Ancien directeur de Pôle emploi à Ajaccio, Frédéric Ferrandini va passer au moins une partie de l’été à l’ombre. Ce qui, sous le soleil de la Corse, peut présenter certains avantages. Soupçonné, notamment, d’avoir piqué dans la caisse des chômeurs, il est embastillé depuis le 23 juin.
Le procédé utilisé était plutôt grossier : Ferrandini remplaçait les relevés d’identité bancaire de certains allocataires par le sien. Il faisait, par ailleurs, bénéficier plusieurs membres de son entourage de formations auxquelles ils n’avaient pas droit. Décidément très soucieux du bien-être de ses amis, l’ex-dirlo s’est aussi débrouillé pour que deux de ses proches, responsables d’une boîte spécialisée dans le reclassement de chômeurs implantée sur le continent, touchent de l’argent public pour des formations… qui n’ont jamais été dispensées. Les deux amis de Ferrandini ont été mis en examen et placés sous contrôle judiciaire. Le préjudice total infligé à Pôle emploi avoisine les 150 000 euros.
Débauche d’embauches
Au-delà de l’aspect financier, l’enquête, ouverte en 2013, pourrait prendre un tour politique. Les enquêteurs de la police judiciaire ont déboulé le 30 juin à la mairie d’Ajaccio. Ils en sont ressortis avec quelques kilos de documents, notamment des listes d’employés.
Juste avant les élections municipales de mars 2014, un groupement d’établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (la nouvelle appellation des maisons de retraite) a miraculeusement bénéficié d’une cinquantaine d’emplois aidés, c’est-à-dire subventionnés par… Pôle emploi, ce qui fait bien plaisir à autant de familles d’électeurs. Hasard : au lendemain du scrutin, Ferrandini est recruté par le nouveau maire, le député LR Laurent Marcangeli, élu avec quelques voix d’avance sur le candidat sortant.
Au cabinet de l’élu, Ferrandini est appelé à diriger les ressources humaines. Mais l’élection du maire, entachée d’irrégularités, est bientôt invalidée. Se profilent alors de nouvelles élections. Prévoyant, le nouveau DRH procède à une quarantaine de recrutements, ce qui fait bien plaisir à autant de familles d’électeurs (bis). Finalement, un deuxième scrutin est organisé le 1er février 2015, à l’issue duquel Marcangeli est triomphalement réélu avec près de 60 % des voix. Les enquêteurs s’interrogent : « L’afflux de nouveau personnel a-t-il influé sur l’issue de la nouvelle élection ? »
Un peu comme une inversion de la courbe du chômage ?
D. H.
Dans le Canard du 6 juillet 2016.