All links of one day
in a single page.
<Previous day - Next day>

rss_feedDaily RSS Feed
floral_left The Daily Shaarli floral_right
——————————— November 4, 2019 - Monday 04, November 2019 ———————————

Les habitants des quartiers populaires de Marseille sont 2 fois moins nombreux à pratiquer un sport dans un club que les habitants des autres quartiers. Coût élevé. Aides publiques faibles et compliquée sà décrocher. Manque d'infrastructures puisque tout le monde veut pratiquer en même temps à cause des contraintes taff/école. Ouvrir des terrains en dehors des centres-villes nécessite de construire des infrastructures de transport public. Les aménagements sont surtout prévus pour les hommes : stades et terrains de foot à gogo au détriment de salles omnisports alors que les femmes ont une diversité dans leurs pratiques sportives.

Seulement 8 % des habitants des quartiers populaires de la métropole marseillaise sont licenciés dans un club de sport. Explications.

« Les habitants des quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) sont deux fois moins nombreux à pratiquer un sport dans un club fédéral que les habitants hors des QPV », constate l'Agam, l'Agence d'urbanisme de l’agglomération marseillaise. Une situation due à de nombreux obstacles à la pratique sportive dans les quartiers populaires. Revue des quatre principaux éléments qui éloignent les habitants des clubs de sport.

Bien qu'une adhésion dans un club soit deux à trois fois moins chère qu'une salle de sport, le sportif doit tout de même mettre la main à la poche. Les difficultés économiques amènent parfois à des entraînements en dents de scie. « C'est plus dur de demander une cotisation à l'année complète. On fait donc au mois par mois. Mais avec ce système, on a des petits qui viennent pendant deux mois, mais qui ne reviennent pas pendant 6 mois », observe Romain Berton, encadrant bénévole du club de boxe « B.C. Saint-Louis » situé dans le quartier de la Cabucelle à Marseille (15ème arr.).

Trous dans la raquette urbaine

« 200 euros, cela reste quand même dur à sortir pour certaines familles, même s'il y a des facilités de paiement », confirme Thibault Cerboni du Comité olympique 13 (CDOS 13). Le département donnera bientôt une somme de 150 euros à chaque collégien, dont une partie pourra être utilisée pour payer leur licence ou la cotisation à un club sportif. Pour les 6/10 ans en revanche, l'aide de la ville de Marseille reste limitée à un financement de 25 euros pour l'achat de la première licence sportive. Un dispositif qui n'a bénéficié qu'à 700 enfants l'année dernière. Un faible résultat à mettre en regard des nombreuses formalités administratives pour toucher la petite somme.

Quand bien même certaines disciplines prennent en compte le facteur prix, les équipements de sport et les clubs ne suivent pas. « Nous dans le 15-16, on a deux terrains de tennis pour 225 licenciés. Cela nous pose problème », constate Marc Habadou, le président de l'association de tennis « Fête le mur ». Fondée par Yannick Noah en 1997, elle vise à démocratiser la pratique du tennis dans les quartiers populaires en proposant des tarifs attractifs. « On fait payer autour de 70 euros l'année en fournissant les raquettes, les balles, avec l'école de tennis comprise. Dans n'importe quel autre club, le prix serait quatre fois supérieur. Mais quasiment tous les jours de la semaine, nos terrains sont utilisés », expose le bénévole qui souhaiterait un développement des cours de tennis dans le quartier.

Ce manque d'infrastructures est loin d'être cantonné au tennis. « Tous les clubs de football à Marseille manquent de stades », estime Jean-Claude Cappello, le président du district de Provence de football. Malgré l'implication de la mairie dans la rénovation et la création de stades, cela reste une gageure pour l'ensemble des clubs de foot marseillais de trouver des créneaux d'entraînement sur les terrains municipaux. Une gestion encore plus problématique lorsque les rénovations de stades s'y ajoutent. Le club de football de Félix-Pyat (3ème arr.) en a fait les frais. Depuis la fermeture du stade à proximité en 2015 pour cause de rénovation, le club a dû délocaliser ses entraînements dans les 13ème et 14ème arrondissements. « On est passé de 280 licenciés en 2015 à 145 l‘année d'après », explique Linda Christi, la coordinatrice du club de football.

Seulement 20 % de femmes

« Les gens se découragent très vite dès lors qu’ils ne sont pas à un quart d’heure de marche ou de transport en commun. À Marseille, il y a un problème de manque de métro et d’infrastructures. Cela rend complexe le fait d'avoir une pratique structurée », analyse Alexandre Caribone, délégué départemental de la Fédération sportive etgymnique du travail (FSGT), dont 25 % des 16 000 adhérents estimés viennent des quartiers populaires.

Les femmes restent encore sur le banc de touche dans les quartiers populaires. On y compte une sportive pour quatre sportifs rappelle l'Agam, contre 30 % dans l'ensemble de la métropole. Comme le rappelle l'ouvrage Le sport fait mâle (2016, ed. Pug) de la sociologue Carine Guérandel, l'offre sportive des quartiers populaires cible principalement les garçons, tandis que les pratiques féminines sont moins valorisées. Une politique sportive à deux vitesses qui se lit très bien dans les aménagements dont l'usage reste masculin. Stades et autres terrains de foot représentent 31 % des aménagements sportifs dans les quartiers prioritaires de la métropole selon l'Aagam, loin devant les salles multi-sports (16 %) et les terrains de basket (8 %).

D'autant que l'absence de diversité des infrastructures sportives les touche en priorité. « Chez les femmes, 50 % des pratiquantes le sont dans une quinzaine de sports différents », note l'Agam. Les clubs omnisports proposant plusieurs disciplines captent un quart des femmes licenciées des quartiers populaires. Un taux qui n'est pas près de bouger tant l'accès à d'autres sports est compliqué. « Les grands clubs multisports de Marseille sont concentrés dans les quartiers Sud et il n'y a pas les mêmes géants associatifs dans les quartiers Nord », explique Alexandre Caribone. Reste le sport en autonomie, la course à pied ou à vélo par exemple, mais la encore, les freins pour les femmes sont nombreux.

Dans le numéro de juillet-août 2019 du Ravi, journal satirique en PACA.

Quelques mots sur la loi d'octobre 2019 réformant la distribution de la presse. Les administrations de contrôle seront fusionnées avec l'ARCEP, l'administration de contrôle des télécoms et des postes. L'unique réseau de distribution privé Presstalis sera ouvert à la concurrence alors que les difficultés économiques du secteur ont conduit au regroupement des sociétés de diffusion (la concurrence a donc échoué…). En dehors de la presse d'Information Politique et Générale (IPG), les distributeurs pourront choisir les titres qu'ils distribuent. C'est problématique puisque les autres titres de presse et magazines représentent 70 % du chiffre d'affaires des magasins de presse. Est-on sûr que ces titres continueront à être diffusés au fin fond de la France ? Le ticket d'entrée pour se faire diffuser ne va-t-il pas devenir inabordable ? J'ai aussi mis de côté le point de vue de l'Union des commerçants de loisirs et de presse (qui représente environ 50 % des magasins de presse).

Pour résoudre la crise de la diffusion de la presse, la macronie va l'ouvrir… au privé !

L'affaire a fait grand bruit. Début mai, L’Equipe Magazine se penche sur l'homophobie dans le sport. En une, deux joueurs de water-polo s'embrassant. Un kiosquier refuse de distribuer le titre ! Depuis, il a été suspendu. Un dérapage qui pourrait devenir la norme ? Peut-être.

La question de la distribution de la presse est suffisamment électrique pour que le ministre de l'Intérieur italien accuse la CGT d'avoir bloqué la distribution du Point qui affichait sa frimousse. Le syndicat a démenti, expliquant que le blocage n'a rien à voir avec le contenu, Marianne n'ayant pas été distribué non plus…

Le Ravi a lui aussi connu quelque retard quant à sa mise en kiosque. Car, depuis plusieurs mois, le SGLCE CGT se mobilise contre la réforme de la distribution qui vient d'être adoptée au Sénat et qui sera examinée en juillet à l'Assemblée.

Pluralisme dans le viseur

Pour Didier Lourdez, du SGLCE, « cette réforme, c'est la mort de la loi Bichet qui, depuis plus de 70 ans, régit la distribution. Et assurait le pluralisme ». En effet, au regard des difficulté de l'opérateur historique — Presstalis — la solution envisagée est, ni plus ni moins, l'ouverture à la concunence. Jusque-là, le système était des plus encadrés avec, schématiquement, une solidarité entre petits et gros éditeurs. Et ce, sous le contrôle du CSMP et de l'ARDP (le Conseil supérieur des messageries de presse et l'Autorité de régulation de la distribution de la presse).

Outre le remplacement de ces instances par l'autorité qui régulait jusque-là les télécoms (l'Arcep) [N.D.L.R : et la distribution postale ] et au-delà de l'arrivée d'un nouvel opérateur, ce que pointe la CGT, c'est le fait de laisser davantage de choix aux marchands de journaux quant aux titres qu'ils vont pouvoir ou non distribuer : « Certes, il y aura obligation de distribuer la presse d'information politique et générale (comme le Ravi, Ndlr). Mais, pour le reste, les marcbands de journaux vont pouvoir, au nom de la rentabilité, choisir ce qu'ils distribuent. »

Soupir de Thierry Guillen, responsable CGT a la SAD 13, la société de diffusion basée à Marseille : « On se remet à peine d'un plan à l'issue duquel il y avait eu regroupement des sociétés de diffusion. Voilà pourquoi on couvre désormais presque tout le sud-est. On craint donc le pire. Et pas qu'en interne. Qui nous dit que les plus gros éditeurs ne finiront pas par décréter que ça coûte trop cher d'aller livrer au fin fond de la France tel ou tel titre ? A part les leurs, bien entendu… Aujourd'hui, tout est remis en cause. Et les salariés comme les petits titres sont en première ligne. »

Concurrence renforcée

Laurent Gandy, responsable de la diffusion chez KapMedia, qui épaule le Ravi dans sa distribution, est lui aussi critique : « Le but, c'est avant tout de sauver les quotidiens. Mais avec une approche assez paradoxale. D'abord parce que les "petits" se retrouvent à payer pour les "gros". Mais aussi parce que si tous les diagnostics tendent a pointer, comme source des difficulté, la forte concurrence entre les opérateurs, la solution préconisée c'est de… renforcer cette concurrence ! » Sa crainte ? Voir « le ticket d 'entrée pour être distribué grimper, en particulier pour les nouveaux entrants. Parce qu'on se focalise sur les quotidiens. Mais le pluralisme et ce qui fait vivre le secteur, ce sont aussi les nombreux titres spécialisés ». Et de se souvenir qu'il y a quelques années, « les marchands de journaux avaient la possibilité de retirer de la vente un bimensuel après un mois et demi, comme s'il était resté trop longtemps en vente. Résultat : ceux qui avaient opté pour cette solution ont vu leur chiffre d'affaires baisser. Le problème, ce nest pas qu'il y a trop de titres. C'est une crise plus profonde ».

Le ministère n'a de cesse de calmer les inquiétudes. Sans véritablement y parvenir. En témoigne cette saillie de Franck Riester, le locataire de la rue de Valois, ironisant dans L'Express pour calmer le chaland : « Des magazines sur les râpes à fromage peuvent être imposés aujourd'hui aux marchands de journaux. Eh bien le marcband de journaux ne sera plus obligé de vendre ce magazine-là, qui n'a pas grand-chose de crucial. » Après vérification, nous n'avons trouvé aucune trace de publication consacrée à cet ustensile. Y a peut-être pas de quoi en faire un fromage mais, à l'heure de la lutte contre les « fake news » et autres « infox », ça la fout mal.

On retrouve la râpe à fromage dans l'argumentaire de l'Union des commerçants de loisirs et de presse.

Dans le numéro de juillet-août 2019 du Ravi, journal satirique en PACA.

Inégalités hommes/femmes dans les sports. Les compétitions sportives féminines représentaient 14 % des retransmissions TV en clair. Moins de sponsors et de moyens. 32 % de femmes éducatrices sportives (moins de 3 % dans le foot). Les sportives sont moins bien rémunérées, et les jeunes sportives éprouvent des difficultés pour s'identifier à quelqu'une puisque peu d'éducatrices et peu de vedettes féminines. Certains sports sont moins exigeants pour les femmes, comme la boxe (72 rounds de 3 minutes pour les hommes contre 70 rounds de 2 minutes pour les femmes). La présence des femmes dans les sports est un combat permanent : en 1900, elles ont été autorisées à participer aux JO ; En 1960, on exclut des compétitions les femmes trop musclées et trop performantes ; En 2014 (!!!), on les autorise à pratiquer le saut à ski de haut niveau ; En 2018-2019, l'hyperandrogénie est sanctionnée par l'obligation de subir d'un traitement médicamenteux. En 2019, les jeunes joueuses de foot, contrairement aux jeunes joueurs ne bénéficient pas de contrat avec un club.


Les performances françaises lors de la coupe du monde de football féminin (sic !) vont-elles changer le sort des sportives en Provence-Alpes-Côte d'Azur ? Les discriminations médiatiques, scodiales, financières et historiques y ont la peau dure…

« Le foot féminin prend, d'un point de vue médiatique, plus d’ampleur et c'est très bien », salue Caroline Pizzala, capitaine de l'équipe de l'OM et ex-joueuse en équipe de France. Et ça paye ! Les matchs France-USA et France-Brésil, avec à chaque fois près de 12 millions de téléspectateurs, ont obtenu les meilleures audiences de l’année. Pour la première fois en France, tous les matchs de la Coupe du Monde féminine ont été retransmis à la télévision. La communication autour de l'événement est sans précédent pour une compétition « féminine ».

Une situation exceptionnelle qui révèle une autre réalité : les compétitions sportives féminines restent moins diffusées. En 2015, elles ne représentaient que 13,8 % des retransmissions en clair selon le ministère de la Culture. « Au moins deux matchs de garçons sont retransmis par semaine. Pour nous ce n’est pas le cas », affirme Marina David, handballeuse de l'OGC Nice. Conséquence : moins de sponsors, de moyens, et une difficulté pour les jeunes filles à trouver des modèles.

Si les sportives sont moins visibles, elles sont aussi traitées différemment dans les médias. « On ne parle pas de la même chose avec une femme athlète qu’avec un homme. Il faudrait poser les mêmes questions aux uns et aux unes », soutient Anne Vial, directrice de la ligue Paca de natation. Lors de la remise du premier ballon d'or à une footballeuse, en décembre dernier, la première question posée à Anna Hegerberg par Martin Solveig, animateur de la soirée, a été « est-ce que tu sais twerker ? » (le tvverk est une danse à base de mouvements de hanches et de fesses, ndlr).

En même temps, Solveig est un DJ, le twerk est dans son giron et il avait prévu cette """"danse"""" (ainsi qu'une valse), y compris avec d'autres personnes, donc s'il animait la soirée, c'est un peu logique qu'il ait demandé ça, non ? Il va pas te parler cuisine. Solveig a aussi fait danser Mbappé, hein.


Moins capables ?

Cette réduction d'une sportive à son corps et sa désirabilité n'est pas nouvelle. Le contrôle du corps des athlètes a pendant longtemps été au cœur de la pratique sportive des femmes. Au point de les empêcher d’atteindre leur plein potentiel. Dans les années 1960, les compétitions internationales ont mis en place des vérifications de « féminité ». Mesdames, ne soyez pas trop fortes, trop musclées, trop performantes ou vous n'aurez pas le droit de concourir ! Si ces contrôles ont disparu, la féminité des sportives reste toujours surveillée, rappelle Anne Vial : « L’affaire Caster Semenya, une athlète sud-africaine, est un scandale. Elle naît avec un taux de testostérone supérieurà la moyenne. Le tribunal lui demande de prendre un traitement pour le faire baisser. Et il ne faut pas oublier que c'est une femme noire et lesbienne. On n’a jamais demandé à des athlètes masculins de modifier leur fonctionnement génétique. »

Certains sports, comme la boxe ou le tennis, ont des exigences moins élevées pour les femmes. Alors qu'elles ne sont pas moins endurantes ou moins capables que les hommes. « En boxe aux championnats du monde, les hommes font 72 rounds de 3 minutes. Les femmes vont faire 70 rounds de 2 minutes. Sauf qu’on s'entraîne avec les hommes sur 3 minutes et 72 rounds », affirme Johanne Cavarec, championne de France 2010 de boxe anglaise.

« Nous sommes au moins deux fois moins payées que les hommes » avoue la handballeuse niçoise Marina David. Au-delà des salaires, les moyens structurels et financiers sont moindres pour les femmes comme l'explique Johanne Cavarec : « En 2009-2010, l’équipe de France féminine de boxe avait moins de moyens. Elles étaient moins bien loties en terme de structures d'accueil (…) Elles sont maintenant mieux encadrées. Ça aide à être meilleure et plus performante. »

Malgré tout, une partie des sportives s’estiment satisfaites. « Le hand a été bien féminisé depuis quelques années. À la Ligue française de handball on est vraiment bien », affirme Marina David. Caroline Pizzala voit également en positif l'évolution du football féminin où, selon elle, beaucoup d’efforts ont été faits depuis le début de sa carrière, il y a 15 ans : « Les structures de formation et les clubs se développent. Il y a plus de moyens humains, financiers, donc les joueuses sont de plus en plus performantes »

Féminisme fait peur

La réduction des inégalités permettrait ainsi aux sportives de pouvoir aller au bout de leurs capacités. « Les performances des femmes se rapprochent de celles des hommes. (…) En natation, en moyenne, on est passé de 50 % d’écart de performance en 1900 à environ 8 % dans les années 1980 », explique Catherine Louveau, sociologue spécialiste du sport.

Mais sur la suite à donner, plusieurs écoles s'opposent. Pour Caroline Pizzala, « il faut être conscient de l'évolution qu’a pris le sport féminin en général et ne pas vouloir aller trop vite non plus (…) Il faut se satisfaire de ce qui est fait ».

Un état d’esprit que déplore Catherine Louveau : « Aux Etats-Unis, les joueuses de tennis se sont battues pour avoir les mêmes primes. En France, je n'entends pas les sportives râler, réclamer. Le mot "féminisme" leur fait peur (…) Ça me choque qu’elles acceptent cette infériorisation. Et elles l'acceptent parce qu'elles sont éduquées comme ça, parce qu'il ne faut pas politiser le sport. »

D'autres comme Anne Vial sont plus mitigées sur les revendications à défendre et les politiques à mener. « Je n'aime pas forcément la discrimination positive, mais peut-être qu’il faut en passer par là. Forcer le trait sur les athlètes féminines et les difficultés qu'elles rencontrent, car il y a moins d'argent, de visibilité, de couverture médiatique. »

Une nouvelle génération de sportives aura peut-être la réponse. Suzanne a 12 ans. Elle fait du handball depuis 4 ans, dans une équipe entièrement masculine. « Au hand, j'oublie que je suis une fille mais parfois je suis obligée de le souligner, de dire "arrête de me traiter comme ça". Heureusement, c'est rare. Des fois, j'ai envie de m’imposer en disant "je suis une fille dans une équipe de garçons et rien que pour ça tu me respectes" (…) Je suis encore un peu jeune mais je pense que j'ai des idées féministes. » Jeune fille indignée par les inégalités deviendra peut-être handballeuse professionnelle


« Le sport : chasse gardée masculine »

Le sport a été longtemps pensé et conçu comme un domaine d'hommes. Les femmes en étaient écartées, considérées comme trop faibles pour avoir une activité physique. En 1900, elles ont été pour la première fois autorisées à concourir aux Jeux Olympiques. Et depuis, leur participation n’a fait que s'accentuer : elles étaient 10 % en 1948, et 45 % aux JO de 2016. Mais l'égalité dans l'accès au sport de haut niveau est encore laborieuse. Il a fallu attendre les JO d’hiver de 2014 et plusieurs années de bataille judiciaire, pour que les femmes soient autorisées à concourir en saut à ski, sur petit tremplin seulement. Les arguments avancés auparavant prétendaient une incapacité des femmes à pratiquer cette discipline à haut niveau.

Les perceptions sont difficiles à changer car le sport est lié à la virilité. « Symboliquement, l'idée que des femmes puissent l’emporter sur les hommes est une véritable angoisse collective pour eux », explique Catherine Louveau, sociologue du sport. Angoisse qu'elle illustre par une anecdote de l'université où elle enseigne : « Une fille très grande et costaude s’est pris un coup de pied dans la tête par un garçon qui n’a pas supporté qu’elle joue au rugby dans un match mixte. » Pour Anne Vial, présidente de la Ligue Paca de natation, le sport est vu comme un domaine masculin, notamment car il y a peu de sportives à la télévision ou dans les médias. « Le sport a un discours guerrier et combatif. Ces valeurs-là, elles sont considérées comme masculines et pas féminines. »

Ce discours est une connerie… Le sport devrait être exclusivement une activité de bien-être, de plaisir, de partage et de rencontres…


D'après un rapport de 2017 du secrétariat d'Etat chargé de l'Egalité entre les femmes et les hommes, en 2016 en France, les femmes ne représentaient que 38 % des sportif-ves de haut niveau. L‘encadrement est aussi essentiellement masculin. En 2015, sur 133 393 éducateur-es sportif-ves, on comptait seulement 32 % de femmes. Elles ne sont que 2,6 % pour le football.

Pour Catherine Louveau, cet apprentissage du sport comme domaine masculin commence dès l'enfance : « La socialisation des filles et des garçons, dans le rapport à l’espace, au jeu, à l’engagement du corps n’est pas du tout le même ». Faire changer les mentalités auprès des enfants, un début de solution ?

Dans le numéro de juillet-août 2019 du Ravi, journal satirique en PACA.

-