Blog Stéphane Bortzmeyer: RFC 7366: Encrypt-then-MAC for TLS and DTLS
« Depuis ses débuts, le protocole de cryptographie TLS (héritier de SSL) protège l'intégrité des paquets transmis en calculant un MAC, qui est inclus dans les données avant le chiffrement, une technique qu'on nomme MAC-then-encrypt. Plusieurs failles de sécurité ont été depuis identifiées dans cette technique et ce nouveau RFC normalise une extension à TLS qui permet de faire l'inverse, chiffrer avant de calculer le MAC, ce qui est aujourd'hui considéré comme plus sûr. On nomme cette méthode, logiquement, encrypt-then-MAC.
Lorsque le protocole SSL, ancêtre de TLS, avait été normalisé, au milieu des années 1990, le MAC-then-encrypt semblait tout à fait sûr. C'est ainsi que l'actuelle norme TLS, le RFC 5246 (section 6.2.3.1), continue à utiliser MAC-then-encrypt. Des études comme celle de M. Bellare et C. Namprempre, « Authenticated Encryption: Relations among notions and analysis of the generic composition paradigm » ou celle de H. Krawczyk, « The Order of Encryption and Authentication for Protecting Communications (or: How Secure Is SSL?) » ont depuis montré que MAC-then-encrypt est vulnérable à un certain nombre d'attaques cryptanalytiques, dans certaines conditions d'utilisation (je simplifie : la question de la vulnérabilité exacte de MAC-then-encrypt est plus compliquée que cela). Il est désormais recommandé d'utiliser plutôt encrypt-then-MAC (je simplifie encore : le RFC note par exemple que les algorithmes qui ne séparent pas chiffrement et calcul du MAC n'ont pas besoin de cette méthode).
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Une autre solution (que d'utiliser le mécanisme d'extensions) aurait été de définir de nouveaux algorithmes de chiffrement et elle a fait l'objet de nombreux débats au sein du groupe de travail. Mais cela menait à une explosion du nombre d'algorithmes (ciphers), il aurait fallu presque doubler le nombre d'algorithmes concernés, pour avoir une version MAC-then-encrypt (l'actuelle) et une version encrypt-then-MAC. Encore une autre solution aurait été de créer une nouvelle version de TLS, la 1.3, où encrypt-then-MAC aurait été le comportement standard. Quand on sait que la version actuelle de TLS, la 1.2, est toujours minoritaire dans la nature, on voit qu'une telle solution aurait sérieusement retardé le déploiement. Au contraire, avec la solution choisie, il « suffira » de changer quelques dizaines de lignes de code dans les bibliothèques TLS actuelles. Un tel changement a des chances de se retrouver plus rapidement sur le terrain.
Une fois qu'elle est acceptée par le client et le serveur, le traitement des paquets par TLS passera de l'ancien comportement encrypt (data || MAC || pad) (où || désigne la concaténation) au nouveau encrypt (data || pad) || MAC. Le MAC est calculé comme avant, sauf qu'il part du texte chiffré (TLSCiphertext) et plus du texte en clair (TLSCompressedtext, cf. RFC 5246, section 6.2.3.1).
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Pour le déchiffrement, on fait les opérations en sens inverse, on vérifie le MAC d'abord, on jette immédiatement le paquet si le MAC est incorrect (en renvoyant un message bad_record_mac), sinon on déchiffre. Ainsi, un attaquant qui modifie les données en vol ne peut rien apprendre sur les clés cryptographiques utilisées : toute modification invalidera le MAC et tous les calculs d'un MAC incorrect prendront le même temps, ne permettant pas d'attaque par mesure du temps.
Comme avec toute extension qui améliore la sécurité, il y a un risque qu'un attaquant actif perturbe la négociation (section 4 du RFC) pour amener les deux parties à ne pas choisir la nouvelle extension (attaque par repli), chacune croyant que l'autre ne la gère pas. La seule protection est de refuser le repli (ne jamais accepter de revenir à MAC-then-encrypt) mais, ce que le RFC ne dit pas, c'est que c'est irréaliste à court terme (la majorité des logiciels TLS dans la nature ne connait pas encore encrypt-then-MAC). »
September 16, 2014 at 3:13:00 PM UTC
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