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——————————— May 8, 2018 - Tuesday 08, May 2018 ———————————

Bon documentaire qui donne la parole et analyse les mouvements d'extrême-gauche au-delà des vitrines brisées et de l'affrontement avec la police. J'en recommande le visionnage.

  • Les prétendus casseurs ne sont pas des idiots. Ils viennent de famille CSP+, ils sont étudiant⋅e⋅s, etc. lls ont la conviction de réaliser des actes politiques. Transformer les manifs pour les rendre utiles (exemple : le gouvernement ne pourra pas négocier avec un cortège autonome sans structure hiérarchique donc organisons-nous ainsi). S'organiser et résister à l'oppression policière qui tabasse des innocents (étudiant, travailleur déjà ensanglanté, etc.) face caméra. Lutte contre un système politico-économique qui produit, par conception, de la violence, des fascistes, une exploitation de la nature et des rapports sociaux de domination. « Les partis politiques même novateurs comme Podemos et Syriza sont un échec donc il faut s'organiser, prendre des lieux et changer un peu le cours de la vie, etc ».

  • On retrouve le côté chevalier blanc que ce que l'on constatait dans les mouvements des années de plomb en Europe de l'Ouest : "si ça libère les gens alors je suis prêt à casser les objets et les gens responsables de l'oppression que je dénonce" ;

  • Un espion explique que les manifs contre la loi travail de 2016 ont fait se rencontrer des banlieusards faiblement politisés et des mouvements fortement politisés qui suivent une idéologie autonome. Les premiers se politisent au contact des seconds, les seconds prennent un ton plus violent au contact des premiers.

  • Dans ce docu, on entend beaucoup de désespoir concernant un système à bout de souffle qui épuise la nature et les humain⋅e⋅s. Notamment :

    • Une mère de famille cadre dans l'informatique déclare (à propos d'un vote socialiste versus Le Pen) :

      Non [ je ne voterai plus socialiste ]. Tans pis, on va laisser les Français se démerder avec Marine Le Pen.

    • Un responsable de la CNT expose :

      Le capitalisme est une société violente. L'État est une institution violente. On est dans un monde tellement violent que montrer du doigt une violence de paillette [ NDLR : les casseurs ] pour faire des images TV, quel foutage de gueule ! Aller bombarder la Syrie, c'est eux qui décident ! Quand ils vendent des rafales à l'Arabie saoudite qui les refile à j'sais pas qui, c'est qui qui fait ça ?! C'pas les ouvriers, c'pas les travailleurs, c'pas les 3 pekins qui font péter une vitrine ! C'est l'État, les patrons, etc. […] Moi j'aimerai bien que la presse, […], les politiques, les gens, s'intéressent à la violence structurelle du système et aux millions de morts et aux dégâts que ça fait.

    • Une ex-députée européenne, productrice pour France Inter expose :

      Si on n'a pas une analyse politique, ça [ NDLR : les casseurs ] peut choquer. Mais est-ce que ça choque les morts sur les chantiers tous les jours parce qu'ils n'ont pas de papiers, parce qu'ils n'ont pas de mesures de sécurité, parce que les patrons ne veulent pas payer ? Est-ce que ça choque tous les gens qui sont sous anti-dépresseurs, ou qui se suicident, au travail ou au chômage ? Est-ce que ça choque les pays d'Afrique que l'on est en train de piller et où les gens meurent ? Est-ce que ça choque toutes ces morts-là tous les jours de mort lente d'alcool, d'anti-dépresseurs, etc. et même dans votre entourage ? Ça, ça ne choque pas ?! Moi ça me choque davantage. Ça c'est des vrais casseurs, des casseurs de vie, pas de vitrines.

  • Le documentaire démonte le montage en neige et l'instrumentalisation du prétendu saccage d’une partie des façades de l'hopital Necker durant les manifs de 2016 attribués aux Black Blocks alors que les images montrent que les projectiles visent la flicaille, pas l'hôpital, et que les impacts sur les fenêtres sont effectués par des personnes isolées qui ne se sont pas rendu compte qu'il s'agit d'un hôpital et qui s'arrêtent dans leur entreprise dès qu'on le leur signale.

  • Le documentaire présente rapidement quelques mouvements qui sont dans le collimateur des services de renseignement : la confédération nationale du travail - CNT (le syndicat anarcho-révolutionnaire), l'AFA (action antifa Parie banlieu) et le Mili (mouvement inter-lutte indépendant) qui seraient sans peur de la flicaille, qui recruteraient suite à des actes violents de la police, etc.

  • En bouquet final, je te laisse apprécier les propos de Cambadélis à la fin du reportage. Il explique que ça ne sert à rien de voter, que toute façon, personne n'a compris que "mon ennemi c'est la finance", c'était de la rhétorique, pas le programme du PS ni la tonalité de la candidature d'Hollande et qu'il est illusoire de penser que tout ce que l'on dit dans une campagne électorale sera l’élément qui permettra de répondre à la situation (ce que je trouve vrai, mais vu que les citoyen⋅ne⋅s n’ont pas la parole en dehors des élections, je trouve honteux ce propos de Camba).

Je retiens :

  • Un mode d'expression un peu renouvelé : des chars et des marionnettes tournant Macron en dérision, de la bonne humeur, etc. ;

  • La classe politicienne s'est plainte de la violence symbolique des slogans brandis et des chants entonnés… … … toujours sans s'interroger sur la violence des propos (trop) souvent méprisants de Macron et sur celle des décisions de toute la classe politicienne, du président aux parlements en passant par le gouvernement et "l'opposition" (si elle existe…)… Bref, je pense que la Fête à Macron marque un très bon point : elle dérange nos élites en leur renvoyant en miroir et de manière humoristique leurs pratiques détestables ;

  • La flicaille était particulièrement présente et tendue :
    • « Sur le parcours de la manifestation, les forces de l'ordre sont quasiment invisibles. Mais dans les rues adjacentes, elles sont très nombreuses. » ;
    • « Grilles pour barrer les rues, CRS casqués, de plus en plus armés. », « Place de la Bastille, le nombre de camions de CRS est impressionnant. Les caméras de surveillance tournent à plein régime. » ;
    • « En fait, de nombreux groupes de policiers en civil, certains avec une attitude pas rassurante du tout, intègrent la place de la Bastille. Alors qu'un autte groupe de policiers en civil que celui-ci entre dans le champ de mon appareil photo, je suis immédiatement encerclé et gentiment "intimidé" par les forces de l'ordre. »
    • « En sortant de la manifestation, alors que je m'interrogeais sur l'intérêt d'une dernière photo, un CRS m'a "interpellé", demandé ma carte de presse et ma carte d'identité parce que "je prenais des photos", ce qui est légal, pour un quidam ou un journaliste. ».
  • Une difficile union des gauches. La France Insoumise et le camarade Meluche se sont beaucoup mis en avant, notamment sur un bus à deux étages circulant dans la première moitié du cortège… alors que le plan prévoyait que les organisations politiciennes circulent dans la deuxième moitié du cortège, ce que les autres organisations semblent avoir respecté. On constate aussi que les réunions préparatoires à l'union des gauches en dehors de cette manif du 5 mai ont été laborieuses et, qu'une fois encore, la France Insoumise n'a pas joué le jeu en annonçant la date du 26 mai dans son coin… Mais pourquoi jouerait-elle le jeu alors qu'elle a désormais suffisamment de visibilité pour écraser les autres mouvements qui se proclament de gauche ? ;) Comment ne pas se disperser alors que tout ce beau monde s’affrontera pour le pouvoir dans moins d’un an (élections des député⋅e⋅s européen⋅ne⋅s) ? ;) Est-ce que rassembler pêle-mêle toutes les luttes donne de la visibilité à chacune d’elle ou est-ce que la popularité de certaines écrase les autres ? Toutes ces luttes peuvent-elles être unies sous un même programme réellement applicable autre que le rejet de la politique de Macron ?

Les chiffres donnent raison au ministre de l’intérieur. Malgré des images impressionnantes, le bilan de ce 1er Mai est sans doute l’un des plus légers depuis ces trois dernières années et marque un apaisement dans les relations très délicates entre manifestants et forces de l’ordre. Comme le soulignait un rapport du Défenseur des droits rendu au mois de janvier dernier, le mouvement contre la loi sur le travail de 2016 avait en effet signé un véritable divorce entre manifestants et policiers.

Les premiers dénonçaient la mise en place d’une nouvelle doctrine de maintien de l’ordre, reposant principalement sur la répression. À plusieurs occasions, des violences avaient par exemple explosé en raison de l’utilisation de la technique dite de la « nasse », consistant à couper le cortège ou à y isoler un groupe de manifestants. Cette pratique contraint les policiers à être au contact des manifestants pour les contenir, le plus souvent à l’aide de gaz lacrymogène ou de coups de matraque.

Les manifestations contre la loi sur le travail avaient ainsi été marquées par un nombre important de blessés et des accusations de violences policières. De nombreux manifestants avaient également été interdits de défilé, soit par des interdictions de paraître, soit lors de contrôles d’identité, des mesures prises au nom de la loi sur l’état d’urgence alors en vigueur.

De leur côté, les forces de l’ordre affirmaient être confrontées à des manifestants de plus en plus radicaux et organisés. Ceux-ci, habillés de noir, se réunissent généralement en tête de cortège pour former ce fameux « Black Bloc » s’attaquant aux grandes enseignes, aux banques et aux policiers.

[…]

Un an plus tard, ce sont environ 800 personnes qui rejoignent le cortège de tête pour un 1er Mai encore plus tendu. Alors que la police poursuit dans sa stratégie de nasse et d’affrontement, les Black Blocs, eux, sont plus nombreux et mieux organisés. À la fin de la journée, six policiers sont blessés dont deux grièvement. Les accusations de violences policières se multiplient une nouvelle fois, avec 168 manifestants blessés selon les street medics, des soigneurs volontaires intervenant lors de manifestations.

Au regard de ces chiffres, le bilan du 1er mai 2018 fourni par la préfecture paraît donc effectivement bien meilleur : un CRS et trois manifestants légèrement blessés, 31 commerces dégradés et six voitures incendiées. La police a en outre interpellé 283 personnes, dont 102 ont été placées en garde à vue et 34 déférées au parquet.

[…]

L’une des raisons à ce bilan plutôt positif en termes de maintien de l’ordre serait l’abandon de la pratique de la nasse et un retour au principe de mise à distance, consistant à contenir les manifestants violents sans chercher le contact. « La préfecture de police a enfin mis à disposition des CRS les canons à eau dont on réclamait le retour depuis des mois, explique Philippe Capon, du syndicat Unsa-Police. S’il n’y a pas eu de blessés, c’est grâce à cela. Les canons à eau maintiennent ceux qui veulent en découdre à distance. »

En fait, il semblerait que les autorités aient pris en compte au moins certaines des recommandations formulées dans le rapport du Défenseur des droits de janvier dernier. Celui-ci plaidait pour un retour à un certain équilibre en matière de maintien de l’ordre. Les auteurs expliquaient que longtemps, les manifestations avaient fait l’objet d’un accord tacite, d’une « philosophie tolérante », admettant certains débordements limités et encadrés par les services d’ordre des organisations syndicales. Les forces de l’ordre, « formées et entraînées à subir des provocations », se contentaient la plupart du temps d’appliquer « le principe de mise à distance des manifestants », « un des principes essentiels » du maintien de l’ordre.

« Or, poursuit le rapport, (…) depuis une dizaine d’années, les règles et les codes traditionnels de cette “théâtralisation” du maintien de l’ordre sont en déclin et régulièrement remis en cause. » D’un côté, les manifestants « n’adhèrent plus aux règles qui permettaient un exercice codifié et organisé du maintien de l’ordre ». Et de l’autre, « les manifestants eux-mêmes n’apparaissent pas toujours comme légitimes dans leurs revendications ou dans leur mode de contestation auprès des forces de l’ordre ».

[…]

Pour rétablir la confiance entre manifestants et autorités, le Défenseur des droits préconisait un certain nombre de mesures, comme une meilleure formation des policiers intervenant dans les manifestations ou le retrait de certaines armes, comme le LBD 40*46. Le rapport demandait également que la pratique de la nasse, qui « ne fait pas partie des enseignements officiels et n’a pas de base légale », « soit strictement définie par un cadre légal ». Il préconisait en outre un meilleur encadrement des contrôles d’identité, et notamment des « contrôles d’identité délocalisés », une pratique consistant à interpeller des personnes durant une manifestation et à les emmener au commissariat pour vérifier leur identité, alors même qu’elles ont avec elles leurs papiers d’identité.

La gestion de la manifestation de mardi montre qu’au moins une partie de ces préconisations ont été appliquées. « Les autorités organisent désormais un maintien de l’ordre à distance jusqu’à épuisement pour éviter qu’il n’y ait des blessés », constate Frédéric Lagache du syndicat Alliance, majoritaire chez les gardiens de la paix. […]

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