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——————————— May 7, 2020 - Thursday 07, May 2020 ———————————

Je pose ça là, le jour où quelqu'un me montre encore des réticences à utiliser du Logiciel Libre dans le public sous prétexte que "gggnnn c'est pas professionnel gggnnn c'est pas approuvé ggggnnn c'est du libre donc le code source et lisible donc c'est piratable et c'est pas sûr aaannnnn".

Je ne comprends pas où tu veux en venir. Ce socle vaut rien. Il existe aucune obligation d'y recourir. C'est un annuaire comme un autre, on ne peut pas s'en servir comme argument d'autorité, ça ne passe pas dans les administrations (je parle en connaissance du terrain, tu ne feras pas changer de cap un administrateur système des fonctions publiques en sortant ce référentiel, c'est totalement hors sujet à ses yeux).

D'ailleurs, à côté de ça, les groupements d'intérêt public en charge de mutualisations logicielles / collaborations qui dépendent directement des ministères ne se gênent pas pour imposer du Oracle et autres merveilles privatrices afin d'utiliser leur solution mutualisée quasi-obligatoire, donc bon…

Enfin, quand tu vois la DINUM qui veut généraliser Qwant, tu comprends que ce genre de référentiel n'est pas réalisé uniquement sur des qualités techniques, mais aussi sur des enjeux politiciens, et, là, tu deviens prudent.



Je ne sais pas d'où viennent les propos "libre = piratable = pas sûr = pas pro", mais je présume qu'ils sont issus d'une causerie stérile entre informaticiens. Les utilisateurs ne disent pas ça. Ils n'ont même pas les compétences pour affirmer ce genre de choses, et surtout, ils s'en fichent complet et à raison. Tu ne vas pas demander à Jojo de savoir comment fonctionne la machine-outils dans l'atelier et de s'il existe des alternatives éthiques, gnagna. Jojo est payé pour suivre un algorithme (presser le bouton bleu, puis faire ci, puis le bouton triangulaire, puis…), rien à foutre du reste. De même, Ginette s'en fout de comment marche son ordinateur : elle est là pour empocher une somme de pognon précise en faisant un taff précis, comme chacun d'entre nous, salarié ou non. L'ordinateur (ou la machine-outils) est seulement un outil, un moyen pour parvenir à une fin.

Durant des années, des collègues ont sincèrement essayé de promouvoir un système GNU/Linux Ubuntu (totalement géré par le service informatique, comme les winwin qu'on distribue) et LibreOffice : la greffe n'a pas pris. Et les """"arguments"""" sont loin d'être une réflexion métaphysique sur le sens du libre, sa sécurité, blablabla. On a eu les retours suivants (j'exagère un peu, mais dans leurs tickets d'assistance, tu lis vraiment la colère, matérialisée, entre autres, par beaucoup de points d'exclamation) :

  • "Je me suis fait chier à faire une formation MS Office, donc je veux un MS Office, faîtes pas chier !". Pour ceux que ça intéresse : oui, on propose des formations MS Office et des formations LibreOffice. Oui, la RH les annonce en même temps sur le même canal. Simplement, LibreOffice, ça parle à personne. Ceux qui lisent quand même l'offre de formation ne veulent pas prendre le risque d'apprendre un truc minoritaire qu'ils ne sont pas sûrs de pouvoir valoriser dans le temps (tout le monde dans le public n'est pas fonctionnaire, pour rappel) ;

  • "J'ai le droit à mon MS Office, comme j'ai le droit à un bureau et à une chaise. Ça fait partie de mon environnement de travail, de mes conditions de travail, point ! Faites pas chier avec votre radinerie !" ;

  • "Faire du graphisme / de la retouche avec GIMP ?! Vous êtes sérieux ?! Vous avez déjà essayé, au moins ?! Faites pas chier, je veux mon Mac, mon Illustrator et mon Photoshop. Laissez-moi exercer mon métier !".

Bref, arrêtons d'utiliser nos arguments d'informaticiens (libre = pas sûr, pas pro, gnagna), le débat avec les utilisateurs n'est pas du tout sur ce terrain. On est sur de l'affect (comme la deuxième personne sus-citée qui se sentait clairement dévalorisée de ne pas avoir de MS Office : pour elle, le prix qu'on met dans son environnement de travail est un indicateur de l'attention qu'on lui prête, et quand t'es payée que dalle sans possibilité d'évolution, je comprend qu'on se rattache à ce genre de choses), sur un effet de réseau / marketing (premier point), et sur un manque d'alternatives crédibles sur certains métiers couplé à un melon des libristes qui sont convaincus que leur solution fait le taff sans connaître celui de la personne à laquelle ils proposent une alternative trop-trop meilleure.

Pendant mes repas, je regarde des vidéos sur le web. Si une vidéo n'est pas terminée, j'en reprends la lecture au repas suivant.

Sur ce point, PeerTube est gonflant. Si tu regardes une vidéo à un repas, que t'arrêtes la lecture, que tu veux la reprendre des heures après (autres repas), ça lit le petit bout de vidéo qui avait été mis en cache puis ça s'arrête et ça mouline indéfiniment dans le vide, ça ne charge pas le segment suivant de la vidéo. Je précise que je ne change pas d'adresse IP.

Il faut mémoriser l'estampille temporelle, rafraîchir la page (F5) puis cliquer pour lire. Ça lit le début de la vidéo. Il faut se déplacer jusqu'à l'estampille temporelle. PeerTube fait semblant de charger… mais continue de lire le début de la vidéo. Il faut à nouveau se déplacer sur l'estampille temporelle, et, là, ça charge et ça lit le bon segment, youpi.

C'est comme ça à chaque repas, sur plusieurs instances PeerTube.

En comparaison, YouTube gère la reprise. Ça interrompt la lecture après avoir lu le segment resté en cache, mais au moins, ça charge et lit la suite de la vidéo automatiquement. Et si jamais un F5 s'avère nécessaire, la vidéo reprend là où on avait arrêté.

C'est le genre de truc pénible.

De leur aveu même, ils ont compris la tempête citoyenne qui suivrait si ce projet de loi devait être adopté...
[…]
De l'utilité des contre-pouvoirs dans la société civile ...

C'est du pipeau.

« Rassurer les élus », ça veut dire la même chose que loi d'amnistie. C'est formulé différemment, c'est tout. La différence, c'est que rassurer les élus, ça ne sera pas matérialisé par une loi, donc ça sera informel, inattaquable, propre, chacun, y compris les juges, fera ce qu'il a à faire, on ne se blesse pas entre gens de la caste. Ça se passera donc comme d'habitude : les personnes prétendument responsables s'en sortiront tranquillou. C'est toujours comme ça : un chef (au travail ou en associatif), un parent (vis-à-vis d'un enfant mineur), un politicien, etc. rend jamais de compte. Christine Lagarde dans l'affaire Tapie, les maires / députés / ministres qui tapent dans la caisse, les patrons qui ont aucun compte à rendre sur leur mauvaise gestion, Didier Lombard et compagnie pas condamnés (sursis ou peine aménageable), etc. Le système est conçu pour qu'un """"responsable"""" n'ait pas à rendre de comptes et pour qu'il ne soit pas inquiété. La justice, les contraintes, c'est bon pour les grouillots de base, eux auront droit à la violence policière (qui n'existe pas, dixit Macron), à la violence symbolique d'un procès (qui n'existe pas non plus, c'est une invention du méchant gauchiste Bourdieu), et aux comparutions immédiates (qui, quand tu sais en quoi ça consiste te font passer l'envie de nommer ça « Justice »). Ho, parfois on fait un exemple afin de rassasier la plèbe et de lui faire verser une petite larme "snif, les méchants pas beaux sont sanctionnés, la Justice fonctionne, je suis trop heureux de vivre dans un tel système, snif".

Quant à la « tempête citoyenne »… Le gouvernement était contre l'amendement du Sénat et il a émis un avis défavorable lors de son examen. Donc, avant que la « tempête citoyenne » débute, le gouvernement était déjà contre. Il ne l'est pas par conviction, mais par certitude que c'était un coup électoraliste du Sénat et qu'il est inutile (loi Fauchon depuis 20 ans + ce que j'ai écrit au premier paragraphe c'est-à-dire que l'amnistie existe déjà de fait pour les trouducs prétendument responsables, c'est l'essence même de leur statut, c'est inclus dans le pack). Ça se saurait si les « tempêtes citoyennes » faisaient reculer les politiciens (loi Renseignement 2015, loi Travail 2017, etc. où les mobilisations étaient plus fortes que sur ça).

Je partage ton analyse mais je suis partagé sur ta conclusion :).

Je pense que tu te trompes (à moitié) sur ce que tu penses être ma conclusion. Elle n'est pas « c'est comme ça à l'état de nature, donc faisons rien », mais plutôt « arrêtons de blâmer un groupe social en particulier (LREM, PS, UMP, peu importe, tous ont pratiqué l'exclusion punitive) alors que les autres groupes sociaux dont nous sommes membres (emploi, famille, potes, associations) ont la même pratique ». Si tous les groupes sociaux observables ont cette pratique d'exclusion (et je rappelle que la prison est basée sur cette idée d'exclusion protectrice), alors blâmer un groupe qui la pratique est vain, ce n'est pas le bon discriminant pour porter une critique de ce groupe social.


Et surtout je sais que l'individu peut changer le groupe. Pour le pire te le meilleur. En fait y'a une balance ou un aller-retour entre ce qu'apportent les personnes au collectif et ce qu'impose le groupe à ses membres. AMHA.

Ça, c'est dans la théorie. Dans la pratique, il ne faut pas que les individus remuent trop / dépassent l'épaisseur du trait / partent dans tous les sens en permanence… sinon, par définition, il n'y a plus de cohérence, donc plus de groupe. C'est tout le paradoxe. Pour moi, l'injonction à être soi-même au sein d'un groupe (quel qu'il soit) est un mensonge (mais il est nécessaire), ça ne peut pas fonctionner sauf si peu d'individus sont eux-mêmes (les autres pourront alors tolérer ces orignaux) ou que les membres du groupe sont très similaires (et dans ce cas… ils ne sortiront pas de la norme du groupe, par définition même).

Je pense qu'il existe un bloqueur au niveau de l'espèce humaine afin que tous les membres de l'espèce ne désirent pas tout changer en même temps tout le temps. Je pense que ce bloqueur est facteur de stabilité, et donc qu'il est l'un des facteurs de la survie de l'espèce. C'est la grille de lecture que j'applique aux combats militants. Ils se plaignent (et je fais partie du lot) que les gens ne s'impliquent pas et préfèrent regarder Netflix, gagnagna. C'est une mauvaise lecture. En vrai, la masse est garante de la stabilité de la société en mode "ouais, ouais, testez votre idée entre vous, là, on vous regarde" (si ça foire, une petite partie de l'espèce sera sacrifiée dans le pire des scénarios).

Il faut bien se dire que si tout le monde bougeait sur tous les sujets possibles, ça serait impossible de suivre tous ces changements (déjà que, dans notre monde où relativement peu d'acteurs bougent, on n'arrive pas à suivre tous les projets en cours à notre taff, ni les projets de lois, les positions des associations et de la société civile, etc. …) et, surtout, chacun aurait plus de boulot (hé oui, car la personne qui milite avec toi sur la vie privée par exemple, ne partage pas ta vision de la société concernant l'agriculture, et comme elle se bouge… elle te nuit, donc va falloir bouger aussi sur les sujets autour de l'agriculture), ça serait juste éreintant.

Soit t'es godillot, soit tu te barres. Interdit de voter en son âme et conscience chez LREM. Si tu n'es pas du même avis que le Roy et que tu oses le dire au travers d'un vote --> la porte

C'est un reproche que je vois souvent formulé à l'encontre des partis politiques alors que ce mécanisme ("si t'es pas d'accord avec la majorité du groupe, tu te casses ou, à défaut, on va t'exclure soit formellement, soit de fait") est aussi en vigueur dans un emploi, dans une association, avec des potes (j'ai pas écrit « amis »), dans la famille, etc. C'est naturel : tout remettre en question en permanence contre le groupe rend ce groupe vulnérable en plus d'être juste chiant et épuisant. Il faut une forme de cohésion dans un groupe social, et ça passe par un mensonge / récit commun, des codes communs, des pratiques communes et un respect individuel des décisions du groupe. C'est la pensée de meute commune à tout groupe social.

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