Le Front National a bien vécu sur le dos de Bruxelles, tout en éructant avec constance sur les « eurocrates ». L’ ennui, c’est que ça commence à se voir. Beaucoup. Cinq cent mille euros gelés sur le budget du groupe ENL (Europe des nations et des libertés), auquel appartient le FN à Bruxelles, pour des factures injustifiées avec des contrats signés dans des conditions juridiques douteuses, des achats de bouteilles de champagne et des dîners dans des restaurants étoilés. Deux millions retenus par la justice française sur l’aide publique apportée aux partis politiques en prévision des fonds réclamés par le Parlement européen (7 millions de 2009 à 2017) dans l’affaire des emplois fictifs d’assistants européens.
Chaque fois, Marine Le Pen s’est mise en colère, a crié très fort. Contre les juges, coupables d’« un attentat à la démocratie ». Contre ses copains à Bruxelles, désormais décrits par des proches de Le Pen comme « des petits notables qui oublient pourquoi ils ont été élus » (« L’Opinion », 6/7). Contre Nicolas Bay, numéro 3 du parti, dont le nom revient régulièrement sur les factures acquittées dans les grands restaurants et qui est mis en examen dans l’affaire des emplois fictifs. Mais jamais la présidente du FN n’évoque sa propre responsabilité. Elle était évidemment au courant des emplois fictifs au Parlement européen. Coprésidente du groupe ENL de juin 2015 à juin 2017, elle était forcément au courant des dépenses des « petits notables ». Habile pour jouer les victimes, elle annonce l’ouverture d’une souscription.
S’ils rassemblent 2 millions, les ex-frontistes pourront déboucher quelques bouteilles. Il paraît qu’ils ont du bon.
Dans le Canard enchaîné du 11 juillet 2018.