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  • Des nouvelles de la révision de la Constitution

    En gros, Macron va la jouer "c'pas ma faute, c'est celle du méchant Sénat pas gentil" et, si ça ne marche pas, la réforme consistera uniquement à ajouter une dose de proportionnelle aux élections législatives. Ce dernier point permettra l'entrée de petits partis au Parlement (RN, NPA, DLF, Les Patriotes, etc., bonjour), de redécouper les circonscriptions électorales afin de s'offrir un matelas de voix pour la présidentielle de 2022, et de rendre encore moins claires les règles de l'élection législative afin que le citoyen soit encore plus paumé. Tout bénéf', quoi (je suis ironique).

    Sur les autres sujets de cette révision constitutionnelle, je reprends ce que j'ai déjà écrit :

    • La fin de l'entrée automatique des anciens présidents au Conseil Constitutionnel est une chimère si l'on ne repense pas l'institution dans sa globalité ;

    • La réforme du Conseil supérieur de la magistrature est un désastre complet pour l'indépendance de la justice ;

    • La baisse du nombre de parlementaires est une hérésie. Il nous faut précisément l'inverse si l'on veut avoir une chance que les citoyens soient mieux entendus et représentés ! Moins d'élus = moins de représentativité et plus de professionnalisation du rôle politique, car cela signifie moins de temps pour traiter les sujets, donc on aura des technocrates spécialisés sur des sujets précis, ignorants sur les autres sujets (ce qui laisse la porte grande ouverte aux lobbys professionnels) et loin des réalités du terrain et des citoyens par manque de temps. Il est impossible d'être à l'écoute, par téléphone, courrier, mail ou présentiel, de dizaines de milliers de personnes, ça ne loge pas dans un agenda, même en travaillant 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Il est impossible d'être proche de dizaines de milliers de personnes, de les connaître, de savoir ce qu'elles font (et je ne parle pas uniquement du travail), de savoir de quelle (absence de) régulation auraient besoin ces personnes dans leurs activités, etc. À plusieurs dizaines de milliers de personnes, on ne travaille plus à une échelle humaine, mais à une échelle industrielle avec des statistiques, des suppositions, des profils démographiques, etc., bref, des outils qui permettent de traiter de la masse ;

    • Du peu qu'on en sait à l'heure actuelle, l'acte II de la décentralisation sera de même nature que l'acte I de 1982 : un transfert de compétences à un millefeuille dépossédé des financements permettant de les exercer ;

    • La modification des modalités du RIP, le tirage au sort au Cese et la limitation dans le temps du cumul des mandats sont des hochets agités devant les citoyens. Oui, c'est intéressant pour les citoyens, mais il ne faut pas brader les autres points afin d'obtenir ces trois-là, car le deal n'est pas à l'avantage des citoyens. Il faut se méfier du miroir aux alouettes.


    La patate chaude de l'échec

    Juste après la présentation du nouveau projet de révision constitutionnelle, le 28 août en Conseil, le chef de l’Etat a donné à ses ministres quelques éléments de langage pour défendre la réforme.

    « Dans vos interventions médiatiques, leur a-t-il dit, mettez l’accent sur la proportionnelle, sur la réduction du nombre de parlementaires et sur la réforme du Cese, parce qu’elle répond à un besoin de représentation des citoyens et de la société. »

    Macron voulait surtout préparer ses ministres à la probable offensive de Larcher contre le projet.

    « En absence d’accord, a-t-il insisté, il faudra souligner la responsabilité du Sénat, rappeler que nous avons fait un certain nombre d’avancées dans sa direction et dans ce qui est ressorti du grand débat, ce qui têmoignait de notre volonté de consensus. C’est la majorité sénatoriale qui a choisi d’empêcher la réforme. »

    S’il n’y croit pas lui-même…


    Une fleur à Bayrou

    En tout cas, Macron planche déjà sur la parade. Constatant que le Sénat bloque toute révision constitutionnelle, le gouvernement dénoncera le conservatisme indécrottable de la Haute Assemblée et proposera une seule réforme : un changement de scrutin pour les législatives qui relève de la loi ordinaire et de la seule Assemblée nationale, où les macronistes ont une large majorité.

    Il s’agirait d’introduire une forte dose de proportionnelle sans changer le nombre de députés : 577. Le projet initial prévoit 15 % de députés élus au scrutin de liste, et il pourrait atteindre 20 % (soit 115 députés) pour complaire à l’ami François Bayrou. Intérêt supplémentaire de l’opération : procéder à un redécoupage aux petits oignons des circonscriptions.

    Mais il y a urgence : il faudrait adopter ledit projet rapidement, afin de procéder à un redécoupage avant juin 2021 , soit un an avant le scrutin.

    Bah ! Macron ne pourra pas refuser ça à Bayrou… Surtout après lui avoir fait avaler la couleuvre Goulard.

    Dans le Canard enchaîné du 4 septembre 2019.

    October 14, 2019 at 9:50:43 PM UTC - permalink - http://shaarli.guiguishow.info/?gCkZkg
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