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——————————— December 24, 2018 - Monday 24, December 2018 ———————————

J'attendais d'acquérir une longévité plus consistante dans mon nouvel emploi avant de te répondre. Je pense qu'un peu plus d'un an est une base suffisante pour refaire le point sur le team building. Spoiler : je n'ai pas changé d'avis et je maintiens mon titre de l'époque.

Tout ce que tu décris existe aussi au sein de mon emploi actuel : sortie bar / billard, sortie cinéma, sortie restaurant, tennis de table, badminton, renforcement musculaire, etc. Et, oui, à l'exception de quelques tempéraments qui cherchent parfois la compétition et la moquerie, ces sorties entre collègues se déroulent dans une ambiance très agréable.

Pour moi, il y a deux différences entre ce que je viens de décrire et le team building :

  • Nos activités ne sont pas institutionnalisées. Il n'y a pas un ordre ni une stratégie ni même un conseil émanant de la direction, du chef de service ou de qui que ce soit de gradé nous poussant à agir de la sorte. Nos activités sont informelles, souvent organisées au dernier moment et quasiment auto-gérées (je dis quasiment car, comme dans le milieu associatif, c'est environ toujours les mêmes personnes qui s'occupent de l'organisation), vient qui veut, ces activités ne sont pas organisées au nom du service ni labellisées comme étant des activités du service ;

  • De ce fait, nos activités ne sont pas obligatoires, ne peuvent être perçues comme telles et elles ne font pas l'objet d'une évaluation hiérarchique (je ne serai pas viré pour une absence répétée, ce qui me semble plus discutable dans le cas de ton travail) ni même de remarques. Tout au plus, il y a une volonté personnelle de certain⋅e⋅s de comprendre ton absence lors de telle ou telle sortie (et ça ne me dérange pas, car, encore une fois, cela se déroule dans une relation interpersonnelle).

C'est ça, la différence essentielle : nos activités ne rentrent pas dans le cadre d'une politique RH d'organisation scientifique du travail telles qu'elles existent aujourd'hui sous le terme « management de soi » (coaching, injonction à être motivé, flexible, responsable, à se fixer des objectifs et des sanctions en toute autonomie, à soigner son apparence, à avoir un esprit d'équipe, fut-il factice) et qui succèdent au Taylorisme, au Fordisme, au « mouvement » (1920-1960, appliquer le Taylorisme aux relations sociales au sein de l'entreprise : mesure de la camaraderie, de la durée optimale de la pause, rationalisation des recrutements et de la formation, individualisation du travail, du salaire, etc.). C'est cela que je critiquais négativement dans mon shaarli initial : une méthode de management comme une autre qui est mise en place uniquement pour servir les intérêts d'une minorité et qui permet aux divers chefs de fuir leurs responsabilités. Je pense toujours qu'il s'agissait bien de cela chez mon ex-employeur et pas d'une volonté de créer un petit moment sympa entre collègues qui aurait été mal implémentée.

Dans le fond des choses, ce qui me terrifie est parfaitement mis en scène dans une séquence du film The Circle de 2017. Je la mets à disposition ici. Analysons :

  • De grands sourires, une ambiance prétendument décontractée en mode "wesh ma gueule, on est tous ami⋅e⋅s, tu vois" mais une froideur dans les propos et une forme d'hypocrisie (« c'est très intéressant que tu formules ça comme ça, mais, tu vois […] » -> traduction : "t'as dit de la grosse merde, non, mais, enfin, voyons !") ;

  • Pour rester salarié, il faut être présent sur le campus le week-end ou en soirée et participer aux différentes activités du campus, « même si tout ça est facultatif, bien sûr ». Tellement facultatif qu'une note, pardon, un « rang », en découle et que ne pas faire tout cela constitue des « ratés » dans son intégration ;

  • Il faut informer ses collègues lorsqu'un proche a un problème de santé durant le week-end et même venir en parler sur les groupes de discussion de l'entreprise… ;

  • « Il n'y a pas de pointeuse ici, ça serait horrible ! ». Oui, enfin tu sais que Mae est partie du campus le vendredi à 23h28 et qu'elle est revenue le lundi à 8h32… ;

  • « Moi aussi j'fais du kayak, on aurait pu y aller tous les deux ! »… Heeeeeeu, avoir une vie en dehors de la société commerciale, c'est possible ?!

Pour moi, une telle rupture de la frontière entre vie professionnelle et vie personnelle est totalement inadmissible. Et je trouve que le team building y contribue en douceur afin que les gens se fassent piéger petit à petit, qu'ils acceptent l'inacceptable petit à petit. L'aspect positif, c'est que mon chef de service partage cette vision d'horreur et qu'il refusera d'organiser des activités au nom du service. Et ça, c'est cool. Reste l'éternelle question : pour combien de temps ? Des collègues ont émis un avis favorable à ce que nos activités soient labellisées « service informatique » et organisées en tant que telles.

Oui, au sein de l'entité qui m'emploie, on a aussi de l'humour en quasi permanence, une bonne ambiance, de l'entraide au quotidien (qu'il faut élargir au-delà de mon équipe, c'est en cours, tout doucement), du soutien moral (un peu, il reste encore une marge de progrès importante), de la résolution des conflits entre personnes (idem), etc. Pour moi, c'est précisément de tout cela dont doit aussi s'occuper un chef (d'équipe ou de service). Et pour moi, tout cela ne relève justement pas du team building tel qu'il est théorisé. Le team building est justement un ensemble de méthodologies qui se veulent rationnelles pour échapper au traitement de ces problématiques irrationnelles, car elles ne sont pas simples à traiter (il n'y a pas une réponse clé en main), tout en le remplaçant par une cohésion d'équipe artificielle propice à un travail plus efficace. C'est précisément ce que je dénonçais dans mon shaarli initial.

P.-S. : j'aime bien tes tags « cas » et « particulier ». :D

La caméra d'un poto de Mélenchon filmait les coulisses de la campagne présidentielle 2017 de ce dernier. On assiste à des réunions de campagne, à des meetings, à des entretiens télévisés (le cirque, la mise en scène burlesque autour des débats est hallucinant…), etc. Ce documentaire est forcément partiel : il montre des moments choisis, Mélenchon n'y est pas naturel (l'exemple le plus parlant est quand il déclare « allez, maintenant, on boit ! … … … … … … De l'eau, hein ! », la seconde partie de la phrase a été prononcé après qu'il ait vu la caméra :D), etc.

À la base, j'ai souhaité visionner ce documentaire pour me faire une autre image de Mélenchon. Malheureusement, j'y ai vu ce que je savais déjà :

  • D'un côté, un homme cultivé, travailleur, perfectionniste, parfois sensible, avec des pensées humanistes ;

  • De l'autre, un homme froid y compris sans énervement justifiable préalable, à l'humour cassant, y compris avec son équipe de campagne, dirigiste, qui s'affirme être un sauveur du Peuple, rempli de violence (quand il regarde de haut son interlocuteur, par exemple), de mépris (envers les électeurs d'autres candidats qui pourraient basculer en sa faveur, par exemple) et de colère… Cette personne m'apparaît comme étant invivable au quotidien, en somme

Quelques notes :

  • Qu'est-ce que Mélenchon entend par « révolution » ? Changer l'organisation politique (la 6e République est liée à cela), changer, en partie, le rapport à la propriété, transformer les rapports de production (l'écologie est liée à cela dans sa pensée) et la lutte des classes ;

  • Mélenchon déplore que lorsqu'une alliance (avec Hamon, par exemple) ne se concrétise pas, les journalistes expliquent cette désunion par un problème d'égo plutôt que par un désaccord intègre sur le fond ;

  • Ces dernières années, il y a eu de la spéculation financière dans le domaine maritime : achat d'un bateau, revente avec plus-value durant sa construction, etc. entre financiers. Forcément, à un moment donné, le prix de revente est trop élevé donc le dernier banquier se retrouve en incapacité de revendre le bateau et cela grippe l'économie maritime… ;

  • Mélenchon considère que les premiers acquis sociaux apparaissent dans l'empire romain en 493. Un risque de guerre force les puissants à faire appel aux masses laborieuses pour les utiliser comme chair à canon en leur promettant mont et merveilles en échange. Une fois le risque d'une guerre dissipé, les puissants oublient leurs promesses. Le peuple gronde ;

  • Être vertueux, c'est poser que ce qui est bon pour tous est bon pour soi. S'il y a une injustice, ça me concerne, je veux savoir pourquoi et comment elle a été produite et pourquoi j'y abandonnerai telle personne. Et du coup, tu prends dans l'autre sens : tant qu'une injustice a un remède, si tu la laisses agir, c'est une faute imprescriptible, tu ne peux pas te la pardonner, parce que tu sais comment régler le problème et tu ne le fais pas.

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