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——————————— Tuesday 13, February 2018 ———————————
Ce n'est pas de la dictature, c'est une oligarchie mono-décisionnelle è_é.

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Que répondez-vous à Stéphane Richard, PDG d'Orange, qui déclare qu'abandonner la neutralité du Net est "une obligation" ?

Stéphane Richard est dans son rôle. Il explique que ses envies sont des obligations, et que l'univers devra bien se plier à son petit désir. Mais les arguments qu'il avance sont faibles. Il nous parle de voitures connectées. Quand les voitures autonomes seront en vente libre, il y a une chose certaine : elles devront pouvoir fonctionner même quand elles n'ont pas d'accès au réseau. Pour pouvoir rouler à la campagne, ou simplement dans un tunnel ou un parking.

Stéphane Richard nous enfume. Il nous parle du fait que les plateformes ne financent pas les investissements. C'est structurellement faux : Google réalise des investissements bien supérieurs à ceux d'Orange, par exemple.

En effet, depuis plus de 7 ans, Google, Microsoft, Facebook financent, en partie, des fibres optiques très haut débit sous-marines qui profitent à tout le monde, en plus de développer leur réseau privé et leurs produits, par exemple. Exemples : https://en.wikipedia.org/wiki/FASTER_(cable_system) , http://pldcglobal.com/ , https://news.microsoft.com/features/microsoft-facebook-telxius-complete-highest-capacity-subsea-cable-cross-atlantic/ .

D'une manière générale, on parle de 7, 9, 10 milliards de dollars d'investissement en 2017 chez Amazon, Google, Microsoft et Apple. On parle d'environ 8,6 milliards de dollars pour Orange en 2016.


Mais surtout c'est une erreur d'échelle. Sans neutralité du Net, Orange pourrait espérer "taxer" les plateformes de quelques millions d'euros, quelques dizaines de millions au mieux. Or les investissements dans le monde des télécoms se chiffrent en milliards d'euros par an. Il y a un facteur 1.000 entre les deux ! La fin de la neutralité du Net ne changerait rigoureusement rien dans le financement des investissements.

Tient, j’avions raté ça… Comodo, une autorité de certification, est maintenant détenue par Francisco Partners, qui détient aussi la majeure partie de Pegasus, un outil de surveillance gouvernemental… #WhatCouldGoWrong

Comodo, l'autorité de certification dont l'API destinée aux revendeurs avait été abusé en 2011 pour émettre de faux certificats pour Yahoo/GMail…

J'apprécie cette tribune de Benjamin Bayart. Plutôt exhaustive et compréhensible.

Le principe est souvent présenté de manière assez complexe, quand ce n’est pas incompréhensible, alors qu’il est en fait relativement simple. Le métier d’un fournisseur d’accès à Internet est de transporter les données des abonnés. Parce que, oui, c’est bien l’abonné qui a demandé les données, et pas YouTube qui a décidé tout seul d’envoyer une vidéo. Le principe de neutralité consiste à transporter ces données sans discrimination. Sans favoriser le diffuseur de vidéos qui a un accord avec l’opérateur, accord actionnarial ou commercial par exemple, contre le diffuseur qui n’a pas un tel accord. Pourquoi ?

Neutraliser toute expression dissidente
Philosophiquement, parce que l’abonné est le client. Parce que l’opérateur doit être au service de son abonné. Si un diffuseur peut passer un accord avec l’opérateur pour favoriser sa plateforme, quel est l’objet de cet accord ? L’abonné. Il perd sa position de sujet pour devenir un objet, une marchandise, que l’opérateur vend à la plateforme.

Économiquement, la conséquence est qu’une plateforme en position de force pourra payer cette redevance, là où un nouvel acteur économique ne pourra pas. L’effet économique est d’empêcher les nouveaux venus, et d’assurer la pérennité des positions de force acquises, tuant l’innovation et la concurrence. L’effet politique est de créer un levier que les États peuvent utiliser pour stériliser toute expression dissidente.

Quel sera l’effet aux États-Unis de la fin de la neutralité du Net ? Cela donnera de la force aux grands opérateurs, déjà en situation de monopole (dans une ville américaine, quand il y a deux opérateurs, ce sont celui qui fait de l’ADSL, et celui qui fait du câble, et encore, pas partout). Ces grands opérateurs, qui sont très en retard technologiquement, en espèrent un surplus de revenus sans avoir à investir, en prélevant une part des revenus des géants comme Google, Facebook ou Netflix. L’effet second, ce sera de renforcer la position dominante de ces géants: étant les seuls à pouvoir payer la rente demandée par les opérateurs, ils seront protégés.

En Europe, nous avons des bases légales plus solides pour protéger la neutralité du Net. Un règlement européen, loi directement applicable dans toute l’Union sans attendre une lente transposition par les parlements nationaux. C’est bien plus solide qu’une règle établie par une autorité administrative. Bien entendu, nos grands opérateurs continuent de s’attaquer à cette règle. Par le lobbying politique, bien entendu. Par le lobbying technique, aussi.

Il y a deux réactions possibles de l’Europe. Ou bien elle cède lentement aux sirènes des opérateurs, elle rabote petit à petit la neutralité du Net, retirant un bout au nom de la sécurité, retirant un bout au nom de l’alignement avec le marché américain, etc. Et alors nous entérinons solidement le fait qu’il n’y aura pas de nouveaux modèles économiques. Nous assurons que les seuls géants possibles sont les géants américains actuels. Et en creux, nous admettons que les «valeurs européennes» sont une farce, la vraie règle étant celle du marché, et surtout celle du marché américain. Bref, la première piste, c’est de renoncer. Renoncer à la protection des données personnelles, renoncer au fait que le réseau soit la marchandise et donc accepter que ce soit l’utilisateur qui serve de marchandise.

L’alternative, c’est que l’Europe s’appuie au contraire sur ses valeurs, et sur les règles qu’elle a mises en place (la neutralité du Net, le règlement européen sur les données personnelles…). En défendant ces positions, nous avons alors une chance : les nouveaux venus américains auront un handicap, un réseau non-neutre. Les entreprises innovantes européennes en revanche, auront un accès facile à un grand marché, une Europe de 500 millions de citoyens qui ont des droits. Et une Europe forte, capable d’imposer ses règles aux grands groupes américains. Bref, nous avons là une opportunité intéressante, que l’Europe devienne un terreau plus favorable à l’innovation sociale, et économique, par la protection des citoyens.

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