Un dilemme me tracasse depuis longtemps. Je l'avais formulé dans mon billet de blog « Mon shaarli : 2 ans plus tard » (voir
http://www.guiguishow.info/2015/03/08/mon-shaarli-2-ans-plus-tard/ ). Comme on en a reparlé sur IRC récemment, je me dis que ça peut être bien de le remettre ici pour diffusion et obtenir de nouveaux avis.
Ce dilemme était : « Je m'interroge toujours autant sur la pertinence de réagir à des effets d'annonce et/ou à des projets futurs encore flous de type "machin a dit que ceci ou cela sera peut-être fait", "tel texte de loi pourrait émerger",… Pour moi c'est entre nécessité de réagir pour ne pas les laisser faire n'importe quoi sous couvert de notre accord tacite et contribution inutile à un bruit ambiant totalement stupide et contre-productif… ».
Autrement dit : on est dans un système politique qui marche par sondage/opinion : annoncer une mesure/loi/autre, voir les réactions (trop gros ça s'est vu, trop gros mais on va bourriner avec de la propagande "c'est le bon sens, c'est pour votre bien" et ça va l'faire, c'bon ça passe,...) et s'adapter . Du coup, t'as du vent, beaucoup de conditionnel dans tes flux RSS (« machin a dit que », « le gouvernement pense faire ceci », « ha non en fait, il va faire comme cela », « ha mais non en fait... »). Si tu ne réagis pas au vent, tu laisses faire des horreurs en ton nom de citoyen. Si tu réagis au vent, tu crames ton temps libre à toute allure à réagir à tout et à n'importe quoi...
Dans le prolongement de ça, tu écoutes la députée écologiste Isabelle Attard à PSES 2015 ( voir
https://video.passageenseine.fr/w/1fN8ASHCMSeHamCjnCqu39 ) te dire que "quand un texte arrive en séance plénière d'une des deux chambres de notre Parlement (Assemblée ou Sénat), c'est déjà trop tard. Quand on est dans les différentes commissions, c'est limite mais on peut toujours déposer des amendements en séance plénière même si c'est mal vu et qu'ils ont peu de chance de passer car ils n'auront pas été pas validés en commission par le rapporteur, mais le mieux est d'agir en amont : lorsqu'on est dans les discussions informelles autour du conseil des ministres et des conseillers du président", ça veut dire que, quand le texte apparaît publiquement sur le site web d'une des chambres de notre Parlement, c'est déjà fini, les jeux sont déjà faits. Donc le seul moyen d'agir, c'est en amont, là où le citoyen lambda n'a pas les accès ni même ne connait les interlocuteurs. Donc les seules informations viennent de la presse, de fuites volontaires (pour palper l'opinion) ou non, comme le dit très bien Isabelle Attard. Sauf que la presse, à ce moment-là, ne sait pas vraiment, accumule des informations, parfois contradictoires, c'est des bruits de couloirs donc elle n'affirme rien, elle parle au conditionnel pour ne pas se faire taper dessus. Donc si tu ignores ces articles de presse car "ça peut arriver comme ça peut ne pas arriver" ou "ce ne sera pas la version finale", la bataille est déjà perdue, de fait.
10 mois après mon billet de blog, ça me pose toujours un sacré problème moral : écouter du vent et contribuer à le brasser et donc faire le jeu du système ou perdre des batailles. Fais ton choix, camarade.
Perso, j'ai décidé d'être flexible, de regarder ce que les internautes que je suis (RSS, IRC, mails,...) produisent et de réagir uniquement si j'ai un nouvel axe de réflexion à proposer ou si je vois que le sujet n'a pas été traité ou pas sous l'angle qui me semble intéressant. Je vire systématiquement les contenus de type « l'entreprise X va améliorer son produit Y pour atteindre l'objectif Z » car osef de ce que font les sociétés commerciales tant que ça n'influe pas sur la vie de la cité. Je vire systématiquement les contenus type comparatif de produits (quand j'ai besoin d'acheter quelque chose, je compare, pas besoin de le faire à chaque fois) et les contenus « les bons plans de la semaine » (même raison : j'achète quand j'ai besoin, pas quand on me dit de le faire car il y a une promo bullshit). J'essaye de virer les généralités bien connues (exemple actuel : "le gouvernement X pense que le chiffrement, c'est mal"... c'bon, on a compris que quasi tous les gouvernements sont parti en croisade contre le chiffrement). Pour le reste, notamment les projets de loi, j'essaye de prendre du recul quand c'est possible afin d'éviter de réfléchir dans un capharnaüm mais c'est bien là le problème : les textes qui m'intéressent sont trop souvent examinés en procédure accélérée (un seul passage par chambre du Parlement puis Commission Mixte Paritaire pour résoudre les derniers conflits et c'est fini)...
Bref, mon conseil sera : écoutez le bruit, même si c'est relou, chiant et que ça semble inutile (ça ne l'est pas) et commentez-le publiquement sur votre site web perso. Je pense qu'on n'a pas vraiment le choix, il faut toujours écouter l'adversaire pour ne pas se faire prendre de court. Je pense qu'en divisant le travail de manière informelle dans la communauté, on arrivera à une bonne couverture des sujets sans s'épuiser comme des dingues : plus il y aura de participants, plus ça sera facile (car il est plus facile de relayer que de produire le contenu initial).