490 marocaines ont publié une tribune pour réclamer la légalisation des relations sexuelles hors mariage. En 2018, 14 503 personnes ont été poursuivies pour relations sexuelles hors mariage et 3 048 incarcérées pour adultère. Entre 600 et 800 avortements sont aussi pratiqués chaque année. Ça permet de mettre des chiffres sur les propos de la journaliste et sociologue Sanaa El Aji qui affirmait que l'interdit légal est rarement appliqué. La journaliste évoquée par le Canard et son fiancé ont pris 1 an de cachot, son gynéco a pris deux ans, un anesthésiste et une infirmière ont pris du sursis.
Plus fort que le Manifeste des 343 salopes françaises qui, dans les années 70, avouaient avoir avorté, celui des 490 marocaines « hors la loi » qui revendiquent avoir « violé » les lois de leur pays en matière de mœurs. 490 femmes de tous bords, en référence à l’article 490 du Code pénal marocain, qui punit de prison les relations sexuelles hors mariage.
Toutes ont paraphé une tribune publiée, le 24 septembre, dans « Le Monde » pour demander l’évolution de la législation de leur pays : « Nous sommes hors la loi. Nous violons des lois injustes, obsolètes, qui n’ont plus lieu d’être. Nous avons eu des relations sexuelles hors mariage. Nous avons subi, pratiqué ou été complices d’un avortement. » Le texte, corédigé par la romancière Leïla Slimani, rappelle que, en 2018, 14 503 personnes ont été poursuivies pour relations sexuelles hors mariage au Maroc, et 3 048 incarcérées pour adultère. Entre 600 et 800 avortements sont aussi pratiqués chaque année.
« Nous croyons que la société marocaine est mûre pour le changement, et pour que soient entérinés le respect de la vie privée et le droit de chacun à disposer de son corps », affirment les signataires. Changer la loi pour qu’elle ne soit plus un « outil de vengeance politique », ajoute aussi le texte, dont la publication coïncide avec le procès à Rabat de Hajar Raissouni pour « avortement illégal » et « débauche ».
La reporter du quotidien arabophone « Akhbar al-Yaoum » risque 2 ans de prison (« Le Canard », 18/9). Arrêtée, le 31 août, à sa sortie d’une clinique de Rabat, elle est devenue le symbole du combat pour l’IVG, la liberté sexuelle et la… liberté de pensée. Elle est persuadée d’être poursuivie pour des raisons politiques. Elle est journaliste et la nièce de deux intellectuels peu appréciés du pouvoir chérifien.
Un hasard ?
Dans le Canard enchaîné du 25 septembre 2019.