Daily - GuiGui's Showhttp://shaarli.guiguishow.info/Daily shared linksen-enhttp://shaarli.guiguishow.info/ GuiGui's Show - Sunday 16 December 2018 http://shaarli.guiguishow.info/?do=daily&day=20181216 http://shaarli.guiguishow.info/?do=daily&day=20181216 Sun, 16 Dec 2018 00:00:00 +0100 Fusion CSA / HADOPI : E_AGAIN, mais avec la présidente de la CNIL ? Sun Dec 16 23:24:43 2018 -
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> Le refus de Frédérique Bredin, ex-ministre PS et actuelle patronne du Centre national du cinéma, de succéder à Olivier Schrameck à la tête du Conseil supêreur cle l'audiovisuel (CSA), en janvier, oblige les conseillers de Macron à changer leur fusil d'épaule. « On a abouti à deux options. **Celle qui a le plus de chances de progresser est la candidature discrète mais appuyée de Laurence Franceschini, l’actuelle médiatrice du cinéma »**, dixit un proche du chef de l'Etat. Qui ajoute : **« L’autre option serait le profil plus juridique de la présidente de la Cnil, Isabelle Falque-Pîerrotin, qui pourrait être préféré si la prochaine loi audiovisuelle venait à fusionner le CSA avec l'Hadopi**. »

> Avec des « si », on mettrait Schrameck à la retraite anticipée !

Dans le Canard enchaîné du 5 décembre 2018.


La réforme des allocations logement risque de faire 1,2 million de perdants

Sun Dec 16 23:20:48 2018 -
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> Chacun d’eux devrait y laisser, en moyenne, 1 000 euros par an, à en croire les calculs de la Caisse nationale des allocations familiales. Et il n’y aura quasiment aucun gagnant.

> **Programmée pour 2019, la nouvelle réforme des aides sociales au logement pourrait pénaliser 1,2 million de malchanceux, qui verront leurs subsides réduits ou carrément supprimés — ce qui représente, en moyenne, 1 000 euros de moins par an pour chaque foyer** concerné ! De quoi permettre au gouvernement d’**économiser annuellement 1,2 milliard sur l’APL (l’aide personnalisée au logement), l’ALS (alloc dite « de dernier recours ») et l’AFL** (versée en fonction de la situation familiale).

> Ces données explosives proviennent des ordinateurs de la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf), qui distribue lesdites aides. Le cabinet du ministre du Logement, Julien Denormandie, assure au « Canard » qu’il n’a pas connaissance de ces chiffres. Mais il refuse de livrer le résultat de ses propres calculs.

> Précaires plumés

> Le ministère ajoute, sans rire, qu’il ignore le nombre de personnes censées être touchées par sa propre réforme et qu’il ne connaît que le montant des économies réalisées. En réalité, le gouvernement veut éviter de mettre de l’huile sur le feu auprès d’allocataires déjà passablement énervés par la réduction mensuelle de 5 euros de l’APL appliquée depuis 2017. La prochaine ponction s’annonce autrement rude… Présenté par Macron et Denormandie comme « une mesure de justice sociale (sic) », **le changement consiste à verser les aides en fonction non plus de la situation antérieure des demandeurs (calculée sur l’année n-2) mais de leurs revenus actuels. Le calcul sera révisé tous les trimestres et plus ou moins lissé sur douze mois, histoire de prendre en compte les changements professionnels et familiaux**.

> Soucieux de mettre en évidence la pureté des intentions gouvernementales, **Denormandie a cité le cas d’un jeune diplômé entrant dans la vie active avec un bon salaire et qui continuerait de toucher des allocs calculées sur ses maigres revenus d’étudiant** des années écoulées. **Mais ce genre d’oiseau reste trop rare pour permettre de réaliser de substantielles économies**…

> Le nouveau mode de calcul va surtout plumer les précaires. **En fonction des CDD ou des contrats saisonniers qu’ils réussiront à décrocher, ils pourraient être soumis au régime de la douche écossaise : un trimestre avec APL, un deuxième avec un petit bout d’allocs et le troisième avec… des clous** !

> En fait, cette réforme ne fera quasiment aucun gagnant. **Même chez les personnes dont les ressources financières se dégradent brutalement, après des années plus prospères. La Cnaf prend déjà en charge ces situations en temps réel, sans tenir compte des revenus plus élevés encaissés durant les exercices précédents**.

> Cailloux informatiques

> Heureusement pour les allocataires, **l’application de la réforme se heurte à d’inextricables problèmes informatiques**. Ainsi, la Cnaf s’avère incapable de prendre en compte, trimestre par trimestre, les revenus des commerçants et des autoentrepreneurs (un statut très fréquent chez les précaires) ou d’intégrer le versement des pensions alimentaires.

> **La réforme a donc été découpée en tranches. Seuls les cas les plus simples seront soumis, l’an prochain, au nouveau régime. Et la mise en route a été opportunément retardée : prévue initialement pour le 1er janvier prochain, elle a d’abord été remise au printemps, puis au mois de juillet, voire à l’automne**.

> Tous ces pépins techniques devraient permettre au gouvernement de calmer le jeu. Le ministère du Logement ne cesse d’ailleurs de répéter que son dispositif n’est pas tout à fait calé et que sa réforme peut encore être… réformée.

> En espérant que, d’ici à l’été, les gilets jaunes et autres râleurs seront devenus aveugles, sourds et muets…

Dans le Canard enchaîné du 5 décembre 2018.


Vers un “5 étoiles” français ?

Sun Dec 16 23:10:27 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?DmRxPw


> Jean-Luc Mélenchon a paru marquer le coup, dimanche 2 décembre sur France 2, quand un représentant des gilets jaunes a évoqué le projet de « s’organiser politiquement ».

> C’est en effet **une crainte exprimée, depuis deux semaines, au sein des partis de gauche, de droite et d’extrême droite : la constitution d’une liste de gilets jaunes aux européennes (et aux élections suivantes) risquerait de siphonner leur fonds de commerce électoral. A la manière du Mouvement 5 étoiles italien**.

> L’affaire n’a pas échappé à l’Elysée, qui y a vu une bonne nouvelle. « Si des représentants des gilets jaunes, affirme un conseiller de Macron, se présentent aux élections, ce n’est pas En marche ! qui y laissera des plumes, mais les Insoumis, le Rassemblement national, Debout la France et Les Républicains. »

> Les gilets jaunes alliés objectifs de Macron, il fallait y penser ! **Pour commencer, il faudrait qu’ils se fédèrent, et ce n'est pas encore d’actualité**.

Certes, mais ça illustre une tendance de fond qui, si elle ne se matérialise pas en cette fin 2018, se matérialisera plus tard, à un moment où les derniers gardes-fous à une alliance rouge brune sauteront… bref, ce n'est pas bon signe…

Dans le Canard enchaîné du 5 décembre 2018.


Banques vertes

Sun Dec 16 22:52:39 2018 -
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> **Elle est rudement chouette, cette campagne de pub de BNP Paribas**. Sur fond vert clair, avec une fleur de pissenlit en gros plan, la banque propose un prêt à taux réduit pour le financement d’une voiture neuve électrique. C’est beau, la banque écolo.

> L’ennui, c’est qu’**un rapport de l’ONG Oxfam, daté du 24 novembre, explique que les six principales banques françaises font tout le contraire : elles continuent de financer largement les énergies fossiles; Entre 2016 et 2017, elles ont financé le charbon, le gaz et le pétrole à hauteur de 43 milliards d’euros, à comparer à un peu moins de 12 milliards pour les énergies renouvelables**. Depuis
la COP21, fin 2015, elles ont même réduit leurs investissements dans les énergies propres.

> La pub, ça n’engage que ceux qui y croient.

Dans le Canard enchaîné du 28 novembre 2018.


BFM business et la Chine

Sun Dec 16 22:46:58 2018 -
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> Ne disposant pas de chaîne de télé en France pour faire, comme Russia Today, sa propagande gouvernementale, le régime chinois a trouvé un bon débouché, depuis la rentrée : un contrat a été signé avec le groupe BFM, et plus précisément avec la régie publicitaire de BFM Business, la chaîne économique disponible sur le Web et sur la TNT à Paris. Chaque iour, **le service français de la chaîne d'Etat Radio Chine Internationale fournit, clés en main, des sujets qui, sous la forme de jités, encensent l'économie et le modèle chinois. Cette séquence très fraîche est diffusée le soir a 23 h 50 dans un magazine spécialisé, intitulé « Chine Eco ». Au passage, des boîtes françaises qui travaillent en Chine sponsorisent ce programme très libre**. Le deal avait été proposé à CNews et à France Info, qui l'avaient refusé.

> Mais la télé du business BFM, elle, n'a pas hésité à aller à la soupe pékinoise…

Propagande, propagande, le Canard y va un peu fort… C'est de l'influence à l'international. La France en fait tout autant avec le groupe public France Médias Monde.

Dans le Canard enchaîné du 28 novembre 2018.


Interpol s’en prend à un grand humaniste

Sun Dec 16 22:44:21 2018 -
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> Une fois n’est pas coutume, les flics d’Interpol se soucient des droits de l’homme. **Certains régimes peu démocratiques ont pris la fâcheuse habitude d’utiliser l’organisation internationale de coopération des polices pour faire arrêter leurs opposants politiques réfugiés à l’étranger**.

> **Dernière illustration : des notices rouges émises par Interpol à la demande de la Mauritanie à l’encontre de l’homme d’affaires et milliardaire Mohamed Ould Bouamatou ainsi que de son collaborateur. Tous deux Opposants au président Abdel Aziz**.

> Après avoir collé à chacun un mandat d’arrêt, le 31 août 2017, pour soupçons de corruption, Nouakchott avait obtenu que l’organisation policière basée à Lyon les inscrive dans son fichier des personnes recherchées.

> Las, **quatorze mois plus tard, Interpol a donné raison aux avocats des deux hommes en considérant que la demande de la Mauritanie était abusive**. Non seulement elle a supprimé illico les avis de recherche internationaux visant Mohamed Ould Bouamatou et son bras droit, mais, dans sa décision, **elle tire à boulets rouges sur le président Aziz, n’hésitant pas à dénoncer « une dimension politique prédominante dans cette affaire »**.

> Un odieux procès d’intention !

Dans le Canard enchaîné du 28 novembre 2018.


Les effarantes erreurs des experts de Bercy sur le commerce extérieur

Sun Dec 16 22:35:54 2018 -
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> **Selon une note confidentielle des Douanes, le déficit est constamment minoré : 5 milliards en 2017, confirment les statistiques européennes, et pire les années d’avant !**

> Chaque mois, c’est le même rituel : la Direction générale des douanes publie les chiffres du commerce extérieur. Et ils sont très mauvais. Ainsi, le 8 novembre, la France accusait, pour le 3e trimestre, un déficit de 14,9 milliards d’euros. Affreux. Sauf que la réalité est encore pire !

> Pour s’en rendre compte, il suffit d’éplucher les statistiques d’Eurostat sur les échanges intracommunautaires. **L’ensemble des pays de l’Union européenne déclare nous avoir acheté un peu plus que ce que nous affirmons leur avoir vendu. A l’inverse, ces mêmes voisins jurent nous avoir vendu beaucoup plus que ce que nous reconnaissons leur avoir acheté**. A en croire Eurostat, nos importations annuelles sont sous-estimées de 12 milliards d’euros, et nos exportations de 7 milliards. En clair, notre déficit commercial de 2017 serait minoré de 5 milliards. Une paille, et pas la première du genre !

> Car, **dès 2014, dans une note interne, le chef statisticien des Douanes sonnait l’alarme** : « Si la France calculait aujourd’hui ses importations en provenance de l’UE en additionnant les exportations vers l’Hexagone publiées par ses partenaires européens, son solde commercial annuel serait dégradé de 10 à 20 milliards selon les années. » Excusez du peu.

> Boss des maths

> Deux ans plus tard, le patron du département des statistiques et des études économiques (DSEE) des Douanes décortiquait l’erreur dans un rapport confidentiel de 13 pages. **Afin de limiter la paperasse, Bruxelles a dispensé de formulaires les entreprises européennes important d’un autre pays de l’UE pour moins de 460 000 euros de biens. A charge pour les gabelous d’estimer, au doigt mouillé, ce flux commercial non déclaré**.

> Selon la note, **il s’agit d’« un modèle fantaisiste » : les douaniers auraient mal exploité les données de TVA déclarées par les entreprises françaises importatrices ainsi que les déclarations fiscales des sociétés européennes exportant en France…**

> Réagissant, dans un courriel interne, à cette fâcheuse découverte, Hélène Crocquevieille, alors directrice générale des Douanes, explique sérieusement que « ces travaux permettront de faire progresser la qualité des stats du commerce extérieur fournies par la Douane ». Elle s’interroge gravement : « Quand et comment faire état de ces résultats afin de les intégrer dans le chiffre mensuel du commerce extérieur ?» Sans commettre d’erreurs, cette fois ?

> Aujourd’hui, le dossier repose sur le bureau du ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin. Et ce dernier prend son temps vu que, **chez nos voisins aussi, le chiffre du commerce extérieur est largement frelaté — parfois plus qu’en France. Exemple : en Allemagne, la balance commerciale est « améliorée » d’environ 15 milliards (2 % de ses échanges européens)**. C’est moins qu’en Grande-Bretagne (2,5 %) et, surtout, qu’en Italie (6,4 %). La Belgique fait figure de modèle, avec une « amélioration » de sa balance des paiements de seulement 800 millions. Fayots ! La Commission européenne avait bien lancé, en 2012, un programme supposé remettre de l’ordre, mais ce projet à plusieurs millions d’euros, baptisé « Simstat », est toujours au point mort.

> Il comportait des erreurs de calcul ?

Et c'est avec ce genre de chiffres que l'on vient nous causer de compétitivité internationale donc de suppression d'emplois et de coupes budgétaires…

Dans le Canard enchaîné du 28 novembre 2018.


Macron culte par-dessus tête

Sun Dec 16 22:26:49 2018 -
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> Comment se mettre à dos en même temps les représentants des cultes, les athées, les francs-maçons et autres tenants de la laïcité ? **Le gouvernement est en passe de réaliser cet exploit avec son projet de réforme de la loi de 1905 de séparation des Eglises et de l’Etat, censé marginaliser les islamistes intégristes**.

> Si les laïcards se méfient de toute remise en cause de ce texte sacré, les religieux ne digèrent pas l’attitude de l’Elysée et du ministère de l’Intérieur. Ces derniers ont d’abord rédigé un avant-projet de loi et l’ont fait fuiter dans la presse, avant d’inviter cathos, protestants, juifs et orthodoxes à venir discuter d’une réforme quasi bouclée à l’avance.

> « Nous sommes demandeurs d’une réelle concertation et non pas d’une consultation », tacle le président de la Fédération protestante de France, François Clavairoly. Les représentants de l’islam ne se montrent guère plus aimables. « Il est hors de question qu’il y ait une loi spécifique aux musulmans », avertit, dans « Le Monde » (24/11), Anouar Kbibech, vice-président du Conseil français du culte musulman.

> Gâterie pour imams

> **Macron et Castaner entendent pourtant contraindre les associations gérant les mosquées à quitter le statut de la loi de 1901, jugé trop laxiste. Elles devront adopter le cadre de la loi de 1905**, réservé aux associations à but exclusivement cultuel, et **qui permet — en principe — un contrôle renforcé des flux financiers**.

> Pour amadouer les imams, **le projet prévoit que leurs associations cultuelles auront désormais le droit de percevoir des revenus immobiliers, tout en bénéficiant d’un régime fiscal ultra-favorable. Jusqu’à présent, la loi de 1905 interdit ce genre de commerce, mais l’Eglise catholique s’en est déjà affranchie et encaisse, en toute impunité, de copieux revenus locatifs**.

> Cette réforme risque de ne rien régler du tout. Et pour cause : **comme les représentants des autres religions, des musulmans animent également un incontrôlable (et influent) réseau de services charitables ou éducatifs**.

> Dépourvues de but cultuel officiel, ces structures ne peuvent — par nature — être pilotées que par des associations 1901. **La nouvelle loi n’empêchera donc pas les excités de donner des cours dans des écoles intégristes, d’organiser des pèlerinages salafistes ou d’encaisser, en toute opacité, le pognon des fidèles, comme le font aujourd’hui certains ensoutanés traditionalistes**…

> **Macron souhaite également renforcer la police des cultes pour museler les prédicateurs énervés. Il s’agit de durcir les condamnations en cas de prêches antirépublicains ou appelant à la violence**. Mais, cette fois, c’est la hiérarchie catho qui est toutes crosses dehors : « La Croix » (12/11) s’est alarmée de voir ainsi remis en cause le droit des curés à monter en chaire pour qualifier « l’avortement de crime ». Après l’alliance du sabre et du goupillon, celle des mitrés et des barbus ?

Dans le Canard enchaîné du 28 novembre 2018.


Grâce aux malheurs de Carlos Ghosn, Nissan espère brider Renault

Sun Dec 16 22:20:20 2018 -
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> Le constructeur japonnais n'attendait qu'une occasion de s'afranchir de son sauveteur.

> Les très médiatiques déboires judiciaires et fiscaux de Carlos Ghosn n’ont pas désolé tout le monde. Pour Nissan, associé à Renault dans l’« Alliance », ils constituent une l’occasion en or de remettre les pendules à l’heure. Car **le constructeur japonais acceptait de moins en moins de se trouver sous la tutelle du français**.

> L’histoire commence **en 1999**. Avec plus de 20 milliards d’euros de dette, Nissan est au bord de la faillite. Louis Schweitzer, alors président de Renault, envoie son bras droit, Carlos Ghosn, à Tokyo. L’idée : redresser Nissan, que l’ex-régie vient d’acquérir et où elle va investir 5 milliards. **Renault prend 43 % du capital du japonais, alors que ce dernier doit se contenter de 15 % chez Renault — et cela sans droit de vote**.

> L’Etat voit double

> **Après 21 000 suppressions de postes et la fermeture de nombreuses usines, Nissan retrouve des couleurs, au point de dépasser son sauveteur**. En Bourse, aujourd’hui, la boîte japonaise vaut près de deux fois Renault (32 milliards contre 18). **Géant économique mais pouvoirs de nain ? Nissan le vit de plus en plus mal**. La crise éclate en 2015. **Emmanuel Macron, alors ministre des finances, prépare sa candidature à la présidentielle. Désireux de gommer son image d’ancien banquier millionnaire, il choisit d’apparaître comme un défenseur acharné des participations publiques. A ce titre, il entend faire bénéficier les actions de l’Etat chez Renault du droit de vote double que permet la loi Florange**, et ce malgré l’opposition absolue du conseil d’administration de la boîte et de son patron, Ghosn.

> Les Japonais, eux, se sentent trahis : ils n’ont jamais admis qu’à contrecœur la présence de l’Etat au sein de l’Alliance. Et voilà ce dernier qui, sans même les avoir prévenus, pose ses pieds sur la table ! **Nissan menace alors de faire capoter le mariage**.

> Macron recule en lui accordant, notamment, une concession qui va fondamentalement changer le caractère de l’Alliance — **dans un accord secret, jamais publié mais révélé par « Le Canard » (mai 2016) : Renault, malgré sa quasi-majorité chez Nissan, s’engage à ne jamais s’opposer aux décisions prises par les administrateurs du japonais. A nos questions sur cet étonnant abandon de souveraineté, un conseiller de Macron avait, à l’époque, répondu : « Peu importe, puisque c’est le même homme — Ghosn — qui est à la tête de Renault et de Nissan. »**

> Défaites sur tatami

> Oui, mais voilà : aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Ghosn a été viré de chez Nissan. Et avec l’approbation des deux administrateurs nommés par Renault, bien sûr contraints par l’accord secret de voter comme les Japonais. Au même moment, le conseil d’administration de Renault a choisi, lui, d’épargner Ghosn, qui reste président, quoique provisoirement « empêché » !

> Selon l’économiste Elie Cohen, ex-membre du conseil d’analyse économique de Matignon, **« Ghosn maintenait le statu quo dans l’Alliance. Sa chute fait aujourd’hui apparaître la réalité du rapport de force et libère les Japonais**. Ils demandent maintenant que les pouvoirs dans l’Alliance soient rééquilibrés en leur faveur ». **D’où la lettre à ses salariés de Hiroto Saikawa, patron par intérim de Nissan, qui, le 26 novembre, a réclamé « une relation plus juste avec Renault »**. Comme personne n’acceptera d’être minoritaire, « ce sera la parité à 50/50 entre les deux sociétés, estime Elie Cohen. Les décisions devront alors être prises à l’unanimité. C’est-à-dire que nous avons perdu le contrôle de Nissan qu’avaient obtenu Schweitzer et Ghosn ».

> Pour rétablir son pouvoir, que le gouvernement français le veuille ou non, Nissan possède plusieurs atouts. Dont celui-ci, parfaitement imparable : **le groupe — même si cela viole le règlement de l’Alliance — peut augmenter sa participation dans le constructeur français en achetant des actions sur le marché. Au-delà de 25 % de participations de Nissan chez Renault ce dernier, aux termes de la loi japonaise, perdrait la totalité de ses droits de vote dans sa filiale !** Au judo, cela s’appelle ippon.


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### Renault, société hollandaise

> Qui gouverne chez Renault, aujourd’hui ? **L’instance dirigeante du groupe n’est plus localisée en France mais dans une discrète coquille néerlandaise appelée RNBV**. En 2002, la société Renault SA lui a délégué la quasi-totalité de ses pouvoirs. RNBV a donc les mains libres pour agir dans le cadre du droit boursier néerlandais, beaucoup plus favorable aux sociétés.

> Ses attributions sont considérables : selon ses statuts (modifiés en 2017), elle adopte les « plans stratégiques » de l’Alliance, sa politique financière et les « plans produits ». d'ailleurs, les sociétés de produclion partagée (véhicules, plateformes, boîtes de vitesses, moteurs, achat de pièces, etc.), qui ont fait le succès de l‘Alliance, sont ses filiales directes.

> **A la tête de RNBV : un directoire de 10 personnes — 5 nommées par Renault et 5 par Nissan, en l’absence de tout représentant de l’Etat actionnaire**. Son président, avec « voix prépondérante », est celui de Renault, et son vice-président celui de Nissan. Or Carlos Ghosn est aujourd’hui « empêché » chez Renault, et pas encore remplacé chez Nissan. L’Association de défense des actionnaires minoritaires (Adam) a écrit le 26 novembre à l’AMF pour lui demander de déterminer « qui exerce aujourd’hui le pouvoir sur RNBV [et] qui détient ses actions ». Cette association demande également des éclaircissements sur **Stichting Preference Share RN, la fondation, elle aussi néerlandaise, qui coiffe RNBV**.

> **Le patriotisme industriel français n’est pas à la fête**…


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### Un grand cachotier

> **C'est pour avoir tenté de dissimuler ses faramineux revenus officiels par crainte d’un scandale au Japon - et en France - que Carlos Ghosn est aujourd’hui en prison**. Le patron de l’Alliance Renault-Nissan n’est pas soupçonné de fraude fiscale, mais il lui est reproché, selon le parquet de Tokyo, d’avoir **omis de signaler, dans ses comptes publics annuels, qu’une rémunération égale à celle qu’il touche actuellement (environ 8 millions d’euros) lui serait versée à son départ à la retraite**. Ce qui lui rapporterait, le moment venu, près de 40 millions sur cinq ans. Le marché et les investisseurs auraient donc été trompés, en violation de la loi nippone fiel (pour « Financial Instrument and Exchange Law »), adoptée en 2009. Ghosn a, pour sa part, assuré aux enquêteurs que cette pratique lui semblait tout à fait légale. **Tout comme la plus-value boursière, qu’il n’avait pas plus déclarée**.

> **La justice ne le poursuit pas (encore ?) pour des abus de biens sociaux — achat, via une filiale de Nissan, de luxueuses maisons à Rio, Beyrouth, Tokyo et Amsterdam, emploi de complaisance pour sa sœur, paiement de son mariage**, en 2016, à Versailles — révélés par une enquête interne de la boîte. Le nouveau patron de Nissan, Hiroto Saikawa, a refusé de fournir le moindre détail à ce sujet, pour ne pas envenimer les relations au sein de l’Alliance.

> Trop aimable.

Dans le Canard enchaîné du 28 novembre 2018.


Les élections dans la fonction publique confirment l’érosion de la CGT - Page 1 | Mediapart

Sun Dec 16 21:13:15 2018 -
https://www.mediapart.fr/journal/france/121218/les-elections-dans-la-fonction-publique-confirment-l-erosion-de-la-cgt


> En surface, rien n’a bougé. Les résultats, dévoilés mardi 11 décembre, des **élections professionnelles dans la fonction publique n’ont pas bouleversé l’équilibre des forces entre les neuf syndicats représentatifs : la CGT est toujours en tête (avec 21,8 % des voix), suivie par la CFDT (19 %), Force ouvrière (18,1 %) et l’Unsa (11,2 %)**.

> […]

> Plusieurs éléments de ce scrutin sont pourtant dignes d’analyse. **La participation**, d’abord. Elle est en baisse par rapport à 2014, le premier scrutin où tous les agents de la fonction avaient été appelés à voter tous en même temps. **Moins de la moitié des agents publics (49,8 %) ont participé au scrutin**, ce qui représente une chute de 3 points.

> […]

> Même sans une forte participation, des glissements sont nettement perceptibles. **Le perdant des élections est sans conteste la CGT, qui reste en première position, mais recule de 1,2 point (après une baisse de 2,3 points en 2014), alors que la CFDT régresse « seulement » de 0,3 point, et réduit donc l’écart qui la sépare de la centrale de Philippe Martinez**.

> C’est d’ailleurs Laurent Berger, secrétaire général de la **CFDT**, qui s’est exprimé le premier mardi, pour annoncer les résultats. Sans s’attarder sur le bilan dans la fonction publique, mais pour se féliciter que son **syndicat soit désormais le premier, si l’on additionne le nombre de voix dans les secteurs privé et public**.

> […]

> **Sur le plan national, il ne restait en effet plus que 20 000 voix d’écart entre la CGT et la CFDT, qui était déjà passée en première place dans le privé en mars 2017. L’écart a été comblé, et selon les calculs de la CFDT, il est désormais de 15 000 voix en sa faveur**. « Nous ne boudons pas notre plaisir, c’est l’objectif, ambitieux, qu’on s’était fixé, et nous l’avons atteint », savoure Mylène Jacquot.

> […]

> **Peut-être la CGT attend-elle les résultats définitifs ? Ceux qui ont été communiqués mardi ne le sont pas encore totalement, et il reste peut-être à la centrale de Montreuil un petit espoir : selon Yves Veyrier, FO ne confirme pas le calcul de la CFDT** qui la place en première place, tous secteurs confondus. « Nos calculs, basés sur les chiffres qui nous sont remontés, ne donnent forcément pas la CFDT en tête, indique le dirigeant de FO. Les chiffres sont très serrés, et pas encore certains. »

> Mais même la représentante de la CFDT refuse de tirer un constat net de ces résultats. « **On n’est pas sur une élection de type référendaire, c’est une élection qui est faite sur une multitude de scrutins de proximité », dit Mylène Jacquot. Sa prudence est de mise : à l’hôpital, la CFDT a perdu sa deuxième place, au profit de FO**.

> Ce dernier limite d’ailleurs les dégâts, malgré la violente crise interne qui l’a secoué ces dernières semaines, avec le départ forcé de Pascal Pavageau, en ne reculant que de 0,5 point, et en conservant sa première position dans la fonction publique d’État (qui regroupe les personnels des ministères, d’institutions comme le Conseil d’État et la Caisse des dépôts, ou les fonctionnaires de La Poste et d’Orange).

**Si la place de la CFDT comme premier syndicat de France est confirmée, ça sera bien triste : nous avons beaucoup à perdre avec les syndicats dits réformistes c'est-à-dire plus consensuels et moins vindicatifs**… FO va aussi virer dans le courant réformiste, son secrétaire général, Veyrier, en place depuis la [fin de Pavageau](/?tibsjA), pourrait laisser les commandes au réformiste Homez dans trois ans selon le Canard enchaîné du 07/11/2018…


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GuiGui's Show - Sunday 2 December 2018 http://shaarli.guiguishow.info/?do=daily&day=20181202 http://shaarli.guiguishow.info/?do=daily&day=20181202 Sun, 02 Dec 2018 00:00:00 +0100 Le véritable Arsène Lupin Sun Dec 2 20:20:53 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?qLKcOA


Ruffin compare le procès du groupe dit de Tarnac au procès de l'anarchiste Alexandre Marius Jacob qui s'est déroulé en 1905. Les deux présentent des similitudes dont le refus de l'accusé de se soumettre à la justice de classe, la transformation du procès en tribune politique et le dynamitage dudit procès par le rire.

<br />
> « Vive Jacob! Vive la révolution ! Vive l’anarchie ! » Devant le palais de justice, des cris saluent l’arrivée des voitures à chevaux. Enchaînés, les prisonniers descendent des carrioles et entonnent une Carmagnole : « Ah ça ira ça ira ça ira, les aristocrates à la lanterne… » que le public reprend en chœur.

> C’est que ce mercredi 8 mars 1905 s’ouvre, devant la Cour d’assises de la Somme, un procès prodigieux, qui rassemble toute la grande presse - Le Figaro, Le Temps, L’Aurore, etc. : celui d’**Alexandre Marius Jacob et de ses « travailleurs de la nuit », eux qui comptent plus de cent cinquante cambriolages à leur actif, eux qui volent aux riches tantôt pour redonner aux pauvres tantôt pour financer les feuilles anarchistes**.

> En cet hiver, Amiens est devenu le cœur de la subversion. Depuis novembre dernier, déjà, un brûlot paraît, Germinal - tellement incendiaire qu’à côté, Ch’Fakir, c’est du Paris Match : « Les innombrables victimes des curés, des traîneurs de sabre, des jugeurs, des policiers, des patrons, annonce l’éditorial du numéro 1, pourront faire entendre ici leur cri de révolte sans crainte d’être dévoilés. Nous avons assez d’énergie révolutionnaire pour endosser toutes les responsabilités devant les lois que nous méprisons souverainement. » Les conférences d’orateurs libertaires se succèdent, attirent jusqu’à des milliers de personnes, s’achèvent parfois en des manifestations où L'internationale résonne rue des Trois Cailloux, avec des échauffourées, des blessés, des heurts devant la prison. Voilà pourquoi, aujourd’hui, trois compagnies de chasseurs à pied et tous les effectifs de gendarmerie quadrillent le centre-ville : côté autorités, on redoute l’émeute.

> Travailleur de la nuit

> « Levez-vous, ordonne le président à l’accusé.
> — Vous êtes bien assis, vous ! réplique Jacob, du haut de ses vingt-cinq ans.
> — Et puis, enlevez votre chapeau quand vous me parlez!
> — Vous êtes bien couvert!
> — **Vous êtes ici pour être jugé. Vous devez vous conformer aux usages et observer plus de tenue !**
> — **Ceci est une mascarade ! Une parodie de justice !** J’aurai des égards envers vous quand vous en aurez envers les travailleurs ! »
> Le gendarme qui l’escorte lui arrache son couvre-chef.
> « Avez-vous des jurés à récuser ? poursuit le Juge.
> — Je les récuse tous, répond Jacob, puisqu’ils sont nos ennemis. » ,
> **Une étrange épidémie, de toute façon, a ravagé les rangs des jurés : c’est que l’équipe de Germinal leur a adressé des lettres menaçantes. Nombre d’entre eux se font donc porter pâles, certificats de médecin à l’appui**.
> « Quelle est votre profession ?
> — Entrepreneur en démolition.
> — **Où demeurez-vous ?**
> — **Un peu partout dans le monde**.
> — De nombreux indicateurs ont dû vous aider ?
> — Vous parlez comme un magistrat. Si vous étiez cambrioleur, vous sauriez que nous n’avons besoin de personne. **Quand j’arrive dans une ville, si je vois des cheminées d’usine, je me dis : il y a là du populo qui travaille, rien à faire. Mais quand je vois des habitations bourgeoises qui sont fermées, je n’ai pas besoin de renseignements supplémentaires.** »

> Tribune au tribunal

> Une semaine durant, les audiences retracent les méfaits (ou les exploits, selon le point de vue) de cet aventurier au grand cœur, arrêté à Abbeville, et qui fut marin, pirate, gardien de phoques, fondeur d’or. L’homme ne se défend pas, il attaque. Ainsi lorsqu’on lui reproche — parmi une centaine d’autres — un cambriolage chez M. de la Rivière, à Amiens :
> « Monsieur le Président peut-il préciser où se trouvaient les plaignants lorsque je me suis introduit chez eux ?
> — Ils étaient à la campagne.
> — **Ah ? Ils ont deux châteaux ? Ce ne sont donc pas des malheureux ! De quoi viennent-ils se plaindre !** »
> Ou encore :
> « Pourquoi avoir volé ce diplôme de docteur en droit ?
> — C’est que je préparais déjà ma défense ! »
> Pas un interrogatoire sans une pique :
> « **Pourquoi alliez-vous cambrioler en province ?**
> — **Je faisais de la décentralisation**. »
> Même la presse bourgeoise tombe quasiment sous le charme : « **Il ironise, plaisante, parfois pas sottement, concède L’Illustration, jamais à court de reparties, parfaitement indifférent, semble-t-il, aux conséquences de ses actes.** » Et chaque matin, à l’arrivée des inculpés, une foule toujours plus dense et plus amicale se pesse.** Tant qu’il bravait la police, il faisait peur à l’opinion. Menotté, voilà qu’on l’applaudit. Et le public commence à entrevoir le sens de son action. Car Alexandre Jacob a transformé le tribunal en tribune, d’où il promeut son idée : l’anarchie**.

> Au troisième jour, durant plus d’une demi-heure, il lit d’une voix grave et chaleureuse sa profession de foi, voleur et fier de l'être, et les spectateurs sont ahuris. La presse n’en revient pas : **« Ce n'est pas la société, représentée par les magistrats et les jurés, qui juge Jacob, remarque L‘Aurore, c’est le chef des voleurs Jacob qui fait le procès de la société. En vérité, il conduit l’affaire. »**

> « Vive l'anarchie ! »

> **Sa popularité grandit tant qu’elle trouble l’ordre public amiénois - et au-delà. L‘État s’en inquiète, mais comment agir ? Rien de plus simple : à mi-procès, le procureur réclame « l’expulsion des accusés », une faveur que le président lui accorde volontiers**. Voilà qui, pour condamner, facilite la tâche. Et même le verdict sera rendu en l’absence de Jacob : les travaux forcés à perpétuité pour le chef, et des peines guère moins lourdes pour ses compères. À l’annonce du délibéré, une foule immense se tient massée devant le Palais. Soudain, les chasseurs à cheval sortent de leur caserne. Trois pelotons d’infanterie, des gendarmes et une nuée d’agents de police se joignent à eux et chargent. **Des cris jaillissent de partout, « Vive Jacob ! Vive l’anarchie ! ». Une manifestation s’organise, compacte, un millier de personnes qui descendent la rue des Trois Cailloux, jusqu'à la Hôtoie, jusqu‘à Saint-Roch - où un meeting spontané se tient devant le siège de Germinal**. À l’intérieur de sa boutique, le cordonnier Jules Lemaire et ses camarades achèvent une édition spéciale : « Les grains que vous avez semés, Ô bourgeois, vont sortir de terre. La haine, cette fleur du mal, Germe vivace en nos entrailles. Il en jaillira ce qu’il pourra ! Hardi les gâs ! C'est Germinal Qui fera pousser les semailles ! »

> En cet instant, Alexandre Marius Jacob roule déjà vers ses nouvelles prisons, Orléans, puis La Rochelle, et enfin Cayenne. Il ne sait pas encore qu’il restera un quart de siècle en Guyane, qu’il tentera de s’évader dix-sept fois, qu’il en sortira finalement vivant, et libre, et grand. Il ne sait pas non plus que, **trois mois plus tard, Maurice Leblanc — qui était l’envoyé spécial du quotidien Gil Blas au procès - fera apparaître le premier épisode d’Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur**…

> Alors, comment expliquer que ce « roman vrai » à lui tout seul ne possède même pas un nom de rue, ou d’impasse à Amiens ? Qu’une pétition circule et qu'on débaptise, d’urgence, le square Jules-Bocquet… celui devant le tribunal !

Dans le numéro septembre-novembre 2018 de Fakir.


J'ai envie de tuer… la pornographie

Sun Dec 2 19:55:26 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?SjAyJw


> Darwin a des envies meurtrières.
> Bon, plutôt qu’il ne passe à l'acte et ne fabrique en série des martyrs, on préfère qu'il se défoule dans Fakir.

> Je peux regarder ton historique ? » ai-je demandé à mon ami Damien. Je suis censé éliminer le virus qui ralentit son ordi. « T'es vraiment obligé ? », me répond-il inquiet. Sous mes yeux, des colonnes de YouPorn, Pornoxo, PornHuh, etc. A force de diffuser des kilomètres de fesses et de vulves, son PC a chopé une MST. Damien se dit « de gauche » mais n’a jamais été manifester. A considérer les sites où il navigue je m’interroge sur le lien entre aboulie et pornographie. **Si le fond de l’air n’est plus rouge, n’est-ce pas parce que le courage, l’élan, la combativité, finissent, pour beaucoup, en coulées blanchâtres le long d’un évier ?**

> De la carte du tendre aux cartes de France

> Si les images pornographiques créent un climat d’irritabilité sexuelle, les chiffres de l’industrie du X, eux, ne sont guère excitants. Des budgets de tournage divisés par trois en dix ans, des « hardeurs » paupérisés contraints d’accepter des scènes de plus en plus extrêmes : gifles, strangulations et même vomissement des actrices sont devenus « les nouveaux standards » selon les documentaristes Jill Bauer et Ronna Gradus dans *Hot girls wanted*. **Quant au public, il n’a jamais autant consommé de vidéos porno : 91 milliards par jour**, ce qui donne la moyenne affolante de douze par Terrien. 51 % des 15-17 ans visitent régulièrementdes sites classés X d’après l’Ifop (février 2017). Selon le gynécologue Israël Nisand, qui anime régulièrement des séances d’information dans les établissements scolaires d’Alsace, « nous avons laissé l'éducation sexuelle au porno ce qui est un non-sens » (BFM, 27/6/2018). Il rapporte les questions effarantes que lui posent des ados : « Comment ça se fait que les meufs elles aiment sucer le sexe des animaux ? », « Si la fille veut pas; un pote peut la tenir ? ». Quelques minutes suffisent parfois pour que, devant les écrans, s’effondre tout l’édifice des civilisations. L’addiction au porno, comme celle aux jeux ou aux substances psycho-actives, obéit à une dynamique de « craving », selon le neurobiologiste Michel Reynaud : pour obtenir l’effet recherché, le dépendant est condamné à augmenter les doses. Si la servitude à l’alcool, comme une asymptote, tend vers la pathologie mentale, celle au porno tend à la dévalorisation des femmes. Jusqu’à la brutalité. C’est du moins ce qu’établit l’anthropologue Agnès Giard dans *Darkness, censure et cinéma*. Elle y analyse les tendances les plus récentes de l’industrie pornographique : SM, simulation de viol, mises en scène associant jouissance et soumission, sexe et avilissement. D’après elle, pour soutenir l’intérêt d’un spectateur blasé, les producteurs sont entrés dans une surenchère où la chair est suppliciée. Fatalement, cela influence les comportements, comme le relève le sexologue Patrice Lopès pour lequel « la violence s'invite de plus en plus souvent dans les chambres a coucher » (France Culture, 9/10/2017). A ce stade, déjà, le constat est accablant. Mais pour qui rêve d’une réforme totale de la société et se demande pourquoi cette perspective ne cesse de s’éloigner, rappelons cette évidence : l’ADSL est un distributeur à porno. Les motivations qui, à la fin des années 1990 et au cours des années 2000, poussèrent les foyers à s’abonner à un fournisseur d’accès furent « surtout les réseaux sociaux, la drague en ligne et le X » avançait déjà 20 Minutes il y a quelques années (16/3/2012). **Chacun, d’un simple clic, peut accéder à quantité de vidéos qui, pour reprendre l’expression du professeur Reynaud, vont « stimuler les circuits dopaminergiques de récompense »**. Je me souviens d’une instit’ qui réussissait à obtenir de tous, y compris des plus dissipés, un silence complet en nous distribuant des cartes avec des soldats, des fleurs, des animaux. Le contrôle par l’image, ça commence tôt, et ça n’a rien de nouveau.

Heu… D'une part, débuts de l'ADSL en France : 1999-2000. Envol : 2002. Facebook/Twitter : 2006. Un équivalent de Meetic existait déjà sur Minitel. Donc, non, ce n'est probablement pas ces sites web-là qui ont fait décoller l'ADSL en France. D'autre part, j'ai déjà écrit que [les questions des élèves lors des cours d'éducation sexuelle peuvent aussi être du foutage de gueule en réaction à des intervenant⋅e⋅s maladroit⋅e⋅s et/ou froid⋅e⋅s](/?XzzAwA et/ou avares en explications).


<br />
> Mener le peuple à la braguette

> Dans une dystopie pas si éloignée de notre société, les scénaristes de l’excellente série Black Mirror (saison 1, épisode 2) imaginent un monde où chacun, pour survivre, est tenu de pédaler. Les plus chanceux, pour échapper à leur triste condition, peuvent participer à une sorte de Star Academy à peine plus abjecte que celle que nous connaissons. **Quant à la majorité, cantonnée dans des habitations recouvertes d’écrans de télévision, elle est shootée chaque soir de fictions, de pornographie et de publicités**. Cette caricature, forçant tout juste le trait, dit tout de notre réalité. **Les mécanismes qui produisent des narcisses aussi grossiers qu’obsédés. La résignation, à force de masturbations dévitalisantes, à sa condition et au monde tel qu’il est. La violence, légitime à l’encontre de l’ordre établi, muée en excitation à grands renforts de stimuli pornographiques**. Les petites morts plutôt que le Grand Soir. Libre à chacun, évidemment, de s’astiquer à longueur de journées face à des orgies pixellisées mais cette hémorragie de sperme n’est pas sans effets. Freud, déjà, insistait sur **la nécessité de la sublimation : la conversion de la libido en force de travail, en créativité. Sans elle il n’y aurait jamais eu de Gauguin ou encore de vaccins, de Napoléon ou de révolutions. En incitant au soulagement rapide de la pulsion, voilà de quoi la pornographie peut nous priver**. Si on ajoute à cela comment des multinationales comme MindGeek, le « Monsanto du porno », échappent via des filières mafieuses à l’impôt (Internaute mag, 24/5/2018), on comprendra qu’avec cette industrie, de surcroît, on passe de Sodome à Gomorra.

> Des branleurs héroïques

> On ne peut qu’être sidéré par le raffinement des classements des vidéos porno. Des milliers de sous-catégories invraisemblables : couple imberbe interracial, joueuses de volley dans les vestiaires, etc. Je crois que s’ il existait un amateur de naine vénézuéliehne lesbienne et tatouée, il finirait par trouver de quoi s’émoustiller. C’est pourquoi il m’arrive de rêver. De rêver naïvement que ces milliards de milliards de bits qui forment sur les écrans des corps dénudés soient, grâce à un hacker de génie, réagencés pour transmettre d’autres données. Comme le protocole à suivre pour effacer en quelques clics la fortune bâtie sur la misère d’exploités, qu’un requin aurait planquée, mettons dans les îles Caïman. Ou la localisation et description précises des dizaines de villas, par exemple, de la baronne Paradis ou du roitelet Pagny. Le public mesurant la distance qui les sépare des bénéficiaires de ces propriétés, écœuré, finirait, souhaitons-le, par les vandaliser. Je rêve d’images qui dissuaderaient les internautes, par millions, de se branler le chibre pour ébranler enfin le système jusqu’à ses fondations.

Analyse intéressante du porn comme opium du Peuple (et ce n'est pas le seul).

Dans le numéro septembre-novembre 2018 de Fakir.


Lettre ouverte au Benalla de la Big Pharma - Journal Fakir

Sun Dec 2 19:17:55 2018 -
https://fakirpresse.info/lettre-ouverte-au-benalla-de-la-big-pharma


> […]

> A la place, c’est réunion d’équipe. Et mon collègue Cyril nous alerte, lui-même alerté par Marine Martin : « Macron doit recevoir les dirigeants du médicament ce soir à l’Elysée. » Ah bon ? s’étonne-t-on. On n’en a pas entendu parler.
Mais en effet, une dépêche de l’AFP est bien tombée :

> > « **Le Dolder, club ultra-discret de la ‘‘big pharma’**’, a rendez-vous lundi à Paris.
> >    Le gotha de la pharmacie mondiale s’invite lundi à Paris, à l’occasion du ‘**‘Dolder’’, un forum privé et dont les échanges restent secrets**. De quoi alimenter les fantasmes déjà nombreux sur l’opacité de la « big pharma ». [...]
> >    **Ce petit sommet d’environ vingt-cinq patrons est encore plus confidentiel que son modèle, le club Bilderberg, qui réunit chaque année à huis clos une centaine de personnalités du monde des affaires et de la politique. Car à l’inverse du Bilderberg, le Dolder n’a pas de site officiel divulguant au moins le lieu et la date du rendez-vous, les thèmes des discussions et la liste des participants**. [...]
> > Le patron d’une grande entreprise du pays d’accueil de chaque Dolder joue d’habitude le rôle de maître de cérémonie. Aussi cette fonction incombera lundi à Olivier Brandicourt, le directeur général de Sanofi, qui ‘‘fera un discours d’introduction’’, indique à l’AFP une porte-parole du géant pharmaceutique français.
> > La date et la tenue du Dolder cette année à Paris n’ont rien d’anodin. La réunion a lieu la veille du Conseil stratégique des industries de santé (Csis), une instance de dialogue entre l’Etat et les entreprises du secteur se réunissant tous les deux ans depuis 2004 sous l’égide du Premier ministre. »

> Et la dépêche se concluait sur cette phrase :
> > « Par ailleurs, les PDG du Dolder seront reçus à dîner par Emmanuel Macron lundi soir, a indiqué l’Elysée à l’AFP. »

> […]

> Durant des décennies, votre groupe Sanofi a vendu un médicament qui a engendré des milliers, des dizaines de milliers d’enfants autistes. Des études officielles, émanant des pouvoirs publics, en attestent désormais. Que faites-vous ? Vous les contestez. Vous refusez d’abonder à un fonds d’indemnisation.
> Durant des mois, des années, l’usine de Mourenx a rejeté des vapeurs toxiques, cancérigènes, sur les Pyrénées-Atlantiques. Que dit votre firme ? « On ne savait pas. » Puis : « C’est sans danger, le vent emportait tout ça. »
> **Et le jour même de ce scandale, vous rencontrez qui, à l’Elysée ? Le chef de l’Etat français. C’est pas rien. Même sous les traits de Macron, c’est pas rien. Vous allez vous faire tirer les bretelles, quand même, on se disait ? Notre président va vous rappeler à l’ordre ? Il va nous défendre, contre vos crimes chimiques ?**
> **En bien non. Le lendemain, vous arborez dans le journal un sourire de vainqueur. Pas un mot de honte, de compassion, de remords. Rien sur la Dépakine, rien sur Mourenx. Que de la joie dans ses propos ! Vous êtes venu avec votre liste de courses, et le Président, et le Premier ministre, ont tout coché. Il vous accordé un blanc-seing**. Ils vous ont récompensé, même. Il faut les détailler, leurs cadeaux, les nôtres de fait, les décrypter :
> **« Notamment le raccourcissement des délais administratifs et l’accès facilité à l’innovation pour les patients. » Ça signifie quoi, en clair ? Moins de tests en labo, moins de précautions. Comme si, pour la Dépakine, Sanofi en avait abusé !**
> **« Les mesures prévoient notamment une croissance minimale annuelle de 3 % pour les médicaments innovants et ceci au cours des trois prochaines années. » Pour les soignants de l’hôpital psychiatrique, d’Amiens, du Havre, de Rouen, l’Etat ne garantit rien**. > L’Etat ne les reçoit pas d’ailleurs, ni à l’Elysée, ni même dans les Agences régionales de santé. **Mais pour vous et la Big Pharma, c’est hausse des revenus assurée**.
> **« Nous avons conclu un protocole d’accord avec BPI France pour lancer InnoBio2 auquel nous apportons 50 millions d’euros sur un total de 200 à 250 millions d’euros. » Sanofi, ce sont, depuis dix ans, quatre mille postes de chercheurs sacrifiés dans le monde, un tiers des effectifs. Et pour cause, rien ne va à l’investissement, tout part en dividendes : 3,7 milliards versés aux actionnaires, le record du Cac 40, soit 52 % de ses bénéfices. Et pour que votre firme daigne, à nouveau, se consacrer à la ‘‘Recherche et > Développement’’, il faut la gaver d’argent public ?**
> Enfin, et pour la forme.
> **Pour ce plan-là, Emmanuel Macron n’a attendu ni Noël ni la rentrée**.
> **Il n’a pas fait battre les tambours, pas fait sonner les trompettes**.
> **La moiteur de l’été, la discrétion de la Coupe du Monde lui convenaient bien**.
> Il faut les nommer pour ce qu’ils sont, alors, lui et Philippe :
> **Vos complices**.

> […]

> **J’ai découvert votre entretien ce samedi, et hier éclatait « l’affaire Benalla »**.
> A quelques jours d’intervalle, donc.
> Vous êtes les deux mêmes, pour moi.
> Oh, en plus rustique, en plus fruste, en plus bourrin, dans son cas, il est vrai. Il n’a pas la raie de côté et les lunettes désignées. Il n’a pas les diplômes bien en ordre et le langage policé. Et ses coups, c’est du brutal, du primitif, du rouge qui tache et qui laisse des traces, du trop visible surtout. Vous faites, je l’admets, dans le plus subtil, plus sophistique, plus raffiné.
> Un style vous distingue.
> **Mais c’est la même logique, au fond**.
> **C’est la même certitude de l’impunité**.
> **Le Prince l’avait adoubé, lui, il l’entretenait dans sa cour, et comme en un ruissellement de la toute puissance, il s’est cru à l’abri, tout permis, couvert. Et il l’a été, en effet** : qui le poursuivrait pour, même pas un tabassage, ou à peine, quelques côtes brisées ?
> **Vous aussi, avec le Prince dans votre poche, vous transpirez l’assurance, l’arrogance que ni l’Etat ni la Justice ne viendront vous importuner. Au lendemain de Mourenx, de la Dépakine, pourtant, avec à votre passif des milliers de cancers, d’enfants autistes, vous devriez trembler, la conscience ébranlée : risquez-vous la garde à vue ? la mise en examen ? la détention provisoire ? Mais non, rien, le sourire, la jovialité, la liesse, comme si vous flottiez au-dessus de la morale commune et des lois humaines. Comme si vous apparteniez à une autre espèce, à un autre monde, demi-dieux de l’oligarchie, jouant avec nos destinées, avec notre santé, depuis votre Mont Olympe fait de faïence et de dorures**.
> C’est le sort des héros antiques : frappés de d’« hybris », de démesure, ils se prennent pour des dieux. Jupiter et ses sœurs et ses frères se vengent alors des prétentieux, et le sort s’acharne sur eux. Le malheur crève la montgolfière de leurs egos, ôte leur inoxydable sourire, bref, les ramène à leur humaine condition, les yeux percés d’Oedipe pour enfin voir.
> En démocratie, vox populi, vox dei.
> C’est le Peuple qui remplit cette fonction.
> Et un jour viendra, peut-être.
> Ou peut-être pas.
> Le jour des justes récompensés et des méchants punis. Que vous soyez, à votre tour, hanté par la honte de vos crimes, et par la crainte d’un châtiment : un Travail d’Intérêt Général, peut-être, tout simplement, comme éducateur dans un centre pour enfants autistes, ou comme clown dans un service d’oncologie.

Dans le numéro septembre-novembre 2018 de Fakir.


“Association de malfaiteurs"

Sun Dec 2 18:54:31 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?mWq5ow


> Ce sont des malfaiteurs. Pas des militants, non. Pas des journalistes, des agriculteurs, des enseignants à la retraite, des jeunes (ou pas jeunes) gens qui partagent les mêmes convictions. **A Bure, la justice en a décidé ainsi : tous les opposants au projet de poubelle nucléaire géante sont des malfaiteurs**. Ils forment donc une « association de malfaiteurs ». Infraction fourre-tout qui permet de poursuivre en justice quiconque est soupçonné d’avoir préparé à plus de deux personnes des actions supposées frauduleuses. Une cinquantaine d’entre eux le sont. Plusieurs procès sont en cours. Lors du dernier, mardi 13 novembre, **l’un d’eux, âgé de 22 ans, a écopé de 8 mois ferme pour avoir, ivre et le visage dissimulé, insulté des gendarmes lors d’une manif**. Malfaiteur !

> Pourquoi cette désignation ? Parce que, voilà plus d’un an, le 21 juin 2017, une poignée de personnes masquées ont pénétré dans le hall d’un hôtel du coin, saccagé la réception et jeté au sol une bouteille enflammée contenant des hydrocarbures — départ de feu aussitôt éteint par un employé pendant qu’ils s’enfuyaient. Pas bien malin, évidemment… Mais cette action de quelques individus isolés a suffi pour que le mouvement dans son entier se retrouve criminalisé.

> Jusqu’alors, les opposants installés sur place étaient déjà harcelés. Depuis, **ils sont fliqués en permanence par une « cellule Bure » qui em- ploie une dizaine de gendarmes à plein temps. Et qui se régale : la justice a permis que tous les moyens autorisés par la loi antiterroriste du 8 juin 2016 soient utilisés, comme le révèlent les quelque 10 000 pages (!) du dossier d’instruction** (« Libération », 15/11). **Téléphones de sept personnes (au moins) écoutés jour et nuit**. Ces mêmes **personnes géolocalisées**, avec « fréquence de rafraîchissement de dix minutes ». **Pose de balises GPS sous plusieurs voitures**. **Lors des manifs, hélicos-flics filmant tout** (et, comme ça ne suffit pas, **ordre à France Télés de donner toutes les images tournées par les journalistes**).

> Ce n’est pas tout. **Lors du moindre rassemblement, pose d’Imsi-catchers**, ces fa- meuses valises espionnes qui captent toutes les conversations alentour. **Perquisitions par dizaines, avec saisie de centaines de téléphones mobiles, d’ordinateurs, de disques durs, de clés USB**. Notamment ceux de Gaspard d’Allens, journaliste forcément redoutable puisqu’il a osé écrire un livre contre Bure et s’est installé sur place. **Et ceux d’Etienne Ambroselli, avocat de tous ces « malfaiteurs », qui, en juin, s’est retrouvé 36 heures en garde à vue**.

> Le chantier de Bure est prévu pour durer cent ans (les derniers déchets y seront acheminés vers 2100, puis on rebouchera le tout). Cent ans de transport de déchets ultra-dangereux et de travaux titanesques confiés à des milliers de salariés à surveiller de près… Ce territoire est en passe de devenir le plus fliqué de France. On n’y verra pas un seul malfaiteur ! Le bonheur.

Dans le Canard enchaîné du 21 novembre 2018.


Pas d’armistice pour les anti-Macron

Sun Dec 2 18:47:11 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?qJtP3Q


> Écrire “Macron-Pétain-Câble” peut conduire en garde à vue.

> En pleine célébration jupitérienne du centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale, en compagnie de 70 chefs d’Etat conviés à l’Elysée, ce n’était pas le moment de plaisanter. Mal en a pris à Christophe, Lubin et Vincent, trois jeunes militants anti-publicité, de **placarder sur un Abribus une affiche sur laquelle était écrit au feutre : « Macron-Pétain-Câble »**. A peine leur crime de lèse-président commis, dans le quartier de Montparnasse, à Paris, les trois larrons se sont fait serrer par la patrouille. Et, là, fini de rigoler !

> Conduite toutes sirènes hurlantes au commissariat du Ve arrondissement, les délinquants sont présentés à un officier de police judiciaire qui juge l’affaire de la plus haute importance. On ne badine pas avec le respect dû au chef de l’Etat, surtout un 11-Novembre. **Résultat : une douzaine d’heures de garde à vue chacun, avec interrogatoires au beau milieu de la nuit**.

> Las, le flic qui pensait pouvoir leur coller une « offense au chef de l’Etat » s’aperçoit que le délit n’existe plus depuis le 5 août 2013. Désormais, les impertinents qui se rendent coupables d’ironie, d’irrévérence ou de moquerie envers le président de la République ne peuvent plus être poursuivis.

> Qu’à cela ne tienne, le chef poulet replonge dans son Code pénal et trouve une autre incrimination : « outrage à une personne dépositaire de l’autorité publique commis en réunion ». Peine encourue : 2 ans de ballon et 30 000 euros d’amende.

> Caramba, encore raté ! **Le parquet n’a pas suivi et a ordonné de libérer les garnements sans aucune poursuite à leur encontre**.

> Ça l’affiche bien…

Ha… Le zèle et la proportionnalité des actions des flics…

Dans le Canard enchaîné du 21 novembre 2018.


Au palais, des traductions en mal d‘interprètes

Sun Dec 2 18:38:31 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?Ydjxag


> Les interprètes de la cour d’appel de Paris vont être payés. Il était temps : les malheureux attendaient depuis des mois ! Le 12 novembre, soutenus par de nombreux magistrats, ils ont protesté devant les tribunaux d’Ile-de-France.

> L’Union des interprètes-traducteurs, leur association, s’efforce aussi de défendre le sérieux de la profession. Elle s’interroge sur les conditions d’inscription sur les listes des experts assermentés et s’étonne du **« nombre inquiétant de mauvais interprètes, qui parlent mal soit la langue à traduire, soit le français »**.

> **Des avocats parlant l’arabe se plaignent : il leur arrive de devoir engueuler l’interprète, avant de prendre le relais d’une traduction « bancale »**. Dans un commissariat parisien, face à un dealer marocain, un traducteur réussit l’exploit de transformer « cannabis » en « cadavre enterré ». De quoi aggraver le corps du délit ! **Les commissariats possèdent des « experts » attitrés, sélectionnés parfois sur des critères très approximatifs, genre : « conjoint d’une collègue de la PJ »**.

> Le monsieur te demande…

> **A Roissy, dans la zone d’attente où sont confinés les demandeurs d’asile, l’avocate Sophie Weinberg a assisté à la recherche éperdue d’interprètes parmi les voyageurs en partance**.

> « Sollicitons les chefs de poste, est-il consigné dans un PV du 23 octobre, afin que les gardes-frontières aux filtres “départ” et “arrivée” décèlent toute personne susceptible de servir d’interprète en langue comorienne… » Des recherches la plupart du temps « infructueuses ».

> **La Cour nationale du droit d’asile est, elle, secouée par un  scandale : trois de ses traductrices sont soupçonnées d’avoir rapporté les secrets de réfugiés à l’ambassade d’Azerbaïdjan, entraînant des arrestations au sein de familles restées là-bas**. Révélée par StreetPress, l’affaire a causé le renvoi de plusieurs audiences.

> Recrutement fantaisiste

> Ce bordel n’a pas échappé à **la Commission européenne, qui, dans une étude, tacle sévèrement la France, où « personne ne connaît exactement les critères » de recrutement des interprètes**. Si, dans d’autres pays de l’UE, les candidats sont soumis à de vrais examens, la France se contente d’« un simple entretien » avec des magistrats incapables de repérer qui parle le pachtou, le mandarin ou le tamoul. « Un sérieux problème », conclut la Commission européenne. Et un doute : son rapport a-t-il été bien traduit aux autorités françaises ?

Dans le Canard enchaîné du 21 novembre 2018.


L‘argent piqué des victimes médicales

Sun Dec 2 18:32:23 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?5R8evA


> **L’Office national d’indemnisation des accidents médicaux** (Oniam) affiche une petite mine. Ses principaux dirigeants — présents et passés — doivent bientôt être entendus par la section de recherche de la gendarmerie de Paris. Une enquête préliminaire a été déclenchée il y a près de deux ans par le parquet national financier, à la suite d’un contrôle de la Cour des comptes. **Les enquêteurs cherchent à mettre la main sur 25 millions d’euros**. « Cet argent s’est évaporé, assure une source judiciaire. On ne sait pas encore où. Ni dans la poche de qui. » Pas dans celle des victimes, en tout cas.

> **En 2017, l’Oniam a géré 4 600 demandes d’indemnisation** et a versé près de 135 millions d’euros à des victimes d’accidents médicaux et autres aléas thérapeutiques — **un chiffre inédit depuis sa création, il y a quinze ans**. Pourtant, constate une source proche du dossier, « c’est un incroyable bordel, multiforme. **Une gestion budgétaire et administrative ahurissante** pour une telle structure publique ». **Près de 30 millions d’euros de créances, par exemple, n’ont pas été identifiées. Et autant n’ont pas été réclamées aux assureurs et aux mutuelles entre 2011 et 2015 !**

> **L’un des anciens cadres de l’Oniam, notamment, se serait gardé de réclamer son dû à une compagnie d’assurances avec laquelle il partageait des intérêts financiers**. Si on ne peut plus avoir d’amis…

> La Cour des comptes s’est ainsi intéressée à deux marchés de communication : l’un, en 2013, d’un montant de 245 000 euros, et l’autre, en 2016, de 480 000 euros. Si tous deux s’exécutent, en principe, à émission de bons de commande, les magistrats de la Rue Cambon n’ont trouvé aucune trace desdits bons. Quant aux factures, elles sont « sommaires ». C’est grave, docteur ?

Dans le Canard enchaîné du 21 novembre 2018.


Les ”gilets jaunes” flashés par les radars des flics

Sun Dec 2 18:27:38 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?dJGbnw


> Les services de renseignement ont alerté l’Elysée sur la mainmise de l’ultra-droite et les risques de coagulation du mouvement

> **Heureusement que les Renseignements généraux ont disparu et que les mouvements sociaux et politiques échappent à toute surveillance officielle !** A la veille du « blocage national contre la hausse du carburant » du 17 novembre, Emmanuel Macron disposait pourtant, sur son bureau, d’au moins deux rapports « à diffusion restreinte », dont « Le Canard » s’est procuré une copie : l’un, rédigé par la Direction du renseignement de la Préfecture de police de Paris (DRPP) ; l’autre, à visée nationale, cosigné par les Directions générales de la police et de la gendarmerie. Leurs conclusions sont similaires : le mouvement est parti pour durer, voire pour « agréger d’autres mécontentements ». Et pourquoi pas une « convergence des luttes » ?

> Avant d’aboutir à ces analyses osées, **les flics du Renseignement ont filé, en province comme en région parisienne, et depuis au moins trois semaines, les leaders autoproclamés du mouvement**.

> A côté des plaques

> Eric Drouet, par exemple, qui est à l’initiative d’une pétition nationale, est pisté en Seine-et-Marne. Le 10 novembre dans l’après-midi, les poulets de la DRPP le retrouvent sur le parking d’un centre commercial, sur la commune de Collégien. **Pendant qu’une quarantaine de manifestants l’écoutent, les flics notent les plaques minéralogiques** : « Outre la Seine-et-Marne, les autres départements de la grande couronne étaient représentés. » Puis les poulets entendent Drouet appeler ses comparses à « converger vers le palais de l’Elysée ». Ce que les « gilets jaunes » ont tenté de faire le 17, sans succès, et qu’ils retenteront le 24.

> **N’ignorant pas grand-chose de ces surveillances parfois peu discrètes, « certains organisateurs ont transmis des consignes de discrétion » à leurs troupes**. Finis les messages Facebook, Twitter et autres réseaux sociaux, **vivent les messageries cryptées** telles WhatsApp ou Telegram ! Et ce « afin de créer un effet de surprise vis-à-vis des forces de l’ordre ».

> La « mouvance d’ultra-droite », elle, n’a pas brillé par sa réserve. Partout, poulets et pandores ont identifié une ribambelle de fachos ayant enfilé le gilet jaune sur leurs habituels brassards bruns. C’est ce qui a permis à Macron, lors de son interview à TF1 le 14 novembre, de déclarer : « Je dis méfiance, parce qu’il y a beaucoup de gens qui veulent récupérer ce mouvement. » Pas son genre, évidemment…

> A côté, ceux de la « mouvance d’ultra-gauche » — de type zadistes, squatteurs… — passent pour une bande de rigolos. A l’exception d’une poignée de « militants calaisiens » qui, à la faveur des bouchons consécutifs au blocage des routes par les gilets jaunes, « incitent les migrants à se dissimuler dans des poids lourds ». C’est malin…

Dans le Canard enchaîné du 21 novembre 2018.


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GuiGui's Show - Friday 30 November 2018 http://shaarli.guiguishow.info/?do=daily&day=20181130 http://shaarli.guiguishow.info/?do=daily&day=20181130 Fri, 30 Nov 2018 00:00:00 +0100 Enfermé dans son corps de métal | CommitStrip Fri Nov 30 20:45:33 2018 -
https://www.commitstrip.com/fr/2018/11/30/trapped-inside-its-metal-body/


Énorme +1. < 3


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GuiGui's Show - Sunday 25 November 2018 http://shaarli.guiguishow.info/?do=daily&day=20181125 http://shaarli.guiguishow.info/?do=daily&day=20181125 Sun, 25 Nov 2018 00:00:00 +0100 La puce US qui gratte Paris Sun Nov 25 13:42:24 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?vqExxw


> **Une simple puce électronique « made in USA » bloque depuis près d’un an la vente de 24 Rafale supplémentaires par la France à l’Egypte**, explique « Challenges » (31/10).

> Le comble, c’est qu’elle n’est même pas un composant de l’avion de Dassault mais de son armement. En effet, **cette simple puce embarquée sur le missile français Scalp pour permettre son guidage par GPS** est utilisée par l’administration Trump comme un levier stoppant toute la vente.

> **Ce stratagème résulte de la réglementation américaine draconienne Itar (International Traffic in Arms Regulation), qui permet à l’administration US de proscrire purement et simplement l’exportation de matériel militaire dans le monde entier, dès lors qu’une seule pièce est de conception américaine**…

> Autrement dit, **Itar, avec son nom de missile, est l’arme absolue, utilisée à discrétion par Washington pour torpiller les contrats des copains !**

> Et, singulièrement sous Trump, en plein bras de fer comercial, pour tordre le bras de ses alliés également vendeurs d’armes…

Impérialisme, j'écris ton nom.

Dans le Canard enchaîné du 14 novembre 2018.


Les fruits amers de la “piste agricole”

Sun Nov 25 13:38:41 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?LrbUJA


> Une friche. Voilà à quoi ressemblent la police et la justice antiterroriste après vingt ans passés à exploiter la pseudo-piste agricole dans l’affaire Erignac.

> La cour d’appel de Paris a confirmé, le 6 novembre, le jugement, rendu le 27 mars 2017, condamnant l’Etat à indemniser plusieurs personnes mises en cause à tort dans l’assassinat du préfet de la Corse. Un non-lieu général avait été prononcé le 30 juin 2016, dix-huit ans après l’ouverture de l’enquête.

> **Sitôt la mort brutale du préfet, le 6 février 1998, le patron de l’antiterrorisme, Roger Marion — surnommé par ses hommes « Eagle 4 », pour « Il  gueule fort » —, avait vendu au ministre de l’Intérieur, Jean-Pierre Chevènement, cette piste agricole : un réseau de paysans nationalistes. Il en avait également convaincu la juge antiterro Laurence Le Vert, chargée de l’instruction**.

> En tout, 31 personnes seront mises en examen dans cette procédure hors norme. Perquisitions, interrogatoires, incarcérations, mesures de contrôle judiciaire : rien ne sera épargné aux terroristes supposés comme à leurs proches. Pas même la découverte inopinée d’un sachet d’explosifs dans une bergerie au milieu d’un domaine de 900 hectares. Lors de l’enquête, **le gardien dudit domaine avouera avoir déposé le paquet à la demande de Marion**. Toutes ces péripéties et autres invraisemblances n’empêcheront pas la juge Le Vert de rendre son ordonnance de non-lieu, quelques jours seulement avant son départ à la retraite, alors qu’aucun acte d’instruction n’est intervenu depuis seize ans.

> Quant à Marion, convoqué en mars au titre de témoin assisté par un magistrat, **l’ex-superflic, devenu préfet honoraire, est soupçonné de « dénonciation calomnieuse » dans cette histoire de fausse piste agricole**.

> Une nouvelle affaire qui va s’embourber ?

Entre le mythe du groupe terroriste d'extrême-gauche dit de Tarnac et ça, existe-t-il, en France, une chasse aux sorcières antiterroriste qui n'a pas mal tourné vers le n'importe quoi absolu ? :O

Dans le Canard enchaîné du 14 novembre 2018.


Apocalypse loi !

Sun Nov 25 13:33:23 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?V6MsxA


> A toute blinde et en moins de quatre heures, le vendredi 9 novembre, à la veille du week-end, **les députés de la commission des Lois sont revenus à la version initiale de la réforme de la justice. Ils ont donc piétiné tout le boulot des sénateurs, apparemment plus soucieux des libertés qu’eux**.

> Camouflet supplémentaire pour les avocats en colère contre ce texte, la commission des Lois compte pas mal de leurs consœurs, dont la présidente LRM, Yaël Braun-Pivet, fervent soutien d’**une réforme qui donne encore plus de pouvoir aux procureurs et aux flics**. On dit : merci, maître ?

> Réunis le 5 novembre, lors d’une conférence de presse, à Paris, bâtonniers et célèbres pénalistes ont hurlé contre cette « catastrophe », cette « régression jamais vue », « ce triomphe des procureurs ! ». Par avance, la ministre de la Justice avait traité leur colère de « postures ». Pourtant, difficile de leur donner tort, tant le texte semble dicté par le ministère de l’Intérieur.

> **Grands vainqueurs, les flics et les procs, qui, au détriment des juges indépendants, montent en puissance et acquièrent de nouvelles prérogatives, Dont la généralisation galopante des écoutes téléphoniques, des géolocalisations, des interceptions numériques et autres intrusions dans la vie de chacun**.

Sur ce point, lire « [Des perquisitions sévèrement contrôlées… par des fantômes](/?XgUDAA) ».

<br />
> **Sans trop de garde-fous : les enquêtes conduites par les procureurs sont facilitées. Or elles sont secrètes, sans accès au dossier ni recours**. Au nom, sûrement, du respect des droits de la défense !

Dans le Canard enchaîné du 14 novembre 2018.


Hêtre ou ne pas être

Sun Nov 25 13:29:08 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?uFGMng


> D’un côté, les lecteurs font fête à « La vie secrète des arbres », qui raconte comment ceux-ci communiquent entre eux par leurs racines et s’envoient des messages par champignons interposés. De l’autre, **les pouvoirs publics donnent partout le feu vert (si l’on peut dire) aux ratiboisages massifs : haro sur le bois Lejuc pour y creuser, près de Bure, la plus grande poubelle nucléaire du monde ; sur la forêt de Kolbsbeim, près de Strasbourg, pour y faire passer une nouvelle autoroute ; sur la forêt de Roybon, dans les Alpes, pour y installer un Center Parcs rutilant** et chacune de ces forêts devient un « territoire en lutte » (1)…

> **D’un côté, on clame partout que les forêts sont les amies du climat puisqu’elles absorbent moult quantités de C02. De l’autre, le gouvernement fait tout pour transformer l’ONF, qui gère un quart des forêts françaises, en une entreprise qui sacrifie tout à la rentabilité**, notamment ses missions de service public (entretien, prévention des incendies, information du public), pour se concentrer sur la **production et la vente de bois, planter des douglas (résineux à pousse rapide) partout** et, au passage, rendre la vie impossible à ses 9 000 salariés (une cinquantaine de suicides depuis 2005) et mieux les virer (226 postes supprimés l’an prochain) (2)…

> D’un côté, **le gouvernement s’apprête à lancer à grand tapage le plan d’une — attention les yeux — « stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée »** (SNDI), qui ambitionne de faire en sorte que nous autres Français ne soyons plus responsables de la destruction annuelle de 14,8 millions d’hectares de forêt tropicale : le soja dont se nourrissent nos bovins, l’huile de palme dont sont farcis nos aliments, le caoutchouc de nos pneus, etc., tout cela vient de terres conquises sur la forêt (3). De l’autre, **ce même gouvernement autorise le champion du CAC 40 Total à importer jusqu’à 550 000 tonnes d’huile de palme dans son usine de La Mède** (Bouches-du-Rhône).

> Mieux encore : ce plan a toutes les chances de n’être qu’un catalogue de vœux pieux, comme le redoute Clément Sénéchal, de Greenpeace (« Le Monde », 26/8). Ayant consulté sa première mouture, il note que, **contrairement à son engagement auprès de l’ONU consistant à mettre un terme à la « déforestation importée » en 2020, le gouvernement a repoussé l’échéance de dix ans**. Pratique : en 2030, il ne sera plus aux manettes ! Il note que, en plus, **ce plan, qui se gargarise de « finance verte », ne prévoit aucune sanction, aucune mesure réglementaire, ne fixe aucun calendrier de réduction de notre dépendance au soja, n’évoque même pas la baisse de la consommation de viande et de produits laitiers** : « Ce texte condense tous les vices classiques des tentatives écologiques en milieu ultralibéral, pour aboutir, in fine, à une démission lamentable de la puissance publique. » Auprès de mon arbre…

> (1) « Etre forêts, habiter des territoires en lutte », par Jean-Baptiste Vidalou, Zones, 2017.

> (2) « Nos forêts en danger », par Alain-Claude Rameau, Atlande, 2017.

> (3) Le WWF vient de sortir un rapport accablant sur la « Déforestation importée ».

Un condensé de quelques compromissions que certain⋅e⋅s osent encore nommer « compromis ».

Dans le Canard enchaîné du 14 novembre 2018.


De mal en Génepi

Sun Nov 25 13:19:23 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?uLZCdQ


> Depuis sa création, en 1976, par le regretté Lionel Stoléru, le Genepi reçoit des subventions du ministère de la Justice. C’est bien le moins. Car cette **bande d’étudiants, bénévoles, donne son temps et dispense des cours aux prisonniers**. Hélas, depuis quelque temps, c’est la grosse bagarre avec l’administration pénitentiaire.

> Déjà, en 2016, Jean-Jacques Urvoas, garde des Sceaux, avait sucré une partie de sa subvention, avant de se raviser devant le tollé, et voilà que Nicole Belloubet s’y met, comme l’a révélé « Le Monde ». finie la manne du ministère ! **Dans une lettre adressée en avril au cabinet de Belloubet, le directeur de la pénitentiaire étalait ses griefs. A commencer par cette campagne, intitulée « La prison nuit gravement à la santé »**. Difficile à contredire et pourtant, **les reproches furax fusent, du genre : « On ne mord pas la main qui vous nourrit. »**

> Punis pour insolence

> **Les impudents ont tenu bon et la ministre s’arc-boute : « Le Genepi développe des thèses très hostiles à la politique publique… »** Certes, mais il n’est pas le seul. Les surveillants ou les travailleurs sociaux aussi, dont les syndicats, très virulents, ont la critique bien plus dure que le Genepi. Tout le monde s’en mêle ! Même Taubira, qui a demandé à Belloubet de rétablir la subvention. Et des tas d’associations et de personnalités, alarmées de ce « mauvais signal pour l’engagement des jeunes », soutiennent les jeunes profs.

> La conseillère justice de Macron tente de trouver une sortie. En attendant, les portes des taules se claquent au nez des « genepistes », qui continuent de revendiquer leur indépendance, « choqués qu’un partenariat avec l’administration puisse être conditionné par l’absence de critique et de réflexion sociétale ».

> Les taulards vont adorer !

Une illustration supplémentaire qui me permet d'alimenter mon moulin d'[appel à la prudence concernant les subventions et les réductions d'impôts dans le milieu associatif](/?q4vtQQ).

Dans le Canard enchaîné du 14 novembre 2018.


Jupiter ne voyage pas en solitaire

Sun Nov 25 13:09:02 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?t68cDQ


> **Un gorille surgit dans l’église de Verdun, le 6 novembre, et brandit sa plaque de flic pour ordonner d’accélérer la messe d’enterrement. Motif : l’arrivée imminente du Président**, en « itinérance mémorielle », obligeant la maréchaussée à neutraliser la rue. Pour ne pas gêner le cortège présidentiel, même les morts doivent se mettre « en marche » !

> En six jours, **la caravane élyséenne, forte d’une quarantaine de véhicules**, a sillonné neuf départements de l’est et du nord de la France. « Le Président avait exclu l’emploi de l’hélicoptère, trop dispendieux. On a donc slalomé pour éviter les ”gilets jaunes” », raconte un participant du Macron Tour.

On reparle d'écologie (est-ce que cette consommation d'énergie fossile et cette pollution au CO2 sont justifiées ou même justifiables) ? :))))

<br />
> **A chaque étape**, rameutées des quatre coins du pays, **pas moins de six unités de CRS (65 hommes chacune, et une vingtaine de véhicules)** étaient chargées de tenir à distance les grincheux et autres contestataires. **Des troupes locales — jusqu’à 200 poulets et pandores — s’occupaient de la circulation et faisaient le vide** autour de Jupiter. **Sans compter les poilus du Président : une soixantaine d’hommes du GSPR**, chargés de lui filer le train, ainsi que **des membres de la CRS 01 et les tireurs d’élite du Raid et du GIGN, perchés sur les toits**. Ça en fait, du monde, dans la tranchée !

On reparle du « pognon de dingue » ? :))))))

<br />
> Fausse nonne, vrai kebab

> Si le dispositif n’a pas empêché Macron de se faire chahuter, ses poulets se sont montrés impitoyables. A Pont-à-Mousson le 5 novembre, ils ont plaqué au sol une fausse nonne qui entendait exorciser Emmanuel. Il s’agissait en fait d’un étudiant de 20 ans qui, après être passé à confesse, a été relâché.

> Le lendemain, à Reims, une écolo a écopé d’une garde à vue. Son crime ? Avoir tagué sur les marches de la mairie : « On veut des coquelicots, halte au pesticide glyphosate. » Le procureur, ayant jugé l’affaire de la plus haute importance, a convoqué la protestataire en janvier.

> Le 8 novembre, enfin, sans doute impatient de voir ressortir Macron de l’hôtel de ville d’Arras, un citoyen a vociféré : « Va te faire égorger, fils de pute ! » Aussitôt dit, aussitôt interpellé ! Montant dans le fourgon, l’impudent a juste eu le temps de lancer à sa moitié : « Prends mon kebab, je pars en garde à vue. »

> Finalement, c’est lui qui a dégusté !

Cet article illustre une toute partie du problème qu'il y a à désigner, par suffrage, un homme (ou une femme) providentiel censé nous guider, nous protéger, décider en dernier ressort en plus haut-lieu : cette désignation, par sa conception même, le met à l'écart des autres, au-dessus des autres, il est quelqu'un d'exceptionnel qui mérite une protection renforcée, une attention particulière, un service aux petits soins alors qu’il est juste une petite merde de plus parmi 7 milliards d’autres. La déconnexion des élites commence comme ça. Il serait temps de réviser notre conception du pouvoir et surtout la manière de l'incarner (ou non).

Dans le Canard enchaîné du 14 novembre 2018.


Un proiet d‘attentat bien emballé

Sun Nov 25 12:45:30 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?pjYqSg


> La nouvelle a tourné en boucle sur les radios et les chaînes d’info continu, la semaine demière : Macron venait d’échapper de justesse à un attentat. Sous le sceau du secret-défense, la Place Beauvau expliquait aux journalistes que, **ce 7 novembre, la DGSI avait démantelé « un groupe paramilitaire d’ultradroite » qui s’apprêtait à attaquer le Président**, en pleine « itinérance mémorielle » du côté de Charleville-Mézières (Ardennes).

> De l’info puisée à la meilleure source, mais à prendre avec des gants. **Entre eux, les flics du Renseignement intérieur appellent ça le « cadeau de bienvenue » : lorsqu’un nouveau patron prend la tête de la boutique, ses hommes lui offrent sa petite affaire. Il y a dix ans, l’histoire de Tarnac, montée à la hâte au moment de la création de la DCRI, avait saturé les médias** sur le thème du « terrorisme d’ultragauche »… avant de finir en eau de boudin.

> Fachos fêlés

> Nicolas Lerner n’a pas dérogé à la tradition : trois semaines après son arrivée à la DGSI, le 17 octobre, il y a eu droit. Un joli paquet-surprise avec, cette fois, la mention « terrorisme d’ultradroite ».

> **Quatre zinzins se revendiquant « survivalistes », que nos contre-espions surveillaient gentiment, ont donc été opportunément interpellés puis déférés** pour « association de malfaiteurs terroriste criminelle ».

> Le prétexte de la DGSI pour réaliser le coup de filet du 7 novembre ? Le cerveau de la bande, un retraité de 62 ans, avait annoncé ses intentions sur les réseaux sociaux et quitté son domicile de l’Isère pour retrouver ses complices, à une heure de route de la caravane présidentielle. A l’intérieur de la 406 Peugeot des suspects : trois sacs de couchage, des matelas de camping, une paire de gants en cuir noir et un couteau de cuisine en céramique, censé servir d’arme pour attaquer Macron.

> Le nouveau secrétaire d’Etat à l‘Intérieur, Laurent Nuñez, qui, pour avoir dirigé seize mois la DGSI, connaît la musique, a préféré la jouer très modeste (le « JDD », 11/11) : « Il faut rester prudent, car l’enquête est en cours, mais il semble que le président de la République était pour eux une **cible potentielle, même si le projet n’était pas abouti**. » On a connu plus convaincu.

> **Lui-même, en juin 2017, avait reçu comme cadeau de bienvenue le démantèlement d’un groupuscule, déjà qualifié d’« ultradroite », qui menaçait de s’en prendre à Mélenchon et à Castaner**, alors porte-parole du gouvernement.

> Des zozos utiles, ces fachos ?

Je suis dubitatif : si tout le monde connaît la combine (quand elle est publiée dans un journal national à grand tirage, on peut aisément estimer qu'elle est connue de longue date par tout le gratin politicien et journalistique), quel en est l'intérêt ? Le⋅a politicien⋅ne sait que c'est du flan (donc le nouveau dirlo en poste ne peut pas se faire mousser), le⋅a citoyen⋅ne aussi (donc l'effroi se dissipe rapidement)…

Interpréter les propos de l'ex-patron de la DGSI dans le sens qui arrange alors qu'il y a toujours une prudence dans l'expression de ces gens-là tant que l'enquête est en cours (sauf quand le terroriste est musulman, mais c'est un autre problème), c'est pas fameux non plus.

Dans le Canard enchaîné du 14 novembre 2018.


Des observatoires pas très regardant

Sun Nov 25 12:39:32 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?hyWNVg


> Incroyable mais vrai ! Une des annexes au projet de loi de finances pour 2019 donne quelques occasions de sourire : celle qui détaille, en 55 pages, le coût de fonctionnement et le nombre de réunions des **887 « commissions et instances consultatives placées directement auprès du Premier ministre ou des ministres »**.

> Le lecteur y apprend ainsi que l’Observatoire des finances et de la gestion publique locales, composé de 16 membres, ne s’est réuni qu’une seule fois l’an dernier. Coût de fonctionnement annuel dela commission : 210 000 euros. Ça fait cher les retrouvailles.

> Dans le même genre, les 47 membres de l’Observatoire national de la politique de la ville ne se sont concertés que deux fois en 2017, pour un coût de fonctionnement de 310 000 euros — en augmentation de 82 % par rapport à 2016, où l’instance s’était pourtant réunie quatre fois.

> Quant à la commission interministérielle des données d’origine spatiale, rattachée au Premier ministre, dont le coût de fonctionnement pour l'année 2017 a été évalué à 19 000 euros, elle n’a pas jugé utile d’organiser la moindre réunion en 2017. A moins que ses 5 membres aient eu la tête dans la lune…

> Les 10 membres de l’Observatoire des jeux — dont le coût de fonctionnement atteint 90 000 euros — se sont, eux, surpassés, puisqu’ils se sont retrouvés à trois reprises en 2017. Tout comme les 26 membres de l’Observatoire national de la vie étudiante. Coût de fonctionnement de leur instance : 327 000 euros. Pour bien observer, rien ne vaut la prise de recul !

> A se demander pourquoi la « commission centrale des appareils à pression » (ça a existé) ainsi que la « commission des phares » ont été supprimées. Elles en faisaient vraiment beaucoup moins que les autres ?

Je propose la création d'un observatoire sur les observatoires Théodule. \o/

Je note néanmoins de la mauvaise foi dans cet article : le nombre de réunions d'un groupe ne permet pas d'exprimer la quantité de travail produite en amont par ledit groupe, une réunion sert souvent à se mettre d'accord sur des détails et à trancher les différends.

Dans le Canard enchaîné du 14 novembre 2018.


EDF gagne du terrain

Sun Nov 25 12:32:48 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?mhxkQg


> C’est en catimini qu’**EDF est en train d’acquérir des terrains aux abords de ses centrales nucléaires** : 140 ha près de celle de Belleville, 116 ha à Saint-Laurent-des-Eaux, 120 ha à Chinon…

> Pourquoi pareille frénésie foncière (relevée par le Réseau Sortir du nucléaire, le 31 octobre) ?

> **Pour préparer le démantèlement des réacteurs, des opérations exceptionnelles de grand carénage… et le « développement des nouveaux moyens de production décarbpnnée »** (« Le Parisien », 7/11), explique benoîtement EDF.

> **En clair, pour accueillir les six EPR que l’électricien rêve de construire avant 2050**. Rêvons : d’ici là, l’EPR de Flamanville, dont la construction a commencé en 2007 et dont le chantier n’en finit pas de ne pas finir, aura peut-être produit son premier kilowattheure…

Dans le Canard enchaîné du 14 novembre 2018.


Médocs sans stock

Sun Nov 25 12:30:27 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?j0dMnA


> **Les pénuries de médicaments continuent, et c’est même de pire en pire : 530 médocs ont été en rupture de stock en 2017, soit dix fois plus qu’il y a dix ans !** Et on ne parle pas de pastilles pour la gorge. **Des médicaments traitant des cancers ou la maladie de Parkinson (le Sinemet) manquent à la pelle**. Mais comment est-ce possible ?

> En 2016, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, avait pourtant pris le problème « à bras-le-corps ». Et sorti un décret imposant à l’industrie pharmaceutique de mettre en place des « plans de gestion de la pénurie ». Las ! leur contenu est resté plan-plan. Résultat : l’industrie, que l’on sait torturée par le bien public, continue de **produire à moindre coût, c’est-à-dire à flux tendu**. Exemple : MSD ne possède qu’une seule usine dans le monde produisant le Sinemet, et celle-ci a un problème de mise aux normes…

> Un rapport du sénateur Jean-Pierre Decool (apparenté à droite) vient donc de proposer 30 mesures supplémentaires. Un arsenal maniant la carotte — des exonérations fiscales — et le bâton : nationaliser la production de quelques médicaments vitaux, qui seraient confiés aux pharmacies des armées ! Un crime de lèse-business dont le lobby pharmaceutique ne veut pas entendre parler.

> Il faut peut-être arrêter de lui demander son avis ?

Dans le Canard enchaîné du 14 novembre 2018.


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GuiGui's Show - Sunday 18 November 2018 http://shaarli.guiguishow.info/?do=daily&day=20181118 http://shaarli.guiguishow.info/?do=daily&day=20181118 Sun, 18 Nov 2018 00:00:00 +0100 Les marcheurs pour le climat et les gilets jaunes sont sur un bateau… Sun Nov 18 23:10:45 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?7RfcXw


Quelques chiffres :
  * **Nombre de participants aux marches pour le climat** (8 septembre et 13 octobre 2018, j’ai retenu le max des deux) : environ **115 000 dans toute la France** dont environ 50 000 à Paris selon les organisateurs. Environ 18 500 à Paris selon les flics donc environ **42 500 dans toute la France**, si l'on fait le calcul inverse ;
<br />
  * **Nombre de participants au mouvement des gilets jaunes : environ 290 000 personnes dans toute la France** selon les flics.

Je reformule : **une marche pour dire "arrêtons de foncer obstinément dans le mur, changeons drastiquement de modèle de société" a rassemblé environ 42 500 personnes** là où **une journée d'action pour dire "mouin mouin mon pouvoir d'achat**, moi pas content car je vais payer plus cher mon énergie fossile qu'on me vend déjà moins chère que ce qu'elle coûte car [son exploitation est subventionnée](https://peertube.datagueule.tv/videos/watch/3a26faf5-2c16-4075-b699-217385d10295), mouiiiiiin, rien à foutre du climat et des autres, moi vouloir argent donc moins de taxes, d'impôts et de cotisations sociales" **a rassemblé 290 000 personnes, soit un facteur d'environ 7** (environ 2,5 si l'on mélange les chiffres les plus favorables à chaque mouvement, même si leur source diffère).

**Pour moi, la messe est dite : des actions concrètes pour lutter contre notre massacre écologique, ça sera pour demain**, aujourd'hui chacun⋅e d'entre nous est plus occupé⋅e à penser à sa petite personne, à ses petits intérêts économiques (certain⋅e⋅s auront le culot de nommer ça « survie au quotidien »), à s'arrimer coûte que coûte à un mode de vie que la planète ne peut soutenir. Continuons ainsi, tout va bien se passer.

Aller, bonne semaine quand même.


Porno-chiotte

Sun Nov 18 22:35:29 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?4GKrfA


> *Judy, Lola, Sofia et moi* par Robin D’Angelo (Goutte d’Or)

> **C’est l'un des rares jobs où les femmes sont plus payées que les hommes**. Les féministes pourraient s’en réjouir, mais il n’y a pas de quoi. Parce qu’il aimait consommer du porno, le journaliste Robin D’Angelo a décidé d’aller voir derrière la caméra comment ça se fabrique. Il a plongé dans **le monde du porno amateur français**. Et ce qu’il a découvert est à pleurer.

> On est loin du plaisir chanté par l’ex-pornstar Céline Tran dans sa bio très médiatisée, « Ne dis pas que tu aimes ça » (Fayard). On est au cœur de la misère du monde. **De petits producteurs sans le sou et plutôt d’extrême droite sont à la recherche permanente d’actrices pour renouveler leur vivier. Dans des appartements minables, ils font tourner des jeunes filles fracassées dans leur enfance. Pas toujours jolies mais toujours exploitées**. Le journaliste ne trouve pas de quoi bander, et il n’est pas le seul. **Les hommes bandent mou et les actrices souffrent. L’une d’elles s’évanouit parce qu’un acteur a essayé de lui enfoncer le poing dans le vagin, une autre met trois jours à se remettre d’un « bukkake », un « vide-couilles » où une bande de males ejaculent sur une femme livrée à leur plaisir**.

> Dans ce monde du sexe misérable, il n’y a ni glamour ni excitation, pas même celle de la transgression. Il y a juste la douleur de femmes qui subissent une violence plus ou moins admise. **Quand elle est trop grande, ou pas assez consentie, certaines actrices arrivent à se plaindre et réclament alors plus d’argent. Le porno amateur, ou l’acceptation de l’autodestruction pour payer les fins de mois**. « Je comprends pas pourquoi les gens ils disent : “Merci, Jacquie et Michel”! C’est Michel qui se fait péter l’cul ? Non, c’est Lola. Alors, merci, Lola ! » résume ladite Lola, l’une des héroïnes de ce road-porn.

> **Celui qui profite de ce monde de misère, c’est pourtant bien Michel, 60 ans, ex-enseignant de Tarbes et fondateur du site de vidéos amateur Jacquie et Michel, qui règne en maître sur le secteur. La niche du porno amateur a fait sa fortune : 15 millions de chiffre d’affaires en 2016**. Lui, au moins, a eu du cul dans la vie. Merci qui ?

Dans le Canard enchaîné du 7 novembre 2018.


J'ai testé ”Sugar Baby !”

Sun Nov 18 22:18:34 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?lXcaKw


> Le concept est simple : **les Sugar Daddy ou Sugard Mama, hommes et femmes fortunés, offrent de l'argent ou des biens à des personnes bien plus jeunes qu'elles, les Sugar Babies, en échange d'une « relation »*. Une prostitution qui ne dit pas son nom.

> Graphisme sobre et épuré, Sugardaters.fr est un de ces **sites de rencontre entre des hommes murs, aux portemonnaies plutôt bien garnis appelés ici Sugar Daddy, comprenez « Papa-Gâteau » avec des jeunes femmes, étudiantes pour la plupart, ayant des difficultés à boucler les fins de mois**. La version « Maman-gâteau » existe aussi d’ailleurs. « Le SugarDating, c’est la recherche d’une histoire romantique et d’attraction hasée sur le respect et la confiance », précise la page d’accueil du site martelant a de nombreuses reprises que son utilisation est interdite « aux activités d’escorte ou similaire » et « pour vendre ou acheter des services sexuels » (1).

> En octobre dernier, une enquête pour « proxénétisme aggravé » a été ouverte par le parquet de Paris contre **le site Richmeetbeautiful.fr qui n’avait pas hésité à installer des panneaux publicitaires mobiles aux abords des facultés franciliennes pour inviter les étudiantes a sortir avec un Sugar Daddy ou une Sugar Mama plutôt que de souscrire des prêts étudiants !**

> En quelques clics je deviens à mon tour une grande Sugar Baby de 20 ans. La photo est obligatoire, c’est même la condition pour avoir accès à celle d’un Sugar Daddy. Je choisis l’option lunettes de soleil. Mon profil à peine validé que je reçois déjà un premier message de Darlands, 49 ans, homme d'affaire londonien, qui juge ma photo tronquée : « sexy ». En parallèle, je tente ma chance en suivant les pertinentes recommandations du site : « N'attendez pas qu'un homme vienne vous parler, et soyez la première a envoyer un message, vos rencontres n'en seront que meilleures ! » Un judicieux conseil, sans lequel je n'aurais peut-être jamais fait la connaissance de VT BM, 33 ans, qui à un classique « Bonjour comment ca va ? », répond un gracieux « As-tu une belle chatte qui aime l'argent ? ».

> Par jour, seulement cinq demandes de contact sont possible, alors j'en profite au maximum en approchant pêle—mêle un médecin, un artiste et un fonctionnaire. Ils ont entre 33 et… 80 ans. Un mail me notifie qu'un membre me donne accès à ses photos privées. En cliquant, je prépare toujours mon esprit au pire, mais entre selfies peu avantageux et photo mal cadrés, y a rien de très croustillant. Le soir venu, le site s'active et je reçois mes premières **demandes « d'arrangement », bel euphémisme** ! VT BM est sans aucun doute le plus entreprenant : il me propose, non sans m'avoir auparavant poétiquement évoqué sa passion pour les « chattes ahsolument parfaitement épilées », 1500 euros par mois pour une relation exclusive avec lui afin que je m’occupe de « ses testicules ». Charitable, il se dit prêt à monter à 2000 euros si je suis vierge. A côté de ça, Darlands me propose 200 livres la nuit, en plus des frais de déplacement jusqu'à Londres. Pour TomThor, parisien, la cinquantaine, c'est plus arrangeant de venir a moi, et le pauvre projette avec entrain des dates pour me retrouver à Marseille, où il promet de « bien me traiter ».

> HiddenCharms, tente une approche un peu plus romantique : « Coucou, tu es merveilleusement belle », m'écrit—il. Ce belge de 61 ans m’assure avoir travaillé à la Commission Européenne. Ses réponses sont longues et soignées. Il me dit ne pas payer les Babies et ne pas « avoir nécessairement de relations sexuelles » avec elles. Mais il finance tout de même le déplacement, le logement et des sorties pharaoniques à base de « cocktails et musique live » aux demoiselles en échange de leur compagnie. A savoir à quelle sauce je serais mangée sur place… Jim58, 60 ans, **joue lui aussi sur son patrimoine pour espérer construire une relation à long terme avec moi** : l'homme d'affaire danois m'énumère tous les caractéristiques et avantages qu'il y a a vivre dans sa « splendide villa en bord de mer » située sur la Côte d'Azur. J'ai presque l'impression qu'il veut me la vendre !

> Les jours suivants, VT BM, à qui j'ai volontairement oublié de répondre, s'impatiente. Quand j'ai l'audace de lui demander ce qu'il veut faire avec moi, il dresse une liste de fantasmes sexuels si explicites et violents que j'en ai presque la nausée. Je comprends mieux pourquoi il paie si cher. Je le laisse tranquillement se noyer dans ses messages de relance lourdauds et désespérés. Abattue, je quitte le site au bout de deux jours, non sans une pensée pour les étudiantes en situation de précarité qui devront le rouvrir demain…

> 1 : Par mail, « l'équipe marketing » de Sugardaters, a répondu à nos questions par ce message : « tous les textes de profil sont approuvés manuellement et ne doivent pas contenir d'escorte ni d'invitations similaires. Un filtre automatique envoie tous les messages contenant des mots problématiques aux administrateurs, qui agissent si nécessaire. Tous les utilisateurs peuvent signaler d'autres prcfils en un seul clic. Tous les avis sont examinés manuellement par les administrateurs »

Dans le numéro d'octobre 2018 du Ravi, journal satirique en PACA.


Narbonne, capitale de la radioactivité ?

Sun Nov 18 20:06:14 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?HTOJzw


> **La ville occitane accueille la plus grande décharge de déchets uranifères en Europe : 400 000 m² de boues de décantation**. Avec de lourdes conséquences sur la santé des riverains.

> L'été dernier, l'acteur Pierre Richard, du haut de ses 84 ans, a gravi l'oppidum de Montlaurès, près de Narbonne, dans l'Aude, par une matinée caniculaire. Son objectif ? Observer par lui-même les étendues de déchets du site de Malvési. « J'ignorais qu'on était pollué au radon ici, avec la mer et la nature, on ne pense pas être exposé à ça », explique-t-il à la rédaction. Et pourtant, **ce site est la porte d'entrée en Europe de l'uranium depuis 1959. Le minerai importé de divers pays sous forme de concentré minier (yellow cake) est purifié et transformé sur le site en tetrafluorure d'uranium (UF4)**. Quels que soient les mots savants : de la merde ! **En près de soixante ans, 500 000 tonnes d'uranium purifié ont été produites à Narbonne Malvési. Ce la représente environ le quart de la production mondiale d'uranium traité et c'est l'unique site européen**. Tous les déchats solides et liquides de la production d'uranium à Narbonne ont été stockés ici durant les six dernières décennies. Cela constitue la plus importante décharge de déchets uranifères en Europe : **400 000 m² de boues de décentation sont stockés dans des bassins saturés côtoyant les cultures (vignes, céréales), proches des habitations riveraines et des premiers quartiers narbonnais**.

> André Bories, docteur en sciences, directeur de recherche honoraire à l'Inra et président de l'association Rubresus (association de protection et sauveharde de l'environnement des basses plaines de l'Aude) lutte depuis de nombreuses années pour dénoncer cette pollution : « **Orano [ nouveau nom d'Areva, NDLR ] a choisi de retraiter les déchets liquides par un procédé thermique de combustion des nitrates avec du charbon. Ce procédé va valotiliser à 800 °C les effluents dans l'atmosphère**. » Ce projet d'incinération a été nomé, sans rire, « Thor », par Orano.

> Cerise sur le gâteau, **à la suite d'une rupture de digue d'un des bassins en 2004, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a fait des prélèvements sur les boues qui se sont répandues aux alentours. Le verdict fut inattendu : des éléments radioactifs qui n'auraient jamais dû se trouver là comme le plutonium, l'américium ou le technétium ont été détectés**. Le pot aux roses a été rapidement découvert : « En fait, **entre 1960 et 1983, Malvési a recyclé en catimini de l'uranium », explique brièvement André Bories. En d'autres termes, le site a pratiqué de l'enrichissement non déclaré, et a contaminé les stocks de boues déjà contaminés par le nitrate**. Double peine pour tous ! L'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) **a démontré en 2007 la présence de plutonium dans le blé d'un champ voisin**. **« Il y a du radon 222, un gaz radioactif qui s'échappe en permanence**. Ce radon se transforme à son tour en produits radioactifs encore plus toxiques comme le polonium ou le plomb », ajoute André Bories. Quid des impacts sur la santé ? **« L'IRSN cite un chiffre de 3000 décès par an en France par cancer du poumon attribué au radon, deuxième cause de cancer du poumon après le tabac**. D'après nos calculs, pour le bassin d'habitation narbonnais, soit 80 000 habitants, le nombre de décès serait de 24 par an, soit 720 sur les trente dernières années d'activité maximale du site et 720 supplémentaires pour les trente prochaines années. » Le Radon de la Méduse, c'est une peinture grandeur nature peinte par Orano, que vous pourrez contempler pendant des millions d'années au musée en plein air de Malvési.

Heu ? Depuis quand le plomb est radioactif ? Depuis quand recycler est-il forcément un synonyme d'enrichissement ? Pour le reste : chaaaaud.

Dans le Siné mensuel d'octobre 2018.


La méthanisation sent le gaz (pour ne pas dire la merde)

Sun Nov 18 19:26:05 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?rLDXgA


> **Grâce au caca de vaches, on peut produire de l’électricité et du gaz. Ça s’appelle la méthanisation, une énergie verte que le gouvernement veut favoriser sur tout le territoire**. Enfin une bonne idée ? Eh bien non.

> Prenez du fumier bien frais et mettez-le à fermenter dans une grosse cuve en béton. Au bout de quelques jours, vous obtiendrez du gaz à base de méthane, à utiliser directement ou servant à produire de l’électricité, racheté a des prix avantageux par EDF. « La méthanisation est un des outils qui permet de verdir le gaz », s’enthousiasmait en mars le secrétaire d’État Sébastien Lecornu, bien décidé à développer cette chouette filière, qui représente aujourd’hui 400 unités en France. L’objectif du gouvernement ? Mettre les gaz pour en avoir deux à trois fois plus…

> Georges Baroni, de la Confédération paysanne, a participé à ce raout gouvernemental du 26 mars. Il se marre : « Autour de la table, il y avait la FNSEA, GDF, les industriels… La discussion a vite démarré sur : **“Pourquoi ça ne marche pas ?” » Tout simplement, déjà, parce que ça ne rapporte pas assez**. Georges Baroni précise : « **Sept agriculteurs sur dix qui ont un méthaniseur sont en faillite**. » **Il y aurait trop de contraintes administratives**. En effet : en dessous de 50 tonnes de matière sèche, une simple déclaration suffit. Au-dessus de 100 tonnes, il faut une autorisation. Et qui dit autorisation dit enquête publique et dit emmerdements… **Le gouvernement a donc proposé de se passer d’autorisation pour les gros méthaniseurs !**

> Oui mais voilà : le méthaniseur ne fait pas que recracher du gaz. **Une fois le lisier (ou les restes de plantes, de déchets organiques) libéré de son carbone, reste le digestat. Présenté comme « ultra fertilisant », ce digestat est en réalité un concentré de nitrates. Épandu sur les sols, loin de les fertiliser, il les appauvrit. Et pollue les cours d’eau**. À Gramat, dans le Lot, des citoyens ont tenté par tous les moyens d’empêcher la construction d’un mégaméthaniseur censé traiter 65 000 tonnes de déchets organiques en plein parc naturel des Causses du Quercy. En février dernier, des scientifiques ont signé une tribune pour alerter sur le risque pour les sols et le patrimoine historique du Quercy. En vain. Jacques Philbert, de l’association Gadel, raconte : « Les épandages ont démarré depuis six mois et il y a déjà des fuites, avec des écoulements en surplomb du gouffre de Padirac. On avait prévu une catastrophe et on ne nous a pas écoutés ! » Et vive l’énergie verte selon Macron !

Je vois que certain⋅e⋅s attendent toujours de trouver l'énergie renouvelable-uber-over-mega-trop-parfaite-sans-défaut-pas-chère… On n'est pas prêt de sortir de l'auberge…

Dans le Siné mensuel d'octobre 2018.


Quand la police a le droit de défourailler

Sun Nov 18 19:18:31 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?56RZiw


> **Depuis les lois issues de l’état d’urgence, les policiers n'ont plus besoin d’invoquer la seule légitime défense pour faire usage de leurs armes. Un simple refus d’obtempérer peut mettre la vie du fuyard en péril**. Welcome in the American way of life !

> Comment la violence s’instaure dans une société humaine ? Qu’est-ce qui fait la différence entre la criminalité de l’Europe et celle des États-Unis (rapport de 1 à 35) ? Sans doute l’histoire du pays. En France, en revanche, le nombre d’armes à feu est logiquement contrôlé. Les personnes habilitées à en porter (police, armée, sécurité privée sur autorisation et chasseurs) sont répertoriées. Bien sûr, des armes circulent sous le manteau, utilisées à des fins de délinquance voire de terrorisme. **L'exemple américain montre que l’usage des armes est une escalade sans fin. Plus il y a d'armes du côté des forces de l‘ordre, plus il y en a du côté de la délinquance, chacun étant persuadé de répondre à l’autre**. Jusqu'à récemment, en France, l’usage d'une arme à feu par la police était défini par la légitime défense et donc par la mise en danger du policier lui-même, d’un collègue ou de toute autre personne menacée. Il y avait souvent des abus, des enquêtes de l’IGPN et parfois de sérieux doutes sur la réalité de la légitime défense. **Depuis les lois antiterroristes du 28 février 2017, la police est autorisée - entre autres - à sortir le flingue en cas de « périple meurtrier » et lorsqu‘elle ne peut arrêter un véhicule dont les occupants sont « susceptibles de perpétrer des atteintes à la vie »**.

> **On mesure là l’incroyable flou laissé à l’appréciation du policier souvent en stress, parfois jeune ou peu formé. L’usage des armes (autour de 500 fois depuis 2017, en augmentation de 30 %) se banalise et en particulier pour des refus d’obtempérer lors de contrôles de véhicule (1)**… C’est le cas de Romain, 26 ans, qui a **refusé de s’arrêter au barrage routier et qui a été abattu à Paris en août alors qu’il ne menaçait personne. À l’identique de ce jeune Nantais** de 22 ans, le 3 juillet 2018 **ou de cet autre le 30 août qui, circulant sur l’A9, a refusé de se soumettre au contrôle routier et a été abattu** lors de sa fuite. **Les policiers sont finalement dans leur droit, ils peuvent supposer que l’individu en question s’apprête à commettre un délit… Certes, mais on sait que dans la très grande majorité des cas, le refus d’obtempérer des automobilistes est dû à un défaut d’assurance, de permis ou à un état alcoolique**.

> Si l’on ajoute à ce triste constat la récente autorisation donnée aux policiers de garder leurs armes de service lorsqu’ils sont en civil, on comprend mieux comment s’instaurent sournoisement la banalisation de l’arme à feu, le recours systématique au fusil face à une menace ou à une violence qui, autrefois, auraient pu se régler à coups d’insultes, de bourre-pifs ou de fuite. Merde ! Là aussi, les Américains ont gagné la partie. Il n’y a plus qu’à attendre que les citoyens s'arment légitimement et nous y serons. Un chiffre ? 36252 morts par armes à feu aux États-Unis en 2016 !

> (1) 63 % des armes à feu sont utilisées par des policiers sur des véhicules, 25 % sur des animaux, 10 % sur des personnes et 2 % pour le reste.

Dans le Siné mensuel d'octobre 2018.


Fin du numerus clausus ? Belle annonce à deux balles du gouvernement !

Sun Nov 18 19:10:44 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?ztWWpQ


> Il aura fallu attendre le 18 septembre pour entendre du président de la République un discours politique sur la santé. Depuis sa nomination, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, ne dispense que des prêches de gestionnaire qui manquent cruellement de vision politique. Elle s‘est encore récemment moquée des parlementaires de gauche en leur disant qu’ils se nourrissaient de la pauvreté. Tollé à l‘Assemblée nationale ! Mais au-delà du mépris, désormais érigé en principe par La République en marche, de tout ce qui n’est pas de sa pensée libérale, il y a le problème du fond.

> L’annonce a été faite par le président Macron dans son discours : la fin du concours en médecine. Ah, la belle annonce à deux balles qui pourrait faire danser dans les facultés… mais qui semble un leurre ! Revenons sur ce concours qui a formaté des générations de médecins névrosés et qui a conditionné tout le système de santé.

> **Années 70 : le choc pétrolier plombe l’économie mondiale ; la France découvre le chômage et le déficit de la Sécu. La théorie des économistes est alors très simple : en diminuant le nombre de soignants, on régule l’offre et donc on fait baisser la demande**. Évidemment, les premiers à soutenir ces idées furent les professeurs et les doyens des facultés de médecine, le plus souvent libéraux et presque tous de droite, comme aujourd’hui.

> Désertions

> Puis ce fut le tournant du début des années 80 où, toujours sur les conseils des économistes et des professeurs de médecine, **le numerus clausus ou concours de fin de première année de médecine a chuté à moins de 4000 par an !** Délirant mais, à part les syndicats d’étudiants, aucun parti politique n’a protesté ! C’est ainsi qu'a commencé l‘élitisme. **Dehors les étudiants qui ont fait philosophie, littérature ou autre! Place à des cerveaux cartésiens beaucoup plus aptes à absorber les seules priorités qui comptaient et qui comptent : la pensée unique des économies de santé**. Exit les préoccupations de santé publique, oublié l’accès aux soins, et surtout l’allongement de l'espérance de vie, l’épidémie du Sida du début des années 80 et la dépendance des personnes âgées! Mais alors, me direz-vous, tous ces économistes et éminents professeurs de médecine (si prompts à défendre l’activité privée dans les hôpitaux publics et leur statut privilégié}, pourquoi n‘ont-ils pas prévu et vu ce qui se tramait pour le peuple et le système de santé ? Silence dans les rangs.

> En 1995, la sélection est devenue encore plus drastique avec le plan Juppé. Chute du nombre de reçus au concours sous les 3700… **Et, ce qui est rare devenant cher, la médecine est devenue le seul métier à connaître un plein emploi très lucratif. Mais surtout les médecins ont massivement déserté les postes trop lourds en termes de charge de travail comme les urgences ou la chirurgie publique !**

> **La nature ayant horreur du vide, les gouvernements successifs ont alors exploité les pays émergents en engageant leurs médecins et en se fichant pas mal de la difficulté de l’accès aux soins dans ces pays**. Ce pillage des praticiens a affaibli le système de santé dans de nombreux pays : Algérie, Maroc, Tunisie, Syrie, Mali, Sénégal… C’est l’époque des statuts de médecins à diplômes étrangers, qui fleurissent alors dans les hôpitaux publics. **Ces médecins étrangers, payés 30 % de moins que les français, ont des statuts précaires**. Le monde économique de la santé ne trouve alors rien à redire, malgré les grèves et les protestations des syndicats et malgré quelques mesures comme celle en 1997 du gouvernement Jospin pour en titulariser une partie. Mais personne ne touche au concours de médecine !

> C'est la canicule de 2003 avec ses 20 000 morts en France (80 000 en Europe) qui bouleverse la donne. **Au milieu des années 2000, deux ministres de la Santé, Philippe Douste-Blazy et Xavier Bertrand, augmentent le numerus clausus**. Mais il est déjà trop tard. **Les jeunes voulant faire médecine se retrouvent dans une concurrence délirante et une course au bachotage effrayante**. Certains se suicident, d’autres fracassent leur jeunesse dans l’échec des deux premières années sans débouchés !

> **Tout est prêt désormais pour que fleurissent des boîtes privées très coûteuses de préparation au concours où les enseignants ne sont autres que les professeurs des facultés de médecine généralement payés en liquide !** Et, bien entendu, s’ajoute la réforme des études de médecine qui sursélectionne les étudiants. Comme si, au bout de six ans d’études et cinquante-quatre examens, ils n‘étaient pas déjà triés, ils ont créé un nouvel examen classant et validant en fin d’études avec des conférences privées de préparation!  Les étudiants paient et les familles trinquent ! Les laboratoires pharmaceutiques se sont lancés eux aussi dans la préparation de cet examen de fin d'études avec l’intention probable de formater les cerveaux des futurs médecins.

> Mafia ?

> Du début à la fin donc, la sélection est à tous les étages avec une véritable organisation parallèle d’enseignement. Peut-on parler de mafia ? C’est un système organisé et extrêmement coûteux qui conduit les étudiants à une hypersélection intellectuelle et financière, comme s’il fallait reproduire indéfiniment la sociologie du film Sept morts sur ordonnance !

> Pour les familles, les études de médecine sont longues et chères. **Les étudiants qui n'ont pu réussir le concours de première année en France partaient en Belgique pour se former mais ce pays a mis fin a cette filière car il formait trop de médecins. Désormais, c’est la filière roumaine qui est à la mode**. Mais ca se passe si difficilement pour eux que certains se sont suicides et que le Samu de Metz leur sert de support psychologique.

> **La disparition du numerus clausus est hélas une réponse insuffisante. C’est sur l’ensemble des études de médecine qu’il faut se pencher**. Car il faudra bien une sélection puisqu’il est impossible de former 60 000 médecins par an ! **Si on laisse les doyens et les professeurs de médecine décider seuls, il faut craindre le pire car il vont tenter de mettre en oeuvre l’idée qu’ils ont depuis bien longtemps en tête : la privatisation des études de médecine**.

> Il faut réussir a conduire cette réforme avec les syndicats étudiants et professionnels afin de moderniser le système de santé et cesser de contempler sa déliquescence au profit de systèmes corrompus. Mais je crains que la ministre, professeure de médecine, serve davantage les intérêts des seuls professeurs que celui du pays.

Dans le Siné mensuel d'octobre 2018.


Nickel, le référendum !

Sun Nov 18 18:29:24 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?NHcnZg


> « Une immense fierté », a tranché Macron, solennel, à Paris. « Il faut sou- ligner la qualité et la sérénité qui ont prévalu », a renchéri Philippe, à Nouméa. « Un scrutin dans les meilleures conditions de sérénité et de sincérité », selon la commission de contrôle. **Le référendum en Nouvelle-Calédonie**, organisé dimanche dans les règles de l’art — question et liste électorale validées par toutes les parties, observateurs de l’ONU sur place, incidents sporadiques —, quel triomphe !

> **Les voilà bien avancés, les Caldoches et les Kanaks. Tout le monde a gagné ou personne, au choix : les (autoproclamés) loyalistes, qui arrivent en tête, mais aussi les indépendantistes, premiers surpris d’un scrutin si serré et qui n’ont jamais été autant en position de force, et l’Etat, qui conserve pour l’instant son Caillou si stratégique**.

> « **Ce référendum n’a rien résolu** », a constaté l’inusable autonomiste Pierre Frogier. « On nous disait que les jeunes Kanaks contestaient leurs aînés, c’est le contraire », a analysé Roch Wamytan, du  camp adverse (Calédonie Première, 5/11).

> Une « immense fierté » très partagée !

Et un futur bourbier, un. :)

Dans le Canard enchaîné du 7 novembre 2018.


C'est grave, docteure ?

Sun Nov 18 18:25:50 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?tqlLSw


> Dans “*Le ministre est enceinte*” (Seuil), Bernard Cerquiglini tente de calmer la querelle du genre.

> En 2005, on pouvait lire dans « Le figaro » : « Chaussée d’escarpins à talons aiguilles et vêtue d’un coquet tailleur rose, le chancelier allemand a serré la main de Jacques Chirac. » Il s’agissait d’Angela Merkel et non d’une drag-queen… En 1991, à propos d’Edith Cresson, un confrère écrivait : « Le Premier ministre n’est pas vraiment inquiète. »

> De ces incohérences, **Bernard Cerquiglini, linguiste et universitaire**, livre ici une chronique savante et souriante (il est aussi membre de l’Oulipo). Dans la féminisation des noms de métiers, des titres et des grades, qu’il approuve, il voit « un des changements les plus rapides et les plus étendus qu’ait connus notre langue. » Aucun militantisme : entre « purisme androcentriste » et « féminisme rudimentaire », il cultive l’art du compromis. Pour faire accoucher la langue de beaux enfants, cet homme est une vraie sage-femme.

> Un peu de culture historique ne nuisant pas, Cerquiglini rappelle qu’**avant l’« épuration linguistique qu’effectuèrent les grammairiens du XVIIe siècle », la féminisation des noms de métiers a prospéré sans tapage jusqu’en 1600. En cet heureux temps, personne n’était choqué d’aller chez la « boutonnière », la « poulaillère » et autre « tavernière ». Au sommet de l’Etat, Catherine de Médicis et Anne d’Autriche furent des « ré- gentes » et non des « régents » de France**. Les puristes ne restaient pas inertes : Vaugelas s’offusquait d’entendre une femme dire : « Heureuse, je la suis » (il préconisait « je le suis »). A quoi Madame de Sévigné répondait : « Je croirais avoir de la barbe si je disais autrement. » Poil au complément !

> **Il est vrai que le féminin professionnel était souvent conjugal : l’« ambassadrice » resta longtemps l’épouse de l’ambassadeur. Aujourd’hui, une femme n’a pas besoin de mari pour être « préfète » ou « pharmacienne »**. L’affaire est plus disputée pour « auteure », passé aujourd’hui dans l’usage. Mais la querelle persiste avec « autrice », qui heurte moins les esprits que les oreilles. Cerquiglini ne vote pas pour : « Son succès est imrobable. Nous-mêmes, sans pavoiser avons opté pour “auteure”. » Au fait, que reste-t-il des « doctoresses » et des « mairesses » d’antan ?

> **Dans la partie la plus technique du livre, l’auteur plaide pour un masculin « générique non spécifique », pouvant désigner un groupe mixte, pas exclusivement mâle. Ainsi, « tous les voyageurs sont priés de descendre » ne devrait offenser personne : pas besoin d’alourdir le message avec « tous les voyageurs et les voyageuses ». Ajouter le féminin est possible mais ouvre sur un autre sens : « Les candidats et les candidates passeront une épreuve de natation » souligne que tout le monde est désormais dans le même bain**.

> Tant pis pour les puristes, qui ne s’appellent plus Vaugelas mais « académiciens ». Cerquiglini raconte avec verve le combat d’arrière-garde mené par ces messieurs-dames de la Coupole, admettant aujourd’hui, l’épée dans les reins, « docteure » et « proviseure ». Quant à l’écriture inclusive, qui n’est pas le vrai sujet du livre, elle n’est pas la tasse de thé de l’auteur, opposé au « point médian » (« les candidat.e.s »).

Heu ? Je ne sais pas si l'erreur vient du Canard ou de l'œuvre, mais « candidat.e.s » n'est pas féminisé avec des points médian (sinon, cela aurait donné : candidat⋅e⋅s).

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> Certains prétendent que, informée de cette position, Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuelle de l’Académie française, se serait exclamée : « Heureuse, je la suis ! »

Dans le Canard enchaîné du 7 novembre 2018.


Alain bonne heure !

Sun Nov 18 18:17:09 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?rFJ5nQ


> **La violence dans les écoles**, le philosophe Alain — pseudonyme d’Emile Chartier — n’ignorait pas le problème. Dans son « Propos » du **18 février 1909**, il esquissait quelques solutions :

> > « Tout le monde connaît le mal ; personne n’ose en parler. Les professeurs eux-mêmes rougissent du chahut qu’on leur fait comme d’une maladie honteuse (…). L’administration connaît ces désordres, mais elle veut les ignorer. Elle laisse entendre, dès qu’on la pousse là-dessus, que le professeur est seul coupable. En quoi elle ment… C’est à peu près comme si un gendarme accusait de maladresse ceux qui se laissent assassiner. Non ; le rôle d’un jeune savant est d’instruire, et non pas de faire le garde-chiourme. Aux surveillants, aux censeurs, aux proviseurs il appartient de faire régner l’ordre. Et, dès qu’ils voudront bien agir énergiquement, le professeur fera sa classe en paix. **Mais, tout au contraire, ils ont peur de tout, peur des parents, peur des amis des parents, peur du maire**, peur du député. »

> Difficile de prétendre que cet Emile parlait comme un Chartier !

Je nuance quand même ce texte : ce que cet auteur désigne sous les termes « cahut » et « désordre » devait être d'une ampleur bien moindre que ce que nous constatons de nos jours. Mais, il reste intéressant de constater que la violence dans les écoles et la peur des parents ne datent pas d'hier. Peut-être parce que rien n'a vraiment changé : comme l'exposent [Aaron Swartz](/?TOFckw) et [Catherine Baker](/?1Dmwbg) l'école est un lieu qui castre la curiosité naturelle des enfants, qui les formate à être de gentils moutons, qui les traumatise par l'effet de l'autorité et des interminables rabâchages, et les met en concurrence, ce qui génère forcément une forme de violence et de jemenfoutisme que l'on retrouve plus tard dans la société.

Dans le Canard enchaîné du 7 novembre 2018.


Le hold-up de l'État sur la fiscalité ”verte”

Sun Nov 18 18:06:01 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?JInEZg


> **En 2019, malgré une hausse de 3,9 milliards des prélèvements “écolos”, les dépenses environnementales vont baisser de 400 millions**.

> Où passent les taxes « vertes » perçues sur l’essence, ces recettes censées dorloter l’environnement, auxquelles Macron et ses ministres ne cessent de proclamer leur attachement ? Pas toujours dans le financement de la transition écologique, malgré leur doux parfum de chlorophylle. **En 2019, la quasi-totalité des nouveaux prélèvements « écolos » sera en effet redirigée vers le budget général de l’Etat, sans la moindre application verte**…

> Cette mesure ne serait-elle qu’un prétexte pour augmenter la ponction fiscale ? L’examen des documents du budget pour 2019, que les commissions des finances de l’Assemblée et du Sénat sont en train de décortiquer, semble l’indiquer. A vos calculettes !

> C’est vert mais pas juste

> Côté recettes, l’an prochain, la part écologique des taxes sur les carburants (TICPE) va augmenter de 3,9 milliards par rapport à 2018. Et même de plus de 4,2 milliards, en comptant la TVA (lire ci-dessous).

> Côté dépenses et aides aux ménages, censées accompagner la transition écologique, l’évolution est tout autre. Le « chèque énergie » (versé, pour compenser la hausse du prix des carburants, à ceux dont le revenu est proche du RSA) va augmenter de 120 millions par rapport à 2018. Le compte d’affectation spéciale écologie et la mission écologie recevront, pour leur part, 280 millions de plus que l’an dernier. Voilà pour les hausses.

> Car la TVA réduite (5,5 %) sur les travaux dans les logements restera la même que l’année dernière (1,1 milliard). De même, l’augmentation du bonus automobile et de la prime de conversion pour acheter des véhicules plus propres sera intégralement compensée par la forte augmentation (300 millions) du malus auto.

> Enfin, le crédit d’impôt pour la transition énergétique (CITE), qui permet de déduire de son impôt certaines dépenses domestiques réduisant la consommation d’énergie, va, lui, baisser… énergiquement. De 1,68 milliard cette année à 880 millions en 2019, soit 800 millions de moins.

> Au total, face à la hausse des ponctions (3,9 milliards) au titre de la transition énergétique, on constate une baisse des dépenses environnementales : 400 millions ! Comble de l’ironie, le budget du ministère de l’Ecologie lui-même est en baisse, à missions constantes, de 23 millions.

> Un petit dernier pour la route ? **Le rétablissement de 1 milliard de taxe sur le gasoil non agricole va financer… la suppression du forfait social payé par les entreprises sur la participation et l’intéressement !**

> Le CO2 au service de l’emploi

> Ce dévoiement de la fiscalité verte n’est pas inédit. Dans son rapport sur le budget de cette année, le rapporteur spécial de la mission écologie du Sénat, Jean-François Husson, notait ainsi que, sur les 3,7 milliards de prélèvements écologiques supplémentaires, seulement 180 millions étaient affectés aux dépenses nouvelles en faveur de l’environnement. **La différence — plus de 3,5 milliards — va donc directement dans les caisses de l’Etat, qui en fait ce que bon lui semble**.

> **Or les documents annexes du budget sont éloquents : la hausse des taxes carbone, indique un codicille au budget de 2018, « contribuera au financement des baisses de la fiscalité pesant sur le travail et le capital en vue de favoriser l’emploi et l’activité »**. Mais pas à la protection de la nature ? De même, **selon le rapporteur du Sénat, « entre 2014 et 2016, la hausse des produits de la fiscalité énergétique a principalement servi à compenser une partie du coût du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE)** » accordé aux entreprises.

> Macron, dans un entretien accordé, le 4 novembre, à la presse régionale, le reconnaît de manière sibylline : « Je préfère la taxation du carburant à la taxation du travail. »

> Pour l’instant, le rapport entre hausse de l’essence et baisse du chômage ne crève pas les yeux…


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### Les taxeurs taxés

> Comme si la flambée des taxes sur l’essence ne suffisait pas, la TICPE supplémentaire perçue par l’Etat en 2019 — 3,9 milliards — est elle-même… taxée ! La TVA ainsi prélevée rapportera 345 millions d’euros. 4,25 nouveaux milliards vont donc être ponctionnés, sans aucun bénéfice pour l’écologie (voir ci-contre). La fiscalité française n’est jamais en retard d’une absurdité. Depuis près de trente ans, par exemple, une partie de la CSG — environ 2,5 % — réglée par les salariés (c’est-à-dire non perçue par eux) est imposable comme un revenu.

> Au fait, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Pourquoi ne pas soumettre la TVA sur la TICPE à la CSG ? Ça rapporterait tout de même quelques centaines de millions de plus à l’Etat !


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### Avis d’experte

> Segolène Royal réalise une rentrée politique tonitruante en s’élevant notamment contre la flambée des taxes vertes. « Vous ne pouvez pas, du jour au lendemain, taxer d’une façon aussi violente les automobilistes », a-t-elle ainsi déclaré sur RTL (23/10). L’ancienne ministre de l’Ecologie de Hollande sait de quoi elle parle : la suppression de l’écotaxe sur les poids lourds (notamment étrangers), qu’elle a décrétée en octobre 2014, a coûté plus de 1 milliard aux contribuables pour la seule rupture du contrat. A quoi s’ajoute un autre milliard annuel pour compenser les recettes que devaient procurer les portiques — une somme qu’elle avait récupérée… en augmentant la TICPE.

> Rien ne vaut le zèle des pêcheurs repentis !

Dans le Canard enchaîné du 7 novembre 2018.


Drôles de copains de Macron à Bruxelles

Sun Nov 18 17:53:48 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?ubwBHQ


> **Six mois avant les élections européennes, Emmanuel Macron est un homme seul, à Bruxelles. La droite européenne devait exploser et Macron ramasser les morceaux ? Raté. Les sociaux-démocrates ? Ils feront cavalier seul. Les écolos ? Dany Cohn-Bendit les a dragués en pure perte**. « Macron est coincé. Il ne voulait pas s’afficher avec Guy Verhofstadt, le patron des libéraux, trop affairiste a ses yeux, et maintenant il ne fait plus le difficile, les émissaires de LRM défilent dans son bureau », se marre un eurodéputé.

> **C’est donc avec ce groupe des libéraux, le quatrième en termes d’effectifs au Parlement européen, qu’En marche ! a entamé des discussions en vue du scrutin de mai**. Mais, si la vitrine peut séduire, l’arrière-boutique s’avère nette-ment moins reluisante.

> Le président du groupe libéral au Parlement européen, l’ex-Premier ministre belge Verhofstadt, déjà cité, se voit régulièrement reprocher ses fonctions d’administrateur au sein de plusieurs sociétés : la Sofina — une holding actionnaire, notamment, de Danone et de GDF Suez —, l’armateur Exmar — spécialisé dans le transport de gaz liquéfié — et le fonds de pension néerlandais APG. Selon Transparency International, ces petites grattes lui procurent un revenu annuel supérieur à 1 million d’euros. Mais il facture aussi la plupart de ses interventions publiques environ 13 000 euros chacune. « Verhofstadt pourrait faire vivre 40 familles grecques », ironisent les socialistes belges.

> Le président du parti libéral européen, l’eurodéputé néerlandais Hans Van Baalen, était, lui, administrateur, jusqu’en 2015, de Mercedes-Benz et de la RAI, un lobby automobile. A la suite du scandale du « Dieselgate », il a renoncé à ces fonctions, le conflit d’intérêts devenant trop criant. Autre élu désintéressé : l’eurodéputé libéral allemand Wolf Klinz, administrateur d’un groupe bancaire et d’un lobby financier. Et la liste n’est pas close.

> Les affranchis

> Le groupe des libéraux abrite d’autres curieux loustics encore. L’ALDE roumaine, petit parti membre de la coalition gouvernementale à Bucarest, est mise en cause dans des affaires de corruption. Son patron, l’ancien Premier ministre Calin Popescu-Tariceanu, est désormais le président du Sénat roumain. Au côté du très controversé leader socialiste Liviu Dragnea, il dirige une campagne incriminant l’indépendance de la justice roumaine. A Bruxelles, la Commission envisage très sérieusement l’ouverture d’une procédure pour infraction à l’Etat de droit.

> Parmi les cas plus problématiques, l’ANO, parti du Premier ministre populiste  tchèque, Andrej Babis. Ce milliardaire, deuxième fortune et premier employeur du pays, est un ancien collaborateur de la police politique communiste, surnommé « le Berlusconi tchèque ». L’Olaf, l’office antifraudes de Bruxelles, soupçonne son entreprise, Agrofert, d’une fraude de 2 millions d’euros aux… subventions européennes ! Pas question pour autant de prendre ses distances avec lui : l’ANO, avec 80 % des voix aux dernières élections, est le premier parti du pays.

> **Tous ces libéraux ont un point commun : une aversion profonde pour la notion de régulation. « Ils sont complètement du côté des industriels. Pour leur faire accepter l’idée de normes sociales ou environnementales, c’est la croix et la bannière ! » s’étrangle l’eurodéputée française Tokia Saïfi**, du PPE, qui travaille au Parlement européen sur les dossiers de libre-échange.

> Pittoresques, les nouveaux amis d’Emmanuel Macron !

Dans le Canard enchaîné du 7 novembre 2018.


La justice laisse les policiers farfouiller librement dans la vie privée

Sun Nov 18 17:45:55 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?E4prJg


> Quasiment en secret, **elle a donné à la PJ le droit de “réquisitionner” des documents sans l’aval d’un magistrat. Et la Chancellerie veut aller encore plus loin**…

> Des poulets autorisés à picorer dans la vie privée de leurs concitoyens sans avoir à demander la permission à un magistrat ? Personne ou presque n’est au parfum — même pas les avocats —, mais ce scénario cauchemardesque est déjà une réalité, et il risque fort de se généraliser d’ici à la fin de l’année.

> Depuis 2014 — plusieurs documents exhumés par « Le Canard » le prouvent —, la police judiciaire a discrètement reçu le droit de procéder à des « réquisitions » (la remise de documents publics ou privés) sans avoir à solliciter l’autorisation préalable d’un procureur. **Le projet de loi de programmation sur la justice, qui sera débattu dans les prochains jours à l’Assemblée, va encore plus loin**.

> Tampon magique

> Au prétexte de « simplifier » le boulot des forces de l’ordre et de les décharger d’une encombrante paperasserie, **l’article 30 leur donne le droit de procéder librement à des réquisitions sur la vie privée des justiciables auprès d’organismes publics de type Urssaf, allocations familiales ou Pôle emploi. Pour se justifier, il suffira aux agents de déclarer qu’ils travaillent sur « enquête préliminaire » du parquet**.

> La garde des Sceaux, Nicole Belloubet, a ardemment défendu cette disposition en octobre devant le Sénat. **Elle s’est inspirée de deux précédents. Dès 2014, le procureur de Paris, François Molins avait pris l’initiative de délivrer, en loucedé, une « autorisation permanente » permettant aux poulets de consulter quasiment sans contrainte les enregistrements des caméras de surveillance placées par « les banques, la RATP, la SNCF, les mairies des communes de petite couronne et les réseaux privés de vidéoprotection exploités dans les commerces et les établissements publics »**.

> Du coup, **il suffisait à la PJ de rédiger elle-même les fiches de réquisition. Puis d’y donner un coup de tampon portant la mention « Sur autorisation du procureur de la République », et le tour était joué**… Ironie du sort : aujourd’hui, le procureur Molins quitte son poste pour devenir procureur général de la Cour de cassation, le plus haut poste du parquet, où il sera chargé de veiller au respect par la justice de la « volonté du législateur ». Un expert !

> **Forte du précédent de 2014, la Chancellerie avait rédigé, le 8 septembre 2016, une circulaire ouvrant plus grandes encore les vannes. Passé, lui aussi, totalement inaperçu, ce texte a « simplifié » à tout-va, laissant aux procs le pouvoir de délivrer aux flics et aux gendarmes ces « autorisations permanentes » de réquisitions**.

> Curiosité débridée

> Les possibilités presque infinies d’application de cette circulaire laissent rêveur. **Avec elle, la PJ peut, par exemple, farfouiller librement dans les images de vidéosurveillance privées, se procurer les numéros de téléphone de tel ou tel citoyen, le détail de sa facture EDF ou de ses mouvements bancaires. Même traitement pour la liste du personnel d’une société, le nom des voyageurs sur une liaison aérienne ou l’identité des clients d’un site Internet**.

> Soucieuse de justifier cette entorse aux principes judiciaires, la Chancellerie s’était appuyée sur les plaintes de poulets qui râlaient contre le « temps consacré à l’accomplissement des diligences formelles ou d’exercice des droits (sic !)».

> Un souhait exaucé dans le respect le plus parfait, bien sûr, de l’autorité de la justice et de la liberté des citoyens.

Dans le Canard enchaîné du 7 novembre 2018.


”La Piscine” bien arrosée

Sun Nov 18 17:39:04 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?nl-yoA


> **Enfin un budget qui va augmenter franchement : celui affecté aux barbouzes de la DGSE**. En 2019, « la Piscine », sise boulevard Mortier, à Paris, devrait ainsi disposer de **342,922 millions d’euros pour financer ses investissements et de 465,281 millions pour payer son personnel**.

> A la fin de l’année prochaine, si l’on en croit les documents budgétaires du projet de loi de finances, **la DGSE devrait compter 5 843 salariés. Et embaucher 200 ingénieurs ou techniciens, pour la plupart experts en cyberespionnage, en écoutes téléphoniques et en big data**. Avis aux chômeurs…

> Pour apprécier la générosité du gouvernement, il suffit de rappeler les sommes attribuées en 2018 à la DGSE : 285,62 millions pour les investissements et 445,6 millions pour le personnel. A comparer aux 342,922 millions et aux 465,281 millions de 2019. **Soit 76,98 millions de mieux**. Quel autre service de l’Etat peut se flatter d’une telle hausse de crédits ? **La DGSE dispose aussi d’une autre source de financement qui, comme son budget propre, ne donne lieu à aucun débat devant les assemblées parlementaires : celui dit « des fonds spéciaux ». Leur enveloppe a été fixée pour 2019 à 67,19 millions d’euros**.

> Ces millions sont en principe, et ce depuis 2002, destinés à financer les actions clandestines de la DGSE, ainsi que  celles de la DGSI (le Renseignement intérieur) et de la DRM (le Renseignement militaire). Il est d’usage que la dotation initiale soit régulièrement abondée par le budget de l’Etat au cours de l’année, pour atteindre près de 75 millions.

> Sans plus de débat parlementaire ni plus d’explications venues du gouvernement.

Le [budget 2018 de la DGSE était déjà en hausse par rapport à 2017](/?TM3gCQ) : +40 millions pour les salaires , +50 millions pour les investissements.

Dans le Canard enchaîné du 7 novembre 2018.


Rose manque d’humour

Sun Nov 18 16:53:25 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?QeIXgA


> Dès le début, j’ai « expliqué que ça me blessait, j’ai dit qu’on ne pouvait pas rire de la Shoah, mais **on est passé des blagues sur la Shoah à des saluts hitlériens, puis on invente un jeu qui s’appelle le “freespa” (contraction de “Frisbee” et “kippa")**, le lancer de kippa, qu’on jette par terre. » Rose, 20 ans. étudiante en deuxième année de médecine à l’**université Paris-XIII**, a porté plainte, le 20 octobre, pour injures antisémites (Europe 1, 29/10).

> Harcelée par un groupe d’élèves de sa fac, la jeune femme a dû renoncer à se rendre au week-end d’intégration annuel, de peur d’être de nouveau prise pour cible. « Vous, les Juifs, vous n’avez pas d’humour », lui a répliqué l’un des petits rigolos.

> C’est vrai, quoi, c’est marrant comme tout, de **classer sur Facebook les Juifs de la promotion avec un chiffre et une appréciation** : « Juif niveau 31, impliqué mais capacité à traîner avec des guys », « Juive niveau 75, prestige 4, prête à tout pour sa communauté », « Juif niveau 2, il sait qu’il y a une fête qui s’appelle shabbat ». Mais n’est-ce pas encore plus tordant que de **vouloir baptiser le week-end d’intégration de l’année prochaine « Auschwitz 2019 » ou « Rafle 2019 » , avec une photo d’un étudiant juif brûlant dans les flammes**, comme en attestent les captures d’écran des conversations recueillies sur les réseaux sociaux ?

> Une « blague » qui s’inscrit dans un comique de répétition. Le 17 octobre, **des tags nazis ont été retrouvés dans les toilettes de l’université Panthéon-Assas** (Paris-II). Cinq jours plus tôt, c’est dans **une salle de classe de l’école de commerce HEC qu’une série de croix gammées ainsi qu’une inscription « Juden », en lettres rouges majuscules, ont été découvertes sur les murs**. Là encore, des jeunes dénués de la moindre capacité d’autodérision l’ont mal pris.

> Tout comme ont osé s’émouvoir des jeunes de **Tolbiac (Paris-I)** membres de l’Union des étudiants juifs de France, après que leur local a été saccagé, en mars, avec des inscriptions au mur telles que « A mort Israël ».

> Aucun humour, décidément.

Yep, c'est pour rire. Comme les [cartes postales antisémites dans les années 1920](/?KXWXVg) n'étaient pas sérieuses, c'était juste "comme ça", "dans l'air du temps"… et puis c'est parti en sucette, mais, promis, c'était tonton Adolf le seul et unique très très vilain mézaaaaant pas beau, surtout pas toutes les ordures, y compris de la société civile, qui lui ont préparé le terrain, l'air du temps, les cervelles. Bis repetita ?

Dans le Canard enchaîné du 31 octobre 2018.


Dégage, avec ton Brésil !

Sun Nov 18 16:40:32 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?phxNkg


> **Les brésiliens ont tiré le gros lot. Ils ont choisi pour président un phénomène tropical. Un député vulgaire, méprisé par ses pairs, paresseux** qui, prétendant combattre le « politiquement correct » et le « système », a multiplié les provocations pour faire parler de lui, critiqué les médias et traité les journalistes d’imbéciles. Ce n’est pas en France qu’on connaîtrait pareil hurluberlu !

> **Un homme soi-disant « neuf », élu depuis vingt—sept ans et passé par une dizaine de partis sans avoir déposé plus de deux propositions de loi** ! Le nouveau président du Brésil est un cas qui, en plus de cumuler tous ces avantages, s’assume **ouvertement raciste** dans une société métissée, **homophobe** — il préfère que son fils meure dans un accident plutôt que de le voir vivre avec un moustachu —, **pleinement misogyne** — il a eu une fille, « fruit d’une petite faiblesse » —, voire pire, quand **il explique à une journaliste qu’il ne la violera pas parce qu’elle « ne le mérite pas », elle est trop « moche »**.

> Surtout, comme le dit joliment « Le Figaro » (31/10), habile dans la litote, **Jair Bolsonaro est « démocrato-sceptique ». Il a un petit doute sur la démocratie, assimilée à la corruption des années Lula. Il lui préfère les régimes autoritaires où les armes, qu’il veut en vente libre, sont entre les mains des militaires qui gouvernent**. Il a la nostalgie des généraux qui ont mis le pays au pas entre 1964 et 1985, mais il garde son esprit critique : **plutôt que de beaucoup torturer, l’ armée aurait mieux fait de tuer la racaille communiste, dit-il**.

> En attendant, le vieux Le Pen est aux anges, qui prie pour ne pas mourir avant de voir la vague brune submerger vieux et nouveau mondes. Fifille Marine a adressé ses plus vives félicitations à Bolsonaro. L’Intemationale populiste est en train de s’étendre, de Trump à Salvini, d’Orbàn à Duterte. Et l’extrême droite, parfois venue de la gauche, s’installe comme une alternative à la démocratie avec ses têtes de Turc genre « le Juif Soros ». Quand le peuple a peur de l’insécurité, de l’immigration et s’indigne de la corruption, il vote pour qui prétend la combattre, même si le remède est pire que le mal. Il n’y a pas que le pronunciamiento qui amène les dictateurs au pouvoir : il y a les urnes, aussi.

> **La démocratie est de moins en moins à la mode, assimilée à un « système ». Place donc au « président antisystème »**, comme le dit encore « Le Figaro », qui a tout un tas de synonymes en magasin pour ne pas écrire « facho ». Les ennemis de la démocratie ont le vent en poupe, comme dans les années 30. **Ils ont de la chance, le peuple n’a pas de mémoire**. Le Brésilien a oublié les généraux, l’Allemand de l’Est Hitler, l’Italien Mussolini. **A moins que ce ne soit l’inverse, que tous aient la nostalgie de ces hommes du pire**. Saudade !

Dans le Canard enchaîné du 31 octobre 2018.


Nestlé assoiffe Vittel

Sun Nov 18 16:31:15 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?QICiMQ


> Bientôt, **les habitants de Vittel ne pourront plus boire d’eau de Vittel : seul Nestlé Waters, la filiale spécialisée du géant suisse Nestlé, aura le droit de pomper l’eau qui se trouve dans la nappe phréatique située sous leurs pieds**. Et il l’exportera à bon prix en Allemagne ou en Suisse sous la marque Vittel Bonne Source. Santé !

> Jusqu’à présent, les 18 000 habitants des 45 communes situées autour de Vittel (Contrexéville, Bulgnéville, etc.) buvaient l’eau pompée 200 mètres sous terre dans l’immense nappe des grès du trias inférieur (37 200 km²), qui s’étend jusqu’au sud de l’Allemagne. Sous Vittel, celle-ci forme une poche isolée, imperméable et, du coup, très préservée des pollutions… Cette eau minérale et très pure fait la renommée de cette « Bonne Source ». Problème : elle se recharge très lentement et pas assez. Son niveau baisse de 5 à 10 cm par an. **Le Bureau de recherches géologiques et minières a constaté que la nappe se vidait peu à peu et calculé qu’elle perdait chaque année 1,2 million de mètres cubes. Or deux clients consomment, à eux seuls, la moitié des 3,3 millions de mètres cubes qui y sont pompés chaque année : les fromageries Ermitage et l’usine Nestlé de Vittel, qui en avale 750 000 m3, soit autant que tous les habitants de Vittel**.

> Depuis 2009, préfecture et conseil départemental ont mis en place une commission de l’eau chargée de trouver le moyen de préserver la précieuse ressource. Et, en juillet dernier, ladite commission a trouvé la solution miracle : **les habitants de Vittel et des alentours n’auront qu’à s’abreuver à partir des nappes situées sous les communes de Valfroicourt et Attignéville, à 15 km et 20 km delà**.

> Dialogue de source

> Il suffira de construire un système de canalisations, certes légèrement coûteux, évalué au doigt levé entre 8 et 17 millions d’euros. Le contribuable paiera. Et, grand seigneur, Nestlé mettra la main à la poche, on ne sait pour combien. En attendant, des maires de municipalités concernées, comme Christian Franqueville, le maire de Bulgnéville, s’énervent : « **On nous dit qu’il s’agit de préserver l’emploi. Mais, quand Nestlé a repris l’usine de Vittel, en 1992, il y avait 4 000 emplois. Il n’y en a plus que 900 ! On peut accepter de ne plus boire cette eau, mais il faut de vraies compensations**. »

> Contacté par « Le Canard », Franck Perry, le maire de Vittel, préfère le silence. De son côté, la préfecture confirme la tenue d’une concertation publique, qui devrait commencer début décembre.

> Et glou et glou…

C'est à ce genre de projets que l'on mesure la stupidité et l'avidité humaine : **une ville qui s'est fait allègrement déposséder de la nappe phréatique la plus proche ne pourra plus puiser son eau dans celle-ci sans qu'une société privée ne l'embouteille au préalable dans du plastique polluant, et ce, afin de laisser une quantité suffisante de cette eau à la disposition de ladite société privée dans l'optique qu'elle continue de réaliser une plu-value sur l'extraction de l'eau et la pollution plastique induite**. C'est beau.

Dans le Canard enchaîné du 31 octobre 2018.


L'Etat veut une Sécu aux petits soins

Sun Nov 18 16:17:51 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?_hRL3w


> La réforme de la Constitution promise par Macron ne verra sans doute pas le jour avant janvier 2019, ou à la saint-glinglin. Pourtant, elle a déjà pris son envol lors du vote de la **loi de financement de la Sécurité sociale pour 2019**. Les députés ont été priés de faire comme si. **L’article 7 de la réforme stipule en effet que « les projets de loi de financement de la Sécurité sociale et de finances (jusqu’ici séparés) [pouvaient] être examinés conjointement » par le Parlement. Pour l’opposition et certains syndicats, ces quelques mots annoncent l’annexion du budget de la Sécu par celui de l’Etat**.

> Sans attendre, quelques fouineurs ont déniché dans le projet de loi un tableau de chiffres retraçant les projections comptables pour chaque branche. Dans les trois années suivant 2019, le résultat de l’exercice tient à trois chiffres : 0,00. C’est-à-dire ni trou ni bénéfice. Un « ex—patron de la Sécu reformule : « **Dorénavant, la Sécurité sociale n’affichera pas d’excédents, car ils seront versés en amont à l’Etat**. » Les commentaires du gouvernement figurant en annexe de la loi a propos des prestations familiales sont d’ailleurs assez clairs : « Le solde de la branche restera équilibré, après prise en compte des transferts à l’Etat. »

> Caisses de traite

> Mais, pour qu’il y ait siphonnage — pardon, transferts —, encore faut-il qu’il y ait bénefs. Dans ce domaine, c’est la fête assurée : **les allocations familiales, l’allocation personnalisée au logement et sept autres allocs (dont celles destinées aux personnes âgées et aux veuves) seront augmentées de 0,3 % seulement, soit beaucoup moins que le coût de la vie. Idem pour les retraités du régime général, dont la pension est « désindexée » de l’inflation**. Au total, 6 milliards s’envoleront en 2019 du bas de laine des caisses sociales au profit de Bercy.

> Avant même l’intégration totale au budget de l’Etat, les ponctions vont commencer par la fin des compensations. **Depuis 1994, la loi imposait au gouvernement de reverser aux caisses de Sécurité sociale le manque à gagner résultant des allégements de cotisations patronales. C’est fini** : les articles 5 et 7 stipulent que les allégements décidés par le gouvernement s’effectueront désormais sur le dos de la Sécu, et ce dès le rétablissement de l’exonération des cotisations pour les heures supplémentaires. Ces allégements représentent aujourd’hui une cinquantaine de milliards par an.

> La Sécu est en passe de devenir l’une des plus belles vaches à lait de la République.

Dans le Canard enchaîné du mercredi 31 octobre 2018.


Des perquisitions sévèrement contrôlées… par des fantômes

Sun Nov 18 16:11:43 2018 -
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> L'affaire Mélenchon braque les projecteurs sur le rôle des procureurs, qui enquêtent et perquisitionnent à peu près comme bon leur semble. Le contrôle des juges des libertés, qu’ils mettent en avant, reste souvent illusoire…

> Depuis le coup de chaud de Mélenchon et ses accusations baroques contre le pouvoir politique, le gouvernement et le parquet de Paris brandisent, tel le saint sacrement, la décision du juge des libertés et de la détention (JLD) ayant autorisé les 17 perquisitions effectuées le 17 octobre. Et pour cause : ce magistrat est supposé totalement indépendant, contrairement au procureur, placé sous l’autorité de la ministre de la Justice et à l’origine des demandes de perquises.

> Pas sûr que cela suffise à faire taire les soupçons. **Le plus souvent, les juges des libertés se contentent de donner un coup de tampon machinal sur les demandes présentées par les procureurs. Cet automatisme n’a pas échappé à la commission des Lois du Sénat**, qui a récemment déploré le « contrôle souvent trop formel » exercé par ces magistrats.

> Les copieurs du palais

> « **Les JLD sont démunis : le dossier qui leur est présenté reste très partiel. ils ne peuvent donc pas toujours vérifier si l’atteinte à la vie privée des justiciables reste bien proportionnelle aux infractions soupçonnées** », constate un procureur général. Et d’ajouter : « **En général, il y a une pression très forte des enquêteurs, et le Juge des libertés finit par céder pour ne pas prendre le risque d’être accusé d’avoir fait échouer les investigations**. » Imparable…

> Dans les affaires de terrorisme, les JLD font souvent preuve d’une belle plasticité. En décembre 2015, par exemple, le juge des libertés de permanence au tribunal de Montpellier s’est contenté de copier-coller l’arg‘umentaire du procureur pour autoriser la fouille du domicile d’un couple présenté par des voisins comme des sympathisants de Daech. En janvier 2018, la Cour de cassation a sèchement rappelé tout le monde à l’ordre : dans un arrêt, elle a répété que les motivations des JLD devaient être « adaptées et circonstanciées », et qu’elles constituaient « une garantie essentielle » pour les libertés individuelles.

> **D’autres juges des libertés ont tenté de la jouer rebelle : après avoir réclamé en vain les éléments « précis » censés les justifier, ils ont retoqué des perquises ou des écoutes. Mal leur en a pris : les récalcitrants ont carrément été sommés par le procureur — qui n’en a pourtant pas le droit — de justifier leur veto devant une escouade de policiers furibonds. le qu’ils ont refusé aussi sec !**

> Dans les affaires politiques ou financières, en revanche, les JLD hésitent un peu moins à se pousser du col. **Les demandes de perquisitions « prestigieuses » — chez un fillon ou chez un Mélenchon —— sont, en général, examinées de plus près que les dossiers visant un banal réseau de cambrioleurs**. Depuis sa création, en décembre 2013, le parquet national financier a ainsi essuyé quelques (rares) refus pour des visites domiciliaires. Un JLD de Nanterre a également envoyé sur les roses le procureur qui lui demandait, en 2013, une perquisition chez Michèle Alliot-Marie, dont le père était soupçonné d’abus de confiance. « Le JLD a estimé qu’il fallait ouvrir une instruction, se souvient un enquêteur. Du coup, les perquises ont eu lieu un an après. »

> Justiciable baladé

> La plaisanterie ne fait sans doute que commencer. Très inspiré par le ministère de l’Intérieur, **le projet de loi de programmation de la justice de Nicole Belloubet renforce (encore) les prérogatives des parquets. Ceux-ci mènent déjà près de 95 % des enquêtes judiciaires, sans la moindre intervention d’un juge d’instruction. Et sans que les avocats puissent demander le moindre acte ni assister aux perquisitions** (voir encadré).

> Une disposition — refusée par le Sénat mais qui devrait être rétablie par l’Assemblée — **va même étendre encore la possibilité, pour les procureurs, de procéder à des perquisitions, à des écoutes téléphoniques, à des interceptions électroniques ou à des géolocalisations. Jusqu’à présent, les faits reprochés devaient être punissables d’au moins 5 ans de prison (en pratique : la grande criminalité ou le terrorisme). Désormais, ce sera 8 ans seulement — une limite permettant d’englober la quasi-totalité des infractions passibles de la correctionnelle...**

> La Chancellerie entend, à l’inverse, limiter davantage le rôle des juges d’instruction. **Le justiciable souhaitant saisir directement un magistrat instructeur devra dorénavant se lancer dans un véritable parcours du combattant**.

> Depuis 2007, la loi lui impose déjà de soumettre au préalable sa plainte au procureur, lequel dispose de trois mois pour décider d’ouvrir ou non une enquête. Demain, ce sera six mois ! Et, si le proc l’envoie balader, le plaignant ne pourra rien faire avant d’avoir réitéré sa démarche devant le procureur général… Les ministres et responsables politiques soupçonnés de traîner quelques casseroles y gagneront, au passage, un précieux répit. Merci qui ?


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### Zone interdite aux avocats

> **Aujourd'hui, aucun texte ne prévoit la présence d’un avocat lors d’une perquisition**. Le 10 octobre, pourtant, le Sénat a adopté, à l’occasion de l’examen du projet de loi de programmation de la justice, une disposition mettant fin à cette anomalie.

> **Le gouvernement s’y est farouchement opposé** et n’a pas caché son intention de faire supprimer cette modification par l’Assemblée. **Nicole Belloubet, la garde des Sceaux, a expliqué sans rireaux sénateurs que cette avancée des droits de la défense constituerait « une complexification majeure de la procédure pénale »**. Son projet de loi entend renforcer les pouvoirs des parquets, pas ceux de la défense, nuance…

Ho bah oui, c'est vrai que la reste de la procédure pénale est tellement simple que ça serait une hérésie de rajouter une surcouche protégeant les droits de l'accusé⋅e. Quand une complexification est utilisée comme rhétorique d'un foutage de gueule.

Dans le Canard enchaîné du 31 octobre 2018.


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GuiGui's Show - Sunday 4 November 2018 http://shaarli.guiguishow.info/?do=daily&day=20181104 http://shaarli.guiguishow.info/?do=daily&day=20181104 Sun, 04 Nov 2018 00:00:00 +0100 FAI, GAFAM, blocages des contenus : j'écris au Canard enchaîné Sun Nov 4 21:54:40 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?QlRe7Q


> Bonjour,
>
> Je réagis à l'article suivant publié dans le bandeau gauche de la 8e page du numéro 5112 du 24 octobre 2018 du *Canard* :
>
> > C’est une première : le procureur de la République de Paris a assigné, le 8 novembre, au tribunal de grande instance de Paris neuf opérateurs (SFR, Orange, Free, Bouygues Telecom, etc.) pour qu’ils bloquent le site d’extrême droite Démocratie participative, en raison de ses contenus haineux à caractère raciste, antisémite et homophobe.
>
> > Il leur enjoint de bloquer l’accès dans un délai de quinze jours sous astreinte de 10 000 euros par jour de retard. il est fou, ce procureur !
>
> > Depuis toujours, les Gafa et les opérateurs nous expliquent en chœur que bloquer un site est tout ce qu’il y a de plus techniquement impossible.
>
> > Ce qui n’empêche pas Facebook de bloquer « L’origine du monde », de Courbet, tellement *shocking* !
>
>  
> **Cet article mélange plusieurs choses et traite le sujet de manière très partielle et sans finesse**. Ce n'est pas le première fois que ce sujet, pourtant crucial à notre époque numérique, est malmené par le *Canard*. Étudions-le un peu plus en détail ensemble, voulez-vous ?
>  
>  
> En France, **le blocage d'un service numérique par les fournisseurs d'accès à Internet (FAI) est réalisé par l'effacement de l'adresse du service de l'annuaire technique des FAI**. Ainsi, quand un abonné Free ou Orange ou autre saisira l'adresse « democratieparticipative.biz » dans son navigateur Internet, l'annuaire du FAI répondra à ce dernier que le site web n'existe pas, empêchant ainsi son accès.
>
>    D'un côté, **cette technique produit l'ablation d'un site web entier pour un FAI donné. Il n'est pas possible de bloquer une et une seule page d'un site web**, ni même un ensemble de pages, c'est tout ou rien, et cela s'applique à l'ensemble des abonnés (pas de distinctions pour les avocats, parlementaires, chercheurs, journalistes, etc. que l'on notre législateur cherche parfois à soustraire à ces blocages). Ainsi, **elle n'est pas utilisable sur tout site web à forte audience sur lequel le contenu est mutualisé** (Facebook, LeMonde.fr, Wikipédia, etc.) sous peine d'interdire tout accès à ce site web connu, donc de perdre des clients.
>
>    De l'autre, **le blocage qui naît de cette technique se contourne très facilement** : il suffit de paramétrer son ordinateur pour utiliser un autre annuaire, puisque rien contraint à utiliser celui de son FAI.
>  
>  
> Ho, bien sûr, **côté FAI, il existe une technique de blocage plus efficace qui consiste à lire l'intégralité des communications afin de discerner** (par mots-clés, par adresse, etc.) **les accès à du contenu problématique et ainsi d'interrompre automatiquement la communication** de manière dynamique et en temps réel. Elle se nomme Deep Packet Inspection.
>
>    **Elle permettrait aux FAI de bloquer une page d'un site web donné sans faire l'ablation du site web entier**.
>
>    **Cette technique est très intrusive**, elle va au-delà de l'ouverture d'une enveloppe postale, par exemple. En fonction de son paramétrage, **elle peut fouiller dans les communications chiffrées donc confidentielles. Son utilisation n'est pas souhaitable dans une démocratie**, car elle servira immanquablement à **tracer qui lit quel contenu, quand, à quelle fréquence, qui échange avec qui, quand, à quelle fréquence, quels sujets sont abordés, et à bloquer toute forme d'expression jugée dissidente**. Pas de retour en arrière possible après son déploiement, la boîte de Pandore sera ouverte et seule son paramétrage fera foi. À ce jour, seuls des États faiblement démocratiques l'ont utilisé (Syrie, Lybie, Iran, Maroc, etc.).
>
>    Sur ce sujet, je vous conseille de vous rapprocher de vos confrères de Reflets.info, qui ont abondamment documenté cette technique et ses dérives [1], notamment en Lybie (emprisonnement et torture d'opposants politiques).
>  
>  
>**Concernant les Gafa, faut-il les classer comme hébergeurs de sites web ou comme éditeurs de sites web, c'est-à-dire, par analogie, comme imprimeurs/distributeurs/points de vente ou comme éditeurs ?** Si l'on les classe **comme hébergeurs, alors on ne peut pas exiger d'eux un contrôle des contenus**, car ne décidant pas des contenus diffusés, ils ne peuvent en être co-responsables. Si l'on les classe **comme éditeurs, on ne pourra plus leur reprocher de censurer des contenus selon leurs critères** (comme l'œuvre de Courbet ou des travaux de vos confrères) au-delà des exigences légales, car un droit de regard éditorial discrétionnaire naît du statut d'éditeur (par analogie, une maison d'édition papier choisit qui et quel contenu elle veut publier). En revanche, **il n'est pas acceptable que ces entités jouent sur les deux tableaux comme elles le font en ce moment** (refus de la responsabilité éditoriale tout en censurant des contenus).
>
>    **On peut difficilement considérer les Gafa comme des hébergeurs, en cela que ces sociétés commerciales prennent des décisions concernant les contenus** (mise en avant de certains contenus, choix de ce qui sera affiché sur le mur de telle ou telle personne, censure, etc.).
>
>    **On peut difficilement les considérer comme des éditeurs, car la responsabilité qui leur incomberait alors serait disproportionnée donc injuste** (j'ai aucun doute sur le fait que les plus hautes juridictions judiciaires en décideraient ainsi). En effet, **comment lire une telle masse de contenus et en valider les conformités légales, une par État dans lequel la plateforme numérique est présente, avant publication ?!** Même en intensifiant le recours à des fermes de petites mains sous payées, méthode actuellement utilisées par les Gafa, cela semble impossible (et quand bien même, je ne désire pas que ces sous-emplois de la misère se développent encore plus).
>
>    Comme dans d'autres secteurs, la question qui se pose ici est celle de la **concentration des acteurs**, alors, que, pourtant, chaque citoyen pourrait disposer de son lieu d'expression dont il serait l'éditeur donc le responsable légal. Cela se nomme site web personnel, blog, et toutes les techniques pour les interconnecter afin d'échanger des contenus. La volonté de simplicité exprimée par les citoyens fait que ce modèle ne s'est pas développé après 2005, ce qui engendre les dérives dont nous parlons.
>
>    **Actuellement, des réflexions ont lieu, aussi bien dans la société civile que chez nos élus, afin de définir un nouveau statut pénal pour les plateformes numériques comme les Gafa**, à mi-chemin entre hébergeur et éditeur. Je vous invite vivement à prendre connaissance de ces ébauches de réflexions politiques [2].
>  
>  
> Notons que **la responsabilisation des intermédiaires techniques (FAI, hébergeurs) nous ferait glisser vers une censure automatisée de droit privé plus vaste que ce que prévoit la loi**. En effet, si le FAI et l'hébergeur sont en capacité de bloquer des communications et des contenus, mais qu'ils ne le font pas pour certains types ou par erreur, ils deviennent co-reponsables de ces communications et de la publication de ces contenus puisqu'ils avaient les moyens techniques de les empêcher. S'ils ne les ont pas empêchées, c'est donc qu'ils approuvent ces communications et ces contenus, non ? Donc ils sont complices, non ?
>
>    **Ces entités voulant prendre aucun risque, cela entraînerait mécaniquement de la censure préventive** de tout ce qui pourrait éventuellement déranger qui que ce soit où que ce soit.
>
>    **Cela entraînerait aussi une concentration des acteurs**. En effet, seuls les acteurs importants seront à même de salarier des censeurs à plein temps, de développer des programmes informatiques de censure, et d'encaisser les éventuelles sanctions découlant d'une erreur d'appréciation ou informatique. **Or, nous l'avons déjà dit, c’est précisément la taille des acteurs qui leur permet de ne pas prendre en compte les desiderata de tel ou tel État et de s'affranchir de telle ou telle législation**. Balle dans le pied. Perdu ?
>  
>  
> Fondamentalement, **ce qui m'ennuie le plus, ce n'est pas que des propos injurieux, haineux, racistes, antisémites, homophobes, complotistes, etc. soient accessibles par Internet, c'est que des personnes soient suffisamment désorientées, suffisamment mal dans leur peau pour y avoir recours en étant convaincues de leur légitimité**, tels nos ancêtres qui s'envoyaient des cartes postales ouvertement antisémites dans les années 1920. Il est là, le vrai problème. Qu'est-ce que l'on fait pour comprendre cela et y remédier ? Rien. Qu'est-ce que l'on peut faire ? Arrêter l'individualisation, recréer du lien social, recréer des projets communs, chercher à tendre vers une société plus égalitaire, etc. Seules des actions de cet ordre dissuaderont les humains de chercher et de pointer du doigt leurs différences et de s'entre-tuer. Sauf que c'est un travail de longue haleine. Il est bien plus facile de bloquer des contenus, j'en conviens.
>
>    Je ne pense pas que la censure (tant du côté des FAI que du côté des éditeurs numériques que du côté des diffuseurs audiovisuels que du côté des éditeurs de presse papier, etc.) soit la solution. D'un côté, **les propos haineux, racistes, homophobes, etc. continueront d'exister dans l'esprit des citoyens et continueront d'être échangés, que se soit au bistrot du coin ou sur des plateformes numériques moins connues**. La censure confortera les auteurs de tels propos dans leur sentiment d'exprimer des vérités qui dérangent. De l'autre côté, **la censure dérive toujours. Les bons sentiments derrière le blocage de contenus haineux, racistes, homophobes ne sont qu'un prétexte à une censure qui sera étendue avec le temps**. L'enfer est pavé de bonne intention, attention à ce que nous souhaitons.
>  
>  
>J'espère vous avoir éclairé et que vos prises de positions à ce sujet seront plus fines à l'avenir. Je souhaite ardemment que ce sujet complexe de blocage des contenus et de statut pénal des différents acteurs d'une communication électroniques soit vulgarisé dans la presse afin que chaque citoyen puisse en comprendre les enjeux et prendre position. Un travail pour le Canard ?
>  
>  
> Cordialement.
>  
>  
> [1] [Deep Packet Inspection sur Reflets.info](https://reflets.info/articles?search=Deep+Packet+Inspection) ;
>
> [2] [Régulation des contenus : quelles obligations pour les géants du Web ?](https://www.laquadrature.net/fr/neutralite_geants), [Intermédiaires techniques : un éléphant, ce n'est pas une souris en plus gros](https://www.laquadrature.net/fr/intermediaires_elephant_souris), [Un tiers médiaire](https://www.laquadrature.net/fr/un_tiers_mediaire).


Réduction en chef

Sun Nov 4 13:07:13 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?R2mzag


> **On les appelle « chargés de contenus ». Ils remplacent les journalistes, mais ils n’en sont pas. Ce sont de jeunes stagiaires ou des autoentrepreneurs. Ils sont chargés de pondre des articles à la chaîne**. « Articles », le mot n’est guère approprié. **Des bouche-trous à mettre entre les pubs : du contenu**. Forcément bienveillant envers les annonceurs. **Chez Reworld, on ne fait pas vraiment la différence entre journalisme et publicité**.

> Le hic, c’est que **Reworld est en passe de devenir le premier groupe de presse magazine français. Il a déjà racheté « Pariscope » (l’a coulé), « Be » (l’a coulé), « Auto Moto », « Maison & Travaux », « Union », « Le Journal de la maison » et aussi « Marie France », « Gourmand », « Vie pratique », « Télé Magazine », « Papilles », « Disney Fun », etc.**

> **Il s’apprête à absorber des dizaines de titres de la filiale française de Mondadori, comme « Science & Vie », « Auto Plus », « Grazia », « Biba », « Closer », « Télé Star »**… Et les salariés de Mondadori grimpent aux rideaux. Ils n’ont pas envie de se retrouver sur le pavé pour être remplacés par des chargés de contenus.

> Or c’est la tactique de Pascal Chevalier et Gautier Normand, les deux entrepreneurs d’Internet qui ont repris Reworld voilà six ans : pousser les journalistes en place à déguerpir en prenant la clause de cession et les remplacer par des employés au rabais, dociles et sans scrupule. Les rares journalistes qui se sont accrochés à leur poste s’en sont mordu les doigts, comme l’ancien rédac chef d’un magazine racheté par Reworld : « Il n’y a aucune reconnaissance, là-bas, aucun respect. Je ne connais personne qui est heureux d’y travailler (…). Un conseil : ne bossez jamais pour eux » (« Libération », 12/10).

> Jeudi 18, quelques centaines de salariés de Mondadori ont manifesté devant le ministère de la Culture pour demander au nouveau ministre, Franck Riester, de bloquer le dépeçage annoncé de leurs magazines.

> Quelle drôle d’idée… La liberté d’entreprendre , c’est sacré, voyons !

Dans le Canard enchaîné du 24 octobre 2018.


Des économies grâce à la justice des pauvres

Sun Nov 4 13:02:09 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?1mCakQ


> Le décret devait sortir au 4e trimestre 2017. Personne n’en a encore vu la couleur. C’est dire tout l’intérêt porté à la justice (dite « contentieux social ») qui concerne les plus pauvres. Elle traite environ 20 000 litiges par an, opposant les conseils généraux aux organismes sociaux au sujet du RSA, des pensions de retraite ou de handicap, de la couverture maladie universelle complémentaire, de l’aide médicale d’Etat ou encore de la prise en charge en Ehpad ou en institut spécialisé.

> Jusqu’ici, **ces dossiers étaient traités par les commissions d’action sociale, départementales puis centrale (CCAS), en appel. La loi les a supprimées en 2016, transférant les cartons de paperasse aux tribunaux judiciaires et administratifs. Rendez-vous le 1er janvier 2019**. En attendant, les démunis peuvent s’asseoir sur leurs réclamations.

> Défense indigente

> La dernière audience de la CCAS s’est tenue le 26 septembre, et les juges qui la composaient s’alarment du sort de leurs dossiers. **« Le personnel de la CCAS — six ou sept personnes — n’est même pas transféré dans les nouvelles structures, alors qu’elles ont les compétences en la matière »**, s’inquiète Patrick Mony, qui y siégeait. **« Et que deviendra toute notre jurisprudence dans les juridictions appelées à nous remplacer ? »** renchérit Jean-Michel Belorgey, ancien conseiller d’Etat et désormais ex-président de la CCAS. Sans parler de quelque 1 000 dossiers en errance, qui devront attendre au mieux l’an prochain pour être réglés…

> Il s’agit là d’aides souvent vitales pour les plus démunis. Ceux-ci, soulignent Mony et Belorgey, « n’ont guère d’armes pour batailler face aux organismes sociaux. Il faut sans cesse rééquilibrer ». D’autant que le droit en la matière est des plus compliqués. Qui doit payer ? Le département de naissance ? De domicile ? Celui où l’on atterrit un jour, au hasard d’un foyer ?

> Recours impossible

> Mais, le pire, c’est ce décret ! Il va **instaurer un « recours administratif préalable obligatoire » (Rapo) pour les justiciables, avant toute saisine du tribunal administratif**. Le Rapo est cette démarche qui rend aujourd’hui dingues les automobilistes, depuis l’instauration du forfait post-stationnement.

> Ils doivent le déposer par Internet, et l’efficacité est très moyenne. Dans le cas du decret, **« c’est un filtre destiné à décourager les plus pauvres, qui seront écrasés par ces Rapo… »** se fâche Belorgey. **Mais ceux-ci rassurent, dit-on, les tribunaux administratifs, qui redoutent de crouler sous les demandes**. Sabrer dans les aides sociales, bien des politiques en rêvent.

> Voilà une élégante façon de leur faire plaisir !

Dans le Canard enchaîné du 24 octobre 2018.


Un ami du Kremlin met un pied dans la porte du ”Monde”

Sun Nov 4 12:56:01 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?TY5lWQ


> Le Tchèque Kretinsky est très russe-compatible. Alerte dans les services !

> En France, Daniel Kretinsky n’a qu’un problème : la prononciation de son nom, que ses partisans s’évertuent à rectifier en disant : « Schrétinsky ». Pour le reste, tout baigne pour le jeune milliardaire tchèque, qui enfonce à coups de millions des portes que lui ouvrent volontiers les derniers patrons de la presse française. **Après Yves de Chaisemartin, qui a cédé l’hebdo « Marianne » pour 6,5 millions d’euros, après Lagardère, qui largue ses revues (« Elle », « Télé 7 Jours », etc.) et pourrait ajouter Virgin Radio à la liste, c’est au tour du banquier Matthieu Pigasse d’avouer qu’il commerce avec l’ami « Schrétinsky » et lui cède des parts dans « Le Monde »**. Le « quotidien de référence », rien que ça…

> Cette annonce, la semaine dernière, a assommé la rédaction et même le **patron du directoire, Louis Dreyfus, qui ignorait ce qui se tramait**. Les négociations entre Paris et Prague avaient pourtant commencé avant l’été…

C'est ce qui arrive quand une société commerciale n'appartient pas à ceux et celles qui font, mais à des personnes distinctes, à des financiers, qui n'ont que faire de l'avenir de la structure.

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> Tout doit disparaître

> Dès le mois de juin, Xavier Niel, l’autre cogérant du « Monde », apprend que son acolyte **Pigasse veut liquider sa participation dans le quotidien (un tiers de la holding Le Monde libre). Motif : il a besoin d’argent frais pour solder ses dettes**. Un emprunt bancaire (environ 30 millions), tout d’abord, contracté en 2010 pour le rachat du « Monde » et que lui garantit… Niel. Une seconde dette, ensuite, qui lui a servi à reprendre avec le même Niel la part de Pierre Bergé : ce dernier, malade, avait consenti à ses potes une ristourne de 10 millions et un échelonnement du paiement sur cinq ou six ans. Mais Bergé est décédé il y a un an…

> Cet été, Pigasse explique soudain à ses partenaires que tout est réglé et qu’il a trouvé un bel acheteur. Fin juillet, il lève le voile sur son identité : Daniel Kretinsky ! A ce moment—là, Pigasse est prêt à vendre la totalité de ses actions du « Monde » à l’homme d’affaires tchèque. Il en veut 100 millions d’euros (« Libé », 23/10).

> **Problème : sur le papier, Kretinsky deviendrait alors cogérant du journal. Si Pigasse ne garde pas au moins une action, une sévère menace plane même sur l’avenir de la commandite du « Monde ». Ce système de contrôle où les associés sont seuls maîtres à bord avait été imposé pour verrouiller le pouvoir du duo Niel-Pigasse** (Bergé n’avait pas voulu faire partie de cette commandite). Le scénario d’un Kretinsky copropriétaire fait s’étrangler Niel. Tollé garanti dans la presse ! **Au mois d’août, Pigasse recule. Il envisage de ne céder que 49 %, de ses parts, au maximum, à Kretinsky**. Un mois plus tard, ce projet de participation minoritaire rassure, pour un temps, un « honorable correspondant » de la France à Prague, qui se fait confirmer la nouvelle par le premier cercle politique du milliardaire. **Mais personne n’en doute : dans un second temps, le quadragénaire tchèque va vouloir tout racheter à Pigasse et s’asseoir à sa place**.

> Ça sent le gaz

> Depuis qu’il a débarqué, il y a huit mois, le Tchèque pressé est dans les radars des services français. **Importateur majeur de gaz russe en Europe avec son groupe EPH, Kretinsky grenouille en effet dans la zone d’influence de Moscou. Or l’offensive médiatique et politique pour étendre ladite zone dans toute l’Europe n’a échappé à personne**. Ce n’est pas écrit sur son CV, mais **Kretinsky est proche du jeune ministre de l’Economie russe, Maxime Orechkine**.

> Les deux hommes partagent même une passion désintéressée bien de chez nous : la Société générale. Orechkine a travaillé pendant sept ans (2006-2013) pour la filiale de la banque française en Russie, la Rosbank ; Kretinsky, lui, fait régulièrement appel au satellite de la Société Générale en Tchéquie, Komercni Banka, pour ses investissements. Quant à ses liens avec un autre jeune richissime tchèque, Petr Kellner, très implanté dans les milieux d’affaires russes, ils soulèvent d’autres saines interrogations…

> Politiquement, les premiers signes donnés par le futur actionnaire du « Monde », autoproclamé « proeuropéen », font rêver. **A peine « Marianne » payé, il a installé à sa tête la réac souverainiste Natacha Polony**. On peut trouver plus procuropéen… Kretinsky rachèterait aussi volontiers une gazette politique très fraîche, « Valeurs actuelles », mais l’hebdomadaire n’est pas à vendre. « Il s’est renseigné dessus. Il est bien droitier, c’est sûr », se marre un patron de presse qui l’a rencontré plusieurs fois. Lequel conclut : « Il adore aussi les tabloïds et veut savoir s’il est possible d’en lancer en France. »

> Voilà qui ne devrait pas calmer les journalistes du « Monde », qui rencontrent ce jeudi Niel et Pigasse. Ce sera surtout pour les deux hommes l’occasion de se croiser… Ils ne se parlent plus.

> Besoin d’un traducteur tchèque, peut-être ?

Dans le Canard enchaîné du 24 octobre 2018.


Croyez-nous sur parole !

Sun Nov 4 12:44:28 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?9COCBA


> Pauvres députés macronistes ! Le 29 mai, en compagnie d’une poignée de députés LR, une trentaine d’entre eux avaient rejeté l’amendement déposé par Matthieu Orphelin, député LRM proche de Hulot, qui vise à interdire le glyphosate d’ici à 2021. Leurs électeurs les avaient alors vivement interpellés. Six mois auparavant, le président Macron ne s’était-il pas engagé par écrit à faire interdire le glyphosate « au plus tard dans trois ans » ? Pourquoi trahir cette promesse ? Pourquoi refuser de l’inscrire dans la loi ?

> Le 15 septembre, rebelote : un amendement du même tonneau est rejeté par 42 députés (dont les mêmes 34 macronistes). Depuis, comme le raconte « Le Monde » (19/10), ils vivent l’enfer. **Dans la rue, on les apostrophe** : « Vous êtes tous vendus aux lobbys ! Honte a vous d’être avec  Monsanto ! » **Ils reçoivent des mails indignés par centaines. On les présente comme les « 42 salopards »**. Et parfois, forcément, ça dérape (insultes et menaces de mort). Heureusement, **l’ex-ministre de l’Agriculture Stéphane Travert a exprimé son soutien à ces députés « injustement insultés, bafoués, caricaturés sur les réseaux sociaux »**…

> Du coup, **ils s’échinent à expliquer en chœur qu’ils sont « profondément » contre le glyphosate, mais qu’il faut y aller mollo**, sans « braquer les agriculteurs », car la situation sur le terrain est complexe, les voilà réduits à **« faire la pédagogie de leur vote »… La députée de l’Isère Cendra Motin a ce mot magnifique : « On demande aux gens de nous croire sur parole. Or ils ne croient que les actes… »**

> Ah, les gens ! Indécrottables !

Qu'il⋅elle⋅s sont mignon⋅ne⋅s. :') Cependant, ça en dit long sur l'état de délabrement de notre démocratie…

On notera qu'un baratin similaire est en train de se mettre en œuvre en opposition à la volonté de Ruffin de désigner publiquement les responsables du rejet préalable d'une proposition de loi concernant la rémunération (actuellement scandaleusement basse) des accompagnateur⋅rice⋅s scolaires des enfants handicapé⋅e⋅s et l'accueil de ses mêmes enfants dans nos écoles publiques.

Dans le Canard enchaîné du 24 octobre 2018.


Ne Mélenchon pas tout

Sun Nov 4 11:52:35 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?yb3_5A


> **La « personne » de Jean-Luc Mélenchon n’est pas seulement « sacrée », elle est aussi changeante**. Ainsi, le même homme qui, en mars 2017, en pleine affaire Fillon, **déplorait que « personne ne respecte plus rien : ni les politiques, ni les juges, ni la police, ni les journalistes » en vient à son tour, en vociférant, à vouer chacune de ces corporations aux gémonies**.

Faites ce que je dis, pas ce que je fais. Classique. :)

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> Fillon, qui était à l’époque, lui aussi, sous le coup d’une enquête préliminaire, hurlait alors au complot politico-médiatique et au « cabinet noir ». **Mélenchon, qui, lui, a droit à deux enquêtes du même ordre, l’une sur les comptes de sa campagne présidentielle et les grosses factures de son ex-directrice de la communication Sophia Chikirou, l’autre sur les assistants des eurodéputés de son parti**, en fait trois fois plus.

Ces enquêtes me semblent être parfaitement légitimes. La facturation via une association qui n'était pas déclarée comme étant microparti, donc pas sujette à la transparence en usage, ce n'est pas cool. La surfacturation éventuelle non plus, car une partie est payée par les citoyen⋅ne⋅s par le jeu du remboursement des frais de campagne.

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> L’ami « du bruit et de la fureur » éructe, pour sa part, contre **« une opération de police politique », un sombre complot de la « caste » et du « parti médiatique », allié dans ses basses œuvres au « système judiciaire lié au système politique »**. Tous contre lui, mais lui pas tout à fait seul contre tous, car, comme il l’a éructé lors de la perquisition à son domicile, « [il est] plus que Jean-Luc Mélenchon, [il est] 7 millions de personnes ».

> Peut-être faudra-t-il revoir le comptage. Les spectaculaires emportements de l’éruptif chef de La France insoumise ne font pas forcément fuir le client. Sans aller jusqu’à en redemander, ils sont habitués à sa bileuse intempérance. **Mais ce nouvel accès d’une grande violence tombe juste au moment où, jouant l’ouverture et l’apaisement, il entendait rassembler à gauche pour élargir ses rangs. Faire peur pile  quand on veut rassurer peut un rien égarer**. Et des sondages lui font déjà perdre des soutiens (lire p. 2) et de la popularité. Pour avoir trop forcé la note, Mélenchon risque, là encore, de la payer.

Oui, ça c'est dommage…

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> **On peut, certes, concéder quelques bonnes raisons à cet emportement mélenchonien**. Une **perquisition matinale** avec une escouade de policiers en gilet pare-balles a de quoi émouvoir et énerver. Et le perquisitionné a beau jeu d’ergoter sur le fait que **cette perquisition émanant du parquet et non d’un juge d’instruction plus indépendant limitait les droits de sa défense. Ou de déplorer que la loi n’autorise pas la présence d’un avocat**. On peut **comprendre aussi sa colère contre la divulgation de sa vie privée, même si elle venait à entrer en collision avec l’affaire** pour laquelle il était perquisitionné…

Oui, une perquisition est un acte violent, quelle qu'en soit la cible, y compris le⋅a citoyen⋅ne de base. C'est pour ça que j'ai toujours milité pour des gardes-fous puissants, notamment lors de l'état d'urgence 2015-2017. Si cette affaire peut en faire prendre conscience…

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> **Fort de tous ces recevables arguments, il aurait eu tout à gagner à les faire valoir avec l’indéniable talent tribunicien qui est le sien**. Mais, au lieu de cela, oubliant que d’autres partis, du MoDem au RN, et leurs  dirigeants ont subi aussi des tracas judiciaires, Mélenchon, dont les nerfs lâchent souvent, est parti dans ses diatribes complotistes et ses bouffées aussi délirantes que vociférantes et menaçantes.

Gros gros +1. Mélenchon pouvait réussir une très bonne pédagogie sur la violence d'une perquisition, sur le fait que Macron, Hamon, et les autres n'ont pas été perquisitionné concernant leurs comptes de campagne, etc. Certes, la colère sous le coup de l'émotion est pardonnable, qui n'aurait pas agit ainsi à sa place, mais rien n'excuse la diatribe lors de la conférence de presse, qui pouvait être effectuée au calme, après réflexion, etc.

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> Complètement défiltré, le Chavez de l’Estaque, après avoir, sans rire, appelé à « faire baisser le niveau de violence qui existe dans cette affaire », **a appelé, la bave aux lèvres, ses troupes à « pourrir » les « tricheurs » et les « abrutis » de Radio France**. Toujours la cohérence !



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> Et ce n’est pas terminé, car le voilà maintenant qui tente à nouveau de se justifier en écrivant qu’en fait il n’est « pas en guerre, ni contre les médias, ni contre la justice, ni contre la police », c’est juste, ajoute-t-il, que ce qu’il a subi « n’est pas digne ». La boucle est bouclée. Au moins jusqu’à la prochaine bouffée. Elle le serait plus solidement et avec plus de « dignité » si, plutôt que de chercher de foireuses justifications à son numéro de persécuté, Mélenchon s’était simplement contenté de fournir les justificatifs qui lui ont été demandés.


**Un autre aspect m'a profondément choqué et révolté : toute la mise en scène autour de l'importance de sa personne** (sacrée, représentante de 7 millions de personnes, etc.) **et la provocation du magistrat** (et vas-y que je répète en boucle que je suis Mélenchon pour me donner de l'importance, et vas-y que je sorte mon écharpe tricolore pour me cacher derrière alors que mon immunité parlementaire est hors champ, etc.). **Je déteste que des élu⋅e⋅s se protègent derrière leur soi-disant statut social. Il⋅elle⋅s sont juste des humain⋅e⋅s comme les autres**. J'ai toujours été contre toute forme d'immunité des élu⋅e⋅s et contre toute forme de statut pénal distinct pour le Président. **Dans le cas de Mélenchon, cela affecte sa crédibilité** : lors de sa campagne de 2017, il dénonçait la posture du Président comme surhomme providentiel. C'était même l'un des motifs pour passer à une 6e République avec des pouvoirs constitutionnels plus équilibrés. Comment croire que Mélenchon, une fois élu, mettra en œuvre la 6e République alors qu'en tant que non élu, il jouit et abuse d'un prétendu statut d'homme fort intouchable d'opposition ?

**Un dernier aspect ne m'a pas laissé indifférent : le traitement médiatique parfaitement lamentable, comme d'habitude**. Ho, un homme a perdu ses nerfs, faisons-en tout un plat et exigeons une conférence de presse immédiate ! Faire réfléchir sur le régime juridique des perquisitions ? Haha. Approfondir les raisons de ces perquisitions ? Lolilol. Par contre, faire défiler les éditorialistes, là, aucun problème.

Édito du Canard enchaîné du 24 octobre 2018.


American Nightmare et Taxi 5 : retour sur deux navets

Sun Nov 4 00:04:34 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?K_dQFg


Deux collègues discutaient de l'appel à la purge lors d'Halloween lancé il y a quelques jours, en expliquant que cela est inspiré du film American Nightmare. J'ai regardé ce film afin de compenser ma carence culturelle. En recherchant ce film sur Allocine afin d'obtenir des infos de base, je suis tombé sur Taxi 5… Et là, c'est le drame.


### American Nightmare

Afin de satisfaire les pulsions humaines les plus sombres, le gouvernement des USA rend légal tous les délits et crimes chaque année pendant une nuit, entre le 21 et le 22 mars.

Je n'ai pas du tout aimé ce film : il est ennuyeux, les acteurs et les actrices jouent plutôt mal, les actions des personnages sont incohérentes avec la situation vécue, la trame narrative n'est pas travaillée et sonne faux, notamment sur l'aspect social de la purge, etc.

Néanmoins, **ce film permet d'illustrer simplement des concepts de la sécurité** (informatique ou non) :
  * L'acteur principal, pourtant vendeur de systèmes de sécurité haute technologie, explique très clairement qu'**aucun système de sécurité est infaillible, que la sécurité est garantie jusqu'à un certain degré de menace** ;
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  * **La brèche, c'est toujours l'être humain**. Ici, un ado fait entrer, au sein de l'espace sécurisé, un inconnu qui appel à l'aide, ce qui ôte tout l'intérêt de la protection.

Bref, **même si tu t'ennuies profondément, je te déconseille le visionnage de ce film**.


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### Taxi 5

Onze ans après le dernier, un énième opus de la franchise, sans Naceri ni Diefenthal. Je l'ai regardé par amour du personnage du commissaire Gilbert.

Je n'ai pas du tout aimé ce film : humour vu et revu recyclé des opus précédents, trame narrative pompée sur le premier Taxi, etc. Il y a rien à tirer de ce film.

Bref, **même si tu t'ennuies profondément, je te déconseille le visionnage de ce film**.


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GuiGui's Show - Saturday 3 November 2018 http://shaarli.guiguishow.info/?do=daily&day=20181103 http://shaarli.guiguishow.info/?do=daily&day=20181103 Sat, 03 Nov 2018 00:00:00 +0100 La liste de Varian Fry sur France 3 - tous les replay sur france.tv Sat Nov 3 23:19:27 2018 -
https://www.france.tv/documentaires/histoire/756065-la-liste-de-varian-fry.html


Une biographie de Varian Fry, **journaliste américain qui aida des artistes et des penseurs, menacés par l'Allemagne nazie et ses alliés,** (Hannah Arendt, Walter Benjamin, etc.) **à fuir l'Europe entre août 1940 et août 1941**.

Hitler considérait que la décadence est d'abord culturelle. L'art Juif et les courants d'art modernes (comme l'impressionnisme, le cubisme, etc.) étaient considérés comme de l'art dégénéré. Des expositions comparant l'art dégénéré et l'art nazi étaient organisées par Goebbels, chargé de la propagande du 3e Reich. L'art dégénéré, pourtant jugé sans intérêt, était vendu par les nazis.

Varian Fry était membre de l'Emergency Rescue Committee (ERC). Par absence de volontaire, il se porte lui-même volontaire pour une mission de 3 mois en France visant à exfiltrer 200 personnalités. Forcément, la mission est plus compliquée que cela : le gouvernement de Vichy refuse de délivrer des autorisations de sortie du territoire aux réfugiés (d'où la confection nécessaire de faux papiers), le consulat américain refuse de délivrer des visa en masse (malgré l'engagement d'Eleanor Roosevelt auprès de l'ERC), le gouvernement de Vichy décide de collaborer dès l'automne 1940 (ce qui augmente le nombre de candidats au départ et fait perdre à Fry le soutien de l'ECR et du gouvernement américain), l'argent vient à manquer (d'où la mise en œuvre d'un trafic de devises), etc.

Varian Fry n'était évidemment pas tout seul et plusieurs équipes se sont constituées autour de lui.

Varian a été expulsé de France.

Au final, **Varian Fry et son équipe ont aidé plus de 1800 personnes en 13 mois**, au lieu des 200 en 3 mois prévues initialement.

Via le Canard enchaîné du 24 octobre 2018.


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GuiGui's Show - Sunday 28 October 2018 http://shaarli.guiguishow.info/?do=daily&day=20181028 http://shaarli.guiguishow.info/?do=daily&day=20181028 Sun, 28 Oct 2018 00:00:00 +0200 Démonstration d'un effet Nimby par Elabe et Les Echos Sun Oct 28 19:01:17 2018 -
http://shaarli.guiguishow.info/?KGYNcA


> L'institut Elabe vient de réaliser pour « Les Echos » (12/10) **un sondage sur le rapport des Français au prélèvement à la source**. Il en ressort que 65 % d’entre eux sont favorables à la mise en œuvre de la mesure, tandis que 53 % jugent qu’ils sont bien informés sur son instaurafion et 63 % se déclarent « pas inquiets » concernant les changements à venir.

> Petite précision : **le sondage a été réalisé auprès d’« un échantillon de 1 010 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus »**.

> Or, **seulement 43 % des foyers fiscaux s’acquittaient de l’impôt sur le revenu en 2017**, selon les chiffres de la Direction générale des finances publiques. **L’échantillon retenu comprend donc… une majorité de personnes non imposées** !

> Bravo aux « scientifiques » de la maison Elabe.

En effet, joli [effet Nimby](https://fr.wikipedia.org/wiki/Nimby) : les gens sont toujours très favorables à des choses qui ne changeront rien à leur mode de vie. On a aussi vu ça lors du vote concernant le projet d'aéroport à NDDL. On voit ça lors des sondages sur les prestations sociales (les gens sont favorables à la disparition des aides qui ne leur profitent pas, mais pas de celles dont ils bénéficient). Comme le desinait Pétillon, [les français et les réformes](/?DGQViw)…

Dans le Canard enchaîné du 17 octobre 2018.


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