Voilà une nouveauté foudroyante. Son nom est des plus virils : le « forçage génétique » (gene drive en anglais).
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Ce forçage tout droit issu d’une récente trouvaille en microbiologie, Crispr-Cas9 (on abrège en disant « crispeur »). Ces ciseaux moléculaires permettent à l’homme d’intervenir au fin fond du vivant avec une incroyable facilité, en coupant l’ADN exactement là ou il le désire, ciblant ainsi un gène pour le modifier, le réparer et même le remplacer par un autre(2)
Une fois effectuée, cette substitution très facile et peu coûteuse – il suffit de « quelques mois et environ 1000 euros de produits de base » – on obtient un mutant qu’il suffit de lâcher dans la nature pour déclencher le fameux forçage : la mutation va en effet se répandre comme une traînée de poudre.
Alors que dans la reproduction sexuée un parent ne transmet que la moitié de ses gènes à ses enfants, ici la transmission se fait à tous les coups : 100% des descendants d’un moustique dans lequel on aura introduit un gène de résistance à la malaria seront résistants à leur tour et transmettront cette résistance à tous leurs descendants.
En théorie si l’on introduit 10 individus ainsi mutés dans une population naturelle de 100 000 individus, il suffirait d’une quinzaine de générations pour que 99% des individus aient muté à leur tour (pas sûr que la nature respecte à l’unité près la théorie !)
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Il offre à l’homme un pouvoir de domestication de la totalité du vivant, excepté les bactéries. Entre autres celui de rayer de la carte une espèce entière (en refilant le gène de la stérilité à quelques individus…)
On imagine les utilisations guerrières qui pourraient en être faites.
Mais il y a un autre risque : Si les biologistes maîtrisent bien l’échelle moléculaire, « ils sont beaucoup plus ignorants à l’échelle macroscopique des effets écologiques »
Éradiquer le paludisme, rendre l’humanité résistante au Sida ? On commence à applaudir, bien sûr. Mais si ces mutations – et toutes les autres à venir – se répandaient dans d’autres populations que celles qui étaient ciblées ? Si se mettaient à gambader sur cette Terre transformée en laboratoire à ciel ouvert des tas de mutants inattendus ?
Via le Canard Enchaîné du 22 juin 2016.