directions de la Préfecture de police qui ont accès au PVPP (systéme de vidéosurveillance de la Préfecture). » D’habitude peu répressive, la Cnil va-t-elle aller jusqu’à punir les directeurs de la PP en les privant du joystick qui leur permet, depuis leur bureau et zoom à la clé, de piloter n’importe laquelle des caméras qui surveillent la capitale ? Ce serait affreux !

Résumons :

  • Des vidéos conservées au-delà du délai légal (source). La Préfecture de police de Paris a confirmé. Elle n'avait pas le choix, la vidéo ayant fuité sur des comptes Twitter pro-En Marche, plusieurs journaux ont pu constater que la vidéo provient d'une caméra fixé sur un lampadaire (car, oui, le délai de conservation est porté à 6 mois pour les caméras portatives que les flics ont sur eux, R241-4 du Code de la sécurité intérieure, source). Il y a peut-être d'autres vidéos, soumises, elles à un délai de 6 mois, mais y'a au moins une vidéo dont la durée de conservation est illégale ;

  • Benalla a été spontanément contacté par la PP afin que les images lui servent de preuve suite à la médiatisation de son affaire : « Le soir de la révélation par le quotidien de son implication dans les violences du 1er mai, le chargé de mission aurait reçu « un appel vers 22 heures de quelqu’un à la préfecture de police ». « Alexandre, on a la vidéo du gars et de la fille en train de jeter des projectiles sur les CRS, est-ce que tu la veux pour te défendre ? » lui aurait dit le fonctionnaire. ». Source. La caste de copains, quoi ;

  • Toute la procédure d'accès et d'extraction des images prévue par la loi et la réglementation a été bafoué. C'est bien beau de prévoir des procédures, un registre de consignation des enregistrements et de leur destruction, et tout et tout, quand elle peut être contournée les doigts dans le nez ;

  • L'encadrement pour l'accès aux images n'a pas été bafoué une seule fois, mais plusieurs. La presse évoque même une sorte de routine. La loi n'est donc pas respectée ;

  • Comme d'habitude, la CNIL a œuvré dans l'inefficacité absolue, ce qui signifie que l'un des contre-pouvoirs est totalement aveugle à de pareil faits.

Si seulement cela peut servir de leçon à toutes les personnes qui ordonnent la pose de toujours plus de caméras dans l'espace public tout en nous promettant que les vidéos seront stockées de manière sécurisée (quoi que ça veuille dire), que leur consultation ne sera pas open bar car il y aura un registre de consignation, qu'elles seront seulement extraites et visionnées sur réquisition judiciaire, etc. Pipeau. En voici une démonstration parmi tant d'autres.


36 000 yeux espions

Les policiers parisiens qui ont accès aux images captées par les 36 169 caméras installées dans les rues, le métre, les grands magasins ou les sous-bois sont censés être eux-mêmes surveillés de près. Depuis 2009, un comité d’éthique — composé de persannalités et d’élus nommés par la Ville de Paris et par la Préfecture de police (PP) — est chargé de traquer les abus et de veiller au respect de la vie privée des millions de personnes filmées chaque année. Sauf que ce comité, créé à la demande de l’équipe Delanoë, semble plus tenir du guignol que du gendarme…

Depuis neuf ans, ses membres n’ont réussi à pondre que deux rapports d’activité, dont le plus récent date de… 2014. Ils ne se sont même quasiment jamais réunis en 2015 et en 2016, malgré les plaintes récurrentes des élus Verts au Conseil de Paris. Depuis, un miracle est survenu : comme l’avoue pudiquement la Mairie, le comité fonctionne « de nouveau depuis le 2 février 2017 ».

« Fonctionne » est un bien grand mot : ses membres sont dénués de tout pouvoir. Ils n'ont pas le doit de farfouiller dans les ordinateurs de la Préfecture ou de regarder les images archivées dans la salle de commandement de la PP, reliée aux 36 000 caméras.

En pratique, leur compétence se limite à traquer les caméras qui sont en positien de filmer l’intérieur des appartements (c’est iliégal) et à défendre le droit d’accès des citoyens aux images qui les concernent (une centaine de demandes par an). Et, pendant que le comité d’éthique joue les utilités, le parc de caméras grossit. Depuis 2009, elles ont été multipliées par environ 33 ! Avec l’aide discrète de la Mairie de Paris, qui a obligeamment branché sur la Préfecture ses propres appareils installés dans des parkings et des cités HLM. Mais aussi la collaboration de la RATP, de la SNCF et des patrons de centres commerciaux.

En toute « éthique », bien entendu…

Encore un contre-pouvoir bien utile, tiens…

Dans le Canard enchaîné du 1er août 2018.

Ce documentaire tourné en 2015 et diffusé en 2016 est un retour d'expérience d'une journaliste qui tente de vivre avec des pratiques du 21e siècle sans pour autant être surveillée en permanence.

Il y a du bien et du moins bien dans ce film. Les risques sont plutôt bien exposés (flicage par les services numériques, flicage vidéo d'État dans la rue, flicage à usage commercial par les cartes de fidélité et les cartes bancaires, flicage par les compagnies de transport, etc.). En revanche, les bouts de solution sont donnés à toute vitesse (et parfois pas du tout, comme le nom de l'application pour chiffrer ses appels téléphoniques, impossible pour un téléspectateur de noter quoi que ce soit. De même, j'ai un peu de mal à accepter la présente de charlatans de la protection d'identité ainsi que la réponse totalement à côté de la plaque (concernant les solutions possibles) de la présidente de la CNIL.

Ce que j'aime beaucoup dans ce documentaire, et ce qui le différencie de nombreux autres, c'est qu'il nous force à admettre qu'il faut faire des compromis (c'est-à-dire choisir quelle surveillance est inévitable pour conserver notre mode de vie) et nous adapter en permanence, car il n'y a pas de solution miracle qui résout tous les problèmes d'un coup. Le documentaire expose également qu'il faut agir dans le domaine politique pour changer la législation. Et ça, c'est très rare dans un documentaire.

Bref, je trouve que c'est un bon documentaire pour mettre le pied à l'étrier à quelqu'un. Évidemment, comme dans toute vulgarisation, il y a pas mal d'oublis et d'erreurs…

Je retiens :

  • Le kit de survie en ville sensible avec le GPS qui fait volontairement faire des détours, les sous-vêtements qui indiquent la présence de lecteurs RFID dans les parages, le parapluie qui empêche le flicage vidéo de détecter et suivre les mouvements grâce à 256 LED infrarouge, entre autres ;

  • Déjouer la surveillance avec du maquillage. Je connaissais, mais je n'avais pas compris qu'il faut peindre en foncé ce qui est supposé être clair et inversement. Je me demande si cela fonctionne encore à l'heure où, comme le dit un intervenant dans ce documentaire, les caméras sont devenues très précises, au point de comparer la textures et les différentes courbures (visage, nez).
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