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  • Maintien de l’ordre: la police a-t-elle changé son fusil d’épaule? - Page 1 | Mediapart

    Les chiffres donnent raison au ministre de l’intérieur. Malgré des images impressionnantes, le bilan de ce 1er Mai est sans doute l’un des plus légers depuis ces trois dernières années et marque un apaisement dans les relations très délicates entre manifestants et forces de l’ordre. Comme le soulignait un rapport du Défenseur des droits rendu au mois de janvier dernier, le mouvement contre la loi sur le travail de 2016 avait en effet signé un véritable divorce entre manifestants et policiers.

    Les premiers dénonçaient la mise en place d’une nouvelle doctrine de maintien de l’ordre, reposant principalement sur la répression. À plusieurs occasions, des violences avaient par exemple explosé en raison de l’utilisation de la technique dite de la « nasse », consistant à couper le cortège ou à y isoler un groupe de manifestants. Cette pratique contraint les policiers à être au contact des manifestants pour les contenir, le plus souvent à l’aide de gaz lacrymogène ou de coups de matraque.

    Les manifestations contre la loi sur le travail avaient ainsi été marquées par un nombre important de blessés et des accusations de violences policières. De nombreux manifestants avaient également été interdits de défilé, soit par des interdictions de paraître, soit lors de contrôles d’identité, des mesures prises au nom de la loi sur l’état d’urgence alors en vigueur.

    De leur côté, les forces de l’ordre affirmaient être confrontées à des manifestants de plus en plus radicaux et organisés. Ceux-ci, habillés de noir, se réunissent généralement en tête de cortège pour former ce fameux « Black Bloc » s’attaquant aux grandes enseignes, aux banques et aux policiers.

    […]

    Un an plus tard, ce sont environ 800 personnes qui rejoignent le cortège de tête pour un 1er Mai encore plus tendu. Alors que la police poursuit dans sa stratégie de nasse et d’affrontement, les Black Blocs, eux, sont plus nombreux et mieux organisés. À la fin de la journée, six policiers sont blessés dont deux grièvement. Les accusations de violences policières se multiplient une nouvelle fois, avec 168 manifestants blessés selon les street medics, des soigneurs volontaires intervenant lors de manifestations.

    Au regard de ces chiffres, le bilan du 1er mai 2018 fourni par la préfecture paraît donc effectivement bien meilleur : un CRS et trois manifestants légèrement blessés, 31 commerces dégradés et six voitures incendiées. La police a en outre interpellé 283 personnes, dont 102 ont été placées en garde à vue et 34 déférées au parquet.

    […]

    L’une des raisons à ce bilan plutôt positif en termes de maintien de l’ordre serait l’abandon de la pratique de la nasse et un retour au principe de mise à distance, consistant à contenir les manifestants violents sans chercher le contact. « La préfecture de police a enfin mis à disposition des CRS les canons à eau dont on réclamait le retour depuis des mois, explique Philippe Capon, du syndicat Unsa-Police. S’il n’y a pas eu de blessés, c’est grâce à cela. Les canons à eau maintiennent ceux qui veulent en découdre à distance. »

    En fait, il semblerait que les autorités aient pris en compte au moins certaines des recommandations formulées dans le rapport du Défenseur des droits de janvier dernier. Celui-ci plaidait pour un retour à un certain équilibre en matière de maintien de l’ordre. Les auteurs expliquaient que longtemps, les manifestations avaient fait l’objet d’un accord tacite, d’une « philosophie tolérante », admettant certains débordements limités et encadrés par les services d’ordre des organisations syndicales. Les forces de l’ordre, « formées et entraînées à subir des provocations », se contentaient la plupart du temps d’appliquer « le principe de mise à distance des manifestants », « un des principes essentiels » du maintien de l’ordre.

    « Or, poursuit le rapport, (…) depuis une dizaine d’années, les règles et les codes traditionnels de cette “théâtralisation” du maintien de l’ordre sont en déclin et régulièrement remis en cause. » D’un côté, les manifestants « n’adhèrent plus aux règles qui permettaient un exercice codifié et organisé du maintien de l’ordre ». Et de l’autre, « les manifestants eux-mêmes n’apparaissent pas toujours comme légitimes dans leurs revendications ou dans leur mode de contestation auprès des forces de l’ordre ».

    […]

    Pour rétablir la confiance entre manifestants et autorités, le Défenseur des droits préconisait un certain nombre de mesures, comme une meilleure formation des policiers intervenant dans les manifestations ou le retrait de certaines armes, comme le LBD 40*46. Le rapport demandait également que la pratique de la nasse, qui « ne fait pas partie des enseignements officiels et n’a pas de base légale », « soit strictement définie par un cadre légal ». Il préconisait en outre un meilleur encadrement des contrôles d’identité, et notamment des « contrôles d’identité délocalisés », une pratique consistant à interpeller des personnes durant une manifestation et à les emmener au commissariat pour vérifier leur identité, alors même qu’elles ont avec elles leurs papiers d’identité.

    La gestion de la manifestation de mardi montre qu’au moins une partie de ces préconisations ont été appliquées. « Les autorités organisent désormais un maintien de l’ordre à distance jusqu’à épuisement pour éviter qu’il n’y ait des blessés », constate Frédéric Lagache du syndicat Alliance, majoritaire chez les gardiens de la paix. […]

    May 8, 2018 at 12:49:52 PM UTC - permalink - https://www.mediapart.fr/journal/france/040518/maintien-de-l-ordre-la-police-t-elle-change-son-fusil-d-epaule
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