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——————————— July 15, 2018 - Sunday 15, July 2018 ———————————

Depuis le crash d'« Ebdo », sur fond de fausse « affaire Hulot », l'ex-directeur de la publication, Thierry Mandon, a tenté en vain de reprendre la société éditrice, Rollin Publications, placée en liquidation judiciaire. Cet ancien minisitre de Hollande proposait de reprendre 19 salariés, contre 15 pour ses concurrents, le tandem Le Seuil-La Revue dessinée, et jouissait de solides appuis (l’administrateur et le mandataire judiciaires, le juge commissaire…). Las, le tribunal de commerce de Paris a préféré l’offre du Seuil et de la Revue dessinée. Motif, lu dans le jugement — du 31 mai — récemment rendu public : « Ebdo » affichait un trou de 3,1 millions d’euros deux mois après son lancement, et Mandon, « en grande partie à l’origine des difficultés du groupe, n'a pas convaincu une part très significative des salariés ».

Et encore moins les lecteurs !

Dans le Canard enchaîné du 4 juillet 2018.

Le 26 juin, tandis que Macron plastronnait au Vatican, le clergé faisait ses courses à l’Assemblée. Avec la bénédiction du président de la République, et après un fervent sermon de Gérald Darmanin, le ministre des Comptes publics, les députés ont voté — avec une majorité de seulement trois voix — la suppression d’une obligation qui défrisait les cultes.

Une loi de 2016 exigeait des Eglises qu’elles enregistrent leurs représentants avant le 1er juillet 2018 sur le registre des lobbyistes ouvert par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Dans ces conditions, les curés, pasteurs, rabbins ou bonzes ne pouvaient plus tenter d’influer « discrètement » sur la vie politique : comme presque partout en Europe, ces messieurs (et quelques) dames se retrouvaient tenus d’agir à découvert. Grâce à saint Macron, il n’en sera rien : une dernière navette parlementaire doit rendre cette abrogation définitive d’ici à la fin du mois.

En revanche, le gouvernement et sa majorité ont renoncé à faire voter une autre disposition autorisant les cultes à exploiter commercialement des immeubles de rapport. Des esprits chagrins ont fait remarquer que ce texte aurait permis à des associations musulmanes extrémistes — comme les salafistes — de se créer des trésors de guerre difficilement contrôlables.

Cet abandon, toutefois, n’a guère troublé la hiérarchie catho. Il y a en effet des années que l’Eglise se fait du gras illégalement avec ses biens immobiliers sans que personne n’y trouve à redire. A deux pas des Champs-Elysées, par exemple, l’ancien siège de l’Association diocésaine de Paris est aujourd’hui loué — à prix d’or et en toute impunité — à Xavier Niel, qui y a installé le siège social de Free.

Les voies du Seigneur sont parfois un peu téléphonées…

Le texte qui est sorti de l'Assemblée ne supprime plus l'obligation de déclaration, mais la reporte à juillet 2021. Pour l'instant, la commission du Sénat est d'accord, mais, de toute façon, ce texte est dans la procédure dite du « dernier mot à l'Assemblée », donc l'avis du Sénat ne compte pas des masses.

Dans le Canard enchaîné du 4 juillet 2018.

Enfin une bonne nouvelle ! Elle concerne un pays de 100 millions d’habitants, dont on n’entend jamais parler, ou presque : l’Ethiopie. « Le figaro » (25/6) se réjouit : « L’Ethiopie s’ouvre enfin aux capitaux privés et étrangers. » Les industriels français sont sur les dents. Ainsi Bolloré et CMA CGM, qui « surveillent la situation attentivement ». En bons « acteurs de la logistique », ils sentent que l’import-export va exploser : navires, fret, trans- port maritime (l’Ethiopie n’a pas de façade maritime, mais tout passe par Djibouti), il y a « des opportunités » dans l’air.

Il faut dire que l’Ethiopie est dirigée depuis près de trente ans par l’EPRDF, le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien, « au lourd héritage marxiste », comme dit « Le figaro ». Que ce gouvernement se convertisse à l’économie de marché et entreprenne d’industrialiser le pays à marche forcée, voilà qui ouvre des perspectives.

La preuve : les Chinois et les Sri Lankais sont déjà là. C’est chez eux que l’Occident avait trouvé les salaires les plus bas de la planète et qu’il a longtemps tout fait fabriquer. Aujourd’hui, les anciens soutiers délocalisent à leur tour. Pour le plus grand profit de marques comme Guess, Levi’s et H&M…

Très présents en Ethiopie, relate « Courrier international » (14/65), les Chinois y construisent des usines ultramodernes où ils installent leurs machines et leurs petits chefs puis vont au fin fond des campagnes chercher des femmes, qu’ils mettent au boulot. Salaire de base : 25 dollars (21,50 euros) par mois. Imbattable. Vingt fois moins qu’en Chine ! Et c’est ainsi que l’Ethiopie « est en passe de devenir l’échelon le plus bas de la chaîne d’approvisionnement qui nous inonde d’une mode jetable ».

Certes, pour ces femmes, le travail en usine est une nouveauté. Pas très agréable : « Elles n’ont qu’une demi-heure pour déjeuner. Elles ont mal au dos. Elles sont épuisées. Ces boulots rendent tout le monde malade. » Pire, comme le note un DRH venu du Sri Lanka, « l’Ethiopie n’a jamais été colonisée. Les gens en sont fiers, ce qui engendre certaines résistances ».

Certes, ça ne rigole pas : une jeune Ethiopienne diplômée explique avoir sombré dans la dépression durant les six semaines qu’elle a passées à surveiller 40 femmes travaillant sur une ligne de production de pantalons : « Chaque fois qu’une ouvrière n’atteignait pas l’objectif fixé, les chefs lui hurlaient dessus. » Les révolutions industrielles n’ont jamais été une partie de plaisir. Surtout menées par la Chine, dont le modèle industriel et consumériste a trouvé en Afrique de quoi assurer ses besoins colossaux et toujours croissants de matières premières et de produits manufacturés.

Mais rassurons-nous : acheter pas cher la dernière fringue à la mode, c’est faire un geste humanitaire en faveur de l’Ethiopie, berceau de l’humanité et de l’australopithèque Lucy. Non ?

Dans le Canard enchaîné du 4 juillet 2018.

En pleins soldes d’été, voilà l’industrie du vêtement et de la chaussure habillée pour l’hiver ! L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) rend, ce mercredi 4 juillet, un rapport sur la toxicité des fringues et des pompes. L’Anses a trouvé dans nos jeans, tee-shirts ou lingerie 15 cochonneries chimiques problématiques pour la santé, et pas moins de 17 dans nos escarpins, bottes et bottines : des colorants, des conservateurs, des stabilisateurs, des antiacariens, des imperméabilisants… En prêt-à-porter !

Après avoir passé au tamis les études scientifiques sur les dermatites de contact, l’Agence a analysé la composition de 39 vêtements et paires de chaussures. Conclusion : 20 % des textiles recèlent du PPD, un colorant dérivé du goudron susceptible de déclencher des réactions allergiques à vie, 16 % sont chargés en métaux lourds, très toxiques, tels le cobalt, le cuivre ou le mercure (utilisés pour faire briller les matières ou fixer les teintures), et 20 % en NP et NPEO, imperméabilisants soupçonnés d’être des perturbateurs endocriniens.

Sans aublier des substances carrément létales : 20 % des chaussures contiennent du chrome VI — un adjuvant employé pour le tannage du cuir et classé cancérogène avéré pour l’homme. Même problème avec la résine formaldéhyde, qui sert notamment à fixer les semelles. De quoi marcher à côté de ses pompes…

Nickel-chrome

La Commission européenne espère bien restreindre l’usage, pour les textiles et les chaussures, de tous les cancérogènes avérés ou supposés… mais en 2021 ! En attendant, l’Anses recommande a minima d’avertir le consommateur de la présence de ces substances. Elle préconise aussi de passer au lavage les vêtements neufs avant de les porter. Sauf que, en ce qui concerne les PPD, chaque tour de machine à laver imprègne encore un peu plus le vêtement de cette substance toxique.

Les lecteurs du rapport de l’Anses vont pouvoir négocier des remises. Même après les soldes !

Dans le Canard enchaîné du 4 juillet 2018.

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