Hier, lors d'un énième débat d'un énième parti de droite, un individu que je préfère ne pas identifier a soutenu la position suivante : « je ne crois pas à la disparition du travail. »
[...] je trouve ça fabuleux que des types encravatés, déilômes et tout, se demandent si peut-être, dans un avenir lointain, le travail va disparaître à cause de l'automatisation des tâches. Alors que ça fait juste des décennies que ça a commencé.
Les ouvriers ont vu leur chaîne de production remplacée par une machine sont heureux d'apprendre que le travail ne disparaît pas. Les équipes comptables réduites à un type qui a juste à gérer le logiciel de compta sont heureuses d'apprendre que le travail ne disparaît pas. Les caissières remplacées par des caisses automatiques qui ne requièrent qu'un surveillant pour six caisses sont heureuses d'apprendre que le travail ne disparaît pas.
Le truc, c'est que pour l'instant, l'automatisation détruit surtout le travail des classes populaires (ouvriers en première ligne). Du coup, il n'y a rien d'étonnant à ce que les apparatchiks des partis politiques et des médias ne s'en rendent même pas compte.
Mais ça, ça va cesser d'être le cas. Déjà, un exemple concret : tous les secteurs touchant aux transports routiers [ NDLR : et pas que ! ] sont menacés par les véhicules automatiques (et ça en fait, du monde).
À terme, les métiers non-manuels sont aussi menacés. Même les métiers créatifs. On fait déjà des programmes qui savent écrire des symphonies…
Et le pire dans tout ça, c'est que c'est exactement ce qu'on essaie de faire ! Même les secteurs qui ne sont pas directement détruits par des robots nécessitent moins de monde simplement parce qu'avec la technique, on augmente la productivité et donc on réduit la force de travail nécessaire !
Et c'est vachement bien ! À partir du moment où il n'y a pas que les propriétaires des machines qui en récoltent les fruits… Oui, c'est-à-dire qu'à un moment donné, il va falloir avoir une conversation pas très agréable sur ce truc qui s'appelle le partage des richesses.
Des idées pour que la raréfaction du travail cesse de générer une concentration des richesses dans des poches de moins en moins nombreuses, il y en a : la réduction du temps de travail, le revenu universel, le salaire à vie, etc. On ne sait pas si elles marcheront, par contre on sait avec de plus en plus de certitude que le système actuel ne marche pas.
Dans tous les cas, imaginer que peu importent les avancées techniques, on pourra constamment faire travailler 90 % de la population active à 40 heures par semaine (et à en foutre plein la gueule aux 10 % qui restent au passage), ce n'est pas juste pas souhaitable, c'est aussi idiot. Et que les types qui imaginent ça soient présentés comme les candidats « réalistes », ça en dit long.
Mais alors… et la « valeur travail » ? Et « travailler plus pour gagner plus » ? Ceci est le problème, pas la solution…
Le plus dur, ce sera de déconstruire toutes ces idées tellement rabâchées par les médias et les politiciens qu'elles deviennent intégrées par une population qui en souffre pourtant tous les jours… Et simplement, d'essayer deux secondes de prendre en main notre façon de considérrer le travail au lieu de la subir.
Travailler moins pour vivre mieux.
Travailler moins pour travailler mieux.
Travailler moins pour polluer moins.
Utopistes ! Bon, à 14h, rendez-vous avec mon pneumologue et à 15h avec mon psychologue pour gérer mon burn out…
Gros +1. Voir aussi : La faim du travail [#DATAGUEULE](http://shaarli.guiguishow.info/./add-tag/DATAGUEULE) 62.
Mon avis diffère sur le fait que la destruction d'emploi suite à l'évolution technique a toujours existé. Hier : moines copistes, fabricants de calèches, télégraphistes, falotier, charron, réveil matin humain, etc. Traders et transporteurs de nos jours. Destruction créatrice. Du coup, sommes-nous vraiment à une étape charnière plus destructrice qu'avant ? Je n'en suis pas sûr. En revanche, j'ai pour conviction que l'on doit se saisir des opportunités (augmentation de la population mondiale, automatisation des tâches, etc.) pour s'émanciper du travail (afin de se consacrer aux personnes qui nous sont proches et précieuses, à de l'associatif, à la politique (au sens noble du terme), bref à ce que nous voulons faire de nos vies plutôt que d'être un-e travailleur-euse anonyme parmi une multitude). Donc je pense qu'il faut argumenter dans ce sens.