The Daily Shaarli
Dans la partie informelle de l'AG 2015 de FDN, il s'est dit des choses extrêmement intéressantes sur l'action juridique de l'asso. J'avais pris des notes mais je ne les ai pas publiées. Je les publie aujourd'hui car je pense qu'il y a des bouts intéressants qui n'ont pas été repris dans des interventions publiques plus récentes comme celle à PSSES 2015. J'ai essayé de ne pas spoiler les avancements des procédures qui n'étaient pas connus lors de cette AG.
L'équipe juridique commune à LQDN, FDN et FFDN, qui allait devenir les exégètes amateurs bossait sur 3 dossiers à ce moment-là :
Rétention des données de connexion.
Une 15aine d'années de lutte. Slogan du milieu des années 2000 : « Data Retention is not solution ». Combat perdu : plusieurs directives européennes (2002 et 2006) ont quand même organisé cette rétention.
Nouveauté : en avril 2014, la CJUE s'est prononcée et a dit que conserver tout, sur tout le monde, sans faire le tri, en permanence est contraire à la charte des droits fondamentaux de l'UE. La directive a été cassée. Une directive est transposée dans chacun des droits nationaux des États membres. Il faut donc les faire sauter. Cela se fait simplement auprès de la grande cour du droit administratif de chaque État. Sauf qu'en France, le cadre de la rétention des données de connexion est antérieur à la directive. La France étant l'un des pays qui poussait le plus fort pour une rétention massive et longue.
Il faut un prétexte ("la loi est pourrie" c'est un pseudo-argument, par un prétexte) pour aller toquer au Conseil d'État, cour de première instance dans le cadre d'un décret puisque celui-ci à une portée nationale, aucun tribunal administratif local n'est plus compétent qu'un autre. Or, le 24 décembre 2014, le gouvernement a publié le décret d'application de l'article 20 de la loi de programmation miliaire (LPM) qui prévoit qu'un nombre considérable de services administratifs peuvent accéder aux données de connexion (qui ne sont pas vraiment définies, « informations et documents ») sans passer par un juge et sans l'ombre d'un contrôle. On peut donc attaquer le décret et amener le CE à constater que tous les textes qui causent de data retention sont contraire au droit européen et espérer faire tomber tout le tas de merde.
Arguments principaux :
8-10 pays d'Europe ont déjà fait sauter la merde donc de bonnes chances de gagner. Mais, on ne sortira pas avec 0 conservation de données : on aura juste des points d'exception mieux cadrés au principe général d'interdiction de rétention (article L34-1 du CPCE).
Les décrets d'application de la loi de renforcement des mesures antiterrorisme de 2014 (dite loi Cazeneuve) sont sortis début 2015, à la suite de l'attentat de Charlie Hebdo. Cette loi instaure notamment le blocage administratif secret (le motif n'est connu de personne, pas même de l'éditeur) de sites web terroristes et faisant l'apologie du terro, par les FAI, sur décision de la police (sans juge, donc). Cette loi instaure aussi le déréférencement des mêmes sites web, dans la même absence de cadre.
Arguments principaux :
Peu de chances de gagner : l'ambiance est à la parano généralisée + le Conseil Constitutionnel a déjà validé que le filtrage du pédoporn' est OK. Mais là, on va au Conseil d'État pour poser des questions de formes et de cadrage du texte donc ce n'est pas pareil.
Il faudra botter le cul de la loi sur le renseignement.
Mes notes concernant la conférence « Big Brother, entre réalité et science-fiction » qui a eu lieu à Strasbourg le 10 décembre 2015 dans le cadre du cycle de conférences et d'ateliers « Avenirs d'Internet ».
Il n'y avait pas de slides. L'enregistrement audio est disponible ici : https://hackstub.netlib.re/docs/avenirsdinternet/enregistrements/montageSonConf1/confavenirsdinternet-zimmermann-henryQ4.ogg .
Les productions hollywoodiennes introduisent une idée perverse : le gentil a raison d'aller tirer sur tout ce qui bouge car lui est humain, lui a une famille, lui éprouve des sentiments.
Il y a une porosité entre science et fiction. La science inspire la fiction, la fiction inspire la science. Exemple : les ordiphones Motorola StarTAC qui ressemblaient au « Communicator » de Star Trek. Autre exemple : les inventions de Jules Verne qui ont mis les scientifiques sur la voie.
Une autre idée viciée répandue est de considérer que toute innovation est forcément acceptable. Le futur est inévitable, comme dans Terminator. On s'arrête pour réfléchir : on nous impose l'innovation. Où est notre liberté de choix ?
Des drones pilotés existent pour conduire des frappes. Alors des robots tueurs Terminator qui prendront des décisions basées sur des données, des infos, des profils, on n'en est pas loin. Peut-être qu'il y aura un opérateur qui confirmera ou non la frappe en agitant un pouce, comme au temps de Jules César.
La surveillance de masse, le profilage, tout ça, sont vus comme un progrès ou comme une dérive, selon les points de vue.
Les sujets autour des libertés à l'heure du numérique sont tellement complexes qu'il faut prendre des symboles pour y attacher nos idées politiques. Exemple : « neutralité du Net », ça ne parle à personne. « Discrimination des communications sur Internet », c'est déjà plus parlant. Il y a une rhétorique à construire pour faire passer nos messages.
La réalité a déjà dépassé la fiction. Est-ce que la fiction c'est pour nous habituer ou pour nous faire réfléchir ?
Même chose pour le pistage via les likes Facebook.
La surveillance nous oblige à nous autocensurer, à nous brider : quand on se sent surveillé-e, on ne dit pas "fuck le boss" au boulot, on ne se rend pas à une réunion d'homoxuel-le-s ou aux alcooliques anonymes.
En une 15aine d'années, on est passé de l'ère des machines documentées à l'ère des machines Terminator. Exemple : le fonctionnent de l'Amiga était connu et la documentation était livré avec la machine. [ NDLR : J'ajoute un exemple perso que j'ai vécu : http://www.guiguishow.info/2013/12/31/va-te-faire-foutre-uefi/ ]
Les biais hollywoodiens nous empêchent de voir les liens entre fiction et réalité.
Connaissance volée, ressources communes volées, démocratie volée. On est déjà dans Fahrenheit 451 : on n'a plus le droit de lire les documentations de nos machines. Et, en cachette, on lit les docs Snowden.
La protection de la vie privée, c'est la protection de nos intimités. C'est se laisser la possibilité d'êtres libres seul-e ou à plusieurs. C'est la possibilité d'expérimenter sans se faire juger. C'est important.
Lecture de deux nouvelles d'anticipation écrites par un collectif d'auteurs.
Je n'ai pas pris de notes de la session de questions-réponses.
Sur un plan perso, c'était ma première rencontre avec jz. Son côté humaniste m'avait soufflé et remonté le moral alors que je n'étais que rage et désespoir à ce moment-là (loi Renseignement, sortie des décrets "filtrage" de la loi anti-terro de 2014, état d'urgence, déchéance de nationalité, exclusion et rejet de l'autre évoqués en permanence dans les infos, etc.). Bref, je garde un excellent souvenir de notre longue conversation. < 3
J'avais noté deux-trois trucs sur les films que j'ai visionnés en 2014-2015-2016. J'décide de publier ça ici… Ça me sers à me souvenir de ce que j'ai déjà regardé ou non, ça permet à quelques lecteurs de venir me troller et aux autres d'apprendre que j'ai des loisirs parfois douteux. :P
Je ne présenterai pas les films, libre à vous d'aller chercher le scénario sur les sites web habituels.
Mon avis est compliqué.
Bref, au final : l'ensemble est plutôt du grand nawak et est plutôt décevant. Mais, il a le rythme d'un Terminator pour passer le temps.
L'intégralité du scénario est attendue et capilotractée : des paquets de décisions illogiques s'enchaînent pour amener l'intrigue (l'apogée étant de courir bien en évidence devant le T-Rex, une bestiole qui te rattrape immédiatement…). Je note quand même une bonne réplique sur les drones armés en lesquels on ne peut pas avoir confiance car ils sont facilement piratables. :D
Bref, c'est juste du Jurassic Park à l'ancienne, juste du divertissement, il ne faut pas chercher plus loin. Mais, il vaut mieux regarder autre chose. :-
Bon… Là, c'est clair, on a touché le fond. Des zombis partout, sensibles au bruit, un mec qui a tous les bons contacts pour faire héberger sa famille en lieu sûr, une idée saugrenue sur l'origine du mal, des scènes méga-prévisible (genre l'escalade de l'enceinte de sécurité qui, évidemment n'a pas pu se produire avant l'arrivée de Brad alors que la ville était tout aussi bruyante,…). Même quand on veut s'écrouler devant un film, il ne faut pas choisir celui-là. :-
Ça vaut aussi pour tous les Spider-Man après les 2 premiers originaux. :- Pleeeaaase, quoi. :-
Mêmes remarques que pour Terminator et Jurasssic World : incohérences à gogo (l'apogée étant de flinguer des gus en combinaison antiradiation, sur un terrain radioactif, tout en étant en simple T-shirt puis d'entrer et de respirer tranquillou dans un bâtiment qui était dangereusement radioactif deux minutes plus tôt…). Bref, c'est juste du divertissement, il faut juste admirer les explosions. On est au-dessus du niveau de World War Z, c'est déjà ça. :-
J'ai à peu près le même avis sur Olympus has fallen : des méchants étrangers, un seul patriote américain pour sauver le président US, des tirs et des explosions. Du cinéma d'action à consommer et à oublier, quoi. Il y a quand même un petit quelque chose qui le sépare de Die Hard 5 que je n'arrive pas à identifier… Peut-être l'effet nouveauté ou l'effet "service de protection du président US"… C'est probablement cela qui fait que j'avais bien aimé ce film, plus qu'un Die Hard 5 ou un Terminator 5. On notera que ce film et sa suite, London has fallen, sont de parfaits représentants de la culture américaine : "c'est nous les plus forts, personne peut nous battre, nous sommes les seuls survivants".
Plus de Jason Statham. :( Mais la recette demeure : des règles violées, des bastons et de la conduite. Niveau cascades : moi aussi je fais sauter en finesse et en une seule tentative les capuchons des bornes à incendie avec le coffre de ma voiture mais bien sûr… :)))) Niveau scénario : j'adore (ou pas) les coïncidences joyeuses qui permettent à un plan totalement WTF et bancal de se dérouler sans accroc (oui, y'a une référence mais c'pas la question). Niveau incohérences : je n'ai rien compris à la scène de vidage du compte bancaire, c'est techniquement illogique (pourquoi faire ça sur le bateau ?). Je n'ai pas compris non plus comment/pourquoi autant de personnes mettent autant de temps à se prendre une balle dans une rixe entre voyous qui a lieu dans une toute petite salle sur un petit bateau en présence de tireurs fous…
Même si c'est répétitif vis-à-vis des précédents opus, ça se regarde plus agréablement que World War Z ou Die Hard 5, y'a pas photo. :)
Le film est loufoque dans son ensemble. Mention spéciale pour la scène de lecture partagée du contrat dans laquelle le mec confond rougissement et "reflet" d'un coucher de soleil. Pas mal pour un grand séducteur !
Globalement, je n'ai pas aimé l'angle sous lequel les relations humaines et le sexe sont déroulés :
J'ai aimé le concept du film : la matérialisation de nos sentiments. Mais le film est clairement ennuyeux au bout d'un moment (avec le gag récurrent de Tristesse, avec la chute dans l'oubli, etc.), il aurait gagné à être plus court. Je me demande toujours quelques petites choses : pourquoi avoir choisi un déménagement comme générateur de l'intrigue ? Pourquoi avoir modélisé uniquement 5 sentiments ? Pourquoi ces 5 là ?
Deux biographies-fictions. La première sur Alan Turing, principalement sa vie à Bletchley Park où il tentait, en compagnie d'autres personnes, de casser Énigma ainsi que quelques bouts de son adolescence. La deuxième sur le co-fondateur d'Apple, axé sur les dizaines de minutes qui ont précédé trois lancements produit majeurs (le Mac, le NeXt et le Lisa) où ses proches lui ont apparemment dit leurs 4 vérités.
Bien que ça soit basé sur des biographies, même autorisée par le concerné pour celle sur Jobs, ça reste de la fiction genre personne n'est capable de se souvenir de toutes les petites phrases prononcées par tout le monde des dizaines d'années dans le passé, surtout celles prononcées en toute intimité. Du coup, il faut prendre ça à la légère, comme une vue d'ensemble et ne pas mémoriser les détails.
En ces temps de dénigrement et de rejet de l'Autre et de soi-même, je trouve intéressant le "rappel" (désolé, je ne trouve pas mes mots) de l'homosexualité de Turing qui ne l'a pas empêchée de faire de grandes choses parce que justement, on ne peut pas opposer ces deux faits. De la même manière, je trouve intéressant de démystifier Steve Jobs : c'était un homme d'affaires, pas un technicien, il s'est vautré plusieurs fois avant de lancer des produits à succès et c'était un monstre sur le plan moral et humain.
Je dois reconnaître que j'ai bien aimé ces deux films. Je recommande de les visionner.
Une mission spatiale qui se passe mal, une Sandra Bullock qui tente de revenir sur Terre en enchaînant problème sur problème. C'est un peu idiot mais j'dois bien reconnaître que l'intrigue m'a tenu en haleine malgré les grosses ficelles… Ça ne laisse pas un souvenir impérissable mais ça se regarde, quoi. Je trouve que Sandra joue son personnage jusqu'au bout, comme au temps de Traque sur Internet ou Speed.
J'ai beaucoup aimé le début du film et la thématique globale : pousser la science toujours plus loin, comprendre le monde qui nous entoure, chercher des alternatives, etc. J'ai aussi beaucoup aimé la représentation des autres dimensions sous lesquelles on pourrait percevoir notre univers, notamment le temps. Ça ne vaut pas lourd scientifiquement parlant mais ça fait rêver et c'est ce que j'ai apprécié dans ce film.
Deux documentaires (pas des biopics / reconstitutions mais d'authentiques images). Le premier sur la rencontre entre Snowden et les journalistes pour balancer les pratiques immorales de la NSA. Le deuxième sur Aaron Swartz. Ces deux films portent clairement, et de première main, les projets de société défendus par ces deux hommes : contre la surveillance de masse pour le premier, pour la société du savoir pour tous et toutes pour le deuxième. Et ça, c'est cool.
Je sais que ces films sont à l'origine de militantisme actif chez plusieurs personnes de ma connaissance et je trouve ça merveilleux. Je recommande de les visionner.
Autant j'avais bien aimé les deux premiers volets, ils étaient plutôt conformes à l'esprit des livres (à l'idée que je m'en fais, en tout cas), autant je trouve que le 3e épisode est une adaptation ratée : les spots de propagande sont terriblement mal joués par Jennifer Lawrence et il manque la finesse politique / tactique qui est plus prononcée dans les livres, àmha. Bref, c'est un film "on regarde puis on oublie".
Pour le coup, je n'ai pas lu les livres. Je suis fan des deux premiers volets car on y trouve un certain nombre de marqueurs intéressants comme la division stupide de la société sur des prétendues qualités (pour mieux régner ?), gué-guerre pour gouverner de la part de toutes les factions, etc. Le 3e volet est un gros foutoir : on veut éblouir le spectateur avec de la technologie, petit clan pour diriger une ville, stéréotype du méchant de service qui ruine la complexité introduite par les deux précédents volets où il n'y a pas un seul méchant contre des gentils mais une diversité d'opinion, etc. Du tome 3, je retiens l'illustration qu'un conflit termine toujours par des peines capitales expiatoires, la classification sain-e / défaillant-e similaire à sorcier-e / moldu-e qui ne peut que conduire à des inégalités et à des conflits, ainsi que le fait que de vouloir un génome humain parfait a failli conduire l'humanité à sa perte.
Tout comme pour Hunger Games, j'pense sincèrement que ces films valent la peine d'être vus si l'on fait abstraction des naiseries.
J'ai un peu le même avis pour X-Men: Days of Future Past (et la saga entière d'une manière générale) : une fois que les sursauts causés par les incohérences et les impossibilités physiques sont passés, j'aime beaucoup le message véhiculé (tolérance entre personnes) car il ne l'est pas d'une manière bi-polaire (bien / mal) : tous les camps tentent de tirer la couverture à eux à plusieurs moments en faisant des trucs crades. Servir ou desservir les idéaux ?
Ça fait facilement plus de 5 ans qu'on m'avait conseillé de regarder ce film. J'ai une relation amour-haine avec ce film. D'un côté, j'aime l'idée d'une satire cinématographique pour montrer vers quelle forme de société, de constructions humaines on ne veut pas aller (pognon roi, retour à l'état de nature où le plus musclé l'emporte, désastres écologiques, absence d'avancées techniques, etc.). De l'autre côté, résumer le monde à "tout le monde est un abruti fini sauf moi", c'est réducteur et ça n'apporte rien. Du coup, l'éclairage apporté par ce film est intéressant mais il est incomplet. Ce film positionne aussi notre époque comme étant la plus trop mieux au niveau sciences / culture / intelligence, mais est-ce vraiment le cas ? Si ça se trouve, une construction sociale plus rudimentaire apporterait le bonheur à l'humanité mais un effet d'estrade empêche de se rendre compte de cela.
Je recommande le visionnage de ce film, pour le côté satirique. Ce shaarli est parrainé par Carl's Jr. ;)
A six mois de la présidentielle, l’ambiance en France est très particulière. Médiatiquement, politiquement et socialement, les discours les plus primaires et les plus réactionnaires ont recouvert la plupart des réflexions. L’espace politique français — au sens large — est passé des débats de société de fond aux polémiques les plus puantes. Ce constat est possible non pas par la seule observation des chaînes de télévision ou de radio les plus plébiscitées, mais aussi par les titres de la presse papier et internet, ainsi — et surtout — que les échanges sur les « grands » réseaux sociaux. Le chaudron commence à bien bouillir, rempli d’ordures, et son odeur se répand de plus en plus fortement, recouvrant la plupart des paroles, actes ou initiatives « progressistes ».
Oui, alors les côtés « scoop » et le côté « c'était mieux avant » qui transparaissent dans cet article, pleeeaase quoi. Surtout que l'article cite bien des illustrations du Chirac du début des 90's qui disait déjà de la merde. La déchéance de nationalité ne date pas non plus des élections à venir. Frontex non plus. Le bullshit servi au moment des élections régionales était le même qu'en 2002. « Les Français sont des veaux » (donc incultes, qui suivront le mouvement impulsé par le chef) c'est du De Gaulle.
C'est le même boxon à chaque présidentielle, au moins sur les 3 dernières. Le débat d'entre-deux tours entre Sarko et Ségo était déjà du grand n'importe quoi rempli de trucs faux. Non mais sérieux, deux gens tout à fait normaux sont priés d'être experts sur tous les sujets et d'en débattre, comme ça, taktak. Ça ne peut pas fonctionner. La personnification des élections est un problème.
Sans compter que le poste est prestigieux et exclusif donc forcément que tu vas raconter nawak et jouer sur les peurs des uns et des autres pour y parvenir.
Au-delà de ça, je n'ai jamais entendu un débat intéressant, ça part toujours en règlement de compte ("vous avez fait ça dans le passé et c'était de la merde qui nous plombe aujourd'hui) et en clivage, ça part en "je te coupe la parole sans arrêt", ça part toujours en débat dans des sous-sous-sous-sujets, ça part toujours en noyage de poisson. Le temps vient à manquer (et même si on organisait des débats de 12 ou 24h ou 36h, ça ne changerait rien, c'est un problème de mentalité). Il n'y a jamais rien de constructif, rien à en tirer. C'est inaudible et le débit mitraillette est impossible à suivre. Je pense par exemple à l'échange entre Copé et Duflot sur BFMTV la semaine passée mais c'est clairement général et depuis aussi longtemps que je m'en souvienne.
[...]
Désormais, le populisme se déclare comme un mode politique de proximité du peuple, de parler vrai [au peuple], de se préoccuper des problèmes du peuple, de vouloir le bien du peuple, etc… La réalité du populisme est pourtant toute autre, puisqu’il est à la fois historiquement et politiquement le ferment du fascisme. Le plus grand populiste de l’histoire contemporaine est Mussolini. Ses discours, son comportement, toute sa sinistre carrière politique sont basés sur ce concept de populisme. Le Duce a été copié de nombreuses fois, et peut-être jamais égalé, encore que…
Nationalisme, patriotisme, racines [des origines], grandeur [perdue] à restaurer, analyses et solutions simples, à la portée de tous, gouvernance de « bon père de famille », paternalisme donc, et déclaration des « ennemis » à abattre, ou des minorités à contraindre sont les principaux ingrédients qui nourrissent la recette du populisme dans ce chaudron pestilentiel.
[...]
Pour résumer le populisme français : il se situe dans la croyance qu’une majorité d’électeurs sont mécontents, qu’ils sont plutôt incultes, qu’on peut leur faire croire que leurs problèmes sont avant tout causés par une partie de la population étrangère à la « patrie originelle » (gauloise ?), ou cause de blocages créés par des groupes d’intérêts qui prennent tout le monde en otage (les syndicats en général) et que le bons sens, l’évidence dans les décisions à prendre, sont celles que prendraient n’importe quel « bon père de famille ».
Dans ce registre, le populisme résume chaque cause d’un problème à un unique facteur. Pour le concept du chômage et de « l’emploi » : c’est à cause des « charges » sur les salaires (qui sont en réalité, les cotisations sociales pour abonder les recettes publiques et maintenir le système de répartition collectif) qui empêchent la compétitivité. Pour l’insécurité, c’est le communautarisme, le refus de l’intégration et le radicalisme religieux.
Bonne définition du populisme, je me garde ça.
[...] Le débat sur la énième réforme de l’éducation nationale s’est effectué sur les horaires, l’apprentissage pur des fondamentaux ou l’éveil des enfants en groupe, le rétablissement de l’uniforme pour certains, la sécurité scolaire et introduire des tablettes informatiques pour faire rentrer le numérique dans l’éducation nationale…
Ben… comment dire… je vais faire dans le populisme mais il suffit d'écouter les parents (et ça ne date pas d'hier) : ça cause de choses extrêmement matérielles donc horaires, menus de la cantine (histoire de pas refaire des frites le soir si y'en a eu le midi, lol), poids du cartable, sécurité de l'école, etc. À moment donné, nier que les débats sont à l'image du monde, c'est se voiler la face et c'est dangereux. Il faut bien se dire que les grands idéaux comme apprendre à apprendre, l'école décentralisée (à la maison, distance, tout ça), ça ne sort pas de terre comme ça, faut attendre que ça germe donc en attendant, il faut bien gérer la situation concrète, matérielle. Ce n'est pas contradictoire, c'est une question de proportion. Et c'est comme ça dans tous les domaines de la vie.
[...)
En fait dans l’esprit de la fachosphère IRL ou sur le réseau, il existerait une société immuable, figée, depuis les années 50, une France du Général de Gaulle, qui n’aurait pas bougé. Ou si, qui aurait été forcée de se cacher dans des caves, tandis que les Sarazin, les Chinois, les Martiens, peut-être, auraient peu à peu investi les appartement, les maisons et les commerces laissés vacants par la population gauloise, fuyant vers les caves.
[...]
Par extension, l’immigration qui ferait tant de mal aux Gaulois, selon l’extrême-droite, est une sorte de cellule dormante des islamo-nazis. A l’inverse, les Gaulois, sont des gens bien sous tout rapport. Encore une fois, la globalisation est à l’œuvre. Ce serait considérer que tous les Gaulois sont des gens parfaits alors qu’une foule d’études scientifiques très sérieuses prouvent qu’il y a de nombreux crétins durs dans cette population. Même des gens agressifs, violents, délinquants, terroristes, assassins, homophobes, sexistes… Bref de tout, comme partout. Mais sortir de la généralisation, c’est un peu compliqué pour notre fachosphère.
Oui, la peur du changement et le bouc-émissaire sont hyper connus : "nous on atteint la perfection, il ne faut plus rien changer, c'est l'autre qui a tort et vu qu'il est pas comme moi bah lala".
[...]
Nous sommes arrivé à un moment où le tempo de l’actualité est rythmé à moitié par les tweets ravageurs de politiciens ou des citations de leurs discours, d’extraits d’interviews. Le tout en 140 caractères maximum. Ou avec un post sur un mur. L’approximation, la fausseté, voire les mensonges les plus flagrants sont ainsi relayés à la vitesses des tuyaux numériques. Un petit maire de droite extrême bien raciste ordonne une interdiction de tenue de plage portée par quelque femmes d’origine maghrébine, et c’est un buzz médiatique qui dure un mois. Un mois… Emportements, militantisme, rejet, agacement, indignation, tout y passe…
C’est en fait une nouvelle période qui s’est ouverte, celle de la création des sujets d’actualités politiques par la foule, ou par les « stars des réseaux sociaux », qu’elles soient des politiques ou non. Les groupes militants de tous bords sont donc très friands de ce phénomène, puisqu’en quelques clics, voire quelques aides automatisées (principe de l’astroturfing), une foule se crée, prête à en découdre, à défendre, attaquer, se plaindre, s’indigner, mais dans tous les cas : fait parler d’elle et surtout de son sujet.
Oui, le traitement de l'information est un vrai problème. Mais, d'un côté, je me dis que les petites phrases assassines sont des révélateurs, qu'elles donnent le ton. Macron et son costard, on sait à quoi s'attendre en choisissant le projet de société de ce mec-là. Sarkozy et ses Gaulois, on sait aussi à quoi s'attendre. Ça reste trop succinct, certes mais ça donne une idée. L'absence d'autres voix, d'autres choses que des petites phrases est problématique, pas de problèmes avec ça.
[...]
Un article reprenant celui de Viner cherche à comprendre ce qu’il se passe au delà de l’amplification des rumeurs et de l’emballement des foules sur les réseaux sociaux. Un phénomène très important est celui de l’influence des algorithmes et de l’enfermement des usagers des réseaux dans leurs propres convictions, dans leurs propres sphères de croyance.
Là encore, rien de nouveau : le bistro du coin et ses habitués avaient leurs sphères de convictions. Les familles ont aussi leurs sphères de convictions qui perdurent. Nous avons aussi de telles sphères avec nos ami-e-s. Donc le coup des méchants réseaux sociaux, pleeeaaase, quoi, ils ne font qu'abolir les distances donc fusionner des sphères de convictions.
