Un rappel de la difficulté (stupidité ?) d'envisager de la QoS à l'échelle de l'Internet.
« L'Internet a toujours fonctionné sur le principe du « fais au mieux » (best effort), c'est-à-dire que les applications qui l'utilisent n'ont aucune garantie sur les caractéristiques quantitatives du réseau qui sera à leur disposition.
[...] intserv (RFC 1633) ou bien diffserv (RFC 2475). En pratique, ces mécanismes ont été très peu déployés, ce qui relativise la soi-disant demande de QoS. [et ils n'ont jamais atteint la granumarité que certains souhaitaient, NDLR]
La section 2 expose les propriétés de ce service simple best effort. En 2.1, les auteurs listent les forces de ce service :
- Il ne demande pas trop d'efforts de la part de l'infrastructure réseau : les routeurs, par exemple, ont ainsi le minimum de travail. Ce service libère ainsi des ressources pour, par exemple, augmenter la capacité (les réseaux télécoms traditionnels passaient tellement de temps à gérer la QoS que leur débit total était sérieusement réduit).
- Il ne demande pas trop de mécanismes économiques entre les opérateurs. Une des principales raisons du très faible déploiement de diffserv est qu'il nécessite des mécanismes de compensation entre opérateurs. Autrement, tout le monde enverrait ses paquets avec la classe la plus favorisée ! Ces compensations sont complexes et nécessitent des accords entre opérateurs qui vont plus loin que les mécanismes actuels entre opérateurs, ou entre un opérateur et son client.
- Et, surtout, ce service « fais au mieux » est utile dans le monde réel. Il marche, pour une grande variété d'applications, et il propulse l'Internet depuis trente ans, malgré les affirmations (qu'on trouve par exemple dans la quasi-totalité des ouvrages universitaires sur les réseaux informatiques publiés en France) comme quoi un réseau sans QoS ne servait à rien.
Évidemment, tout n'est jamais uniformément rose. Le service « fais au mieux » a aussi des limites, que détaille la section 2.2.
- Ensuite, les services avec QoS peuvent interférer avec la « transparence du réseau ». En effet, il n'est pas difficile d'imaginer des cas où, pour certaines applications, celui qui ne paierait pas le surcoût de la QoS serait, en pratique, exclu du réseau. Mais le débat est loin d'être clos sur la question de savoir quel niveau de QoS reste compatible avec cette transparence du réseau.
- Une autre faiblesse du « fais au mieux » est sa sensibilité aux incivilités (section 2.2.2). Si un certain nombre d'utilisateurs ne jouent pas le jeu, le réseau peut s'effondrer puisqu'il n'y a pas de limites à l'allocation de ressources. Dans cette optique, les services différenciés ne seraient pas tant un moyen de « donner plus à ceux qui paient plus » qu'un mécanisme de contrôle de la congestion, même en présence d'implémentations « agressives » de TCP/IP, qui ne respecteraient pas les règles énoncées dans le RFC 2914.
- Enfin, la dernière faiblesse (section 2.2.3) est le cas de « pics » de trafic brutaux (suite à une DoS ou tout simplement en cas de grand succès d'un site Web), pour lesquels le mécanisme « fais au mieux » mène en général à ce que personne ne soit servi...
[...]
Une deuxième question est qu'il n'existe pas de définition claire et consensuelle de ce qu'est l'équité entre les flux. Tout le monde est pour l'équité, c'est lorsqu'on essaie de la définir que les ennuis commencent (section 3.2.2). D'abord, « flux » (flow) n'est pas bien défini (cf. RFC 2309, RFC 2914, RFC 3124 et bien d'autres). Est-ce par connexion ? (Un concept qui n'existe pas pour tous les protocoles, par exemple UDP.) Ou bien pour tout trafic entre deux machines ? Ou bien, à une granularité intermédiaire, faut-il mettre toutes les connexions TCP démarrées par le même navigateur Web ou bien le même client BitTorrent dans le même flux ? Et l'équité doit-elle se mesurer en nombre de paquets ou en octets/seconde ? (Les protocoles interactifs comme SSH préféreraient certainement la première solution.) Et que faire avec les protocoles où le trafic tend à être très irrégulier ? Faut-il une équité « en moyenne » ? Si oui, sur quelle période ? Bref, si l'objectif politique est clair, le traduire en chiffres précis semble très difficile. »
24/05/2014 18:53:27 - permalink -
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