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——————————— February 26, 2017 - Sunday 26, February 2017 ———————————

Résumé des actions des exégètes amateurs devant les tribunaux.

  • Le fait d'être une équipe qui se repose sur plusieurs associations offre une variété qui permet d'attaquer large car ça permet d'avoir des intérêts à agir complémentaires. Oui, dire qu'un texte est illégal (pas conforme à la Constitution ou au droit de l'UE), ça ne suffit pas, il faut que la personne qui attaque ait un intérêt à agir, un intérêt à ce que le texte soit retiré. Exemple : FDN a intérêt à agir en matière de données de connexion car, en tant que FAI, tel ou tel texte lui impose de faire quelque chose. C'est, je pense, pour cela que les Exégètes n'ont pas eu vocation à devenir une association déclarée à part entière. Exemple de flexibilité que ça permet : un acteur en France métropolitaine dispose de deux mois pour attaquer un décret. C'est 3 mois pour les résidents étrangers et les DOM-TOM. C'est pourquoi la QPC contre la surveillance hertzienne est aussi portée par le FAI associatif à Saint-Barthélemy : délai de 2 mois épuisé par inattention.

  • Les Exégètes reçoivent des sollicitations et des conseils "vous devriez essayer tel angle d'attaque ;)", notamment d'acteurs institutionnels (contre le décret qui étend le fichier TES, par exemple). Ce sont des acteurs qui ne peuvent pas attaquer frontalement : le gus dans un ministère peut pas partir en croisade contre le ministère, une asso (comme Amnesty International) peut être trop complexe pour obtenir une décision interne "on va attaquer tel décret" dans le temps imparti, etc.

  • Il est probable qu'une fédération d’exégètes se monte assez rapidement dans toute l'UE entre les associations existantes qui travaillent sur des recours en justice afin d'avoir une stratégie commune européenne : toi tu attaques ce texte en France, moi j'attaque mon bout de texte ici et on se retrouve tous au niveau européen.

  • Démocratie versus démocratie : ce n'est pas aussi binaire, la démocratie se mesure. On est moins en démocratie qu'en 1970, par exemple. L'histoire allemande des années 30 nous montre que l'État de droit peut s'écrouler à une vitesse fulgurante. Il y avait des procès dans l'Allemagne de l'Est et certains donnaient des victoires. Le problème était plus large que juste être autorisé à poser un recours. La démocratie est un cadre : la population peut très bien soutenir un État autoritaire sous certains degrés. Exemple : la loi Renseignement n'a pas eu l'opposition populaire qu'elle méritait. La démocratie peut très bien mener à une dictature de manière calme si une majorité le décide même implicitement par son inaction.

  • Il faut faire de l'éducation aux enjeux. Depuis plusieurs décennies, nous créons une société paranoïaque. Ce genre d'histoire se termine toujours mal tendance extermination d'une partie de la population. On n'est pas éduqué à ça. « Les journalistes qui n'expliquent pas les enjeux, c'est scandaleux, c'est leur métier. Les politiques qui refusent d'expliquer pourquoi ils prennent une décision, c'est un problème fondamental ! ».

  • Il faut que des groupes de travail similaires se montent en France. Pour ralentir la machinerie politicienne. Pour faire de la sensibilisation juridique afin de permettre au plus grand nombre de comprendre dans quel monde nous vivons, de s'encapaciter.

Certaines personnes jouent un rôle central dans les communautés geeks. Est-ce toxique, souhaitable, utile, dangereux ? Retour d'expérience.

  • Le personnage public a une responsabilité car il est en capacité de fausser le discernement et de donner une image de ce qu'est la norme. Ce personnage ne peut pas parler, sauf auprès de gens de confiance, des sujets qu'il ne connaît pas ou insuffisamment de peur que personne ne le contredise s'il se trompe.

    • Je prolonge : en fonction de tes actions passées ou même de ton employeur, certaines personnes te prêtent des compétences que tu n'as pas et attendent vivement une réponse satisfaisante de ta part. Non, je ne sais pas comment on active le support NFS par Firewall IP de masquerading Ethernet en double filtrage coaxial sur ICMP parce que j'en ai jamais eu besoin ou parce que j'ai répondu autrement à la même problématique. Et c'est parfois difficile à faire comprendre. Mais c'est tout aussi compliqué, pour le personnage public, d'admettre ce vieux principe : je sais que je ne sais rien. C'est difficile parce qu'on a peur de ne plus apparaître crédible, même sur les sujets sur lesquels on a taffé à fond.
  • Tour d'ivoire pour se protéger des attaques auxquelles le personnage public est, statistiquement, plus exposé. Cela conduit à refuser un argument par principe, avant même d'y avoir réfléchit.

    • Le contre-point, qui n'est pas évoqué dans ce talk, c'est que cela permet d'avoir une boussole morale, une personne ancrée dans ses certitudes sur les sujets sur lesquels elle a une certaine expertise. Quand tu es dans le brouillard, quand tu t'es fait chahuter par de la rhétorique alors que tu n'y étais pas préparé, quand tu ne crois plus à la cause car tes proches te ressortent le discours bullshit entendu à la TV, voir quelqu'un-e bien identifié qui ne doute pas, ça aide à se remettre en selle. Ce n'est pas du dogmatisme, ça ne signifie pas qu'il faut écouter le gourou et ne rien remettre en question, ça veut dire que ça aide quand tu es dans le brouillard pour de mauvaises raisons (exemple : quand tu es déstabilisé par de la rhétorique idiote ou par le désespoir face à un monde qui sombre toujours plus). Mais, quand la boussole l'apprend, ce n'est pas agréable car alors se pose le problème de responsabilité évoqué au premier point.
  • Le personnage public devient un centre. On fait de lui un centre. Et comme toute centralisation, c'est dangereux. Ça encombre : ce personnage est toujours invité aux conférences à la place des copain-ine-s tout aussi compétent-e-s, ce personnage détourne l'audience des talks parallèle au sien, etc. Ça épuise le personnage public. Ça complexifie le passage de relai.

    • En revanche, et ce n'est pas évoqué, cela permet de collecter de l'information. Exemple : Benjamin entend des rumeurs, des bruits de couloirs, etc. à propos du déploiement de la fibre optique en France. Cela permet, d'une certaine façon, de lutter contre l'opacité généralisée.
  • On attend du personnage public une certaine image, une certaine crédibilité. Benjamin évoque l'exemple bidon de bosser chez Google. Je me souviens de cette connaissance, côtoyée assez longuement dans un hackerspace alors que j'étais étudiant, me taquinant (et plus si affinité), des années après, au sujet de mon ex-employeur qui me retirerait, à ses yeux, ma crédibilité à causer de neutralité des réseaux quand bien même cet employeur est très loin d'être le pire dans ce domaine. Pourtant, c'est sain de briser l'image parfaite du personnage public parfait, du militant tendance ligne dure, car personne n'a envie de ressembler à de tels êtres car ce n'est pas fun et que cela, ce semblant de perfection, semble inaccessible, du coup, cela contribue à avoir relativement peu de gens qui se mettent en avant dans nos communautés.

En bref, comme le dit Benjamin, le personnage public connu et le public qui a fait émerger ce personnage public ont tous les deux une part de responsabilité dans le façonnage dudit personnage public : on se fabrique nous-même notre tyran, en quelque sorte.

Rien de neuf par rapport à la citation qui sert de titre mais je me note quelques réflexions fortes intéressantes :

  • Manning et Snowden (et autres lanceurs d'alerte), même combat : contrôler la diffusion de l'information, ce n'est pas possible car ce sont des humain-e-s qui manipulent l'information. Si tu as quelqu'un qui n'est pas d'accord avec la pyramide, tu auras des fuites. Manning et Snowden sont humain-e-s, ont eu accès à des documents, se sont dit que les situations décrites étaient horribles et ont agit. Toute société commerciale, même celle qui se la joue confidentialité maximum échange en interne par mail, stocke des documents sur des serveurs informatique, etc. L'administrateur système de la boîte voit tout. Sans chiffrement (puisque cette personne a fait la config, elle détient les clés de chiffrement). Cette personne est traitée comme une merde, payée comme une merde, dévalorisée au sein de son entreprise, etc. Des mecs comme ça, il y en a partout. Métaphore : Fight Club et son « Les personnes que vous recherchez sont celles dont vous dépendez. On prépare vos menus, on enlève vos ordures, on vous relie par téléphone, on conduit vos ambulances, on vous protège pendant votre sommeil. Jouez pas au con avec nous ! ». Les gens qui maintiennent la tuyauterie qui permettent aux secrets malsains du haut de la pyramide de circuler, ils sont en bas de la pyramide. Le circuit informationnel du haut de la pyramide dépend du bas de la pyramide pour son fonctionnement. On peut toujours renforcer la surveillance, sauf que ça ralentira mécaniquement la circulation de l'information donc la transmission de l'information au pouvoir donc ça ralentira l'efficacité de ce dernier.

  • La France a réglé ses problèmes politique par de la communication et de la censure. Quand on a fait face au racisme, dans les années 80, on a fait une grande opération de communication, Touche pas à mon pote et on a passé des lois qui ont interdit l'expression raciste. Est-ce que ça a réglé le racisme ? Pas vraiment. Quand on s'est rendu compte qu'on a un énorme problème de sexisme (pas de femme PDG dans le CAC 40, le taux de femmes à l'Assemblée nationale le plus bas d'Europe), on a fait des lois pour imposer des femmes (lois que tout le monde s'est empressé de contourner) et d'autres lois qui vont interdire la parole sexiste (délit de presse aggravé). Ça va régler en rien le sexisme. Même chose pour les handicaps (quotas et délit de presse aggravé). Pareil pour l'homophobie, pareil pour tout.
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