« Une fois de plus, donc : la NSA a tout cassé, la cryptographie la plus largement déployée est trouée de partout, nous sommes tout nus sur Internet, tout est fichu, et il ne nous reste plus que nos yeux pour pleurer. [...] La NSA, c’est pas toujours plus fort que toi Calmons-nous un peu, et reprenons toute cette histoire dans l’ordre.
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Depuis septembre 2013 et des articles publiés dans le Guardian, le New York Times et ProPublica, on savait que la NSA et son cousin britannique le GCHQ dépensaient beaucoup de temps et d’argent pour accéder à des informations qui, par définition, ne devraient pas être accessibles, puisque chiffrées. On savait que ces deux programmes — Bullrun pour la NSA, Edgehill pour le GCHQ — avaient plusieurs volets complémentaires : introduction de « portes dérobées » dans les logiciels commerciaux, pression à l’adoption de standards faibles, utilisation de supercalculateurs pour casser le chiffrement, piratage pur et simple. On connaissait l’aspect rétroactif de ce travail de sape — accumuler les données aujourd’hui pour les décrypter demain — ainsi que les technologies visées — HTTPS, VPN, communication vocale et messagerie instantanée chiffrées, ou encore SSH, le protocole couramment utilisé par les administrateurs système pour se connecter à des serveurs distants.
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De ce document, il ressort — exactement comme le dit le strip reproduit plus haut — que le déchiffrement n’est facile qu’à condition d’être entré en possession de la clé privée d’un serveur (« if we can get hold of the server’s RSA private key ») qui utilise des clés de session permanentes (et non temporaires, ce qu’on appelle « confidentialité persistante ») ; ou qu’il est rendu possible par la faiblesse de certains générateurs de nombres aléatoires (RNG, pour Random Number Generator) — à noter que le problème du RNG utilisé par le paquet OpenSSL fourni par Debian, cité dans le document, a été corrigé en mai 2008.
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Quant aux attaques contre les VPN, toujours d’après les documents publiés par le Spiegel, certains protocoles sont plus vulnérables que d’autres : PPTP, dont les faiblesses sont connues (d’après l’expert en sécurité Bruce Schneier, « Microsoft PPTP is very broken »), et IPsec, dont John Gilmore, l’un des cofondateurs de l’Electronic Frontier Foundation, expliquait en septembre dernier que le processus de standardisation avait été proprement sapé par des employés de la NSA au sein de l’Internet Engineering Task Force, l’organisme informel et ouvert qui définit les protocoles de l’Internet.
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De fait, écrire que « la sécurité des VPN est purement virtuelle » ou qu’il n’y a « rien de vraiment sécurisé » dans le « S » de HTTPS est déjà simplificateur. En déduire que « HTTPS est cassé » est tout simplement faux.
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L’article apporte également des éléments sur les technologies qui résistent même à la NSA. C’est le cas du réseau Tor, du système d’exploitation « amnésique » Tails, des outils développés par Open Whisper Systems — RedPhone pour les communications vocales, TextSecure pour les SMS –, du protocole OTR (pour Off-The-Record) pour la messagerie instantanée, ou du logiciel PGP de Phil Zimmermann et son équivalent libre GnuPG, qui sont notamment utilisés pour le chiffrement des e-mails.
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En attendant, ce qui ne protège pas (vraiment) contre la NSA est néanmoins suffisant, le plus souvent, pour protéger d’un proche indélicat, d’un conjoint abusif, d’un administrateur système trop curieux, et même de la police d’un État pas très regardant sur les droits de l’homme (et de préférence pas trop ami avec les États-Unis). Laisser penser que la cryptographie « grand public » — celle que des centaines de millions d’internautes utilisent sans s’en rendre compte — est bonne à jeter revient à expliquer à un candidat à une promenade dans la savane qu’il ferait aussi bien d’y aller tout nu et à pied, sous prétexte que ni son pantalon ni sa méhari ne résisteront à un rhinocéros furieux.
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Et surtout, de leur expliquer de quoi tout ça protège, de quoi ça ne protège pas, et qu’utiliser certains outils particulièrement robustes peut aussi attirer l’attention sur eux. C’est un élément auquel les geeks occidentaux, bien au chaud dans des pays où l’usage de la cryptographie est libre, ne pensent pas toujours. Dans des contextes moins favorables, il est pourtant crucial de l’avoir en tête. Réfléchir en termes de modèle de menace, ce n’est pas raisonner avec des catégories abstraites — « HTTPS is broken » –, c’est chercher la moins pire des solutions à un problème concret. Dans certains cas, se noyer dans la masse des utilisateurs de Gmail peut être bien plus protecteur que d’héberger chez soi son serveur de messagerie et de chiffrer son courrier avec PGP.
Elle oublie, le plus souvent, qu’il existe bien d’autres catégories de « surveillants » et bien d’autres menaces. Elle fait abstraction des situations individuelles. Elle ne répond pas aux problèmes de ce militant des droits de l’homme au Moyen-Orient qui veut exposer les brutalités policières dans sa ville, de ce journaliste africain qui sait que dès qu’il aura quitté le cybercafé de son quartier, un type en uniforme viendra poser des questions, ou de cette femme battue qui a besoin de communiquer avec l’extérieur sans que son mari ne le remarque.
Nous avons plus que jamais besoin de technologies de confidentialité suffisamment déployées pour n’être plus « suspectes », de standards de chiffrement plus solides, de code non seulement ouvert mais réellement audité, d’interfaces graphiques qui donnent envie de s’en servir, d’outils qui soient aussi simples à prendre en main que Gmail, Facebook ou WhatsApp.
Contre la surveillance de masse, certes, mais aussi contre des modèles de menace plus quotidiens, souvent moins spectaculaires mais aux conséquences qui peuvent être dramatiques, et surtout pour permettre aux utilisateurs de communiquer en ligne sans avoir l’impression d’évoluer dans un univers menaçant où leurs données privées sont à la portée de n’importe qui. »
Via : plein de gens, plein de supports, je suis incapable de me souvenir du premier donc je vais citer
http://shaarli.cafai.fr/?aOi5kw