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  • À vos marques, prêtes… inégalités !

    Inégalités hommes/femmes dans les sports. Les compétitions sportives féminines représentaient 14 % des retransmissions TV en clair. Moins de sponsors et de moyens. 32 % de femmes éducatrices sportives (moins de 3 % dans le foot). Les sportives sont moins bien rémunérées, et les jeunes sportives éprouvent des difficultés pour s'identifier à quelqu'une puisque peu d'éducatrices et peu de vedettes féminines. Certains sports sont moins exigeants pour les femmes, comme la boxe (72 rounds de 3 minutes pour les hommes contre 70 rounds de 2 minutes pour les femmes). La présence des femmes dans les sports est un combat permanent : en 1900, elles ont été autorisées à participer aux JO ; En 1960, on exclut des compétitions les femmes trop musclées et trop performantes ; En 2014 (!!!), on les autorise à pratiquer le saut à ski de haut niveau ; En 2018-2019, l'hyperandrogénie est sanctionnée par l'obligation de subir d'un traitement médicamenteux. En 2019, les jeunes joueuses de foot, contrairement aux jeunes joueurs ne bénéficient pas de contrat avec un club.


    Les performances françaises lors de la coupe du monde de football féminin (sic !) vont-elles changer le sort des sportives en Provence-Alpes-Côte d'Azur ? Les discriminations médiatiques, scodiales, financières et historiques y ont la peau dure…

    « Le foot féminin prend, d'un point de vue médiatique, plus d’ampleur et c'est très bien », salue Caroline Pizzala, capitaine de l'équipe de l'OM et ex-joueuse en équipe de France. Et ça paye ! Les matchs France-USA et France-Brésil, avec à chaque fois près de 12 millions de téléspectateurs, ont obtenu les meilleures audiences de l’année. Pour la première fois en France, tous les matchs de la Coupe du Monde féminine ont été retransmis à la télévision. La communication autour de l'événement est sans précédent pour une compétition « féminine ».

    Une situation exceptionnelle qui révèle une autre réalité : les compétitions sportives féminines restent moins diffusées. En 2015, elles ne représentaient que 13,8 % des retransmissions en clair selon le ministère de la Culture. « Au moins deux matchs de garçons sont retransmis par semaine. Pour nous ce n’est pas le cas », affirme Marina David, handballeuse de l'OGC Nice. Conséquence : moins de sponsors, de moyens, et une difficulté pour les jeunes filles à trouver des modèles.

    Si les sportives sont moins visibles, elles sont aussi traitées différemment dans les médias. « On ne parle pas de la même chose avec une femme athlète qu’avec un homme. Il faudrait poser les mêmes questions aux uns et aux unes », soutient Anne Vial, directrice de la ligue Paca de natation. Lors de la remise du premier ballon d'or à une footballeuse, en décembre dernier, la première question posée à Anna Hegerberg par Martin Solveig, animateur de la soirée, a été « est-ce que tu sais twerker ? » (le tvverk est une danse à base de mouvements de hanches et de fesses, ndlr).

    En même temps, Solveig est un DJ, le twerk est dans son giron et il avait prévu cette """"danse"""" (ainsi qu'une valse), y compris avec d'autres personnes, donc s'il animait la soirée, c'est un peu logique qu'il ait demandé ça, non ? Il va pas te parler cuisine. Solveig a aussi fait danser Mbappé, hein.


    Moins capables ?

    Cette réduction d'une sportive à son corps et sa désirabilité n'est pas nouvelle. Le contrôle du corps des athlètes a pendant longtemps été au cœur de la pratique sportive des femmes. Au point de les empêcher d’atteindre leur plein potentiel. Dans les années 1960, les compétitions internationales ont mis en place des vérifications de « féminité ». Mesdames, ne soyez pas trop fortes, trop musclées, trop performantes ou vous n'aurez pas le droit de concourir ! Si ces contrôles ont disparu, la féminité des sportives reste toujours surveillée, rappelle Anne Vial : « L’affaire Caster Semenya, une athlète sud-africaine, est un scandale. Elle naît avec un taux de testostérone supérieurà la moyenne. Le tribunal lui demande de prendre un traitement pour le faire baisser. Et il ne faut pas oublier que c'est une femme noire et lesbienne. On n’a jamais demandé à des athlètes masculins de modifier leur fonctionnement génétique. »

    Certains sports, comme la boxe ou le tennis, ont des exigences moins élevées pour les femmes. Alors qu'elles ne sont pas moins endurantes ou moins capables que les hommes. « En boxe aux championnats du monde, les hommes font 72 rounds de 3 minutes. Les femmes vont faire 70 rounds de 2 minutes. Sauf qu’on s'entraîne avec les hommes sur 3 minutes et 72 rounds », affirme Johanne Cavarec, championne de France 2010 de boxe anglaise.

    « Nous sommes au moins deux fois moins payées que les hommes » avoue la handballeuse niçoise Marina David. Au-delà des salaires, les moyens structurels et financiers sont moindres pour les femmes comme l'explique Johanne Cavarec : « En 2009-2010, l’équipe de France féminine de boxe avait moins de moyens. Elles étaient moins bien loties en terme de structures d'accueil (…) Elles sont maintenant mieux encadrées. Ça aide à être meilleure et plus performante. »

    Malgré tout, une partie des sportives s’estiment satisfaites. « Le hand a été bien féminisé depuis quelques années. À la Ligue française de handball on est vraiment bien », affirme Marina David. Caroline Pizzala voit également en positif l'évolution du football féminin où, selon elle, beaucoup d’efforts ont été faits depuis le début de sa carrière, il y a 15 ans : « Les structures de formation et les clubs se développent. Il y a plus de moyens humains, financiers, donc les joueuses sont de plus en plus performantes »

    Féminisme fait peur

    La réduction des inégalités permettrait ainsi aux sportives de pouvoir aller au bout de leurs capacités. « Les performances des femmes se rapprochent de celles des hommes. (…) En natation, en moyenne, on est passé de 50 % d’écart de performance en 1900 à environ 8 % dans les années 1980 », explique Catherine Louveau, sociologue spécialiste du sport.

    Mais sur la suite à donner, plusieurs écoles s'opposent. Pour Caroline Pizzala, « il faut être conscient de l'évolution qu’a pris le sport féminin en général et ne pas vouloir aller trop vite non plus (…) Il faut se satisfaire de ce qui est fait ».

    Un état d’esprit que déplore Catherine Louveau : « Aux Etats-Unis, les joueuses de tennis se sont battues pour avoir les mêmes primes. En France, je n'entends pas les sportives râler, réclamer. Le mot "féminisme" leur fait peur (…) Ça me choque qu’elles acceptent cette infériorisation. Et elles l'acceptent parce qu'elles sont éduquées comme ça, parce qu'il ne faut pas politiser le sport. »

    D'autres comme Anne Vial sont plus mitigées sur les revendications à défendre et les politiques à mener. « Je n'aime pas forcément la discrimination positive, mais peut-être qu’il faut en passer par là. Forcer le trait sur les athlètes féminines et les difficultés qu'elles rencontrent, car il y a moins d'argent, de visibilité, de couverture médiatique. »

    Une nouvelle génération de sportives aura peut-être la réponse. Suzanne a 12 ans. Elle fait du handball depuis 4 ans, dans une équipe entièrement masculine. « Au hand, j'oublie que je suis une fille mais parfois je suis obligée de le souligner, de dire "arrête de me traiter comme ça". Heureusement, c'est rare. Des fois, j'ai envie de m’imposer en disant "je suis une fille dans une équipe de garçons et rien que pour ça tu me respectes" (…) Je suis encore un peu jeune mais je pense que j'ai des idées féministes. » Jeune fille indignée par les inégalités deviendra peut-être handballeuse professionnelle


    « Le sport : chasse gardée masculine »

    Le sport a été longtemps pensé et conçu comme un domaine d'hommes. Les femmes en étaient écartées, considérées comme trop faibles pour avoir une activité physique. En 1900, elles ont été pour la première fois autorisées à concourir aux Jeux Olympiques. Et depuis, leur participation n’a fait que s'accentuer : elles étaient 10 % en 1948, et 45 % aux JO de 2016. Mais l'égalité dans l'accès au sport de haut niveau est encore laborieuse. Il a fallu attendre les JO d’hiver de 2014 et plusieurs années de bataille judiciaire, pour que les femmes soient autorisées à concourir en saut à ski, sur petit tremplin seulement. Les arguments avancés auparavant prétendaient une incapacité des femmes à pratiquer cette discipline à haut niveau.

    Les perceptions sont difficiles à changer car le sport est lié à la virilité. « Symboliquement, l'idée que des femmes puissent l’emporter sur les hommes est une véritable angoisse collective pour eux », explique Catherine Louveau, sociologue du sport. Angoisse qu'elle illustre par une anecdote de l'université où elle enseigne : « Une fille très grande et costaude s’est pris un coup de pied dans la tête par un garçon qui n’a pas supporté qu’elle joue au rugby dans un match mixte. » Pour Anne Vial, présidente de la Ligue Paca de natation, le sport est vu comme un domaine masculin, notamment car il y a peu de sportives à la télévision ou dans les médias. « Le sport a un discours guerrier et combatif. Ces valeurs-là, elles sont considérées comme masculines et pas féminines. »

    Ce discours est une connerie… Le sport devrait être exclusivement une activité de bien-être, de plaisir, de partage et de rencontres…


    D'après un rapport de 2017 du secrétariat d'Etat chargé de l'Egalité entre les femmes et les hommes, en 2016 en France, les femmes ne représentaient que 38 % des sportif-ves de haut niveau. L‘encadrement est aussi essentiellement masculin. En 2015, sur 133 393 éducateur-es sportif-ves, on comptait seulement 32 % de femmes. Elles ne sont que 2,6 % pour le football.

    Pour Catherine Louveau, cet apprentissage du sport comme domaine masculin commence dès l'enfance : « La socialisation des filles et des garçons, dans le rapport à l’espace, au jeu, à l’engagement du corps n’est pas du tout le même ». Faire changer les mentalités auprès des enfants, un début de solution ?

    Dans le numéro de juillet-août 2019 du Ravi, journal satirique en PACA.

    November 3, 2019 at 11:01:11 PM UTC - permalink - http://shaarli.guiguishow.info/?dEbIyw
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