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——————————— April 9, 2017 - Sunday 09, April 2017 ———————————

Next Inpact devient majoritairement accessible aux seul-e-s abonné-e-s. Cela percute ma réflexion sur le financement de la presse, cette réflexion qui dure depuis plusieurs mois et qui n'est toujours pas aboutie. Je la partage quand même, au cas où…

Je pense que l'information (et le savoir) est différente de l'achat d'un bien ou d'un service. Pas parce qu'elle est immatérielle, mais parce qu'elle permet de comprendre le monde qui nous entoure, ce qui permet de nous encapaciter, ce qui permet, à ceux et celles qui le souhaitent, d'agir. La presse est beaucoup plus qu'un contre-pouvoir. Sans information, sans savoir, nous sommes passifs et soumis (ce qui peut être très fun dans un contexte intime ;) ). Partant de là, j'ai un problème de fond persistant lorsqu'il s'agit de monnayer l'information (et le savoir). Que ce soit l'école, les certifications professionnelles, les livres, les journaux, les articles scientifiques, etc. Si l'on tolère la monétisation de l'information (et du savoir), alors on tolère une double injustice, une exclusion, un cumul des inégalités (en mode Victor Hugo : « il est interdit aux riches comme aux pauvres de vivre sous les ponts ») : les pauvres (en argent, mais aussi en temps libre ;) ) sont non seulement pauvres, mais n'ont aucune possibilité de s'encapaciter. Ça ne peut entraîner que désespoir, marginalité et violence au détriment d'une action politique correctrice. Ça ne peut conduire qu'à de mauvais choix politiques (vie de la cité).

Next Inpact fournit du contenu de qualité qui permet justement de s'encapaciter. Je pense aux dossiers sur la fibre optique qui permettent de connaître et de comprendre pourquoi la France ne fait pas d'aménagement numérique des territoires et crée aujourd'hui les territoires pauvres et isolés de demain. Je pense à la veille législative/réglementaire (HADOPI, projets de lois, décret élargissant le fichier TES, etc.). Je pense à la veille juridique. Ce travail-là nécessite du temps. Je ne pense pas qu'il puisse être réalisé par n'importe qui en dehors des heures de boulot. Parce qu'il faut lire masse de documents sur des thématiques diverses, les comprendre et les analyser (et tu ne fais pas ça en fin de journée quand ton cerveau est mort), recouper les témoignages (et tu ne discutes pas sérieusement avec des témoins et des spécialistes de la thématique abordée à 20h30, après le taff), etc. Bref, le journalisme citoyen, local et à taille humaine a ses limites. Donc, il faut des gens qui vivent déjà d'une rente. Il faut alors se demander : est-ce que la manière dont il-elle-s constitué leur rente remet-elle en cause leur indépendance ? Est-ce que les rentier-e-s ont envie d'être journalistes ? Hum. Alors, disons plutôt qu'il faut des gens subventionné-e-s par l'État ou par un grand groupe commercial qui dégagera des marges sur le reste de ses activités pour financer le journal ? Ces subventions ne remettent-elles pas en cause la liberté de parole ? Ha, ouais. Donc, il faut une rémunération des salaires (et des frais d'enquête) par le lectorat ? Dans ce cas, quel modèle de solidarité propose-t-on ? Quel modèle qui ne nuit pas à la diffusion du savoir propose-t-on ?

À mes yeux, Next Inpact essaye de trouver le modèle économique le moins pénalisant :

  • Tout contenu est public après 1 mois. Donc la base documentaire mondiale est enrichie donc ça me va (contrairement à Mediapart, par exemple). C'est hyper important : détenir l'archive politique (vie de la cité) est un privilège, c'est une source de pouvoir. Donc il faut qu'il soit détenu par le plus grand nombre afin d'éviter au maximum les dérives.

  • Les articles seront bientôt disponibles à la vente à l'unité et une réduction du prix de l'abonnement sera mise en place pour les faibles revenus (sans que l'on sache encore comment cela sera implémenté, quels justificatifs seront à fournir, etc.). C'est bien, mais, comme pour toute aide, il faut prévoir le non-recours et j'ai bien peur qu'il soit très élevé parce que la presse n'est pas perçue, à tort, comme un besoin vital et d'autant plus quand t'es dans la dèche (t'as alors bien autre chose à penser).

  • Les articles que la rédaction juge être d'intérêt général (genre la couverture de la campagne présidentielle) seront disponibles gratuitement. Il y a un problème : qu'est-ce l'intérêt général ? Est-ce à Next Inpact d'en décider ? Exemple illustré : depuis jeudi/vendredi (6/7 avril 2017), sur la page https://www.nextinpact.com/actualites/droit.htm , il y a 9 articles dont 3 consultables par le plus grand nombre. Interrogations sur le Pricacy Shield ? Réservé. L'avis de la CNIL sur l'exploitation des mails à des fins publicitaires ? Réservé. La presse qui demande, encore, au-à-la futur-e président-e de s'engager en leur faveur vis-à-vis du méchant ternet ? Réservé. En fin de semaine ouvrée, il y avait aussi un dossier traitant de la fibre optique, dans mes souvenirs. Et il était réservé. En parallèle, la question au gouvernement d'un député-troll récurent apparenté FN sur l'accès au porno par des mineur-e-s est en accès libre… Un troll est donc plus d'intérêt général que l'avis de la CNIL ? Est-ce bien sérieux ?

Malgré cela, il reste au moins un autre problème : pour être effective, la liberté d'information implique forcément la pluralité : sur les sujets que je trouve important, je lis systématiquement plusieurs sources. Recouper les informations et les vérifier au niveau individuel, c'est important pour éviter les biais idéologiques, les biais d'analyse, les orientations imposées par la hiérarchie et/ou le business, les biais et orientations des sources, etc. Bref, pour éviter de se faire manipuler. Exemple illustré : http://www.numerama.com/politique/246882-lallemagne-attenue-sa-loi-de-moderation-des-reseaux-sociaux.html (financé par la pub) est plus complet que https://www.nextinpact.com/news/103890-lallemagne-devoile-sa-future-moderation-reseaux-sociaux-a-commission-europeenne.htm (lui aussi financé par la pub puisque consultable par tou-te-s, lire l'article pointé par ce shaarli pour vérifier cette catégorisation) : plus d'informations (sur l'origine, notamment), présence de l'information concernant le fait que les sanctions s'appliquent aussi lors de la remise en ligne de contenus "problématiques", ce qui change une bonne partie de l'analyse. Sans compter qu'on ne sait jamais d'où une information de première main va tomber : Reflets.info et L'Obs ont tout autant sorti des informations de première main sur la surveillance de masse opérée par la France que Mediapart et le Canard. Bref, un-e citoyen-ne doit être en mesure de lire plusieurs articles fouillés écrits par plusieurs rédactions. Or, s'il faut payer un abonnement à chaque journal, ça devient juste impossible donc la liberté d'information est incomplète. Ça ne posait pas de problème "avant" car ce recoupement de l'info était théorique : tu ne pouvais pas ramener chez toi X journaux différents et dépiauter les articles traitant d'une même thématique. Le numérique permet cela. Ça serait dommage de s'en priver. Là encore, on tombe dans un cas où la technologie permet un usage, mais pas le business model en place.

Personnellement, j'aime beaucoup le modèle "ceux et celles qui sont en capacité de financement financent, de leur propre initiative, pour les autres". Oui, de la solidarité acentrée (sans passer par l'État). Il résout les problèmes évoqués ci-dessus : l'information est disponible immédiatement pour le plus grand nombre et elle peut être recoupée, le tout sans montrer patte blanche ou avouer qu'on est en galère ces derniers temps et sans une atrophie des contenus dû à une pré-sélection rédactionnelle de ce qui est en libre accès ou non. Malheureusement, l'article de Next Inpact explique clairement que ce modèle de bisounours ne fonctionne pas. Mes expériences associatives me confirment cela. Faut-il renoncer pour autant ? Toute la question est là.

ÉDIT DU 17/04/2017 À 22H08 : une autre idée pourrait être une aide de l'État versée à chaque personne à faibles revenus. Évidemment, il est hors de question de vérifier l'usage qui en est fait (un peu de confiance, bon sang !) et encore moins de tracer quels journaux sont achetés avec cette aide. Mais, une fois encore, on se heurtera au phénomène (fort compréhensible) du non recours. FIN DE L'ÉDIT.

Je me mets cette vieille réflexion de côté.

Avantages des livres numériques :

  • Déplaçables facilement. Ceux et celles qui déménagent fréquemment peuvent témoigner que transporter plusieurs kilos de livres, ce n'est pas simple, notamment quand on a très peu d'affaires persos (car alors la location d'un camion ou d'une prestation de déménagement n'est pas rentable) et/ou que l'on déménage en TGV. La facilité de transport permet également d'amener autant de livres que l'on veut lors d'un déplacement ponctuel, ce qui est très pratique pour comparer des points de vue d'auteur-e-s différent-e-s sur un même sujet ou lorsque des notes de bas de page renvoient vers un autre livre.

  • Recherche automatique de mots. Ctrl+F. Un livre papier nécessite une recherche manuelle qui est impraticable. J'aime beaucoup revenir sur des écrits que j'ai lu, notamment pour les citer aux moments opportuns, donc la recherche automatique est une fonctionnalité que j'aime beaucoup.

  • Diffusion accrue du savoir. Le savoir inerte est inutile, le savoir n'existe que s'il est diffusé. L'acheteur peut diffuser plus facilement des bouts de textes voire l'intégralité d'une œuvre. La librairie ne gère plus de stock physique encombrant donc elle peu commercialiser une quasi-infinité de livres donc les anciennes œuvres ne disparaissent pas. Et c'est cool parce qu'on a parfois besoin de revenir aux sources.

Neutre :

  • Écologie : la production d'une liseuse aurait une empreinte écologique plus forte que d'abattre des arbres, sans compter des dégâts humains (coupe illégale de bois / extraction mortelle des composants) dans les deux cas. Ceci dit, on n'est pas obligé d'acheter une liseuse pour lire des livres numériques : ils se lisent très bien sur un laptop / desktop, même si, pour en avoir testé une, je reconnais le confort supérieur qu'apporte une liseuse.

  • DRM / logiciel libre : les DRM sont une saloperie à éviter à tout prix (car le savoir ne saurait avoir de frontières basées sur rien). Même chose pour les liseuses crevues de logiciels privateurs qui traquent les lectures de leurs utilisateur-rice-s au mot près. Mais, là encore, la liseuse n'est pas obligatoire et je n'ai jamais été confronté à un choix "version crevue de DRM ou version papier ?", d'où mon classement en "neutre".

Inconvénient :

  • Prix : quand je vois que l'écart de prix entre un livre numérique ou papier d'une même œuvre est de seulement quelques euros alors que la production d'une unité supplémentaire d'un livre numérique ne coûte rien… ça pique. On en revient au vieux débat sur la meilleure manière de financer la première unité c'est-à-dire le travail de l'auteur-e, de la composition / mise en forme, etc. tout en prenant en compte que le modèle de la rareté ne peut pas s'appliquer aux unités supplémentaires produites.
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