« Vous ne trouvez pas ça spectaculaire, ces derniers temps ? J’ai l’impression que les coups politiques s’enchaînent, que les lois liberticides s’entassent les unes sur les autres, que la liberté met le pied dans la porte qu’on essaie de fermer mais que ça pousse bien dur de l’autre côté, un coup les lobbys, un coup les politiciens inaptes, parfois ineptes, d’autres fois l’économie, la crise, la conjoncture, tout ce que tu veux pourvu que ça te fournisse une raison de donner des coups dans le gras. J’en arrive à un stade où je regarde défiler les nouvelles d’un air éberlué — furieuse envie de refermer l’écran du laptop et de filer au vert. Faut dire qu’entre ce qu’ils font et qu’on n’a pas envie qu’ils fassent, et ce qu’ils ne font pas et qu’on voudrait qu’ils fassent, on a de quoi se tenir occupés, pas vrai ?
Et là, soudain, au chœur du bruit de casseroles sauce 49.3 ou procédure d’urgence qui gronde en permanence, je réalise un truc. C’est peut-être pas anodin que tout arrive ou que tout semble arriver d’un coup : c’est une guerre éclair. [...] Et l’idée, peut-être piochée dans un vieil ouvrage de stratégie militaire, c’est de concentrer l’attaque pour épuiser l’adversaire.
[...]
Je me vois face à mon écran comme si j’essayais de protéger un château de sable de la marée montante : l’eau afflue de tous les côtés et je ne sais plus où donner de la tête, à droite, à gauche, au milieu, et hop, ça revient par derrière, par là où tu ne t’y attendais pas… Le but est clair : te fatiguer le plus possible, t’éreinter. Que les causes de dégoût soient si nombreuses que les compter ne sert plus à rien : elles se noient dans la masse, elles ne font qu’ajouter à ta nausée générale. Facile de lutter quand tu te bats contre une seule idée, contre un seul projet de loi, contre une seule inégalité, une seule injustice ; mais si brusquement leur nombre flambe, tu te retrouves démuni, comme s’il fallait te dédoubler, te décupler pour que ça ait du sens de se battre. Mais tu es tout seul et la plupart des gens s’en fichent bien, de leurs libertés individuelles, de leur vie privée, de la surveillance généralisée… d’où la tentation de baisser les bras. »
Je ressens tout pareil... La machine de guerre est trop puissante, elle avance trop rapidement. Je ne vois aucune solution à part se regrouper entre militants et continuer la lutte en se marrant (lulz). Je n'ai pas trouvé mieux pour se protéger de la folie et du rythme effréné qui nous est imposé. Nous n'avons pas le choix : nous avons une obligation morale envers nous tous mais aussi envers les générations futures.
L'autre solution : c'est que nous soyons plus nombreux à nous indigner, à lutter, sur toutes les thèmatiques possibles. La même charge de travail répartie sur plus d'épaules = moins de travail pour chaque paire d'épaules. Mais pour ça, il faut un profond changement de mentalité, que la masse arrête de se comporter comme des larves boulot-conso-dodo. Je ne me fais aucune illusion : ce monde-là n'arrivera jamais. Qu'est-ce qui me fait dire ça ? Ça,
https://twitter.com/Korben/status/609302482104283136, par exemple. Une bonne vie, respectable c'est être endetté sur 20 ans pour une maison, 5 ans pour une bagnole, avoir pile le bon nombre d'enfants, ne pas se bouger le cul, jamais, pour aucune cause, car il n'y a pas d'alternatives ni de futur. Désolé, ça sera sans moi.
Via
http://shaarli.cafai.fr/?m9j48g