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——————————— September 27, 2016 - Tuesday 27, September 2016 ———————————

Dans la partie informelle de l'AG 2015 de FDN, il s'est dit des choses extrêmement intéressantes sur l'action juridique de l'asso. J'avais pris des notes mais je ne les ai pas publiées. Je les publie aujourd'hui car je pense qu'il y a des bouts intéressants qui n'ont pas été repris dans des interventions publiques plus récentes comme celle à PSSES 2015. J'ai essayé de ne pas spoiler les avancements des procédures qui n'étaient pas connus lors de cette AG.


3 dossiers en cours

L'équipe juridique commune à LQDN, FDN et FFDN, qui allait devenir les exégètes amateurs bossait sur 3 dossiers à ce moment-là :

  • Rétention des données de connexion.

    • Une 15aine d'années de lutte. Slogan du milieu des années 2000 : « Data Retention is not solution ». Combat perdu : plusieurs directives européennes (2002 et 2006) ont quand même organisé cette rétention.

    • Nouveauté : en avril 2014, la CJUE s'est prononcée et a dit que conserver tout, sur tout le monde, sans faire le tri, en permanence est contraire à la charte des droits fondamentaux de l'UE. La directive a été cassée. Une directive est transposée dans chacun des droits nationaux des États membres. Il faut donc les faire sauter. Cela se fait simplement auprès de la grande cour du droit administratif de chaque État. Sauf qu'en France, le cadre de la rétention des données de connexion est antérieur à la directive. La France étant l'un des pays qui poussait le plus fort pour une rétention massive et longue.

    • Il faut un prétexte ("la loi est pourrie" c'est un pseudo-argument, par un prétexte) pour aller toquer au Conseil d'État, cour de première instance dans le cadre d'un décret puisque celui-ci à une portée nationale, aucun tribunal administratif local n'est plus compétent qu'un autre. Or, le 24 décembre 2014, le gouvernement a publié le décret d'application de l'article 20 de la loi de programmation miliaire (LPM) qui prévoit qu'un nombre considérable de services administratifs peuvent accéder aux données de connexion (qui ne sont pas vraiment définies, « informations et documents ») sans passer par un juge et sans l'ombre d'un contrôle. On peut donc attaquer le décret et amener le CE à constater que tous les textes qui causent de data retention sont contraire au droit européen et espérer faire tomber tout le tas de merde.

    • Arguments principaux :

      • La loi (la LPM donc) ne précise pas ce qu'elle entend par « tout document et information » que l'administration peut récupérer. C'est précisé dans le décret. Sauf que garantir des bornes en matière d'atteinte aux libertés, ça relève du législatif, pas de l'exécutif. Incompétence négative du législateur (il devait faire quelque chose et ne le fait pas).

      • Le décret devait organiser le contrôle de l'accès aux données par la CNCIS. Incompétence négative du gouvernement.

      • Le décret est précis sur les informations et documents récupérables mais tout est flou : le décret envoie sur des articles de loi qui renvoient sur des articles qui se renvoient entre eux. Le tout forme un patchwork qui ne va pas dans le sens du texte genre il y a des obligations désirées qui n'apparaissent pas. Ce flou est totalement contraire au principe de prévisibilité du droit : les lois doivent être claires et compréhensibles.
    • 8-10 pays d'Europe ont déjà fait sauter la merde donc de bonnes chances de gagner. Mais, on ne sortira pas avec 0 conservation de données : on aura juste des points d'exception mieux cadrés au principe général d'interdiction de rétention (article L34-1 du CPCE).

  • Les décrets d'application de la loi de renforcement des mesures antiterrorisme de 2014 (dite loi Cazeneuve) sont sortis début 2015, à la suite de l'attentat de Charlie Hebdo. Cette loi instaure notamment le blocage administratif secret (le motif n'est connu de personne, pas même de l'éditeur) de sites web terroristes et faisant l'apologie du terro, par les FAI, sur décision de la police (sans juge, donc). Cette loi instaure aussi le déréférencement des mêmes sites web, dans la même absence de cadre.

    • Arguments principaux :

      • Le décret oblige les opérateurs à la délation puisque l'internaute est renvoyé vers une page l'informant du blocage. Cette page se situe sur les serveurs du Ministère de l'Intérieur. Ces serveurs récupèrent l'adresse IP et tout un tas d'information concernant le requérant. Cette mesure n'était pas prévue par la loi. Or, vu qu'il y a atteinte à des libertés, ça devrait être câblé par la loi.

      • Le décret n'est pas clair genre "une adresse électronique contient un domaine précédé d'un nom d'hôte". C'est important parce que du coup, pourrait être filtré tout ce qui comporte un nom de domaine. Une URL précise comporte un domaine. Une adresse mail aussi. Or, pour bloquer une URL, il faut du DPI donc ce n'est pas la même atteinte aux libertés.

      • Les mesures de blocage (avec juge ou pas) ne sont pas proportionnées : de meilleurs moyens existent pour atteindre les objectifs fixés par la loi. Genre ça serait mieux d'attaquer les producteurs du pédoporn', pas les intermédiaires techniques. La CEDH s'est déjà exprimée contre un arrêté ministériel français de 1939 qui visait à encadrer les publications provenant de l'étranger. Les décisions étaient publiques. Toujours bon de rappeler ce bout de jurisprudence.

      • Aucun contrôle effectif (secret). Le pouvoir de la police n'est pas encadré. Coucou les abus.
    • Peu de chances de gagner : l'ambiance est à la parano généralisée + le Conseil Constitutionnel a déjà validé que le filtrage du pédoporn' est OK. Mais là, on va au Conseil d'État pour poser des questions de formes et de cadrage du texte donc ce n'est pas pareil.

  • Il faudra botter le cul de la loi sur le renseignement.


D'autres gens ne pourraient pas faire le job ?

  • La CNIL a été consultée sur ces projets de loi, elle a dit non mais elle a un avis purement consultatif. Et elle n'attaque jamais le gouvernement.

  • Le défenseur des droits (qui est une autre autorité indépendante) ? Il intervient uniquement sur des cas concrets d'envergure comme le blocage manifeste d'un site web important (comme celui du PS). Pas sûr qu'il ait envie d'intervenir sur les dossiers numériques, il n'a jamais fait un pas dans ce sens. Pas sûr qu'il puisse intervenir sur une procédure auprès du Conseil d'État car on n'y conteste pas une atteinte franche au droit des requérants, on conteste une possible atteinte aux droits de tout le monde.

  • Les FAI commerciaux d'envergure nationale sont capables d'attaquer des décrets quand ça cause pognon genre Free qui attaque la loi HADOPI pour être sûr qu'une compensation financière soit prévue au fait d'identifier des abonné-e-s. Mais là, osef de l'intérêt général et puis, il ne faut pas trop se fâcher trop fort avec le gouvernement car ces temps-ci, il distribue de la thune pour le déploiement de la fibre optique.


Chonologie de la rétention des données de connexion et du renseignement

  • 1991 : loi sur les interceptions de sécurité faites par l'administration suite au scandale des écoutes illicites de l'Élysée (Mitterrand surveillait les journalistes pour pas qu'on cause de sa fille).

  • 1996 : tentative d'amendement au paquet télécom du député Fillon pour imposer de demander au CSA une "autorisation d'émettre" avant ouvrir un site web. La même année, c'est l'affaire Estelle Hallyday contre Altern : un des 35000+ sites web hébergés par Altern re-publie des photos parues dans la presse. Qui est responsable ? L'hébergeur (Altern) ou l'éditeur du site web ? La justice tranche pour "hébergeur responsable des contenus". On notera que la magistrate en appel était alors Marie-Françoise Marais (oui, l'ex-présidente de l'HADOPI). S'en suivent des jurisprudences identiques où les juges utilisent les textes prévus pour la TV faute de textes plus adaptés.

  • 2004 : on arrive à la LCEN, à la séparation des responsabilités entre hébergeur et éditeur et au principe de subsidiarité : un hébergeur n'est pas condamnable pour les propos tenus par un éditeur mais on peut lui demander de fermer un site web dans le cadre d'une procédure judiciaire et escalader s'il refuse.

  • 2005-2006 : la loi de lutte contre le terrorisme ajoute de nouvelles possibilités, pour l'administration, de demander des données de connexion ainsi que de nouvelles possibilités de géolocalisation. Le Conseil Constitutionnel avait été saisi par le Parlement et avait répondu que 1) il faut un contrôle judiciaire (ce que le projet de loi ne comportait pas) ; 2) les données de connexion accessibles aux administrations = OK, même pour de la police administrative.

  • Mars 2006 : directive européenne sur la conservation forcée des données de connexion. Moment très drôle en Allemagne : l'équivalent du Conseil Constitutionnel a dit "non". Du coup, choix compliqué : changer la Constitution allemande pour pouvoir transposer la directive ou illégalité vis-à-vis de l'UE ? L'Allemagne a choisi de jouer la montre donc illégalité vis-à-vis de l'UE.

  • 2011 : décrets d'application de la LCEN qui tentent de préciser les données à collecter. Il y avait eu le bazar autour de la volonté du gouvernement que les intermédiaires techniques communiquent le mot de passe en clair.

  • Avril 2014 : la directive européenne de 2006 (200624CE) est annulée par la CJUE.


Chronologie du blocage administratif de sites web

  • 2001 : directive européenne EUCD. On la connait pour les DRM transposée en droit français par la DADVSI mais elle autorise aussi les ayants droit à demander en justice à un FAI de bloquer un site web qui contrevient à ses droits.

  • 2009 : la partie blocage de sites web de l'EUCD est transposée en droit français par la HADOPI 1. Oui, il y a bien des articles de filtrage de sites web avec un juge dans HADOPI.

  • 2010 : loi sur les jeux d'argent en ligne. Instaure l'ARJEL et le blocage judiciaire de sites web qui ne payent pas leur patente à l'État.

  • 2011 : LOPPSI2 : blocage de sites web pédopornographiques sans juge sur décision secrète du Ministère de l'Intérieur. Le Conseil Constitutionnel valide car pedoporn trop grave pour s'occuper des droits et libertés.

  • 2014 : loi Cazeneuve. Nouvelle finalité pour le blocage sans juge sur décision secrète du Ministère de l'Intérieur : lutte contre le terrorisme et l'apologie du terrorisme.


Points de droit intéressants :

  • Un décret, comme beaucoup de décisions de l'administration, s'attaque dans les 2 mois. Ça peut être un simple courrier "on attaque". On a alors 3 mois pour envoyer un mémoire ampliatif qui contient l'ensemble de l'argumentaire.

  • Note : une décision de l'administration peut être une réponse négative, c'est-à-dire une absence de réponse. ;)

  • On attaque un décret plutôt que les actes administratifs de blocage car c'est plus efficace : l'annulation d'un décret permet d'évincer (= de transformer en code mort) des pans entiers de loi associée, le temps que de nouveaux décrets soient pris en bonne et due forme (qui ne peuvent donc pas reprendre les conneries qui ont causé leur perte devant le CE). Contester les actes administratifs, ça suppose d'en avoir connaissance puis d'interroger le ministère de l'Intérieur puis le tribunal administratif pour contester puis de faire appel puis d'aller en "cassation"-like devant le Conseil d'État. Sauf qu'en France, on ne peut pas aller en cassation (droit administratif ou judiciaire, pas d'importance) sans avocat.

  • Au Conseil d'État, tout se passe par écrit : le réquérant attaque, le ministère concerné répond, etc. Le dossier se conclut par une audience de 25 minutes environ dans laquelle le rapporteur lit son rapport. Il est rare que les avocats prennent la parole. Durée : plus d'un an pour une procédure simple (sans question sur la constitutionnalité du texte, sans question à la CJUE). Dans le cadre de la rétention des données de connexion, on part sur 2-5 ans de procédure.

  • Conseil d'État < CJUE < CEDH.

  • Les gouvernements français tentent en permanence de ne pas tenir compte des décisions rendues par les grandes Cour de l'UE quand elles sont prises à l'encontre d'autres pays même quand un texte similaire existe en France, en mode "ce pays est un pays de sauvage, la décision ne nous concerne pas, on est des gens bien, nous". Il faut souvent re-attaquer la France pour qu'elle se bouge. Exemple : garde à vue sans avocat.

  • Pour bloquer un site web de manière judiciaire, il faut une décision de justice. Quelqu'un doit attaquer les FAI devant un tribunal et le juge doit condamner les FAI à bloquer le site web en question. On attaque donc quelqu'un qui est coupable de rien pour qu'il soit condamné à faire quelque chose qui n'est pas une peine et qui ne cherche pas à le punir. Personne n'attaque les 1800 opérateurs. De même, la police peut choisir à quels opérateurs elle transmet la liste des sites web à bloquer dans le cadre des lois LOPPSI2 et Cazeneuve, le décret n'impose pas de la transférer à tous les opérateurs. Ce n'est pas une rupture d'égalité devant la loi. Déjà, la décision de justice n'est pas une condamnation de l'opérateur. Ensuite, si un petit opérateur genre FDN recevait la liste, il serait obligé de filtrer mais comme il n'a pas été notifié des blocages à mettre en place, il n'est obligé à rien. Illustration absurde : si la loi disait "tous les citoyens doivent répondre "oui, chef !" quand un gendarme leur parle", tant qu'un gendarme ne te parle pas, tu n'es pas obligé de dire "oui, chef !". Un blocage "préventif" à l'initiative du FAI serait une violation du CPCE.

  • Est-ce que la pratique de DNS menteur est interdite ? Ce n'est pas clair. Y'a un bout de texte dans la partie réglementaire du CPCE qui a l'air de dire que oui. Des gens de l'ARCEP pensent que oui. Mais ce n'est pas clair, il n'y a jamais eu de décision sur le sujet, cet article n'a jamais été utilisé pour attaquer un FAI, donc on n'est pas sûr de l'interprétation qu'en aurait un juge.

  • Données de connexion à conserver :
    • FAI : il s'agit d'associer une IP à ce que tu as comme informations. 56k "toto/toto" = tu donnes le numéro de téléphone appelant ; VPN open-bar : rien ou IP source ; Wi-Fi ouvert = adresse MAC (comme à l'aéroport de Toulouse-Blagnac) ; Si c'est un-e abonné-e et qu'on a des infos sur lui-elle (identité, adresse postale, adresse mail, autre), on doit les donner. Il est strictement interdit (CPCE) de noter qui a été visité tel site. Il est interdit de conserver tout ce qui touche au contenu ou à la navigation.

    • Éditeurs de contenus : trace de chaque étape dans le cycle de vie d'un élément de contenu. Exemple : sur un commentaire de blog, il faut savoir donner l'IP du posteur s'il est externe à l'association ou bien le nom de l'utilisateur du blog si la modification a été faite en interne.

    • Dans tous les cas :

Mes notes concernant la conférence « Big Brother, entre réalité et science-fiction » qui a eu lieu à Strasbourg le 10 décembre 2015 dans le cadre du cycle de conférences et d'ateliers « Avenirs d'Internet ».

Il n'y avait pas de slides. L'enregistrement audio est disponible ici : https://hackstub.netlib.re/docs/avenirsdinternet/enregistrements/montageSonConf1/confavenirsdinternet-zimmermann-henryQ4.ogg .

Jérémie Zimmermann

  • Les productions hollywoodiennes introduisent une idée perverse : le gentil a raison d'aller tirer sur tout ce qui bouge car lui est humain, lui a une famille, lui éprouve des sentiments.

  • Il y a une porosité entre science et fiction. La science inspire la fiction, la fiction inspire la science. Exemple : les ordiphones Motorola StarTAC qui ressemblaient au « Communicator » de Star Trek. Autre exemple : les inventions de Jules Verne qui ont mis les scientifiques sur la voie.

  • Une autre idée viciée répandue est de considérer que toute innovation est forcément acceptable. Le futur est inévitable, comme dans Terminator. On s'arrête pour réfléchir : on nous impose l'innovation. Où est notre liberté de choix ?

  • Des drones pilotés existent pour conduire des frappes. Alors des robots tueurs Terminator qui prendront des décisions basées sur des données, des infos, des profils, on n'en est pas loin. Peut-être qu'il y aura un opérateur qui confirmera ou non la frappe en agitant un pouce, comme au temps de Jules César.

  • La surveillance de masse, le profilage, tout ça, sont vus comme un progrès ou comme une dérive, selon les points de vue.

  • Les sujets autour des libertés à l'heure du numérique sont tellement complexes qu'il faut prendre des symboles pour y attacher nos idées politiques. Exemple : « neutralité du Net », ça ne parle à personne. « Discrimination des communications sur Internet », c'est déjà plus parlant. Il y a une rhétorique à construire pour faire passer nos messages.

  • La réalité a déjà dépassé la fiction. Est-ce que la fiction c'est pour nous habituer ou pour nous faire réfléchir ?

    • On n'a pas les Precogs de Minority Report à sauver mais on a des ordinateurs froids qui contiennent toutes nos conversations, tout nos déplacements, etc. sur les X dernières années.

    • Robocop est une satire du monde, du Cartel industriel. Robocop ne suivra pas les ordres car il est humain.

    • Terminator est une machine implacable avec des Google Glass.

    • Tout ça montre qu'on a les atrocités du cinéma dans nos poches, sous forme de joujou charmant. Les puces fermées que contiennent nos ordiphones dont on sait que des accès à distance sont possibles mais dont on ne sait pas ce que font ces puces. Ces machines nous ciblent. La différence, c'est que les tueries du Terminator se voient alors que la surveillance de masse est invisible.
  • Même chose pour le pistage via les likes Facebook.

  • La surveillance nous oblige à nous autocensurer, à nous brider : quand on se sent surveillé-e, on ne dit pas "fuck le boss" au boulot, on ne se rend pas à une réunion d'homoxuel-le-s ou aux alcooliques anonymes.

  • En une 15aine d'années, on est passé de l'ère des machines documentées à l'ère des machines Terminator. Exemple : le fonctionnent de l'Amiga était connu et la documentation était livré avec la machine. [ NDLR : J'ajoute un exemple perso que j'ai vécu : http://www.guiguishow.info/2013/12/31/va-te-faire-foutre-uefi/ ]

  • Les biais hollywoodiens nous empêchent de voir les liens entre fiction et réalité.

  • Connaissance volée, ressources communes volées, démocratie volée. On est déjà dans Fahrenheit 451 : on n'a plus le droit de lire les documentations de nos machines. Et, en cachette, on lit les docs Snowden.

  • La protection de la vie privée, c'est la protection de nos intimités. C'est se laisser la possibilité d'êtres libres seul-e ou à plusieurs. C'est la possibilité d'expérimenter sans se faire juger. C'est important.


Léo Henry

Lecture de deux nouvelles d'anticipation écrites par un collectif d'auteurs.


Q&R

Je n'ai pas pris de notes de la session de questions-réponses.



Sur un plan perso, c'était ma première rencontre avec jz. Son côté humaniste m'avait soufflé et remonté le moral alors que je n'étais que rage et désespoir à ce moment-là (loi Renseignement, sortie des décrets "filtrage" de la loi anti-terro de 2014, état d'urgence, déchéance de nationalité, exclusion et rejet de l'autre évoqués en permanence dans les infos, etc.). Bref, je garde un excellent souvenir de notre longue conversation. < 3

J'avais noté deux-trois trucs sur les films que j'ai visionnés en 2014-2015-2016. J'décide de publier ça ici… Ça me sers à me souvenir de ce que j'ai déjà regardé ou non, ça permet à quelques lecteurs de venir me troller et aux autres d'apprendre que j'ai des loisirs parfois douteux. :P

Je ne présenterai pas les films, libre à vous d'aller chercher le scénario sur les sites web habituels.


Terminator 5 Genisys

Mon avis est compliqué.

  • D'un côté, ce film a de très bonnes séquences sur le monde hyper connecté d'aujourd'hui (et supposément de demain) et les répercusions associées genre Skynet = cheval de Troie (ce n'était pas clairement affirmé dans les précédents opus, même dans le 3) ou genre le fait qu'être absent des réseaux sociaux est considéré comme louche. Le tout me rappelle la vision de dystopie technologique de Jérémie Zimmermann (qui s'appuie d'ailleurs sur Terminator 1 & 2).

  • D'un autre côté, à part ce que j'ai mentionné au point précédent, ce film est juste du grand n'importe quoi : le Terminator qui se prend pour Emmett Brown (oui, oui, le doc' de Retour vers le futur), le manque de dynamisme et d'intéressement de Sarah Connor ('tain, rendez-nous Linda Hamilton, sérieux), des trucs totalement illogiques genre le Terminator qui se reconstruit y compris son bras précédemment arraché / endommagé alors que ce modèle n'a pas la propriété d'être du métal liquide malléable, etc.

Bref, au final : l'ensemble est plutôt du grand nawak et est plutôt décevant. Mais, il a le rythme d'un Terminator pour passer le temps.


Jurassic World

L'intégralité du scénario est attendue et capilotractée : des paquets de décisions illogiques s'enchaînent pour amener l'intrigue (l'apogée étant de courir bien en évidence devant le T-Rex, une bestiole qui te rattrape immédiatement…). Je note quand même une bonne réplique sur les drones armés en lesquels on ne peut pas avoir confiance car ils sont facilement piratables. :D

Bref, c'est juste du Jurassic Park à l'ancienne, juste du divertissement, il ne faut pas chercher plus loin. Mais, il vaut mieux regarder autre chose. :-


World War Z

Bon… Là, c'est clair, on a touché le fond. Des zombis partout, sensibles au bruit, un mec qui a tous les bons contacts pour faire héberger sa famille en lieu sûr, une idée saugrenue sur l'origine du mal, des scènes méga-prévisible (genre l'escalade de l'enceinte de sécurité qui, évidemment n'a pas pu se produire avant l'arrivée de Brad alors que la ville était tout aussi bruyante,…). Même quand on veut s'écrouler devant un film, il ne faut pas choisir celui-là. :-

Ça vaut aussi pour tous les Spider-Man après les 2 premiers originaux. :- Pleeeaaase, quoi. :-


Die Hard 5 : belle journée pour mourir

Mêmes remarques que pour Terminator et Jurasssic World : incohérences à gogo (l'apogée étant de flinguer des gus en combinaison antiradiation, sur un terrain radioactif, tout en étant en simple T-shirt puis d'entrer et de respirer tranquillou dans un bâtiment qui était dangereusement radioactif deux minutes plus tôt…). Bref, c'est juste du divertissement, il faut juste admirer les explosions. On est au-dessus du niveau de World War Z, c'est déjà ça. :-



J'ai à peu près le même avis sur Olympus has fallen : des méchants étrangers, un seul patriote américain pour sauver le président US, des tirs et des explosions. Du cinéma d'action à consommer et à oublier, quoi. Il y a quand même un petit quelque chose qui le sépare de Die Hard 5 que je n'arrive pas à identifier… Peut-être l'effet nouveauté ou l'effet "service de protection du président US"… C'est probablement cela qui fait que j'avais bien aimé ce film, plus qu'un Die Hard 5 ou un Terminator 5. On notera que ce film et sa suite, London has fallen, sont de parfaits représentants de la culture américaine : "c'est nous les plus forts, personne peut nous battre, nous sommes les seuls survivants".


Le Transporteur : héritage

Plus de Jason Statham. :( Mais la recette demeure : des règles violées, des bastons et de la conduite. Niveau cascades : moi aussi je fais sauter en finesse et en une seule tentative les capuchons des bornes à incendie avec le coffre de ma voiture mais bien sûr… :)))) Niveau scénario : j'adore (ou pas) les coïncidences joyeuses qui permettent à un plan totalement WTF et bancal de se dérouler sans accroc (oui, y'a une référence mais c'pas la question). Niveau incohérences : je n'ai rien compris à la scène de vidage du compte bancaire, c'est techniquement illogique (pourquoi faire ça sur le bateau ?). Je n'ai pas compris non plus comment/pourquoi autant de personnes mettent autant de temps à se prendre une balle dans une rixe entre voyous qui a lieu dans une toute petite salle sur un petit bateau en présence de tireurs fous…

Même si c'est répétitif vis-à-vis des précédents opus, ça se regarde plus agréablement que World War Z ou Die Hard 5, y'a pas photo. :)


50 nuances de Grey

Le film est loufoque dans son ensemble. Mention spéciale pour la scène de lecture partagée du contrat dans laquelle le mec confond rougissement et "reflet" d'un coucher de soleil. Pas mal pour un grand séducteur !

Globalement, je n'ai pas aimé l'angle sous lequel les relations humaines et le sexe sont déroulés :

  • Non, on ne signe pas une saloperie d'accord de non-divulgation avant une partie de jambes en l'air (même Max Mosley ne fait pas ça :D https://fr.wikipedia.org/wiki/Max_Mosley#2005-2009_:_dernier_mandat_entre_.C3.A9cologie.2C_r.C3.A9duction_des_co.C3.BBts.2C_conflits_et_scandale ). C'est hallucinant d'envisager cela ;

  • Non, c'pas cool du tout de présenter le BDSM comme étant seulement l'expression d'une folie (c'est l'expression employée sans humour par le mec), d'une volonté démesurée de contrôle ou d'une envie exprimée par des personnes ayant subi un viol. C'est plus que ça, c'est autre chose que cela et c'est très dommageable de réduire cet ensemble de pratiques à ça, bonjour les clichés qui vont demeurer dans la tête des gens. :S


Vice Versa

J'ai aimé le concept du film : la matérialisation de nos sentiments. Mais le film est clairement ennuyeux au bout d'un moment (avec le gag récurrent de Tristesse, avec la chute dans l'oubli, etc.), il aurait gagné à être plus court. Je me demande toujours quelques petites choses : pourquoi avoir choisi un déménagement comme générateur de l'intrigue ? Pourquoi avoir modélisé uniquement 5 sentiments ? Pourquoi ces 5 là ?


Imitation Game et Steve Jobs (2016) :

Deux biographies-fictions. La première sur Alan Turing, principalement sa vie à Bletchley Park où il tentait, en compagnie d'autres personnes, de casser Énigma ainsi que quelques bouts de son adolescence. La deuxième sur le co-fondateur d'Apple, axé sur les dizaines de minutes qui ont précédé trois lancements produit majeurs (le Mac, le NeXt et le Lisa) où ses proches lui ont apparemment dit leurs 4 vérités.

Bien que ça soit basé sur des biographies, même autorisée par le concerné pour celle sur Jobs, ça reste de la fiction genre personne n'est capable de se souvenir de toutes les petites phrases prononcées par tout le monde des dizaines d'années dans le passé, surtout celles prononcées en toute intimité. Du coup, il faut prendre ça à la légère, comme une vue d'ensemble et ne pas mémoriser les détails.

En ces temps de dénigrement et de rejet de l'Autre et de soi-même, je trouve intéressant le "rappel" (désolé, je ne trouve pas mes mots) de l'homosexualité de Turing qui ne l'a pas empêchée de faire de grandes choses parce que justement, on ne peut pas opposer ces deux faits. De la même manière, je trouve intéressant de démystifier Steve Jobs : c'était un homme d'affaires, pas un technicien, il s'est vautré plusieurs fois avant de lancer des produits à succès et c'était un monstre sur le plan moral et humain.

Je dois reconnaître que j'ai bien aimé ces deux films. Je recommande de les visionner.


Gravity

Une mission spatiale qui se passe mal, une Sandra Bullock qui tente de revenir sur Terre en enchaînant problème sur problème. C'est un peu idiot mais j'dois bien reconnaître que l'intrigue m'a tenu en haleine malgré les grosses ficelles… Ça ne laisse pas un souvenir impérissable mais ça se regarde, quoi. Je trouve que Sandra joue son personnage jusqu'au bout, comme au temps de Traque sur Internet ou Speed.


Interstellar

J'ai beaucoup aimé le début du film et la thématique globale : pousser la science toujours plus loin, comprendre le monde qui nous entoure, chercher des alternatives, etc. J'ai aussi beaucoup aimé la représentation des autres dimensions sous lesquelles on pourrait percevoir notre univers, notamment le temps. Ça ne vaut pas lourd scientifiquement parlant mais ça fait rêver et c'est ce que j'ai apprécié dans ce film.


Citizenfour et The Internet's Own Boy: The Story of Aaron Swartz

Deux documentaires (pas des biopics / reconstitutions mais d'authentiques images). Le premier sur la rencontre entre Snowden et les journalistes pour balancer les pratiques immorales de la NSA. Le deuxième sur Aaron Swartz. Ces deux films portent clairement, et de première main, les projets de société défendus par ces deux hommes : contre la surveillance de masse pour le premier, pour la société du savoir pour tous et toutes pour le deuxième. Et ça, c'est cool.

Je sais que ces films sont à l'origine de militantisme actif chez plusieurs personnes de ma connaissance et je trouve ça merveilleux. Je recommande de les visionner.


Hunger Games 3 - la révolte

Autant j'avais bien aimé les deux premiers volets, ils étaient plutôt conformes à l'esprit des livres (à l'idée que je m'en fais, en tout cas), autant je trouve que le 3e épisode est une adaptation ratée : les spots de propagande sont terriblement mal joués par Jennifer Lawrence et il manque la finesse politique / tactique qui est plus prononcée dans les livres, àmha. Bref, c'est un film "on regarde puis on oublie".


Divergente 1 - 2 - 3

Pour le coup, je n'ai pas lu les livres. Je suis fan des deux premiers volets car on y trouve un certain nombre de marqueurs intéressants comme la division stupide de la société sur des prétendues qualités (pour mieux régner ?), gué-guerre pour gouverner de la part de toutes les factions, etc. Le 3e volet est un gros foutoir : on veut éblouir le spectateur avec de la technologie, petit clan pour diriger une ville, stéréotype du méchant de service qui ruine la complexité introduite par les deux précédents volets où il n'y a pas un seul méchant contre des gentils mais une diversité d'opinion, etc. Du tome 3, je retiens l'illustration qu'un conflit termine toujours par des peines capitales expiatoires, la classification sain-e / défaillant-e similaire à sorcier-e / moldu-e qui ne peut que conduire à des inégalités et à des conflits, ainsi que le fait que de vouloir un génome humain parfait a failli conduire l'humanité à sa perte.

Tout comme pour Hunger Games, j'pense sincèrement que ces films valent la peine d'être vus si l'on fait abstraction des naiseries.

J'ai un peu le même avis pour X-Men: Days of Future Past (et la saga entière d'une manière générale) : une fois que les sursauts causés par les incohérences et les impossibilités physiques sont passés, j'aime beaucoup le message véhiculé (tolérance entre personnes) car il ne l'est pas d'une manière bi-polaire (bien / mal) : tous les camps tentent de tirer la couverture à eux à plusieurs moments en faisant des trucs crades. Servir ou desservir les idéaux ?


Idiocracy

Ça fait facilement plus de 5 ans qu'on m'avait conseillé de regarder ce film. J'ai une relation amour-haine avec ce film. D'un côté, j'aime l'idée d'une satire cinématographique pour montrer vers quelle forme de société, de constructions humaines on ne veut pas aller (pognon roi, retour à l'état de nature où le plus musclé l'emporte, désastres écologiques, absence d'avancées techniques, etc.). De l'autre côté, résumer le monde à "tout le monde est un abruti fini sauf moi", c'est réducteur et ça n'apporte rien. Du coup, l'éclairage apporté par ce film est intéressant mais il est incomplet. Ce film positionne aussi notre époque comme étant la plus trop mieux au niveau sciences / culture / intelligence, mais est-ce vraiment le cas ? Si ça se trouve, une construction sociale plus rudimentaire apporterait le bonheur à l'humanité mais un effet d'estrade empêche de se rendre compte de cela.

Je recommande le visionnage de ce film, pour le côté satirique. Ce shaarli est parrainé par Carl's Jr. ;)

A six mois de la présidentielle, l’ambiance en France est très particulière. Médiatiquement, politiquement et socialement, les discours les plus primaires et les plus réactionnaires ont recouvert la plupart des réflexions. L’espace politique français — au sens large — est passé des débats de société de fond aux polémiques les plus puantes. Ce constat est possible non pas par la seule observation des chaînes de télévision ou de radio les plus plébiscitées, mais aussi par les titres de la presse papier et internet, ainsi — et surtout — que les échanges sur les « grands » réseaux sociaux. Le chaudron commence à bien bouillir, rempli d’ordures, et son odeur se répand de plus en plus fortement, recouvrant la plupart des paroles, actes ou initiatives « progressistes ».

Oui, alors les côtés « scoop » et le côté « c'était mieux avant » qui transparaissent dans cet article, pleeeaase quoi. Surtout que l'article cite bien des illustrations du Chirac du début des 90's qui disait déjà de la merde. La déchéance de nationalité ne date pas non plus des élections à venir. Frontex non plus. Le bullshit servi au moment des élections régionales était le même qu'en 2002. « Les Français sont des veaux » (donc incultes, qui suivront le mouvement impulsé par le chef) c'est du De Gaulle.

C'est le même boxon à chaque présidentielle, au moins sur les 3 dernières. Le débat d'entre-deux tours entre Sarko et Ségo était déjà du grand n'importe quoi rempli de trucs faux. Non mais sérieux, deux gens tout à fait normaux sont priés d'être experts sur tous les sujets et d'en débattre, comme ça, taktak. Ça ne peut pas fonctionner. La personnification des élections est un problème.

Sans compter que le poste est prestigieux et exclusif donc forcément que tu vas raconter nawak et jouer sur les peurs des uns et des autres pour y parvenir.

Au-delà de ça, je n'ai jamais entendu un débat intéressant, ça part toujours en règlement de compte ("vous avez fait ça dans le passé et c'était de la merde qui nous plombe aujourd'hui) et en clivage, ça part en "je te coupe la parole sans arrêt", ça part toujours en débat dans des sous-sous-sous-sujets, ça part toujours en noyage de poisson. Le temps vient à manquer (et même si on organisait des débats de 12 ou 24h ou 36h, ça ne changerait rien, c'est un problème de mentalité). Il n'y a jamais rien de constructif, rien à en tirer. C'est inaudible et le débit mitraillette est impossible à suivre. Je pense par exemple à l'échange entre Copé et Duflot sur BFMTV la semaine passée mais c'est clairement général et depuis aussi longtemps que je m'en souvienne.


[...]

Désormais, le populisme se déclare comme un mode politique de proximité du peuple, de parler vrai [au peuple], de se préoccuper des problèmes du peuple, de vouloir le bien du peuple, etc… La réalité du populisme est pourtant toute autre, puisqu’il est à la fois historiquement et politiquement le ferment du fascisme. Le plus grand populiste de l’histoire contemporaine est Mussolini. Ses discours, son comportement, toute sa sinistre carrière politique sont basés sur ce concept de populisme. Le Duce a été copié de nombreuses fois, et peut-être jamais égalé, encore que…

Nationalisme, patriotisme, racines [des origines], grandeur [perdue] à restaurer, analyses et solutions simples, à la portée de tous, gouvernance de « bon père de famille », paternalisme donc, et déclaration des « ennemis » à abattre, ou des minorités à contraindre sont les principaux ingrédients qui nourrissent la recette du populisme dans ce chaudron pestilentiel.

[...]

Pour résumer le populisme français : il se situe dans la croyance qu’une majorité d’électeurs sont mécontents, qu’ils sont plutôt incultes, qu’on peut leur faire croire que leurs problèmes sont avant tout causés par une partie de la population étrangère à la « patrie originelle » (gauloise ?), ou cause de blocages créés par des groupes d’intérêts qui prennent tout le monde en otage (les syndicats en général) et que le bons sens, l’évidence dans les décisions à prendre, sont celles que prendraient n’importe quel « bon père de famille ».

Dans ce registre, le populisme résume chaque cause d’un problème à un unique facteur. Pour le concept du chômage et de « l’emploi » : c’est à cause des « charges » sur les salaires (qui sont en réalité, les cotisations sociales pour abonder les recettes publiques et maintenir le système de répartition collectif) qui empêchent la compétitivité. Pour l’insécurité, c’est le communautarisme, le refus de l’intégration et le radicalisme religieux.

Bonne définition du populisme, je me garde ça.


[...] Le débat sur la énième réforme de l’éducation nationale s’est effectué sur les horaires, l’apprentissage pur des fondamentaux ou l’éveil des enfants en groupe, le rétablissement de l’uniforme pour certains, la sécurité scolaire et introduire des tablettes informatiques pour faire rentrer le numérique dans l’éducation nationale…

Ben… comment dire… je vais faire dans le populisme mais il suffit d'écouter les parents (et ça ne date pas d'hier) : ça cause de choses extrêmement matérielles donc horaires, menus de la cantine (histoire de pas refaire des frites le soir si y'en a eu le midi, lol), poids du cartable, sécurité de l'école, etc. À moment donné, nier que les débats sont à l'image du monde, c'est se voiler la face et c'est dangereux. Il faut bien se dire que les grands idéaux comme apprendre à apprendre, l'école décentralisée (à la maison, distance, tout ça), ça ne sort pas de terre comme ça, faut attendre que ça germe donc en attendant, il faut bien gérer la situation concrète, matérielle. Ce n'est pas contradictoire, c'est une question de proportion. Et c'est comme ça dans tous les domaines de la vie.


[...)

En fait dans l’esprit de la fachosphère IRL ou sur le réseau, il existerait une société immuable, figée, depuis les années 50, une France du Général de Gaulle, qui n’aurait pas bougé. Ou si, qui aurait été forcée de se cacher dans des caves, tandis que les Sarazin, les Chinois, les Martiens, peut-être, auraient peu à peu investi les appartement, les maisons et les commerces laissés vacants par la population gauloise, fuyant vers les caves.

[...]

Par extension, l’immigration qui ferait tant de mal aux Gaulois, selon l’extrême-droite, est une sorte de cellule dormante des islamo-nazis. A l’inverse, les Gaulois, sont des gens bien sous tout rapport. Encore une fois, la globalisation est à l’œuvre. Ce serait considérer que tous les Gaulois sont des gens parfaits alors qu’une foule d’études scientifiques très sérieuses prouvent qu’il y a de nombreux crétins durs dans cette population. Même des gens agressifs, violents, délinquants, terroristes, assassins, homophobes, sexistes… Bref de tout, comme partout. Mais sortir de la généralisation, c’est un peu compliqué pour notre fachosphère.

Oui, la peur du changement et le bouc-émissaire sont hyper connus : "nous on atteint la perfection, il ne faut plus rien changer, c'est l'autre qui a tort et vu qu'il est pas comme moi bah lala".


[...]

Nous sommes arrivé à un moment où le tempo de l’actualité est rythmé à moitié par les tweets ravageurs de politiciens ou des citations de leurs discours, d’extraits d’interviews. Le tout en 140 caractères maximum. Ou avec un post sur un mur. L’approximation, la fausseté, voire les mensonges les plus flagrants sont ainsi relayés à la vitesses des tuyaux numériques. Un petit maire de droite extrême bien raciste ordonne une interdiction de tenue de plage portée par quelque femmes d’origine maghrébine, et c’est un buzz médiatique qui dure un mois. Un mois… Emportements, militantisme, rejet, agacement, indignation, tout y passe…

C’est en fait une nouvelle période qui s’est ouverte, celle de la création des sujets d’actualités politiques par la foule, ou par les « stars des réseaux sociaux », qu’elles soient des politiques ou non. Les groupes militants de tous bords sont donc très friands de ce phénomène, puisqu’en quelques clics, voire quelques aides automatisées (principe de l’astroturfing), une foule se crée, prête à en découdre, à défendre, attaquer, se plaindre, s’indigner, mais dans tous les cas : fait parler d’elle et surtout de son sujet.

Oui, le traitement de l'information est un vrai problème. Mais, d'un côté, je me dis que les petites phrases assassines sont des révélateurs, qu'elles donnent le ton. Macron et son costard, on sait à quoi s'attendre en choisissant le projet de société de ce mec-là. Sarkozy et ses Gaulois, on sait aussi à quoi s'attendre. Ça reste trop succinct, certes mais ça donne une idée. L'absence d'autres voix, d'autres choses que des petites phrases est problématique, pas de problèmes avec ça.


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Un article reprenant celui de Viner cherche à comprendre ce qu’il se passe au delà de l’amplification des rumeurs et de l’emballement des foules sur les réseaux sociaux. Un phénomène très important est celui de l’influence des algorithmes et de l’enfermement des usagers des réseaux dans leurs propres convictions, dans leurs propres sphères de croyance.

Là encore, rien de nouveau : le bistro du coin et ses habitués avaient leurs sphères de convictions. Les familles ont aussi leurs sphères de convictions qui perdurent. Nous avons aussi de telles sphères avec nos ami-e-s. Donc le coup des méchants réseaux sociaux, pleeeaaase, quoi, ils ne font qu'abolir les distances donc fusionner des sphères de convictions.

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