[…] Et pourtant, dans cette «affaire Théo», du prénom de la victime, on a parfois l’impression, à lire des articles et des commentaires politiques, que ce qui rend tout cela vraiment scandaleux, c’est que Théo est un «type bien», qui «ne méritait pas ça». […]
On se pose des questions : s’il avait le casier judiciaire d’un dealer ou d’un voleur, cet homme aurait-il mérité d’être violé ? S’il avait fait de la prison, aurait-il reçu la visite du président de la République ? Lequel, dans sa grande bonté, a souligné que «Théo a réagi avec dignité et responsabilité». Et s’il avait été au contraire envahi par la colère et la rage, ce qui serait parfaitement compréhensible, serait-il moins digne d'être entendu ?
A trop souligner les «qualités» de Théo, on prend le risque de le faire passer pour une exception, le gentil noir, et de présenter son cas comme un acte isolé. Insister sur sa «gentillesse», c’est mettre du mascara sur le coquard d’une réalité française : celle des violences policières. Ces agressions aveugles, basées sur des préjugés racistes, ne s’embarrassent pas de savoir si un individu est digne d’un prix Nobel de la paix ou pas. Théo n’a pas besoin de circonstance atténuante et encore moins qu’on l’enferme dans le cliché colonial du bon noir sage, seulement coupable de n’être pas né sous la bonne étoile.
Gros +1.